DEUXIÈME SÉRIE
MOREY (Pierre), âgé de 61 ans, né a Chassargne ( Côte-d'Or ) , bourrelier, demeurant à Paris, rue Saint-Victor, n° 23.
V^ Interrogatoire subi, le 6 août 1835, devant M. le baron Pasquier, pre'sident de fa
Cour des Pairs (l).
D. Depuis combien de temps connaissez-vous Fieschi?
R, II y a très-longtemps ; avant qu'il entrât aux vétérans. Un de mes voisins causait devant sa porte , et disait ; n Voilà encore une victime de Charles X. « Je n'y fis pas d'abord grande attention ; ii entra aux vétérans; plus tard^ il connut M. Cannes, et entra par sa protection dans unetréfilerie à CrouHebarbe. Dans le temps du choléra, il a sauvé la vie à M. Cannes, H y a un an il fut poursuivi; il disait que c'était pour délit politique. Je l'ai caché chez moi pendant trois mois. Après ce temps-là, je lui ai dit que je ne pouvais pas le gardei** plus longtemps. Un matin il est sorti et s'est procuré de l'ouvrage , je ne sais pas bien où ; je ne i'ai plus revu que deux ou trois fois dans la rue, et chez moi une fois ; il y a mangé.
D, A quelle époque était-il caché chez vous? R. Au mois de novembre dernier.
(l) Voir aux dépositions des témoins Faits généraux, 4^ série, la déposition de Morey , du 30 juillet 1835, devant M. Gaschon, page 132, et les interrogatoires du même en date des 31 juillet et 2 août devant le même magistrat, au sujet des recherches faites pour de'couvrir la malle de Fieschi, pages 136 et suivantes, HG et suivantes.
D. A quelle époque l'avez-vous vu , depuis qu'il est sorti de chez vous?
R. Une fois , vers ie mois de mars; puis eii avril ou en mai. Il y a à '^ peu près six semaines , je i'ai rencontré près de l'arsenal ; il m'a dit qu'il allait faire une commission.
D. Pendant qu'il était chez vous, qui est-ce qui est venu le voir? R. Sa femme.
D. Quelle est cette femme?
R. Elle s'appelait madame Petit; elle est venue cinq ou six fois. Il paraît qu'ils sont brouillés. Cet hiver je lui ai fait donner une voie de bois, qui ne m'est pas encore payée. Fies chi avait laissé chez nous deux chaises et une couverte qu'il voulait vendre pour se procurer (quelques sols. Il a même amené quelqu'un pour les acheter, et ma. femme lui en a donné le prix qu'on lui offrait; je crois 1 o francs.
D. li n'avait donc pas d'argent du tout quand il est sorti de chez vous?
R. Non , car cette femme a touché le dernier trimestre qui ëtaft dû ëk à Fieschi dstns sa tréfilerie ; elle lui a donné dix francs seulement et l'a abandonné. Quand il était à la maison, j'ai fait plusieurs coui'ses pour lui chez M. Cannes , pour l'aidei* à sauver des fonds qu'il avait touchées à ce qu'il paraît.
.,/), Vous alliez vous-même chez la femme Petit? R, Je ij'y swis allé qu'une fois, pour goûter du vni qu'on lui avait envoyé. •
D. Qui avez-vous vu chez elle?
R. Des pensionnaires qui y mangeaient.
D. Quels étaient ces pensionnaires?
R. Janot, Salis. Il y en avait un troisième dont j'ai oublié le nom ; mais je le reconnaîtrais si je le voyais. Janot est parti pour son pays au mois de janvier ; il devait revenir au mois de mars; mais il y est encore. Je me rappelle maintenant le nom du troisième jeune homme , il s'appelle Auffray.
Ù. N'avez-vous pas connu Annette Bocqiiin? R. Non, Monsieur.
D. Avez-Tous corrnu Nina Lassave?
R. C'est la fille de madame Petit, je l'ai vue trois fois.
D. Dans quelles circonstances?
R. Je l'ai vue une fois ou deux, quand Fieschi était dans ia tréfiierie. Je i'ai vue une fois, rue du Battoir; elle sortait de chez sa mère , et même elle ifavait pas l'air content.
D. Ne l'avez-vous pas vue pïus souvent ?
R. Je l'ai encore vue mercredi. Fieschi avait envoyé une malle , rue de Poissy, chez un fontainier. If avait àii de ne remettre cette malle que sur mon ordre. Nina vint chez moi, et me dit : Vous avez reçu une maile. Je lui dis que je ne i'avais pas. Je lui ai donné 15 francs, j'ai payé C francs pour son loyer, et je lui ai dit, par humanité, de s'en aller à Lyon trouver son frère, et que je tâcherais de lui procurer les moyens de faire ie voyage. Tout homme en aurait fait autant ; en voyant la conduite qu'il a tenue avec cette malheureuse, qu'il a fait sortir de la Saïpêtrière, j'ai eu pitié d'eîîe quand j'ai su le fin mot.
D. Qu'entendez-vous par ces dernières paroles? R. C'est-à-dire, quand j'ai su que Fieschi était l'assassin, D. Vous ne le saviez donc pas avant ce raoment-ià? R, Sur mon nonneur, je suis aussi innocent que vous.
D. Expliquez comment il se fait que Fieschi se soit confié à vous, pour reprendre cette malle déposée par lui chez un fontainier?
R. Je ne lui avais jamais vu de malle ; je ne savais pas qu'il en eût. Je ne puis rien dire là-dessus.
D. Vous deviez savoir où il demeurait ?
R. Je n'en savais rien. Un soir, il m'a dit qu'il travaillait à hattre du plâtre ; mais je n'ai pas su où cela était.
D. Etes-vous bien sûr qu'on ne vous ait pas vu avec Fieschi, le lundi matin 2 7 juillet?
R. J'en suis bien sûr.
D. On ne vous a pas vu sous une tente, près de la maison ou l'explosion a eu lieu , buvant avec Fieschi? '' *^^^ ^li^i î^^tî yn '/:
R. Non, Monsieur. Vers deux heures, ce jour-îà; je suis allé à
l'église française, où l'abbé C hâte l sl officié , rue du faubourg Saint- Martin , et où étaient les décorés de juillet.
D. Avez-vous fait partie de ia société des Droits de l'homme ? R. Jamais.
D. Vous avez été commissaire de quartier dans cette société ? R. Cela n'est pas; vous pouvez prendre toutes les informations possibles à cet égard.
D. N'avez-vous pas été compromis pour un fait grave en 1 8 1 6 ? R. Non ; ce n'était pas un fait grave ; c'était à Dijon , pendant que les Autrichiens y étaient.
D. N'y a-t-il pas autre chose que cela ?
R. J'ai été vendu dans ce temps ià, comme prévenu d'attentat à la famille Royale à main armée , par deux misérables, le nommé Mouchet , auquel j'ai donné plus de 150 francs pour vivre, et un nommé Ganneton , qui a été commissaire de police , faubourg Saint- Denis. Mais cela était faux ; on l'a bien vu depuis.
D. Avez-vous servi ?
R. Oui , Monsieur.
D, Dans quel corps? et pendant combien de temps ? R. J'ai servi dix ans dans un régiment de hussards, et dans le train d'artiHerie, comme ouvrier. t^--?
D. Par conséquent vous vous connaisse^ en armes ?
R. Oui, puisque je suis tireur de prix.
D. Vous savez très-bien charger un fusil ?
R. Quand on est tireur, on doit savoir charger un canon de fusil.
D. Vous avez entendu dire que , parmi les canons de fusil employés par Fieschi il y en avait qui n'étaient pas partis.
R. Je l'ai peut-être entendu dire, mais je ne me le rappelle pas. :fyP.:.iyous l'avez dit à quelqu'un.
•To^jR, Je ne l'ai dit à personne.
*''5&^ Vous avez dit que ces canons avaient crevé, parce qu'ils avaient
été charges par un maïadioit, et que ceux qui étaient partis avaient été chargés par vous.
R. J'ai pu dire que , si ia halle ne portait pas sur la poudre , le fusil ne devait pas partir, parce que j'ai éprouvé cela.
D. A qui avez vous dit cela?
/?. Je crois que c'est aux exempts qui sont venus à ia maison.
D. Vous l'avez dit à d'autres.
R. Je ne me le rappelle pas.
D. Rappelez exactement vos souvenirs.
R. J'ai fait partie d'une société de tireurs , qui existait depuis quatre-vingts ans aux Récollets. Un jour, on tirait le prix du boni ; un nommé Demarne avait enfoncé sa balle de six pouces ; on rapj)elle : il jouait ; il tire son coup ; ie fusil a crevé , comme s'il avait été coupé avec un rasoir.
D. Ainsi vous ne niez pas avoir dit que les canons qui ont crevé, ont été chargés par un maladroit?
R. J'ai peut-être dit cela, je ne mêle rappelle pas bien.
D. N'est-ce pas vous qui avez chargé les autres canons? R. Non , ce n'est pas moi; je ie nie formellement. Je serais donc son complice ? Je n'ai aucune connaissance ià-dedans ?
D. Vous étiez dans l'intimité de Fieschi , vous l'avez caché chez vous, pendant trois mois , à une époque oiJ il était poursuivi parla justice; quand il est sorti de chez vous, vous lui avez acheté les effets qu'il y avait laissés ; vous avez continué à le voir; il est venu plusieurs fois chez vous depuis; vous en convenez; vous connaissez sa maîtresse; vous êtes venu plusieurs fois à son secours; la malle de Fieschi 2i été, après l'événement, déposée dans un lieu , d'où elle ne pouvait être tirée que par votre ordre; vous avez en effet retiré cette malle ; vous avez établi dans une chambre une personne qui pouvait être un témoin dangereux pour Fieschi et vous vous êtes engagé à lui donner les moyens d'aller à Lyon ; vous avez été vu le lundi , buvant avec Fieschi , près de son domicile , que vous ne pouviez ignorer; enfin , vous avez dit à une personne que les canons qui ont crevé avaient été chargés par un maladroit ; que ce maladroit était Fieschi , Interrogatoires. 30
et que ceux qui sont partis, avaient été cliargés par vous : ces faits soiit Lieu gra\es?
/?. Je n'ai aucune connaissance de tout ce que vous me dites. Je ne connais j)as ie logement de Fieschi; je n'ai pas bu avec lui. Je puis avoir dit quelque chose , parce que je sais ce que c'est que de charger une arme ; mais Dieu me préserve d'avoir aucune connaissance de tout cela !
D. Vous qui avez été si souvent et si avant dans les confidences de Fieschi, vous devez savoir ce qu'il voulait taire pour se sauver après l'événement?
/ R. Il ne se serait pas confié à moi^ s'il avait voulu faire une chose comme cela,
D. Il serait cependant naturel , d'après vos antécédents , d'après l'exaltation de vos opinions républicaines , que Fieschi vous eût fait part de son projet?
R. Je ne nie pas avoir des opinions républicaines, mais je ne les ai jamais fait connaître. .»
D. Où étiez-vous dans le moment de l'explosion ? R. Où j'étais? Est-ce que je sais à quelle heure l'explosion a eu lieu?
D. Rappelez bien vos souvenirs ?
R. Je crois que j'étais à la maison, où je suis resté toute la matinée. Je ne suis sorti qu'après mon second déjeuner.
D. Où étes-vous allé ?
R. Chez Nolland, de qui j'ai appris que la malle était là.
D. Si vous n'aviez appris que de Nolland que la malle était là, vous n'auriez pas pris sur vous d'en disposer , sans un ordre exprès de Fieschi?
R. Nolland avait vu Fieschi, qui lui a dit de ne la donner que sur mon ordre. Le lendemain , cette jeune personne vint et me dit : «Je viens pour chercher lu malle;» je lui dis: «Elle est dans tel endroit.» J'y suis alié le soir; Nolland était sorti. Le lendemain, j'y suis retourné, et à peine y étais-je depuis deux minutes, quand un porteur est venu la chercher.
D. Qui était allé cherclicr ce porteur?
R. Je l'avais vu la veille.
D. Cependant vous avez dit que vous n'aviez pas vu ce commissionnaire.
R. J'ai fuit en cela un mensonge, cela est vrai, mais je n'ai agi que par humanité; je savais qu'elle était innocente.
D. Vous connaissiez tous ies projets de Fieschi; c'était vous qui deviez l'aider à quitter Paris , en sortant par la barrière ia plus prochaine; vous deviez à cet effet l'attendre dans la rue? n
R. Tout ce que vous me dites ià est absolument faux.
D. Vous avez dit que vous n'étiez pas de la société des Droits de l'homme. On a trouvé chez vous l'exposé des principes de cette société, distribué par elle à ses membres, le journal Le Populaire , un écrit du S' Marrast , et un compte rendu du procès d'avril, publié de concert avec les accusés?
R. Est-ce que ic premier individu ne peut pas avoir chez lui des choses comme cela? Si j'avais été de ia société, j'en aurais eu bien davantage. On en a trouvé très-peu et je ne sais comment cela s'est introduit chez moi. On a dit aussi que j'étais abonné au Réformateur: je ne l'ai jamais eu à la maison.
D. Vous avez dit , que depuis quatre mois vous igîioriez la demeure de Fieschi?
R. Oui , Monsieur.
D. Cependant, il y a un individu qui est allé louer â\ec Fieschi ïc logement où l'attentat a été commis, qui a payé d'avance un terme du loyer de ce logement. Oi^ vous avez été reconnu pour être cet individu, désigné comme étant ïoiicle de Girard?
R. Fieschi ne connaissait pas que moi. H connaît Dieu et le diable; ^est un intrigant; il voyait une infinité de gens qui parlaient toutes soi tes de jargons.
D. Comment savez-vous cela ?
R, C'est lui qui me îe disait.
D. Pouvez-vous nommer quelques-unes des personnes que voyait Fieschi ?
R. Cela me serait impossible.
âo.
D. Qui a pu donner de l'argent à Fieschi, si ce n'est vous ?
R. Si j'avais de l'argent, ce ne serait pas pour le donner; car je suis plutôt en arrière qu'en avant de mes affaires.
D. Si cela est, comment donniez-vous du bois à la maîtresse de Fieschi, qui ne devait pas vous inspirer beaucoup d'intérêt ?
R. Je croyais en être payé; à l'époque, j'ai cru qu'elle était son épouse.
D. Persistez-vous à dire que vous ignoriez où demeurait Fieschi , depuis qu'il est sorti de chez vous ?
R. Oui, Monsieur; j'y persiste.
D. Cependant vous l'avez vu plusieurs fois, depuis qu'il est sorti de chez vous ?
R. Cela est vrai.
D. Vous l'avez connu sous le nom de Girard?
R. Jamais.
D. Vous voyez combien votre position est grave : pesez mûrement vos réponses ; vous avez déjà fait plusieurs mensonges; mentir est un moyen de défense plus dangereux ([u'utile?
R. Je suis convenu des mensonges que j'ai faits. J'ai menti pour la malle , cela est vrai.
D. Vous avez dit ne pas connaître Fieschi sous le nom de Girard. Cependant, dès le lendemain de l'événement , vous vous êtes occupé de faire remettre entre les mains de la maîtresse de Fieschi la malle déposée chez Nolland , et vous l'avez fait pour que cette fille pût se sauver et ne fût pas compromise. Or, le vrai nom de Girard , c'est-àdire le nom de Fieschi , n'a été connu que quatre jours après. Par conséquent, vous saviez que Girard et Fieschi é\?àeni la même personne^ puisque vous avez pris vos précautions en faveur de sa maitresse?
R. Moi , qui savais que c'était Fieschi lui-même qui avait remis la maîle , j'étais moralement sûr qu'elle n'appartenait pas à Girard.
D. Ceci ne répond pas à ma question , et ne s'accorde pas avec vos réponses précédentes?
R, Je ne puis pas dire une chose qui n'est pas , puisque c'est Fieschi
qui avait déposé cette malle, et je ne connaissais que lui. Si j'avais su qu'il eût pris le nom de Girard, j'aurais fait arrêter la malle moimême.
( Dossier Morey, pièce .)
2* Interrogatoire subi par Morey, le 10 août 1835, devant M. le baron Pasquier, président de la Cour des Pairs.
D. Avez-vous travaillé dans les écuries de M. le duc ^Ansiouléme? R. J'ai connu M, Gagnery, qui était bourrelier de la maison ; mais je n'ai jamais travaillé pour la maison.
D. N'avez-vous pas fait une magnifique selle pour une personne de la famille Royale ?
R. Jamais.
D. N'avez-vous pas une marque sur le bras? R. Oui , Monsieur ; je porte un hussard tatoué sur le bras.
D. N'est-ce pas plutôt une fleur de lys ? R. Non , Monsieur.
D. N'avez-vous pas recommandé Fieschi à un nommé Regîiaiidin? R. Oui, Monsieur; dans le moment où il a quitté la maison.
Ai A
D. N'est-ce pas Regnaudm qui l'a placé chez Lesa^e ?
R. C'est possible; mais je ne connais pas Lesage.
D. Sous quel nom Fieschi di-i-W été placé chez Lesage?
R. Je ne sais pas s'il a pris un autre nom. Mon neveu Regnaudin savait qu'il s'appelait Fieschi; car nous l'appellions Fieschi à la maison.
D. N'étes-vous pas allé voir Fieschi chez Lesage ? R. Je ne m'en souviens pas. Je ne crois pas l'y avoir vu.
D. Dans votre dernier interrogatoire , vous avez dit que Fieschi, entré chez vous au mois de novembre 18 34, en était sorti au mois de janvier, et que vous ne l'aviez vu que deux ou trois fois depuis ce temps-là : persistez-vous dans cette déclaration ?
R. Oui , Monsieur.
Z). Vous affirmez ne pas i'avoir vu quelques jours avant l'uttentat? * R. Il y avait cinq ou six semaines qu€ je ne l'avais vu.
D. Cependant il résulte de l'instruction, que vous êtes aifé chez Fieschi ie lundi 2 7 juillet , vers midi , et que ce joiu'-là vous avez défendu à la portière de laisser moiiter personne chez lui? -^
R. Je suis ignorant de tout ce que vous me dites là.
D. Ce même jour , à une heure environ , vous étiez encore avec Fieschi, buvant de la bière dans un estaminet , entre ie Circpie-Olympique et la Gaieté?
R. Je jure que cela n'est pas.
D. Cependant Une personne qui vous connaît bien vous a vu , et Fieschi lui-mcmc en convient?
il. Si Fieschi 2i\2i\i dit cela, il serait un faussaire et moi assassin. II peut avoir été avec quelques-uns qui aient ma ressemblance , mais pas avec moi. Jk
D. Fieschi n'a pu se méprendre, et il est convenu iui-méme de ce fait?
R. S'il avait dit cela , il aurait pris son bienfaiteur pour lui faire du mal.
D. Vous ne pouvez pas avoir ignoré les relations de Fieschi slvqc Lesage, et le nom sous lequel Fieschi y était entré ; car Fieschi vous a fait vendre p^r 30 francs de colle à Lesage, et lorsque vous êtes allé chez Lesage, vous avez demandé des nouvelles de Fieschi sous le nom de Bêcher?
R. II est bien possible , si Fieschi avait pris le nom de Bêche?', que Lesage niait dit : «J'ai Bêcher k'v,ii il l'aura fait venir, et je l'aurai vu; c'est comme cela que les choses se seront passées.
D. Connaissez - vous Théodore Pépin, épicier, place de la ! Bastille ?
R. Oui, Monsieur.
D. Ne savez-vous pas qu'il était lié avec Fieschi?
D. Savez-vous si Fieschi a logé chez lui? R, Je n'ai point eu connaissance de cela.
D. Vous avez dit que vous n'aviez jamais fait paitie de la société des Droits de i'Iioinme?
R. Je i'ai dit , et on ne me prouvera pas que j'en aie fait partie.
D. Cependant votre nom figure sur les contrôles de la section Rome , du douzième arrondissement?
R. On peut avoir mis mon nom , mais ce n'est pas de mon aveu.
D. \o\\s êtes porté sur les contrôles , avec l'indication de votre profession. Dans ia même section figurent votre ami Nollaiid et Pépin, sous-chef de la section?
R. Je nie avoir fait partie de la société; jamais on ne m'y a vu.
D. Expliquez comment il se fait que Fieschi ait dépose sa malle chez Nolland, en recommandant de ne ia remettre que sur votre ordre ?
R. Je suis convenu de ce fait, j'ai même dit que javais fait prendre ia malle chez Nolland, et que je l'avais fait porter dans une chambre que j'avais louée pour Nina; mais je lui ai recommandé de ne pas l'ouvrir, mon intention étant, lorsqu'elle serait partie, d'en faire la déclaration au commissaire de police.
D. Les soins que vous avez pris de cette jeune fille prouvent que Fieschi vous l'avait recommandée?
R. Il ne me l'avait pas recommandée, mais elle est venue me trouver; elle m'a raconté, en pleurant, comment il l'avait fait sortir de ia Salpétrière; riiomine le plus barbare aurait fait ce que j'ai fait. '
D. Si votre intention était de faire votre déclaration , quand Nina serait partie, comment avez-vous fait porter la malle c\\qz Nina?
R. Je n'ai rien su que par Ni?ia, quand ia malle a été chez elle. Je ne savais pas que Girard était Fieschi, c'est Nina qui me l'a appris.
D. Vous venez de dire que Nina, était venue vous trouver en pleurant. C'est chez vous qu'elle vous a prié de vous intéresser à elle?
R. Non , Monsieur ; ce n'est pas chez moi qu'elle m'a dit cela. Si elle me lavait dit, en premier , je serais allé déclarer la malle.
D. Il est évident que vous n'avez ioué une chambre pour elle qu'après que vous avez connu sa position?
R. Je n'ai rien su , que quand la malle a été chez elle.
D. Comment pouvcz-vous soutenir que vous avez remis à Nina la malle de Ficschi, sans savoir ce qui s'était passé? Nina est venue vous trouver, elle vous a dit que Fies c ht était mort?
R. Elle ne m'a dit cela que dans sa chambre.
D. Et vous lui avez répondu : «Mon Dieu , non , malheureusement! i)
R. Je n'ai pas dit cela; j'ai dit que c'était un brigand d'avoir fait ce coup-là.
D. Vous avez voulu faire semblant , avec Nina, de ne pas savoir que Girard et Fieschi n étaient qu'une seule et même personne; alors elle vous a rappelé qu'elle vous avait vu buvant ensemble sur le boulevart; vous avez fait quelque difficulté d'en convenir, et cependant vous en êtes convenu à la lin?
R. Si Nina dit cela , elle ment.
D. Fieschi lui-même l'a dit?
R. -S'il l'a dit, il cherche donc à perdre son bienfaiteur, et ils s'entendent tous deux pour cela.
D. Vous avez dit que vous aviez défendu à Nina d'ouviir la malle ?
R. Je lui avais défendu de toucher à ce qui était dedans. Je savais qu'elle n'avait pas la clef, puisqu'elle a été obligée d'envoyer chercher im serrurier pour l'ouvrir,
D. Je vous dis que vous lui avez dit d'envoyer chercher un serrurier, pendant que vous n'y seriez pas, et qu'elle pourrait prendre dans la malle ce qui lui appartenait ?
R. Je n'ai pas parlé d'envoyer chercher le serrurier, quand je n'y serais pas ; mais je lui ai dit de prendre ses effets.
D. Ne vous étes-vous pas réservé quelques-uns des objets qui étaient dans la malle, et notamment des livres et un carnet, appartenant à Fieschi?
R. Je n'ai rien vu de tout cela. Pourquoi aurai-je demandé des livres? je ne lis jamais, et je n'y tenais pas.
D. Vous pouviez ne pas tenir aux livres, mais vous teniez beaueoup au carnet de Fieschi,
R. Je ne tenais pas plus au carnet qu'aux livres.
D. Sur ce carnet que vous avez emporté se trouvent les adresses des connaissances de Fieschi, et une note sur laquelle était porté le payement d'une somme de 1 3 francs , pour un ouvrage de me nuiserie?
R. Je n'ai pas pius vu le carnet que les livres.
D. La fille Nina a dit que sur ce carnet se trouvait cette note de 1 3 francs pour un ouvrage de menuiserie , et le menuisier qui a travaillé pour Fieschi a déclaré que celui-ci lui avait payé 1 3 francs pour cet ouvrage.
Vous voyez que le témoignage de la jeune fille est confirmé par celui du menuisier?
R. Je persiste à dire que je n'ai pas vu le carnet plus que les livres. Je n'aurais aucune raison pour nier les avoir vus , puisque cela ne pouvait me compromettre.
D. Vous dites que cela ne pouvait vous compromettre , et cependant vous avez exprimé à Nina une sorte d'embarras pour emporteices livres ; vous avez paru craindre que cela ne vous compromît , et que le portier ne le remarquât?
R. Je n'avais aucun embarras à avoir, puisque je n'emportais rien.
D. A quelle heure , et quel jour la fille Nina est-elle venue chez vous, pour la première fois, après l'attentat? R. Le 29; je crois que midi était déjà passé.
D. Ne lui avez-vous pas dit alors de ne rien dire devant la femme qui demeure avec vous ?
R. Je lui ai dit qu'elle me conterait cela plus tard.
D. Ne lui avez-vous pas dit d'aller vous attendre à la barrière du Trône ?
R. Oui, Monsieur; pour me conter comment la chose était arrivée. v» î; <;S0 ^t.\-.i^:^..
D. Ne l'avez-vous pas menée chez un traiteur, hors de la barrière?
R. Je lui ai demandé si elle avait besoin de quelque chose; elle s'est fait apporter une petite soupe et lui demi-setier de vin.
D. N'étiez-vous pas iallé quelques jours auparavant chez ce niéme traiteur avec Fieschi?
Interrogatoires. % i
R. Non , Monsieur,
D. Vous aviez beaucoup d'habitudes dans ce quartier-là? R. Non , Monsieur; je n'y vais pas trois fois dans Tannée.
D. Le 2 8, au matin, ne vous etes-vous pas promené près des greniers d'abondance , sur les onze heures?
D. N'y avez-vous pas rencontré Fieschi? R. Non, Monsieur.
D. II résulte cependant de l'instruction, que vous avez vu Fieschi, et que vous lui avez reproché de n'être pas chez lui à ce moment-ïà?
R. Je n'ai pas plus vu Fieschi ce jour-là que vous ne l'avez vu vous-même. -
D. L'instruction établit que Fieschi vous a dit d'être tranquille; qu'il serait à son poste, et que le tambour ne battait pas encore? R. Je n'ai aucune connaissance de ce que vous me dites là.
D. Remarquez que la déclaration qui a été faite à cet égard est confirmée par les faits; car Fieschi n'est rentré chez lui que deux ou trois minutes avant le passage du Roi ?
R Je n'ai pas connu Fieschi dans toutes les manœuvres qu'il a faites. L'autre jour, j'ai oublié de vous dire que quand j'ai rencontré Fieschi à l'arsenal, il m'a dit qu'il avait un ami qui devait le présenter à un grand personnage, que les républicains étaient des lâches, et qu'il arrangerait cette affaire-là. Je lui ai tourné le dos, et je ne i'ai pas revu depuis. Il fallait bien qu'il eût des vues, puisqu'il a dit à Nma, deux jours avant l'événement, " qu'après demain elle serait heu- « reuse. » C'est elle qui me l'a dit
D. En quittant le grenier d'abondance, le 2 8, n'étes-vous pas allé rue des Fossés-du-Temple?
R. Non, Monsieur.
D. Je vous observe que vous avez été confronté avec une personne
qui vous y a vu?
R. J'ai dit au domestique de M. Panis qu'il m'avait pris pour un autre , et que si je l'avais vu , je lui aurais parlé.
D. Vous dites que vous auriez parlé à ce domestique si vous l'a-
viez vu; mais, si vous alliez clans cette rue avec de mauvaises intentions, il serait naturel que vous n'eussiez pas parlé à une personne qui vous jiurait reconnu?
R. Il ne m'aurait pas laissé passer sans rien dire s'il m'avait vu , et si je ne lui avais pas parlé.
D. Que diriez-vous si Fieschi déclarait que vous deviez l'attendre dans cette rue après qu'il aurait fait le coup, pour l'aider à se sauver par une barrière?
R. Je dirais que Fieschi est un misérable qui veut me perdre.
D. Remarquez que , dans cette occasion-là comme toujours, des gens qui ne se connaissent pas, et qui ne se sont pas vus, s'accordent à dire les mêmes choses contre vous?
R. Je ne dis pas que le garçon de M, Partis soit im malhonnête homme , mais il a bien pu se tromper.
D. Pendant le temps que vous avez passé chez le traiteur, avec Nina, vous avez dû causer beaucoup?
R. Non, Monsieur; je ne lui ai rien dit; mais j'ai appris, en revenant, par un grenadier qui avait eu son pantalon déchiré entre les jambes , ce qui venait d'arriver.
D. Je vous fais observer que vous parlez alors du jour même de la revue, et que ceci prouve que vous êtes allé du côté des boulevarts, où vous avez appris ce dont vous venez de parler, et que, dans un précédent interrogatoire, vous aviez dit n'être pas sorti ce jour-là?
R. J'ai dit seulement que je n'étais sorti que dans l'après-midi.
D. Dans vos entretiens avec la fille Nina, vous lui avez dit que vous saviez comment les choses s'étaient passées , que vous aviez pris une part à la charge des fusils; que vous iui avez dit que c'était vous (jui aviez chargé les canons qui étaient partis, et que Fieschi avait chargé ceux qui avaient crevé et qui l'avaient blessé?
R. Si Nina a dit cela , c'est une menteuse.
D. Je vous fais remarquer que la déclaration de Nina s'accorde singulièrement avec ce que vous avez dit vous-même de votre talent à charger les armes?
R. II est très-vrai que j étais un tireur de prix.
D. Vous vous occupiez souvent de fondre des balfes? R. Oui, Monsieur.
D. En avez-vous fondu nouvellement?
R. Non , Monsieur.
D. \\ paraît cependant que vous en aviez une certaine quantité eu votre possessiou ?
R. On n'en trouvera pas chez moi.
D. Etes-vous sûr qu'on nen trouverait pas ailleurs? R. J'en suis sûr.
D. On n'en trouverait pas, enfermées dans un sac de toile, et déposées dans un lieu oi^i vous ne soupçonniez pas qu'on les trouverait? R. Non, Monsieur.
D. Hé bien, moi, je vous dis qu'on a trouvé un sac de balles déposé par vous , le jour où vous avez dîné à la barrière du Trône, derrière une haie?
R. Je tombe des nues quand vous me dites de ces choses-là : if faudrait donc que j'eusse porté ces balles à la barrière du Trône ?
D. La fdie Nina arrêtée a déclaré que le jour où vous avez dîné avec elle, vous avez déposé des balles dans un endroit qu'elle a indiqué; on s'y est transporté et on a trouvé les balles ?
R. Nina ne peut pas avoir dit une chose pareille. Si on a trouvé des balles, ce n'est pas moi qui les ai mises là. Toutes ces choses-là sont fausses contre moi.
D. Lorsque vous êtes revenu de ia barrière du Trône avec Nina, étes-vous allé d'abord dans l'endroit où vous lui avez loué une chambre?
R. Non, nous sommes allés dans plusieurs endroits.
D, N'étes-voLis pas allé d'abord dans une maison garnie? R. Oui, Monsieur.
D. Pourquoi n'avéz-Vous pas voulu quelle logeât dans cette maison?
/?. Parce que je ne voulais pas que son nom fût connu à ia police.
D. Quel intérêt aviez-vous à la faire partir pour Lyon ? R. Je savais qu'elle y avait uu frère.
D. Reconnaissez-vous le sac rempli de balles que je vous représente pour vous appartenir?
R. J'affirme que je n'ai aucune connaissance de cela.
D. Vous aviez un grand intérêt, je le répète, à cacher Nma et à lui faire quitter Paris, pensant bien qu'ayant des rapports intimes avec Fieschi, elle pouvait savoir des choses qui vous auraient compromis ?
R. S'ils se sont entendus pour me perdre , c'est une chose abominable ; je leur ai rendu des services, et ils cherchent à perdre leur bienfaiteur. Si j'avais écouté les conseils de ma femme, je serais plus heureux que je ne le suis.
D. La veille de i'attentat , vous êtes allé chez Fieschi dans la matinée et vous lui avez conseillé de brider ses papiers. Il y en avait même un auquel il tenait beaucoup; sur vos instances, Fieschi se décida à brûler ce papier comme fes autres en disant « Vous avez raison , je « n'en aurai plus besoin ? i)
R. Cela me révolte, d'entendre dire des choses comme cela, qui sont de toute fausseté.
D. Vjous avez dit que Fieschi avait dit à Nina que dans deux jours elle serait heureuse. Nina, au contraire, dit que vous lui aviez dit qu'il était malheureux que Févénemont n'eût pas réussi, parce que, s'il avait réussi , elle serait riche maintenant. Vous avez même dit de quelle manière elle serait devenue riche?
R. C'est Nina qui m'a dit que Fieschi \u\ avait dit cela. Moi, je n'ai rien pu lui dire, puisque je ne savais rien. C'est Fieschi qui l'a fait sortir de la Salpêtrière en lui disant cela.
D. Je vous fais observer que Nina n'est sortie de la Salpêtrière qu'après l'attentat?
R. Elle m'a dit, à moi, qu'elle était sortie la veille.
(Dossier Morey, pièce ).
3" Interrogatoire subi par Morey , le 11 août 1835, devant M. le baron Pasquier, président de la Cour des Pairs.
D. Spécifiez le plus exactement possible le jour où Fieschi vous a tenu, près de l'arsenal, le propos que vous avez rapporté hier?
R. Je ne puis pas bien préciser le jour; il y a environ un mois ou cinq semaines. H a même ajouté à ce que je vous ai dit hier : « Moi , j'ai changé de drapeaux. »
D. II ne vous a nullement indiqué le grand personnage qu'il devait voir?
R. H m'a seulement dit qu'on devait le présenter à de hauts personnages; je n'en ai pas su davantage.
D. Je vous fais remarquer que , contrairement à ce que vous avez dit, il résulte clairement de vos propres déclarations, que vous étiez, très-avant daiis sa confidence, et que puisqu'il vous a dit que son affaire irait toujours, vous saviez qu'il avait une affaire, et vous n'ignoriez sûrement pas quelle était cette affaire?
R. Il ne m'a confié aucune chose que ce que je vous répète ; mais je n'étais pas insinué dans les affaires.
D. Vous voj^ez bien que vous ne dites pas la vérité; car il est de la dernière évidence que Fieschi ne se serait pas servi des paroles que vous avez rapportées vous-mcme, si vous n'aviez pas su auparavant qu'il avait une affaire fort grave dans laquelle les républicains devaient le servir?
R. Je n'avais aucune connaissance dans toutes ces affaires-là.
D. Malgré tout ce que vous pouvez dire, vous êtes très-compromis par les contradictions formelles qui existent entre vos réponses et des dépositions dont la vérité ne peut être révoquée en doute, et des faits qui sont constatés. Réfléchissez bien que dans une telle situation vous n'avez d'autre moyen d'obtenir quelque droit à l'indulgence de la justice que la franchise de vos aveux ?
R. C'est tout réfléchi, car si je savais autre chose,* je le dirais. Le parti républicain n'est pas dans cette affaire-là.
D. Qu'en savez-vous?
R. Je sais qu'il n'y a aucune personne du paiti républicain compromise dans cette affaire.
D. Je vous fais observer que vous êtes vous-même connu pour avoir des opinions républicaines?
R. Je ne peux pas nier que je ne sois républicain.
D. Fieschi a dû vous dire autre chose que ce que vous avez rapporté hier?
R. Non, Monsieur; je ne peux pas dire ce que je ne sais pas. Je sais que Fieschi est un misérable qui a voulu me perdre, et voilà tout.
D. Vous saviez qu'il devait y avoir une affaire. Je vous demande quelle était cette affaire ?
R. Je n'en sais rien. Je vous dis la vérité, la mort n'est rien pour moi; le seul regret que j'aurai, ce sera de laisser des dettes, si le sort me réserve cette chose-là.
D. Je vous demande encore comment vous savez qu'aucune personne du parti républicain n'est compromise dans l'affaire?
R. PLiis(|u'il me disait, que les républicains étaient des lâches, «t qu'il changeait de drapeau, c'était bien dire qn'ii n'était plus avec eux, mais avec" d'autres ; et que les républicains n'étaient pour rien dans cette affaire.
D. Comment, vous, républicain, n'avez-vous pas eu la curiosité de lui demander quelle était cette affaire , quand il vous a dit que ies hommes de votre opinion étaienl^ des lâches?
R. Tout cola a été dit si lestement, que la réflexion ne m'est pas venue.
D. Vous avez donc des dettes?
R. Oui, Monsieur; je dois six ou sept mille francs.
\ (Dossier Morey , pièce .)
4^ Inlerrogûtoire subi par Morey, le 19 août 1835, devant M. Zangiacomi, juge
d'instruction , délègue.
D. Reconnaissez-vous les deux livres et les cinquante-cinq factures que je vous représente pour avoir été saisis cbez vous?
R. Oui , Monsieur.
D. Reconnaissez-vous que ie scellé apposé sur ces pièces est sain et entier ?
R. Oui , Monsieur.
D. Consentez-vous à signer et parapher ?ie varientur à la fin de chacun de ces hvres ?
R. Oui , Monsieur*
A finstant l'inculpé arrête avec nous ces comptes , et signe à la fin de chaque hvre.
D. Aviez-vous des pratiques qui vous faisaient travailler moyennant une somme convenue par an ?
R. Oui, Monsieur; je citerai notamment M. Dumont, M. Larive , M. Perrot, MM. Salmon frères et M. Forestier.
Je profite de cette occasion pour vous dire que, le mardi 2 8 juillet au matin, je me suis rendu chez M. Fontaine, marchand grainetier à la Maison-Blanche, pour régler mon comjite, qui a été acquitté moyennant 60 fr. qu'il m'a remis en un bon de 50 fr. et 1 G fr. en billon. Je me rappelle même qu'après être sorti de chez lui , je me suis aperçu qu'il n'avait pas endossé le biflet qu'il venait de me remettre et que je suis rentré chez lui pour cet objet. J'étais de retour chez moi à dix heures et demie, et après mon déjeûner j'ai été voir M. NoUand, fonfainier, rue de Poissy; j'ai ensuite été me promener sur le Port-au-Vin , après quoi je suis rentré chez moi.
( Dossier Morey, pièce ).
5« Interrogatoire subi ^^zx Morcij, le 26 août 1835, devant M. le baron Pasquier, pre'sident de la Cour des Pairs, suivi d'une confrontation de l'inculpe' avqc Martin et Nina Lassave.
D, Vous souvenez-vous d'avoir dîné chez ie sieur Pépin ? R. Oui, Monsieur.
D. A quelle époque?
R. Il y a long-temps ,àiitôùr (îïVttlofé dé mars , à ce que je crois. D. Avec qui avez-vous dîné?
R. Nous étions quatre ou cinq; je ne connaissais pas les persoimes qui se trouvaient là.
^ DEMORET. '/' 169
D. N'y avait-il pas un député à ce dîner?
R, Uy avait un gros monsieur à côté de moi ; mais je ne sais pas s'il était député ou s'il ne l'était pas.
D. Le docteur Recurt n'était-il pas à ce dîner? R. Je ne le connais pas; j'ai vu un jeune homme de trente et quelques années ; mais je ne connais pas M, Recio^t.
D. N'y avait-il pas aussi un avocat à ce dîner? R. II y avait un monsieur plus âgé que moi, qui était peut-ctre un avocat et le beau-frère de M. Pépin , à ce que je crois.
D. Fieschi n'était-il pas à ce dîner?
R, Non , Monsieur; il n'était pas au dîner, je vous en donne ma parole d'honneur.
D. Est-il venu avant ou après le dîner?
R. II est venu au dessert ; on a pris la tasse de café, et on s'est en allé tout de suite.
D. Vous avez déclaré que vous n'avez pas vu Fieschi dans les cinq ou six semaines qui ont précédé l'attentat, et cependant le lundi 2 7 vous étiez chez lui , quand une personne est venue ie demander, et n'a pu monter parce que vous étiez là?
R. Je jure ma paroie la plus sacrée que je n'ai jamais connu le logement de Fieschi.
D. Le même jour vous avez bu de ia bière avec Fieschi sur ïe bou- ^ ievart. Fieschi en convient, et vous avez été vu par une {personne qui vous connaît très-bien?
R. Cela n'est pas; je suis aîlé au faubourg Saint-Martin ce jour-là, mais je vous promets que je n'ai pas mis les pieds sur ies boulevarts.
D, Vous avez dit à une personne que vous aviez vu Fieschi le 2 8 , vers onze heui'es , près des greniers d'abondance ?
R. Je ne crains pas de démentir les personnes qui diraient des choses pareilles.
D. Vous avez dit également que vous aviez chargé plusieui-s des canons de la machine infernale, et que ceux qui avaient crevé avaient été chargés par un maladroit ?
R. Si les canons n'avaient été chargés que par moi, ils nesescnifient pas tirés , je vous en jure ma parole.
Interrogatoires. 22
D. Vous avez dit que vous ne connaissiez pas le logement de FieS' chi, et cependant vous étiez allé avec iui quand il l'a ioué?
R. Je n'étais pas pîus avec lui que je ne suis chez moi maintenant ; c'est m'imputcr des kussctés ; je ne sais rien de plus que le dernier des hommes.
D. Il résulterait cependant de l'instruction que vous deviez attendre Ficschi rue desFossés-du-TempIc, et, à défaut de ce rendez^vous-Ià, à la barrière de Montreuil , pour vous sauver ensemble ?
R. Toutes ces choses-là sont fausses , puisque je vous jure ma parole qu'il y avait six semaines que je ne l'avais vu quand l'événement a
eu
lieu.
D. Vous n'ignorez pas cependant que le domestique de M. Panis vous a vu et reconnu à l'heure du rendez- vous rue des Fossés-du- Tcmple?
R. La preuve que je n'étais pas là, c'est que je suis allé ce matin-là chez M. Fontaine^ à la Maison-Blanche, pour toucher un billet de 50 fr. En revenant je me suis aperçu que M. Fontaine n'avait pas mis son endos au billet : je suis retourné à la Maison-Blanche et ne suis rentré qu'à dix heures et demie. D'ailleurs, si le domestique de M. Panis m'avait vu il m'aurait adressé la parole : d a bien pu se tromper en croyant me voir, car il y a pas qu'une seule personne qui ait un chapeau blanc et qui ait mon âge.
D. Il résulterait de l'instruction , que Fieschi vous a montré la facture des canons qu'il a achetés, et cependant vous dites ne pas l'avoir vu pendant les six semaines qui ont précédé l'attentat ?
R. Je n'ai vu ni la facture ni autre chose ; je suis aussi'innocent de tout cela que vous-même.
D. Persistez -vous à nier qu'après avoir porté la malle chez Nina vous lui auriez dit de faire venir un serrurier pour l'ouvrir? R. Oui , Monsieur ; je persiste à nier cela.
D. Persistez-vous à nier que vous ayez emporté différents objets qui étaient dans cette malle et notamment le carnet de Fieschi? R. Oui , Monsieur ; je nie cette chose-là.
D. Le jour oi^i vous êtes allé avec Niîia chez un traiteur hors la barrière vous avez caché des balles dans un trou derrière une haie?
t)E MOREY. 171
R. Ceîa est faux ; j'aurais pu si j'avais eu des balles dont je voulusse me défaire, les jeter dans la rivière, en passant sur ie pont d'Austerlftz.
D. Vous auriez pu vouloir les retrouver?
R. Qu'est-ce que j'en aurais fait, puisque j'en avais à la maison,
Et à l'instant nous avons fait introduire dans notre cabinet le sieur Martin auquel nous avons demandé s'il reconnaissait l'inculpé. Le sieur Martin a répondu qu'il ne reconnaissait pas Morey. D. A Morey : Quel chapeau aviez-vous le 2 8 juillet? R. J'avais mon chapeau gris.
Et à l'instant nous avons fait introduire dans notre cabinet la fdle Nina Lassave à laquelle nous avons dit en lui représentant Morey:
D. Connaissez-vous fa personne ici présente? R. Oui, Monsieur, c'est M. 3/or^y.
D. Le lundi 2 7 juillet, vers midi, n'étes-vous poiiit allée chez Fieschi?
R. Oui , Monsieur.
D. Vous a-t-on laissé monter?
D. Que vous a dit la portière?
R. Elle m'a dit que Fieschi était avec son oncle.
D. Savez-vous quelle était la personne désignée comme étant l'oncle de Fieschi?
R, Dans ce moment-là je ne le savais pas.
D. L'avez-vous su plus tard?
R. Oui , Monsieur , puisque Fieschi m'a dit qujl était avec Morey dans ce moment-là.
D. Le même jour, n'avçz-vous pas vu Fieschi hxxyoiui de la bière sur le boulevart avec une personne?
R. Oui , Monsieur.
D. Quelle était cette pei-sonne? et que vous a dit Fieschi à ce sujet? ^ ' '''"'^'
R. Fieschi in a dit qu'il était avec Morey ; qu'il ne pouvait le quitter; il m'a dit eucore d'aller l'attendre rue Saint-Sébastien et qu'il viendrait me retrouver peut-être dans dix minutes, peut-être dans trois heures.
D. Avez-vons, vous-même, reconnu 3/(or^y lorsqu'il buvait avec Fieschi swv le boulevart?
R. Oui, Monsieur; M. Morey, ïui-méme, me l'a dit le lendemain.
Nous demandons à Morey ee qu'il a à dire sur ces déclarations delà fille Nina Lassave.
Morey répond que tout ee quelle dit est un tissu de mensonges.
Nous demandons à la fdic Nina Lassave si elle persiste dans ses déclarations,
La fille Nina dit qu'elle persiste dans toutes ses réponses qui contiennent la vérité.
Nous adressons àlafdle Nina\2t. question suivante : D. Fieschi ne vous a-t-il pas dit que, s'il lui arrivait malheur , Morey viendrait à votre secours?
R. Oui , Monsieur ; ii m'a <Iit cela au mois d'avril.
Morey dit : Comment aurais-je pu faire des choses comme cela, puisque je suis moi-même en arrière de mes affaires? si j'avais eu de l'argent , j'aurais commencé par payer mes dettes.
Nous demandons à Nina quel jour elle a vu Morey, a|)i'ès Fattentat commis.
Nina répond : Je i'ai vu ie mercredi sur les onze heures du matin , je lui ai dit que Fieschi était mort; il m'a dit qu'il le savait et m'a recommandé de ne pas parler de cela devant sa femme; je hii ai dit que je l'avais vu la veille sur le boulevart buvant avec Fieschi; il connnença par nier; je lui dis : A quoi sert de nier puisque je vous ai vu? Alors, il convint qu'en effet il avait bu la veille avec Fieschi, sur le boulevart; ensuite il me dit : J'ai des papiers à Fieschi y des condamnations , il faut que je les brûle. Il prit de vieux papiers dans un portefeuille : c'étaient des jugements contre Fieschi et il les i>rûla. Après cela, il me àït : Voulez-vous aller m'attcndre à la barrière du Trône, j'irai vous rejoindre dans une heure. Je pris une voiture qui m'y conduisit et je n'attendis Hionsieur qu'à peu près une demi-heure. M. Morey \mt, et nous fûmes dîner ensemble chez un traiteur. Alors nous avons causé ensemble de
DE MORBXïy-;.^! 17:^
tout cela , je lui Jis : Comment se fait-il que Ftesc/iiaii été blessé? Il me répondit cjiie Fieschi était un bavard ; qu'il avait parlé de cela à tout le monde; qu'il lui avait bien reconiniaudé de se brûler la cervelle après lui avoir demandé si son pistolet était bien chargé, et que Fieschi lui avait répondu que oui.
D.> Vous saviez don^ à ce moment- là qu'il n'était que blessé? R. Non, Monsieur; je Iex:royais mort des suites de ses blessures; je n'ai su que le jeudi qu'il était encore vivant. '
D. Mpv^ij ne «^ousfi-t'jl pas pîirlé de i^ manière dont Jeis canons (Je fusil avaient été chargés?
R. Oui , Monsieur; il m'a dit : Fieschi^ voulu se charger de trois étions : ce sont ceux-Ifi qui ont crevé; c'est moi qui ai chargé les autres iavec des balles et des lingots.
Z). Morey, alors , n'avait-ii pas des balles sur Tui ?
R. En sortant, il me dit : Attendez-moi ; je ne savais où il allait. Quand il revint, il me dit : J'avais quelques balles sur moi, je les ai jetées.
D. Vous avez pu re^marquer fendroit où il a déposé ces balles? R. Oui, Monsieur. îb* ?ï?rt/ f
D. Et c'est bien f endroit que vous avez désigné , et où des balles , renfermées dans un sac, ont été trouvées devant vous? R. Oui, Monsieur. - ; y>\ iv::v'ii.)
D. Moreij, pendant le dîner, ne vous a-t-il pas engagée à quitter Paris , à aller à Lyon , et ne vous a-t-il pas promis de vous en procura' les moyens ?
R. Oui, Monsieur; il me dit de partir pour Lyon; il me promit de m'apporter 6 0 francs, et me dit que je partirais avec une malle que Fieschi avait laissée pour moi , et que je ne vendrais qu'à Lyon ce gui était dedans.
D. Où étes-vojis allée «avec Morisy, en sortant de ce dhjer?
R. Nous sommes ailés pour louer «ne chambre, d'abord rue de
. Foiu'cy , où nous avons donné 2 0 sous d'arrhes ; c'était une maison
garnie; il me dit qu'il pensait que, dans cette maison, je serais trouvée
tout de .suite, et nous sommes allés rue du Long-Pxpnt, oii j'ai été
arrêtée.
17 i INTERROGATOIRES
Nous demandons à Morei/ ce qu'il a à diVe sur cette déclaration.
Morcy dit que, jusqu'à riiistoire de la chambre, tout ce qu'a dit Nina est pîcin de mensonges. C'est bien lui qui a loué la chambre où Nina Qi\o^é\ il a payé 6 francs pour elle; il n'a voulu que lui rendre service; il lui a même donné 15 francs pour vivre; et, pour avoir voulu faire du bien à une personne qui n'avait pas de ressources, elle veut le perdre. Tout ce qu'elle a dit sur les balles et sur tout le reste, c'est un tissu de mensonges.
Nous demandons à la lille Nina si Morcy ne lui aurait pas parlé de la rencontre qu'il aurait faite do Fiescki, dans la matinée du 28 , près du gr( n er d'abondance?
Nina répond : M. Morey m'a dit qu'il avait rencontré Fieschi près du grenier d'abondance, le 28 , à onze heures du matin, et qu'il lui avait dit : «Comment! vous n'êtes pas encore chez vous? le Roi, va «passer. » M. Morey me dit que Fieschi lui avait répondu ; «Soyez «tranquille, j'arriverai à temps.» Ce qu'il a fait, car il n'a eu que le temps de mettre le feu.
Morey dit : Y aurait-il eu du Kori séiis^ qi^i après une chose comme ceiie-là je sois allé chercher un enfant pour la lui conter?
Il donne ensuite sur l'emploi de sa matinée les détails que nous avons déjà consignés ci-dessus.
Nous demandons à Nina comment la malle de Fieschi s est trouvée chez elle?
Nina répond que Morey fa fait porter chez elle , le jeudi matin.
Morey dit que c'est là sa plus grande faute , et que pour le reste il ne craint rien.
Nous demandons à Nina qui la autorisée à ouvrir cette malle, et comment elle l'a fait ouvrir?
Nina dit : M. Morey me dit d'envoyer chercher un serrurier, niais qu'il ne voulait pas être présent à l'ouverture de la malle. Il me dit seulement de lui remettre des livres qui étaient dedans.
Morey dit qu'il a dit à Ni?îa que^,' sf elle voulait faire ouvrir la malle, il fiallait envoyer chercher un serrurier; qu'il n'a ni demandé ni vu délivres; qu'il a dit à Nijia de prendre deux robes à elle, qui devaient se trouver dans la malle ; qu'il ferait reprendre la malle en^
suite, et qu'il la ferait déposer chez le commissaire. II ajoute qu'il n'a pas revu Niiia et qu'il ne sait pas ce qu'elle a fait de ce qui était dans la malle.
Nous demandons à Nina si Movey est allé chez elle depuis i'ouverluie de {a malîe.
Nina dit : Oui, Monsieur; ii est venu ïe lendemain. Je lui ai dit : Voilà ies [ivres que vous m'avez demandés. Ii y avait aussi un carnet, sur lequel étaient écrits à la dernière page , ces mots : «Bois, 1 3 francs, " 13 sous; matelats, couverture, etc.» Ii \\y avait que cela qui était écrit à la plume , tout le reste était écrit au crayon. M. Moreij emporta les livres et ie carnet, en disant : Les livres n'entreront pas chez moi , et ïe carnet , je le détruirai.
Morey dit que tout cela est faux, qu'il n'est allé chez A7;2« qu'après l'ouverture de la malle , et qu'il n'a vu ni livres ni carnet.
Nina persiste à dire que ses réponses contiennent la vérité. Elle ajoute que trois volumes portaient : la Police dévoilée , et le quatrième, la Femme.
Nous demandons à Nina comment était ïe carnet. Elle répond qu'il était épais, plus long que large, le dos rouge, fa couverture verte, la tranche jaune. ,\ |,^^ t^^jjntiiîj
Nous demandons à Morey si Nina est allée cTiêiz fuT depuis fe jour où il a loué pour elle la chambre de la rue du Long-Pont ? Morey répond que non.
Nina, sur notre interpellation, dit qu'elle est allée chez Morey le dimanche qui a suivi l'événement, mais qu'elle n'a pas vu Morey, parce qu'il était déjà arrêté. Nous lui demandons si elle est entrée dans la boutique. Elle répond que non , les ouyriers luj ayan,t dit que
. Morey n y était pas. ^ ,
Nous lui demandons si elle est entrée dans la maison? Elle répond que non.
Nous demandons à Niîia si, entre le jour de l'ouverture de la malfe et celui de son arrestation, quelqu'un est venu chez elle, et si elle est allée chez quelqu'un ?
Nina répond que personne n'est venu chez elle dans cet intervalle, ot qu'elle n'est allée que chez Morey, le dimanche , et chez une dame
de SCS amies, qwi demeure rue de BuiTon et qui a donné des renseignements sur son compte (l).
Et de suite nous continuons en ces termes , Iiors de la présence de Nina Lassave , l'interrogatoire de Morey.
D. Persistez-vous à dire que vous n'avez emporté de chez Nina. ni les livres, ni le carnet de Flcschi(\\n se trouvaient dans la malle dé ce dernier?
R. Oui, IMonsieur; je persiste à dire cela.
D. Le carnet de Fieschi\ous sera représenté; iî a été trouvé dans ics iatrincs de votre maison , où il n'a pu être jeté que par vous?"
R. Je vous jure ma paroîe d'honneur que je n'ai jamais vu ce carnet. Je n'ai même jamais vu de carnet à Fieschi du temps qu'il était à la maison.
D. Cependant l'instruction prouverait le contraire ? R. Je vous jure ma parole d'honneur que ce n'est pas moi qui ai; jeté ce carnet dans les latrines.
D. Remarquez que la fille Nijia a déclaré devant vous , qu'en emportant les livres et le carnet , vous avez dit que les livres n'entreraient pas chez vous et que vous vous déferiez du carnet. Et, en effet, les livres n'ont pas été trouvés chez vous , et le carnet a été trouvé dans les latrines de votre maison?
R. C'est infâme de dire des choses comme celles-là , parce qu'il est possible que le jour où elle est venue à la maison , elle ait jeté ellemême le carnet dans les latrines.
' (Dossier Morey, pièce .) i
6^ Interrogatoire subi t^t Morey, le 29 août 1835, devant M. le baron Pasqvuer, pre'-
sident de la Cour des Pairs.
D. Vous souvenez-vous du jour où vous avez mené Fieschi chez Pépin pour la première fois? ' ,
(l) Voir la déposition de la dame Boulé ù la suite des deciarations de Nina
Ri \\ y a au moins cinq ou six mois, mais je ne puis me rappeler le jour. Je crois (jue c'est depuis qu'il est dehors de chez nous.
D. Sous quel nom aviez-vous présenté Fieschi à Pcjnn? R. Sous le nom de Fieschi.
D. Lui avez-vous dit aussi les autres noms qu'il prenait, celui de Girard et celui de Bêcher?
R. Non, Monsieur; moi, d'aiiieurs, je ne faf jamais connu (jue sous le nom de Fieschi.
D. Lors du àmev que vous avez fait avec lui chez Pcpin , a-t-on prononcé son nom devant vous?
R. Non, Monsieur; on n'a rien dit du tout. Il est entré et il a pris un pelii verre, comme on était levé pour s'en aller.
Après lecture faite, l'inculpé ajoute : Lorsque j'ai mené Fieschi chez Pcpin, j'y étais déjà ailé une fois sans le trouver. Sachaut qu'il occupait du monde, je pensais qu'H pourrait donner de l'occupation à Fieschi qui en avait hesoin , c'est pour cela que j'ai mené Fieschi chez lui ; M, Pépin ne l'a pas employé.
(Dossier Morey, pièce .)
7" Interrogatoire subi ^hy Morej/, le 1 4 septenibre 1835, devant le baron Pasquier, piesident de la Cour des Pairs.
D. Depuis votre dernièi'e comparution devant moi , la justice a rGcueilIi des renseignements importants qui donnent lieu au nouvel interrogatoire que je vais vous faire suhir. Linstruction a fait connaître que , pendant le temps (jue Fieschi a passé chez vous, il vous a montré le dessin d'une machine infernale que vous avez beaucoup admiré?
R. Je n'ai rien vu de cela, ni d'une manière ni de l'autre.
Z). Il résulte également de l'instruction, qu'après avoir conduit Fu'schi chez Pépin, vous avez présenté à celui-ci ce projet de machine iuternale au(|uel il a donné son approbation comme vous ?
R. ..Je n'ai pas plus présenté ce projet à M. Pépin que je né 1 ai vu , et je ne sais seulement pas ce qu'on veut me dire.
D. Ce seiait dans le but de procéder à l'exécution de cette machine Interrogatoires. > 23
infernale et ii l'usage qui devait en être fait que vous auriez encore, suivant l'instruction, été visiter avec Fieschi le logement qu'il avait trouvé, boulevart du Temple, et qui vous a paru convenable comme à lui?
R. Je vous ai déjà dit que je n'ai jamais mis les pieds dans le logement de Fieschi, et que je n'ai été initié dans rien.
D. Le lendemain du jour où vous aviez visité ce logernent avec Fieschi , vous v seriez retourné avec Pépin, qui en aurait comme vous approuvé le choix?
R. Jamais je ne suis sorti avec M. Pépin; ce sont des faussetés qu'on vous a dites, et je suppose bien que M. Pépin était comme moi, et qu'il ne s'occupait que de ses affaires.
D. Ne vous souve>iez-vous pas d'avoir accompagné FiescJîi avec Pépin, vers la lin d'avril, lorsque Fieschi est allé acheter le bois de sa machine sur le quai de la Râpée?
R. Je ne suis pas plus allé là à cette époque qu'aujourdliui.
D. Ne vous souvenez-vous pas d'une promenade que vous auriez faite sur le boulevart de la Salpétricre , du côté du corps de garde de la poudrière? dans cette promenade, vous étiez accompagné de Fieschi. Vous rencontrâtes Pépin sur la place de la Salpétrière, et votre promenade se termina près des arcades du pont d'Austerlitz , en amont, à un endroit où vous vous assîtes tous les trois , et où vous eûtes conférence sur vos projets et notamment sur l'acquisition des canons qui devaient servir à la machine?
R. Je ne suis jamais sorti de la maison avec /ï'^^c;^/; je ne suis par conséquent jamais allé sur les bouîevarts avec lui, ni du côté du pont d'Austerlitz , et je suis tout à fait en dehors de ce que vous me dites là.
*;^Z)^Yplls souvenez-vous d'une conférence qui a eu lieu entre Fieschi, Pépin et vous , pour régler entre vous le compte des dépenses qu'avaient occasionnées l'établissement de Fieschi au boulevart du Temple et la confection de la machine; conférence dans laquelle une somme de 2 0 francs fut retranchée de la dépense, comme résultant de fournitures d'épiceries faites par Pépin à Fieschi, et comme devant rentier daiis îa dépénôe persofiiielfe' de ce 'dernier ?
R. Je n'oi jamais eu de conférence pour une chose ni pour une
autre avec M. Pépin ni avec Ficschi, et je, suis étranger à toutes ces choses-là.
D. Vous souvenez-vous d'un déjeuner que vous avez fait à ia barrière de Montreuil , chez un restaurateur nommé Bertrand? R. Je n'ai jamais de ma vie dé jeûné à la barrière de Montreuil.
D. Vous ne vous souvenez donc pas d'une promenade que vous avez faite dans les vignes voisines, avec Fieschij^i Pépin, à l'issue de ce déjeuner?
R. Non Monsieur. II y a sept ou Iiuit ans que je ne suis ailé dans les vignes du côté de la barrière de Montreuil; dans ce temps-là^ j'y ai fait une fois une partie de chasse; mais jamais je n'y suis ailé avec Fieschi ni avec M. Pépin.
D. Cette promenade devrait pourtant vous être restée dans la mémoire , car vous y avez fait l'expérience d'une traînée de poudre et de la manière d'y mettre ie feu de la manière ia plus prompte ?
R. Tout cela ce sont des inventions et des faussetés qu'on se plaît à dire.
D. II résulte de l'instruction que vous êtes ailé au moins sept ou Iiuit fois chez Fieschi dans son logement du boulevart du Temple?
R. Je vous ai dît que je n'ai Jamais mis les pieds dans ce logement , et c'est la vérité ; je ne sais seulement pas où il est.
D. H résulte encore de l'instruction que le dimanche ou le lundi vous avez vu la machine de Fieschi toute montée; il n'y avait plus que les canons à poser dessus?
R. Je n'ai pu voir sa machine, puisque je ne suis jamais allé dans la maison.
D. Il résulte d'une déclaration formelle que c'est vous qui avez fourni à Fieschi les balles, les chevrotines et la poudre dont il avait besoin?
R. Je n'ai pas plus fourni de balles à Fieschi que vous-même, Monsieur le président. Si Fieschi a dit cela, c'est qu'il veut me perdre.
D. Remarquez cependant à quel point cette déclaration s'accorde Avec le fait si important de la provision de balles dont vous ne sa^»
ISO INTERROGATOIRES
viez que faire, dont vous vous êtes débarrasse près de la barrière du Troue, et qui ont été retrouvées à l'endroit indiqué par la fille Nina Lassave ?
R. C'est qu'elle les avait sans doute portées dans cet endroit. Si j'avais eu des balles , je les aurais jetées dans la rivière en passant , et je ne me serais pas amusé à les porter dans ma poche jusqu'à la barrière.
D. Comment auriez - vous voulu que cette fdle se procurât des balles en si grande quantité, et quel intérêt Fieschi avait-il à les lui remettre ?
R. 11 avait rintérét de débarrasser sa chambre.
D. Ne voyez-vous pas que cet intérêt était nul pour lui, puisqu'il ne pouvait pas emporter sa machine? Vous, au contraire, vous étiez intéressé à cacher ces balles dans un endroit où vous pouviez les retrouver?
R. Je p'ayais pas d'intérêt à retrouver ces belles ; pour quatre sous de plomb, j'en fondrais un grand nombre, et pour quatre sous ie n'irais pas à la barrière de Montreuiï.
j ;,Z)si;Ne vous souvenez-vous pas d'avoir été rencontré dans, la rue des Fossés-du-Temple , peu d'instants avant l'explosion de la majchine infernale, par Fiesvhi lui-même, qui passait par cette rue en venant du canal ?
R. Fieschi n'est qu'un imposteur et un menteur. Il ne m'a pas plus vu le mardi que le lundi , puisque je n'ai pas mis les pieds sur les boulevarts ces jours-là.
;/' D. Il paraîtrait cependant que c'est lors de cette renconti'e avec Fieschi qu'aurait été défmitivement arrêté le rendez-vous à la barrière de Montreur! , où vous deviez vous trouver ensemble après l'explosion?'
R. Je vous ai déjà dit que je n'avais pas vu Fieschi le lundi ni ie mardi, par conséquent je n'ai pu prendre de rendez -vous avec lui.
D. Persistez-vous dans toutes vos dénégations? , R. Oui , Monsieur ; et je ne dis que la vérité. .
( Dossier Morey, pièce .)
8" Interrogatoire subi par Morei/,\e 24 septembre 1835, devant M, le baron Pasqiiier, pre'siclent de la Cour des Pairs.
D. Vous souvenez-vous d'une conversation que vous avez eue avec FieschÎQt dans laquelle vous lui auriez dit que, si Louis-Philippe, se trouvait au bout de votre fusil, vous ne le manqueriez pas?
R. C'est une pure invention pour mettre les gens dans la peine, ( t Fieschi est un vrai coquin d'aller chercher des choses comme cela.
D. Vous souvenez-vous d'avoir parlé à Fieschi d'un autre projet qui aurait consisté à louer la maison la plus voisine du corps législatif, à prati(|uer une mine sous la chambre et à la faire sauter pendant que le Roi y serait le jour de l'ouverture des chambres?
R. Est-il possible , grand Dieu ! d'inventer des choses pareilles. Tout cela c'est un tissu de mensonges.
D. Vous ne vous souvenez donc pas que Fieschi vous aurait détourne de ce projet par la considération de la dépense qu'il entraînerait?
R. Je suis tout à fait innocent de ce que Fieschi a fait et si je meurs, je mourrai innocent, je ne crains pas de le dircf.
D. Lors de l'expérience qui a eu lieu dans les vignes et dont je vous ai déjà parlé , pour reconnaître le meilleur moyen d'allumer une trr,viée de poudre, n'est-ce pas vous qui aviez apporté la poudre?
R. Non, Monsieur; il y a au moins huit ans que je n'étais allé (îans les vignes et la dernière fois que j'y suis ailé c'était pour faire une partie de chasse.
D. Pereistez-vous à soutenir que vous n'êtes pas allé plusieurs fois chez Fieschi au boulevart du Temple?
R. Je jure sur ma parole d'honneur la plus sacrée que je n'y suis jamais allé ; personne au reste ne m'a jamais reconnu pour être allé dans la maison ?
D. Dans le cas où Fieschi aurait été empoché par maladie ou
par une autre cause, n'ctait-ce pas vous qui vous étiez chargé de mettre le feu à la machine?
R. Quand on n'a pas connaissance d'une chose, on ne peut y prendre aucune part.
D. Persistez-vous à soutenir que ce n'est pas vous qui avez fourni à Ficschi les balles , ies chevrotines et la poudre dont il avait besoin pour charger ses canons?
/?. Oui, Monsieur.
D. Cependant Fieschi le déclare formellement? R. li lui est bien commode de dire ainsi tout ce qu'il lui pîaît.
D. Lorsque vous eûtes montré à Pépin le dessin de la machine de Fieschi, Pepiji n'en demanda-t-il pas un petit modèle en bois?
R. Je vous répète ce que je vous ai déjà dit, je n'ai été initié dans rien. D'ailleurs, M. Pépin est un honnête homme et ii aurait bien remué Fieschi, si celui-ci lui avait présenté un projet pareil.
D. N'avez- vous pas remis plusieurs fois de l'argent à Fieschi, tant pour votre compte que de la part de Pépin?
R. Je vous ai déjà dit que si j'avais eu de l'argent, je l'aurais plutôt employé à payer mes dettes qu'à faire des choses pareilles.
D. N'est-ce pas vous qui avez remis notamment à Fieschi^ de la part d^ Pépin , les 18 7 francs qui ont servi à p«yer les canons ?
R. Je vous répète que je n'ai eu aucune connaissance de fout cela.
D. Avez-vous quelque souvenir des conversations qui ont eu lieu entre Fieschi, Pépin et vous sur les conséquences de l'attentat de Fieschi et sur le parti qu'il faudrait en tirer pour organiser un gouvernement provisoire?
R. II faut avoir des capacités pour faire des choses pareilles et je vous demande si ce serait un homme de mon âge et de mon état qui entreprendrait des choses semblables!
D. Vous souvenez-vous d'une conversation qui aurait eu lieu entre Fieschi, Pépin et vous au sujet des événements du mois 4'avfjil 18 34, et dans laquelle Pépin a raconté que si l'entreprise
(îu mois (l'avril avait rtîussi , une municipalité aurait été sur-îc-c!iamp organisée dans laquelle le sieur Gumard aurait été maire et dont \\x\Pepi7i aurait aussi fait partie?
R. Je n'ai jamais entendu parler de la moindre des choses de ce côté-là ni à M. Pépin ni à personne : cela ne peut venir (pie d'un menteur et d'un imposteur.
( Dossier Morey , pièce . )
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