‹ Attentat du 28 juillet, 1835 (volume 2)Chapitre 5 sur 15 · TROISIÈME SÉRIE · texte numérisé non relu

TROISIÈME SÉRIE

INTERROGATOIRES t)E PEPIN.

PEPIN, Pierre - Théodore- Florentin, à^é de 35 ans, marchand épicier, né a Rcviy CAisneJ, demeurant à Paris, rue du FaU' bourg-Saint- Antoine , n° 1.

^"^^^ Interrogatoire subi k 28 août 1835, devant M. le baron Pàsquier, président de

D. li y a déjà assez longtemps que vous avez quitté votre domicile? /i. Noo^;Mo.usieur; je l'ai quitté comme cela par instant, et je ren-^ trais de temps à autre.

Z). D'une manière ou d une autre tous étiez occupé du soin de vous cacher? ^^^'^ ^^^^

R. Je ne me cîiicTiais pas directement, mais, en raison des persécutions dont j'ai été l'objet, je ne me montrais pas, pour laisser passer i'etrervescence de ce triste événement.

Z), Il résulterait cependant de l'instruction que îa précaution de vous cacher aurait été pri^è, par vous , avant que l'attentat ait éclaté?

R. Je vous demande pardon , je ne sais pourquoi je me serais caché avant révénement; ye n'eu connais pas îe motif; mais je dois à ' la vérité de déclarer que ie jour de la revue je n'étais pas chez moi ; c'était iine habitude que j'avais ies jours de revue. Quand on a été aussi abîmé que je l'ai été, on n'est pas bien aise de se trouver en face de gens qui pourraient vous causer des vexations.

"ui-'i D. Q,noi. que -Vflus ptiiissiez dire, on ne vous a pas vu chez vous , put)iiquement , depuis i'attentat, jusqu'au jour de votre an'estation.

N'avcz-vous pas pensé que ce soin de vous dérober à tous les regards était un motif de suspicion grave en une telle circonstance?

R. Le seul motif qui m'ait empêché de paraître publiquement cbez moi, c'est que je voyais qu'on arrêtait tout le monde et je craignais qu'on ne m'arrêtât aussi. J'étais tantôt chez moi, tantôt dans un étabh'ssement que j'ai rue de Bercy où il y a des chevaux, un manège. Tout^jfois, je ne paraissais pas au magasin.

D. N'avez-vous pas été plusieurs fois à Lagny, aux environs de Paris?

R. Non, Monsieur; je ne suis point sorti de Paris. J'ai bien quelques intérêts dans cet endroit, mais maintenant cela ne marche pas.

D, Depuis combien de temps connaissez-vous le nommé Fieschi? R. De quoi m'accuse-t-on? Est-ce qu'on m'accusemit de complicité?

D, Il faudrait d'abord répondre à la question que je vous ai adressée? R. Je ne connais pas Fieschi] je né le connais pas du moins sous ce nom-là, si je le connais,

D. En disant que vous ne connaissez ^as Fieschi sous son véritable nom , vous donnez à entendre que vous ie connaissez sous un autre nom?

R. II me serait impossible de répondre à cette question-îà; je ne sais pas si j'ai vu, si j'ai connu la personne dont vous me parlez; comment pourrais-je vous dire son véritable nom?

D. Connaissez- vous un sieur Morey?

R. Oui, Monsieur; je i'ai connu; il est bourreher et a travaillé pour moi. Je l'ai connu , parce qu'après les malheureux événements cje juin , je vendis mon établissement et j'allai demeurer sur le 12' arrondissement qui est le quartier du sieur Morey.

D. Y a-t-il longtemps que vous ne l'avez vu?

R. Sans pouvoir préciser, il y a bien environ deux mois. Après eeîa, je ne le connaissais que passagèrement. Quand il venait dans le quartier, il entrait pour me demander si je n'avais pas besoin de lui.

D. Morey ne dînait-il pas quelquefois chez vous? R. Je ne le crois pas; s'il y a dîné, c'est accidentellement, en passant au moment du dîner.

Interkogatoiees. **

D. Morcij ne vous a-t-il pas présenté une fois un individu?

R. Oui , une fois il me présenta un homme soi-disant que c'était pour le placer, un patriote poursuivi qui avait besoin de travailler et de se soustraire; mais il y a longtemps de cela.

D. Combien y a-t-il de temps?

R. If y a environ six mois. M. le Président, je ne connais pas bien votre juridiction; je ne suppose pas que vous veuilliez m'induire en erreur, vous êtes ti-op ioyai pour cela ; mais j'ai été tellement persécuté et la délation fait tellement son effet, que je peux peut-être dire cela. J'ai été traduit au conseil de guerre sur sept chefs d'accusation sans pouvoir faire entendre des témoins , et j'ai été acquitté à l'unanimité. H y a six mois, j'ai été dénoncé caloninieusement comme étant détenteur d'armes de guerre par un homme que j'avais renvoyé de chez moi pour m'avoir volé , et cet individu a été condamné, le 1 G juin dernier, à deux ans de prison pour vol. J'ai été appelé deux fois devant les tribunaux" pour cela et acquitté; j'ai peut-être quelques droits de me méfier.

D. Quel est le nom du patriote poursuivi qui vous a été présenté par Moreij?

R. Jo ne me le rappelle pas; je crois que c est Bêcher ov\ Bechot , sans pouvoir l'assurer. Il voulait que je le plaçasse chez des amis ; mais cet homme ne m'a pas inspiré de confiance, et je n'ai pas voulu m'en charger.

D. Il paraîtrait cependant que vous avez revu assez souvent cet individu?

R. C'est très-possible, mais il y a au moins trois mois. Il est peutêtre venu quelquefois à la maison sans m'y trouver.

D, Il paraîtrait que cette personne aurait couché plusieurs fois chez vous?

R. Je n'ai jamais couché que deux nuits un homme que je ne connaissais pas bien; je crois cependant que c'était le même individu que m'avait présenté Morey. Il me dit qu'il était j)oursuivi , et je lui ai offert de coucher chez moi; mais je n'en suis pas bien sûr et il va au moins six mois de cela.

Z). Ne serait-ce pas dans le mois de février?

R. Non, Monsieur; il y a beaucoup plus longtemps.

D. Etabli comme vous l'êtes, et ayant eu des affaires qui vous ont, comme vous le dites, causé de nombreux désagréments avec îa justice, il est extraordinaire que vous ayez consenti à cacher cliez vous un homme poursuivi : expliquez les motifs de cette facilité de votre part ?

. R. Cet individu n'est pas le premier que j'ai caché ; si c'est là un crime, plus d'une fois des patriotes sont venus chez moi me demander asile ; je leur ai offert un matelas ; d'ailleurs ma maison est publique et je n'aurais pas voulu recevoir quelqu'un de suspect, et tout le monde peut-être , étant pris à l'improviste , aurait fait ce que j'ai fait.

D. Vous parviendriez difficilement à faire croire que vous ayez donné asile, chez vous, à une personne dont vous n'auriez pas su le nom?

/?. Je jure, par tout ce qu'il y a de plus sacré pour un homme d'honneur, que je ne savais pas directement son nom.

D. Vous le saviez peut-être indirectement? R. Je n'avais jamais vu la personne,

D. Vous avez dit que la personne à laquelle vous avez donné asile était celle qui vous avait été présentée par Morey. Jl y a contradiction entre cette réponse et celle que' vous venez de faire tout à l'heure?

R. Je ne crois pas qu'il y ait de contradiction dans mes réponses , et, s'il y en a, je ne demande pas mieux que de la rectifier , toujours pour rendre hommage à la vérité.

D. A défaut du nom de l'individu que vous avez caché , pourriez-^ vous donner son signalement?

R. Cela me serait difficile : c'était un homme d'une taille moyenne; je ne puis dire autre chose , je craindrais de me tromper.

D. Avez-vous remarqué que cet individu eût un accent particulier ?

R. Après un si longtemps , et quand on voit tant de monde , on ne peut se souvenir de l'accent d'une personne qu'on a tiès-peu vue; je ne puis rien préciser. C'est là le résultat de la conscience. Je oe pense même pas que je fusse à la maison le premier jour.

D. Ainsi vous refusez de donner de plus amples éclaircissementâ'f

nft INTERROGATOIRES

R. Je ne refuse pas, mais je ne puis dire que ce que je sais , et ce que je vous ai dit est !a vérité la plus pure.

D. Vous avez dit que vous avez caché chez vous d'autres personnes que l'individu dont je vous parle; pourricz-vous dire quelles sont ces personnes ?

R. J'ai eu affaire à des patrioles pour le procès d'avril , mais je ne pourrais pas entrer dans de grands détails là-dessus; encore je ne crois pas qu'ils se soient cachés à la maison.

D. Vous venez de parler des accusés d'avril , n'avez-vous pas connu Je docteur Recuit ?

R. Oui Monsieur; je l'ai connu autrefois, quand nous étions en relation de garde nationale. Je l'ai vu une ou deux fois depuis lé procès d'avril.

D. L'avez-vous vu chez vous ?

R. Oui, Monsieur; il est venu diner une fois, mais il ne voulait pas venir parce qu'il craignait de se compromettre, étant dans une maison de santé , et il n'est resté qu'une heure. D. Qui est-ce qui dînait avec lui chez vous ?

R. Je lui citai entre autres, pour l'engager à venir, un député, M. Levaillani, qui m'avait rendu service pour des recouvrements ; sans cela M. Recurt ne serait pas venu.

Z). N'y avait-il pas encore d'autres personnes à ce dîner? R. Il me serait bien difficile de vous le dire ; il y a environ six mois de cela. Il y avait un monsieur qui fait mes aftaires, un avocat^ M. Lorélut; je ne crois pas qu'il y eût d'autres personnes, D. N'y avait-il pas à ce dîner un négociant? R. Oui , Monsieur ; il y avait M. Fauvau. D. N'y avait-il pas encore deux autres personnes? R. Je ne me le rappelle pas, et, s'il y avait deux autres personnes, elles sont venues accidentellement, à la fin du dîner et sans être engagées. Ce dîner a été en quelque sorte improvisé, car, à quatre heures , je ne savais pas qu'il dût avoir lieu. Il était tard quand ^\.Levaillant, qui était très-pressé ^ me fit dire qu'il viendrait dînera la maison ce jour-là.

D. N'y avait-il pas à ce dîner une personne connue par son adiesse  tirer et qui a beaucoup parlé de ses prouesses à la chasse ?

': 9J^E PEPINfi n-r¥ : 1 89

/?. Si cela était, ce ne pourrait être que M. Movey qui tire trèsbien aux prix; mais je ne puis rieu ailirnicr à cet égard,

D. N'est-il pas vcuu une personne à la fin du dîner, au dessert? R. Je ne crois pas; si cela est, je ne m'en souviens pas.

D. Remarquez que vous avez dit vous-même tout à l'Iicure que deux personnes étaient peut-être venues pendant le dîner?

R. Il est bien possible que quelqu'un soit- venu pendant le dîner, mais je ne me le rappelle pas.

D. La personne dont je vous parle n'est-elle pas la même que Morey vous avait présentée ?

R. Cela est bien possible , mais je ne me le rappelle pas.

D. N'y a-t-il pas eu, dans les premiers mois de cette année et pendant long-temps, un individu (jui travaillait dans une fabrique du faubourg Saint-Antoine, qui était connu de vous, et qui s'arrêtait souvent chez vous , en revenant de son tmvail ou en y allant?

R. Oui, Monsieur. ,1^.^., Ww i? i^ ;,fj]n:j?.

D. Quel est cet individu ? ^ tj^^itij iup' b^-fes^ io0 .Q.

R. Il s'appelait 5<?c//c/- ou 5ec/tof.ï ^<î<>'tiu» -iVUiio •ï<jVi!> 10I si .%

D C'était donc le même individu que A/(C>r^y voufà kVâit présenté ? *

R. Oui, Monsieur; mais il n'est pas venu souvent à la maison ; plusieurs lois même je lui ai fait dire que je n'étais pas chez moi, parce que je n'avais pas confiance en lui. ^

D. Cet homme ne lisait-il pas les journaux chez vous?

R. C'est possible; cet homme était importun, il entra't quelquefois malgré vous; il s'asseyait, et quand il y avait là un journal il le lisait. '<*>>,' «t*i

D. Il résulterait de vos réponses que cet individu serait îe même qui vous a été présenté par Morcy, qui est venu chez vous à la fin du dîner, le jour où le docteur Recwt s'y trouvait avec d'autres per-. sonnes, et que vous avez caché chez vous ? Humiij'Oif î^f ... :'j'iti*jr.

R. 11 y a longtemps de cela, et d'ailleurs la bonne elle-même disait qu'elle ne voulait pas faire son lit, parce qu'elle n'avait pas de confiance en lui; c'est à un tel point que je lui ai inteixlit ia maison; elle disait qu'il avait l'air d'un voleur. ^^^^^'''ï 'i^^o^i/^*: d p iiip i^i^iû ^

190 INTERROGATOÏRES

D. N'y a-t-il pas eu cependant une circonstance où des vêtements tournis à cet homme ont été portés chez vous, parce qu'il ne voulait pas qu'on les portât chez lui?

R. Ce que je puis vous dire à cela, c'est que, si cela a eu Heu, je n'étais pas à la maison et je n'en ai pas eu connaissance. II est possible, au reste, que cela ait eu lieu en mon absence,

p. Avcz-vous connu un nommé Girard?

R. Je lie connais personne de ce nom-là.

D. N'avez-vous pas connu une personne qui prenait ce nom? R. Non , Monsieur,

D. Les vêtements dont je vous parlais tout à l'heure ont été dé-» posés chez vous pour être remis à un nomme Alejcis? R. Je ne connais pas plus Aleœis que Girard.

D. En supposant que vous n'ayiez pas reçu ces vêtements vousmême, il est impossible qu'ils n'aient pas été déposés chez vous par un individu qui avait de grandes habitudes dans votre maison ?

R. Je vous jure, encore une fois par tout ce qu'il y a de plus sacré pour un homme d'honneur, que je n'ai aucune connaissance de tout cela.

D. N'avez-vous pas été dans le cas de prêter quelque argent à cet Iiomme que Morey vous avait présenté ?

R. Si je lui en avais donné, ce serait bien peu de chose, mais je ue lui en ai pas donné. J'ai obligé beaucoup de monde, mais je ne pouvais donner de l'argent à un homme que je ne connaissais qu'en passant.

D. Si vous ne connaissiez personne du nom de Girard , n'avezvous pas au moins entendu parler d'une personne de ce nom?

R. J'ai entendu parler d'un nommé Girard, inculpé de l'événe* ment du 28 juillet, je ne sais pas si c'est de celui-là que vous me parlez.

D. Cet individu auquel vous avez donné à coucher, vous avez dû savoir plus tard qu'il avait trouvé un domicile?

R. Non, Monsieur; il m'a dit qu'il travaillait au faubourg Saint- Antoine, mais je n'ai jamais su oix il logeait; quand ii a vu qu'on luj faisait mauvaise mine, il a disparu.

D. Cependant il paraîtrait que vous n'auriez pas cessé de le voir? R. Je ne le voyais pas directement, il entrait quelquefois à la maison , le matin , pour boire la goutte.

D. Payait'il tout ce qu'il prenait chez vous?

R. Oui, Monsieur; je ne lui faisais pas de crédit.

D. Vous auriez pu faire quelque crédit à une personne que vous aviez reçue et couchée chez vous?

R, Je ne tenais pas de garni à la maison, il couchait sur un matelas.

D. N'est-ce pas dans les derniers jours de février que cet individu a couché chez vous ?

R. Il y a bien plus longtemps que cela; c'était vers le mois de dé* cembre , à ce que je crois.

D. Dans quelle pièce de votre appartement couchait-il? R. Dans une petite pièce sur le derrière. D. Y avait-il un lit dans cette chambre? R. Oui, Monsieur.

D. Vous venez de dire qu'il couchait sur un matelas , pourquoi ne couchait-il pas sur le lit?

R. Je crois qu'à cette époque il y avait une autre personne qui couchait dans cette chambre.

D. Était-ce une personne poursuivie pour causé politique?

D. Vous devez avoir des livres de commerce?

D. Toutes vos dépenses sont-elles écrites sur ces livres , vos dépenses personnelles, par exemple?

R. Je prends cela sur les frais de la maison, et c'est écuit le soir.

D. Cet homme qui vous avait été présenté par Morey, et que vous' avez reçu chez vous, n'était-il pas un condamné politique?

R. Il m'a dit qu'il avait été condamné politique sous la restaura-tion, mais j'ai vu qu'il y avait un peu d'ambiguité dans ce qu'il disait, attendu qu'il disait qu'il était encore poursuivi , et quo je n'en voyais-

pas ïc motif réel, et je n'ai pas eu de confiance en lui. II disait qu'il avait des armes chez lui ; je lui ai dit que j'avais bien été dénoncé, moî, comme détenteur d'armes de guerre; que cependant je n'avais qu'un liisil de garde national, sans un grain de poudre, et qu'à sa place je nie constituerais.

D. N'avez-vous pas su que cet individu amené chez vous par Morey avait aussi demeuré chez lui?

R. Je. n'ai pas su cela du tout; je n'avais avec Morey que des relations fort iiidirectes.

D. Vous étiez cependant tous les deux de ia société des Droits de riiomme?

R. Nous faisions partie, dans le temps, de l'Union de juillet, mais je ne crois pas que Morey fît partie de la société des Droits de l'homme.

D. Mais vous en faisiez partie , vous , car votre nom figure sur les listes ?

R. Non , Monsieur; je n'en faisais pas partie. On a bien dit que Guinard, CavaigJiac, Marrast et Raspail étaient cachés chez moi.

D. Comment, si vous n'étiez pas lié avec Morey, serait-il venu dîner chez vous sans invitation?

R. Il sera venu pendant que nous étions à table , et je lui aurai olTert de manger un morceau ; voilà comment il a dîné à la maison , s'il y a à'^né.

D. Cluelles sommes à peu près préleviez-vous dans votre caisse pour vos dépenses personnelles , sans les écrire?

R. Tout ce qui entre dans ma caisse et tout ce qui en sort est écrit, au moins pour le détail des dépenses de la maison, sur un petit brouillon ou carnet, n'ayant pas de livre de caisse; car pour mes aflaires commerciales , comme elles sont toujours faites au comptant, on n'écrit pas. Au reste, je ne prenais jamais pour moî que de trèspetites sommes, sans les écrire.

D. Vingt francs, par exemple! au-dessus de cette somme, tout n'était-il pas écrit?

R. Jamais je ne prenais autant que cela; je ne prenais que de très-petites sommes , un franc ou deux pour mes plaisirs. Jamais je ne

DE P£PIN. ! : • lp3

vais dans les cafcs et je ne vois que les personnes avec lesquelles j'wi des intérêts.

D. Je vous répète que le soin que vous iivez pris devons cacher, depuis l'attentat qui a indigné fa France jusfjuVi ce moment-ci, c'eétà-dire , pendant un mois entier, rend votre position grave. La gravité de cette position est encore plus grande, si vous avez eu avec l'auteur de cet attentat des relations quelconques, et surtout si ces relations ont un caractère de mystère?

R. Sur la première partie de votre question, je réponds que les dangers que j'avais courus iors des événements de juin , les blessures que j'avais reçues au moment de mon arrestation , motivent sufiisamment les craintes que j'ai conçues dans cette dernière circonstance, et qui m ont déterminé à me cacher. Quant à la seconde question, on peut prendre tous les renseignements sur mon compte, et on verra si je suis capable de donner de mauvais conseils à qui que ce soit. Je serais indigne de voir la lumière , si j'avais pu participer de près ou de loin à la mort de l'un de mes concitoyens. -à'yyiii

D. Était-ce vous ou votre femme qui teniez les conrptes *ae fa maison? ' >'^'v<\:>

il. C'était ma femme qui faisait fes recettes et qui écrivait fa dépense?

D. Si le dîner auquel M. Levaillant a assisté avait été impmvisé, comme vous l'avez dit , comment auriez-vous pu prévenir fé sieur Recurt que ce député y assisterait? ■ '

R. Je fus chez lui directement pour l'inviter aussitôt que je sus que M. Levaillant consentait à venir.

Plus n'a été inten^ogé , et a signé , etc.

Et de suite nous avons adressé à l'inculpé les interpellations suivantes : -a,

D. Vous souvenez-vous d'avoir vu, il y a quelques mois, une personne qui venait de Suisse et qui devait y retourner?

R. Oui, Monsieur.

D. Quelle était cette personne?

. R. C'était le prince Charles de Rohan; 'ûi,c%iyeu\\\xne, première fois, et je n'y étais pas; dans sa voitujeil y avait plusieurs personi^es,

Inteurog.vtoires. 2j

lî><f INTERROGATOIRES

il ce que m'a Jiit ma femme qui est allée iui parler parce qu'il n'est pas Jesceudu. Sachant que je pouvais désirer le voir, elle iui a demandé son adresse; ii a retusé de la donner. Elle lui a demandé quel jour il leviendrait, ii a répojîdu qu'il ne pouvait le dire. La seconde fois, au mois d'avril environ, ii me iit dire, par un petit bonhomme qu'il avait , (ju'il viendrait à telle heure chez moi, et il est venu a^ec un monsieur et une dame, et toujours avec son petit bonhomme.

D. Quelle affaire avait-ii avec vous ?

R. J'étais breveté d'invention pour divers procédés, et entre autres pour ia décortication des légumes secs; je fis publier ceia. Le prince (/c Rohaii m'en dem.anda et m'en lit placer plusieurs en Suisse. Nous eûmes à ce sujet, sans que je l'eusse encore vu, une correspondance assez amicale. Pour vous dire toute ia vérité, je iui ai adressé un jour un ancien grenadier du l 6Me ligne qui avait servi dans ia garde municipale, et qui m'a dit qu'il était poursuivi, qu'ii s'était compromis; je ne sais même pas pourquoi. Je payai son voyage; ii v a de ceia deux ans environ.

D. Le jour où le prince est venu clicz vous , qu'avait-iià vous dire? R. Rien du tout, ii est venu seulement pour me voir.

D. N'avez-vous pas été au moment de lui remettre une iettre pour un M. de Damas qui était en Suisse?

R. C'est très-possible, je puis bien en avoir parlé, mais je n'ai pas remis cette lettre. Je ne sais pas qui diable m'avait donné cette commission.

D. N'est-ce pas l'homme que Morey vous avait présenté qui vous avait donné cette commission?

R, Cela est possible, je ne me le rappelle pas.

D. Comment cet homme était-ii assez avant dans votre confidence, pour avoir su que ie prince de Rolian venait chez vous, et pour vous avoir cliargé de lui remettre une iettre ?

R. Ii aura peut-être entendu dire que ie prince de Rohan était M venu à ia maison, et il aura été informé qu'il devait y revenir. ■

D. ÏI faut que cet homme ait vécu avec vous dans une grande intimité pour savoir ce qu'il a su.

DE PEPIX. 195

R. Je n'avais aucune inlimité avec cet homme; je ne crois pas, au reste , avoir parlé au prince de cette lettre.

D. N'avicz-vcus pas dit à cet individu à quelle heure le prince devait venir, afin qu'il s'y trouvât?

R. Je ne crois pas avoir dit cela.

D. Connaissicz-vous le contenu de la lettre? R. Non , Monsieur

D. Les choses ne se seraient-elles ])as passées ainsi entre le prince et vous : vous lui auriez demandé s'il connaissait M. de Damas, et s'il voulait se charger d'une lettre pour lui, et le prince vous aurait répondu qu'il ne s'en chargerait pas, parce que M. de Damas 1 était un homme qu'il ne voulait pas voir; qu'il s'introduisait dans les familles, et avait fait une biographie d'un grand nombre de personnes?

R. Tout cela est possible , mais je ne me le rappelle pas.

D. N'aviez-vous pas quelques relations politiques avec le prince Charles de Rohaii?

R. Jamais je n'ai eu d'autres relations politiques avec le prince, que pour lui avoir recommandé la personne dont je vous ai parlé, Je pourrais vous montrer toute sa correspondance.

D. N'avez-vous pas eu une conversation politique avec le prince, le jour où ir est venu chez vous?

R. Nous parlâmes des affaires du moment , du procès ; il ne resta . chez moi que fort pieu de temps.

D. Le prince ne vous a-t-il pas dit , dans cette conversation , qu'il était parent du Roi et du prince de Condé?

R. Je crois qu il me l'a dit pour le Roi , je ne crois pas qu'il mé l'ait dit pour le priiice de Condé. i

D. Ne vous a-t-il pas dit que le Roi avait erivoyë un aide de camp pour l'engager à venir chez lui , mais qu'il n'avait pas voulu y aller?

R. Je crois qu'il m'a dit que quelqu'un était venu de la part du Roi , mais pas un aide de camp , et qu'il n'avait pas voulu y aller.

D. Vous a-t-il dit la cause de son refus ?

R. Non, Monsieur; il m'a dit seulement qu'il n'était pas bien avec iuî.

^Dossier Pépin, pièce .) 2j.

t" Interrogatoire subi par Pépin, le 23 septembre 1835, devant M. lé baron

Pasquier, président de la Cour des Pairs. \ ^k.

D. Votre dernière évasion ramène naturelîcment à examiner les motifs pour lestjueis vous avez déjà disparu à l'époque de l'attentat du 2 8 juiilet; ceux que vous avez donnés ne sont pas admissibles. Vous avez dit (jue la crainte d'être inquiété, crainte qui vous possédait toutes les Fois qui! y avait (juelque rumeur publique, vous avait seule décidé à vous caclier; on comprendrait que cette crainte eût ]ni vous faire prendre le parti de fuir pendant quatre ou cinq jours, itiais ii n'y a pas moyen de croire aux motifs allégués par vous, lorsqu'on vdus voit vous cacher pendant un mois, sans qu'aucune poursuite ait été dirigée contre vous. Qu'avez vous à répondre?

R. Le premier motif qui m'ait engagé à disparaître a été ia crainte d'être inquiété et persécuté , comme je vous l'ai déjà déclaré. Maintenant, s'il faut vous dire toute la vérité^ '' y ^ ^^^ traîtres dans toutes les administrations , et j'ai été prévenu qu'un mandat d'amener avait été décerné contre moi. Voilà pourquoi je ne me suis pas montré. Après cela, je n'étais pas bien caché, puisqu'on m'a arrêté dans mon propre domicile.

D. Quel est iè nom de ïa personne qui vous avait donné l'avertissement dont vous venez de parler?

R. Je ne puis pas le dire , et j'aimerais mieux qu'il m'a^rivât quelque chose de grave , que de le dire.

D. Votre assertion à cet égard est peu digne de foi, car la justice ne s'est que fort tardivement occupée de vous , et on n'a pas pu %ous donner, comme vous le dites, i'avis d'un mandat décerné contre vons , qui vous aurait empêché de rentrer chez vous au bout de huit jours?

R. Vous en croirez ce que vous voudrez.

D. A quelle époque avez-vous reçu i'avis dont vous parlez ?

/î. Je ne pourrais pas le préciser.

D. Vous venez de dire que vous n'aviez pas été très-caché; il résuite cependant de l'instruction que vous avez mis le plus grand soin à vous cacher, et qu'à cet effet vous avez essayé de beaucoup de

(iomicKes secrets. N'avez-vous pas voulu d'abord aller chez }.I, Faurau , négociant, qui a refusé de vous recevoir?

l\. Oui, Monsieur.

D. N'avez-vous pas ensuite été caché chez l'un de vos cousins ? l\. Je n'y ai couché qu'une seule nuit.

D. N'avez-vous pas ensuite été caché pendant quelques jours, chez votre beau-frère?

l\. Oui, Monsieur.

D. Qui est-ce qui vous a emmené de Paris, lorsque vous en ctcs parti ?

Tx. Je me suis en ailé moi-même.

D. N'avez-vous pas quitté Paris, dans le cabriolet du sieur Collet , de Lagny, qui est venu vous chercher lui-même juscju'à Montreuil?

R. Je n'ai rien à répondre à cela , en ce sens que fe ne crois pas devoir le faire. D'ailleurs , lorsque j'ai quitté Paris , j'étais (i4ns^-îj)o^ cabriolet. : r p:^:

i). Vos réponses ne sont pas conformes à la vérité , car lorsque vous avez quitté votre beau-frère, vous étiez dans une charrette, avec des paniers qui contenaient vos effets. Vous avez trouvé ie sieur Collet, sur la route de Montreuil, où il vous attendait avec \\\\ cabriolet où se trouvaient déjà deux personnes?

iî. Je n'ai rien à répondre à cela. Je dis seulement que ie cabriolet dans lequel je suis sorti m'appartenait.

D. Pouvez-vous dire quelles étaient les deux personnes qui étaient dans le cabriolet?

R. Non, Monsieur; je ne les connaissais qu'indirectement, et d'ailleurs , je nie qu'elles soient venues en cabriolet avec moi.

D. L'une de ces personnes ne portait-elle pas des moustaches? Ji. Je ne l'ai pas remarqué.

D. Avec l'homme à moustaches, n'y avait-il pas un petit homme blond qui était très-pressé de partir ?

il. Il faisait nuit et je n'ai pas remarqué si cet individu était bipjid ou brun. il????' :

D. A l'époque où vous vous caGhiez avec tant de soin', n'avez-

vous pas donné à entendre à quelques personnes que vous vous cachiez, parce que vous aviez peur d'être compromis à cause de 1 évasion des détenus de Sainte-Pélagie? Ti. Je ne crois pas avoir dit cela.

D. Dans les jours qui ont précédé cette évasion , n'étes-vous pns aîîé visiter plusieurs fois ies détenus de Sainte-Pélagie et de la Force ?

il. Non , Monsieur; j'y suis allé une ou deux fois, mais bien longtemps avant qu'ils ne soient appeiés devant la Cour des Pairs.

D. La permission avec laquelle vous ailiez voir ies détenus n'était pas sous votre nom?

R. Je suis, en effet, aîlé une seule fois voir un détenu à la Force, pour lui porter des secours, avec une permission qui n'était pas sous mon nom.

D. N'étes-vous pas ^lié à Sainte-Péïagie , voir le sieur Cavaig^iac ?

R. Je l'ai vu, mais je n'avais pas de permission pour le voir; je i'ai vu comme beaucoup d'autres , étant dans l'intérieur de Sainte- Pélagie. ^

D. Quand vous êtes ailé à Sainte-Péiagie , aviez-vous une permission sous votre nom?

R. Oui, Monsieur; mais ce n'est pas moi qui i'ai demandée.

D. Qui est-ce qui i'a demandée ?

R. C'est Henri Leconle, qui était détenu; il m'envoya sa mère pour me dire qn'ii était dans une position précaire et il demanda une permission pour que j'allasse le voir.

D. Sous quel nom était la permission avec laquelle vous êtes entré à la Force?

R. Je ne me le rappelle pas; on me l'avait donnée.

D. Qui est-ce qui vous l'avait donnée.

R. Je ne me le rappelle pas.

D. Persistez-vous à soutenir que vous n'avez pas connu Fieschi sous son véritable nom ?

R. Oui, Monsieur.

D. N'est-ce pas Morey qui l'a amené chez vous ?

B. Je ne pais pas vous dire si Morcy m'a amené Ficschi ; ce (jue je sais, c'est qu'il ma amené un individu qui se sauvait, parce «jii'il était poursuivi, à ce qu'ils m'ont dit; mais je n'ai pas su si cet individu était Fieschi. S'il est venu chez moi , ce qui serait un grand mailieur pour moi, il n'y est jamais venu sous son véritable nom.

D. Cependant je vous fais observer que Moveij a déclaré vous avoir présenté Ficschi , et que vous le connaissiez sous son véritable nom.

}{. Si Morey a dit cela, c'est une erreur de sa part ou un mensonge. Je vous jure, partout ce qu'un homme d'honneur a de plus sacré, que je n'ai jamais connu Fieschi sous son véritable nom,

D. Je dois vous avertir que Ficschi déclare qu'il était connu de vous sous son véritable nom?

J\, Je ne puis empêcher Ficschi de dire ce qu'il veut, ou ce qu'on lui fait dire; mais ce que je dis est la vérité.

D. Vous souvenez-vous de l'époque précise à laquelle Ficschi ou Bescher a été présenté chez vous par Morey?

R. Si c'est de Bescher que vous voulez parler, je ne peux pas préciser l'époque ; je dirai seulement que c'était 1 hiver. Quant à Fieschi, je ne puis répondre à votre question , puisque je ne le connais pas.

D. Morey, à l'époque où il vous a présenté Fieschi , ne vous a-t-il pas montré le dessin ou le modèle d'une machine infernale? R. Non , Monsieur.

D. N'atez-vous pas dit , en voyant ce dessin , que , si l'homme était solide, vous feriez les dépenses nécessaires? R, Je n'ai pas dit cela , et je n'ai pas vu de machine.

D. Il résulte de déclarations formelles que, quelque temps après^ vous auriez fait venir chez vous Fieschi qui prenait le nom de Bescher, et qu'en présence de Morey vous lui auriez demandé à quelle somme pourrait monter la dépense de la machine ?

R. Je n'ai jamais fait venir Bescher chez moi, je ne le connaissais pas ; tout cela est faux.

D. Je vous fais remarquer que, dans votre premier interrogatoire, vous avez déclaré que vous aviez donné plusieurs fois à coucher chez vous à Bescher, par conséquent vous le connaissiez beaucoup.

(l. je vous ai^clit (ju'il avait coiiclic cjucI<jucfois, sans pouvoir j)réciser le nombre de fois; cela ne s'est pas répété souvent, car il m'a îait l'efTet d'un homme de police , quand je l'ai entendu causer.

D. A qui esT)érez-vous persuader que vous auriez accorde plusieurs fois, chez vous, une hospitalité empressée à un homme (}ue vous dites ne pas connaître et qui vous faisait TcfTet d'un homme de ])oIice? >

A*. II sufîîsait qu'il m'eût été présenté par Movcy pour que je diissc, dès l'abord , avoir confiance en lui; ce n'est (jue plus tard que je m'en suis méfie. *

D. Lorsque vous avez vu le dessiu de la machine projetée par Fieschi , et qui vous a inspiré une grande admiration, ne lui avezvous pas demandé combien elîe coûterait, et Fieschi ne vous a-t-il pas fait un compte détailié, montant à 500 francs environ?

R. NiAIoj-e?/, ni personne ne m'a montré de machine; par conséquent je n'ai pu demander combien elle coûterait. ^

D. II résulte cependant de l'instruction qu'après la conférence qui a eu lieu sur ce sujet entre Fieschi, Moreij et vous , il a été décidé qu'on chercherait un logement favorable à l'exécution du projet que ^jctte machine supposait ; que Morey est allé voir avec Fieschi le logement que celui-ci avait trouvé sur le boulevart du Temple, logement que vous êtes allé, vous , visiter de votre personne , et dont vous avez approuvé le choix.

R. Je prends à témoin i'Etre-Supréme que c'est la plus insigne fausseté.

-D. Je vous fais remarcpier que la déclaration d'oii résulte ce fa it fait connaître en mcme temps que vous n'êtes allé que cette seule fois dans le logement de Fieschi.

R. Je n'ai rien à répondre à cela ; ce sont des mensonges affreux.

D. Il résulterait encore de l'instruction que vous auriez donné à Fieschi l'argent nécessaire pour payer le premier terme du loyer de ce logement ?

R. Je déclare ne pas avoir connaissance de cela. Si j'ai donné de l'argent à Fieschi, en supposant que Fieschi et Bescher soient une même personne, je ne lui ai jamais donné une somme aussi considé-^ yablc.

D. Cependant il résulterait encore de rinstruction , que vous auriez donné à Fieschi une somme de 130 francs, pour garnir ce logement des meubles nécessaires?

R. Je prends Dieu et le ciel à témoin que cela est faux.

D. Vers la fin d'avril , n etes-vous pas allé quai de ia Râpée , n° 1 1 ou 17, chez M. Poucheii, \nM'Q\\2i\\à de bois?

R. J'ai acheté plusieurs fois du bois, dans divers endroits, pour moi , pour ma maison à laquelle je faisais des réparations de fabrique. Je ne me souviens pas d'en avoir acheté précisément à i'époque dont vous me parlez.

D. II résulterait cependant de l'instruction qu'à cette époque vous avez été chez ie sieur Poucheu, avec Fieschi ou Bescher, comme vous l'aimerez mieux , acheter ie bois qui était nécessaire à îa confection de la machine de Fieschi?

R. Je n'ai rien à dire là dessus. Je dis que je n'ai point acheté de bois pour Fieschi,

D. II résulterait cependant encore de l'instruction que, ce jour-là, vous portiez sur la léte une casquette de crin gris , et que vous étiez vêtu d'une blouse de toile grise devenue blanche à force d'avoir été Javée ?

R. Cela est bien possible ; j'ai un atelier dans ces environs-là , et quand j'y suis, je suis vêtu de cette manière.

D. II résulterait encore de l'instruction que vous auriez marchandé le bois , Fieschi et vous , avec le garçon et le maître du chantier, qui pourraient vous reconnaître ?

R. Je suis allé acheter plusieurs fois du bois , et il serait encore possible que ces individus me reconnussent et que ce malheureux fût venu avec moi.

D. Il résulterait de l'instruction que ce serait vous qui auriez fourni l'argent pour acheter ce bois , qui a coûté 1 3 francs 5 0 centimes?

R. Cela n'est pas. Je me mets à présent sur la voie de quelque chose que je dnai plus tard. ;

D. Il paraîtrait que vous auriez quelque chose d'important à direj je vous engage à le dire dès à présent?

Interrogatoires. ' 36

R. Je n'fti rien d'important à dire dans .ce moment-ci; il ikut (jik' je connaisse mon homme avant.

D. Vous souvenez -vous d'avoir assisté à l'enlèvement de ce bois qui fut emporte du chantier par un commissionnaire? R. Non , Monsieur,

D. Vous souvenez-vous d'avoir donné à Fieschi l'argent dont il a en besoin pour taire taçonner ce bois?

R, Non, Monsieur.

D. Loiscju d fut question de se procurer les fusils qui étaient nécessaires pour la confection de ia machine, ne dites-vous pas à Fieschi (pie vous comiaissiez une personne qui vous en ferait avoir?

R. Il n'a jamais été question de cela chez moi ; si je pouvais parler je donnerais à l'instant même la preuve que je suis incapable de pareilles actions.

D. Je vous fais observer que dans votre situation vous auriez le plus grand tort si vous ne disiez pas tout ce que vous pouvez dire en cette matière ?

R. Je veux dire que des gens se disant patriotes, m'ont souvent iàit des propositions de cette nature que j'ai repoussées hautement et sans hésiter.

D. Ne pourriez-vous pas entrer dans quelques détails sur les propositions qui vous auraient été faites?

R. Non, Monsieur; vous comprenez que je ne peux pas être dénonciateur. D'abord on ne m'a jamais parié d'armes, mais on me parlait de quelque chose dans ce genre-ià.

D. Sans être dénonciateur des personnes, on peut expliquer les faits , et ce sont ces explications que vous pourriez donner.

R. On m'a souvent parié de choses, mais je n'ai jamais vouhi entrer dans les détails.

D. Il résulterait de l'instruction qu'après avoir tu pendant quelque temps à Fieschi le nom de la personne qui devait vous procurer des fusils, vous auriez fini par le lui dire?

R. Ceci serait tout à fait contraire à mon caractère, et je donne le •'dëfiqii'on trouve un honnête homme me connaissant qui dise que je suis capable de pareilles choses,

D. H' résulterait de l'instruction que l'individu désigné par vous à

Ficschi aei'iùt liiii des détenus de Sainte-Péluoie?

R. C'est une erreur : je ne suis allé qu'une fois ou deux à Sainte- Pélagie et toujours pour y porter des secours.

D. N'avcz-vous pas vu à Sainte-Pélagie le sieur Giihiard? R. Je l'ai vu comme tous les autres , mais je n'ai jamais eu de relations avec lui.

D. Il résulterait de l'instruction que ce serait au sieur Cavaignac que vous vous seriez adressé d'abord pour avoir les vingt-cinf] fusils qui étaient nécessaires à la confection de la machine , et que ie sieur Cavaignac vous aurait dit qu'il connaissait quelqu'un qui pourrait les procurer?

R. C'est un affreux mensonge.

D. N'auriez-vous pas cependant écrit au sieur Cavaignac une lettre <p:i pourrait avoir trait à cette affaire?

R. Je n'ai jamais écrit directement au sieur Cavaignac; je ne me ra])pelie pas cela du tout.

D. Cependant cette lettre est assez remarquable pour que vous puissiez vous en souvenir. Vous demandiez à Cavaignac de vous dire quand il pourrait vous remettre les 2 0 ou 2 5 francs que l'homme attendait pour partir, et il serait possible qu'il fût d'avance convenu entre vous que le mot franc signifierait un fusil?

R. Je puis avoir demandé de l'argent à Cavaignac , parce que dans le temps je lui en avais prêté pour des secours; mais je ne me souviens pas de lui avoir écrit cela.

D. Vous souvenez-vous d'une somme de 130 à 160 francs que vous auriez remise à Fieschi?

R. Quand on a de \x famille on donne des secours en temps utile , quand on croit ([ue la personne qui les demande peut en faire un bon emploi; mais il aurait fallu que je fusse millionnaire pour donner des sommes aussi fortes.

D. Cet argent aurait pu être déposé dans vos mains par une tierce personne?

R. Je n'ai de ramifications avec personne et je ne m'occupe que de mes intérêts.

D. II résulterait cependant de l'instruction que cette somme, remise par vous à Fieschi, aurait servi à acheter les canons de fusii, ceux qu'avait promis le sieur Cavaignac n étant pas arrivés à temps?

R. Celui qui a dit cela est un imposteur fini.

D. Il résulterait de l'instruction , que la veille du jour où Fieschi a acheté les canons de fusil , jour qui est fixé par la date de la facture, vous vous seriez trouvé avec Fieschi et Morey sur la place de la Salpétrière?

R. C'est un affreux mensonge ; il y a peut-être cinq mois que je n'ai vu ce Bescher,

D. II résulterait cependant encore de l'instruction qu'à la suite de ce rendez-vous vous seriez allés vous asseoir tous les trois près des arches du pont d'Austerlitz en amont , et que ià vous auriez arrêté ensemble les dernières dispositions relatives à l'achat des canons dont vous deviez le lendemain remettre ou faire remettre le ^v'\y:.k Fieschi?

R. Je n'ai aucune connaissance de cela ; celui qui a pu dire cela il faut qu'd ait été payé pour me perdre par des mensonges.

D. Vous souvenez-vous d'avoir été, vers le milieu du mois de juillet de cette année, faire une promenade au Père-Lachaise et d'être allé ensuite dans les vignes aux environs?

R. Je ne me souviens pas de cela.

D. Vous souvenez-vous d'un déjeuner que vous avez fait le même jour à la barrière de MontreuiI,chezun restaurateur nommé ^e;Yr<z7?c??

R. Non , Monsieur ; une fois , dans le temps que je cherchais à placer Bescher, je crois avoir rencontré Morey et nous avons bu une bouteille de vin de ce côté-là avec Morey et ce Bescher, dont j'ignorais la demeure ; mais il y a longtemps de cela.

Z). Il y a une circonstance qui contribuera à vous rappeler ce déjeûner. Vous souvenez-vous qu'à la suite du rendez-vous donné , au Père-Lachaise, dont je vous parlais tout à l'heure, il a été fait pendant la promenade dans les vignes, dont je vous ai aussi parlé, une expérience sur une traînée de poudre. Cette expérience avait pour but de reconnaître si cette traînée qui avait la longueur de la machine préparée par Fieschi, s'allumerait simultanément dans toute sa longueur?

II. Non, Monsieur; je vous l'ai déjà dit, cet une pure invention que tout cela.

D. Cependant ii résulterait de déclarations faites que vous auriez essayé vous-même de mettre le feu à la traînée de poudre avec une allumette tirée d'un briquet phosphorique que vous auriez apporté à cet elTet, et que comme vous n'y réussissiez pas, Ficschi vous aurait pris des mains l'allumette que vous teniez et aurait mis le feu à la traînée par le milieu.

R. Je fais la même réponse que précédemment.

D. Vous souvenez-vous (ce qui se rapporterait aux propositions que vous dites vous avoir été faites quelques fois), qu'iui général vous aurait dit, en parlant du Roi : « Ce gredin-là, personne ne lui tirera donc «un coup de fusil, pour nous en débarrasser?»

R. Je ne me souviens pas de celd du tout.

D. II paraîtrait cependant que vous en auriez fait ïa confidence à Fieschi?

R. C'est un mensonge ; je ne connais directement aucun général ; je n'en vois jamais.

D. N'avez-vous pas vous-même dit à Fieschi, en lui montrant des articles de journaux trcs-hostilcs au Gouvernement et en parlant du

Roi : «Est-ce qu'on ne trouvera pas quelqu'un pour lui f un

«coup de fusil? Il y en a tant qui, pour un billet de mille francs, se «sont faits condamner aux galères à perpétuité, et il n'y aura pas un «homme pour délivrer le pays d'un brigand comme celui-là? »

R. C'est un mensonge affreux, jamais de la vie je n'ai tenu de pareils propos.

D. Il paraîtrait que vous avez toujours eu la manie d'avoir chez vous des provisions de poudre à tirer ; vous savez que l'autorité u fait faire une perquisition à votre domicile après les événements d'à-' vril ; que cette perquisition, qui avait pour objet de trouver un dépôt de cartouches, a été alors sans résultat; ce qui n'empêche pas que des renseignements acquis depuis et qui paraissent tout à fait dignes de confiance, autorisent à croire qu'à cette même époque il y avait dans votre atelier, une masse considérable de cartouches qui en furent tirées avec quelques armes , par l'un de vos parents , et transportées par ses soins à Lagny, chez le sieur Collet , pour y être dé-

2W6 INTERRO'GATGrRES

Imites et jetées dans la l'ivière. Une (fédaration réeente établit, en outre, qu'un jour de cet été, descendant de la barrière avec votre neveu, vous lûtes rencontré dans la rue jNIoreau par uu individu dont vous portâtes la main sur votre dos, en lui disant de toucber. r Qu'est-ce (jue c'est (jue cela?<i vous dit-il; «C'est, lui auriez-vous rétf pondu, de la graine d'oignons, c'est-à-dire de la poudre. — Vous «en avez donc une grande (juantité? — J'en ai buit livres.» Le fait siu' le(juel je vous interpelle, se serait passé au mois de juin dernier. Qu'avez-vous à dire?

R. Quant à la perquisition qui fut faite cbez moi , ce fut sur la délation d'un de mes ouvriers (jui , après ro'avoir volé , et ayant été renvoyé par moi pour ce fait, m'a dit, après avoir touclié son décompte et son livret mis en règle, écbaufié un peu par le vin, qu'il était cbez moi par l'ordre de la police. A la suite de deux jugements que j'ai subis, ayant acquis la conviction que c'était sur sa délation , je fis faire une descente cbez lui, et on le trouva nanti dune assez glande quantité de marcbandiscs. Il a été arrêté et condamné à deux ans de prison. A l'égard desarm.es, je n'avais alors qu'un seul fnsiï, ïcs armes nécessaires ])our monter la garde comme simple garde national et celles d'un oflicier. Avant que la loi sur les détenteurs d'armes lût passée, j'avais eu la précaution de renvoyer un fusil au capitaine de la compagnie à laquelle j'appartenais , afin de ne pas être en contact avec la loi. A l'égard des poudres, c'est une allégation absurde comme tant d'autres, dont je délie qu'il y ait un seul bonnéte homme qui puisse en fournir la preuve; comme du reste je n'ai jamais eu chez moi de munitions.

D. Il résulterait cependant de 1 instruction que ce serait \mv Fieschi lui-même, que vous vous seriez fait ainsi tàter le dos, dans le courant du mois de juin, et avec lequel vous auriez eu la conversation que je viens de vous rappeler?

R. Pour prouver qne tout ce qu'a dit Fieschi est un afTreux mensonge, je dis que je répondrai à cette question quand je le connaîtrai^ et que je croirai devoir y répundrt?. On fait courir tous ces bruits-là sur moi, comme on en a déjà fait couiir tant d'antres qui, plus tard, seront reconnus faux.

D. Fieschi ou Bescher \\2i\^\i-\\ pas un crédit ouvert chez vous , et ne prenait-il pas souvent des marchandises sans les payer?

/?. S'il a pris des marchandises à crédit, ce doit être fort peu de choses.

( Dossier Pépin , pièce .)

3' Interrogatoire subi par Pépin , le 25 septembre 1835, devant M. le baron Pasqnier, président de la Cour des Pairs, et confrontation de Pcjjin avec Fiesrhi.

D. Dans un interrogatoire que vous avez suhi avant-hier devant un juge d'instruction (l), vous avez exprimé le regret que je ne vous eusse pas interrogé sur une lettre saisie chez vous au moment de \otre arrestation? Mais avant d'en venir à cette lettre, je dois vons |)arler de celle (jue vous avez fait insérer dans les journaux au moment de votre évasion j et qui était adressée au président de la Cour des Pairs et au procureur général : avouez-vous cette lettre?

2). Je hs dans cette iettre : « On me suppose le caractère assez «barbare pour être, avec connaissance de cause, de comphcité dans ^'un crime.» Ces paroles : «avec connaissance de cause, « pourraient donner à entendre que vous faites une sorte d'aveu de comphcité, mais sans connaissance de cause.

R. Dans la triste position où je suis, je ne peux peser toutes mes paroles ; et il serait cruel pour moi qu'on incriminât des exj)ressions dont personne, à ma place, ne serait maître; au reste, ma réponse se réduit à ceci : je défie qu'on trouve un honnête honnne qui aflirme que je suis capabie de donner une chiquenaude à un enfant, ni d'avoir jamais fait tort à qui que ce soit.

D. Je vois encore dans cette lettre que, pour donner phis de créance à l'espèce de promesse que vous y faites de vous représenter à la justice, vous dites que vous ne quitterez point Paris. Je ne prétends point vous faire un reproche d'avoir manqué à cette espèce d'engagement; mais j'en fais l'observation , parce qu'elle p<?ut être utile pour l'appréciation de la lettre qui a été trouvée dans vos papiers au moment de votre arrestation, laquelle lettre, en date du 2 0 septembre 1833, est adressée au rédacteur du Messager des Chambres. Reconnaissez-vous cette lettre que je vous représente ?

(l) Voir le procès-verbal dresse' par M. Zangiaconii, en date du 23 septembre, pa^e 5/1 du volume des ProccWw/f*. '7 0? '

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