FOSSOYEUR
à Guy-Charles Cros.
Fossoyeur qui, de nuit, vers mes tombes reviens, pour en troubler la cendre encor presque vivante, ou pour me suggérer les masques d'épouvante de morts presque inconnus, tant ils sont anciens ;
fossoyeur, compagnon mauvais qui me ramènes, par ces chemins qu'un jour en pleurant j'ai suivis, vers le pays menteur et vers l'affreux pays du chimérique espoir et de l'angoisse vaine ;
perfide conseiller nocturne, fossoyeur d'un passé proche ou plus lointain que ma mémoire, passé de faux plaisirs et d'orgueils dérisoires, fossoyeur d'un passé plus vaste que mon cœur ;
fossoyeur, je te hais d'une haine infinie,
toi qui surgis toujours quand je vais être heureux î
Je te hais, fossoyeur, et je déteste ceux
qui vers moi t'ont conduit pour entraver ma vie !
Lugubre revenant, tu es vaincu I Va-t-en ! Plus que toi je suis fort, moi jadis humble, triste ! Contre toi je brandis la croix des exorcistes, et je te vois pâlir, insidieux satan I
Car, dès lors, me tournant vers l'avenir en fête, et dressant vers le ciel mes bras dominateurs, je t'exile à jamais, néfaste fossoyeur, et j'avance, tressant des roses pour ma tête !
Et tes efforts sont vains pour me séduire encor, car tous mes morts sont morts et leurs tombes sont iiM Et le vent matinal qui m'exalte m'apporte des promesses d'azur et des présages d'or !