‹ Attentat du 28 juillet, 1835 (volume 2)Chapitre 11 sur 15 · COUR DES PAIRS · texte numérisé non relu

COUR DES PAIRS

LxTERilOGATorRE siiT)i par PiEPix , le 17 février 1836, devant 31. le baron Pasquier, Président de la Cour des Pairs.

L'an mil Iiiiit cent trente-six , le dix-sépt février à onze Iieate^ dd matin , ' ,

Nous Etienne-Denis baron Pasquier, Pair de France, Président de la Cour d'^s Pairs;

Vu la lettre à nous adress(^e par le condamné Pepiri (Pîérre- Théo dore-Florentin) , et annexée à nôtr^e présent procès-verfeai ;

Nous sommes ti^ansporté à la maison de justice de ia rue de Vaugirard, où étant assisté de Léon de la Chanvviière, ^^efiïer en chef adjoint de fa Cour, nous avons demandé au condamné Pépin dé nous dire la vérité tout entière , tarnt sur lui que sur' ses complices, eti lui faisant observer que ce jour était peut-être ie dernier ùh il' pouiTài* se rendre ce service à lui-m«me.

Le condamné Pepift nous a. répondti :

Ka ce qui concerne ia course que j'ai faite au faubourg Saint- JacqUes, ie 2 8 juillet au matin, je n'y ai vu que ies personnes que j'ai déjà désignées, au nombre de quatre, entre lesqueiles se trouve Floriot, aiors marchand de vins; c'était moi qui avais contribué, pour Iftipfus grandie paî^và sow éfebfeehïent. Je iuî dîs qtt^ï pourrait bien

y avoir du bruit; il me dit que, si cela arrivait, iï y avait un lieu de rendez-vous où devaient se réunir ses amis et ses connaissances ; mais il ne m'a pas dit où, ni comment la réunion devait avoir iieu, et je n'en ai j)as su davantage. Je demeure toujours convaincu que Fieschi s'est introduit chez moi pour me perdre; dans tout ce qu'il a dit il y a une grande quantité de mensonges mêlés à quelques vérités.

D. Persistez vous à dire que FiescJii a menti dans ies déclarations qu'il a faites relativement aux commuuications que vous auriez eues avec Cavaignac?

R. Cet homme a toujours eu ïa pensée de commettre un crime, de marcher sur les Tuileries. II voulait avoir des armes, et un jour il me demanda si je pourrais lui en procurer ; je iui dis que cela m'était impossible. Alors il me parla de ce projet dont je vous ai déjà entretenu , et qui consistait à pénétrer dans la caserne des sous-officiei's sédentaires du Jardin-du-Roi avec un ami, et à tuer tout ce qu'il serait nécessaire de tuer pour s'emparer des armes. Comme alors j'allais quelquefois à Sainte-Pélagie voir Leconte, je dis kFiescln,'^Qwx le maintenir et pour éviter un malheur, que je pourrais parler à quelques patriotes et notamment à Cavaignac, et leur demander des armes. Je rencontrai en elFet Cavaignac dans la cour de ia prison et je lui demandai des armes ; Cavaignac me répondit qu'il m'engageait fortement à ne pas m'occuper de ces choses-là et qu'il ne pouvait me fournir des armes. Quelque temps après, toujours dans la pensée de maintenir cet homme, je ne nie pas que je lui aie dit que je pourrais lui procurer des armes par Cavaignac. Pour vérifier ce que je viens de dire sur ies projets de Fieschi contre la caserne du Jardin-du-Roi, on peut s'assurer qu'iC est facile de pénétrer dans cette caserne par un petit mur qui la sépare du jardin d'un maraîcher, du moins c'est Fieschi qui me l'a dit. Si Monsieur le Président veut m'adresser d'autres questions , je suis prêt à y répondre.

D. En demandant des armes à Cavaignac , ne lui avez-vous pas dit dans quel but vous cherchiez à vous les procurer ?

R. Je iui ai dit que c'était pour un individu qui avait le projet de se battre contre ie Gouvernement et ie Roi ; je ne iui en ai pas dit davantage, j'aurais craint moi-même d'être assassiné.

- D,, N'avez-vous rien à ajouter aux détails que vous avez déjà

( 3 ) donnes sur la promenade à cheval qui a eu lieu sur îe bouîcvart dans la soire'e du 2 7?

R. Je dis que ce n'est point moi qui ai oflert à Boireau mon cheval, c'est lui qui est venu de la part de Beschcv me dire de passer à clievaï sur le boulevart, sans vouloir m'exphquer ie véritable motif de cette promenade ; toutefois iï m'a dit (jne c'était pour servir à un projet qu'avait Bescher ; j'ai refusé de faire ce qu'ii désirait , et alors il m'a demandé mon cheval que je lui ai prêté.

D. Que! jour Boireau vous a-t-il fait cette demande? R. Je crois que c'est le dimanche soir, vers dix heures et demie ou onze heures , au moment où je revenais de la campagne.

D. Croyez-vous que Boireau fût initié depuis longtemps au eonq^Iot ?

R. Je ne le crois pas ; mais , dans tous les cas , je persiste à dir€ que ce n'est pas moi qui l'ai mis au courant de celte affaire. Je ne le connaissais pas assez pour cela , et, au conti*aire, ii connaissait beaucoup F'ieschi.

D. More!/ n'a-t-il pas été phi s avant et phis tôt que vous encore dans ies contidcnces de Ficsc/ii?

R. Je le crois.

D. N'est-ce pas hii qui vous a parlé le premier de la machine ?

R. Non , Monsieur.

D. Qui donc vous en a parlé le premier ?

11. C'est Fieschi qui m'en a parlé le premier, en me disant ses idées de vengeance.

D. Lorsque vous êtes allé à Sainte-Pélagie, n'avez-vous pas demandé des armes à d'autres qu'à Cavaignac ? R, Non, Monsieur.

D. L'argent que vous donniez si souvent , soit à des accusés , soit à des condamnés politiques , vous appartenait-il ?

R. L'argent que j'ai donné ou plutôt prêté était à moi , et je ne l'ai donné que dans des vues d'humanité. Mais je sais bien qu'on s'est plu à me représenter comme un instrument qui obéissait à des impulsions supérieures; cela n'est pas, et tout ce que j'ai tait, je l'ai

fait de ifion chef, dans des intentions de bienfaisance, et anssi pour détourner de mauvaises idées les pcMSonnes que j'obligeais ; c'est ainsi que j'en ai agi avec Lion, Floriot et d'autics encore. Quant à la manière dont j'ai connu Fieschî, je ne puis que me rcféier à ce que j'ai déjà dit : c'est chez Morey que je l'ai vu pour ia preuiière fois, à un dîner auqueji celui-ci est venu nunviter chez moi, et où se trouvaient ia fennne Petit et deux personnes de l'âge de Morei/ et de spp pays ; et c'est à cause de ce dîner, et parce que je ne veux jamais rien avoir à personne, que j'ai engagé Morey à ce dîner où était M. Lev aillant.

D. N'avez-vous rien autre chose à déclarer?

R. Non, iSlonsieur; rien autre chose. Je ne nie pas avoir prêté de l'argent à Fieschi, alors il me faisait voir une îcttre de l'un de ses amis qui devait ie mettre dans le cas de se libérer prochainement envers moi.

D. \o\xs lappelez-vous à peu près la quotité des sommes que vous auriez ainsi prêtées à Fieschi?

R. 25 0 ou 3 00 francs environ. Hélas! Monsieur, Morey doit bien savoir que je ne suis qu'une victime là-dedans.

D. C'est Morey qui vous a engagé dans cette fatale entreprise ?

R. Non, Monsieur; dans ma pensée, Morey peut avoir été plus avant que moi dans l'affaire et avoir phis de reproches à se faire ; mais je crois qu'il est victime comme moi. C'est le poignard de Fieschi qui a causé ma perte par la frayeur qu'il m'inspirait. S'il était de bonne foi, Fieschi, il vous dirait les efforts que j'ai faits, encore la dernière fois que je l'ai vu , pour ie rappeler à ia vertu et ie détourner de tirer sur ses concitoyens. Je jure sur la tête de ma femme et de mes enfants que jamais je n'ai fait le mai, que jamais je ne l'ai conseillé, et que jamais je n'ai payé pour le faire. J'ajouterai que si Fieschi avait suivi les conseils que je lui ai donnés, ii serait aujourd'hui un ouvrier laborieux.

Et a signé avec nous et le greffier en chef adjoint de la Cour, jiprès lecture faîte.

Si§né : Théodore Peein , PA^auiER , Léon de la Chai VINIÈRE,

( 5 ) Après avoir signé, Pépin dit : Ce qui prouve que je n'ai jamais donné de mauvais conseils k Fieschi , c'est que je l'ai empêché deux fois d'assassiner M. Cannes, auquel il attribuait ses malheurs, et Maurice contre lequel ii était très-irrité par jalousie , au sujet de ïa femme Petit. Je hii ai d.t qu'il fallait plutôt les plaindre que de clierclier à s'en venger.

Et a signé, après lecture faite.

Sigïié: Théodore Pépin, Pasquier, Léon de fa Chauvinièrk.

Et de suite nous nous sommes transporté dans ia chambre du condamné Fieschi, auquel nous avons demandé s'il n'avait pas parlé à Pépin d'un projet qu'il aurait eu, et qui aurait consisté à pénétrer dans la caserne des sous-ofTiciers sédentaires du Jardin-du-Iloi , pour s'emparer de vive force des armes qui s'y trouveraient.

Fieschi nous a répondu :

Cela est vrai; nous avons délibéré entre nous trois. Pépin, Morey et moi, sur les moyens de nous procurer des armes, après que l'événement serait arrivé. J'ai indiqué ceiui-Ià. Pépin, de son côté, a dit qu'on pourrait facilement s'emparer des fusils déposés chez les capitaines d'armement de la garde nationale, et qui servaient à armer les bisets. II a été aussi question de s'emparer des dépôts d'armes qui pouvaient être dans les casernes.

Et a signé avec nous et le greffier en chef, adjoint de la Cour, après lecture faite.

Signé: FiESCHi, Pasquier , Léon de la Chauvinière.

Interrogatoire subi, le 17 février 183G, par Pépin devant M. le baron Pasquier, Président de ia Cour des Pairs.

L'an mil huit cent trente-six, le dix-sept février, à neuf heures et demie du soir, nous Etienne-Denis baron Pasqiner,Pâiv de France, Président de la Cour des Pairs ;

Vu la demande à nous adressée par le condamne Pcpin ;

Nous sommes transporté dans la chambre occupée par lui dans ïa maison de justice de la rue de Vaugirard , oii étant , assisté de Léon de la Chauvinière, greffier en chef adjoint de la Cour, nous avons demandé au condamné Pcpin de compléter ies déclarations qu'il nous a faites ce matin , et que nous avons lieu de ne pas croire entièrement exactes.

Pépin nous a répondu qu'il n'avait rien à ajouter à ces déclarations.

Nous lui avons alors représenté qu'il s'était probablement expliqué plus ouvertement qu'il ne l'a dit jusqu'à présent avec Cavaignac lorsqu'il lui a demandé des fusils.

Le condamné nous a répondu : Non, Monsieur, je ne lui ai pas dit pourquoi je lui demandais ces fusils.

Nous avons ensuite demandé au condamné s'il n'avait pas été en relation avec des personnes appartenant à f opinion carliste ?

Le condamné a répondu : Non. Si j'avais parlé à des carlistes, ce serait sans le savoir.

D. Vous ne vous rappelez pas avoir fait confidence de fattentat à quelque personne?

R. Je ne me rappelle pas avoir parlé de cela à personne.

D. Ce matin M. ie procureur général , sur votre demande et sur celle de Fieschi, vous a mis fun et l'autre en présence. Je vais renouveler cette épreuve, et, quand vous serez confronté avec Fieschi, peut-être vous déciderez-vous à dire toute la vérité ?

R. Je maintiens et je confirme la déclaration que je vous ai faite ce matin.

( 7) D. Connaissez-vous quelque personne qui, indépendamment de vous , ait donne de l'argent à Ficschi dans la vue de l'attentat? R. En dehors de Ficschi, je ne sache rien du tout.

Et à l'instant noJis avons fait amener devant nous le condamné Fieschi, et nous lui avons demandé de s'expliquer de nouveau, en présence de Pépin, sur la conférence qui a eu lieu le 2 4 juillet entre Pépin, Moreij et lui, sous les arches du pont d'Austerlitz.

Après avoir raconté , comme il l'a fait plusieurs fois dans l'instruction et au déhat, diverses particularités de cette conférence, Fieschi a ajouté :

Morey avait dit : Moi, je chargerai les canons, et il avait expliqué comment il entendait les charger ; après quoi Pépin a dit : ^''ous allez faire bien des victimes. Je n'ai pas su si Pépin disait cela ironiquement ou autrement.

Ici Pepi?i dit : Moi je soutiens que j'ai été pendant plus d'une demiheure à faire envisager à Fieschi, quand j'ai connu son projet définitif, les victimes qu'il ferait et à l'engager à ne pas donner suite à ce projet.

Fieschi de ce interpellé dit : Je conviens que Pépin a fait ces observations , pendant une heure s'il le veut. Alors je lui dis : Il faut décider oui ou non, tout briser ou bien acheter les canons. Pas moins, il fut convenu avant de nous quitter que les canons seraient achetés, et l'argent m'a été remis le lendemain par Moreij chez moi.

Pépin : Moi je déclare que je n'ai pas entendu parler de canons ; cependant il est possible qu'il en ait été question. J'ajouterai que c'est Morcij qui est venu me chercher chez moi pour me conduire à ce rendez- vous.

Fieschi : Cela est vrai. Il me reste à dire que Pépin n'était pas si obstiné ou enragé pour cette affaire que Morey.

Pépin : Je le crois bien , puisque je défendais à Fieschi de la faire.

Fieschi : N'oubliez pas que c'est vous qui avez donné l'argent. Pourquoi l'avez-vous donné ?

Pépin : Si j'ai donné de l'argent à Fieschi, c'est antérieurement à cela et parce que j'étais sous son influence terrifiante. Vous voyez bien que Fieschi dit lui-même que c'est Morey qui lui a fourni l'argent des canons. Pour preuve que je ne veux pas avoir de réti-

( 8 ) ecnccs , je conviens que Fieschi m'a montré ie modèle en bois de sa machine et je l'ai brisé.

Fieschi : Cela peut bien être , car le lendemain du jour où je vous ai remis ce modèle , je ne i'ai plus trouvé sur la table de nuit où je l'avais placé.

Nous avons demandé alors à Fieschi et à Pépin s'ils avaient quelque cliose à ajouter.

Pépin dit : Je demande que Fieschi dise si je ne lui ai pas plusieurs fois conseillé de se constituer prisonnier, lorsqu'il me disait qu'il était poursuivi comme détenteur d'armes de guerre.

Fieschi répond : Oui , cela est vrai, parce que je n'osais pas dire le véritable motif pour lequel j'étais poursuivi.

Nous avons enfin demandé à Fieschi et à Pépin s'ils n'ont rien à faire connaître à la justice, relativement à des personnes dont ils n'auraient pas encore parlé.

Pépin répond : Est-ce que j'aurais pu parler à quelqu'un de son projet ?

Fieschi: La machine , personne ne Fa vue que moi et More y. Pépin n'a vu que le modèle. Il n'est venu qu'une fois chez moi; mais ma conviction est toujours que Pcpiîi a dit à des membres de sociétés secrètes qu'il y aurait quelque chose le jour de la revue.

Pépin : Je. soutiens, moi, que je ne connaissais pas de sociétés secrètes. Je déclare aussi que je ne me souviens pas de ce que l'on a pu dire sur la charge des canons , ni de la date de cette entrevue. J'ajoute que je ne me souviens pas que Fieschi m'ait recommandé la fille Lassave. J'ai toujours agi sous i'infliience de Fieschi, ainsi que je l'ai déclaré ce matin.

Et a, chacun des condamnés, signé avec nous et le g relBer en chef, adjoint de la Cour.

5«^we; Fieschi, Théodore Pépin, PASauiER.LéonDELACHAUviNiÈRE.

Interrogatoire subi par Morey, le 18 février 1S3G, devant M. le baron Pasquier, Président de ia Cour des Pairs. .

L'an mi! huit cent trente-six , le dix-Iiuit février, à trois heures du soir ,

Nous Etienne-Denis baron Pasquier, Pair de France, Président de la Cour des Pairs ,

Nous sommes transporte à la maison de justice de la rue de Vaugirard, où étant, assisté de Léon de la Chauviiiière, grelhcr en cliet adjoint de la Cour, nous avons été introduit dans la chambre occupée par le condamné Morey, auquel nous avons adressé les questions suivantes :

D. Dans ia position où vous vous trouvez , et comme on m'a dit que vous aviez exprimé quelque désir de me voir, j'ai cru devoir céder à ce désir, dans la pensée que vous aviez peut-être quel(|ues révélations à me faire et que voire intention était de dire enlin la vérité que vous avez dissimulée jusqu'à présent?

R. Je voudrais, pour mon pays et pour moi-même , avoir quelque chose à révéler, je le ferais de bon cœur; mais je n'ai absolinnent rien à dire sur toutes ces choses-là. Je ne sais pas, par exemple , ce qui a pu se passer entre Ficschi , Pépin et Boireau.

D, Vous n'avez donc pas vu le modèle de la machine de Fieschi? R. Je n'ai vu cette machine qu'au tribunal.

D, Vous avez cependant assisté à la conférence qui a eu lien le 24 juillet, entre Fieschi ei Pépin, sous les arches du pont d'Austerlitz ?

R. Nous sommes allés nous promener tous les trois de ce co\é ; mais je ne me souviens pas que nous soyons allés sous les arches du pont.

D. Est-ce que ce n'est pas vous qui étiez allé chercher Pépin pour le conduire à ce rendez-vous. Pépin fa dit?

R. En revenant Je îa rue de Charenton, je l'ai pris avec moi, mais sans penser à une chose ou à une autre, et, tout en causant, nous avons passé ic pont d'Austerlitz.

D. Pep'm est plus sincère que vous; il a avoué, depuis l'arrêt de la Cour, beaucoup de choses qu'il avait niées dans ie cours de i'ins-

triiction ?

R. Pejyiii a pu dire des choses que j'ignore, parce que depius que Fieschi était sorti de chez moi, il avait beaucoup plus de rapports avec Pépin qu'avec moi.

D. Vous persistez donc à soutenir que vous n'avez aucune espèce de révélation à faire?

jR. Non , Monsieur, je n'ai rien à dire.

D. Est-ce qu'en gardant le silence sur des faits dont vous avez du avoir connaissance , vous ne cédez pas à des conseils qui vous auraient été donnés dans l'intérêt dû parti auquel vous avez appartenu ?

R, II est bien vrai que je suis répubhcain^ mais je ne suis pas pour cela capable de faire du mai à mon pays, et si je savais quelque chose qui pût être utile , je le dirais.

Et a signé avec nous et le greffier en chef adjoint de ia Cour, après lecture faite.

Signé: MoREY , PASauiER, Léon DE LA Chauvinière.

Interrogatoire subi par Pépin, le 19 février 1836, devant M. le baron Pasquier, Président de la Cour des Pairs.

L'an 1836, le dix-neuf février, à une heure moins un quart du matin ,

Nous Etienne-Denis baron Pasquier, Pair de France, Président de la Cour des Pairs ;

Vu la demande itérativement faite parle condamné P^:>m,

Nous sommes transporté à la maison de justice de la rue de Vaugirard, où étant, assisté de Léon de la Çhaiiviniève ^ greffier en chef adjoint de ia Cour, nous avons interrogé Pépin ainsi qu'il suit :

D. Par diverses lettres que vous avez adressées, à M. le procureur général, à M. le duc Decazes et à moi , vous avez demandé à être entendu de nouveau , en annonçant que vous étiez prêt à dire enfin toute fa vérité; étes-vous en effet déterminé à iadire?

R. Je suis déterminé à dire tout ce que je sais. Lorsque j'ai demandé des armes à Cavaignac , à Sainte-Pélagie, enfui disant qu'un homme avait formé îe projet de tirer sur fe Roi à sa première sorfie , Cavaignac me répondit : « Si je peux me procurer des fusiîs , je vous fe ferai dire. »

Z). Cavaignac vous a-t-ii en effet fait dire qu'if vous procurerait des armes ?

R. Non , Monsieur; if ne m'a rien fait dire, et c'est aîors que je fui ai écrit pour fui demander s'it pouvait me procurer ces viîîgt ou vingtcinq fusifs. Je me rappeffe que je fui ai fait remettre cette îettre par sa mère, et j'ai i!i\\. à Ficschi que j'avais écrit à Cavaignac.

, D. Cavaio-nac a-t-if répondu à cette îettre ? ^R. Non, Monsieur.

D. N'avez-vous tiemandé des fusils qu'à Cavaignac? R. Non, Monsieur.

D. Avez-vous vu Cavaignac depuis son évasion? R. Non, Monsieur.

D. Ne lui avez-vous pas formellement donné avis de ce qui devait se passer à la revue?

R. Non, Monsieur; ii a pu seulement le conjecturer, d'après ce que je lui avais dit, qu'on devait tirer sur le Roi à sa première sortie ou à la première occasion.

D. N'avez-vous pas averti d'autres personnes que Cavaignac?

R. J'avais dit aussi à Recurt qu'à la première sortie du Roi, on tirerait sur lui.

D. A quelle époque avez-vous dit cela à Recurt?

R. Peu de temps avant sa réintégration dans sa prison , et lorsqu'il était dans une maison de santé.

D. Qu'est-ce que Recurt vous a dit au sujet de la confidence que vous lui avez faite?

R. Je le rencontrai un jour rue Saint-Antoine; nous causâmes longtemps ensemble ; je lui parlai des projets de Fieschi; Recurt ne m'en a pas détourné.

D. N'avez-vous pas averti d'autres personnes que Recurt? quelles

sont ces personnes?

R. Le lundi, d'après ce que m'avait dit Roireau, j'ai prévenu Blancjui . ... Ici, Vepin se reprenant, dit : Il faut être véridique; c'est le jour de l'attentat, qu'en allant au faubourg Saint- Jacques , je rencontrai Blauqui jeune , comme il entrait chez un libraire de la rue de l'Estrapade, ou comme il en sortait, et je lui ai dit ce qui devait avoir lieu. Je crois vous avoir déjà déclaré que j'avais aussi prévenu Floriot; je leur ai dit qu'on devait tirer sur le Roi , mais je ne leur ai pas dit par quel moyen.

D. Recurt ne vous avait-il pas fait entrer dans quelque société secrète du faubourg Saint- Antoine, d'après ce que vous auriez ra-

( 13 3 eoiik' ce matin. V'ous avez ajoute que cette société se conî])osait d'hommes très-dangereux, qui se coimaissaient individuellement, mais qui ne se réunissaient |3as. Vous avez dû avertir les membres de cette société?

R. Une nouvelle société s'est en effet tbrmée depuis la loi contre les associations , et Reciut m'y a initié. Son but est le renversement du Couvernement ; ou y jure haiue à la royauté. Je juge du danger quelle peut olï'rir, par les hommes importants qui en font partie; je dis importants par leurs talents : on m'a dit que Blanqui jeune et haponneraic étaient membres de cette société ; mais je ne les ai pas vus.

D. N'avez-vous averti d'autres personnes dans cette société que Recurt et Blanqui?

R. Non, Monsieur.

D. Morcy s'était-il chargé, à votre connaissance, d'avertir les républicains membres des sociétés secrètes ?

R. Fieschi et Morey pourraient seuls répondre à cette question.

D. Ne connaissiez-vous pas d'autres sociétés secrètes que celle dont vous venez de parler?

R. Il a bien été question dans le temps d'organiser un bataiHon révolutionnaire, mais je n'ai pas voulu en faire partie.

D. Qui est-ce qui vous avait, proposé d'entrer dans ce bataillon, et qui est-ce qui en faisait partie?

R. Je crois que c'était l'œuvre de Henri Lecotife et de quelques autres personnes détenues à Saiiite-Pélagie ; je sais bien que c'est Henri Leconte qui m'a parlé de cela.

D. Ne dcvicz-vous pas être le chef de ce bataillon ? R. Non, Monsieur. ^^'i'-

D. Jusqu'ici vous n'avez parlé que des individus qite ^ ous a^iez avertis ; il faudrait maintenant parler de ceux qui \ ous auraient excité vom-méme, qui -Vous attràiént poussé ail crime ct^ous auraient fourni les moyens de îe cmnmet'tre ?

( 14 ) R. Là-tlessiis je suis forcé de déclarer que si je n'ai pas révélé les projets de FiescJil, c'est que j'ai cédé à l'inlluence de sou poignard; aucune autre influence n'a été exercée sur moi.

D. X'avjez-vous pas averti Lcvraud?

R. Non, Monsieur; je ne le connais pas assez pour cela.

D. Vous avez déclaré tout à l'heure que vous aviez averti Recurt, et ailleurs vous lui avez donné la qualité de membre du comité centrai de la société des Droits de l'homme, qui lui appartenait réellement; n'était-ce pas en cette qualité que vous le préveniez, et afin qu'il avertît à son tour les sociétaires de ce qui devait se passer?

R. Non , Monsieur ; je l'ai prévenu parce que je le connaissais comme un homme pohtique, et de p-lus comme ex-capitaine de la garde nationale ; c'était là l'origine de notre connaissance.

D. Vous avez dit tout à l'heure que vous aviez été initié par Recuit dans une nouvelle association secrète ; comment se ftiisait cette initiation?

R. On vous présentait et on vous recevait. Je ne me rappelle pas le nom de la personne chez laquelle je fus reçu.

D. Vous avez prêté un serment quand vous avez été initié?

R. Oui, ^Monsieur; c'est-à-dire on prête serment de ne pas se vendre. Je vous ai dit le but de la société.

D. Qui est-ce-qui présidait le jour où vous avez été reçu ?

R. Il n'y a pas de président. Deux personnes seulement sont là, celle qui présente et celle qui reçoit.

D. Quelle est la personne qui vous a reçu ? R. Je ne me le rappelle pas.

D. Cela est peu croyable ; vous devez au moins vous rappeler le nom de la rue où est la maison dans laquelle vous avez été reçu?

R. C'est dans le faubourg Saint- Antoine ; c'est tout ce dont je me souviens. J'ajoute et je persiste à dire que je n'ai jamais connu le vclitable motif de Fieschi.

Et a signé avec nous et !e greffier en chef adjoint de la Cour, après lecture faite.

Signé .-Théodore Pepin, PASauiER, Léon de la Chauvinière.

Après avoir signé, Pepin dit que c'est en raison de ses afTections de famille qu'il a fait ies déclarations ci-dessus.

Et a signé.

Signé : Théodore Pepin, Pasquier, Léon DE LA Chauvinière.

Pour expédition conforme aux pièces déposées au greffe ^

Le Greffier e?t chef, E. CAUCHY,

IMPRIMERIE ROYALE. — Février 183C.

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