‹ Attentat du 28 juillet, 1835 (volume 2)Chapitre 6 sur 15 · II. Oui, Monsieur · texte numérisé non relu

II. Oui, Monsieur

D. Vous y annoncez l'intention de vous constituer prisonnier ic samedi 2 6 de ce mois; on a des raisons pour croire que celte lettre était un moyen destiné à cacher vos véritables projets : qu'avezvous à dire à ce sujet?

R. Tout ce que je puis vous dire, c'est que mon intention était de me constituer; j'avais même écrit à ma fennne, à ma belIe-mère et à mes jeunes gens à cet effet. Je n'ai pas voulu céder à des conseils perfides. Je dirai même que je ne sais pas comment s'est laite mon évasion ; mais lorsqu'on m'exposai: à me trouver au jour en tace de groupes menaçants qui se seraient formés devant ma maison , il était naturel de me sauver, lorsque j'en trouvais les moyens-: déjà deux fois j'ai failli être victime de l'effervescence populaire.

D. Il est possible et on est même fondé à croire que votre fa-» m mille vous a fait témoigner le désir que vous vous constituiez prir sonnier ; mais ii n'en est pas moins certain que vous avez frappé à plusieurs portes, afin d'avoir des passe-ports pour l'étranger ;'^ue vous répugniez à aller en Belgique, dans la crainte d'être extradé; et on a trouvé dans vos papiers une sorte d'itinéraire pour arriver à un passage en Angleterre : reconnaissez-vous cet itinéraire?

R. Oui, Monsieur, c'est moi qui l'ai écrit.

D. Je vous fais observer que ceci ne vous est point dit en forme de reproche, mais pour constater fa vérité des faits : qu'avez-voug

à répondre?

R. Je dis que cet itinéraire a été fait par suite des conseils perfides de gens qui voulaient rendre ma situation plus mauvaise. J|

Z). La somme en or dont vous avez été trouvé nanti, indique encore suffisamment vos projets ; m^îs^ je le répète, ceci ne vous est poiut dit à titre de reproche. '■

; ;/?. Cette somme en or dont vous parlez, je ne la possédais que depuis vingt-quatre heures pour la majeure partie; elle a été touchée dans une maison de Paris qui me devait. N'ayant pas l'intention de partir, j'avais fait venir cette somme pour payer des orges que je devais à Lagny ; je ne dis pas qu'en me remettant cette somme, on ne m'avait pas engagé à partir, mais moi je l'avais reçue dans Ja- pensée que j'en trouverais l'emploi à Lagny.

D. Les noms qui se trouvent au bas de ritinéra,ire que je vous

représente, n'etaient-iîs pas ceux de personnes chez ïesquelles vous auriez pu vous arrêter en chemin ?

R. Ces noms sont ceux de personnes chez lesquelles des visites domiciliaires ont été faites, et ifs ont été relevés sur le National; if est bien possible, pour dire la vérité, que si je m'étais en allé, j'eusse frappé à ces portes-ià, n'ayant pas d'autre asife.

D. Connaissez-vous un nommé Mathieu, ébéniste, qui demeure rue Moreau?

R. Si je l'ai vu , je l'ai vu tout au plus une fois chez moi , dans le cas où il y sera venu ; mais je ne ie connais pas directement : je crois même ne lui avoir jamais parîé.

D. Vous en avez au moins entendu parler ?

R. Je ne connais ni ie nom , ni la personne , que je sache.

D. Vous ne savez pas que ce Mathieu avait des moyens de se procurer de la poudre?

R. Non , Monsieur. Je ne connais pas cet individu. Je n'ai jamais eu de relations directes avec lui.

D. Si vous n'avez pas eu de relations directes avec lui, n'avezvous pas , au moins , chargé quelqu'un de lui demander s'il pouvait vous procurer de ia poudre?

R. Ces allégations-là sont fausses , comme tant d'antres , qu'on a déjà faites contre moi.

D. Il y a eu une erreur dans l'interrogatoire que je vous ai fait subir avaftt-hier. Je vous avais dit que vous aviez été rencontré , avec votre neveu , rue Moreau , porteur de plusieurs livres de poudre dans votre dos. Vous aviez nié le fait ; et, en effet, ce n'est pas à vous qu'il doit être imputé , mais au nommé Mathieu et à son neveu , qui auraient été rencontrés par Fieschi, auquel ils auraient fait la confidence de ce (pi'ils portaient sur eux ; mais il reste déclaré que vous avez demandé à Fieschi s'il pourrait vous procurer de la poudre par l'intermédiaire de ce Mathieu. N'avez -vous pas su, en effet, qu'il trouvait moyen d'en avoir de l'arsenal de Vincennes?

R. Je n'ai jamais su cela. D'ailleurs , que voulait-on que je fisse de cette poudre?

D. Quel était le nombre des sociétés secrètes avec lesquelles vous étioz en relations?

2iO INTERROGATOIRES

R. Depuis la loi §,in' les associations , je n'ai fait partie d'aiiciuic société secrète, et , avant la ioi, je n'ai fait que, bien peu de temps, partie (le quelques sociétés, entre autres, de i'Union de juillet. Peu de temps avant sa dissolution, j'ai été vice -président de la société pour l'instruction du peuj)lc. J'ai été aussi membre , mais pendant très-peu de temps , de la société des Droits de l'homme , soit que j'y aie été entraîné, ou autrement.

D. Dans quelle qualité apparteniez-vous à la société des Droits de Thomme? De quel arrondissement et de quelle section étiez-' vous ?

R. J étais chef de la section Rome, du 1 2" arrondissement ; mais je n'ai exercé ces fonctions que pendant quinze jours au plus. Cette section était composée d'industriels qui me paraissaient honnétçs, et nous avons cessé de nous réunir quand la loi a été rendue.

D. MorPAj ne faisait-il pas partie de îa même section que vous ? R. Je ne le pense pas , sans pouvoir l'affirmer.

D. N'éticz-vous pas visiteur des sociétés du i l*" ou du 12^ arrondissement?

R. Non , Monsieur.

D. Persis(cz-vous à dire nue vous n'avez pas remis vou.^-mème à Fieschi l'argent nécessaire ])our payer le loyer du logement qu'il a occupé boulcvart du Tempîo, et pour acheter les meubles dont ce logement était garni ?

R. Oui, Monsieur; je persiste à dire cela.

D. Persistez-vous à dire que vous n'avez pas remis voùs-mèrne, ou fait remettre par Moraij à Fieschi , les 18 7 hancs avec lesqiels celui-ci a payé les canons de sa machine ?

R. Oui , Monsieur.

D. N'éticz-vous pus très-Hé avec le sieur Rasp ail , et ne comptiezvous pas vous servir de son journal pour publier les ju'oclamalions et les actes qui devaient suivre l'attentat , dans le cas où il aurait

réussi

R. En effet, j'ai coiinu Raspail pour l'avoir vu deux ou trois ibis chez M. de Lafayetie , dans le temps de l'Union de juillet. Comme il s'occupait d'industrie , nous en causâmes. Je lui proposai

DE PEPLV. 211

d'aller visiter des moulins, et nous sommes allés, une ou deux fois àLagiiy, voir ensemble des usines et pour faire une expérience sur la décortication des blés ; mais je n'ai pas eu d'autres relations directes avec lui. Quant à la dernière partie de votre question, il est bien certain (pie, si j'avais été dans le cas de prendre part à un attentat, j'auiais prévenu Raspail , comme j'aurais prévenu beaucoup d'autres personnes. Si tel eût été mon caractère , j'aurais bien été obligé de faire des confidences à quelqu'un.

D. N'avez-vous pas connu un emplojé du Gouvernement , qui a 5,000 francs d'appointements , et (jui demeure à l'entrée de la rue de la Roquette, tout près de chez vous?

R. Non , Monsieur. Il est possible qu'il me connaisse , mais je ne sais pas son nom , ni s'il est emplové.

D. N'auriez-vous pas quelques explications à donner sur des propositions qui vous auraient été faites relativement à des tentatives contre la personne du Roi , et auxquelles vous auriez refusé votre assentiment ?

/?, Ce que je vous ai dit, à cet égard, s'appliquait, dans ma pensée, à Bcscher et compagnie. J'étais d'ailleurs si troublé, l'autre jour, que j'ai pu parler fort légèrement.

D. Je vous donne lecture du passage de votre rnterrogatoire , qui est relatif à ce fait , et vous devez voir qu'il ue s'agit pas évidemment de Bcscher, puisque vous cherchiez à repousser le soupçon d'avoir eu connaissance de «on projet et d'y avoir participé?

R. Il s'est fait , dans mon esprit , une confusion entre Bescher et Fieschi; c'est ce qui explique l'inconséquence de mes paroles. Je ne nie pas, au reste , que des propos légers n'aient été tenus bénévolclement par Bescher, mais sans y attacher aucune suite.

D. Vous venez de dire Bescher et compagnie: qui voulez-vous désigner par ces paroles?

R. II est venu plusieurs fois boire la goutte à la maison avec d(i mauvais gueux connue lui, des gens en qui je n'avais pas confiance;' mais je ne les connais pas.

D. Avez-vous connu un nommé Boireau, ouvrier ferblantier? /?. Si je l'ai connu, ce n'a pas été nominativement.

Plus i>'a été interroG^é et a signé.

212 INTERROGATOÎÎrES

Après avoir signé, Pépin dit que, lors do son fn<?Crrogatdire, en date du 2 3 de ce mois, il était très-fatigué, il sortait de son lit, et qu'il jj'a pu se rappeler alors la date de la visite qu'il a faite à la F'orce; c'était fort peu de temps après les événements d'avril. Il a fait cette visite à fa sollicitation d'un ouvrier à la femme duquel Henri Lcconte , alors détenu, avait rendu service et qui lui dit (jue cet accusé était dans une position précaire. Il déclare de plus n'avoir jamais eu aucune relation avec les légitimistes, ni avec aucun général, ni avec Giiinarcf , iii avec Kersausie ; il ajoute qu'il n'a jamais parié à qui que ce soit dans ses conversations sur la liberté , de moyens graves pour l'obtenir et a signé.

Et à l'instant, nous avons fait amener devant nous le nommé Ficschi, et nous avons demandé à Pcpùi s'il le reconnaît.

Pepi7i répond : Il me semble avoir vu cet homme , mais je ne pourrais pas l'affirmer.

D. A Fieschi , en lui montrant Pepij2. Reconnaissez-vous la personne que je vous représente?

Fieschi répond : Oui , Monsieur.

Pépin dit, après avoir entendu parler Fieschi, qu'il le reconnaît, au son de sa voix , pour la personne qu'il a désignée sous le nom de Bescher. .:^i%-:,

D. A Fieschi. Persistez-vous à dire nue vous avez été présenté chez Pépin \)SLYMore)/?

R. Oui, Monsieur.

D. A Pépin. Qu'avez-vous à dire?

R. Cet homme a, en effet, été présenté chez moi par Mo ici/ ; mais il l'a été sous le nom de Bescher.

D. A Fieschi. Est-ce en effet sous le nom de Bescher que vous avez été présenté à Pépin? ' ^^u ,

R. Je ne sais pas si Moreij m'a pr^sèhté la première fois sous le nom de Bescher ; mais Pépin a très-bien su que je m'appelais Fieschi et que je portais le nom de Bescher que j'avais pris comme j'avais pu pour me soustraire.

D. A Pépin. Quavez-vous à dire?

DE PEPIN. 2i:{

R. C'est une fausseté des j)lus insignes. Monsieur est \rnu cliez moi comnlc étant poursuivi, comme ayant été condrnuié à mort sous la restauration, li me fit voir beaucoup de papiers, el me lit entendre qu'il avait besoin de secours. Au reste, je suis tellement troublé que je ne puis répondre juste à vos questions ; car ce n'est pas chez moi (]ue je l'ai vu pour la première t'ois , lorsqu'on m'a demandé si je pourrais lui procurer une place dans mes ateliers de Lagny.

D. Persistez-vous à dire que vous ne l'avez pas connu sous fe nom de Fieschi?

R. Oui , Monsieur.

D. A Fieschi. Persistez -vous à dire que Morcy, pour donnera Pépin une meilleure idée de votre adresse , lui a montré le dessin d'une machine inventée par vous qui pouvait servir à tirer ù la fois un grand nombre de coups de fusil?

R. J'ai fait ce dessin chez Morey , qui l'a porté chez Pépin et m'a dit le lui avoir montré; mais je n'étais pas présent lorsque Moreii a fait voir ce dessin à Pcpin. '

D. A Pépin. Qu'avez-vous à dire? ;; , ,„

R. Je n'ai rien à répondre à tout cela. Je n'ai pas assez de sangfroid pour répondre à des manœuvres pareilles.

D. A FicscJii. Persistez-vous à dire que, dans une conversation que vous avez eue avec Pépin, avant de conférer avec liii sur votre machine, il vous a dit ces paroles : « Comment se fait-il que, lorsque «tant de gens se font condamner aux galères à perpétuité pour un «billet de ôoo fr. ou de 1,000 fr. , il ne se trouve pas un homme qui «nous délivre de Louis-Philippe? »

R. Oui, M. Pépin m'a dit cela une fois.

D. A Pépin. Qu'avez-vous à dire?

R. Je ne puis répondre à un malheur comme cela. C'est épouvantable; il fiaut avoir la rage dans le cœur pour vouloir anéantir un

homme comme moi i)ar des mensono-es semblables.

D. A FiescJii. Persistez-vous à dire que Pépin a dit à Morcy que,

si l'homme qui avait fait le dessin de la machine était solide, lui,

Pépin, en ferait volontiers les frais?

R. Oui , Monsieur, j'ai dit cela d'après Morey; je n'ai pas entendu Pépin le dire.

21 f INTERROGATOIRES

D. A Pépin Qu'avez- vous à dire?

R. Je n'ai jamais parlc^ de cela à M. Alorei/ et je réponds qu'il ne (Jira pas que je lui en ai parle, il n'est pas assez malhonnête homme pour cela.

l): A FicscJii Persistez-vous à dire que, dans une confcrcncc que vous avez eue avec Pépin et Mare y , ii vous fut demandé à quelle somme pourrait s'élever la déj)ense de votre machine et que vous l'avez évaluée à 5oo francs environ?

R. Oui, Monsieur.

D. A Pépin. Qu'avez-vous à dire?

R. C'est un affreux mensonge; je ne vois pas d'expression pour pouvoir répondre à des choses pareilles.

D. A FiescJd. Persistez-vous à dire que Pépin vous a demandé un modèle, en bois, de votre machine; que vous avez fait vous-même ce modèle chez un Irourneur de la petite rue de Rewilly, et que vous l'avez remis à Pépin ^ qui l'a gardé?

R, Oui , Monsieur.

D. A Pépin. Qu'avez-vous à dire?

R. Je fais toujours la même réponse négative.

Z). A Fieschi. Persistez-vous à dire qu^en suite de la résolution prise, au sujet de cette machine, entre Pépin, Moreij et vous, il fut décidé que vous chercheriez un logement convenable pour l'exécution de votre projet? Qu'en ayant cherché et trouvé un vous-même, boulevart du Temple, n° 5 0, vous le fîtes voir d'abord à Morey, et l'arrêlites en sa présciice; que Pépin vint voir ce logement plus tard, ap- ])rouva, comme vous et Morey, le choix que vous aviez fait de ce logement, et vous remit , lui-même, l'argent nécessaire ])Our paye4' le ])remier terme ?

R. Oui , Monsieur.

D. A Pépin. Qu'avez-vous à dire?

R. Non, Monsieur, jamais; mais je déclare qu'en ce moment, je jr'ai pas assez mes sens pour répondre à de pareilles choses, je répondrai plus tard.

D. A Fieschi. Persistez-vôus à dire que Pépiai vous a remis , hû

même, la somme de 130 et queiqucs francs, pour payer le mobilier dont voire logement était garni ?

R. Oui , Monsieur.

D. K Pépin, du'avez-vous à dire ?

R, Même réponse.

D. A Fieschi Persistez-vous à dire que vous avez été, avec Pepi/i, sur le quai de la Râpée, acheter le bois qui était nécessaire pour la confection de la machine, et qui a coûté 13 francs et qach|ucssous ?

R. Oui , Monsieur.

D. A Pépin. Qu'avez-vous à dire ?

R. Je répondrai à cette question plus tard comme aux autres. Du reste , je nie avoir acheté du bois pour faire une machine.

D. A Fieschi. Persistez-vousii dire que, lorsqu'il s'est agi d'avoir les fusils nécessaires pour la confection de votre machine, Pépin a eu d'abord la pensée de se les procurer ])ar l'intcrmédiaii-e de Cavaignac qui connaissait une personne ayant un dépôt d'armes. Que Pépin vous a dit èivc ?\\\é yoii' Cavaignac, à-cet ellet , à Sainte-Pélagie; avoir.ob- Icnu, de Iwi, i'es])crance que les fusils, au nombre de vingt-cinq, sei-aient donnés; niais que cette espérance ne s'est pas léalisée?

R. Oui, Monsieur.

D. A Pépin. Qu'avez-vous à <\\vel R. Toujours mrme réponse.

D. A Fieschi. Persistez-vQus à dire (ju'à défaut de fusiîs, vous avez eu la pensée de vous procurer des canons de fusil, et que, sur ce que vous avez dit à ce sujet , à Pépin et à Moreij, une conférence eut lieu entre eux et vous, ie 2 4 juillet, près des arches du pont d'Austerlitz , en amont, à la suite d'un rendez-vous que vous vous étiez donné sur le boulevart de ia Salpéti'ière ; que les dernières dispositions relatives à l'achat des canins, ayant été prises entre eux et vous, dans cette conférence, Morey vous a apporté, le lendemain , de ia paît de Pepin^ les 187 francs avec lesquels vous avez acheté les canons qui ont servi à la confection de votre machine?

R, Oui , Monsieur.

D. A Pépin. Qu'avez-vous à dire?

R, Même réponse.

' D. A Fîeschi. Persistez-vous à dire que, peu de jours avant l'exëclition de votre attentat, à la suite d'un rendez-vous donnt^ au cimetière du Père-Lachaise , vous vous êtes transporté, avec Pépin et Moreij , dans les vignes qui se trouvent de ce côté, que vous y avez été pour faire une expérience que nécessitait la crainte que Pepm et Moreij avaient connue que k traînée de poudre nécessaire pour mettre le feu à tous ies canons dont se composait votre machine , ne pût pas s'allumer simultanément; qu'à cet effet, une ti-aînée de poudre de trentetrois pouces de longueur fut faite avec de la poudre apportée par Moretj; (pic /^^y^m avait essayé d'allumer cettetraînée avec uueallumette tirée d'un bri(}uet phosphorique apporté par lui ; mais que, comme il n'y réussissait pas, vous aviez, vous-même, allumé parle milieu la traînée qui s'était enflammée tout entière et à la fois?

R. Oui, Monsieur.

Z). A Pépin. Qu'avez-vous à dire?

R. J'espère qu'il y aura un Etre suprême qui me donnera assez de force et assez de vie pour repousser de pareilles infamies.

D. A Fieschi. Persistez-vous à dire que Pépin vous a parié des récompenses auxquelles vous auriez droit si votre attentat réussissait ; mais que vous lui avez répondu qu'il ne s'agissait pas de cela; qu'il faudrait sans doute se battre dij-us le premier moment; que vous vous battriez tant qu'il le faudrait contre les étrangers ou contre d'autres, et, qu'après cela, vous vous contenteriez de reprendre la place que vous avez quittée dans ies travaux de la ville de Paris? ; 72. Oui, Monsieur. * -• r -

D.K Pépin. Qu'avez-vous à dire?

R, Même réponse. , .

s^ 'ïci, nous constatons -que Pépin ayant dit, il y a un moment, à : Fieschi , que ce n'était pas ass( z de l'avoir exj)loité, qu'il voulait encore t-i'en traîner dans son crime , Fieschi lui a répondu :

« Je n'ai Jamais eu de vous, pour mon compte, que 20 francs de î « crédit en marchandises et je vous les dois; quant au reste de l'argent h<i que vous m'avez donné, je l'ai bien employé «.

■ y îy.% Fieschi. VcTsÀsiez-yous à dire que dans une convei'satiorv SL^ ce Pépin et Moreij, au sujet des événements d'avril 1834, Pejjin

DE PEPiTOT/:: 2ir

vous aurait dit que pendant les troubles, il e'tait sorti arme de pistolets et d'une canne iV ëpée, et que, si l'aflUire avait réussi, on aurait formé à l'instant une municipalité dont Guinavd aurait été le chct, et ('ont lui, Pépin, aurait aussi fait partie?

R. Oui, Monsieur

D. A Pépin. Quavez-vous à dire ?

R. Même réponse.

D. A Fieschi. Est-il vrai que le 2 7 jjiillet , entre sept et huit heures du soir, Pépin a du passer à cheval sur le boulevart, en face du n* 50, afin que vous pussiez ajuster votre machine, mais qu'il n'y est pas venu?

R. Oui, Monsieur; il devait venir, mais il n'est pas venu.

D. A Pépin. Qu'avcz-vous à dire ?

R. Même réponse.

D. A Fieschi. Persistez-vous à dire que vous croyez que Pépin et Moreij avaient averti les mendHcs des sociétés secrètes, dont euxmêmes avaient fait ou faisaient encore partie, qu'un attentat devait être commis sur la personne du Roi ?

R. Je crois qnon avait averti ces sociétés, mais cela est incertain pour moi. Je ne crois pas qu'on leur eût dit qu'il devait y avoir \\\\ tittenîat contre le Roi , mais seulement une afl\iire. Voilà ma pensée.

D. A Pépin. Qu'avez^vous à dire ?

R. Je ne vois pjas de réponse à faire à cela. Je ne fais partie d'aucune société secrète, par conséquent je ne pouvais en prévenir aucune; eela sera bien facile à prouver.

D. A Fieschi Vous avez dit, plusieurs fois, q,ne îa crainte de vous démentir et de passer pour un lâche , vous avait seule empêché de renoncer à votre funeste projet, que vous n'aviez pas voulu manquer à une parole donnée; n'était-ce pas à Pépin et à JSJorey que cette parole avait été donnée ?

R. Oui, Monsieur; j'aurais passé pour un escroc si je n'avais pas exécuté mon projet. Si Janot et Sali$ étaient venus et m'avaient payé ce qu'ils me devaient, j'aurais remboursé l'argent que j'avais reçu , ^t j'aurais renoncé à mon affaire; mais ils ne sont pas venus, et j'ai

Imerrogatoirçs, 28

été esclave de ma parole qui vaut plus que de l'argent, puisquello

n'a pa& de prix,

D. A Pépin. Qu'avcz-vous à dire? . ,. .^ , ; .

R. Même réponse. J'en ferai une seule sur tout cela.' Je jure par tout ce qu'il y a de plus sacré, je prends Dieu et les hommes à témoins que tout cela n'est qu'un tissu de mensonges abominables.

■'£). A Ficschi. Persistez-vous dans toutes vos déclarations ?

'^." Oui, Monsieur. J'ai longtemps hésité, j'avais un cauchemar (jui métoufTait, je voulais me purger; je me suis enfin décidé à tout (lire, non pour faire des victimes, mais pour rendre hommage à la vérité; je n'ai demandé ma grâce ni à vous, ni à personne, et personne ne me l'a promise.

4" îi'ïteWPg?t^|rjB:^subi|>ar Pépin, le 28 septembre 1835, devant M. le baron Pasquier,

.> président de la Coor des Pairs.

.i(û8 ^)^VJ^?(^ma&>ov^ ai- -~ , - - '- • ' -

!i!;> oi .«oe ont* ^B'q j?'> «o'« ji *^m)'iiï\<3<.\

D, Je viens vou' si, depuis îe jour où vous avez été confronté avec Fieschi^ vçus^avez fait des réflexions, et si vous êtes disposé à me répondre avec plus de franchise que vous ne l'avez fait ce jour-là; cette franchise serait tout à fait d^ns votre intérêt, elle serait le méiiléiir moyen de rendre^ votre situation moins mauvaise. Vous devez voir quelles charges pèsent sur vous ; les déclarations de Fies- /?/^^/ eii ce qui vous' concerne, sont positives, sont accablantes, et il n'aiaucun intérêt à les faire;; catj'tdriime il l'a dit devant vous, aucun espoir de grâce ne lui a été donné, et il ne l'a demandée à persomie; il a été évidemment dans votre intimité: el, à cet égarch encore, votre positiôù est fort mauvaise, par suite des dénégations que-vous avez opposées dans le principe ûu?S faits les plus avérés à sonlégard. Ainsi , vous avez prétendu ne pas connaître un homme qui vousiLViiit été présenté par un ami tort intime, un homme qui cntmit Gliaawo-us presque tous les jours; qui y lisait les journaux, à qui vous avez donué'à coucher plusieurs fois ; que vous avez admis à votre table uri jour que vous donniez à dîner à des personnages iuiportants; (pii a t'té teilcmcnt dans votre intimité , que vous lui avez fait connaître vos lapportâîivec îe prince Charles ^e Rohan, et que vous aviez consenti à

" DE pEriN;î::ïT'/:î 2 ta

lui rciuîrc lG-sor\ iV<2 Je proposer à ce prince de se cliarger de rèhieltre une lettre qu'il ccrivait, C!] Suisse, à M. Gustave de Damas ; tous ces faits, qui icMiîtcnt de vos iîiterrogatoires et de vos aveux, démontrent, ainsi (jue je vous l'ai déjà dit, votre intimité avec Fi'csc/ii,ct ce Ficschi est l'auteur de ''horrible attentat (\\i 2 8 juillet. Il étnit sans ressources, on ne liu" connaît de reîiitions avec aucun autre individu que vous et Morey , qui ait pu lui fournir l'argent nécessaire dont il avait besoin j)0ur arriver à commettre cet attentat; ildécîare que vous, spécialement, lui avez foiuni l'argent qui lui était nécessaire, et que vous avez été, ]>ar conséquent, dans la confidence des tous ses ])rojets. En un tel état de choses , que pouvez-voiss dire pour détourner de votre tétc une accusation aussi puissante? Si vous avez été poussé à la conduite q.ii vous est imputée par d'odieux conseils, si vous connaissez des iiKlividus dont lu comj)licité, plus réelle encore que la vôtre , piiisse vous soîdager fS.\\ fardeau qui ])èse sur vous, dans ce moment vous devez le (\\ve^ voîjs devez le déclarer à la justice , vous le devez dans fintéièt de lu véritéetA^u^ le devez daais votre propre inlérct ?

/?, Je déclare que, parmi les personnes qur nîe connaissent, soit commercialement, soit en polilicjue, il n'en est pas une seule qui jMiisse dire que je suis capable détremper dans des aifaires pareilles , et vous pensez bien ({ue ce ne serait pas \\\\ père de famille (jui irait béaévoleinent se jeter dans de telles entreprises.

D. Remarquez à qrel point Faccusafion qui pèse sur vous' csf /urtiiiée par iesoin que vous avez eu de vous cacher, aumoment même de l'attentat, et par la persistance que vous avez mise à rester caché pendant longtemj^s, avant de savoir que la justice s'occupait de vous?

I\. Ainsi que je fai dit déjà, jamais je ne restais chez moi, quand il V avait des motifs de réunion, tant je craignais l'eifervescence populaire. Ensuite, comme on arrêtait tout ie monde en masse, ce qt!fi je craignais le plus, c'est le malheur qui est arrivé, c'est-à-dire mon ai restation, parce que la délation ne manque jamais son efiét. Les jouriiaîistes , pas pli.-s que les autres , ne manquent pas d'accuser îe monde; arnsi, on a forcé ma belle-mère , une femme de soixantedix ans, à signer une lettre pleine de mensonges ; bien pk^s , on est rdîé cfiez une autre djuTâ/e,. 4$!. (fii% connaissance, à laquelle on a dit f|ue j'étais un carliste, , iu] gïj<>v ;».

D. Vous avez dit, l'autre jour, que ce n'était pas chez vous que vous aAcz vu Fieschi , pour ia première fois; où donc l'avez-vous vu?

R, Sans en être bien sûr, je crois que c'est chez Morey, et que c'est ià où il fut question de lui trouver une place.

D. II est extraordinaire (ju'ayant déclaré avec assurance (jue ce n'était pas chez vous que vous l'aviez vu pour la première fois, vous ne sacliicz pas précisément où vous l'avez vu?

R. Je j)ourrais, en aflirmant, dire une chose qui ne serait pas exacte, mais j'en ai presque la certitude; j'ajouterai que je défie quou trouve quelqu^ui qui dise que j'aie jamais fait un mensonge pouvant causer du tort à qui que ce soit.

D. Vous avez dit que vous aviez le moyen de prouver que vous étiez resté étranger à l'attentat de /*'/r^cAi; et ce moyen consistait à j)rétendre qu'ayant reçu plusieurs fois des propositions de la même nature, vous les aviez toujours repoussées. Vous devez comprendre (lue cette déclaration est de nulle valeur, tant q^e vous n'aurez précisé, ni les laits , ni les personnes:

R. J'aisenti, depuis, toute l'importance de cette déclaration, mais je n'ai pas l'esprit assez calme en ce moment, ni les faits assez présents à la mémoire pour pouvoir répondre là-dessus ; mais plus tard je répondrai, quand j'aurai été confronté de uouveau avec Fieschi, que je parviendrai peut-être tV faire se couper.

D. Je vous fais observer que ce que vous avez à dire sur les individus qui vous ont fait des propositions que vous avez dû repousser, n'a aucun rapport avec vos relations avec Fieschi, et vous pouvez , dès à présent vous expliquer à cet égard. *>?'r' *^ ?

R. Quand j'ai parlé de propos à moi tenus, je n'ai entendu parler que de Fieschi. Je puis vous assurer, sur l'honneur, que je ne connais personne , en dehors de Fieschi, qui m'ait fait des propositions. Je ne dis pas non plus que Fieschi m'en ait parlé; s'il m'en a parlé, ce n'a été qu'à mots couverts.

D. Vous paraissez convenir que Fieschi vous aurait parlé de ses projets, à mots couverts: en quels termes vous en a-t-il parlé?

R. A une époque déjà éloignée, il a pu me dire qu'il ferait quelque chose qui ferait parler de lui , c'est alors que je l'ai éliminé de chez moi. Il assassinerait un homme pour cent sous , lui.

DE PEPiNîj/f'rr'< ' -lup

D. Voyez comme vous êtes déjà loin de vos premières dcclaïatrons. Dans le principe vous disiez ne pas connaître Fieschi, et maintenant vous eonveney^ qu'il a pu vous taire des confidences aussi graves?

R. Je conviens que dans un temps reculé, il me dit des choses bénévoles comme cela, mais je ne savais pas alors que c'était Ifie^cJ^i.

D. II vous a été dit, et je vous répète, que quand vous déman-*' dciez une nouvelle confrontation avec Fieschi, elle vous sera accordée.

R. Je dcmantierai cetfc nouvelle confrontation plus tard ; je n'ai pas l'esprit assez libre maintenant, je verrai plus tard. Par exemple, ï il faudrait que je fusse bien stupide pour avoir dit que , lors des i affaires d'avril, j'aurais eu, en cas de succès, des fonctions sous Guinard que je ne connais pas ; moi, je suis innocent, mais je pourrais j dire que Fieschi voyait quelqu'un à une certaine heure.

D. Quel était ce quelqu'un?*^^'^''^ ^'*^'M^'«>i AOi/^i c:oi ^uuv «aimmt

R. Il ne m a lamais dit le nom. „ ,. .^ . .^

D. Comment savez-vous cette circonstance dont vous parlez ?

R. C est lui qui me la dit. ^ aa smiBo ssiegfi ji'iqao'l bbc] ib n Sj

D. Quel était l'état de cette peï-sonnèT^^^^'^^oq moq siioVnofn ûk

R. C'était un agent supérieur de la pt^iéëi"^! f>"^"p. /i«'i^noqoi

D. Quel était cet agent t . . >

R. Je n'en sais rien.

D. Où Fieschi le voyait-il ?

R. II ne m'a pas dit le quartier.

D. Vous a-t-il dit que cet agent fût dans la confidence de ses projets ? R. II ne me l'a pas dit.

D. Est-ce tout ce que vous savez sur les rapports de Fieschi avec > cet agent?

R. Un jour il m'a proposé de vendre tous les secrets de la police aux journaux, à son profit, au moyen de cet agent.

D. Vous souvenez-vous de l'époquq ,4, l^(jïiell,e. JJ^^tSC^j, vx)U^^^^ parlé de ses rapports avec cet asent? " ,,7^. t; , ? , ', \ [ -i *■ ,*„ , ,' . R. C'était trois mois environ avant l'événement. > \i ,^,,t

Î2-2 INTERPtOGATOIRES

I). Dans les (lificientes accusations que Ficschi a portées contre

\ous, en est-il (jiic vous soyez en niesui*e de r('j)ousser en ce nionibnt?

H. Je ive sais pas; il lamlrait (jue j'eusse tout cela sous les y^ux.

1). D'après ce que vous venez de dire vous-même , voyez combien étaient étroits vos rapports avec ce Ficschi i\\\e vousprétemlicz d'abord ne pas connaître, et qui cependant vous aurait tait «ne contidence de irt nature de ceile (jue vpus venez d in(li(|uer.

R. Je ne le connaissais pas sous le nom de Fieschi.

D. Le nom , sons Ie(pjel vous prétendez l'avoir connu, ne fait rien à ia chose; il ne détruit piis la présomption qui résulte de i'instruction et d'anrès laquelle vous l'auriez connu intiuiement.

R. Je ne l'ai pas connu intimement; mais je ne pouvais lui donner dos coups de j)ied et ie mettre à la porte.

D. Qî'.ant à la question de savoir sous quel nom vous connaissiez Ficschi, je vous riippelle que J/o/'^y déclare vous lavoir présenté sons son véritable nom.

R. Comment , si j'avais connu Ficschi sous son nom de Ficschi, se serait-il fait que jamais , chez moi, je ne l'aie appelé que Bescher?

D. Cela aurait pu tenir à ce que vous saviez qu'il avait intérêt à se rucher.

H. Il me disait bien qu'il- avait été condî^mné à mort (\g\i\ fois sous la restauration ; qTi'il était poursuivi comme détenteur d'armes; mais il ne m'inspirait pas de confiance , et si je l'avais mieux connu, je ne l'aurais certainement pas reçu, .r,w<>s'5%f- ^?'v

1). Vous avez dit, dans votre dernmviiUerrogatoire, c^uc Ficschi Aous avait ex|)ioité : qu'eiiteiidez.-voiis par ces paroles?

R. J'entends qu'il a profilé de mon bon cœur et de ma bonne foi, pour s'iiitroduirc chez nioi ; j'entends qu'il a Sidi ma maison, iemalheumix ! et que je- n'oserai j>lus y r<'ntrer : croyez-vous qne si je l'avais (■f)nnu , il fyurait mangé à la nîaison le jour où M. Lcvaillant y était? 3^neore, ])ersonne ne l'avait invilé; il est monté, sur ta fin du diner, saus çtre engagé. U est eliroute connue un page.

.' M. JKst-rce qpe, par le inot c.rphité, vous n'entendiez pas dirç ^nssi qw'jl \'uus jurait tjiré^le l'ajgeut? ,;î^\..'j ., H, S il nfen u lire , c'est bien peu de chose.

' ^^tyE PEPIN. 22:3

D. Sur quel livre ecrrvrez-vous vos dépenses personnclîes?

R. Mes dépenses personnelles sont très-peu de chose. Jamais je ne vais dans les cafés ni ailleurs, je reste chez moi; j'ai une famille assez intéressante pour m en occuper.

D. N ecriviez-vous pas vos dépenses personnelles sur un carnet? R. Non , Monsieur.

( Dossier Pépin , pièce )

5*^ Interrogntoire subi par Pépin le f^ octoFjre 1835, devant M. le baron Pasquier, pre'sident de la Cour des Pairs.

D. Avez-vous rédéchi sur la convenance et la nécessité de répondre plus sincèrement que vous ne l'avez fait jusqu'à présent, aux (juestions que je vous ai adressées? Cela serait tout à fait dans votre intérêt?

R. Je n'ai rien absolument à dire déplus, que ce;quej'^i (Jfîj.à c^t^-^ claré. . ,x

D. Persistez vous à SQHtenij' que vous n'avez pas connu FiesèMiOus son véritable nom? i/r;:? aijc-^ '. lir-it jj^t t-.-.'[îjii a^^*^ 0.

R. Je ne l'ai jamais connu sous son véritable nom, ou, si l'on m'a dit une fois son nom dans la conversation, je n'y ai fait aucune attention, et je ne m'en suis pas souveniHt4ûpIuS;j ji.ji'ajanid^^^éJté^ la maison sous le nom deFieschi.f,, ; t \, ' v.; /-i -^ ■■. "■. ^(j;rj|

D. Vous souvenez-vous , lorsque vous êtes ailé vous cacher à Lagnf '' pour la première fois, d'un dîner que vous avez fait aveC; les sieurs Collet , Cassan , Chaudet ^ Barbieri et Leblanc?

R. Il y avait quelque temps que j'étais à Lagny; ces messieurs vinrent là, et nous dînâmes ensemble. Je ne connaissais que ^{. Gctasaii ; et M. Leblanc parmi les personnes que vous venez de me nommer. Je ' connais aussi M. Collet. C^uant aux autres personnes, j'ignore leurs noms ; je crois cependant les avoir entendu nommer ainsi.

D, Ne vous souvenez- vous pas qtrà ce diher-ià ii fut cjneâtion de l'attentat du 2 8 juillet?- '>■■ /•\''-V-. ; - t ;] ■•;.: j ^ -t^^ ^\

R. Je ne pourrais pas raflirnicrj'ièîUs^^è 'tBii'i^'éii ^Oh^idfi^atii^îi sen/fg ^h.uw\ n'^iil j«Vj> . v'»ii iî>ttt>'n! li'r! S\

parlé.

^ùf INTERROGATOIRES

D. Ne vous souvenez-vous pas qu'à ce même dîner on a parlé Je l'auteur de l'altentat, et qu'on a nommé Firsc/ti? Jl' Je ne m'en souviens pas.

D. Il est étonnant que vous ne conveniez pas de cette circonstance , lorsque deux personnes qui assistaient à ce diner, ont déclaré que vous aviez dit que vous connaissiez beaucoup Fieschi; l'une d'elles a même ajouté que vous aviez donné son signalement.

R. Je ne me rappelle pas avoir dit cela.

D. Cependant, avant de formuler votre réponse comme vous vêliez de le faire, vous aviez dit que vous pouviez bien avoir donné le signalement de Bcscher, qui se serait rapporté avec celui de Fieschi. Je vous fais remarquer qu'il n'a jamais été question deBesc/ier, comme étant l'auteur de l'attentat , et que, par conséquent, il n'est pas possible que vous ayez songé à donner, à ce sujet, le signalement de Besr cher?

M. Je ne me rappelle pas assez les faits, pour pouvoir dire seulelîieiit si j'ai prononcé le nom de BcscJier, et si j'ai doniré son signaler

D. Pendant votre seconde retraite chez M. Rousseau , n'avez-vouç pas fait consulter quelques personnes à Paris, sur le parti que vous aviez à prendre , sojt de passer ù l'étranger, soit de vous constituer prisonnier?

R. Que j'aie voulu prendre des informations jà cet égard, ou qu'uq de mes amis soit allé consulter, cela est possible; mais au fond, mon intention n'a jamais été de me sauver.

D. Quelles sont îes pcrsoiuies que vous avez fait ainsi consulter? ..R. Je ne puis pas répondre à cela , en raison de ce que je crois que cela ne peut porter à rien du tout^ et n'a aucune gravité.

D. Le sieur Collet a déclaré que vous l'aviez envoyé à Paris pour consulter MM. Gamicr-Pa^ès et Armand Carrel. R. Je ne dis pas le contraire.

D. Connaissiez -vous depuis longtemps ^IM. Garnier- Pages et Carrel, et aviez- vous avec eux des relations intimes qui vous autori? èassen t à les consulter ?

• 'ft: Je vous jure que je n'ai jamais parlé ni à l'un , ni à l'autre. Je le§

DE PEPIN. 2-2ft

ai MIS une ou deux fois peut-être, mais je ne Us recounaiti'ais pas. ,1'ai vu une lois M. Garnicr-Pagès qui, sur la clemaiicle d'un monsieur qui se trouvait ià, et qui me eonnaissait, a voulu me laire entrer à la (liwmhre des Députés. J'ai vu M. Carrai une fois pendant le procès d'avrif.

D. Quelle réponse ces messieurs ont-ils faite à votre consultation?

R. II paraît qu'ils étaient à la campagne ; M. Collet ne les a pas vus.

D. Ne vous ont-ils pas fait depuis tenir cette réponse ?

/?. Non , Monsieur. >f, t<»pv« Jfîfï?»?;

û. Qui est-ce qui vous a donné i'avertissement que , si vous aillez en Belgi(|ue, vous pourriez en être extradé? -» ''■'■

R. Je ne m'en souvieïis pas ; on a pu en parler ; mais je ne puis rien dire de positif là-dessus. Je ne me rappelle pas que personne m'ait donné directement cet avertissement.

D. Ne vous souvenez - vous pas d!une recpnimandation qui vous rait été faite, ainsi qti a '3/0 r^y /par Fiesclii ou Bescher, comme

aui

vous voudrez l'appeler, en faveur d'une jeune fdle nommée Nina Lassave, et à laquelle il vous aurait prié de donner quelques secours , dans le cas où il viendrait à manquer ?ji ob£i03î>a.»ïJo/ Jfiïibss»^ (4 R. Jamais il n a été question de cela entre nous ; c-est une absur-

dité.

Z). Vous rappelez-vous que Morey vous ait parlé de cette fille?

il. Jamais il ne m en a parie.

-^i 3ÈS ^ ;-''^*^ ^^-■

(Dossier PepiiJ,^piè^(Çt|j j.)

6' InteiTOf:;atoire subi par Pepfik'] ffe^'î dfèfcbre 1%^^1'tffevàïif -Mj^anl^^

d'instruction, délégué, suivi de la confrontation de Peptn avec Nina Lassape.

D. N'étes-vous pas allé un jour chez un marchand de vins de la barrière de Montreuil avec Morey et l'individu que vous connaissiez sous le nom de Bescher?

R, Oui, Monsieur; j')^ s-uis allé à une époque que je ne puis préciser , mais qui remonte au moins à quatre mois. Me dirigeant du côté des barrières, je rencontrai Morey qui était seuj à cç^^noment-là; Interrogatoires. ' 39

je crois que c'était rue du Faubourg-Saint-Antuine , dans ie liant. Il nie parla d'un individu nommé Bcschcr, que j'avais déjà vu avec lui , et auquel il s'intéressait. II me demanda si je ne pourrais pas le faire travailler chez moi , ou tout au moins le placer chez un de mes amis. Je lui avais toujours promis de m'en occuper; mais comme cet homme-là ne m'avait jamais inspiré de confiance , je n'avais pas cherché à le placer. Comme je ne paraissais pas me prêter beaucoup à ce qu'il désirait, Moreij alla cherclicr Beschcr, qui , à ce qu'il paraît, se trouvait là ou dans les environs, et me l'anîena. Nous montâmes lui peu plus haut et nous entrâmes dans un cabaret où nous prîmes une bouteille de vin, je ne sais s'il était blanc ou rouge , je ne sais pas non plus s'ils mangèrent quelque chose , moi je ne mangeai pas.

D. Vous rappelez-vous les localités , et poujTiez vous dire si c'était dans une salle ou dans un jardin que vous avez bu?

R. Je ne m'en souviens pas ; si c'était un jardin , il était excessivement petit.

D. Vous rappelez-vous s'il était planté d'arbres?

R. Non, Monsieur.

D. Vous rappelez-vous quel costume vous portiez?

R. Non, Monsieur.

D. Vous rappelez-vous à peu près quelle heure il était?

R. Ce devait être après mon déjeuner; c'est-à-dire de neuf heures à midi , parce que je sais que c'est à cette heure-là que je fais mes courses.

D. Vous rappelez-vous si la course que vous aviez entreprise a eu un résultat utile ? Etes vous entré chez un raffineur , par exemple ?

R. Il est probable que je suis entré chez un raffineur, mais je ne pourrais ])as le dire. Je ne sais pas si j'ai fait affaire ; mais il est trèsprésumablequece jour-là je siiis entré dans la raffinerie de M. Perrier, ou dans la fabrique de colle de la demi -lune de la barrière du Ti ôue, à gauche.

D. Etes-vous allé dans fun ou l'autre de ces endroits depuis ce jour-là ?

R. Il est possible, si je suis allé chez le marchand de colle, que j'y sois entré ce jour-là pour la dernière fois , mais je crois être retourné à la raffinerie.

DE PEPIX. 227

D. Du 15 lîu 2 0 juillet dernier, netes-voiis pas allé dans \m\ ou l'autre de ces établissements ?

R. Ce serait possible pour la raflinerie, mais non pour le marchand de colle.

D. Le lendemain de lattentat, une jeune fille privée d'un aiï n'est-eîle pas venue vous demander des nouvelles de Fieschi?

fi. Je ne le crois pas; dans tous les cas si elle était venue, ce ne serait pas à raoi qu'elle aurait parlé.

D. TI résulte cependant de l'instruction (pie la jeune fdle que je voJis signale, serait venue vous trouver, et qu'à sa demande vous auriez répondu que vous ne coiniaissiez ni Fieschi, ni Bescher, ni * Gérard. Alors cette jeune fille vous aurait dit : Ce n'est pas là ce ijue vous aviez promis à Fieschi.

R. Je réponds que c'est une absuidité comme tant d'autres, je n'ai jamais vu cette fille et je ne lui ai jamais parlé.

D. Cependant vous ne pouvez disconvenir que Fieschi faisait remettre cbez vous des effets d'habillement sous le nom à'AIe.ris, et qu'il allait les v prendre , ce qui ferait penser que vous le connaissiez déjà sous un autre nom que celui de Bescher? = = '«^ .fîi.K

R. Je me rappelle, une seule fois, qu'il avait attaché après un rideau, dans la maison, un petit papier sur lequel était un nom, je ne sais plus lequel , et il a dit que si on apportait un paquet , sous ce nom-là , il priait qu'on le reçût.

Et à l'instant nôus^ avons T'ait amener devant nous la fdle Nina Lassave , à laquelle nous avons demandé , en lui représentant Pépin :

Reconnaissez-vous la personne ici présente?

Nina répond : Non y Monsieur.

Nous demandons à Pépin s'il reconnaît Nina Lassave.

Pépin répond : Non , Monsieur , je n'ai jamais vu Mademoiselle.

Et a ia fdle Nina Lassave signé avec nous et le greffier de la Cour, et le sieur Pépin, après lecture faite. ,

Le sieur Pépin, au moment de signer, dit qu'if âva*ff Si 'peu de confiance en Bescher, qu'un jour que celui-ci se trouvait chez lui avec M Collet , de Lagny, et vantait ses connaissances pour le nrvelle-

incnt des eaux, M. Collet eut euvie de i'employer, parce qu'il avait des eaux à niveler, et que lui Pépin détourna M. Collet àa donner de l'ouvrage à un homme dont il se méfiait. Il ajoute que ce jour-là, comme Bescher se disait malheureux et se plaignait de sa position, M. Collet lui ghssa dans la poche une pièce de 2 francs.

{Dossier Pépin, pièce )

T"" Interrogatoire subi par Pépin, le 5 octobre 1835, devant M. Zangiacomi, ju^e

d'instruction , dele'gue'.

L'an mil huit cent trente-cinq , le cinq octobre , à midi; Nous , Prosper Zangiacomi , juge d'instruction , etc. , Nous sommes descendu à ia Conciergerie, où étant, nous avons été introduit dans la chambre du sieur Pépin , auquel nous avons demandé s'il reconnaissait , pour avoir été écrite et signée par lui , la lettre , eh date du 3 octobre, à nous adressée, que nous lui représentons; il lépond affirmativement. Nous lui adressons ensuite les questions suivantes :

D. Avez-vous de nouvelles explications à donner sur les cinq cents cartouches dont vous parlez dans votre lettre?

R. Je me suis rappelé , depuis mes interrogatoires, qu'il y a environ deux mois, et peut-être plus, M. Collet lit déposer chez moi, ])ar un commissionnaire de M. Robert, armurier, l'inventeur des fusils à bascule , un fusil de cette espèce et des cartouches toutes faites pour la chasse. M. Collet les avait fait déposer chez moi , et le jour même, il les enleva lui-même et les lit transporter à Lagny , où il se rendait. àftnr.sl i>yiTTim m-

Je me souviens encore que le paquet me paraissant volumineux, je lis au porteur l'observation que la quantité en était bien forte, et que je ne me souciais pas de conserver chez moi un pareil volume de munitions. J'ignore quel était au juste le nombre de ces cartouches, mais je ne crois pas qu'il y en eût cinq cents. On pourra consulter les livres de M. Robert, dont j'ignore l'adresse; mais qui, à raison de son invention , qui est fort répandue, sera facilement trouvé.

D. Pourquoi , dès que vous fûtes interrogé sur cette circonstance, n avez-vous pas donné d'explications à la justice sur un fait aussi in-

cliiTércnt, et qui n'était nullement de nature à vous inspirer de i'in- - quiétude?

/?. La position dans laquelle je me trouve, et la surveillance continuelle dont je suis l'objet , sont bien de nature à me faire perdre fe souvenir de certaines circonstances qui seraient utiles à ma défense.

D. Depuis la dissolution des associations , vous avez conservé des relations avec des personnes qui étaient à ia tcte de ces sociétés, telles que les indi\idus que vous alliez voir à Sainte-Pélagie; et Fieschi prétend que vous lui auriez dit que vous connaissiez quarante sociétés secrètes , ce qui donnerait de la consistance aux soupçons qui pèsent sur vous d'avoir averti ou fait avertir les anciens sociétaires, du projet qui était fait d'attenter aux jours du Roi , et ce qui explique leur présence sur le théâtre de l'événement à i'instant où l'attentat a été commis.

R. J'affirme que je n'ai jamais parlé à qui que ce soit du projet de Fieschi , que j'ignorais , et par conséquent je n'ai pu avertir aucun membre des sociétés secrètes, avec iescpjelles, d'ailleurs, je ri avais rien de commun.

Je n'ai jamais fait partie que pendant deux mois de fa société des Droits de l'homme. C'était au commencement de I année 183 4. J'y étais entré par le crédit d'un manufacturier qui n'est plus en France , et j'en suis sorti avant ia dissolution de cette société, parce que je changeais de logement pour aller demeurer à Ivry.

A la vérité , je suis ailé deux fois à Sainte-Pélagie, dans fe courant de cette aimée, avant l'ouverture des débats du procès d'avril : c'était pour y voir fe nommé Henri Leconte , élève en pharmacie , qui m'avait été recommajulé par un ouvrier honnête. J'ai même eu la faiblesse de lui remettre loo francs après son évasion; mais j'alhrme ne lui avoir jamais parlé, à Sainte-Pélagie, nia lui, ni à d'autres, de Fieschi. J'ai été aussi, pendant quelque temps, en rapport avec le sieur Raspail , rédacteur en chef du Réformateur. Jai fait, il y a plus de dix-huit mois, sa connaissance chez M. de Lafmjette , à i'occasion.de l'Union de jiiiliet. Mes seuls rapports avec fui se sont bornés à des expériences sur la farine, que nous avons fiiites à Lagny. Quelquefois aussi je l'ai rencontré au bureau du Réformateur, où je me suis rendu une ou deux fois, pour y porter des coliectesc^ spuscriptionsqui m'é-

a.'ÎO INTERltOGATOIRES

taîont «dressées de Lafi^nv. Je n'avais de commun a'.éc lui (jue (ie îiic son icnrnaf, auquri jetais ahojmé, depuis environ six mois; je d<>is même ajouter que c'était par délicatesse cjue je m'y suis fthonué, pari<; qu'il me répugnait de le rerevoir gratuitement.

Je ne crois pas que Ra.^pdU ait jamais fait pnrtie de In société des Droits de Tliomme, et, en tous cas, je ne lui avais, pas j)lus qu'à d'autres, parlé de Fieschi,

( Dossier Pépin , pièce .)

S*" Interrogatoire subi par Pcpîn, le 1 octobre 1 835 , devant M, le baron Pasquier, pre'sident do la Cour des Pairs.

D. Vous avez maniiesté le désir de me voir et de nie déclarer certains faits à votre connaissance : quels sont ces faits?

R. Fieschi m'avait une fois demajidé 2 00 fr. pour ])aver sa femme, qui, disait-il, était dans le malheur; je ne les lui ai pas donnés. Je ne lui ai jamais rien donné d'ailleurs; peut-être quelquefois cinq ou dix francs.

D. Vousiui avez donné une fois 1 80 frnncs.

R. Non, Monsieur; c'est une infamie. Comment aurais-je pu îe faire? mH femme l'aurait su , c'était eife qui tenait tous mes livres.

D. La preuve que vous pouviez avoir de l'argent à l'insu de votre leamie, c'est qu'elle ignorait que vous eussiez l'argent qu'on a trouvé sui- vous : elle-même, d'ailleurs, a déclaré que vous pouviez prendre 2 00 ou 3 00 francs à son insu.

R. Monsieur, c'eût été bien difficile. Je le répète, c'est une infamie que de dire que j'ai donné 180 francs à Fieschi. Il m'a demandé 200 francs, je les lui ai refusés. S'il s'est adressé à moi, c'est qu'il savait que j'aidais quelquefois des patriotes dans le besoin.

D. Outre l'argent donné pour Leconte ^ n'avez-vous pas donné 10 0 francs pour un autre détenu ?

R. Non, Monsieur; il est vrai que j'ai été souvent trop bon et trop généreux; mais jamais je n'ai donne à qui que ce soit de l'argent pour faire le mal.

D. Vous avez, hier, lors de votre confrontation avec Boireau (l), dit que vous ne le connaissiez pas; pourtant vous le connaissiez?

(1) Voir ci-dessus page 117. -l-'^U^-'^^ î*

DE PEPIN. 23 f

* R. Non , Monsieur ; peut-être y est-il venu boire la goutte avec Fieschi, mais je ne l'ai pas remarqué et reconnu.

D. Cependant il est reconnu par un des hommes de votre maison pour avoir été chez vous; vous avez eu des rapports avec lui? R. Non , Monsieur ; quels rapports aurais-je eus avec lui?

D. Boireau avait des sentiments politiques conformes aux vôtres ; il allait être reçu membre de la société des Droits de i'homme, quand la loi des associations a été rendue?

R. Jamais je n'ai parlé politique avec lui , je n'ai point eu de mpports avec lui et je ne le reconnais pas aujourd'hui.

D. Fieschi ne vous aurait-il pas dit , à mots couverts , des choses qui devaient vous faire comprendre qu il avait de sinistres projets?

R. Cet homme m'a toujours inspiré de la crainte; un jour il nie disait qu'il ferait parier de lui en faisant un coup grave en politique ; là- dessus je l'ai renvoyé.

D. Après de telles paroles , vous n'avez point insisté par curiosité? R. Non, Monsieur; il m'avait donné à entendre que ce serait un coup contre le Gouvernement. :^

D. Ne vous a-t-il point fait entendre que ce coup devait être dirigé contre le Roi? Ne vous a-t-il point cru engagé par celte confidence, et n'est-ce point pour cela qu'il vous a demandé 2 00 francs?

R. Non , Monsieur; il n'a pas pu me croire engagé.

D. La preuve que ces 2oo francs ne vous ont point été demandés poru* le motif que vous alléguez, c'est qu'à l'époque ofi il vous les a demandés, il était brouillé avec cette femme et ne devait point demander d'argent pour elle?

R. Je ne lui ai pas donné les 2 00 francs. A l'époque où il m'a demandé les 200 francs, il n'était point brouillé avec cette femme.

D. Fieschi vivait avec vous dans la plus grande intimité; il a dîné chez vous avec un député; il y est venu quand le prince de Rohan y est venu lui-même?

R. Non, Monsieur; à l'époque où le prince est venu pour la première fois , j'étais à la campagne. A l'égard du dîner, il est venu, mais sans que je l'eusse invité; il est monté en haut et s'est assis sans au pu ne invitation, comme le dîner finissait. .ioV {r

D. Vous m'avez écrit que vous désiriez ndrcsser dos fjucstiuiis à Firschi , à Morey et k Boireau : quelles sout ces fjuestions?

R. Je voulîiis demanJer à Boireau s'il était vrai (|uo je l'eusse envoyé , à cheval , à ma place , le 2 7 juillet au soir.

D. Boireau , que cette particularité rendrait aussi coupable que vous , le niera certainement.

/?. Je n'ai plus rien à dire.

D. Ne vouliez-vous pas faire établir que vous aviez fait dire à Morcy de ne pas envoyer désormais Fieschi chez vous?

R. Oui , Monsieur; la preuve que Ficschi m'inspirait de la défiance , c'est que j'ai détourné Collet de ie faire travailler au nivellement de ses eaux.

D. Mais précisément, Collet, interrogé sur ce point, a nié ce que vous dites là.

R. II ne se le rappelle pas , ou il ment.

D. Ne se pourrait-il pas, en admettant que ce fût vrai, que la connaissance que vous aviez des redoutables projets de Fieschi^ vous ait déterminé à ne pas l'envoyer travailler chez mi de vos amis ?

R. Je persiste à dire que jamais il ne m'a fait que des confidences bénévoles.

D. Vous avouez donc qu'il vous a fait des confidences?

R. Il m'a parlé de choses graves , mais il m'en a parlé vaguement et ne m'a pas dit le fin mot.

D. Vous avez dit tout à l'heure , sous forme de conversation , que vous saviez de fort mauvais projets de Fieschi contre un homme qui lui avait fait du bien : que savez-vous de ces projets ?

R. Un jour il me disait que sa femme lui avait donné l'idée de passer son poignard dans le sein de M. Cannes, parce qu'à cette époque il croyait que M. Cannes était cause des poursuites dirigées contre lui. ,

^ ' jD. Vous a-t-il dit qu'il avait été tenté de commettre cette action ?

DE PEPIX. 233

/?. If m'a dit qlnTeh avait eu comme cela i'idée dans un temps :

c'était en conversation, bien entendu, qu'il me disait tout cela. Je veux

démontrer par là que quand un tel homme m'a eu parlé de pareilles

choses , je devais plus le craindre que l'estimer.

D. Ne faliait-il pas que, pour vous dire une pareille chose, cet homme fût en grande intimité avec vous?

R. Il parlait souvent de son poignard, et ces propos ne veulent pas dire qu'il fût intime avec moi. Je déclare que cet homme m'inspire de la frayeur.

D. Vous a t-il quelquefois montré son poignard ? R. Oui , Monsieur ; une fois ou deux.

D. Comment un homme qui vous avait l\iit de telles confidences, a-t-il pu être admis à coucher chez vous plusieurs fois?

R. Oh! dans, ce temps-là, il ne couchait pas chez moi; si je l'eusse connu , il n'y aurait jamais couché ; il y a couché, je crois , deux ou trois nuits. a « i- -^^

D. Ne pourrait-il pas se faire que Fieschi ne vous eut fait de telles confidences, qu'après les fatals engagements qui auraient été pris entre vous et lui pour l'attentat qu'il a commis, et qui vous auraient mis dans sa dépendance?

R. Je n'ai jamais eu d'engagement fxsec Fieschi; avec de tels hommes on ne fait point d'engagements ; quant à l'avoir craint , je l'ai craint.

( Dossier Pépin , pièce. ,•.;,"•..)

9"" Interrogatoire subi par Pe/>ài, le 12 octobre 1835, devant M. le baron Pasquier, pre'sident de la Cour des Pairs, suivi d'une confrontation de PejJtn avec Fieschi.

D. A Pépin.

Vous m'avez écrit que vous aviez à adresser des questions à Fieschi; le voici , qu'avez-vous à lui demander?

D. A Fieschi.

Vous répondrez aux questions que vous fera Pépin, comme si je vous les adressais à vous-même. ^^tr^n-,

Pepin à M. ie Président : Je voulais vous prier de lui demander s'il persiste dans les allégations qu'il a émises à mon égard?

Interrogatoires. 30

M. le Président à Fieschi. Vous entendez , persistez-vous?

R. Je n'ai dit que la vérité, je la soutiens quoiqu'à mon préjudice. Je soutiens comme vrai ce que j'ai dit à son égard.

M le Président à Fieschi. Pépin demande par qui vous avez été introduit chez lui?

R. Par M. More y.

M. le Président à Fieschi. Pépin demande s'il vous avait connu auparavant ?

M. le Président à Fieschi. N'a!lâtes-vous pas chez Pépin pour y demander à être employé?

R. M. Morey m'a dit qu'il avait parlé à !M. Pépin pour que celuici me procurtU de l'emploi, M. Moreij lui montra le dessin que j'avais tait. M. Pépin dit alors à Morey de m'amener pour déjeuner chez lui. J'y suis allé alors et nous y déjeunâmes. Nous parlâmes même de m'occuper; mais il fut aussi question du dessin , et nous examinâmes alors les moyens de monter la mécanique et de préparer tout le reste.

M. le Président à Fieschi. N'avez-vous pas demandé à Pépin s'il pourrait vous placer chez un de ses amis, à la campagne, ou dans toute autre manufacture, à Paris?

R. A l'époque où je fus présenté chez M. Pépin, par M. Morey , nous étions encore loin du l" mai: notre projet devait, dans l'origine, être exécuté le l" mai, et il est vrai que je demandai à M. Pépin qu'il me procurât, jusqu'à cette époque, de l'ouvrage , soit à Paris , soit à la campagne. M. Pépin ne put pas m'occuper, et je me procurai moi-même de l'ouvrage chez M. Lesage , fabricant de papiers peints. Je fus coucher chez le neveu de M. Morey , petite rue de Reuillv, n" 20 ; ensuite je descendis coucher, pendant huit ou dix jours, chez M. Pépin; c'est alors que Pépin, Morey et moi, nous nous vîmes plus souvent, et que l'affaire de la machine ne se refroidit pas. Malgré que je travaillais toujours, j'avais occasion de voir M. Pépin presque tous les soirs et tous les matins, en allant à mon tjavail. Ce fut dans l'intervalle de temps que je passai chez lui que je cherchai le logement, et je ne quittai pas sa maison jusqu'à ce que j'eusse été loger au lieu où j'ai commis le crime. Je fis aussi le mo-

DE PEPLV. 235

clèle (le la machine en bois, dans l'intervalle de temps que je passai chez iui. Je le fis moi-même, petite rue de llcuilly, n° 2 0.

M. fe Président à Pépin. Qu'avez-vous à, dite? R. Je rcj)onds que tout ce que vient de dire Fieschi est un mensonge; pkis tard je le démontrerai.

M. le Président à Fieschi. La première fois que Pépin vous Ait, ne lui dites-vous pas avoir été condamné deux fois à mort, sous ia restauration, poiu' affaires politiques?

R. Je lui ai dit avoir été condamné une fois.

M. le Président à Fieschi. N'avez -vous pas, depuis, expliqué à Pépin la nature de votre condamnation?

R. Je lui avais dit que c'était dans l'afTaire de Murât. Je ne lui ai pas parlé de la condamnation pour laquelle j'ai subi ma peine à Embrun,

D. N'avez-vous point dit à Pépin que vous sûtes si bien vous tirer des deux condamiialions qu'il prétend iui avoir été avouées par vous, que votre peine fut commuée définitivement en dix ans de détention à Embrun?

R. Certes, lorscjue j'ai été condamné à mort, si j'avais été exécuté, je ne serais pas ici. C'est parce que ma peine a élé commuée, et je le lui ai dit, q:ie je suis encore ici.

D, N'aveZ'Vous point dit à,Pcy;iV2 que vous aviez fait partie de l'expédition de Naples^. dont 3/(!/rÊr^ fut îe'ehff?

R. C'est pour ce fait que je lui ai toujours dit avoir été condamné à mort.

D. N'avez-vous poiu.t dit à Pépin que toute l'expédition de Mitrnt avait été fusillée, et que vous seul vous étiez s^uvé?

R: Non, Monsieur, je ne lui ai pa.s dit cela. II s'agit ici d'un fait historique. Il n'y eût ç\yie, Murât de fusillé.

D. Quand vous vous présentâtes chez Pépin-, ne lui fites-vous pas voir des certificats, qui vous désignaient comme condamné à mort politique, recevant, à ce titre, 5 0 francs par mois du Gouvernement?

R. Oui , Monsieur^ mais je ne iui fis pas voir de pièces portant qpp j'avais été condamné à mort. La lettre de grâce du roi de Naples n'était plus en mon pouvoir; je iui montrai les autres pièces.

D. No dites-vous pas à Pepiii, la première fois que vous fûtes chez lui, que le placement que vous sollicitiez de lui, ne serait que de peu (le durée, parce que des personnes honorables, telles que MM. Lavocat et Cannes, s occu^^àeni de \o\xsl

R. Je lui parlai de M. Cannes , et non de M. Lavocat, car je savais que lui et M. Lavocat étaient ennemis de parti, et je n'aurais pas voulu lui parler d'un protecteur qui était son ennemi. Sachant qu'il était ami de Giiinard et d'autres de pareille opinion, je pensais que ^\. Lavocat Qi lui n'étaient pas cousins ensemble, et je ne voulais pas lui dire qu'un homme, ennemi de son parti, était mon protecteur.

D. A combien estimez-vous le fléau, les plateaux et les poids que vous dites à Pépin, à ce qu'il prétend, avoir été détournés par M. Lavocat?

R. Je ne pus dire une pareille chose, car rien n'a été volé, puisque tout a été vendu publiquement par le ministère de M'' Détenues, commissaire priseur.

D. Quand M. Pépin conversait avec vous, vous conseilla-t-il jamais de faire du mal à qui que ce fût? Vous conseilla-t-il la vengeance?

R. II ne m'a pas dit de me venger, mais lui-même me parla de se venger, ïe jour où je le rencontrai, après la perte de son procès de Hollande. Il me dit : « Je viens de perdre mon procès, mais peut-être « arrivcra-t-iï une révolution qui nous débarrassera de ces canailles.» Voilà ce qu'il m'a dit, mais il ne me conseillait pas de me venger et d'aller tuer Pierre ou Paul; mais cependant nous ne cessâmes pas de poursuivre l'exécution de la machine.

D. Ne fites-vous point voir à Pépin, la première fois que vous fûtes chez lui, un passe-port de Beschcr?

R. Non , Monsieur ; j'avais un iivret sous le nom de Bescher; quant au passe-port , c'est Moreij qui l'eut toujours entre les mains.

D. Pépin vous conseilla-t-il de faire une machine? R. Oui, Monsieur, puisqu'il m'en demanda le modèle.

D. Quels motifs alléguàtes-vous aux poursuites que dirigeait , contre vous, la police? Ne lui dites-vous pas que c'était comme détenteur d'armes de guerre? Qu'un agent de police de vos amis vous avait pré^ ■venu à temps, et qu'on n'avait rien trouvé chez vous?

R. Je lui dis que j étais poursuivi , sans lui en expliquer la cause. Je ne lui dis jamais que c'était comme détenteur d'armes.

D. Pepiii ne vous conseilla-t-ii point de vous constituer, en vous disant que votre affaire n'était pas grave, et qu'il ne vous arriverait rien ?

R. Oui, Monsieur; mais il ajouta : «On ne peut vous oardcr iong- « temps en prison, et cela ne vous empêchera pas de continuer votre « affaire. »

D. Ne dites-vous pas à Pépin, lorsqu'il vous donna ce conseil , qu'à raison de vos antécédents patriotiques, le Gouvernement vous exilerait?

R. Je disais que je ne voulais pas me rendre , et lui me repondait qu'étant tout à fait libre comme je le serais, je pourrais plus facilement m'occuper de la machine et chercher des armes.

D. Quand vous envoyâtes vos effets chez Pépin , «'attachâtcs-vous pas un nom à un rideau pour qu'ils fussent reçus sous ce nom?

R. Oui, Monsieur, parce que je ne voulais pas donner mon adresse au tailleur qui me fit ces habits.

D. Pourquoi ne ies envoyâtes-vous pas chez la personne qui vous les donnait?

R. Parce que M. Perrève, médecin, ne tient consuitation que de dix heures à cinq heures. Cette consultation est tenue chez M. Sahalier, et je n'aurais pas osé faire porter ces effets chez M. Perrève, au heu qu'ii m'était plus facile de les prendre chez M. P^y>>m , devant la porte duquel je passais soir et matin. J'avais mis au rideau le nom 'S^ Alexis. Je remis à M. Pépin 1 franc, en le priant de ie donner au garçon tailleur.

D. Quand vous demandâtes l'hospitahté à Pejnn , ne lui dites-vous pas qu'on refusait de vous recevoir chez vous ?

R. Oui, Monsieur, c'est-à-dire je lui dis que je ne voulais phis rester

d^ns ce logement , qui n'était plus à ma portée. Je voyais d'ailleurs que

la femme de M. Renaiidin me voyait d'un mauvais œil, et je ne me

souciais pas de rester chez les gens malgré eux. Ce fut M. Pépin qui me

proposa de venir chez lui. . . r ^p ', „

on OD tnaiîJB nn ni) .'j'nau:^ 50 aômi.'î (

Pépin dit : Je nie formellement lui avoir fait cette proposition.

M. le Président à Fieschi : . »

D. Vous taisait-on votre lit cliez lui?

R. On ne me le faisait pas; peut-être le fit-on une fois pendant tout

le temps que j'y restai.

Plus n'ont été interrogés et ont signé.

M. le Président à Fieschi :

D. Vous venez tout à l'heure de parler du petit modèle en l;ois que vous fîtes; quand ce modèle fut fait, où fut-ii déposé?

R. Je le remis à Pépin. Je iui fis voir comme les coulisses se levaient et se baissaient , et lui le mit aiors dans une table de nuit , à fa tète du lit où je couchais. Le lendemain je regardai dans cette table de nuit; le modèle ny était plus.

M. le Président à Pépin :

D. Savez-vous ce qu'est devenu ce modèle?

R. Je ne le siois pas ; je nie même avoir jamais vu ce modèle.

Plus n'ont été interrogés, et ont signé avec nous.

Pépin déclare, avant de signer, qu'il a encore des questions à adiesserà Fieschi,

(Dossier Pépin , pièce .)

10" Interrogatoire sul)i par Pépin, le 13 octobre 1835., devant M. le baron. Pasquier, président de la Cour des pairs; ledit interrogatoire contenant confrontation de Pépin avec Fieschi.

D. Vous avez déclaré hier que vous avitiz encore des questions. ù faire à Fieschi : il va vous être présenté pour les entendre; étes-vous disposé à les faire ?

R. Je commence par déclarer que j'aurai quelques rcciificatio,ns à laiie à mon interrogatoire qui a précédé la confrontation d'hier; je veiix répéter que je n'ai jamais connu Fieschi sous ce nom de Fieschi. On m'a dit aussi que Fieschi était venu chez moi ; je me réserve de prouver j)lus tard qu'il n'y est pas venu si souvent qu'on veut bien le dire, et notamment il n'y est pas venu , autant que je me le rappelle, dans les deux mois qui ont précétlé l'attentat. On m'a parlé aussi de 1,000 francs en or environ, qui ont été saisis sur moi au nîoment de mon arrestation; la majeure partie provenait du prix de trente et

une balles d'orge que j'avais fait toucher à Paris l'avant-veilie. J'ai dit que je n'avais jamais donné à Fieschi que des sommes de 5 ou 1 0 francs à ia fois ; j'ajoute que cela même ne m'est arrivé qu'une ou deux fois, autant que je me îe rappelle, et, encore, me promettaitif de me les rendre, quand un de ses amis serait revenu de la campagne. J'ai rédigé des notes que voici, dont je vais donner lecture, et je demande qu'elles soient annexées au présent interrogatoire.

Ici , Monsieur le Président fait amener Fieschi.

M. le Président: Voici Fieschi qui est amené devant vous; qu'avezvous à iui dire ?

Pépin : Je voudrais que Monsieur le Président demandât à Fieschi s'il ne devait point aller faire , à Lagny , un nivellement d'eau ?

M. le Président à Fieschi : Qu'avez-vous à répondre?

Fieschi : Un monsieur de Lagny , ami de M. Pépin, à l'époque où. je demeurais chez lui, vint chez M. Pépin et je fis sa connaissance; nous parfions de travaux-de nivellement, de géométrie, etc.; il me demanda si j'étais à même de faire un nivellement pour les eaux d'une rivière dont il était propriétaire riverain, et en amont de sa propriété. Il y en avait d'autres, disait-il, qui retenaient, au moyen de vannes, plus d'eau qu'ils n'avaient droit de le faire. Il voulait leur intenter un procès; mais, auparavant, pour être sûr de son fait, il voulait faire niveler. Je lui dis que s'il pouvait me procurer un niveau à bulle d'air, j'irais à Lagny pour faire ce nivellement, et que je lui dirais alors si on lui retenait injustement les eaux. L'affaire n'eût pas lieu; cette personne ne me demanda pas, et je n'allai pas chez elle ; je ne l'ai pas revue depuis.

Pépin à Fieschi : Etiez-vous convenu d'y aller ?

Fieschi: Nous étions convenus que j'irais avec vous, quand vous auriez le temps.

Pépin à Fieschi : Ne vous ai-je pas dit de vous abstenir de venir à la maison si vous craigniez la police?

Fieschi: Un mois environ avant l'attentat , Pe/^ïVi médisait: «Je suis moi-mcme surveillé par la police et je vous prie de ne pas venir aussi souvent chez moi,« de sorte que j'y allais quand j'avais besoin de prendre quelque chose, soit pour les ustensiles que j'avais besoin de

"me procurer pour la machine, soit pour savoir si M. Pf pin avait eu réponse positive de M. Cavaii^nac , de Sainte-Pélagie, pour avoir les fusils qu'il était convenu, avec moi, de se procurer par le mo}'en de Cavaignac. J'y allais aussi quand j'avais besoin de prendre des comestibles, comme sucre, café, eau-dc-vie et fromage. Je lui dis, à ce sujet, de prendre patience jusqu'à ce (|ue Janot fut arrivé, et, qu'alors, je lui payerais ce que je iui devais. Cela se montait à 2 0 francs environ ; tout , d'ailleurs, était marqué sur un livre d'une main de papier, couvert en papier bleu marbré, qui était écrit par M'"" Pépin elle-même. Sur ce livre se trouvait écrite, au milieu de la feuille, et en haut, une sonune d'argent qui m'avait été remise pour acheter mes meubles et payer le premier terme du loyer; cette somme se montait à 118 francs 5 0 centimes ou à 150 francs 50 centimes, sous le nom de Bescker. Cet article était écrit par M. Pépin. Le reste des comestibles que j'ai pris la première fois, fut mis sous le nom du harhoidlleur. M™" Pépin ne savait pas alors mon nom et elle savait que je tnivaillrJs dans une fabrique de papiers peints; car, quelquefois, j'en portais des échantillons sur mes habits. Par la suite ces crédits, ])our des comestibles, me furent faits sous le nom àw jjeintre. Le mot Je barbouilleur doit avoir été effacé, car M'"" Pépin me dit qu'elle craignait que son mari ne la grondât.

Pépin à 'Fieschi : Bien souve?it mes jeunes gens ne vous ont-ils pas dit que je u'étais pas chez moi, lorsque vous vous présentiez à la maison ?

Fieschi : Non, Monsieur; on me le disait lorsque, en effet, vous n'y étiez pas. On me disait que vous dormiez ou que vous étiez occupé. Quand on nie disait ; II n'y est pas, je ne pouvais savoir si c'était vrai.

Pépin à Fieschi : Combien de fois vous ai-je dit que je connaissais M, Guinard et que je devais faire, avec lui, partie d'un prétendu gouvernement provisoire ?

Fieschi : Une seule fois. En parlant des affaires d'avril , Pépin me ditqueîuiet M. Cwma/Y/ avaient combiné de former un conseil municipal provisoire, et que M. Guinard devait être maire. Pépin devait faire partie de ce conseil. Pépin ajouta qu'il était sorti avec sa blouse, ses pistolets et sa canne à épée , mais que les affaires n'avaient pas .^été comme il l'aurait voulu. Il ne m'a pas ajouté qu'il se fût battu.

'^'> ^P^pinii Fieschi : Wïi\&L'\o\xs pas connu un ingénieur en chef qui

s'occupait He vous faire réintégrer cluns votre j>Ihcc et votre traitement ; . no iîût\ ez-voiis pas parlé de cela ?

Ficschi : J'ai dit à M. Pépin, que si M. Emenj , inc,éniciir en clicf fin service municipHl de la \ille de Paris, l'avait pu, il m'aurait lait rentrer dans la place que j'avais autrelois occupée.

Pcviu à Fieschi : Ne m'avez-vous pas dit que vous alliez souvent chez ce Monsieur?

Ffcs' hi : Je nie vousavoir dit y être allé souvent; je n'y suis pas allé une seule fois depuis que j'ai été poursuivi. J'allais quehjueiois chez M. Cannes.

Pépin à Fieschi : Ne m'avez-vous pas dit que ce monsieur tût carliste? ...

Fieschi : Il ne me l'avait pas dit ; je n'ai pu vous le réjiéter , et je nie l'avo'r fait : chez moi ii n'y a pas de juste milieu ; j'ai commencé à dire la vérité, je continue : tant pis pour vous. J'ai gardé la négative quarante jours, ensuite je me suis déboutonné.

Pépin à Fieschi : Ne vous a:i-j(? 'J^âis'^^cfit' tih jour de plaindre un nommé Maurice , dont vous vous plaigniez, plutôt que de vous van- <'-erdcli:i? : îio 3^ " '>na up ôniiq

Fieschi: J'avais vraiment lieu de' me pianuîre de Maurice/ i^ui, de concert avec la femme Petir, m'avait chassé de chez elle. Vous me disiez, il est vrai, de le laisser tranquille et de laisser cette affairelà ; je vous cachai même (|ue je devais avoir une rencontre avec ce Maurice.

Pépin à Fieschi : Ne vous ai-je pas conseillé, à cette époque, de plaindre toujours et de ne pas en vouloir à ceux qqi vous faisaient du mal?

Fieschi: Il est vrai que vous ne m'avez jamais excité à me venger de Pierre ou de Paul; d'ailleurs je n'eus jamais à me plaindre de personne que de Maurice.

Pépin à Fieschi : Devant qui vous ai-je remis les sommés ([ue vous prétendez vous avoir été remises par moi?

FîV^cA/ ; Devant personne : nous avions soin de nous cache;* j)OiU' cela, même de votre {<emme; vous montiez !e matin, et nie descen- Inieroogatoires. 31

^^2 INTF.HROGATOIRES

<l>€z l'argent <]\ic vous me doiinicz. Une fois, seulement, vous m'en donnâtes sur la place de la Bastille, Iors(]ue j'ailais à mou travail.

Ptpiti à Fieschi : Qui crovez-voiis rjui ]>t*it m*^ fomuir ces fonds? pieVi^éîT-vbttfe l:^ut'(^'étaft mon îlrgent, ou celui que d'autres m'avaient confré ])our cet usnQ;e, et (]Ue je vous donnais?

i .Fics(/n>: Je croyais que. (>ét^it vr>tre argent : j'ignore si d'autres vous en donnaient pour cela. J'ai eu, depuis, des soupçons. Lorsque je vis chez vous le baron de Rohnn , je me suis dit : t? C^iu!-.la est réftjyublicaifi comme Charles A/ii vous me répondîtes : "Jq n'en sais «r*ien; il se dit républicain, mais (pi'en sait-on?» D'autres soupçons me vinrent quand vous me dîtes avoir causé avec un général ; ce nénéi-al, me dîtes-voTis», tcîus réipondit, o» curpsant du Roi : n\\ n'y ?faiu'a donc personne qui fasse tomber ce gTodin-là î w Je n'ai jamais sy le nom de ce général. Je fis alors mes réilexions, et je dis : «Les «généijaux sont carlistes, ou ils sont les amis du Gouvernement; ac- « tucllement NapoUon n'est plas, par con5Hjqueht les anci-eus généraux f' ne sont pas républicains, ii

- Pe/^;/;* à Fieschi: Vous n'avez vu jamais de généraux chez moi. ., FiescJhi : Non; vous ne iiie dîtes pas son nom, vous ne m'en avez parlé qu'une fois. Ce Fut après avoir réfléchi à tout cela, à ce général, au baron (5?^ RaJian ^ à ia traînée de poudre, à Ijoireau^ <jue Vous avez mis dans la confidence, que je vis que \ous étiez un homnxî lâche et sans cœur. Bûireau avait été mis d^îP.s ia confidence, et c'est ïui que , le soir du 2 7, vous avez envoyé à ciieval , à votre place, sur le bouievart. Maintenant je n'ai plus riteu à vous dire à vous.

Pépin k Fieschi : N.e connaissiez-yous pas, vous-même, des g*^né-

'àu<r' ■■'■". ■' -■' •'" ,'"; ,

Fieséhi'^P'S^)X,^ùX\ûe\\v\ je n'ai connu, à Paris, que le général Franreschefti, qui maintenaîit est mort, et le général de Z^/^/ww.v^ aîijourd'hui en Suisse.

Vcpin à Fieschi : Ne conriaissiez-vous pas le colonel d'étaî-major de la place de Paris?

Fieschi: Jq îe connaissais; c'est M. le colonel Chatnj-Delafosse; il me connaissait aussi.

Pépin 2i Fieschi : Par quelle entremise vous ai-je fait remettre l'argent destméi KaChat des fusils?

DJ£ MEPIN. 243

Fie.^ehh : Vous les avez le.mis à M. Morey^ qui me ies, a appportc's

chez moi.

Pépin à Fie s c ht : Persistez-vous à dire (|ue je vous ai dit faire partie de quarante sociétés polifci(|ues?

Fieschi : Je persiste à dire, non j)as (\wg vous m'avez dit faire partie de quarante sociétés, mais bren en counaître quai-jnte. Vous m'avez dit aussi que vous aviez fait partie de la société des Droits do i'hoirime, et (]ae vous avez été visiteur des sections du onzième arrondissement; comme aussi, au moment du procès d'avril, il y avait des protestations que faisaient les gardes nationaux, pour ne pas monter ia garde à la Chambre des Pairs, vous fîtes un modèle de protestation; vous le Rtes imprimer, et vous le fîtes signer par les personnes que vous pensâtes ne point refuser de !e faire. Je ne sois quel fut i'imprfraeuiqui se ciiargea de cette impression ; ce travail ïui fait, peut-être , à i nnpnmerie du journai de M. Raspail , c<>r vous étiez amis ensemble. \muis me dites de parler de ces protestations aux personnes de ma connaissance; je ne connais, dans cet arrondissement, que /^èc/é? cadet ( René); je lui ^i^ parlai, en eftet; mais il me répondit que, n'étant point garde oationaî,. il ne pouvait signer.

Pppin à Fieschi : Queile somme vous ai-je donc promise pour vous pousser à conmicttre l'attentat?

Fieschi: Vous, ne m'en avez pas promis , et je ne vous en ai pas demandé : vous tue dîtes seulement que je serais récompeiîsé, et j'ai répondu à cela, conîme je i'ai fait dans un précédent interrogatoire.

Pépin à Fieschi : Ne rn'avez-vous pas dit que vous aviez rendu , à M. Lavoçat , d'importants services relativement à la duchesse. Vfe Berrij ?

Fieschi : Ce n'est point votre affaire de me faire une question pareille ; je ne suis point obligé d'y répondre.

Pépin à Fieschi : Ne m'avez- vous pas dit nue vous connaissiez «,n houkme {|tie 4e Gouvernement envoya jMes de cette dtichei^se et qui, arrivé près d'elle, lui confia la mission moyennant une soiamc «l'argent qu'elle lui remit?

Fieschi : Ce n'est pas là encore votre affaire : je vous Viii dit, il est vrai; il y a, à cet égiwd, des déclaratioi.s c(éjà faites.

■^ii INTERROGATOIRES

y\. le Prcsidont à Pephi : Fieschi n'a-î-il-pas lait, pour vous , une luacliiiie à broyer des couleurs?

Pépin : Je refuse de répondre à cette question, je répondrai plus tard : cela ne concerne pas n.on allkire.

?»i. le Prcsident à Pépin : Vous devez repondre à une (jnestioii positive qui vous est faite sur un fait auquel vous pouvez répondre posiiiveinent par oui ou par non , et je vous observe que votre silence, ù cet égard, est un aveu; qu'avez-vous à dire?

Pépin : Qu'on le ])renne si l'on veut pour un aveu; quand je pourrai nie disculper, je le ferai.

M. le Président à Fiesr/ii : N'avez-vous ])as fait une machine on le dessin d'une machine à broyer des couleurs, pour Pépin? Fiesc/ii : Oui, Monsieur; j'ai fait le dessin.

M. le Président à Fieschi : Savez-vcus si la machine a été exécutée? Fieschi : Je ciois que oui.

Pépin à Fieschi : Sur quelles données fites-vous ce dessin ?

Fieschi : Je vous dis : votre homme broie des couleurs avec ses bras , on peut en broyer davantage en faisant une machine , et alors je lis ce dessin.

Pépin à Fieschi : D'après cela , cette machine est de votre invention?

Fieschi : Je vous ai donné le modèle , vous n'aviez plus qu'à le donner à un mécanicien.

Pépin à Fieschi : Moreij ne vous a-t-il pas plusieurs fois défendu de venir chez moi?

Fieschi : More?/ me disait de ne pas y aller souvent de peur d'être arrêté, parce que vous étiez surveillé. J'ai déclaré que vous m'aviez remis une quarantaine de francs : ce fut Morcy qui, en deux ou trois fois, me les remit pour acheter la malle; il me lemit aussi 2 0 francs qu'il avait empruiités à son neveu. Ces 2 0 francs ne me vinrent pas de votre part, mais les fortes sommes me furent toujours remises de votre part.

Pépin à Fieschi : Par qui, et comment pensez -vous que j'ai pu connaître Boireau?

Fieschi : Nous fûmes une fois chez vous ensemble; nous Lûmes

la goutte; vous étiez piéseist, et nous causâmes tous trois etis-enihle, Sîi ns parler trop politiciue. C'était cnsirou deux mois avant l'attentat.

Pépin à Fieschi : Croyez -vous qu'à cette époque je connusse f\é'YA Boireau ?

Fieschi : Je n'en sr.is rien; je ne puis dire ni oui, m non.

Avant de signer, Pépin déclare «ju'il proteste contre les allégations de Fieschi.

Fieschi ajoute à ses déclarations , au sujet de la machine à broyer les couleurs, que, quand il la niontia à Pépin, ceitri-ci lui dit de n'en parler à personne. Peut-être voulait-il avoir un l)re\et d'invention.

Pépin , de son côté, ajoiîte qile la machine à brover les couleurs qu'il a, n'est point une notivelle invention; il en existe de semblables à Paris : c'est un mécanicien, demeurant rue Traversière , qui l'a faite.

Lecture faite, les inculpés ci-dessus ont persisté et signé avec nous et le greflier.

Fieschi s étant retiré, iVL le président adresse à Pépin les questions suivantes : i

D. Le 2 7 juillet, veille de l'attentat, n'avez -vous point prévenu le commissaire de police Jcicquemin , que vous alliez partir pour la campagne , pour ne point vous trouver à Paris un jour de grande revue?

A'. Auîuiit que je puisse me le rappeler, je fus, en efiét , chez le commissaire de police de mon quartier, et je lui dis aue , sur des menaces de gardes municipaux, on m'avait dit que ma maison était remarquée. Il me dit alors que ce n'était pas vrai. Je lui dis que ces propos avaient été tenus j>ar des gardes municipaux et m'avrvient été iiq)porlés par un peintre qui travuiilait à la maison ei avait été arrêté j)ar eux, mais je ne pense point lui avoir dit que je devais partir pour la campagne.

D. Où étiez vous le 28 , dans la matinée? R. J'étais à ma succursale, rue de Bercy. D. Comment étiez-vous vOtu?

R. J avais dans cet atelier des habits de travail; mais, autant mxxA m'en souvienne, j'ai quitté mon domicile en habits boiirgeois.

D. Jusqu'à (juollc heure ètes-vous resté dans cette succursafe?

li. Je suis parti avant l'arrivée des gardes nationaux de fa banlieue y et j'y suis resté jusqu'à dix heures ou onze heures environ.

D. Où fûtes-vous ensuite?

il. Je ne nie le rappelle pas bien : je crois bien avoir été voir un monsieur, rue du Jardin-des-Piantes, n" 12. Ce. monsieur était à la campagne; je ne parlai qu'à, sa fenmie et à la cuisinière.

D. Comment s'appelle ce monsieur?

/*, Budin; c'est un chef d'atelier chez M. de Courte-épée.

D. Rappelez bien vos souvenirs : Ji'étes vous point resté dans votre succursale, jusqu'à deux heures? n'fcn êtes vous point parti cpsand on vous eut appris l'attentat et ses suites?

R. Non, Monsieur; je n'y suis pas resté jusqu'à deux heures, je me rappelle même avoir été prendre une tasse de café , au coin de la rue des Fossés-Saint-Marceau.

Z). Il résulterait cependant de l'instruction, qu'après être resté dans votre magasin jusqu'à deux heures, vous n'avez disparu que précisément après l'heure où l'attentat a été commis?

R. Je démontrerai plus tard que cela n'est point la vérité. Cependant je suis revenu dans mon magasin dans l'après midi, sur les cinq heures environ.

D. Vous avez dit tout à l'heure que deux gardes municipaux avaient averti un peintre, employé chez vous, des dangers que courait votre maison. Pourriez-vous donner le nom de ces^ gardes ou du peintre?

R. Non, Monsieur; les noms des gardes municipaux me sont inconfius, et celui du peintre ne me revient pas; c'était un enfant. Il s'était amusé à faire, en déjeûnant avec un autre, des poires sur des planches. Tous deux furent arrêtés par des agents qui passaient , et conduits', par des gardes municipaux , à la préfecture.

D. La visite que vous fîtes , le 2 7, chez M. le commissaire, n'avaiteUe pas pour objet de préparer à votre disparuîion du lendemain , si, comme vous pouviez le craindre, elle devenait nécessaire? V. R Les faits qnc je rapporte là, et ifs sont l'expression de la vérité, coïncideront avec ma déposition. J'ajouterai , pour donner iemplof

de ma journée du 28 , que, ce jour-ïà, je fus dîner au Palais-Royal; c'est au café des Millf-Colonnos. Je pris une denii-tasse dans un nuire Cisfc, au Pidais-Royal.

/). Où avcz-vous couché ce jour-ià?

/?. Je n'ai pas couché chez moi.

( Dossier Pépin , pièce )

1 1*^ Interrogatoire subi par Pcpiu, le 19 ociobre 1835 , devant M. le baron Pasquier, président de la Cour des Pairs; ledit interrogatoire conienant eoiifrontation de Pépin avec Fieschi.

D. A Pem'n .-Vous rappeîez-voiis iepoqije à iaquelle vous avez; lait faire votre machine à broyer les couleurs?

R. Je ne pourrais pas ie préciser, mais f I y a environ cinq ou six mois.

D. .)c vous renouveHe la question que je vous ai déjà faite, et à Ia(jueîie vous n'avez pas répondu d'une manière assez précise : Fifi^chi a-t-i{ fait pour vous le dessin d'une machine à broyei- des couleurs?

R. Je ne me rappelle pas qu'il ait fait pour moi le dessin d'une semblable machine. D'abord j'avais chez moi, depuis trois ans, une ancienne machine qui ressemblait assez à celle que j'ai fait faire phis tard.

D. Y avait-il longtemps que vous ne vous serviez plus de cette ancienrie maciiine?

R. Oui, Monsieur; il y avait assez de temps.

D. Qui est-ce qui vous a fait la machine dont vous vous servez maintenant?

II. Cest un mécanicien qui dcmeuie dans la rue Traversicre-Saint- Antoine; je ne sais pas soïi nom.

D. Je vous représente trois registres (jui ont été saisis chez vous et qui ont été déjà reconnus par votre fennne; les reconn^tissez-vous cgaiement?

R. Oni , Monsieur.

Et à finstant ie prévenu a été invité par nous à sigti-ér et parapher CCS trois registres ou niàiiis boiuuntes ^/e t>o/'?襫;'/^fe ^iHiî « fait

TiS INTERROGATOIRES

ainsi que nous et le ^refTicr eu chef adjoint de la Cour, l.e premier de ces registres comuïcncant à lu date du 2 6 déceud^re IS.H et finissant nu 2 7 mars 1835; !e second commençant iiu 28 mars 1835 et finissant au 20 juin de ia mênie année; le troisième commençant au 20 juin 1835 et fiuissant au G septembre de la même ainiee.

Kl de suite nous avons fait amener devant nous le nommé Fieschi au(jiiel nous axons adressé, en piésence de Pépin, les interpellations suivantes :

D. Pouvez-vous vous rappeler l'époque à laquelle vous avez fait le dessin d'une machine à broyer les couleurs, que vous déclarez avoir donné à Pépin?

R. C'est dans le courant du mois de mai.

D. ^"ous aAez déclaré que, depuis le mois de mars, il peut vous avoir été donné par Pépin 4o francs en différentes fois, pour vos dépenses personnelles ; persistez-vous dans cette déclaration ?

R. Oui, Monsieur; mais sur ces 4o francs il y en a 1 5 qui m'ont été reinis par Morey, que Pcpm avait chargé de me les remettre.

D. A Pépin : Qu'avez-vous à dire?

R. Je ne crois pas avoir donné cette somme à Fieschi.

D, A Fieschi : Vous avez déclaré qu'en outre vous avez pris, depuis cette époque , de la marchandise à crédit chez Pépin ; à savoir : deux bouteilles d'eau- de-vie, du riz, du vermicelle et du fromage; persir;tez-vous dans cette déclaration?

R. Oui , Monsieur.

D. A Pépin: Qu'avez-vous à dire?

R. Je ne pourrais pas dire au juste ce qu'il a pris de marchandises à la maison , parce que ce n'est pas moi qui m'occupe du détiiil.

D, A Fieschi : N'auriez-vous pas égalemeiitaclieté chez Pepi/i divers uî^^tensiles de peu de valeur : par exemple, des brosses , un grattoir, des pinceaux, dont vous pouviez avoir besoin lorsque vous travailliez c\\Qz Lesnge , et que voi;s n'auriez pas payés comptant?

R. Je n'ai ramais acheté chez Pépin, en ustensiles, qu'une tablette

de couleur et un pinceau dont j'avais besoin lorsque je travaiFais pour M. Perrève; j'ai payé ces objets comptant.

D. A Pépin : Qu'avez-vous à dire ?

R. J'ignore ce qui en est.

D. A Fieschi: Vous avez déclaré que, lors de i'cntrevuc qui eut lieu cntve Pcpùi , More?/ et vous, le 24 juillet, près des arcades du poiit d'Austerlitz, entrevue dans laquelle fut réglé ie compte des dépenses relatives à l'achat et à la confection de votre machine, Pépin dit . «Voulez-vous que nous ajoutions ces 2 0 francs (c'était le prix des «fournitures que vous aviez prises chez hii à crédit) à la dépense «totale, et nous payerons chacun la moitié?» Vous avez ajouté que vous n'aviez point accepté cette proposition , et que vous aviez dit que vous payeriez ces 2 0 francs lorsque Jaiiot serait arrivé de son pays , et qu'il devait arriver d'un jonr à l'autre : persistez-vous clans cette déclaration ?

R. Oui, Monsieur; ils auraient consenti volontiers à partJfger entre eux cette dépense; mais, moi, je ne fai pas vouhi , ne voulant pas passer pour un «icaire qui agissait pour des motifs d'intérêt. Je leur avais toujours dit que je faisais abnégation de moi-même , leur recommandant seulement îa petite Nina, que Pépin ne connaissait pas, mais ç\uq Moreij connaissait bien, et qui, étant à la Salpétiière , n'avait besoin que de 10 fr. par mois pour être soutenue.

D. A Pejnn: Qu'avez-vôus à dire?

R. Je ne peux répondre que par une dénégation.

A ce moment , i^«^.çc/«' dit : La petite est venue plusieurs fois me prendre à la porte àe Pépin, en sortant de la Salpétrière, Aussitôt que je l'apercevais, j'allais sur-le-champ au-devant d'elle : Pépin ne la voyait pas; sa femme ne la voyait pas non plus. .

D. A Fieschi : Vous avez déclaré que les articles que vons^n^ez à crédit, chez P<?^^m, étaient inscrits sur ses livres , sous le nom du peintre en papiers, par ^l^^ Pépin elle-même, qui, à ce que .vous croyez, ignorait votre véritable nom, ou qui ne s'en inquiétait pas , mais qui savait que vous travailhez dans une fabrique de p^j^i|eyi's? |jçnjts . persistez-vous dans cette déclaration? '' > .-^

R. Oui , Monsieur.

Interrogatoires. 22

D. A Pépin: Çiw'Avez-yous à dire?

R. Je ne puis pas savoir cela : c'est mon épouse qui tenait ces registres; j'y écrivais queiquefois, mais très-rarement, et pour les marchauclises en gros; peut-être aussi écrivais-je quelquefois pour le détail quand mon épouse n'était pas ià.

D. A Ficschi: Vous avez déclaré que i un de ces articles avait été fnscrit sous le nom du barbouilleur, mais que cet article fut effacé plus tard par M""" Pépin, qui eut peur d'être grondée par son mari pour avoir fait cette plaisanterie : persistez-vous dans cette déclaration ?

R. Au moins M""" Pépin me dit qu'elfe voulait effacer cet article ; je persiste , du reste, dans ma déclaration.

D. A Pépin : Qu'avez- vous à dire?

R. Je fais la même réponse que précédemment. Je ne puis savoir cela

D. A Fieschi : Vous avez déclaré que les livres sur lesquels sont inscrits les crédits que Pépin fait à tout le monde sont couverts en papier bleu gommé : reconnaissez-vous les livres que je vous représente comme étant ceux dont vous avez voulu parler?

/?. Je ne suis pas sûr ique ce soient ceux-là.

D. Sur l'un de ces livres , on lit , à la date du 6 mars.

Le barbouilleur, ami de M. Moreij, doit :

Une fois, l livre 3 onces de fromage 9 5'

2'" fois , 1 5 onces. .... de 75

3^ d", 2 livres macaroni, 4 onces de fromage. ... 55 En tout 2^2 5^

Reconnaissez-vous cet article comme étant celui dont vous venez de parler tout à l'heure ?

R, Oui , Monsieur.

D. K Pépin : Qu'avez-vous à dire?

R. Même réponse.

D. A Fieschi: Sur le même livre , on lit, sous le nom du peintre en papiers :

1° A la date du 1 5 mai-s, une fourniture de 2 fr. 5o cent, pour une bouteille d'eau-de-vie de Montpellier et une demi-livi^ de figues ;

2" A la date du 2 5, 5 fr. argent prêté;

DE PEPIX. 251

3" A la date du 2 7, une boutcilie de Cognac de trois denii-septiers, sans indication de prix.

Sur un antre livre couvert en papier bicu, on trouve, sous le nom du peintre en papiers :

1° A la date du 4 avril, une fourniture de 3 fiancs, poun du riz, du heuire , d«i sel , du poivre , du vermiceile, du sucrv^ et au fromngc ,

2" A la date du 1 8 du même mois, une fourniture de 9 5 centimes poiur du. frojnage, du café et du sucre ;

3" A fa date du 1" mai, sans indrcatio»! de prix, une: bouteille de vin ;

4" A ija date an 13 du» même mois, F. G% ce qui signifie, sans dQUjte ,. fîX)n3age , sms indication dq prix ;

5" A la date du 26. du même mois, une fourniture de 13 o" pour une l'F. G^

6" A la date du 1 4 juin, une fomniture de 2^ 9,5^ pour du vermiceiie, du fromage, du suprç etuue bouteille de Cognac;

7° A fa date du 2 0 du même mois, une fourniture de 1*^ 7 5*^ pour (hi cale, du sucre, du vermicelle et du fromage. , Sur un troisième registre , également couvert en papier bleu , on trouve, à la date du 1" juillet , un crédit de 9 5'' pour du beurre et du café.

L'ensemble de ces fournitures forme un total de 1 4 francs 9 5 cent., non compris les 5 francs qui vous auraient été prêtés et les objets qui ne sont pas évalués en argent. Quelles explications 9.vçz-voUs à donner sur ces divers crédits : Içs reconnaissez^vous ?

R. Oui , Monsieur.

D. A P^m ; Qu'avez-vous à dire?

R. Je ne me rappelle pas CCS crédits-là.

A ce moment Fieschi dit : «Lorsque j'ai dit quefa\raiseu des iiiéirfe uchaaidises à crédit chez Pépin pour une somme de 2 0 francs, c'est «que je m'en étais rapporté à sa parole, et je n'avais pas compté les «100 S0U3 qu'il m'avait prêtés.»

D. A Fieschi: Vous avez déclaré que lorsque Pe^nn et Moreij vous c][«!ni^ndèrent à quelle somme pourrait monter la dépense de votre machine, vous fîtes un calcul qui montait à. peu près à 500 ït. : vous ra|)pçlcz-vous les principaux détails, dfe ce devis estimatif? Le loyer du logement que vous deviez occupei' el le; prix du mobilier étaient-ifs

com])ris dans cette somme de 500 francs, ou bien était-ce la raacLîne seule qui devait coûter ce prix?

R. Le prix du loyer et du mobilier était com])ris dans les 5 00 fr. ; j'avais même évalué le mobilier à un prix plus élevé que celui qu'il a coûté, parce que je devais d'abord acheter un lit que je n'ai point acheté , parce (\ue j'ai trouvé dans la chambre un placard dans lequel pouvait se mettre un matelas et qui faisait lit.

D. A Pépin : Persistez-vous à nier que ces calculs aient été faits chez vous et pour vous , en votre présence ?

R. Oui, Monsieur.

D. A Fieschi : Vous avez déclaré que Pepinyous avait remis luimême Fargent qui a servi à payer le loyer de votre logement et votre mobilier; persistez-vous dans cette déclaration?

R. Oui, Monsieur.

D. A Pépin: Qu'avez-vous à dire?

R. Je ne puis répondre que par une dénégation.

D. A Fieschi: Persistez-vous à dire que, le 2 5 juillet, Moreij vous a appoîi;é, de la part de Pépin, les 187 francs 50 centimes qui devaient servir à l'achat des canons de fusil , et qui devaient vous être remis ce jour-là , ainsi que cela avait été convenu, la veille, entre Pépin , Morcy et vous?

D. Vous souvenez-vous de l'heure à laquelle Morey vous a apporté cette somme?

R. C'était dans l'après-midi , mais je ne puis dire précisément à quelle heure.

D. A Pépin : Qu'avez-vous à dire ? '

i?. Pour mon compte , je sais bien que je n'ai pas donné d'argent à Morey pour ce motif-là.

D. A Fieschi : Persistez-vous à déclarer que les 1 5 francs qui ont servi à payer le bois de la machine vous ont été donnés par Pépin?

R. Oui , Monsieur; dans le chantier même. Le bois a coûté 1 3 fr. et quelques sous ; je n'ai pas rendu à Pépin les 3 0 sous qui me sont restés, parce que j'en ai donné 2 5 au commissionnaire qui a emporté le bois.

D. A Pépin : Qu'avez-vous à dire?

R. Je ne puis répondre que par une dénégation, à laquelle viendront se joindre les preuves que je donnerai plus tard.

D. Persistez-vous à dire que vous n'avez jaiîiais remis à Fiesclù aucune somme de loolrancs, de lôotVancs ou au-dessus? R. Oui , Monsieur.

Z). A Fieschi : Vous avez déclaré ce qui suit : « On trouvera sur un «registre (celui sur lequel sont inscrits les crédits que Pépin fait à "tout le monde), au haut et au milieu d'une page : Donné à M. Bes- ' cher 150*^50", ou bien 118^50"; or, M. Bcscher c'est moi. ^> Vous avez déclaré, en outre, que cette mention était de ia main de Pépin ; persistez-vous dans cette déclaration ?

R. Oui, Monsieur; il a écrit cela en ma présence. Je lui ai même fait l'observation que sa femme pourrait le voir; il m'a jépondu : qu'elle n'y ferait pas attention.

D. A Pépin : Je vous représente la dernière feuille de l'une des mains courantes reconnue par votre femme et que vous venez de reconnaître vous-même , sur laquelle on lit distinctement ces mots , quoiqu'ils soient raturés : Bescher, 1 50*^^. Au-dessus de ces mots, on distingue ceux-ci, qui sont écrits avec une encre plus noire et qui sont également raturés : «Plus, pour bois, loyer, 68^^ 50^ >> Ces deux sommes sont réunies par une accolade, à la droite de laquelle on lit : « Ensemble 218 francs 5 0 cent. » Le tout est évidemment écrit de votre main, ainsi que Fieschi l'a déclaré. Q-u'avez-vous à dire?

R. Je ne reconnais pas ces sommes pour avoir été données à Fieschi pour un usage comme cela. Dans ce moment - ci , je ne me rappelle pas pour quel objet ce compte a été fait ; peut-être ai'en souviendrai- je plus tard.

D. Je vous fais remarquer que le payement de cette somme de 2 18 francs 60 centimes, portée sur votre livre de crédit, est d'autant plus évidemment fait à Fieschi, qu'elle se retrouve sur son carnet qui a été saisi depuis son arrestation , et qu elle y est même mentionnée plusieurs fois?

R. Je n'ai point de réponse à faire à cela , je ne connais point son carnet.

D. A Fieschi : Quelle explication donnez-vous de ce compte de 218 francs 50 centimes, qui se trouve au haut de la page que vous avez vous même indiquée? Persistez vous à dite que cette somme a servi à payer votre mobilier et le premier demi-terme de Totre loyer?

R. Les l5o flancs s'i!p])ii(}ucnt à l'achat cîe mon mobilier et au paycincnt du premier (Jcnii-tcnne de n^on ioyer. Les G 8 Irancs s'applifjucnt au pa3'einent du second demi-tcrinc de mon loyer et à l'achat du bois de la mécanique et au payement de la façon de ce bois.

D. A Pepùi : Qu'avez-vous à diie?

R. Cela est contraire à la vérité.

1% \\ paraîtrait cependant que vous avez queiY]ne souvenir de sommes senddables par vous données à Fieschi, et dont vous cherchez i'emploï dans ce moment-ci?

Li. Non, Pïlonsieur; je n'ai aucun souvenir de cela; je prends seulement note de ces chiffres pour répondre en temps et lieu.

D. Je vous engage à regarder avec attention fes deux lignes qui sont en tête de ta feuille que je vous ai déjà représentée, et à voir si vous ne les reconnaissez pas comme étant de voti^ écriture?

R. Cette écriture ressemble assez à la mienne, mais je ne pourrais pas affirmer qu'elle soit la mienne.

D. Je vou;s fais remarquer que , sur l'un des registres qiii viennent de vous être représentés, il y a diverses mentions de votre Tiiain, qui. ne permettent aucun doute sur l'identité des deux écritures , entre autres plusieurs articles qui concernent ie sieur Collet?

R. Je reconnais bien, comme étant écrits, par moi, les articles concernant M. Collet, du moins je le pense; j'ajoute que si cette sonnne de 218 francs 5 0 centimes était un crédit que j'eusse ou- \evt à Fieschi ou à Bcscher^ les sommes versées successivement seraient écrites par date et dans le corps du livre.

D. On trouve sur l'un de vos livres une somme de i,oo fra,ncs due par le sieur Collet pour achat de poudre ; quelle explictition donnez-vous de cette mention?

R. Je ne ])Ourrais pas trop bien expliquer cela; mais ce qiij^ jie crois me rappeler, c'est que ces loo francs ont été payés poujr- le compte de M. Collet à ia personne qui a apporté à U maison ïo fusil et les cartouches de chasse qu'il avait achetés.

D. On trouve sur vos registres le nom d'un sieur .Swr^ .* quel est cet individu et comment le connaissez-vous?

R. C'est un monsieur qui, sans doute, prend de la colle à ïa nuiison; [e ne connais pas ce noin-ià.

D. A Ficschi : Vous ctes-vous jamais rencontré chez Pcpin avec le sieur Biinj, chez lequel vous avez acheté vos canons de fusil?

• R. Non, Monsieur; je n'ai pas mémo dit à Pépin où je les avais achetés.

D. Seriez-vous en état de refaire le dessin de la machine à broyer ies couleurs que vous dites avoir remis à Pépin?

R. J'en ai fait un aperçu que je vous remets; il y a plusieurs ressorts à iajoutcr.

D. A Pépin : Reconnaissez-vous le dessin que je vous représente comme étant à peu près celui qui vous aurait été remis par Fiescïii?

R. Je ne puis me le rappeler.

Pépin à Fieschi : Combien y a-t-il de cylindres?

Fieschi à Pépin : Il y en a deux sur le modèle que je vous ai donné* si vous ne lavez pas mis à exécution, je n'ai pas affaire de cela.

Pépin à Fieschi : Copiment tournent les cylindres?

Fieschi à Pépin : Ceux du modèle que j'ai donné tournent en dedans.

Pepiîi à Fieschi : Lorsque vous veniez prendre des outils chez moi , où aîlait-on les chercher pour vous lés donner?

Fieschi répond : Je n'ai jamais pris qu'un burin que j'ai été cherclier au manège de Pépin, rue de Bercy; je l'ai gardé quelque temps et l'ai rendu ensuite : on appelle biirîn un très-grand ciseau.

Pépin à Fieschi : A quelle époque avez-vous pris ce burin ?

Fieschi répond : Quand je travaillais chez M. Lesage.

Pépin à Fieschi : Quelle était fa longueur de ce burin?

Fieschdvé^onà. : Le fer pouvait avoir chiq pouces et demi ; îe manche était en trèsmftuvais état ; je n'ai jamais pris d'autres outils chez M. Pépin. Si le burin existe encore , ii doit y avoir de ia couleur.

Pépin à, Fieschi .'Vous avez parfé d'uh pi^ô<:ès que j'hivais perdu ; de quelle somme s'agissait-il ?

2f>C INTERROGATOIRES

Ficschi ^ Pépin : i il ne parle que d'après vous; je vous ai rencontré, vous marchiez très-vite, vous m'avez dit (|ue vous veniez de perdre votre procès de Holîande au tribunal de conunerce, et (pie c'était une affaire de 1,500 francs.

Pépin à Firschi : Quelle somme d'argent m'avez-vous demandd à emprunter poiu' secourir votre dame? à

' Ficschi à Pépin /Dans ies premiers moments je fus chez Pepi?t; j'étais encore ami avec la femme Petit ; e!ie m'avait prié de lui faire prêter quelque argent par quelqu'une de mes connaissances; j'en parlai vaguement à Pépin; avant de m'engager pour elle avec Pépin, je voulais m'assurer de sa conduite, parce que j'avais des soupçons qui se sont réalisés depuis.

Pépin k Fieschi : Ne m Sivez-\ous pas dit qu'elle avait son boulan-^ ger, son boucher et son loyer à payer? S|

Fie schi répond : Je vous ai dit ceia, mais je ne vous ai demandé aucune somme déterminée.

Pépin à Fieschi : Où aurions-nous pris , selon vous, le commission naire qui a emporté le bois de votre machine? Fiesc/ii répond : A la Bastille.

Pépin à Fieschi :Ne vouhez-vous pas me tendre un piège lorsque vous m'avez offert de vendre, pour votre compte, aux journaux, les secrets de la police?

R. Je croyais que cela vous faisait piaisir; je vous ai fait • cette proposition ; mais je n'avais pas le moyen de la réaliser; et ce qui prouve que je ne voulais pas vous tendre un piège, c'est que je vous ai tenu parole en courant à ma perte.

D. Vous niez donc que vous m'avez offert de vendre aux journaux les secrets de la police?

R. Je vous ai fait un mensonge, parce que je vous voyais si ardent pour vos journaux , pour le Réformateur; vous parhez même rarement du National; je vous ai dit vaguement que je cqnnaissais un homme de la police ; mais je n'étais pas cousin a"«ec elle.

Pépin à Fieschi : Lorsque je vous ai parlé d'un homme qui venait

chez moi et que je croyais envoyé pour m'espionner, parce qu'il n'y

ifeâvait point affaire , ne m'avez-vous pas dit qu'on ne pouvait pa§, coh-»

naître les agents de la police secrète , parce qu'ils n'allaient jamais à la police et donnaient ieurs rapports dans un tiroir à double clef où on venait les prendre?

Fieschi répond : Encore une charge pour vous. Lorsque vous m'avez parlé de cet individu , que vous soupçonniez être un agent secret, vous me dites : Comment pourrait-on faire pour s'assurer s'il est en effet un agent secret? j'ai dit : II doit avoir une carte. Vous me répondîtes que, si vous saviez que cet individu était porteur d'une carte, nous le ferions monter, nous lui donnerions une roulée et nous iui prendrions son argent pour le donner aux condamnés politiques. Lorsque vous m'en parlâtes une seconde fois, je répondis que ies agents secrets n'avaient pas de carte et qu'il était impossible de s'assurer de leur qualité.

Pépin à Fieschi : Après combien de jours m'avez-vous dit cela? Fieschi répond : Je ne m'en souviens pas.

Pépin à Fieschi : Chez qui aïliez-vous après onze heures du soir? N'était-ce pas chez un agent supérieur de la police que vous alliez, «presque sa dame était couchée, ainsi que vous me l'avez dit?

Fieschi répond : Je voyais un homme qui était avide de nouvelles et qui avait dîné quand on iui disait du mal du Gouvernement; je m'en tirais comme je pouvais; je peux bien avoir dit cela; mais je ne pouvais aller nulle part après onze heures du soir et être rentré, bouîevart du Temple , avant minuit.

(Dossier Pépin, pièce ).

12*^ Interrogatoire subi par Pépin, le 20 octobre 1835, devant M. le baron Pasquier, président de la Cour des Pairs.

D. Vous venez de me dire, en conversation, que îa somme de 218 francs 5 0 centimes, inscrite sur votre registre, n'a été donnée, par vous, ni à Fieschi ni à Bescher: à qui a-t-elle été donnée?

R, Je ne puis le dire en ce moment.

D. Je vous interpelle formellement de déclarer, à l'instant même , à qui et pour qui cette somme a été par vous donnée.

R. Je crois, sans en être certain , que c'est un compte que j'ai fait Interrogatoires. 33

avec Ficschi, sur ce qu'il fallait donner à sa Icmme, pour venir à

son secours; il devait en être référé à Moreij.

D. Je vous fais remarquer que celte réponse est tout à fait inadmissible; d'aboixl, parce que, si cette explication était vraie, vous l'auriez donnée sur-ie-cliamp; ensuite parce que, à l'époque où cette somme a été remise par vous à Fieschi, l'instruction établit qu'il était entièrement brouillé avec la femme Petit, et ne pouvait, par coubé- {jucnt, pensera lui procurer aucun secours d'argent. Qu'avez-vous à dire?

R. Je dis que cette somme ne lui a jms été comptée. Je me réserve de rechercher comment cette note a été inscrite sur mon registre, et si , plus tard, quelque chose me revient à la pensée, je vous le dirai.

(Dossier Pépin, pièce ).

13'= InteiTogatoiie subi ^nv Pépin, \e 21 octobre 1835, devant M, Jourdain, juge d'instruction , délègue,

D. Depuis combien de temps avez-vous le livre que je vous représente, intitulé : Des Ouvrages de Cicéron, et qui a été saisi chez vous?

D. Je ne crois pas que ce livre soit à moi , je ne puis cependant pas l'assurer.

D. Ce livre a été trouvé chez vous, sur l'indication donnée par Fieschi; n'est-ce pas lui qui vous l'a prêté?

R. Je ne me rappelle pas qu'il me l'ait prêté ; il est possible qu'il l'ait oublié ou laissé chez moi.

D. Fieschi venait donc souvent et assez familièrement chez vous? R. Il y est venu quelquefois, le plus souvent en passant, à ce qu'it disait.

D. Où le receviez-vous quand il venait?

R. Je le recevais dans la boutique où il venait acheter ou boire la goutte; il est entré quelquefois dans un petit endroit qui sépare mes deux magasins au rez-de-chaussée. Jamais je ne lui ai >Mi d'entrer, et s'il y est entré , c'est de son propre mouvement.

D. Est-ce que Fieschi n'a jamais couche chez vous?

/?. Si, ^loiisieur.

D. Pendant combien de nuits?

R, Pendant deux ou trois nuits, autant (|ue je puis me le rappcïei ; quand iî m'a demandé à coucher, il m'a dit qu'on ne voulait pins le lecevoir à coucher où il demeurait.

D. A quel titre est-il venu coucher chez vous?

R. J'ai déjà répondu à toutes ces questions. II s'est présenté chez moi avec de nombreux papiers, en me taisant voir, par un passe-port, (]u'il se nommait Bescher, puis en me démontrant qu'il touchait du <iouvernement 50 à 60 francs comme condamné politique sous ia restauration.

D. Est-ce qu'il vous avait fait voir les titres en vertu desquels il touchait ces pensions?

R. II me les a montrés et j'ai jeté les yeux seulement sur les premières phrases.

D. Est-ce que vous n'avez pas reconnu alors que ce n'était pas sous le nom de Bescher qu'il avait obtenu ces secours?

R. Non, Monsieur; je n'ai pas lu le contenu de ses papiers; il suflisait qu'il me fût alors présenté par Moreij, sous le titre de patriote poursuivi comme détenteur d'armes de guerre, pour que je l'accueillisse.

D. A cette même époque, Fieschi n'a-t-iï pas mangé à votre table pendant quelque temps?

R. Non, Monsieur; s'il a mangé chez moi, je ne me rappelle pas que ce fût à ma table.

D. Fieschi n'était-iï pas reçu chez vous assez librement pour pouvoir parcourir les autres pièces de votre maison ?

R. Je ne sais pas s'il a été dans les autres pièces que celle où if a couché.

D. Dans quelle pièce couchait-il?

R. Au second , et on ne faisait pas son lit.

D. Fieschi a fait de votre maison une description minutieuse et qui s'est trouvée exacte; pouvez-vous nous expliquer comment il a pu

donner cette description , s'il n'est pas resté longtemps et familièrement

chez vous?

/?. C'est que chez moi tous les étages se ressemblent.

D. N'avez-vous pas donné à FiescJii la brochure que vous avez faite pour la justification de votre conduite en juin 1 83 2 ?

R. II est possible que je lui en aie donné une, mais je ne me le mppelle pas; il y en avait dans mon magasin souvent, et il a pu en prendre une , ou , peut-être , m'en aura-t-ii demandé une que je ne lui aurai pas refusée.

(Dossier Pépin , pièce .)

14^ Interrogatoii-e subi par Pépin, le 2G octobre 1835, devant M. le baron Pasquicr, président de la Cour des Pairs.

D. Reconnaissez-vous \e papier que je vous représente comme étant écrit par vous? Ce papier a été saisi chez vous, en présence de votre femme, le 2 3 de ce mois, et il porte la mention en chifîVes de diverses sommes, et entre autres de celle de 525 francs, formant le total des trois autres sommes.

R. Je ne peux pas reconnaître ce papier ; je ne peux pas savoir si cela est écrit de ma main. Il est possible que ce papier ait été saisi chez moi, mais je ne le reconnais pas.

D. Je vous représente un paquet de lettres qui ont été également saisies chez vous; les reconnaissez-vous?

R. Je reconnais la première de ces lettres qui m'a été écrite par le sieur Chuquet; je reconnais également la seconde par moi adressée à M. Cahet; la troisième pièce n'est pas de mon écriture; je reconnais la quatrième, la cinquième, la sixième. Je reconnais également la lettre signée VaiUa7it; c'est un homme qui me demande de l'argent, et la pièce suivante, qui est le billet de la somme prêtée par moi au sieur Vaillant.

D. Je vous représente la pièce cotée deuxième, suivant procèsverbal du commissaire de police Barlet. Je vous fais obsei-ver que la signature de cette lettre est coupée. Vous rappelez-vous de qui était ette lettre et pourquoi la signature en est coupée?

R. Cette lettre est du même homme que je n'avais vu qu'une fois et qui voulait m'exploiter.

D. Dites-vous que les chiffres inscrits sur la feuille que je vous ai représentée tout à l'heure ne sont pas de votre main?

R. Je né peux pas être sûr que ce soient mes chiffres.

D. Reconnaissez-vous un dessin informe qui a été également saisi chez vous? Qu'est-ce que ce dessin peut représenter?

R. Je n'en sais rien au monde ; ce sont des choses qu'on a pu faire en s'amusant.

D. Ne reconnaissez-vous pas les chiffres tracés sur la même feuille de papier que ce dessin , et qui paraissent être de votre main ? R. On ne peut pas être sûr de ces choses-là.

D. Je vous représente les chifTres écrits sur le verso de la même feuille, et qui se rapportent évidemment à des objets de votre commerce, ledit verso commençant par ces mots : «Boisseaux de farine.» Reconnaissez-vous votre écriture?

R. Ces mots paraissent écrits par moi ; je crois bien que les cliiffres en sont aussi , sans en être sûr.

Z). Je vous fais observer que les chiffres sont de la même encre que les mots que vous avez parfaitement reconnus.

R. Oui , Monsieur ; il le paraît.

D. Dans vos divers interrogatoiies, vous avez souvent parlé du peu de vraisemblance qu'il y avait à vous attribuer le don des sommes que Fi'esc/ii Siuvait successivement reçues de vous, et voilà que le rédacteur d'un journal , qui ne parait avoir d'autres titres que ceux qui résultent de ia violence de ses opinions , se croit en droit de vous demander des secours d'argent; et ces secours vous les lui avez certainement donnés, puisqu'on a trouvé dans vos papiers un billet de 5 0 fr. souscrit par cet homme, du'avez-vous à dire?

R. Je n'ai pas donné cet argent ; je l'ai prêté au sieur Vailkmf, parce qu'il a envoyé successivement sept ou huit fois chez moi.

D. On voit par la lettre du rédacteur de ce journal, auquel vous avez prêté 5 0 francs, que cette somme était destinée à acheter du papier pour l'impression dp ce journal. Ne peut-on pas tirer de ce

prêt la conséquence que vous étiez toujours empressé de concourir à tout ce qui portait un caractère d'inimitié contre le Gouvernement? R. Je n'ai jamais eu plus de haine contre ïe Gouvernement que contre qui que ce soit; j'ai pu être faible, cela est possible; il est possible aussi qu'on ait exploité ma faiblesse. *

D. N'avez-vous pas dit, en parlant de vos relations avec la société des Droits de l'homme , que vous aviez été presque oblipjé de vous en éloigner à cause des reproches qu'on vous faisait de la brochure que vous aviez publiée pour justifier voire conduite dans les événements du mois de juin ?

R. On me i'a reprocliée en effet , Monsieur; mais c'est une personne de la section à laquelle j'appartenais ; ce n'est pas la société ellemême.

D. Que vous a dit cette persoiine?

R. Elle me disait que cette brochure n'était pas analogue aux sentiments d'un bon patriote.

D. II semblerait, par conséquent, qu'un bon patriote ne devait pas " se disculper des choses dont vous cherchiez à vous justifier, au dire des personnes q^ui vous parlaient ?

R. J'ai fait ma brochure pour rendre hommage à la vérité. Je ne me suis pas inquiété de ce qu'on pourrait en dire. Je me rappelle maintenant que le reproche en question m'a été adressé par Berryer- Fontaine , que je ne connaissais pas, à une séance delà Société pour l'instruction du peuple.

D. Reconnaissez-vous, comme étant écrites par vous, les hgnes qui commencent par ces mots: v. Audouiji , simple canonnier,i> et finissant par ceux-ci : «équipements militaires ?«

R. Non , Monsieur.

D. Connaissez-vous ïe ûeuv Audouin , canonnier? R. Non , Monsieur.

D. Connaissez-vous un fourrier nommé Journée ? R. Pas davantage.

p. Cependant le papier a été saisi chez vous?

R. On achète à la maison des papiers de toute nature.

D. Je vous fais observer que ces papiers ne sont pas de ceux que vous avez pu acheter , puisqu'il est question d'un individu qui a de'jeûné chez vous?

R. Ce*qu'il y a de certain > c'est que je ne connais ni Aiidoinn, ni Journée.

D. Si CCS lignes ne sont pas écrites de votre main , savez-vous par qui elles l'ont été ?

R. Je croirais volontiers que cette éc'riture est celle de mon frère , à l'époque où il restait à Vincennes, en 183 2.

D. Je vous fais remarquer que tout ce qui entoure le dessin que je vous ai représenté, mots et chiffres, est de votre main; par conséquent il est étonnant que vous ne sachiez pas à quelle intention ce dessin aurait été fait. ' .

R. Mes jeunes gens, ou moi-même, ou d'autres, nous aurions pu faiie de pareilles choses en causant.

D. Ne voyez-vous pas que ce dessin pourrait représenter une machine du genre de celle à la confection de laquelle vous êtes accusé d'avoir concouru ?

R. Je ne puis pas savoir cela , n'ayant pas connu la machine.

Et à l'instant nous avons invité le prévenu à signer ne varietur : — 1° La feuille sur laquelle sont inscrites en chiffres diverses sommes, et entre autres celle de 52 5 francs, formant le total de trois autres sommes. — 2° Le dessin informe saisi à son domicile le 2 3 de ce mois , et que nous lui avons représenté. — 3° Les lettres également saisies à son domicile , suivant procès-verbaux des commissaire* de police Barletei Jacqiiemin , en date des 2 8 août dernier et 2 3 de ce mois ; ce qu'il a fait , ainsi que nous et le greffier en chef adjoint de la Cour.

D. Depuis combien de temps avez-vous chez vous l'histoire de la conspiration de Carbon et Saint-Régent , auteurs de la machine infernale du 3 nivôse?

R. Jamais je n'ai su que j'avais ces livres chez moi ; jamais je ne les ai lus. Si on les a trouvés chez moi , c'est que sans doute ils faisaient partie de la bibliothèque de mon oncle , que j'ai achetée en 18 33.

Le sieur Pépin , avant de signer, demande qu'une note qu'il nous présente, qui est écrite de sa main et signée par lui , soit annexée au présent procès-verbal , ainsi qu'une brochure intitulée : Relation exacte d'une série de faits touchant les funestes événemetits des 5 et 6 juin 1832.

( Dossier Pépin, pièce .)

15* Interrogatoire subi par Pépin, le 4 novembre 1835, devant M, le baron Pasquier, ! pre'sident de la Cour des Pairs.

D. Vous devez vous souvenir que , lorsqu'on vous a représenté différentes pièces saisies chez vous, vous avez au moins hésité à les reconnaître ; vous avez également hésité à reconnaître , comme ayant été écrites par vous, deux iignes raturées qui se trouvent sur l'une des mains courantes que je vous ai également représentées. Ces différentes pièces ont été soumises à un expert, dont ie rapport établit qu'elles sont écrites par vous ; et dès iors elles acquièrent une grande importance, que vous avez en quelque sorte jiroclamée vous-même, en ne reconnaissant pas qu'elles tussent votre ouvrage : avez-^ ous quelques nouvelles explications à donner sur ces pièces ?

R. Je n'en ai point, quant à présent; s'il m'en vient plus tard à l'esprit, je les donnerai; je puis ajouter, si elles viennent de chez moi, que tous les jours je faisais des comptes.

D. Vous êtes convenu d'avoir été à la Force et à Sainte-Pélagie voir des détenus d'avril avec une permission, que vous aviez obtenue sous un autre nom.

R. Je ne suis allé qu'une fois à la Force avec une permission qui n'était pas sous mon nom; c'était vers le mois de juin 18 34, et pour porter des secours à Henri Leconle ; quand je suis allé à Sainte -Pélagie, ça été avec une permission qui était sous mon nom.

D. N'aviez-vous pas à demander au sieur Cavaignacle payement d'une somme de 5oo francs qu'il vous devait?

R. Cavaignac me devait une somme , je ne me rappelle pas bien

si c'était 50 0 francs; mais ce n'est pas pour iui que je suis ailé à Sainte -Pélagie; j'y suis aifé pour porter des secours à un antre détenu.

D. Persistez-vous à dire que vous n'avez pas doinandé au sieur Cavaignac de vous procurer vingt-cinq fusiis ou plutôt vino^t-cinq carabines?

R. Oui, Monsieur, je persiste : pourquoi aurais-je demandé ces fusils ?

D. Ne vous souvenez-vous pas d'avoir une fois porté un panier de vin à Sainte-Pélagie ?

/?. Oui, Monsieur ; il y avait du vin et du fromage.

D. Le jour où vous avez porté «e panier de vin, n'est -if pas celui ou le lendemain de celui où les détenus ont été transférés au Luxembourg ?

R. Je ne me rappelle pas bien cela, car j'en ai porté deux.

D. Ne vous souvenez-vous pas que, n'ayant pas trouvé les détenus à Sainte-Pélagie, vous avez emporté ce ])anier et vous l'avez di'posé chez Moreij, d'où il a été porté au Luxembourg par le garçon de celui-ci?

R. Oui, Monsieur, cela est juste.

D. A qui étaient destinées ces provisions? R. A Henri Lcconte.

D. Ne vous souvenez-vous pas que Ficschi était avec vous ce jourlà, et vous a aidé à porter ce panier, tant à Sainte-Pélagie que chez Morey ?

/?. Je ne m'en souviens pas.

D. Vous souvenez-vous de vous être promené un soir sur le boulevart avec un musicien, que vous avez conduit au Jardin - Turc ?

R. Oui, Monsieur, je m'en souviens; mais ii y a fongtemps.

D. Quel était le nom de ce jeune homme? R. Je ne puis le dire.

D. Ce jeune iiomme ue s'appelait-il pas Levraud? R. Oui, Monsieur. , ona.ïî^

ÏNTERnoCATOIREô- 34

D. Ne vous souvenez-vous pas que ce jeune homme, détenu d'avril, mais qui avait été mis en liberté, avait reçu de son père, avec lequel il était brouillé, une somme de 5 ou 600 francs, dont il n'a ])as voulu se servir pour ses besoins personnels, et qu'il a remise à Cavai^^nac?

R. Cela m'a été dit, mais pas par iui.

D. Ne vous a-t-ii pas été dit aussi que cette somme avait été remise à Cavaignac par Levrand poiu' acheter des armes? R. On ne m'a pas dit cela.

D. A quel titre Levraitd remettait-il cet argent à Cavaignac ? N'était-ce pas à titre de président du comité central de ia société de;s Droits de l'homme ?

R. Je crois que cet argent a été donné pour secourir les détenus; il en a été de même de l'argent qu'on m'a emprunté, à ce qu'on m'a dit au moins,

D. Vous avez nié avoir joué un rôle actif dans ia société des Droits de l'homme ; et cependant, dans un procès-verbal d'une séance présidée par vous, procès-verbal que vous avez signé, en manuscrit, et qui pourra vous être représenté, on lit : «que ic citoyen t^Pcjmi demande des imprimés j)Our former des sections à la gare «d'Ivry. »

R. Je n'ai pas nié avoir fait partie de la société des Droits xle i'homme ; et si j'ai signé un procès-verbal, ce doit être comme délégué du chef de ia section à laquelle j'appartenais; car, pour mou compte, je n'ai jamais été président.

(Dossier Pépin, pièce .)

16" Inten'ogatoire subi par Pépin, ïe 9 novembre 1835, devant M. le baron Paâquier, président de la Cour des Pairs.

D. Vous m'avez demandé, par une lettre en date du 7 de ce niois,

de prendre à part Fkschi et de ie sommer de me dire s'il était bien

possible qu'il persistât dans toutes ies allégations qu'il a faites contre

j,.vous. Je dois ^ ous faire remarquer que cette démarche de ma part ne

. vserait aucunement justiiîée par les actes précédents de l'instruction.

Fieschi, en effet, n'a pas mis d'empressement à vous cliarger; loin de

ià, il a peisisté pendant longtemps à nier tout ce qu'il pouvait y avoir de coupable dans vos relations avec lui; ce n'est que pressé par ia réunion des incjiccs qui lui ont été mis sous les yeux qu'il s'est enfui décidé à taire les aveux qui vous compromettent si gravement. Le caractère de ces aveux et la Réunion des circonstances qui viennent les corroborer me forcent même de vous ad-resser encore quelques questions auxquelles vous allez avoir à répondre. — Vous êtes convenu que Cavaig-nfic \'Oiis devait une somme qui pouvait s'élever environ à 5 00 fr. ; pour (pieî motifi avait-il contracté cette dette envers vous?

D. Depuis quarante-sept jours que je suis au secret, accompagné de quatre agents de police, le moral affaibli par le chagrin que je sais que ma famille doit éprouver, souvent interpellé sur des choses dont je n'ai aucune connaissance, et je le jure par Dieu , la plupart de mes réponses sont contraires à la vérité du fait sur lequel je suis interrogé. A i'égard de Caualgnac , je lui prêtai en effet une somme en 1 83 3 ; le chiffre indiqué n'est pas exact ; il me fit un effet, à trois mois de date, qui a été négocié; ce prêt n'a eu pour objet que des secours donnés à des patriotes.

D. \^>us dites que ie chiffre de 5 00 fmncs n'est pas exact ; quel est le chiffre véritable de ce prêt?

/?. Je ne meîe rappelle pas bien; seulement ce n'était pas 600 francs.

D. Ceci est suffisant pour établir votre intimité avec Cavaignac et montrer qu'elle était assez ancienne. Maintenant, veuillez dire pourquoi, ayant besoin de le voir, vous avez pris une permission pour voir un autre individu et non pour le voir lui-même?

R. Je réponds à la première partie de la question qu'avant 1833 je n'avais jamais vu Cavaignac, et lorsque je lui fis le prêt dont il vient d'être question , je ne l'avais vu qu'une fois ou deux. Sur ia seconde partie de la question , je réponds que je n'ai jamais pris de permission sous de faux nom. Environ eu juin 18 34, un ouvrier m'ayant fait part qu'un de ses collègues était dans la misère , je demandai une permission à la Cour des Pairs^; cette permission m'ayant été refusée , cet ouvrier me prêta la sienne.

D. Quel est le nom de eut ouvrier?

R. Il s'appelle Chavautré; c'est un ouvrier tanneur. J'ajoute que je ne suis jamais allé voir qu'Henri Leconte, dans les prisons, avec une permission demandée par lui et qu'il a obtenue.

D. Cependant vous êtes convenu, dans votre interrogatoire du 2 3 septembre, que vous aviez vu Cavaignac à Sainte-Pélagic?

R. Je déclare que si j'ai vu Cavaignac ce n'oura été que (\v loin et dans luic cour où je n'étais pas.

D. Tout îe monde sait qu'avec le régime qui existait à cette époque dans la prison de Sainte-Pélagie , rien n'était plus aisé , quand on avait une permission pour voir un indixidu dans sa chambre que de se rencontrer en même temps avec d'autres détenus. On comprend aussi comment l'importance de Cavaignac , qui était président du comité central de la Société des Droits de l'homme, comment la nécessité de tenir secrète la demande que vous auriez eu à lui faire de fusils vous auraient fait sentir qu'il valait mieux ne pas demander à le voir, et vous trouver ensemble occasionnellement, en rendant visite à un autre détenu. Or, je vous fais remarquer que, dans le mois d'avril 1 8 3 5, vous avez fait trois visites constatées au sieur Leconte, à Sainte-Pélagie; plus une quatrième, le 7 mai, au Luxembourg; cette époque du mois d'avril est précisément celle où Fieschi a déclaré que vous aviez fait à Cavaignac la demande des fusils. Vous devez voir à quel point cette déclaration est fortifiée par la fréquence des visites que vous avez faites à la même époque à Saintc-Péiagie?

R. A l'égard des époques où l'on dit que je suis allé à Sainte-Pélagie, je ne m'en souviens nullement. A l'égard des moyens de comn^iunication, je prouverai en temps utile, que je n'allais nullement à la prison pour voir Cavaignac; je ne sache même pas si Cavaig?iac était détenu à cette époque-là. A fégard des fusils, c'est un conte, un mensonge comme Fieschi ew a tant dit, et je le prouverai plus tard si les moyens m'en sont laissés.

D. Je vous ai dit en commençant que les déclarations de Fieschi se fortifiaient par beaucoup de circonstances environnantes. Ainsi, relativement à son allégation sur cette demande de fusils faite par vous à Cavaignac, je vous fais remarquer que le même jour et dans le même interrogatoire, Fieschi a fait connaître que Cavaignac vous avait dû environ 500 francs; que vous aviez porté à une époque certaine un panier de vins à Sainte-Pélagie ; qu'il vous avait rencontré un jour sur le boulevart avec l'un des prévenus d'avril, sur lequel vous lui aviez révélé des particularités assez importantes. Eh bien ! la vérité de ces détails est incontestable; vous avez été vous-même obligé de le recon-

naître; voyez combien elle donne de force à la déclaration àa Fieschi <jui {es précise et à iaqiicllo vous avez cru devoir opposer votre dénégation , sans doute parce qu'elle vous compromettait davantage?

R. On me parlait alors de faits qui n'ont aucun rapport avec l'accusation dans laquelle je suis impliqué. A i'égard de Levraud , dont on m'a parlé , et des 500 francs qn'on m'a dit avoir été par lui remis à Cauaignac , ces faits s'ctant passés il y a huit mois environ , j'y ai réfléchi depuis : je crois que c'est Fieschi ou Morey qui m'a dit que Levraud avait fait ce prêt à Cavaignac. A i'égard du panier de vins et d'autres comestibles , que j'ai porté au Luxembourg, ce fut le jour du transfèrement des prisonniers de Sainte-Pélagie à cet endroit. N'ayant pu le donner, je le déposai chez Morey, oîi il resta trésiongtemps. J'étais avec un de mes amis lorsque je portai ce panier au Luxembourg, et cet ami remit 100 sous à Henri Lcconte , auquel ce panier était destiné. Il pourra dire si j'ai demandé à voir Cavaignac. La mère Je Leconte était aussi présente. J'observe que Fiesc/n^iparce qu'il eut connaissance que ce panier de vin est resté chez Morey , vient alléguer d'autres faits qui sont tout à fait contraires à la vérité.

D. Qtnei est la nom de cet ami dont vous venez de parler?

R. Je refuse de ie nommer, parce que cela n'a pas d'importance.

D. Pouvez-vous dire quel est ie motif du vif intérêt que vous preniez à Henri Leconte , que vous avez visité si souvent?

R. Par ceia même qu'il était dansie malheur et dans la misère. En temps utile, je ferai connaître que, lorsqu'il s'est agit de gens malheureux, je n'ai jamais regardé à l'opinion. Le nombre de ceux que j'ai obligés est beaucoup plus grand parmi ics partisans du Gouvernement actuel (jue dans les autres opinions.

D. Henri Leconte , après qu'ii eut manqué à sa parole , en se joignant aux accusés d'avril qui se sont évadés , lui qui avait eu une permission de sortir, n'a-t-ii pas été mis dans la confidence de vos projets d'attentat? N'a-t-ii pas été caché chez vous?

R. Je n'ai jamais eu de projets d'attentat ; je \\c\\ ai même jamais connu. A i'égard d'être caché chez moi , je ne l'ai pas revu de])uis son éva.sion ; cependant j'ai versé 100 francs à sa mère ])Our venir à son secours, ce qui est la preuve de mon inclination à obliger les nialh«'ureux. • <*^<^'"' •.

D. Savez-vous où demeurait Henri Leconte avant son arrestation ?

R. Non , Monsieur. Je sais cependant qu'il était employé connue ])liarmacien à l'Hôtel-Dieu.

D. N avez-vous pas dit à l'un de MM. les juges d'instruction que vous aviez un moyen certain de démontrer la fausseté des allégations de Fifschi? Si un tel moyen était en eftet à votre disposition, vous n'auriez rien de mieux à faire que de le faire valoir dès à présent ?

R. Je li'ai pas dit cela; j'ai dit seulement que je croyais être assez heureux pour démontrer, parla suite , que ses allégations contre moi sont contraires à la vérité. J'ajoute que je demande (ju'il me soit permis d'interroger /^/^.$c/fz sur ces mêmes allégations.

D. Je vous ai déjà répondu , sur pareille demande, que si vous aviez (juelques objections à faire aux déclarations de Fieschi , que vous connaissiez parfaitement, vous pouviez les faire toutes les fois que je vous interroge. Je vous ai même dit que si vous vouliez m'adresser vos questions par écrit, je verrais si elles me donnaient iieu A'en faire moi-même de nouvelles à Fieschi , et qu'ensuite je jugerais s'il V avait lieu de vous confronter de nouveau, ce dont rien n'indique en ce moment la nécessité , après ie grand nombre de confrontations {|Uî ont déjà été faites entre vous et lui.

Pîus n'a été interrogé, et a signé avec nous et le greffier en chef adjoint de h. Cour, après lecture faite.

Après avoir signé, Pépin dit qu'il ne se l'appelle pas toutes les allégations de Fieschi à son égard.

Nous ir.i faisons observer (|u'il a été confronté avec Fieschi sur tous les faits principaux qui lui sont imputés par celui-ci. Nous lui répétons que s'il a quelques nouvelles explications à donner, ou quelques nouvelles déclarations à faire, il peut les faire en ce moment; qu'il peut même nous les adresser plus tard par écrit, et que , sur ces observations ou déclarations, il sera fait tout ce qui pourra conduire à la découverte de la vérité. Nous le sommons, de plus, de nous faire connaître dès à pressent les questions qu'il veut faire à Fieschi.

Pépin répond : Toutes les fois que j'ai été confronté avec Fieschi, '[{ a été appelé à produire des allégations à ma charge ; je voudrais liser de la même latitude.

Nous lui faisons remarquer qne fes déclarations par suite desquelles il a été confronté ^sec FiescJii , ont toutes été faites, d'abord devant nous ; que lui et Fee^c^/ ont été interroges séparément sur ces déclarations; que la confrontation n'a eu lieu qu'ensuite; que rien ne l'empéoiie de suivre la nicnie marche, s'il a quelques déclarations à faire relativement à Fieschi , ou quelques accusations à porter contre lui , et que nous sonunes prêt à l'entendre.

Pépin répond que , dans ce moment , il nest pas assez calme pour «expliquer.

Nous le pressons de nouveau, lui offrant de faire écrire sur-le-champ ies questions qu'il aurait à adresser à Fieschi , que nous ferions immédiatement amener devant nous.

Pépin persiste à dire que ses esprits sont trop en confusion, à l'heure qu'il est, pour se rappeler les questions qu'il voudrait adresser à Fieschi.

Nous lui demandons si, en présence i\e Fieschi , il pourrait se souvenir de ces questions?

Pépin répond que cela lui serait impossible.

( Dossier Pépin , pièce . )

Lettre de Pépin à M. îe Président de la Cour des Pairs , en date du 7 novembre 183 5.

» (A annexer à l'interrogatoire qui pre'cède. )

A Monsieur le baron Pasquier, présideat de la Cour des Pairs.

Monsieur le Président,

f< Maintenant que l'instruction me parait toucher à sa fin , et que «pendant le cours des interrogations il ma constamment semblés que itFlechy avait été mue par un sentiment de haine ou d'intérêt pour «m'acca^îler aiiisi qu'il la fait, de calomnie et de fausses accusations. «Au nom de f humanité, de mes quatre 'jeunes enfants, de mon neveu «orphelin et a ma charge, j'ai l'honneur de vous suplicr Monsieur le

«'Président de fair une demarclie près de Flechy pour le prendre a ('part , sans instruction si vous le croyez util et pour ie prver de vous ^ dire la vérité, de parler sans haines et sans passion a mon égard , et « si il y a encore un reste de bonne fois, de io vanté dans son cœur, si il vne veut faire une victime d'un innocent, il vous dira peut être Mon- «fsiciu' le Président , car c'est l'expression de îa vérité, que jamais je ne fie payez ni conseiller pour fair ce qu'il a tait, et (jue si il avait suivi «mes principes de tous les temps, jamais il n'aui*ait fait tous le mal (' qu'il a lait.

«Encore une lois, jamai je n'ai conseiileis le mal a quique ce soit, «jamais je n'ai été animés d'aucun sentimens de haines pour personnes r-aux preuves que j'ai déjà avancés pandant mon secret j'ajoutterai « celle-ci : après mes mal'heurs de juin 18 3 2, dans l'unique but de prou- <^er a mes correspondants, que j'avais été injustement inculpés dans «ces evenemens, je fis une brochure, mais avant de la distribuer j'ai «voulu la soumettre a l'approbation d'un fonctionnaire honoraire du «Gouvernement pour lesquel j'ai une parfaite vénération, il me dit « alors de n'en rien fair que si je la distribuais dévers persomics s'en trou- « vcraient ofFensées ( t que Monsieur Jacmin commissaire de police dans «le 8^ arrondissement, en avait déjà eu connaissance en était mécon- « tent. Je promis au premier de n'en rien faire , de ne pî!S la publier, je «me transportais chez Monsieur le commissaire^ je lui fis les mêmes «promesses et cette brochure restât sans effets et sans publication.

«A titre de dénigrement il vous a été soumis Monsieur le Président, «dévers lettres contenant des injures et qui m'on été athesse par «ieponse de mon successeur, le marie est mort en état de folie, par «suite de débauches, l'épouse se déclara en faillite je la fis rélever de « cette faillite par jugement du 2 8 octobre 1 8 3 4 , et je fus le seul créancier «qui perdit dans cette affaire , je n'en dirais aucun mal; mais il me semble «qu'on aurait, dû ne point extraire de ces lettres, celles entérieures «et qui me passèrent sous les yeux déposées comme pièces que l'on « ma fait ségner, pour les remettre à mon épouse , par celle-ci on me « désigne comme père , comme bienfaiteur, on aurait au moin connu les «motifs de nos discussions et de quelle côté étaient le tort.

' « A legard de celles de mon jeune frère dont la jeunesse a été légère , «je ne puis en rien dire, qu'il vous plaise Monsieur ie Président à'on «fair prandre des information près de mes beau frères M", M % De- ^vani' Pépin ^ p, p'*, à Remy, dép^", de Laisne; Magnicr fer-

«mier en la même commune; Pourrier-Pcpm nég*, à S\ Quentm; «(c'est moi qui a cloltc pendant plusieurs années sans intérêts ma sœur «son épouse) ils vous dironts tous ce que j'ai tait et soufTert pour ce «jeune homme, ils vous diront peut être que j'étais le conseil de feu «ma mère, et le protecteur de mes frères et sœurs. Que j'ai encore \ «leurs neveu et le miens à ma charge dont les soins me furent confiés «par notre mère ason lit de mort. Vous pouvez encore Monsieur le «Président , vous informer de ce que dessus et de ma moralité à Mon- « sieur Devant -Peinte banquier, l" conseiliié municipal et comman- «dant ia garde nationale à cheval de l'arrondissement de Laon et «demeurant en cette ville, ce monsieur a toujours été partisan du gou- «vernement de julhet, il connais ma famille, mon caractaire , il m'a vus «élever. Pandant mon secretprenez je vous en prie Monsieur le «Président, quelques informations j)rès de ceux qu'ils m' ont connu «ils vous diront peut être que quand je pouvais rendre des services « obliger quel(ju'un je l'ai toujour fait et sans avoir égards aux opinions «et sans intérêts.

«Veulliez Monsieur le Président, agréer l'expression aussi sure que «sincère de ma haute considération ».

Signé : Th" Pepin.

Conciergerie 7, novembre 18 35.

P. S. Avec la présente dévers missives, que j'ai l'honneur de vous pryer d'ordonner quelles soient remis amon épouse.

( Dossier Pepin, pièce ).

17'" Interrogatoire subi par Pepin, le 10 novembre 1835, devantM.Ie baron Pasquier, pre'sident de la Cour des Pairs; ledit interrogatoire contenant confrontation de Pepin avec Fieschi.

D. Vous avez dit plusieurs fois que Fieschi vous faisait pein*, et que vous auriez voulu pouvoir vous dispenser de le recevoir chez vous; persistez-vous dans cette déclaration?

R. Je ne crois pas devoir répondre à luie question qui a dé\k été âgée; au surplus, je maintien ce que j'ai dit à cet égard.

D. Hier vous avez dit que dans toutes les confrontations qui avaient Interrogatoires. 35

cil lieu entre vous et Fieschi; il était arrivé avec des allégations contre vous, et (jue vous vouliez en faire autant contre lui. Malgré ce que je vous ai objecté à cet égard, et bien que dans les dernières confrontations ce soit vous qui Tayez interpellé presque continuellement, toutefois, prenant en considération cette peur qu'il paraît vous inspirer et à laquelle hier encore vous faisiez allusion, je désire venir à votre secours autant qu'il dépend de moi , et si vous me faites connaître la moindre interpellation de quelque gravité, que vous ayez à lui adresser, je suis prêta le faire venir; expliquez-vous à cet égard.

R. Je ne me rappelle pas parfaitement en ce moment, tout ce (|ue j'aurais à lui demander; cependant, je voudrais qu'il s'expliquât sur la qualité de visiteur des sections du 1 1^ arrondissement qu'il m'a attribuée et aussi sur ce qu'il a dit que j'aurais annoncé son attentat aux journalistes.

D. Sur ce dernier point, je vous fais observer que ma mémoire ne me fournit rien de semblable dans aucune des déclarations de Fieschi. Mais je vais moi-même vous adresser quelques questions sur vos relations avec lui. Puisque Fieschi vous a si complètement chargé, vous ne devez vous faire aucun scrupule de dire sur lui tout ce que vous pouvez savoir, de lui renvoj^er avec toutes les preuves qui sont en votre pouvoir, l'accusation qu'il fait peser sur vous. N'aurait-il pas usé de la peur qu'il vous inspirait pour vous faire coopérer à ses odieux projets? n'auriez-vous pas eu la faiblesse de vous laisser engager successivement par lui dans des démarches dont vous n'auriez pas d'abord compris toutes les conséquences, et qui vous auraient entraîné plus loin que vous n'auriez voulu? Expliquez-vous à cet égard.

R. Je plains Fieschi qui m'accable d'injustes accusations; s'il y a quelque loyauté dans son àme, et qu'il veuille dire la vérité, il dira que ce n'est pas moi qui l'ai payé ou conseillé pour faire le mal; c'est contraire à mes principes de tous les temps , et tous ceux qui me connaissent en diront autant. A l'égard des sommes qu'il a dit que je lui avais avancées , plus tard j'espère être assez heureux pour faire voir que cette allégation est contraire à la vérité; que j'ai pu prêter par subterfuge ou autrement quelqu'argent sans que ce soit à Fieschi cependant, et que je n'ai point donné ni promis d'argent ,- c'est-à-dire de fortes sommes , à qui que ce soit.

D. Si ce n'est pas vous qui avez fourni à i^^'e^c//^' l'argent avec lequel

il a paye son loyer et Tait les frais de sa machine, vous étiez trop intimement lié avec lui pour igruorer ia manière dont il se procurait ies sommes dont il avait besoin, et pour ne pas connaître les personnes qui étaient dans le cas de les lui fournir. Expliquez-vous à cet égard.

R. Avant que je n'eusse connu le caractère de Ficschi, en ce qu'il m'avait dit, qu'il était un patriote dans le malheur, et poursuivi, ainsi que moi, comme détenteur d'armes, j'avais pour lui quelque considération , en raison de ce que je croyais ce qu'il rae disait. A l'égard de i'intimité, il a dû être prouvé, je crois, que j'ai tout fait, en dernier lieu, pour rester, en ma qualité de père de famille, à travailler en repos et utilement à mes intérêts et à ceux de mes enfants.

D. Ceci ne répond pas à ma question; je vous le repète, quelles sont, à votre connaissance, les personnes qui ont pu fournir de l'argent à Fieschi?

R. Fieschi avait beaucoup d'autres connaissances que moi ; il était intimement lié avec Moreij ; celui-ci pourrait, je crois, donner mieux que moi des renseignements à ce sujet.

D. Il résulte, en elTet, Je Tinstruction, qu'une partie des sommes que vous auriez données à Fieschi aurait passé par les mains de Moreij, notamment celle qui aurait servi à acheter les canons de fusil. Qu'avez-vous à dire à cet égard?

R. Fieschi, avant mon arrestation, avait dit que c'était moi-même qui lui avais remis cette somme; en ma présence il a dit que c'était Morey , de mon ordre. Je déclare n'avoir jamais rien donné à Morey. Plus tard je ferai voir que je ne lui ai rien donné , mais que j'ai pu l'obliger dans un temps, et non relativement à ces canons de fusil.

D. Parmi les papiers saisis à votre domicile, se trouvaient trois mains courantes qui vous ont été représentées, ainsi qu'à votre femme, et que vous avez l'un et l'autre reconnues; ces mains courantes ont une daté certaine, elles se succèdent sans interruption depuis la fin de septembre 1834, jusqu'au mois de septembre l 835, et chacune d'elles commence au jour précis où finit celle qui précède. Cependant à la suite du dernier crédit inscrit à son ordre de date, sur chacun de ces livres, on y lit-diverses notes dontla plupart ne portentaucune indication du jour où elles ont été écrites, et qui semblent se rapporter indistinctement à toute la période de temps qu'embrassent les mains courantes

27ft INTEPvROGATOîrxES

sur lesquelles elles se trouvent, N'avicz-vous pas, vous ou votre femme, J'Iiahif ude de réserver à la fin de chacun de vos livres , sur lesquels vous inscris icz les crédits que vous faisiez persoiuiellenient , un certain nombre de pages sur lesquelles vous inscriviez les commandes que vous receviez, les avances que vous étiez dans le cas de faire, et généralement tout ce dont il vous imjîortait de garder le souvenir, et qui n'avait pas trait directement à votre commerce de détail?

R. Les feuilles qui, à la lin de chaque livre, portent des articles sans date, étaient spécialement consacrées à recevoir des notes, et les adresses des personnes qui m'offraient des marchandises, et avec lesquelles je pouvais faire des affaires. Souvent il arrivait que plus tard ou avant, on écrivait encore dessus, quand il restait du papier.

D. L'incertitude que vous auriez témoignée sur la possibilité d'allumer assez vite la traînée de poudre qui devait mettre le feu à la fois à tous îes canons de la machine, incertitude qui aurait motivé l'expérience qui, suivant F/e^c///, a eu lieu dans les vignes du côté du Père-Lachaise , n'était-elle pas un moyen que vous aviez imaginé pour renoncer à une entreprise dans laquelle vous aviez regret de vous être engagé ?

R. Je n'ai point de réponse à faire à une pareille question.

Z). Vous étiez évidemment lié avec des ennemis très-prononcés du Gouvernement; ces ennemis, en plusieurs occf.sions, ont disposé de votre bourse; à ce sujet vous avez parlé de votre bon cœur, et il a pu, en effet, vmîs égarer. Cavmgîiac , Henri Leconte , Guinard, car vous paraissez aussi avoir vu celui-ci à Sainte-Pélagie, ue vous auraient-iis pas donné de pernicieux conseils dont leur évasion devaft leur donner le moyen de braver ies conséquences? Exphquez vous à cet écard.

R. D'abord, je déclare ne pas connaître Gumaî^d, ne lui avoir jam.ais parlé, que je sache; je n'ai jamais été l'ennemi de personne; je n'ai jamais donné ni mis à profit de mauvais conseils, au cas où l'on m'en aurait donné. A l'égard de l'emploi de ma bourse, j'ai obligé, il est vrai, le plus souvent à titre de prêt, et jamais je n'ai regardé à l'opinion de la personne que j'obligeais.

7). Vous parlez, ce qui est fort simple, de l'éloignement que vous avez toujours eu pour faire du mal à qui que ce soit; d'où vient donc

i'inlérét extrême qu'on vous voit prendre si facilement pour un liomme q le vous ne connaissiez pas, et qui n'a d'autres titres à votre l)ienfaisancc que celui d'être sous ie j)oids de l'accusation d'avoir ])ris part à une guerre civile, soulevée dans le sein de fa capitale. Telle était, en effet, la situation de Hemi Lccoîi te , que vous avez seicouru avec tant dempressement et de persévérance. Ne tcniez-vous donc pas la guerre civile comme un des plus grands maux qui pût être fait à votre pays?

R. Jamais je n'ai tenu à la guerre civile, je suis trop ami de mes concitoyens pour jamais avoir voulu leur mal; je sais trop ce que vaut la vie d'un homme pour sa famille ; janîais je n'ai pris les armes contre mes concitoyens. Je jure devant Dieu n'avoir jamais tiré sur eux, et si je suis décore de juillet, c'est pour les avoir secourus et non pour les avoir tués, quoiqu'on en ait dit et fait. A l'égard de Henri Le conte , je le connaissais avant son arrestation , et il suffisait qu'il fût dans le malheur, sans fortune, réduit aux vivres de la prison , pour que je vinsse à son secours , d'autant plus que je savais qu'il avait aussi bon cœur , et qu'il avait rendu la santé et îa vie à une dame que je connaissais. J'ajoute que je demande toujours à interroger Ficschi, et que je trouve extraordinaire qu'on vienne si souvent m'intcrroger moi-même, sur les mêmes faits et sur les mêmes motifs. Je crains qu'on ne veuille me perdre par des j)réliminaires et des entourages d'interrogations. Dans un temps, avant mon arrestation, j'ai dit que j'avais confiance dans la juridiction de la Cour des Pairs; dans ma conviction , je crois qu'on ne devrait me faire que des questions qui auraient rapport à l'accusatior. dont je suis l'objet; peut-être suis-je dans l'erreur, mais je ne connais pas la juridiction , c'est pourquoi j'avais demandé à avoir un conseil avant de faire mes réponses.

D. Je vous ai déjà fait remarquer que vous ne pouviez avoir de conseU à cette époque de l'instruction.

Et a signé, après lecture.

Et , à l'instant , nous avons fait amener devant nous le nommé Fiescht, et en sa présence, nous avons dit à P^j^^'w ; Vous avez dit que vous désiriez interpeller Ficschi sur la qualité de visiteur des sociétés du onzième arrondissement , qu'il vous aurait attribuée ; qu'avez-vou» à lui demandera cet égard ? i .vo7f>-

St7È INTERROGATOIRES

Pcpin dit : Je demande à Fieschi s'il j)crsiste dans cette allégation ?

Fieschi repond : Je persiste à déclarer que Pépin me l'a dit luimême; je n'ai pas d'autre preuve à donner.

Pcpin à Fieschi: Ncm'avez-voiis pas dit que si vous aviez un métier à tisser, vous ne seriez pas embarrassé pour vivre, que vous saviez fabriquer le drap et le tissu, que déjà vous en aviez fait plusieurs pièces que vous aviez vendues avantageusement?

Fieschi vé^onà : Certes, j'ai dit que je connaissais la partie des tissus, puisque j'ai été contre-maître d'une fabrique, puisque j'en ai fait à CrouUebarbe, et que j'en ai vendu à des amis ; je me connais à tout ce qui est tissu, et je n'ai pas menti en disant cela.

Pcpin à Fieschi: Ne m'avez-vous pas dit que vous feriez bien ce métier vous-même? ^

Fieschi répond : Certainement , j'avais fait moi-même celui que j'avais à CrouUebarbe.

• Pepi?ik Fieschi: duand vous me parlâtes d'argent à emprunter pour secourir votre dame , ne me promîtes-vous pas de me le rendre aussitôt que votre ami de la campagne vous l'aurait envoyé?

Fieschi répond : II faudrait savoir si je lui ai seulemeait parlé d'un prêt, et s'il m'a fait ce prêt; or, je ne lui ai pas demandé une somme,

I ne me l'a pas prêtée, et par conséquent je n'ai pu lui promettre de

ui rendre cette somme. y

Pépin à Fieschi: Ne m'avez-vous pas fait voir une lettre de cet ami?

Fieschi répond : Oui , Monsieur , une lettre de Janot , dans laquelle celui-ci me disait qu'il avait réuni 1,2 0 0 francs, et qu'à son arrivée il payerait toutes ses dettes; et comme il était mon débiteur, je comptais sur cette rentrée pour payer à Monsieur les 2 0 francs que lui devais pour des marcbandises prises chez lui à crédit; la preuve de ce que je dis est facile à dcnner, car Janot m'a envoyé de l'argent depuis que je suis détenu, et j ai encore sa lettre à ce sujet.

Pépin à Fieschi ; Né m'avez-vous pas dit , à cette époque-là , que votre dame avait besoin d'une voie de bois pour chauffer son hètel ?

. Fieschi répond : Ce que Monsieur Pcpin en dit , c'est pour amuser le tapis, parce que dans ie temps, cinq ou six mois avant cette atfaire, j'avais demandé une voie de bois de Morcij , qui la donna. La femme Petit n'ayant pas payé ce bois , je donnai à conq}te à Morey 10 francs que je reçus de Salis. Quant à M. Pcpin, je ne lui ai jamais demandé de bois pour ia femme Petit; mais il a su cette affaire, parce que nous en avons causé avec lui et iV/(97'^y, voilà pourquoi il en parle.

Pépin à Fieschi: Quelle lonojueur avait le manche en bois du burin que vous prîtes à la maison ? Était-ce au manche ou au fer qu'ii y avait de la couleur?

Fieschi répond : Comme je me suis servi de cet outil dans la fabrique de papiers peints oi^i je travaillais, il a pu y avoir de la couleur, soit au manche, soit au fer; quant au manche, il pouvait avoir deux ou trois pouces de long , mais je ne l'ai pas mesuré.

. (Dossier Pépin, pièce .)

18* Interrogatoire subi par Pépin ^ le même jour 10 novembre 1835, devant M. Zan-

giacomi, juge d'instruction , de'Ie'gue' (ledit interrogatoire contenant confrontation -^

de Pépin avec Fieschi).

L'an mil huit cent trente-cinq, le dix novertibre. Nous Vros^er Zaîioiacomi, juge d'instruction, etc.

Nous sommes transporté à ia Conciergerie, où étant, nous avons, en continuation du procès-verbal dressé aujourd'hui par M. le président de la Cour des Pairs , procédé à la confrontation des nommés Pépin et Fieschi.

Le sieur Pépin nous a prié d'adresser à Fieschi les questions suivantes :

D. Quelles sont les sommes que je vous ai remises , et combien vous en ai- je remis à la fois?

R. Un soir, ce fut la première fois, je me trouvais avec Morey, sous les arbres du Grenier d'abondance, et nous rencontrâmes Pépin; nous parlâmes de l'appartement qui venait d'être loué pou) fexécution de l'attentat : il s'agissait de donner des arrhes. M. Pépin

me remit 5 francs. Je remis ces 5 francs ie lendemain au portier de ia maison du boulcvart, en présence de More//.

La seconde fois Pcpui me remit, vers le 5 ou G mars, une somme de 40 à 45 francs. Cette somme était destinée à payer mon loyer, c'est-à-dire un demi-terme. Cette somme m'a été remise chez lui.

La troisième fois Pépin me remit, je crois, 130 francs pour payer mon mobilier : on peut consulter mon carnet, sur lequel on trouvera le détail de ces sommes.

Ici Fieschi a demandé à faire , sur un morceau de papier, le détail des différents objets achetés avec cette somme, et a demandé à joindre à notre procès-verbal le compte qu'il en dressait devant nos yeux. Ce que nous avons accordé en en donnant connaissance au sieur Pépin.

Nous avons signé et paraphé cette pièce ne varietur; îe sieur Pepi?i a refusé de la signer.

(Voir cette pièce à la suite du présent interrogatoire.)

Fieschi ajoute :

La quatrième (ois Pépin me remit 40 francs pour le payement du second demi-terme.

La cinquième fois, 15 francs pour l'achat du bois de la machine; r plus 6 fr. pour la façon de cette machine.

La sixième fois Pepiji me remit encore 40 francs pour le troisième demi-terme.

Fieschi ici déclare que , quant à la date de cette dernière remise , il ne se la rappelle pas, mais qu'il serait facile de l'établir, en suivant les demi-termes échus et à échoir. Il ajoute :

Je reçus en outre du sieur Pépin, 15 francs le jour que j'ai été avec lui essayer la traînée de poudre du côté de la barrière Montreuil. Plus, en divers payements, à des époques que je ne pourrais déterminer, une somme de 40 francs environ, que le sieur Pépin me remit pour mes besoins. Dans cette somme de 40 francs se-trouvent compris 10 ou 12 francs que me donna Moreij, et qu'il porta en compte dans la dépense qu'il a réglée avec Pépin.

duant à l'argent de la malle et des canons, je ne l'ai pas reçu directement du s'ieuv Pepi?i, mais bien du sieur Morey.

Le prix des canons se monta à 187 francs 50 centimes, et celui delà malle à 12 francs 5o centimes.

Je fais observer que Morry m'avait donné pour remettre à titre d'arrhes une somme de 2 0 francs pour ces objets.

Le sieur /^^^m demande cpie F/<?A'67// explique ce qu'il a entendu dire, en parlant de comptes qui auraient été faits entre ïui et Morry.

Fleschi répond : Pépin et Morey étaient convenus ensemble de çupporter^ chacun par moitié, les frais que nécessiterait l'entreprise, et ils auraient compté ensemble les frais de cet arrangement.

Le sieur Pépin a dit que cette allégation de Fieschi était fausse.

Le sieur Pépin a demandé à Fieschi en présence de qui il \ui avait remis les sommes dont il parle.

R. Excepté le jour oîi Pcpin me remit 1 2 ou 1 5 francs chez Bertrand, à Montreuil, en présence de Morey , et celui où il me donna 5 francs jiour les arrhes de mon loyer, encore en présence de Morey, le reste m'a été remis par lui, chez lui et sans témoins.

Le sieur Pépin demande à Fieschi en quel endroit de ia maison il lui a remis ces sommes.

Fieschi répond : Dans son bureau au rez-de-chaussée. C'était, ajoute-t-il , le matin entre cinq heures et demie et six heures, avant que sa femme se ievât.

Le sieur Pépin demande à Fieschi où fui Pépin prenait cet argent pour le lui remettre.

Fieschi répond : II sortait l'argent de sa poche ; car je fais observer qu'il ne me remettait d'argent que quand j'étais passé la veille pour l'ai en demander, en l'absence de sa femme; c'est pour cela que j'y venais le matin, où je ne le trouvais qu'avec ses garçons; il me remettait fargent sans le compter, en me disant : voilà votre affaire, et je ne le comptais pas en sa présence, pour ne pas faire voir aux garçons que je recevais de l'argent de M. Pépin.

«Ainsi, dit le sieur Pépin , Fieschi prétend que j'avais l'argent «tout prêt dans ma poche ?i>

«Oui , répond Fieschi , parce que j'avais demandé la veille au «soir précisément ce que je désirais, et que je trouvais commode de «retourner le lendemain chez Pépin en allant à mon ti-avail. »

Le sieur Pépin répond que son épouse se levait aussitôt que lui , Interrogatoires. 36

et que presque tous les matins il allait à sa succursale de la rue de Bercy. II ajoute :

«Je vous prie de questionner Ficschi sur le point de savoir s'il n'a «pas dit, dans un précédent interrogatoire, (juil existait surines .«livres une mention que je devais me garder de n^ontrer à ma « femme. »

Ficschi répond : Voyant ])orter sur un registre de Pépin : « elo7i7ié (le l'avgeni a Bescher, d j'ai dit qu'il fallait preiidre garde que la dame Pépin ne vit cette mention.

Le sieur Pépin ajoute, en réponse à une question précédente, qu'il n'a jamais donné à Ficschi les sommes qu'il a indiquées et (jue» s'il les avait données, ses jeunes gens et son épouse s'en seraient aperçus ; et quant à la mention d'argent donné à Bescher, il déclare que sur ce point encore l'allégation de Ficschi est contraire à la térité , puisqu'il a dit précédemment que M""^ Pepiu ne le connaissait pas sous le nom de Bescher.

Ficschi dit , en réponse , qu'il est impossible de supposer que la dame Pépin ne l'ait pas connu sous le nom de Bescher , depuis le temps qu'il fréquentait sa maison.

Pépin à Ficschi : Dans un de vos précédents interrogatoires vous avez dit qu'on devait voir figurer dans le prétendu compte que vous avez indiqué , des sommes de 1 2 , 1 5 , 20 et 3 0 francs , une fois versées, sur la place de la Bastille , et dans une autre vous avez dit que c'était Moreij ([ui vous avait remis ces petites sommes; pourquoi ces contradictions?

Mieschi répond : Dans tant de fois que j'ai reçu de l'argent, if est possible que j'aie fait une variation.

Pépin à Ficschi : Dites-vous enfui que vous n'avez pas difc cela?

Ficschi répond : Qn'ai-je à dire à de pareilles questions? depuis cinq ou six mois, je puis avoir varié et oublié s'il m'a remis une fois une somme quelconcpie sur la place de la Bastille.

Pépin à Ficschi : Je le prie de m'expliquer comment j'ai pu promettie de l'argent à M"^ Nina, puisque je ne la connaissais pas ; il me semble que, si cela eût été vrai, la première cbose était de me faire connaître cette demoiselle.

Ficschi répond ; Lorsque je parlais de eette malheureuse entre-

prise à lui et à Morcy^ je I •■ r disais que j'avais promis et que je tiendrais parole. Je me regardais comme un Iiomme perdu et je leur recommandais ia petite Nina , que M. Pépin ne connaissait pas, il est vrai , mais qui était hicn connue de Morcij. Pépin et Morey m'avaient promis de lui donner 10 fr. par mois, à fa Salpctrière. Comptant sur cette promesse, j'aurais été tranquille en périssant , la sachant à l'abri du besoin.

Le sieur Pépin répond que sa position sociale ne lui permettait pas de tenir une pareille promesse. Il nous prie de demander à Fieschi en pré^-ence de qui il a, lui Pépin, tenu les mauvais propos qu'il lui attribue , relativement au Gouvernement.

Fieschi répond : En présence des" personnes qui ont dîné chez vous avec moi, dans le mois de mai dernier, c'est-à-dire de MM. Recuvt et Morey, d'un avocat et d'un député , et souvent dans votre boutique en présence de ceux qui venaient y taire les républicains et y lire le Réformateur; ce fut surtout à Tépoque où vous distribuâtes des protestations contre le service de la Cour des Pairs.

Pépin à Fieschi : Connaissiez-vous quelques-unes des ces personnes ?

R. Je ne les connaissais que de vue, et pas bien par leurs noms. C'était le matin que cela se passait, au moment où tout le monde -venait chercher de la couleur. Si M. Pépin voulait bien dire le nom de celui qu'il croyait être un mouchard , on pourrait le faire citer et Ton saurait de lui que je dis la vérité.

Fieschi ajoute qu'entre autres propos qu'a tenus le sieur Pépin , au diner dont il a parlé, il se rappelle que s'adressant à M. Levaitlant il lui dit : « Mais si le Roi venait à mourir, que ferait-on ? i) Le sieur Levailîant répondit : « On dirait le Roi est mort ! vive le «Roi! II a son fils.» Mais si une épidémie enlevait l'un et l'autre? répondit Pépin : le seiur Levailîant se contenta de répondre : «Laissons bouillir le mouton ! >iCe qui dans ma pensée signifiait : si on en était là , on verrait

Pépin à Fieschi : Etions-nous seuls lorsque je vous aurais dit qu'il fallait faire monter chez moi un individu , présumé mouchard , pour lui donner une roulée et lui prendre son argent pour les condamnés politiques ?

Fifschi ré\)ond : Nous étions sciils; c'était fc soir.

Prjjî/f (lit : Je prouverai pîus tard que tout ce que \]cnt de dire FiescJti est contraire à fa vérité; que jetais toujours chez moi avec (|Melqu'un, et que Fieschi parle cantre moi avtT haine ou intérêt; c'est au moiiFS ma conviction.

Pépin à Fieschi : Pourquoi êtes vous resté deux mois, avant votre arrestation, sans venir chez moi?

U. Huit jours, c'est donc deux mois? car il n'y avait pas huit jours que j'avais vu le sieur Pejjin pour lui parler de l'achat des canons et pour en convenir; j'étais entré dans son- domicile , huit jours avant le 2 8 juillet.

Le sieur Pépin réplique qu'il prouvera , lorsque cela lui sera permis, qu'il dit la vérité, et que tous les gens de la maison prouveront ce qu'il a dit.

Pépin à FiescJii : Pourquoi m'avez vous dit que vous étiez poursuivi comme détenteur d'armes de guerre, comme je l'étais moimême ?

Fieschi répond : Vous n'êtes pas mon juge, je n'ai pas de léponse à vous faire.

Pépin à Fieschi : Ne m'avez-vous pas dit que vous connaissiez des personnes honorables qui s'intéressaient à vous pour vous faire réintégrer dans votre place?

Fieschi répond : Je trouve ces questions telles que je ne veux pas y répondre.

Ici nous faisons observer au sieur Pépin que ces questions ont été A^k par lui faites , et l'invitons à interpeller son co-incuïpé sur d'autres points.

Le sieur Pépin répond qu'il désire reproduire encore une fois ces interpellations : mais Fieschù, interpellé, n'y fait aucune réponse.

Pépin à Fieschi : Ne m'avez-vous pas dit que, si vous n'aviez pas été arrêté , vous le deviez à un employé de la police qui vous avait prévenu à temps?

R. Je répondrai à ceîa, lorsque ceux qui doivent me juger me questionneront à cet égard,

Pépin ciccïarc qu'il prouvera par d'autres personnes qu'il a tenu ic propos, à l'aide duquel il s'est introduit chez lui,

Fieschi 'k Pépin : Si j'ai été reçu chez vous, c'est parce que vous ( onnaissicz le modèle de la machine.

Pépin à Fieschi : Pourquoi , avant mon arrestation , avez-vous dit (jue je connaissais des généraux et autres personnages? ce qui est contraire à la vérité.

Fieschi répond : J'ai parlé d'un général, d'après ce que Pépin m'en avait dit, mais non de plusieurs généraux; ce général aurait^ tenu les propos que j'ai déjà répétés deux t'ois.

Pépin à Fieschi : Pourquoi avez-vous dit que vous m'aviez rencontré avec huit livres de poudre que je portais dans mon dos?

Fieschi répond qu'il n'a pas dit cela.

Pépin à Fieschi : Pourquoi avez-vous dit» avant mon arrestation, que vous m'aviez soumis le dessin de la machine, tandis que depuis mon arrestation vous dites que c'est Moreij qui me i'a soumis.

Fieschi répond que c'est Morey qui l'a soumis la première fois à Pépin { seulement que, Pépin ne comprenant pas le dessin, il lui avait dit qull lui en ferait une en bois , ce qui a été fait.

Pépin déclare que Fieschi parle avec haine ou intérêt, que c'est sa conviction, et que la plupart de ce qu'il a dit est contraire à la vérité.

Fieschi répond qu'il n'a fait qu'obéir à sa conscience, et que, bien qu'il eût quelques obligations à M. Pépin, il avait cru devoir dire la vérité.

Lecture faite, les parties ont persisté et ont signé.

Il est nécessaire d'observer ici que les demandes ont été dictées textuellement par le sieur Pépin, et les réponses faites et dictées par le sieur Fiesclii.

Note écrite par Ficschi, à annexer a V interrogatoire qui précède.

Traversin. 5.

Moteïa 2 8.

Copertor 2 0.

Drap 10.

Chese 5.

Table 7.

Chandelli , . 1.

Por de Boi 6 a cherbon.

Glasse 6 .

Sig7îé:¥m?>cm.

19* Interrogatoire subi par Pépin, le l4 novembre 1835, devant M. Zangiacomi

juge d'instruction , dele'gue.

L'an mil huit cent trente-cinq, ie quatorze novembre ;

Nous , Prosper Zaïigiacomi , juge d'instruction , etc. nous sommes transporté à ia Conciergerie dans une chambre oii nous avons fait venir le sieur Pépin, déjà qualifié, et nous lavons prévenu que, l'instruction étant sur le point d'être terminée, il importait qu'il fît connaître dès à présent les questions qu'il a annoncé , dans une lettre en date du 1 1 courant, vouloir encore adresser à Fieschi.

Le sieur Pépin nous a répondu qu'il désirait non interpeller le nommé Fieschi, mais annexer au présent procès-verbal une note qu'il a faite et qu'il nous dépose.

Nous avons avec ledit sieur Pépin signé et paraphé ne varietur

ladite pièce, sur le contenu de iaquellc nous lui avons adicssé les questions suivantes (l):

D. Dans la pièce que vous venez de déposer, vous annoncez avoir commis quelques erreurs à votre préjudice dans vos interrogatoires des 9 et 1 G courant; vous dites que vous les réparerez plus tard si cela vous est permis; je vous fais observer que vous avez toujours eu toute latitude pour vous disculper, et vous engage à signaler les erreurs dont vous voulez parler.

R. Une de mes erreurs, c'est, ii me semble, d'avoir signé ime question relative à des livres, sans savoir s'il y avait des faits ou des fautes qu'on puisse me reprocher, et sans avoir examiné ces livres suilesquels on m'interrogeait, parce qu'alors j'aurais donné toute explication. Pour la première fois j'ai refusé de répondre à une question qui m'a été posée par M. le Président, parce que, dans mes esprits agités, il m'a semblé que de pareilles questions pouvaient encore servir de prétexte pour me mettre en présence d'un homme qui m'inspire de la frayeur.

Quant aux autres erreurs, je ne me rappelle plus des questions et, ne les ayant pas sous les yeux , je ne puis y répondre péremptoirement.

D. Je dois vous rappeïer qu'on ne vous a jamais adressé aucune question sur vos livres sans 1° vous les représenter, 2° vous expliquer ies conséquences qu'en pouvait tirer contre vous finculpation. Pouvezvous citer quelques circonstances dans lesquelles cette double précaution ait été méconnue , et de quel fait vous croyez avoir à vous plaindre?

Le sieur Pejnfi répond: Je crois qu'on aurait dû me dire pourquoi on m'a demandé , il y a quelques jours, si je réservais dans mes mainsçourantes des feuilles en blanc pour prendre des notes.

D. Je vous rappelle que l'observation faite à cet égard, sur la tenue de vos livres , a eu lieu pour déterminer approximativement la date d'une inscription qui y est portée, et l'observation en a été faite et consignée dans votre interrogatoire.

R. A i'égard de cette inscription qu'on m'a fait voir, je ne l'ai pas

(t) Voir cette pièce imprimée ù la suite du pre'sent irïterrogaloirc.

aS8 INTERROGATOIRES

vue enclavée dans la catégorie des adresses, cilc est sur une feuille

spécicdc et détachée.

D. De quelle inscription vouîcz-vous parler?

R. De celle que ion m'a montrée, d'environ 2 00 francs.

D. Ponvez-v.ous expliquer aujourd'hui (ce que vous avez dit devoir expliquer plus tard), à qui cet argfent a été donne et pour quel usage il était destiné?

R. Je ne puis îe faire, quant à présent, vu le secret dans lequel je suis, par cela même que je n'en ai aucun souvenir et que je ne sais même pas ce que cela veut dire.

Je conviens avoir vu cette inscription dans le cours de l'instruction , mais il y a fort longtemps.

D. Comment croire que depuis trois ou quatre mois vous ayez perdu complètement le souvenir de l'emploi d'une somme de plus de 20 0 fr. , qui, vu la nature de votre commerce, avait quelque importance pour vous ?

R. Je ne sa.che pas précisément si cela a été écrit par moi; en tout cas, je ne l'aurais pas écrit sur une feuille détachée, je l'aurai^ intercalée dans mes livres , si j'eusse remis de l'argent.

D. Vous avez dit, tout à l'heure, que les questions qui vous avaient été adressées en dernier lieu vous avaient paru pouvoir servir de prétexte pour vous mettre en présence d'un homme qui vous inspirait de ia fraveur.

Je vous fais observer, à cet égard, que cest toujours sur votre demande que vous avez été confronté, en dernier lieu, avec le nommé Fieschi; qu'ainsi la justice n'a eu d'autre motif de vous adresser des questions que d'arriver à la vérité.

R. Quand il s'est agi de repousser ces allégations à ma charge , j'ai cru devoir demander à lui faire des interpellations.

D. Dans la note que vous venez de déposer, vous dites avoir reçu dés demandes de secours de quelques détenus d'avril, et avoir donné quelques comestibles et argent à leurs femmes. Quels sont ces détenus?

R. Je n'ai jamais vu ni connu ces messieurs; ils m'écrivirent, parce qu'ils avaient vu mon nom dans les journaux, pour venir au se-

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cours de leurs dames. Je ne me rappelle pas leurs noms ; je sais seulement que l'un d'eux se nomme Poirotte. Je sais cju'un autre demeurait rue Aubry-Ie-Boucher ou aux environs,

D. Vous terminez la note ci-annexee par ces mots : « Ainsi f|uc je ('l'ai dit, je n'ai ])oint connu ni voulu connaître son projet. Pendant ctmoîi secret, je déclare avoir fait cet aveu à divers, entre autres à une «dame et longtemps avant révéuement, »

Ces mots prouvent évidemment que yous aviez connaissance du projet de Fieschi. Je vous interpelle de nouveau de dire à la justice ce que vous en saviez et qui vous en pvait parlé.

' R. Je réponds à cela que, déjà interpellé plusieurs foi? à ce sujet, j^ai dit tout ce que je §avais,

D. Quesaviez-vous?

R. Je savais que cet homme avait ^es projets graves eu tête,

D. Quels étaient ces graves projets?

R. II m'avait dit qu'il ferait parler de lui. D. En quoi faisant?

R. Il ne m'a jamais dit le fin mot , et c'est alors que je fis tout pour l'éloigner de chez moi,

D. On vous a déjà fait observer que vous ne saïuiez avoir de ménagements à garder vis-à-vis de Fieschi, dont vous connaissez les déclarations. Persistez-vous, aujourd'hui que l'instruction est sur le point d'être achevée, à ne pas vous expliquer plus catégoriquement sur les projets graves qu'il vous a dit avoir en tête, et que vraisemblablement H vous a fait connaître moins mystérieusement que vous ne le dites?

R. Si je les avais connus , j'aurais été assez heureux de racheter par là, en préveqant l'autorité, les malheurs qui me frappèrent antérieurement.

D. Dans une affaire que vous reconnaissez vous-même d'une grande gravité , on conçoit difficilement que vous ne désigniez pas, dès à présent, les témoins dont vous parlez, à raison de la crainte de leur produire trop de frayeur en déposant devant les autorités.

Je vous invite, dans votre intérêt et dans celui de la vérité , à faire connaître les noms des personnes, et notamment de la dame à qui vous àïiGS , daus votre note , avoir fait l'aveu des projets de Piçj^chi. , . , Jntprrogatoires. 37

R. Je persiste, dans riucjiiiétude que j'ai de déranger CGiie dame, quant à présent.

Déjà trop de fois, dans cette affaire, j'ai dérangé beaucoup de personnes; mais je déclare que c'est l'expression de la vérité.

D. A quelle époque vous proposez-vous de faire entendre les personnes dont vous pariez?

R. Si je suis mis en accusation, que cela me soit permis, et que je sache ne pas trop les déranger, je les ferai citer à l'audience.

D. La justice a épuisé , en ce qui vous concerne, ses investigations; elle a recueilli vos moyens de défense , comme les charges qui pesaient contre vous, et je vous interpelle en son nom, et pour la dernière fois, de déclarer si vous avez quelque chose à ajouter à votre justification.

R. Je ne sais pas de quoi je suis accusé ; je ne sais pas quels sont îes faits qui me sont reprochés ; je ne connais pas la juridiction devant laquelle je suis traduit, ni les lois du pays. Lorsqu'il me sera permis d'avoir un conseil, et que je connaîtrai les charges qui existent contre moi, je me disculperai comme je le pourrai. Toutefois, d'ici là, je proteste de mon innocence.

D. Tous les interrogatoires que vous avez subis vous ont fait connaître l'inculpation dout vous êtes l'objet, et qui consiste à avoir, de complicité avec les nommés Fieschi , Morey , Boireau et Bescher^ commis un attentat contre la vie du Roi, des assassinats contre divers individus, en aidant et assistant fauteur principal de ces crimeSi dans les faits qui les ont préparés , accompagnés et suivis.

jR. Je répète que je suis innocent, et que c'est à tort que fon macn cuse de complicité dans un crime dont je défie qu'un seul homme ju-: dicieux, connaissant mon caractère, puisse me croire coupable. Je neme rappelle plus de tous mes interrogatoires ; quand je les aurai sous, les yeux, si je suis mis en accusation , je pourrai redresser les erreurs que j'aurai commises.

D. Persistez-vous à dire que vous navez plus d'interpellatio^ns à/ faire au nommé Fieschi? .

R. Je plains Fieschi par cela même qu'il m'a accablé d'injustice ; '' si je l'ai interpellé, ça été pour ma justification. Par cela même qu'ii 1 est injuste à mon égard, je ne veux pas agir de même avec lui, et

jouer tout à la fois îes rôles de prévenu et d'accusateur. Quant à présent, je n'ai pas d'interpellation à lui faire.

L'inculpé n'a plus rien dit; nous lui avons donné lecture du présent interrogatoire, dans le contenu duquel il a persisté, et qu'il a signé avec nous et le greffier, ajoutant: «Je ne connais pas ia portée «des mots quand il s'agit d'accusation; et si, dans mes réponses, quel- Hque chose peut me nuire, c'est par défaut de connaissance, et, «dans riiypothèse où je me trouve, on parviendrait peut-être à faire «d'un innocent un coupabie. w

Note remise à M. Zangiacomi, par Pcpin. le 14 novembre 1835, et annexée ù la minute de l'interrogatoire qui pre'cède.

« Voilas 5 3 jours que je suis au secret, relégués dans une petite «chambre que iomme cabanon, en société de quatre serg* de ville, ne «pouvant prandre que peux ou pas de sommeil en ce que chaque l/2 «heure de la nuit 1 surveillant vient observer si mes gardiens ne «dorment pas et leurs demander ce qu'ils appellent un maron. C'est «dans cette position, réfléchissant surtout aux chagrins que doivent «éprouver ma famille contre laquelle il n'y a rien à lui reprocher, mon «épouse, mes cinq jeunes enfants que j'ai constamment à la pensé, «que je crois voir environnés de malheurs, sans soutiens, et pïon- «gés dans une affreuse misères; c'est, di-je, en cette situation pre- «caire, le moral aifaiblies les idées troublés et confuses, par tant de «tortures morales, que presque sans interuption jusqr.'à ce jour ou f'cst venu me prandre pour me conduire en présence des premières «autorités du pay, pour y être intérogés sur des faits qui se passèrent «il y a longtemps dont ia pîiisparts me paraissent sans importaiice et «que je n'ai gardé aucun souvenir. Je n'ai aucune connaissance de "nos lois, ni de la juridiction devant laquelle je suis traduit, en ce «que javais dis avant mon arrestation que j'avais confiance en la Cour «des Pairs, tant bien que mal, j'ai toujours répondu aux intcrpclla- «tions qui m'ont été fait par Ar le Président de la Cour des Paii-s, «mais souvent contraire a la vérité, contraire a mes intérêts. Livrés «a moi même en y réfléchissant je m'en appcrsevais, mais il était «trop tard pour en reparer ia faute. Dans mes réponses aux intero- «gation du neuf et dix courant divers erreures ont encor eu lieu,

«plus tard si cela m'est permi je les réparerais; mais il me scniMô « maintenant que je n'aurais pas du repondre à ia question des «livies ou maiifs courant avant que monsieur le président m'ait « indiquer ies faits ou les fautes si il en avaient qu'on puis me « ) eprocher et je suis certain qu'après mes explications a ce suget «rien ne peut y être à ma charge. Je me rapel maintenant avoir «connu Hcnrij Le Compte, longtemps avant son arrestation, il était «domiciliié rue de la vielle monaie, cependant deux fois je fus inter- " pelles sur cette question, je ne m'en suis pas rappelés. Je reviendrais "encore sur la question des mains counuites pour adresse on y ver;i « peut-être figurer deux ou trois noms de prévenus d'avrils pendant «mon secret je déchue ne point les connaittre, en raison de mes "procès comme détenteur d'armes de guerre et que je ne possé- « dais pas ces Messieurs virent mon nom dans les journeaux ils m'é- « crivirent pour venir au secours de leurs dames pour voir si ii « me disaient la vérité. Je pris leurs noms et adresse afin d'en ob- « tenir les informations util, je donnais même quelques en commes- « libles et argent à ces dames. Voila ia vérité.

«Lorsque l'homme est dans le mafheur, la délation , la calomnie «viennent à la fois ie frapper d'injustice. Avant mon arrestation, «par exemple, on avait trouvé dans mon domicilie des magasins « darmes et de poudre , jusqu'au mouvement de i'homme toute est «incrimmés. En juin 18 32, par exemple, événement dont on ma «souvent parlé depuis mon arrestation plus ou moins fort, chacun a «fait son compte, cepandant encor a l'heur qu'il est je donne comme «alors \e deifis le plus formel de pouvoir trouver \\\\ homme judicieux «pouvant attester avoir vue partir de chez moi aucun acte austii. «Dans une interogation du vingt six octobre il me fus reprochés «avoir trouvé chez moi une brochure sur la machine de la rue «3' Nicaise si cela est vrai je déclare n'avoir jamais lue ni possédés «cette ouvrage, jamais je n'ai connu les résultat de cette machine, «on peut en prandre des informations près des gens qui m'ont en- «tourés. II tut aussi question de quelques dessins iniforme, fait a la «plume que Ton a dit avoir été trouvé a m/ domicilie ccIp.s doit evi- «damment plutôt provenir de mes jeunes enfants ou de mes jeunes «gens que de moi, en tout cas que peut-on en augerer quel est «1 homme qui plus de vingt fois en sa vie, en réfléchissant ou en ^<s amusant n'en a point fait autant. On ma intcrogc sur divers lettres

«et un bon de 50 francs a m/ ordre signé Vallcant je ne i'ai jamais «vue qu'une ou deux fois, par rencontre, il n'est jamais venue cliez «moi on voi que l'on a condescendus a sa demande qu'après divers «démarche et c'est m/ épouse en mon absence qui c'est laissé en- «doctriner, qui a fait ce prêt a couilition que deux ou trois jours «pius tards cet argent lui serait rendus. Celles de madame Constant, v\\ me sembre qu'on aurait due joindre a celle-ci, celles par lequelles ) «on me désignait comme protecteur et bienfaiteur. A i'égard des «autres provenant ou adressés a divers, la pluspars ont un but d'utittlites, d'humaintés ainsi que je le ferais voir plus tards, et rien de «politique.

«Je l'ai dit et c'est maintenant reconnu, Bec/icr, le barbouilleur «ou Flechij ^ c'est introduit chez moi sous un nom qui n'étais pas «le siens, avec des faux titre, en celas il ma déjà trompés aussiôt « que j'ai connue son caractaire , je i'ai pryés de ne plus revenir, «j'en avais donné l'ordre à J/or/iy, a mon épouse, au gens de mon «service, cela doit être prouvé. Ainsi que je l'ai dit je n'ai point « connu ni voulu connaittre son progét pandant mon secret je dc- «clar avoir fait cet aveu a divers entre autres a une dame et iouji- « temps avant l'événement. Si des aujourd'huis je ne les indique nomi- «nativement c'est en ce que cela produit trop de frayeur quand f( «sagit de venir déposer devant les autorités dans une affair d'une tel

«gravite.»

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