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CANTIQUE

Mon âme, n'ayez plus de craintes, plus de doutes : Votre heure sonne et voici l'aube à l'horizon ! Ne tardez plus; venez î Car je trouve ma route, et désormais, je sais, mon âme, où nous allons !

Mais que vous voici triste, hélas I et défaillante, au sortir de la nuit d'angoisse, de remords, où, captifs si longtemps d'une même épouvante, nous avons cherché l'ombre et réclamé la mort.

Prenez ma main, prenez courage et confiance. Oubliez nos stupeurs et nos pleurs à genoux. Tous les chants du matin fêtent ma délivrance : Venez î Nous allons vivre ensemble et malgré tout!

N'ayez plus, désormais, ces craintes qui me blessent. Quittez, mais pour toujours, ces parures de deuil. Et voyez : Vous aurez, compagnons sans faiblesse, pour soutenir vos pas, mon rêve et mon orgueil I

Nous goûterons sans nombre, à connaître la vie, des plaisirs tour à tour tranquilles et brutaux. Chacun vous laissera plus divine, bénie d'un charme solennel ou d'un attrait nouveau.

Mais voici, près de vous, la douleur et la peine... Sans peur affrontez-les. Chacune, s'éloignant, mon âme, vous rendra plus grave, plus sereine, jusqu'au soir où la paix sans réserve descend.

Puis ma route, dès lors plus étroite, plus brève, vers mon dernier repos descendra par degrés ; je sentirai fléchir mon orgueil et mon rêve, et c'est, à votre tour, vous qui me conduirez.

Ame, vous serez douce à ma chair qui succombe, vous, mon âme, autrefois si faible ! Puis, soudain, vous m'abandonnerez sur le bord de ma tombe, pour prendre votre essor vers l'infini divin î

A FORCE D^iMPLORER

A force d'implorer l'aube et le crépuscule, d'interroger la pluie et d'écouter le vent, je veux, cœur inquiet, redevenir enfant, puis me refaire une âme ignorante et crédule.

A force de guetter, d'heure en heure, en ses jeux, le soleil traversé par les mouvantes branches, et de baigner mes yeux de lune jaune ou blanche, à force d'aspirer l'air des soirs orageux ;

à force d'adorer, dans ses métamorphoses, la vie universelle et de m'en pénétrer, de dormir à midi parmi l'ombre des prés, de vénérer la source et de prier la rose ;

je veux et pour toujours, immoler cet orgueil de m'étre cru plus fort que les forces naïves, qui font gémir le lac, pâmé le long des rives, murmurer le feuillage et chanter le bouvreuil.

O l'éveil de mon cœur, plein de clartés paisibles, d'arômes, de rumeurs, de silence et de voix, quand je retrouverai mon bonheur d'autrefois, pur bonheur méconnu pour tenter l'impossible I

A force d'oublier ce que j'ai cru savoir, d'être la plante, l'onde et le rayon de lune, je verrai s'apaiser la nature opportune, où, dans l'humilité, je ferai mon devoir.

Et l'amour, tant rêvé sur les routes perverses, m'apparaîtra, candide, calme; et dans mon cœur, descendront la bonté, l'extase, la langueur, d'une nuit de printemps qu'un chaud parfum traverse.

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