JEUNESSE
Jeunesse, je te prends dans mes bras, je t'étreins sur mon cœur qui s'acharne à vivre et persévère, malgré le mal qu'on lui a fait, malgré le bien qu'on prétend, malgré tout, s'obstiner à lui faire.
Jeunesse, je te prends, vivante, entre mes bras, pour mieux me pénétrer de ta force inutile, et pour me consoler, selon ton rythme agile, d'avoir voulu, jadis, vivre où tu n'étais pas.
Perverti par les mots de vaines théories, un jour j'ai prétendu, jeunesse aux pas dansants, suivre à pas lents et lourds une route assombrie, vers un bonheur privé de larmes et de sang.
Tu me quittas, dès lors, ô jeunesse divine, jusqu'à l'aube où, captif d'un temple sans espoir, j'ai renié mes dieux de songe et de brouillard, pour me blottir, à corps perdu, sur ta poitrine !
Jeunesse, je suis pauvre, faible... Est-ce à jamais? D'affreux conseils ont dépouillé ma destinée ; car pour avoir maudit ta fougue spontanée, tu ne m'as pas donné ce que je méritais.
Mais il n'est point trop tard, jeunesse, pour te suivre, en réclamant les dons qu'un jour j'ai réprouvés ! Je te prends sur mon cœur, jeunesse aux yeux levés vers la joie vagabonde et la clarté de vivre I
Ah I blesse-moi I Meurtris, en m'embrassant, ta chair I Et que ton sang payen se mêle à mes blessures, en peuplant ma mémoire, hélas I encore obscure, du charme de ton rire et de tes gestes fiers I
Mais surtout, guide-moi, désormais, vers ton règne
et vers la vérité du monde et du plaisir,
et laisse que, déjà rétive, prête à fuir,
tout entière et de tout mon être, je t'étreigne !