‹ Attentat du 28 juillet, 1835 (volume 2)Chapitre 10 sur 15 · II. Je ne me souviens pas précisément de l'époque · texte numérisé non relu

II. Je ne me souviens pas précisément de l'époque

D. Q,uels étaient vos témoins quand vous avez pris ce passe-port?

//. C'étaient , je crois , MM. More?/ et Vei/ron.

D. Pour que[ motif avez-vous remis ce passe-port à Morey ? H. Je ne le iui ai pas remis,

D. Comment se taiî-ii que More^ l'ait eu en sa possession ?

/?. Je ne sais pas si M. Moreij l'a eu. II était chez moi avec mon Ir. rct ; je ne sai*^ pas si on Ta pris ou si on ne l'a pas pris. Je sais , par excmpic, (jLie ma femme l'a brûlé.

/). Depuis combien de temps connaissiez-vous Fieschi? R. Je ne le connaissais pas.

D. Comment se fait-il que Fieschi ait été porteur de votre livret , et qu'il ait pu, s'en servir pour travailler penilant plusier.rs mois- datis une fabrique de papiers?

R. Je ne sais pas si je l'ai perdu ou si on me l'a pris, je n'y faisais pas attention. Ce qu'il y a de certain , c'est que lorsqu'on l'a cherché ou ne l'a pas trouvé ; il avait disparu.

D. \\ résulte de l'instruction , comme je vous le disais tout à l'heure, que Fieschi a été plusieurs fois en possession de votre livret; il en résulte encore que ce n'est qu'après l'attentat seulement que Alorei/ \ous a rendu votre passe-port , lequel était destiné à Fieschi, s'il avait pu sortir de Paris. Toutes ces circonstances établissent contre vous une graA e présomption de complicité avec Moreij et Fieschi. Qu'avez-vous à dire ?

DE BESCHER. 351

R. Si Fiesc/u il eu mon passe-poit, il pourra dire qui est-ce qui le lui a donné.

D. C'est Morcy qui devait ic lui donner, s'il en avait besoin.

R. Morcij pourra dire si c'est de moi qu'il Ta reçu. D'ailleurs, je n'ai particij)é en rien à cette airiiire-là, je suis toujours reste chez moi et n'en ai pas quitté. Si j'avais supposé que Morcy fût capable de tremper dans des affaires pareilles, je ne l'aurais pas IVéquenté; mais je l'avais toujours connu comme un très-honncte homme, et (juand j'ai appris qu'il était compromis , cela m'a beaucoup étonné.

D. N'avez-vous pas décloré qu'en prenant un passe -port pour Auxerre , votre intention était d'aller cliezic sieur Boilier, relieur?

R. Oui, Monsieur.

D. Bottier déclare qu'il ne vous, a pas vu depuis douze a«s ; qu'il n'y a jamais eu de rapports entre lui et vous, qu'il n'a point d'ouvrier à Auxerre; que vous ne lui avez point écrit pour lui clé- *mander de l'ouvrage et lui annoncer votre arrivée. Il résulte de cetie déclaration une très-forte présomption que vous n'avez pas pris ce passe-port pour vous en servir vous-même, mais bien pour le prêter à quelqu'un qui ne pouvait pas en prendre en son nom, et qui aurait besoin de quitter Paris?

R. Je connais M. Bottier depuis mon enfance ; nous avons été 'apprentis ensemble; sa femme, dont il était séparé, venait presque toutes les semaines chez moi. Je suis étonné qu'il dise que je ne îe connais pr.s; ma femme a même été apprentie chez lui. Quant à des relations, il est vrai que je n'en ai pas eu avec. lui depuis qu'il a quitté Paris , a!)rès avoir fait banqueroute ; car nous élions tous les deux dans la même passe, il était malheureux comme moi. (iufuîd j'ai su qu'il était à Auxerre, j'ai pensé que je pourrais me procurer il'e l.ouvrage chez lui.

D. Les détails que vous venez de donner tendraient à prouver ouc vous n'aviez pas l'espoir fondé de trouver de l'ouvrage chez le sieur Bottier et l'intention départir pour Auxerre?

R. Je vous demande pardon, c'est ma femme seule qui m'a empêché de partir, en me disant qu'elle travaillait pour nous deux. Dans riiitervalîe, M. Ciivicr m'a donné de fouvra^ et je suis resté à Paris ; car, Morey et moi , nous travaillions pour le Jardin-des- Plantes.

D. Ne faisiez-vous pas partie delà société des Droits de i'hommc?

R. Oui, Monsieur.

D Ncticz-vous pas de la même section que Moreij?

R. Non, Monsieur.

D. A quelle section apparteniez-vous?

R. A la section Marat.

D. Quel était le chef de cette section?

R. Je ne l'ai jaipais su.

D. Pourquoi votre femme aurait-elle brûlé ce passe-port lorsque Moreij vous l'a remis après l'attentat , si elle n'avait pas craint que ce passe-port pût vous compromettre?

R. Morey ne me l'a pas remis , et ma femme l'a brûlé , parce que j'avais toujours l'intention de partir et qu'elle voulait m'en empêcher. Si on s'informait dans le quartier , on saurait que depuis longtemps j'avais le projet de quitter Paris; j'avais même dû aller au Mexique. <

{ Dossier Bescher, pièce .)

5"^ Interrogatoire subi t^qx BescherM 19 novembre 1835, devant M.Zangiacomi, juge d'instructiVîn , délègue, contenant aussi confrontation de Bescher a.\ec Fiesc/u.

D. Ne vous nommez-vous pas Besche?' [TeW) , et non Pierre- Théophile-René.

R. Je m'appelle Tell Bescher, et non Pierre-Théophile-René qui sont les noms de mon frère. Je suis né i'an ïl ( 1 794 ), et mon frère en 1 79 0 ; il aurait maintenant quarante-cinq ans; j'ajoute que je suis né à Laval (Mayenne), tandis que mon frère était né à Château-Gonthier , même département ; il était compositeur d'imprimerie , et moi je suis relieur depuis 18 08.

D. Connaissez-vous le livret que je vous représente ?

R. Oui, Monsieur; c'est celui de mon frère; je l'ai toujours eu en ma possession , et ce ne peut être celui-là dont un autre se serait servi pour se faire passer sous mon nom.

D. A quelle époque précise prétendez-vous en avoir pris un autre a ia préfecture de police ?

R. II y a environ un an , et c'est ce dernier livret que j'ai perdu, et .qui probablement aura servi à un autre.

DE BESCHER. 353

D. Connaissez-vous le nommé Fieschi?

R. Je ne connais personne de ce nom; il faudrait que je le visse pour répondre à votre (|ucstion.

Et aussitôt nous avons mis en présence le nommé Fieschi, que nous avons fait appeler devant nous , et nous avons demandé au nommé Beschcr s\\ le reconnaissait.

Dc^cher a dit (jn'il avait vu l'individu que nous lui représentons, chez M. Morey, mais (pi'il ne savait pas son nom. Fieschi, de son côté , a reconnu qn'il reconnaissait l'individu mis en sa présence, pour le nommé 5^*"c/?^r, et qu'il i'avait également vu chez Moveij.

Sur ce, nous avons adressé à Fieschi, sur le womnMô Bescher , 1rs questions suivantes ;

D. Ne l'avez-vous pas vu chez Moreij ? R. Non, Monsieur.

D. N'avait-il pas été convenu entre lui et vous , que vous prendriez son livret?

R. Non, ^Monsieur; la proposition m'a été faite par le nonnné Morey, mais en l'absence de Bescher.

D. De quelle date était le livret dont vous avez été porteur chez Lesage ?

D. Je ne pourrais le dire au juste, mais il était neuf. D. A peu près de quçlle époque?

R. Il était du courant de cette année.

D. Ainsi vous ne reconnaissez pas le livret que je vous représente , Jaté du 1 1 mai 1807, et au nom de Pierre-Théophile-René Bescher^ Igé de 1 7 ans, pour être celui dont vous vous êtes servi chez le sieur Lesage ?

R. Non , Monsieur; ce n'est pas celui-là.

( Dossier Bescher, pièce .)

/^ Interrogatoire subi, le même jour, par Ficsclu, devant M. Joui'dain, juge d'instruction, délègue'; ledit interrogatoire faisant suite à la confrontation qui pre'cèdc.

Z). Lors(|ue vous êtes sorti de chez Lesage , votre livret vous a été -«unis par celui-ci; pouvez-vous dire ce que vous en avez fait ?

Interrogatoires. 45

334 INTERROGATOIRES DE BESCHER.

R. Ce livret ne m'a pas été rendu par Lesage; je le lui ai donné (juand je suis entré cliez lui , et il ne me Ta pas rendu , parce que je ne le lui ai pas demandé.

D. Cependant Lcsage a déclaré qu'il vous avait rendu ce livret, lorsque vous êtes sorti de chez lui?

IL Cela n'est pas.

( Dossier Bescher, pièce . )

Pour copie conforme aux pièces de la procédure :

« Le grejjier en chef,

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