INTERROGATOIRES DE BOIREAU
.0. Où étds-vous nllé voir pa3sçr la revue ?
R. Sur le boulevart des Italiens, en face le passage des Panoramas ^ où je vais habituellement.
,.D, Etes- vous resté lard sur le boulevart?
, R. Environ vingt minutes, et $uis allé ensuite rue de |a Paix, et place Vendôme. " >>
D. Où ètes-vous allé ensuite?
r R. Je suis retourné chez moi, rue Quincampoix, çt suis çntré chez tç^ marchand de vins, où j'ai bu pour un sou de cassis,
D. Dans vos promenades , qui avez-vous rencontré et à qui avezvous parlé ?
R. Je n'ai rencontré personne.
D. Vous connaissez un nommé Suireau, et depuis quand?
R. Je fe connais depuis que je suis chez le nommé Vernert, il y u dix-huit mois. Cette question est insignifiante.
D. Etes-vous en relations intimes avec lui? R. Non, Monsieur. .
D. Le voyez- vous souvent et êtes-vous fort liés? ,
R, Je le vois tous les jours, puisque nous sommes employés dans fci même maison.
D. L'avez-vous vu aujourd'hui?
/?. Non, Monsieur.
• D. Combien y a-t-ilde temps que vous ne lavez vu?
R, Jefai vu hier; mais je ne l'ai pas vu aujourd'hui à cause de la fête.
, D. Etes-vQus bien certain de ne l'avoir pas vu aujourd'hui? R. Oui, j'en suis certain.
D. D'après divers renseignements qui me sont parvenus, ne lui Avez-vous pas recommandé de ne pas passer le théâtre de l'Ambigu ? R. Non , Monsieur. , ' > t'»--»¥i;^l^'WiV
D. II paraîtrait certain que vous l'auriez vu et que vous lui aurie'is fiut cette recommandation?
R. Noji, Monsieur»
D. Vous l'avez si bien vu ce matin que vous l'avez chargé de vous acheter un quarteron de poudre.
R. Cela est faux.
D. N avez-vous pas aussi , la veille, recommandé à Suireau fils de dire à son père de ne pas aller à Ja revue parce qu'il pourrait y courir des risques?
R. Cela est faux.
D. Vous avez si bien vu Suireau, que vous iui avez dit que , s'il venait à parler de ia conversation qui avait eu lieu entre vous et quelques-uns de vos complices, il iui en coûterait la vie.
R. C'est on ne peut plus faux,
D. Vous avez tenu ce propos, hier matin, à Suireau, parce que i vous vous êtes aperçu qu'il vous avait entendu. •
R, Cela n'est pas vrai.
D. Ne connaissez-vous pas un nommé Géi^ard?
R. Non, Monsieur.
D. Mais Gérard vous connaît ?
/t. Je ne le connais pas.
D. Vous connaissez si bien Gérard, que vous l'ave? nommé dan^ votre conversation avec Suireau,
R. Non, Monsieur.
D. Vous le connaissez tellement que vous avez dit à Suireau ; C'est un homme fort adroit, qui a bien fait la machinç et qui y.mettja bien le feu.
R. Je ne lui ai pas dit cela.
D. Faites-moi connaître alors ce que vous iui avez dit,
R. Je ne lui ai rien dit,
D. Cette conversation a eu iieu entre vous et Suireau, hier.
R. Je n'ai pas vu Suireau hier, et, s'ii est venu au magasin . il s'en est retourné de suite.
D. Vous assurez que vous n'avez pas vu Suireau qu'un instant hier, et que vous n'avez pas m le temps de lui parler; cependant iiest
certain que vous lui avez parlé; si ce n'est pas hier, cest au moins avant-hier.
R. Je ne vais pas au magasin, le dimanche, depuis environ trois mois.
D. Cependant vous disiez , tout à l'heure , que volis alliez au magasin ïe dimanche?
R. Je persiste à dire que je n'y vais pas le dimanche.
D. Que faites-vous le dimanche habituellement?
R. Le dimanche, habituellement , je suis sur ma terrasse pour me reposer de mon travail de ia semaine.
D, Vous ne sortez donc pas ce jour-là?
R. Je sors toujours les dimanches, très-tard et toujours seul.
D. Quel chapeau portiez-vous ce matin?
R. Le chapeau blanc (pic j'ai en ce moment, et je porte ce même chapeau depuis trois semaines et ie dimanche seulement.
D. Vous avez dit, dans le commencement, que vous sortiez quelquefois pour aller voir des maîtresses : comment appelez-vous vos maîtresses? m'OO al
R. Je n'ai point de maîtresses attitrées ; je veux dire que, q'iand je vais à Ménilmontant, je fais connaissance avec des femmes.
D. Faites-nous connaître quelques-unes de ces femmes.
R, C'est impossible.
D. Quels sont les jeunes gens avec lesquels vous êtes lié?
R. Je suis lié avec tout le monde.
D. Nommez quelqu'une des personnes que vous connaissez.
R. Je n'en connais pas.
(Dossier Boireau, pièce ).
2* Interrogatoire subi par Boirc.ju, le 29 juillet 1835, devant iM. Gasclion, juge d'instruction, délègue; ledit interrogatoire contenant confroulatioade Boireau avec le témoin Edouard Suireau. ^'^M' '"' '." ^,'
D, Vous avez dit. hier, mardi i? 8 juiljet.^ -q^ijO!. voitôin'ayjez pas v" dans la journée ^àouTivîi Suireau,
Interrogatoires. 38
R. Si j'ai dit cela je nie suis trompé; je l'ai vu le matin chez sou père,
D. Pourquoi ctes-vous allé le trouver chez son père? «
II. Je passai sur le bouîevart ; je savais qu'il était chez son ])ère; il j'ai voulu lui souhaiter ïe bonjour en passant.
D. JI parait que vous n'étiez pas seul; avec qui étiez-vous? R. J'étais avec quehpi'un, je ne me rappelle pas qui. D. Vos souvenirs ne peuvent pas s'être elTacés depuis hier. R. Il y a des souvenirs qui peuvent s'efFacer.
D. N'aviez-vous pas chargé, avant-hier lundi , Edouard Suiieau d'acheter poin* vous un quarteron de poudre et des capsules? R. Non, Monsieur.
D. Il a déclaré que vous lui aviez donné cette commission et renns 2 0 sons pour le payement du prix de l'achat dont vous l'aviez chargé.
R. S'il a fait cette déclaration, c'est faux.
D. N'avez-vous pas su qu'il se préparait un attentat contre la personne du Roi?
R. J'ai seulement entendu dire dans un café (juc les carlistes voulaient préparer un coup, mais j'en suis innocent; beaucoup d'autres personnes l'ont entendu dire comme moi.
D. Dans quel café l'avez-vous entendu dire? R. Tout ce que je puis me rappeler , je crois que c'est au café de France.
D. Où est-il ce café?
R. Je crois qu'il est sur le bouîevart des italiens.
D. Quel jour et à quelle heure auriez-vous entendu le propos, dont vous parlez?
R. Hier matin.
D. Etait-ce avant d'avoir vu Edouard Sidrcau? R. Oui, Monsieur, peut-être une demi-heure^ J9. N'auricz-vous rien su la veille?
R. H y avait fort longtemps que j'avais entendu dire ceîa ; j'avais entendu dire plusieurs fois que les carlistes devaient faire un coup.
D. Ne savicz-vous pas, dès le lundi 2 7 de ce mois, qu'il devait être établi, entre l'Ambigu -Comique et ia place de la Bastille, une machine infernale sur le passage du Roi?
R. Ce n'est pas à un ouvrier comme moi que l'on confie une chose si importante.
D. II ])araîtrait cependant que vous l'avez confiée vous-même à Edouard Siiircaii : qu'avez-vous à répondre?
R. Je n'ai jamais rien confié à Edouard Suireau.
D. Plusieurs personnes sont allées vous demander, tant à votre domicile qu'à votre atelier ou au magasin du sieur Vcrncrt : pouvczvous dire quelles sont ces personnes?
R. Non , Monsieur.
D. Quel est l'individu qui , peu de jours avant votre arrestation, est venu dans ïa nuit demander à coucher avec vous? R. C'est Fieschi.
D. Quel est son état? où demeure-t-il ?
R. Je ne lui connais pas d'état , j'ignore sa demeure. Il m'a souvent dit qu'il était mécanicien. Je ne sais pas s'il travaillait. Ajoutez que ça m'a toujours étonné beaucoup de ne pas savoir ce qu'il faisait.
D. En parlant de ïa. machine infernale et de celui qui l'avait faite, n'avez- vous pas dit que c'était un homme dévoué pour cela, et lait entendre que c'était un criminel, un galérien?
R. Je n'ai jamais parlé de ça.
D. Edouard Suireau ne vous a-t-il pas témoigné des inquiétudes pour son père qui devait aller à la revue?
R. Oui, Monsieur, en raison de ce qu'il avait entendu dire à l'atelier que les carlistes devaient faire un coup.
D. Edouard Siiij'cau a déclaré que vous lui aviez reTOmmandé de ne pas dépasser l'Ambigu; est-ce vrai?
R. Non, Monsieur.
D. Edouard Suireau a dit qu'hier, remplissant votre commission, il avait acheté un quarteron de poudre; que ^ùr votre invitation il
l'avait remis chez le portier de la maison où il demeure , rue Neuvedcs-Pelits-Cfiamps, n° 27 ; en était-il convenu avec vous? fjÊ
B. Non, Monsieur, la preuve en est que je n'ai pas pris cette poudre, et j'en aurais cependant eu l'occasion, puisque hier au soir je suis aile chercher mon parapluie au n" 31.
Nous avons représenté au prévenu le paquet dont il s'agit , nous lui avons fait observer qu'il portait son nom.
D. Pouvez-vous supposer qu'Edouard Suireau ait déclaré faussement avoir acheté pour vo.us la poudre que ce paquet doit contenir, qu'il ait déposé ce paquet, à votre adresse, chez le portier de la maison n° 27, s'il ncu fût pas convenu avec vous?
R. Monsieur, je suppose tout; un homme qui fait une telle déclaration est capable de tout.
D. Lui connaissez- vous quelques sentiments de haine ou de vengeance à votre égard?
R. Beaucoup, je vous les ferai savoir; car plusieurs fois dans l'ateh'er nous avons eu des raisons tous les deux , et il m'a dit que nous aurions affaire tôt ou tard ensemble.
D. Ne portiez-vous pas des favoris très-longs qui se rejoignaient et qui formaient le coïher?
R. Oui, Monsieur.
D. Ne porticz-vous pas aussi des moustaches ? R. Oui , Monsieur.
D. A quelle époque avez-vous l'asé vos moustaches et vos favoris? R. Dimanche dernier; lui-même Edouard Suireau me disait que je serais plus beau garçon en les faisant couper.
Nous avons fait introduire dans notre cabinet Edouard Suireau.
D. Au, témoin ; Persistez-vous à déclarer en présence de Victor Boireau, que le lundi 2 7 de ce mois, il vous a dit qu'il y aurait probablement du bruit le lendemain?
R. Oui, Monsieur.
D. Au prévenu : Cela est-il vrai?
R. Edouard a pu m'entendre dire dans l'atelier que les carlistes j)iéijaraient un coup.
D. N etiez-vous pas alors seul avec lui? R. Il peut se faire que je fusse seul avec lui.
D. Au témoin : Persistez-vous à déclarer (jue Boireau vous a fait (les demi-confidences et vous a fait entendre qu'il y aurait une machine infernale sur le passage du Roi?
R. Oui, Monsieur.
D. Au jjrJvetut : Ceia est-il vrai?
R. Non, Monsieur.
D. Au témoin : Persistez-vous à déclarer qu'il vous a dit «Ne dé- " passez pas l'Ambigu , ce doit être entre l'Ambigu et la place de la f' Bastille? « -■
R. Oui, Monsieur.
D. Au 'prévenu : Cela est-il vrai?
R. Non, Monsieur.
D. Au témoin : Persistez-vous à déclarer qu'en parlant de la macliine infernale , il vous a dit que c'était un homme dévoué pour cela?
R. Oui, Monsieur.
D. Au prévenu : En convenez-vous?
R. Cela n'est pas possible, puisque je ne connaissais pas la machine.
D. Au témoin : Persistez-vous à déclarer qu'il vous a dit : «Surtout "n'en dites rien.ii R. Oui, Monsieur.
D. Au prévenu : En convenez-vous?
R. Non, Monsieur.
D. Au ^e'wo/V?.' Persistez-vous à déclarer qu'il vous a donné commission de lui acheter un quarteron de poudre et vous a donné 2 0 sous pour le payer?
R. Oui, Monsieur.
D. Au prévenu : Niez-vous toujours ce fait?
R. Oui, Monsieur.
D. Niez-vous toujours aussi qu'il vous ait été dit par ie témoin , hier matiu , que vous pouviez aller chercher la poudre dans une heure chez son portier?
R. Je persiste à le nier.
Le témoin s'est retiré.
D. Vous êtes inculpé de complicité de l'attentat commis hier sur ia personne du Roi, ainsi que de l'assassinat commis, par l'effet de ce crime , sur la personne de M. le maréchal duc de Trévise, et enfin des autres assassinats qui en ont été pareillement la suite : avez-vous de nouvelles explications à nous donner?
/?. Oui, Monsieur, je nie tous ces faits; n'ayant pas connu la machine, je ne puis pas être inculpé à cet égard.
D. Je \ous fais observer, dans l'intérêt de la vérité, et dans le votre, si vous n'êtes pas coupable, qu'il est contre toute vraisemblance que vous ne puissiez pas vous souvenir avec quelle personne vous étiez hier matiu, lorsque vous êtes allé trouver ¥.(iiO\.\iiïà Suirccui chez son père : qu'avez-vous à répondre?
R. Je réponds que je ne m'en rappelle pas.
D. Avez-vous été déjà arrêté?
/?, Oui, Monsieur, eu prévention pendant trois mois, mais sans avoir été seulement interrogé.
Lecture faite, a déclaré ne vouloir signer.
(Dossier Boireau, pièce .)
3? Interrogatoire subi par Boireau, le l^"" aoiït 1835, devant M. Gaschcn, juge
d'instruction , délègue'.
D. Vous avez été mis en présence de l'individu qui a pris le nom de Gérard; persistez-vous à déclarer ne pas le connaître?
R. Vous m'avez parlé d'un individu qui avait voulu venir coucher
avec moi, et^pe je vous ai dit être le nommé Fîeschi. Lorsque vous
m'avez conduit auprès du prévenu avec lequel j'ai été confronté, vous
m'avez dit qu'il se nommait Gérard. Cet individu avait la figure telle-
.ment mutilée que je n'ai pu le reconnaître.
Nous nous sommes immédiatement rendu dans la chambre du prévenu qui prend le nom de Gérard; Boireau a déclaré le recon- • laître pour le nommé Fieschi.
Nous avons fait représenter à Roircau les vêtements du prévenu ijui dit se nommer Gérard; Boireau a dit ne pas lui avoir vu l'Iiabit, ;()()utant qu'il avait une redingote brune qui était plutôt longue que courte. Il a semblé à Boireau lui avoir vu le gilet.
Boireau ajoute qu'il croyait à Fieschi environ trente-cinq ans, c{ (]ue Fieschi lui avait dit qu'il était mécanicien; le portier de la rue Neuve-des-Petits-Champs , n° 3 l , pourra peut-être le reconnaître.
D. Y avait-il longtemps que vous le connaissiez?
R. Il y a à peu près cinq ou six mois. J'ai fait sa connaissance dans lin estaminet qui est sur le boulcvart Bonne-Nouvelle, au coin de la nie du Faubourg-Poissonnière.
D. Ne vous avait-il point parlé de la machine infernale? R. Jamais.
D. x\uriéz-vous quelquefois dîné ensemble? R. Une fois, au milieu d'iuic petite rue qui va de la rue Richelieu à la rue Saint-Honoré.
D. Y a-t-il longtemps?
R. Il y a environ deux mois et demi , trois mois.
D. Le 2 8 juillet dernier, jour de l'attentat, avez-vous vu Fieschi? R. Non, Monsieur.
D. Quel jour Tavez-vous vu pour la dernière fois? R. Le jeudi ou le vendredi de la semaine d'avant.
D. A quel endroit l'avez-vous vu cette fois-là? R. A l'atelier, n° 3 1. .
D. Quelle heure était-il?
R. C'était entre onze heures et midi,
D. Est-il entré dans l'atelier?
R. Il y venait toujours ; il y enti'ait quand il venait.
D. Ne vous a-t-il jamais à\t où ri travaillait?
R. Non, !>îonsieiU'; ie î'ai sui-i, je n'vii janiais pu lo ;
D. A l'estaminet, quelles personnes fréquentait-ii plus particulièrement?
R. Je ne puis pas vous le dire; je le voyais quelquefois causer avec les vieux sur les banquettes.
D. Jouait-il au billard quelquefois?
R. Jamais. Il pariait quelquefois l franc et quelquefois l osons.
D. Avez-vous passé toute la soirée du samedi à l'atelier? R. Oui , Monsieur.
D. Mais n'auriez-vous pas fait des absences dans i'après-midi? R. Non, Monsieur, si ce n'est pour mon dîner.
D. Où avez-vous diné le samedi?
R. J'ai dîné dans mon petit restaurant, rue Traversièrc; quelquefois ye dînais à l'atelier. J'v ai dîné deux fois dans la semaine , et je ne suis pas bien sûr que l'une de ces deux fois n'ait pas été le samedi.
D. Où avez-vous dîné ledimancbe?
R. Cbez notre bomme de peine rue Montorgueil , je ne me rappelle pas le numéro.
D. Où avez-vous dîné le lundi?
R. J'ai man^é à l'atelier avant de m'en aller.
D. Où avez-voi»s passé la soirée du lundi?
R. Je suis allé pour aller au bal de Ménilmontant; mais comme il pleuvait tant je suis revenu.
D. Quelle beure était-il lorsque vous êtes revenu?
R. II pouvait être onze beures , onze heures et demie.
D. Lorsque vous avez voulu vous rendre au bal de Ménilmontant, fusqu'où ctes-vous allé?
R. Je suis allé jusqu'à la barrière; comme j'ai payé une amende au portier, je ne sais pas si c'est le dimanche que je suis rentré tard ou le lundi.
D. A quelle heure étes-vous sorti de votre atelier?
R. Il était six heures, six beures et demie.
D. Où étes-vous allé avant de partir pour le bal de Ménilmontant?
^R. Je ne suis allé nulle part.
D. Comment ceïa?
R. Je suis passé par ia rue Montmartre où j'avais un rendez-vous avec une demoiselle. Je n'ai pas besoin de dire cela.
D. Comment s'appelle cette demoiselle?
R. Eile s'appelle Jeannette. J'avais avec elle un rendez-vous dans 4a Cité Bergère : elle n'y est pas venue. Je i'ai attendue un quart d'heure ou \ingt minutes.
D. Où dcmeure-t-eîle?
R. Elle m'avait dit qu'elle demeurait rue du Faubourg-Montmartie , vis-à-vis la Cité-Bergère, chez une dame entretenue.
' D. Vous ètes-vous arrêté à la barrière? R. Non , Monsieur.
D. Vous êtes sorti de votre atelier vers six heures et demie, après avoir mangé; vous êtes ailé à la barrière de Ménilniontant en passant par le faubourg Montmartre; vous avczattendrî/^a7?/2e?^e vingt minutes, Cité-Bergère ; il était onze heures ou onze heures et demie lorsque vous êtes rentré. Vous ne pouvez pas avoir mis trois heures et demie ou quatre heures pour vous rendre de la rue neuve desPetits-Charnps à la barrière de Ménilmontant, même en passant par te faubourg Montmartre; et, en perdant vingt minutel, le trajet que vous auriez fait, joint à la perte de temps, n'aurait pu prendre plus d'une heure et demie ou deux heures , il resterait donc une heure et demie ou deux heures dont l'emploi ne serait pas justifié,
R. Je défie de ftiire ce trajet-ià en moins de deux heures et demie, trois heures ; quand on se promène on ne court pas.
D. N'avez-vous vu ni rencontré personne de votre connaissance depuis le moment où vous êtes sorti de votre atelier jusqu'à celui où vous êtes rentré chez vous?
R. Non, Monsieur; ou je ne me rappelle pas si j'ai rencontré <|uel qu'un.
/ (Dossier Boireau , pièce .)
4* Interrogatoire subi par Boireau, le 3 août 1835, devant M. le baron Pasquier, pre'sident de la Cour des Pairs.
D. Il est hors de doute qu'avant l'événement , vous avez dit à Sui-
7'ean que le Roi devait être assassiné le lendemain : vous avez même désigné le lieu où le crime devait être commis.
R. J'ai seulement dit à Suireau qu'on m'avait dit que les carlistes voulaient faire un coup. II m'a demandé : Quand donc cela doit-il avoir lieu? J'ai répondu : Sans doute le jour de la revue.
D. Votre déposition n'est pas sincère, car vous avez positivement désigné le lieu où l'attentat devait être commis : Vous avez dit que l'attentat devait avoir lieu à l'Ambigu.
R. Suireau est renvoyé de chez M. Vernert comme un menteur; s'il a une vengeance contre moi , je ne puis aller à l'encontre. Je n'ai pas fait un mensonge; si j'avais dit cela, c'est que toutes les fois qu'il y a quelque émeute, c'est de ce côté-là.
D. Il résulte de votre réponse que vous avez indiqué l'endroit où l'attentat devait avoir lieu ?
R. J'ai pu dire à Suireau de détourner son père d'aller de ce côté-là, parce que c'est de ce côté-là que les émeutes étaient ordinairement.
D. Remarquez bien cependant que vous n'avez pas parlé d'une émeute, mais d'une machine infernale.
R. Monsieur, je n'ai pas parlé de cela.
D. Vous avez dit que les carlistes voulaient faire un coup , connaissez-vous des carlistes?
R. C'est ce misérable qui est détenu et que je ne connaissais que sous le nom de Fieschi, qui m'a dit que les carlistes voulaient faire un coup et que les patriotes devaient se tenir prêts.
D. Depuis combien de temps connaissiez-vous Fieschi? R. Depuis environ cinq ou six mois.
D. Où l'avez-vous connu?
R. Dans un estaminet situé au coin de la rue du Faubourg-Poissonnière, au-dessus d'une volière où H y a des oiseaux.
D. Quels hommes fréquentaient habituellement cet estaminet? R. C'était tous jeunes gens, j'allais faire ma partie, j'ai entendu nommer souvent un sieur Praga, parce qu'il jouait le mieux au
D. N'avcz-vous pas fait partie de quelque société politique? R. Jamais.
D. N'avez-vous pas fait partie de la société des Droits de l'homuie? R. J'étais au moment d'y entrer lorsqu'elle a été dissoute.
D. Vous avez dit dans un précédent interrogatoire que, le jeudi ou le vendredi avant l'événement, Fieschi étml venu vous demander a coucher; cela suppose une grande intimité entre vous?
/?. J'étais couclié quand il est \enu frapper; la principale locataire lui a défendu de monter, parce qu'il était une heure iudue.
D. Votre réjjonse ne prouve pas qu'il n'est pas venu vous demander à coucher; il était tard , vous étiez donc très-liés ensemble?
R. II était souvent avec trois amis que j'estime beaucoup , c'est pourquoi j'avais de l'estime pour lui.
D. Quels étaient ces amis?
R. Salis et Janot.
D. Que faisait Salis?
R. C'est un étudiant en médecine.
D. Où logeait-il?
R. Rue Saint-Jacques chez M"'^ Leroij.
D Qui est Janot?
R. C'est un étudiant en droit, il est dans sa famille, près de Toulouse , depuis quatre mois.
D. Ces individus appartenaient-ils à la société des Droits de l'homme?
R. Non.
D. Comment s'appelle le troisième ami dont vous avez parlé? R. Auffraij, c'est un étudiant en médecine; il demeure aussi chez M"^ Leroy ; il y a, au moins, d^m^uré s'il n'y est plus.
D. Qui vous aurait introduit dans la société des Droits dé l'homme?
R. Personne, je me serais présenté moi-même, j'étais assez bon ^ patriote pour qu'on m'y eût accepté.
D. Vos réponses et les circonstances déjà connues prouvent que
30iB INTERROGATOIRES:
vous ne dites pas la vérité, quand vous dites que vous n'avez pas reçu de Ficschi la confidence dont je vous ai parlé, d'une machine infernale.
R. Je vous jure, sur mon honneur, que je n'ai pas reçu cette confidence, t^e n'est pas à un jeune homme comme moi que i'on confierait des choses de cette importance.
D. Pour croire à la vérité de ce que vous dites, if faut supposer que Suireau a deviné qu'une machine infernale devait être placée dans i'endroit où elle a été réellement établie , et qu'elle serait faite par un mécanicien ?
R. Je n'ai pas dit cela à Suireau; il a pu inventer qu'il y aurait une machine infernale , quand je lui ai dit que les carlistes voulaient faire un coup.
D. Vous avez dit plus ; vous avez dit que le coup serait fait par un galérien , par un homme capable de tout , et en effet Fieschi est repris de justice.
R. .Quand j'ai vu cet homme, je l'ai suivi pour savoir ce qu'il faisait; je n'ai jamais pu le découvrir Du reste, Fieschi \m-uiènve m'a dit qu'il était un ancien carbonaro, condamné à lo ans en 1816 pour cette conspiration-là.
D. Vous avez été plusieurs fois chez Fieschi? R. Jamais.
D. Etes-vous ailé dans i'estaminet de la maison où l'attentat a été commis?
R. J'y suis allé une fois ; mais je ne suis jamais monté cliez Fieschi.
D. Quel jour êtes vous ailé dans cet estaminet? R. Le dimanche.
D. A quelle iieure?
R. Dans faprès-midi , vers une Iieure.
D. Y avez-vous vu Fieschi?
R. Non.
D. Qu'avez vous fait après cela, dimanche? R. Je suis aiié dîner chez notre homme de peine , rue Montorsueii.
D. Cet homme de peine connaissait-if Fieschi?
R. Non; il l'a vu seulement à l'atelier, où Fieschi est venu cinq on six fois en quelques mois.
D. Qu'avez-vous fait le lundi soir?
R. J'avais un rendez-vous avec une jeune personne que j'ai attendue et qui n'est pas venue; je suis aile de là à l'Elysée Ménilmontant; mais comme il pleuvait, je ne suis allé que jusqu'à la barrière et je suis revenu.
D. Avez-vous travaillé chez votre maître pendant toute la matinée du lundi?
R. Oui.
D. Etes-vous sorti le matin?
R. Oui , je suis sorti pendant un quart d'heure pour voir si je trouverais la jeune personne avec laquelle j'avais rendez-vous le soir.; ie suis allé l'attendre rue du Faubourg-Montmartre.
D. Est-ce que vous n'êtes pas sorti avec des outils?
R. Oui, c'était pour faire croire que j'allais travailler et pour qu'oii ne dît pas que je perdais le temps de M. Vernert.
D. Quels étaient ces outils?
R. J'avais un archet, j'ai dit en sortant que j'allais hôtel d'Espagne, rue de Richelieu, j'avais le foret et la conscience.
D. N'étes-vous pas allé percer des trous ce jour-là?
/?. Non.
D. Vous avez pu aller tout aussi bien au boulevart du Temple, (jue rue du Faubourg-Montmartre, où vous dites que vous êtes allé?
R. Il V a une erande différence dans les distances,
D. Vous êtes resté une heure absent?
R. Je ne suis resté qu'un quart d'heure.
D. M. Macé dit cependant que vous êtes sorti pendant une Iieiuc?
R. M. Afacé se trompe; car ces messieurs, quand je suis rentré, m'ont dit que j'étais resté bien peu de temps dehors.
D. Le mardi matin , vous n'êtes pas allé travailler quoiqu'il fût convenu qu'on tra^ aillerait ce jour-là jusqu'à deux heures? R. Cela est vrai ; mais je voulais voir la revue.
D. Où étiez-vous poiu- la voir?
R. Sur le boulevart.et je suis allé jusqu'à la rue du Temple.
D. Vous avez entendu l'explosion?
R. Oui, au moment où je m'en allais. J'étais déjà dans la première rue à droite quand on descend du boulevart pour aller au Temple.
/). La veille de l'événement, vous avertissez l'un de vos camarades, pour qu'il dise à son père de ne pas aller à la revue; le lendemain, au lieu d'aller chez votre maître, vous allez voir la revue, près du lieu où l'attentat a eu lieu , et vous vous j)lacez de manière à voir l'événement sans courir aucun danger : expliquez-vous sur toutes ces circonstances.
R. Je ne craignais rien , car j'ai vu passer le Roi, que je n'avais encore vu qu'une fois, et je l'ai dit à une personne avec laquelle j'étais.
D. Quelle était cette personne?
jR. C'était un ferblantier comme moi.
D. Etait-il de la société des Droits de l'homme?
R. Aucun de mes amis n'y était. A vous parier franchement, en entendant parler de cette société, j'ai eu envie d'y entrer, parce que j'étais patriote.
D. Vous venez de dire que vous étiez sorti le lundi dans la matinée pour voir la jeune personne qui vous avait donné rendez-vous le soir; cela n'est pas naturel.
R. J'ai craint qu'elle ne me fît aller.
D. Q,uand vous êtes entré dans la rue que vous avez désignée tout à l'heure , et qui doit être la rue Meslay , n'y étes-vous pas entré pur une des maisons qui communiquent avec cette rue?
R. Non , je suis entré par le boulevart.
D. Le mardi matin, n'étes-vous pas allé Q\\ez Suireau? R. Je l'ai vu sur sa porte, et je lui ai souhaité le bonjour.
D. N'était-ce pas plutôt pour avoir une explication sur là confideîîce que vous lui aviez faite la veille?
DE BOIRE AU, 3ff
R. Non , Monsieur.
D. Etiez-vous seul?
R. Non , j'étais avec un nommé Martinauït.
D. Quel est cet individu? oiil'avez-vous connu?
R. C'est un homme de lettres; je l'ai connu à la Force, où je suis resté trois mois moins dix jours, pour avoir été arrêté au café des Deux-Portes.
D. Avez -vous vu souvent Martinauït depuis votre séjour à ia Force?
R< Je ne l'avais jamais revu; je l'ai rencontré ce jour-ià comme par hasard.
D. Où demeure Martinauït?
R. J'ignore son adresse.
D. Avez-vous connu, au café des Deux-Portes, un nommé Moriencourt?
R. Oui , je l'ai connu pour mon malheur; ce jour-là même je lui ai dit qu'il était une grande canaille, et que, par ses cris, il était cause que nous étions arrêtés.
D. N'était-ce pas Martinauït qui devait vous faire recevoir dans la société des Droits de l'homme?
R. Non , Monsieur.
D. Connaissez-vous un nommé Moreij?
R. Je ne connais pas ce nom-là.
D. Cependant c'était un ami de Fieschi.
R. Je ne le connais pas.
D. V^ous persistez à dire que vous n'avez pas parlé à Suireau d'une machine infernale?
R. Non , j'ai seulement dit que les carlistes voulaient faire un coup,
D. Vous avez tellement parlé à Suireau d'une machine infernafe , que vous lui avez dit que, s'il révélait la confidence que vous lui faisiez, il lui arriverait malheur.
R. Si Suireau a dit cela, c'est infâme. lii
ai 2 INTERROGATOIRES,
D. Pourquoi, îc dimanche, avez-vous ooiipé une longue harbe que vous aviez? rs eiait-ce pas de peur d'être reconnu?
R. Si j'ai coupé mes moustaches et ma barbe , c'est parce que mes camarades me faisaient enrager, et me disaient que j'avais l'air d'un singe. J'avais penr aussi d'être arrêté dir.is le cas où il arriverait (|ucïque chose , parce qu'on arrête beaucoup de monde ; voib'i encore ])our(juoi j'ai coupé mes moustaches.
D. Comment exphquez vous, qu'informé qu'il pouvait y avoir du bruit sur ie boulevart du Temple, vous êtes allé sur les lieux en vous plaçant de manière à tout voir, sans courir aucun risque?
/t. Je suis venu sur le bouîevart, où j'ai trouvé un jeune homme, ferblantier comme moi, qui s'appelle, je crois, Joiislin, et qui demeure chez un fabricant de moules, dans une rue qui va de la Halle à la rue Saint-Honoré. Là j'ai vu passer le Roi et son cortège.
D. Lors de vos premiers interrogatoires , vous vous êtes obstiné à ne pas faire connaître la personne avec laquelle vous étiez, lorsque vous êtes allé chez Suireau.
-*^^??\ J'ai dit seulement qiîe je nornniefais cette personne le lendeiîiâiri, si je me rappelais son nom. ' " \
/). Vous avez nié que vous eussiez joonné a -Sz/Z/'cr/^^ la commission de -VOUS acheter de la poudre, et cependant Suireau l'a dit à son père avant l'événement; son père l'a conseillé de l'acheter, de la mettre dans un papier à votre adresse, et cette poudre s'est retrouvée dans un papier à votre adresse.
R. Quand je suis aîié à l'atelier chercher mon parapluie, je n'ai rien demandé au portier, donc je ri'^vâis' pas donné cette commission h S in r eau. — Sur quoi nous faisons observer à Boîreau, que, lorsqu'il est allé à fatelier chercher son parapluie, l'attentat était consommé, et que, par conséquent, il n'avait aucun intérêt à réclamer cette poudre. ^5îsi ls
D. Fieschi vous a dit que les patriotes devaient se tenir prêts , ne lui obéissiez-vous pas en cherchant à vous procurer de la poudre?
R^ Je n'aurais rien fait avec de la poudre , n'ayant pas d'armes , et l'observe qu'on n'a rien trouvé chez moi.
D. Mais on vous aurait sans doute procure des armes. D'ailleurs tjette poudre aurait pu servir pour la machine?
R. Je proteste que je suis tout à fait étranger à i événement.
D. Qu'avez-Yous répondu à FiescJii, quand il vous a dit que les patriotes devaient se tenir prêts?
R. Je ne lui ai rien répondu.
D. N'avez-vous pas dit que des carlistes vous appelaient républicain à votre atelier?
R. J'ai dit seulement que c'étaient les ouvriers qui se moquaient de moi.
Après lecture, Boireau a ajouté que c'est par inconséquence qu'il a dit qu'il avait coupé ses moustaches dans la crainte d^étre arrêté.
( Dossier Boireau, pièce )
5* Interrogatoire subi par Boireau, le 4 août 1835, devant M. le baron Pasquier, pre'sident de la Cour des Pairs.
D. Vous n'avez pas été sincère dans les réponses que vous m'avez faites hier. Le 2 8 juillet on vous a demandé où vous étiez allé voir la revue; vous avez répondu que vous i'aviez vue sur le boulevart des Italiens , et que de là vous étiez allé rue de la Paix, vers trois heures. Hier vous m'avez dit que vous aviez vu passer le Roi sur le boulevart du Temple et que vous aviez entendu l'explosion. Comment expliquez-vous ces contradictions?
R. Je vous ai dit hier que je m'étais promené sur le boulevart et que je n'avais pu aller au delà de la rue du Temple ; il n'y a pas là de contradiction avec ce que j'ai dit au juge d'instruction ; mais à plusieurs jours de distance, on ne peut se souvenir de tout.
D. Il est bien évident que vous avez dissimulé ie premier jour, que vous étiez allé sur le lieu où l'attentat a été commis , parce que vous aviez intérêt à ne pas en convenir.
R. Si j'avais voulu cacher la vérité , je ne l'aurais pas dite hier.
D. Vous avez encore fait un mensonge dans votre premier interrogatoire; vous avez nié que vous eussiez vu Suireau le mardi? R. Je ne crois pas avoir nié cela. eiiov
D. Vous avez dit dans votre premier interrogatoire que vous
iNTEaROCATOlRES. 40
n'étiez sorti pour voir la revue qu'à trois licures; hier vous ave^
avoue que vous aviez entendu i'explosion ?
R. Je n'ai pas attaché grande conséquence à mes réj)onses, parce que je n'avais rien à me reprocher.
D. Rendez un compte exact , sans rien omettre , de i'cmpioi de votre temps dans la matinée du 2 8.
R. Je me suis levé à huit heures et demie , je suis allé à mon atelier, j'ai j)ris quelques outils et je suis aîlé rue du Faubourg-Montmartre attendre la jeune personne dont je vous ai paHé et qui s'appelle Jcannct/e.
D. Mais je vous parle de la journée du mardi et non de celle du lundi.
R. Je tee suis levé, j'ai rencontré Martmault ^ qui est un de mes amis, que j'ai connu en prison; je me suis promené avec lui; nous sommes entrés chez uii marchand devins, nous avons bu un petit verre. Nous sommes passés devant la maison de Suireati , auquel j'ai dit bonjour. Nous nous sommes encore ])romenés, puis nous avons diné ensemble, à six heures, rue Croix-dcs-Petits-Champs.
D. Vous n'avez donc pas quitté Martlnault? R Je ne l'ai quitté qu'un moment,
D. Cependant vous avez dit que vous vous étiez promené seul. R. Je savais que Martinault était suspect et je ne voulais pas dire que j'étais avec lui.
D. Avez-vous dîné seul avec Martinault?
R. Oui, Monsieur.
D. Vous saviez que l'homme chez lequel vous avez dîné était dela société des Droits de l'homme?
R. Je n'en savais rien.
D. Mais Martinault le savait bien ?
R. S'il le savait , il ne me l'a pas dit.
D. Quelle est la profession de Martinault ? R. Komme de lettres,
D. Avec qui avez-vous vu passer le Roi?
R. Avec Jouslin qui pourra vous dire que des voitures pressaient
DE BOmEAU. Blb
le monde, que j'en fis reculer une, en prenant un cïievftf par I.i bride et que c'est là que nous nous sommes perdus.
D. Ou avez vous quitté Màrtinaiill?
R. Rue Croix-des-Petits-Champs.
D. Savez-vous où il allait?
R. Non , Monsieur.
, D. Où i'avez-vous retrouvé ?
R. Chez un marchand de vins qui se trouve après le passage Véro; si je n'avais pas dit tout cela d'abord , c'est qu'on ne me l'a pas demandé.
D. II est évident que vos réponses sont pleines de contradictions. R. Je ne voulais pas dire que j'étais avec Martinaidt qui est suspect.
D. Où voyiez-vous Fze^c/w habituellement?
R. A i'atelier.
D. Vous Favez vu encore ailleurs ?
R. Non.
D. Est-ce bien sûr?
R' Je i'ai vu encore chez madame Leroy , rue Saint-Jacques.
D. Qu'est-ce que c'est que madame Leroy? D. C'est une dame qui tient un hôtel garni,
D. Fieschi demeurait-ii dans cet hôtel ? R. Je n'ai jamais su soi^ adresse.
D. Qui alhez-vous voir dans cet hôtei ? R. Salis.
D. Vous avez encore menti , vous le voyez , quand vous avez dit il avoir vu /^/e^c/i/ qu'à votre atelier?
R. Je l'ai rencontré quelquefois rue Saint-Jacques avec d'autres.
D. Connaissez-vous la femme P^/zV.'^
R. Salis , Janot et Atiffray étaient en pension chez cette dame.
D. Savez-vous quelle était ia maîtresse de Fieschi?
/?. J'ai entendu dire que c'était Madame Petit.
D. Vous connaissez beaucoup de monde, vous savez beaucoup de cboses, il taut dire à la justice ce que vous savez.
R. Je ne connais pas beaucoup de monde; j'aliais à l'estaminet; quel est le jeune bomme de 2 5 ans qui n'y va pas !
D. Vous n'avez pas entendu parler d'un projet qui aurait existé » d'assassiner le Roi sur la route de Neuilly?
R. Jamais.
D. Vous êtes sûr de n'en avoir jamais parlé à Fieschi?
R. Jamais je n'ai parlé de cela à Fieschi; je n'ai su celte cbose-là que j)ar les journaux , par le National.
D. Pesez bien vos réponses ; je vous répète que vous avez su le projet dont je vous parle?
R. J'afîirme le contraire.
D. Vous persistez à nier que vous ayez eu connaissance du projet d'assassiner ie Roi ; prenez garde , vous serez confronté avec Fieschi.
R. Je persiste à nier cela. Après l'avoir lu dans les journaux , j'en ai parlé à mes camarades, à Edouard, à M, Macé.
D. Fieschi ne vous a-t-il pas dit que les patriotes devaient se tenir prêts? Qu'entendait-il par ces paroles?
R. II voulait peut-être dire que si les carlistes faisaient un coup , il ne fallait pas que les patriotes laissassent détruire la révolution de juillet, s'ils parvenaient à renverser le Gouvernement.
D. Fieschi ne voulait-il pas plutôt dire qu'il fallait que les patriotes se tinssent prêts pour proclamer ia république. R. Non , Monsieur.
D. Vous êtes républicain?
R. Oui , mais je ne suis pas un assassin ; je suis un républicain honnête.
D. De quoi avez-vous parlé avec Martinault pendant la journée du mardi?
R. De choses et d'autres.
D. Comment se fait-il que, sachant qu'il devait y avoir du bruit, \ous ayez acheté de la poudre, et que vous vous soyez, promeué toute la journée avec un Iiomme coiuiu par l'exahation de ses oj)inions?
R. Je n'aurais rien pu fail'e avec cette poudre, puisque je n'avais», pas d'armes.
Ici Boireau demande la permission de lire une note dans laquelle' il attaque la moralité privée de Suireau père et de son fils. \
Cette lecture faite, nous lui faisons observer que ces détails sont étrangers à l'affaire et n empêchent pas qu'il n'ait fait k Suireau la confidence dont nous avons parlé.
R. J'ai dit à Suireau que les carlistes devaient faire un couj) i Suireau a pu dire que cela devait avoir lieu du côté de l'Ambigu, mais je ne lui ai pas dit d'acheter de la poudre. J'ai vu Ficschi à l'atelier, il m'a dit que des carlistes voulaient faire un coup; voilà
tout. :i9 s^y^ gOOj aiip 13111 ii iiOJèîeîiOq «UO / .<d
D. Vous avez: nié que vous aviez chargé Suireau de vous acheter de la poudre; vous avez nié aussi l'avoir vu le 28 , parce que vous avez voulu établir que vous n'étiez point allé chercher la poudre que vous l'avez chargé d'acheter.
R. Je ne sais pas pourquoi j'ai dit d'al^ord ne pas l'avoir vu le 2 8 ;V je n'y ai pas pensé. :>iOimi ^.. i.>u -i-.ii,i.u^;^>i;*
■ (Dossier Boireau , pièce )
6"^ Interrogatoire subi par Boireau, le 7 août 1835, devant M. le baron Pasquier. pre'sident de la Cour, des Pairs. '
]$i fil 'loni^r/Oî
D. Vous demeuriez rue Quincampoix, n° 7 7. Il résulte de l'ins-^ truction et de vos aveux que, peu de jours avant l'événement, Fieschii est venu vous demander à coucher? î
R. Oui, Monsieur.
D. N'est-il pas venu pour coucher chez vous, et ii'y -a^t-ïK^as-'. couché réellement, depuis le 10 juillet, cinq ou six fois? " îib'mrH R. Cela est faux. gditiifi'b 39 tioeorfa oQ ,ft.
D. Cependant !e portier dont vous avez invoque' le témoignage l'ij déclaré?
R. Le portier s'est trompé. J'nfTirme que je suis j)arfaitement innocent de la machine infernale. J'ai avoué que je connaissais /'/e^c/zi, ceia est vrai. Mallieureusemeut pour moi, je l'ai connu.
D. C'est le jeudi qui a précédé l'événement que Fieschi est venu vous demander à coucher , et il a été très-mécontent du refus de la principale locataire de le laisser entrer?
R. Oui , Monsieur.
D. N'a-t-il pas dit à cette dame qu'elle perdrait un bon locataire à cause de lui ?
R. Je ne le sais pas , je n'étais pas là.
D. Le lendemain du jour où Fieschi est venu pour coucher, il est revenu pour se plaindre de n'avoir pas été reçu ?
R. Oui, iNIonsicur ; il m'a dit de parlera la principale locatane devant lui ; j'ai dit qu'on laissât monter les personnes qui viendraient me voir; mais, au fond, je n'étais pas fâché de ce qui était arrive.
D. Fieschi n'est-il pas revenu le soir de ce même jour? R. Non , Monsieur.
D. N'est-il pas venu vous demander; le jour de l'attentat, dans la matinée ?
R. Je ne le sais pas, je n'étais pas chez moi.
D. Il résulte évidemment de l'instruction et de vos réponses nue votre intimité avec Fieschi était fort grande?
R. Cette intimité n'était pas du tout ce que vous supposez. J'avais d'autres amis que Fieschi , des ferblantiers comme moi. C'est pour eux que j'ai dit qu'on laissât monter les personnes qui viendraient me voir. Je suis innocent de ce que Fieschi a fait. Si les commis du magasin sont francs , ils diront que je témoignais de l'humeur, quand Fieschi venait à l'atelier.
D. duels sont les deux individus qui sont venus vous demander à l'atelier, le jour de f attentat , à dix heures du matin? R, Je ne sais.
D. Cepcndrait i'un de ces individus a dit qu'il vous attendrait au café Français?
/?. Je ne connais pas cette personne.
D, Quels étaient vos projets pour le 2 8 juillet?
R. Je voulais simj)Ienient me promener.
D. Cependant , quand vous êtes sorti , vous avez dit au portier , (jue vous ne rentreriez qu'à minuit; vous lui avez serré ia main ; vous iui avez dit qu'il était un bon enfant et que vous le récompenseriez généreusement ; cela suppose que vous aviez des projets particuliei^.
R. Je ne me rappelle pas cela. Au surplus , demandez au portier si Boireau n'avait pas bu ce jour-là ; car je trouve extraordinaire qu'il dise que je lui ai serré la main.
D. Vous êtes donc sujet à boire ?
R. Il y a un marchand de vin, rue Richelieu, qui a une assez bonne pratique en m.oi ; je lui dois encore de l'argent.
D. Persistez-vous à soutenir que vous n'êtes jamais allé chez Fieschi f boulevart du Temple, n° 5o?
R. J'y persiste.
D. Avez-vous su qu'il prenait le nom de Girard? R. Jamais , je ne l'ai connu que sous le nom de Fiéschi.
D. Le vendredi qui a précédé l'attentat, n'avez-vous j3as vu Fieschi, rue Saint-Jacques?
R, Non , Monsieur ; je ne pouvais le voir puisque je travaillais toute la journée, jusqu'à dix heures du soir, je déjeûnais à l'atelier, et je ne sortais que rarement pour dîner.
D. Vous connaissiez IM""^ Petit?
R. Oui , Monsieur.
D. Alliez-vous souvent chez elle?
R. II y a très-longtemps que je n'y suis all^,
D. Avez-vous connu Charles Chavot?
R. Non , Monsieur.
D. Avez-vous connu Hubert?
R< Non , Monsieur,
D. Connaissez vous ///«V/ery?
D. Et Husson ?
R. Hiissofi? je i'ai connu à la Force.
D. Et Torrès ?
R. Je l'ai connu aussi à la Force.
D. Avez-vous connu un tailleur nommé Combes?
R. Non, Monsieur; ce n'était plus mon genre.
D. Vous avez dîné avec Combes à une barrière de Paris?
R. Cela n'est pas.
D. Connaissez-vous Diilac, le perruquier Dtwal , \EgIanime, porteur d'eau; Léger, fabricant de jouets d'enfants; et Moidm, commis corroycur?
R. Je ne connais aucune de ces personnes-là.
D. Vous avez vécu dans l'intimité de Fieschi; il vous avait Tiï'\% =dans sa confidence, puiscpic vous avez parlé à Sidreau des projets de Fieschi. Mais vous-même, de votre côté, n'avez-vous pas fait des révélations à Fieschi; ne lui avez-vous pas parlé d'un complot ?
R. Jamais.
D. Si, cependant, /'T^.vc/?/ le déclarait, que diricz-vous?
R. J'atteste que je n'ai jamais parlé de cela à Fieschi.
D. Vous avez dit à Fieschi que vous connaissiez les auteurs du complot de Neuilïy?
R. Cela n'est pas.
D. Pesez mûrement vos réponses?
R. Je ne suis pas un menteur; de tous les noms que vous m'avez cités, je ne connais que Husson et Toirès. ^
D. Combes, que vous affirmez ne pas connaître , vous a proposé d'entrer dans le complot de Neuilly; vous avez dit que vous ne vouliez pas faire partie de ce com])lot , parce que vous vous occupiez d'une autre affaire ài\ même geiue.
' R. Je n'ai jamais dit cela à Combes, je ne l'ai pas vu.
' D. Vous avez dit <ju'au moment où la société des Droits de
'"de boire au. 3Sl
i'Iiomme a été dissoute, vous étiez sur le point d'y entrer; il n'est donc j)as étonnant que aous fussiez en relations avec des hommes connus pour s'occuper de complots?
R. J'ai bien dit que j'étais au moment d'entrer dans la société , mais » je n'y suis jamais entré.
D. Vous étiez lié avec un nommé Rabouin ?
R. Non, Monsieur.
D. Vous ne savez pas où il demeure?
R. Non, Monsieur.
D. Vous n'êtes pas aiié plusieurs fois chez lui?
R. Non , Monsieur,
D. Après votre sortie de prison où vous aviez été conduit pour avoir été arrêté au café des Deux-Portes, en réunion de plusieurs sections de la société des Droits de i'homme et de quelques membres de la société d'Action , n'avez-vous pas reçu des secours pécuniaires^? R. Non, Monsieur, je n'ai jamais eu besoin de personne. • ^"'J^* D. Avez-vous connu le capitame Kersausie. - ^ . r,
R. Je i'ai vu à la Force , mais je n'ai jamais eu de relations avec lui.
D. Vous ne l'avez pas vu au café des Deux-Portes?
R. Non , je n'y suis allé qu'une ou deux fois.
D. Vous manifestiez hautement vos opinions républicaines ?
R. Non , Monsieur. , |.., .^ (jj,,; | ^
D. N'avez-vous pas eu quelque rapport avec M. Voyer d'Argenson? n'a-t-il pas été votre protecteur? -,
R. Je n'ai jamais eu besoin de protection. . :^« , j ,;
D. Vous sou venez-^pus d'avoir porté des lampes chez un ]\|. de Paris, rue du Hasard >^9jr^^f.
M. Oui, Monsieuçy,y; oi^ .,»:r;| , hji.n i.mini «jîq
D. Ne vous souvenez-vous pas des violent* discours que v6us ai'is tenus dans cette circonstance? ' •
R. Non, Monsieur, je n'aurais pas voulu comprQnap^trÇtjnon maître , quand même cela aurait été dans mes opinions.
iNTEr.ROGATOIRES. 41
D. Vous avez dit que, le jour de la revue, vous étiez allé sur îc ])onlevart des Italiens vers trois heures, et de là, place Vendôme. Dans un interrogatoire postérieur, vous avez dit que vous étiez sur le l)Oulevart du Temple au moment de l'explosion. N'avez-vous pas, dans ce moment-là, traversé une maison qui donne de la rue Mcsiay sur le houlevart ?
R. Non, Monsieur; quand j'ai, été arrêté, j'ai cru d'abord que c'était une fanfaronnade, mais quand j'ai vu que les affaires devenaient graves, je vous ai dit la vérité.
D. Ce que vous dites là n'est pas croyable?
R. Je ne savais pas que c'était Fieschi qui avait fait le coup.
D. Vous deviez cependant le savoir, et vous étiez sur les lieux pour juger l'événement?
R. Je ne savais que ce que Fieschi a dit à l'atelier, et ce que je vous ai dit dans mon interrogatoire l'autre jour.
(Dossier Boireau, pièce .)
7« Interrogatoire subi par Boireau, le 10 août 1 835, devant M. le baron Pasquier, président de la Cour des Pairs.
D. Vous avez eu en votre possession un pistolet dont le canon était en cuivre ?
R. Jamais.
D. Fieschi ne vous a pas donné un pistolet dont le canon était en cuivre ?
R. Non, Monsieur.
D. Vous persistez à nier ce fait.
R. Je persiste.
D. Un individu du nom de Victor , fort lié avec Fieschi, est allé cinq ou six fois chez lui, houlevart du Temple; les portiers l'ont déclaré; Fieschi, de son côté, dit ne connaître aucune autre personne du nom de Victor que vous?
R. Je ne suis jamais allé c\\ez Fieschi , la portière ne m'a pas reconnu.
D. Vous avez connu un marcliand brocanteur de cinquante ans environ ?
R. Jamais. Je n'ai connu qu'un marchand d'habits nommé Mojitie, qui venait à l'ateher, qui peut avoir cinquante ans, et qui est le pays de l'homme de peine de la maison.
D. Ne saviez-vous pas que cet homme avait été à Sainte-Pélagie ? R. Non , Monsieur. Je suis même convaincu qu'il n'a jamais été arrêté.
D. Connaissez-vous un nommé Dulong.
R. Cependant Fieschi a dit que vous ie connaissiez.
D. Je ne pense pas que Ficàc/ti ait pu dire que je connaissais cet homme. Dans tous ies cas, je ne connais pas toutes les personnes que Fieschi connaît.
D. Cependant vous viviez avec lui dans une grande intimité; vous ne niez pas, au moins, qu'il soit venu une fois pour coucher chez vous, et que vous n'ayez témoigné du mécontentement de ce qu'on ne lavait pas laissé montei' , lorsqu'il est revenu ie lendemain matin pour se plaindre ?
R. II n'est pas étonnant que, quand il pleut ou qu'il est tard, et qu'on connaît quelqu'un , on lui demande l'hospitalité.
D. Je vous répète que Fieschi reconnaît qu'il était très-hé avec vous.
R. Je persiste à dire le contraire.
D. Trois personnes qui connaissent intimement Fieschi , qui ont passé beaucoup de temps avec lui , ont dit la même chose.
R. Je suis très-Iié avec ma sœur; si elle commettait un crime, je ne serais pas pour cela complice de ce crime.
D. Vous vous refusez à reconnaître un fait certain et avéré ? R. Ce qui prouve que je n'étais pas très-iié avec lui, c'est que plusieurs fois je me suis plaint qu'il venait trop souvent à l'atelier.
D. Sa présence , en effet , devait vous embarrasser, si vous connaissiez ses projets.
R. Si j'avais su qu'il était capable d'une chose comme celle-là , je l'aurais mis à la porte.
D. N'avez-vous pas parlé à Fieschi d'un complot qui devait éclater sur la route de Neuilly ?
R. Si j'en ai parlé à Fieschi et à i'atelier, c'est pour l'avoir lu dans le National et dans le Réformateur, dans les journaux que je lis.
D. Connaissez-vous Chavot ?
R. Non, Monsieur. '
D. Connaissez-vous Huillery ?
R. Non , Monsieur.
D. Je vous observe que ies journaux dont vous parlez n'ont cité aucun nom; si vous avez, vous, cité des noms, où les auriez-vous appris ?
R. J'ai dit seulement que cinq personnes avaient été arrêtées, sans citer aucun nom.
D. Avez-vous su que FiescJd portait toujours un poignard ? R. Je ne l'ai jamais su.
D. Savez-vous à quelle époque Ihdac et Dulong ont été arrêtés ? R. Je ne connais pas ces hommes-là.
D. Vous devez vous rappeler que Fieschi vous a dit que les patriotes devaient se tenir prêts. Il est donc fort naturel , qu'à cette occasion vous ayez, de votre côté, nommé à Fieschi des gens que vous saviez être engagés dans une entreprise pareille à la sienne.
R. Je n'ai nommé personne à Fieschi , et quand j'ai parlé de patriotes, j'ai voulu seulement dire qu'il ne fallait pas laisser faire fe coup aux carlistes, et que les patriotes voulaient reconquérir la révolution de juillet.
D. Vous êtes convenu que vous connaissiez la femme Petit.
R. Je ne la connaissais pas particuhèrement. J'allais voir Janot, Salis et Au-ffray.
D. Vous n'êtes jamais sorti avec elle ? R. Non , Monsieur.
( Dossiei' Boireau , pièce . )
S*" Inlerrogatoirc subi par Boireau, le 24 août 1835 > devant M. le baron Pasquler, , président de la Cour des Pairs.
D. Quel jour ètes-vous sorti de votre magasin avec des outils , en faisant croire que vous alliez travailler à l'hôtel d'Espagne ? R. Le lundi, 2 7 juillet.
D. A quelle heure?
R. A huit heures un quart, huit heures et demie du matin. D. Quels étaient ces outils ?
R. C'était un foret.
D. Aviez-vous l'archet pour le faire mouvoir ? R. Oui , Monsieur ; je l'avais dans la main.
D. N'avez-vous pas aussi emporté une pièce de bois qu'on appelfe conscience ?
R. Non, Monsieur, je l'ai cherchée et je ne i'ai pas trouvée. Je ne sais pas trop, au reste, si je l'ai emportée. En y réfléchissant, je crois que je l'avais.
D. Persistez-vous à déclarer que vous ne saviez pas où demeurait Ficschi ?
R. J'y persiste.
D. Persistez-vous à dire que vous ne connaissiez pas Fieschi sous le nom de Gérard?
R. J'y persiste.
D. Cependant Fieschi déclare que vous êtes venu le demander plusieurs fois à son logement, boulevart du Temple; or, il n'était connu là que sous le nom de Gérard?
R. Si Fieschi a dit cela , il a dit un faux.
D. Fieschi l'a dit positivement et à plusieurs reprises.
R. Il en a menti , parce que je ne suis jamais ailé chez lui.
D. Persistez-vous à dire que Fieschi ne vous a pas donné un pistolet? ^
R. Je persiste à le dire , oui , Monsieur.
D. Ficschi déclare cependant (ju'ii vous a donne ce pistolet; vous lui avez dit que vous n'aviez pas d'armes, il vous a repondu : t^Tiens , j)rends ce pistolet ? «
R. Si j'avais eu des armes , on ies aurait trouvées chez moi , comme on y a trouvé une canne à épée, et si je les avais cachées, j'aurais caché cette canne aussi. Il ne manquerait plus ({ue Fieschi dit que c'est moi qui ai mis le feu à la machine. Je ne puis que vous répéter ce que je vous ai déjà dit : jamais je n'ai su que Fieschi voulait taire une machine aussi terrible que celie-Ià.
D. N'avez-vous pas été à Lyon avant de venir à Paris ? R. Oui , Monsieur.
D. Oii avcz-vous travaillé ?
R. Chez M. Vergnieth.
D. Vous avez travaillé ailleurs ?
R. Chez M. Mdrgoîes , chez M. Bordesolle et chez M. Dufetre.
D. N'avez-vous pas travaillé chez M. .Cayle ? R. Non, Monsieur.
D. Pourquoi avez-vous été renvoyé de Lyon? .,,,, ,;
/?. Il y a sept ans que j'ai quitté mes parents; quand un jeune homme a travaillé en province, il vient à Paris pour se fortifia-, c'est ce que j'ai fait.
D. N'avez-vous pas été renvoyé par les compagnons ? R. Non, Monsieur.
D. N'avez-vous pas été renvoyé pour avoir abusé des fonds de la société dont vous faisiez partie?
R. Cela est faux et c'est absurde ; car, lors même que j'aurais eu la mauvaise volonté de faire ce que vous me dites , je ne l'aurais paS; pu; les fonds étaient dans une caisse à trois clefs, dont ie président, le secrétaire et ie trésorier avaient chacun une.
D. Fieschi a travaillé à Lyon ; ne l'y avêz-vous pas connu ? R. Jamais: je ne l'ai connu qu'à Paris et pour mon malheur, car sans lui je ne serais pas ici.
D. Le foret que vous avez emporté de votre boutique , ne l'avezvnns pas prêté à Fieschi?
/?. Non , car je n'y suis pas allé ce jour-là.
D. Vous dites que vous n'y êtes pas allé ce jour-là; vous y êtes Jonc aîlé nn autre jour?
R. Je vous jure que j'ai la conscience nette , et que ce que je vous fils est ia vérité ; je ne l'ai pas connu à Lyon , et. je ne lui ai pas prêté d'outils.
D. L'explication que vous avez donnée des motifs pour lesquels vous êtes sorti avec vos outils n'est pas admissible, et vous aviez commencé à ce sujet par un mensonge, en disant que vous étiez ailé dans un hôtel où vous n'êtes pas allé. N'étes-vous pas allé plutôt en un lieu où vous avez remis votre foret à /7^.çc///; c'est avec un foret que Fiesc/ii, à la même époque, a percé ia lumière de trois de ses canons de fusii qui n'en avaient pas.
R. C'est impossible; je ne suis pas resté longtemps ïiors de l'atefrer, puisque ces messieurs m'ont dit, quand je suis revenu , que j'étais resté pou de temps dehors, et que je n'avais pas eu ie temps de faire grand'chose. Si Fieschi avait percé ses canons avec mon foret , il aurait fallu que je restasse plus de deux heures dehors.
D. Je vous observe qu'il ne faut pas beaucoup de temps pour percer trois lumières de fusil.
R. Je n'ai rien à répondre à cela.
D. A vez-vous rapporté votre foret cliez vous?
R. Oui , Monsieur, je i'ai posé sur mon établi.
D. Fiesc/ii déclare qu'il a couché une fois cliez vous; qu'il y est venu, une autre fois, pour coucher, sans avoir pu monter; vous avez commencé par le nier; vous dites que vous n'êtes jamais ailé chez iui, et Fieschi dit ie contraire; vous dites que Fieschi ne vous a pas donné un pistoiet; cependant Fieschi i'a déclaré positivement. Vous, voyez bien que vous ne dites pas la vérité?
R. Fieschi peut avoir dit cela pour se sauver; j'ai la conscrcnce *
nette de tout ce qu'il a fait.
( Dossier Boireau pièce A
fîJoVT Cl
9' Interrogatoire subi par Boireau, le 25 août 1835, devant M. Gasclion», fujo^e
d'instruction , délègue.
Nous avons représenté à Victor Boireau le foret , ia conscience
et l'archet, qui nous ont été remis hier par le sieur Massé , et lui avons demandé s'il reconnaissait ces outils pour ceux qu'il avait emportés de chez son maitrc, le 2 7 juillet au matin?
R. Je crois que le foret était plus gros que celui-ci; j'en suis même persuadé. Je reconnais la petite conscience et l'archet.
D. Je vous fais observer que ces outils nous ont été remis par le s\e\iv Massé , comme étant ceux qu'il vous a vu emporter et rapporter. Il a été ajouté par Massé que , par le plus grand hasard, le foret était dans l'état où il se trouvait lorsque vous l'aviez rappoité; qu'on ne s'en était pas servi depuis.
R. Je ne sais pas si ou s'en est servi. , mais je crois qu'il était plus gros que cela.
Z). Le sieur Vernert a déclaré reconnaître les mêmes outils pour ceux qu'il vous a vu rapporter à son magasin, le 2 7 juillet,* vers neuf heures un quart du matin. îïa également dit qu'on ne s'était pas servi du foret dej)uis. Persistez-voas à dire que vous ne pensez pas que ce soit le même foret?
R. Oui , Monsieur. J'ajoute que M. Vernert qui n'est jamais dans l'atelier ne peut pas savoir de quels outils on se sert.
/). Aussi a-t-il seulement dit vous avoir vu rapporter à son magasin ceux dont il s'agit.
R. M. Vernert n'a pas pu voir si le foret que j'ai l'apporté était gros et mince, surtout en raison de ce qu'il était presqu'au fond du magasin où je n'ai fait que me montrer en disant que je retournais à Fatelier où j'ai rapporté les outils.
(Dossier Boireau, pièce .)
10* Interrogatoii-e subi par Boireau, le 27 août 1833, devant M. Gaschon, juge
d'instruction , délègue'.
D. Nous avons représenté à linculpé un paquet auquel est jointe Hoe étiquette portant : Uii paquet de papiers déchirés, en tr.ès-^ petits morceaux, saisi au domicile du 72077?;7ze Boireau, rue Quincam^ poix, n° 77, aux termes de notre procès-verbal de ce jour. Paris^ $8. juillet 18S5. Ladite étiquette signée Boireau et Miîliet,
Nous avons reconnu et fuit reconnaître à Boircan que ie scellé apposé siii ladite étiijuettc était sain et entier.
Nous l'avons brisé en sa présence et, ouverture faite cludit paquet, il s'y est trouvé : 1° deux adresses, l'une du s\cuv Sidreaii, ferMantier-Iampistc et potier d'étain , derrière laquelle on lit ces mots : Tout en face la fontaine, rue Saint-Honoré , au-dessus d' un marchand de modes, en face la rue de l' Arbre-Sec , 94. — La seconde, également du sieuv Suircau , au dos de laquelle sont les mots suivants i%C/'«.5e/7?(? delà Nouvcl/e-France , à H sur la jjof te, il m'attendra.
Chacune de ces deux adresses a été signée et pai'aphée, 9ie vai'ietur, par rincul])é , nous et le greffier.
Victor Boiî'cau, dit:
L'adresse à la main qui est derrièi;ç celle du sieur Sulrcan, est eeïle d'un tailleur qui a travaillé pour moi et c[ui se nomme Mallet; il demeure actuellement rue Richelieu, près la rue Neuve des Petits- Champs , la maison qui fait ie coin à main droite en venant de la rue Saint-Honoré.
La seconde adresse est celle d'un nommé Théophile ^«^/-y, fusilier au 3 7^ régiment; il est de mon pays et ferblantier comme moi.
Dans le même paquet , se trouve aussi une lettre , en date du 1 2 juin 1832, et signée Chalmeau dit Parisien, l'adresse de cette lettre est en partie déchirée, on y voit cependant le nom de Boireau.
Le surplus du contenu dudit paquet consiste en une grande quantité de morceaux de papier déchiré , sur la plupart desquels existe de l'écriture.
Victor Boireau fait observer que plusieurs de ces papiers sont de la même écriture, et sont des fragments de lettres de sa mère.
Il dit que d'autres morceaux de papier sont de son écriture , et que ceux-ci sont en plus gra^id nombre.
Nous avons examine tous lesdits morceaux de papier un à un, et les avons classés d'après la différence des écritures, autant qu'il a été possible de les reconnaître. Nous avons été aidé dans ce travail par les indications de Victor Boireau. ''
Nous avons fait des paquets séparés desdits morceaux de papier ; ces paquets sont au nombre de sept, qui portent les étiquettes suivantes :
Le paquet n° 1 est étiqueté ainsi : morceaux de papier que Victor Boircau dit être de son écriture.
Le paquet n" 2 est étiqueté ainsi : morceaux de papier que Boireau déclare être de l'écriture de sa mère.
Le paquet n° 3 porte : lettre déclarée par Victor Boireau de i'écriture de Suireau tils.
Le paquet n" 4 porte pour suscription : factures de tailleurs.
Le paquet n° 5 porte pour étiquette : morceaux d'un permis de
séjour.
Le paquet n° 6 est ainsi étiqueté: débris de la facture du sieur
Taîman.
Et le paquet n° 7 et dernier est ainsi étiqueté : morceaux de papier qui, généralement, ne portent point d'écriture.
Nous avons ensuite réuni les paquets dans une feuille de papier en forme d'enveloppe , qui a été scellée de notre sceau , et dont la suscription a été signée de l'inculpé , de nous et du greffier.
Nous avons représenté à Victor Boireau^ 1° la copie du mandat d'amener décerné contre lui, le 2 9 juillet dernier.
2° Un billet par lui souscrit le 1 9 juin précédent , de la somme de 2 5 francs, au profit du sieur Talman, payable le 2 5 dudit mois de juillet; 3° deux récépissés, l'un du 30 décembre 1834, constatant l'engagement d'une montre d'argent, n° 22,8 78; l'autre, du 7 février 1835: article d'engagement, un pantalon en drap, n" 2,635; l'avance pour le premier article a été de 1 5 francs, et pour le second, de 10 francs; 4" un morceau de papier sur lequel on lit ce qui suit écrit au crayon : M. Rossignol , traiteur, rue de la Fontaine, au parc Saint-Far geau , en haut de Belleville ; tu demanderas Delong.
Ces papiers étaient enveloppés d'un morceau de papier sur lequel on lit ces mots: Victor Boireau.
Nous avons demandé à Victor Boireau s'il reconnaissait lesdits papiers pour avoir été saisis chez lui (à l'exception du mandat).
R. Les deux récépissés et le billet de 2 5 francs étaient dans le tiroir de mon bureau ; quant au morceau de papier écrit au crayon , je ne le reconnais pas du tout.
D. Vous n'en connaissez pas l'écriture?
jR. Non , Monsieur.
Ledit papier a été signé et paraphé 7ievarîetur par nous et le greffier, finciilpé ayant déclaré ne vouloir le signer, attendu qu'il ne Je reconnaissait pas.
D. Connaissez-vous le nommé Delong?
R. Non , Monsieur.
(Dossier Boireau, pièce .)
11'= Interrogatoire subi par Boireau, le 1 septembre 1833 , devant M. le baron Pasqiiier, président de la Cour des Pairs; ledit interrogatoire contenant confrontation de Suircau avec les sieurs Godu et Suireau fils,
D. Vous connaissez beaucoup de monde; vous avez reçu de nombreuses visites, surtout aux approches de l'événement du 2 8 juillet, tant à votre atelier, qu'à votre domicile. Cette alïluence de visiteurs a quelque chose d'extraordinaire, et je vous engage à vous expliquer sur cela avec franchise ?
R. Je n'ai rien à répondre , si ce n'est que les personnes qui sont venues dans mon atelier, je ne pouvais les empêcher d'y venir; chez moi , je ne recevais que des amis.
D. Quels sont les amis que vous receviez ainsi chez vous ?
R. II y a un nommé Saltzmann, suisse d'origine, et un nommé Thibet, ferblantiers tous les deux comme moi , et ne se mêlant aucunement de politique. On n'a jamais vu venir d'autres personnes chez moi.
D. Quel était un jeune homme qui venait plus particulièrement chez vous le dimanche?
R. C'est Saltzmann.
D. Ne lui remettiez-vous pas quelque fois votre clef? R. Jamais je ne donnais ma clef à personne.
D. Cependant votre propriétaire a déposé ainsi qu'il suit : « Peu «de temps après, le jeune homme dont j'ai parlé a jjassé devant ma «porte; le prenant pour M. Boireau, je lui ai dit: la portière vous «a-t-elle remis un petit papier? La portière qui m'a entendu , m'a dit : «vous vous trompez. Madame, ce n'est pas M. Boireau. Le jeune «homme s'est retourné en disant : Ça ne fait rien, Madame, je suis «son ami; il m'a en même temps montré la clef de M. Boireau, »
R. Je ne connais pas i'indiviclu dont vous me parlez, et je suis persuadé qu'il n'avait pas ma clef.
D. Le mardi 2 8 juillet, n'ctes-vous pas sorti vers huit heures du matin ?
R. Oui , Monsieur.
D. Votre propriétaire a déposé dans les termes suivants: «Le mardi 2 8 juillet, Boircau est sorti vers huit heures du matin ; «il a passé devant moi; il avait l'air soucieux.... Tout fc jour, il est «venu beaucoup de personnes le demander; avant midi, heure à la- « quelle je suis sortie, il était déjà venu plus de dix personnes le de- « mander; c'étaient des messieurs tous bien mis; il y en avait de tout «âge, beaucoup à moustaches; ils disaient, les uns qu'ils vejiaicnt de «la campagne; les autres , qu'ils étaient ses amis. Beaucoup ont dit de «lui dire d'aller tout de suite, tout de suite , au café Français, boule- «vart Saint-Martin. Un grand maigre est venu plusieurs fois dans ia «journée. »
R. D'abord, je ne connais pas le café Français ; quant aux individus , il est possible que ce soient des agents, qui sont venus chez moi pour m'arréter. D'ailleurs, si j'avais été coupable, je me serais caché , au heu de me promener toute la journée ; d'aller dîner comme à l'ordinaire, et de rentrer chez moi, ainsi que je l'ai fait.
D. Fieschi a déclaré devant vous qu'il avait couché une fois chez vous ; quoique vous eussiez nié ce fait , votre maîtresse d'hôtel dit qu'il a couché quatre ou cinq fois chez vous, et qu'il avait l'air d'avoir de l'autorité sur vous?
R. Si Fieschi a dit cela , c'est un insolent ; Fieschi n'a jamais eu d'ascendant sur moi.
Et à l'instant nous avons fait introduire dans notre cabinet le témoin Godu , auquel nous avons demandé s'il persistait dans la déposition reçue par nous cejourd'hui , et relative aux neuf jeunes gens qu'il aurait aperçus le 2 8 juillet, au moment de l'explosion, sortant d'un chantier situé rue du Haut-Moulin, derrière la rue des Fossés-du-Tenq^le, et dont trois auraient franchi fe mur du chantier de l'étoile , tandis que les six autres se seraient en allés par la rue du Faubourg-du-Temple. Nous demandons encore au témoin s'il persiste à dire qu'il reconnaîtrait quatre ou cinq de ces jeunes gens, s'ils lui étaient représentés.
Le témoin répond : Oui, Monsieur.
Nous demandons au témoin, en lui montrant Bohcaii , s'il îe reconnaît comme étant i'nne des persounes qu'il a vues dans la rue du Haut-Moulin.
Le témoin répond : Oui.
D. Ail témoin : Comment la personne ici présente é(ait-elîe vêtue? R. Le témoin : Elle avait une casquette, une veste et un pantalon d'été ; c'est !à ce que j'entends par ie costume d'ouvrier.
Boircau dit que c'est on ne peut pas pius faux , et qu'il en donnera toutes les preuves possibles. Il ajoute /qu'il n'est pas r<Mitré chez {ni duns la journée du 28 , et que, lorsqu'il est sorti le matin , il avait la redingote noire et le chapeau gris qu'il porte aujourd'hui , un pantalon d'étofle rayée, un col noir et un gilet blanc.
Nous demandons au témoin comment était la casquette dont était coiflée la personne qu'il croit reconnaître.
Le témoin répond que cette casquette était plate, noire et en toile cirée.
Boireau dit qu'il a cette casquette à la conciergerie , et que de l'inspection de cette casquette résultera la preuve de l'erreur du témoin. 11 ajoute que JousUn, avec lequel il était sur le boulevart, au bout de la rue du Temple , au moment où le cortège passait, l'a vu dans le costume qu'il portait alors, et qui n'est pas celui indiqué par le témoin.
D. Au témoin : Persistez-vous dans vos dires? R. Oui, Monsieur.
D. Boireau , persistez-vous dans vos dénégations?
R. Oui , Monsieur; je pourrais encore donner d'autres preuves de ce que j'avance ; mais celles-là suffisent.
Lecture faite , ont signé.
Nous avons continué en ces termes, hors la présence du témoin , l'interrogatoire de Boireau.
D. Vous venez de parler de votre rencontre avec Jousiin; vous rappelez-vous les propos que vous lui avez tenus.
R Jouslùi m'a demandé si je voulais voir îc Roi , que je n'avais ja- |) mais vu ; je lui ai dit que oui, et il me i'a montré.
D. Cette conversation n'aurait pas été telle que vous fc prétendez: il paraîtrait que Jouslin , vous ayant proposé d'aller voir le Roi , vous , lui auriez répondu : «Je me moque bien de cela; c'est un cochon.» Jouslin , alors, aurait dit : «Chacun a son idée;» et vous lui auriez répondu : «Vous, qui êtes un jeune homme, vous devriez apprendre «à connaître vos droits , et ne pas être juste-milieu comme cela?»
R. J'ai mes idées , cela est vrai ; mais personne ne pourra jamais dire qu'on m'ait entendu mépriser le Roi , ou blasphémer contre lui. Si j'avais voulu le mépriser , j'aurais employé d'autres moyens ou d'au-s très termes, et non pas celui de cochon.
D. Cependant n'a-t-on pas trouvé dans vos papiers des écrits extrêmement violents contre le Roi , contre tous les rois même , et qui paraissent écrits de votre main?
R. Cela n'est pas , et M. Vernert , qui partage les idées du Couvernement, et qui estime le Roi comme pas un , ne m'aurait pas accordé la confiance qu'il m'a accordée , si j'avais été un exalté.
Et à l'instant nous avons fait introduire dans notre cabinet le témoin Sitireau (Edouard), auquel nous demandons s'il persiste à déclarer que six semaines à peu près avant l'événement, il est allé se baigner avec Fieschi et Boireaii , qui lui avaient proposé de l'accompagner ; qu'après le bain, Boireaii et Fieschi allèrent avec lui jusqu'au coin du premier pont qui est après le Pont-Neuf, en allant à la Grève; que , comme il avait une course à faire, rue du Cimetière-Saint-jNicolas , Boireau et Fieschi le quittèrent, parce qu'ils avaient à causer.
Le témoin dit qu'il persiste dans cette déposition.
D. A Boireau : Qu'avez-vous à dire? v
R. Cela est vrai,
D. Au témoin : Persistez-vous à déclarer que vous avez rencontré la femme Petit, a\ec Boireau , au théâtre de la Porte-Saint-Martin? R. Oui , Monsieur.
D. A Boireau : Qu'avez-vous à dire?
R. Cela est encore vrai.
D. Au témoin : Persistez-vous à déclarer (ju'un jour, causant politique avec Boireau, celui-ci, après des contrariétés d'opinions cpie vous lui fîtes sentir, vous dit que son corps et son ànic ne lui appartenaient plus; et toutes ces circonstances réunies ne vous fucnt-elfes lias penser dès lors que Fiesc/net Boireaic méditaient quelque chose.
R. Le témoin : Oui , Monsieur.
D. A Boireau : Qu'avez-vous à dire?
R. Cela est fiiux; on ne fait pas abnégation de sa vie comme cela tout de suite.
D. Au témoin : N'avcz-vous pas fait la déclaration suivante?
t'La veille de l'attentat, Boireau m'a fait la confidence que le lloi «serait assassiné le lendemain, entre l'Ambigu et la Bastille, vers «le bouîevart du Temple. J'avais témoigné le désir qu'il me dit le «lieu où l'événement devait se passer, aiin d'en prévenir mon père, «et de le détourner d'aller à la revue; c'est alors qu'il me désigna «l'emplacement à peu près. i> Persistez-vous dans cette déclaration?
R. Le témoin : Oui , Monsieur.
D. A. Boireau : Qu'avez-vous à dire?
R. A peu près , à une demi-lieue près.
D. Au témoin : N'avez-vous pas encore déclaré ce qui suit :
«Ce même jour, Boireau est sorti de l'atelier à huit heures du «matin avec un foret, un archet et une conscience, sous prétexte «d'aller percer des trous à l'hôtel d'Espagne, rue de Richelieu. Le «soir, à la suite de sa confidence , il m'a dit qu'il n'avait point été per- «cer des trous, rue de Richelieu , comme il l'avait dit le matin , mais «bien en percer à leur affaire. Je lui fis l'observation qu'il n'avait «point été longtemps sorti; il m'a répondu qu'il avait pris un cabrio- «let.» Persistez-vous dans cette déclaration?
R. Le témoin : Oui, Monsieur.
D. A Boireau : Qu'avez-vous à dire?
R. Cela est faux.
D. Au témoin : N'avez-vous pas encore déclaré ce qui suit : <^ Boireau m'a montré, le même jour, une paire de pistolets à pis- «ton, canons en cuivre; je ne suis pas bien sûr s'il y avait la paire, «ou un seul pistolet. Il m'avait dit, un moment auparavant, que la
«personne qui devait mettre le leu à la machine était un galérien, «un homme dévoué. >i Persistez-vous dans cette déclaration? R. Le témoin : Oui , Monsieur.
D. A Boîreau : Qu avez-vous à dire ?
R. C'est on ne peut pas plus faux.
D. Au témoin : N'avez-vous pas encore déclaré ce qui suit?
« Boireau a reçu, toujours le même jour, 2 7 juillet, un grand «nombre de visites. Il m'avait chargé, en me remettant l franc, de «lui acheter de la poudre , qe que je ne fis point ce jour-là, comme «il me l'avait demandé. » Persistez-vous dans cette déclaration?
R. Le témoin : Oui , Monsieur.
D. A Boireau : Qu'avez-vous à dire ?
R. C'est faux.
D. Au témoin : N'avez-vous pas encore déclaré ce qui suit :
«Comme je n'avais pas encore fait toutes ces confidences à mon « père , mais seulement à sa fille de boutique , j'attendis jusqu'au len- « demain ; et , ce jour-ïà seulement, j'achetai la poudre sur l'ordre qui «me fut donné par mon père, qui n^e recommanda, en même temps , «de ne la mettre chez le portier qu'une heure après l'avoir achetée. «Je ne connaissais point le dessein qu'avait mon père , en m'obligeant «d'acheter cette poudre. » Persistez-vous dans cette déclaration ?
R. Le témoin : Oui , Monsieur.
D. A Boireau : Qu'avez-vous à dire?
R. Je suis allé chez le portier, et il serait bien extraordinaire que si quelque chose lui avait été remis pour moi , il ne me l'eût pas donné.
Le témoin dit que Boireau n'est rentré chez lui qu'après l'événement , et que lui , témoin , avait repris la poudre déposée par lui chez ie portier.
Boireau dit que , dans ce cas-là , le portier lui aurait au moins parlé de cela , et il lie lui en a pas seulement dit un seul mot,
D. Au témoin : N'avez-vous pas encore déposé ce qui suit? « Le 2 8, Boireau étmt venu avec un jeune homme chez mon père; «avant que j'eusse acheté la poudre , pour me la demander. Je lui dis
«d'aller la prendre dans une heure chez le portier du magasin. » Persistez-vous dans cette déclaration ?
R. Oui, Monsieur.
D. A Boireau : Qu'avez-vous à dire?
R. C'est faux. J'ai bien vu Suireau , mais je ne lui ai pas parlé de cela.
D. Au témoin : N'avez-vous pas encore déposé ce qui suit ?
«La veiile de Tévéncment, Boireau a quitté son atelier à sept «heures du soir. Il m'avait dit, avant de sortir, qu'il allait, avec un «autre, prendre des chevaux pour passer sur le boulevart, afin de faire «la répétition au pas , au trot et au galop. Les chevaux ont dû être «pris dans une écurie dont le maître des chevaux avait laissé la cief , «pour qu'ils pussent les prendre dans ie cas où il ne s'y trouverait «pas. Le maître des chevaux est un épicier. » Persistez - vous dans cette déclaration?
R. Oui , Monsieur.
D. A Boireau : Qu'avez-vous à dire ?
R. C'est faux.
D. Au témoin : N'avez-vous pas encore déclaré ce qui suit ?
« 5ozV<?ûr?/ portait habituellement des moustaches et un collier de «barbe; mais deux jours avant l'événement, il ne les avait plus. » Persistez-vous dans cette déclaration ?
R. Oui , Monsieur.
D. A Boireau : Qu'avez-vous à dire?
R. Cela est vrai. Je m'étais fait couper les moustaches et les favoris , ie dimanche , en me faisant raser.
D. Au témoin : N'avez-vous pas encore déposé ce qui suit?
« Sur une observation que lui fit mon collègue , commis avec moi «dans la mcme maison, pour qu'il travaillât plus qu'il ne faisait, ti Boireau me dit, après que ce dernier fut sorti : Qu'ai-je besoin de «travailler? j'aurai peut-être demain plus de 10 0,000 francs. li me « dit aussi : Si je disais à M. Gisquet tout ce que je sais , il me don- «nerait ce que je lui demanderais. « Persistez -vous dans cette déclaration ?
R. Oui, Monsieur.
Interrogatoires. 43
338 INTERROGATOIIŒS
D. A 5o/re<2î/; Qu'avez- vous à dire?
R. Je n'ai pas dit cela.
D. Au témoiji: Persistez-vous dans toutes vos déclarations?
R. Oui , Monsieur.
D. A Boireau : Persistez-vous dans toutes vos réponses ?
R. Oui, Monsieur.
Après lecture , ils ont signé.
Et de suite nous représentons à l'inculpé, hors ïa présence du témoin , des chansons manuscrites saisies à son domicile , et nous lui faisons observer que ces chansons font assez connaître quels sont ses sentiments.
L'inculpé dit qu'il n'a pas fait mystère de ses sentiments ; mais que ces chansons ne sont pas de lui , qu'il les a seulement copiées.
( Dossier Boireau, interrogatoire , pièce . )
12* Interrogatoire subi par J?o?V<?«m, le 20 octobre 1835, devant M. le'baronPasquier, Président de la Cour des Pairs.
D. Persistez-vous à nier que vous ayez prété à Fieschi le foret qui a servi à percer ceux des canons de sa machine qui ne l'étaient pas?
R. Oui, Monsieur; je persiste à le nier parce que cela est faux.
D. Je vous fais remarquer que déjà vous avez menti une première fois, relativement à ce foret, lorsque vous avez dit que vous étiez sorti avec ce foret pour aller percer des trous dans une maison oiJ vous n'avez pas mis les pieds. Par conséquent, vous aviez dès lors un motif de dissimuler l'emploi que vous vouliez faire de ce foret?
R. J'ai dit, quand je suis sorti avec mon foret, que j'allais percer des trous à fhôtel d'Espagne, pour ne pas être grondé par M. Vernert, quand je rentrerais. La vérité est que j'avais un rendez-vous avec une personne, rue du Faubourg-Montmartre, et que je suis resté tout au plus une demi-heure ou trois quarts d'heure absent.
D. Je vous fais remarquer que le foret qui a été saisi chez votre
maître et qui est celui que vous en aviez emporté, et qui a été examiné par un honmie de i'art le. plus capable d'en juger, a été reconnu pour être celui qui a dû servira percer les canons de la machine infernale; que l'usure qu'il a éprouvée a été parlaitement reconnue comme devant résulter de la rencontre de la culasse de fini de ces canons, sur laquelle il a été appliqué de nouveau. Qu'avez-vous à dire ?
R. Rien, Monsieur; Fieschi lui-même, lors de ma dernière confrontation avec lui a déclaré ne pas reconnaître ce foret.
D. Je vous fais remarquer que Fieschi a parfaitement reconnu l'archet, la corde, la conscience; qu'il a eu du doute sur la mèche, croyant que celle dont il s'est servi était plus courte; mais ce doute même atteste sa sincérité et prouve qu'il n'a voulu affirmer que ce' dont il était parfaitement sûr. Ce doute d'ailleurs est complètement détruit par l'épreuve qui a été faite et dont je viens de vous rendre compte. Qu'avez-vous à dire?
R. Je n'ai rien à dire.
D. Vous avez été avec Fieschi chez ïe sieur Pierre , entrepreneur de serrureries, rue du Fauhourg-Saint-Antoine, n° 55; vous y avez été pour commander avec lui la barre de fer et la plaque de tôle qui ont servi à la confection delà machine; vous avez montré dans cette occasion , au dire des personnes devant lesquelles vous avez fait cette commande, une connaissance tellement parfaite de la manière dont ces pièces devaient être confectionnées, qu'il est impossible que vous ne sussiez pas à quel usage elles étaient destinées. Enfin vous avez été parfaitement reconnu par une partie des personnes en présence desquelles vous vous êtes trouvé en cette occasion. Q;u'avrz-vous à dire?
R. Rien, tout cela est faux. Je n'ai rien commandé, je puis le dire. Vous attachez une grande importance à ce que je connaissais Fieschi ; j'af fait mes efforts pour le reconciher avec la femme Petit , j'ai même écrit deux ou trois fois à cette femme à ce sujet; voilà pourquoi il est venu quelquefois chez moi.
D. Dans un premier interrogatoire que vous avez subi au sujet de la barre de fer et de la plaque de tôle, vous avez vous-même reconnu que vous étiez allé dans la boutique du sieur Pierre, et vous avez donné
3iO INTERROGATOIRES
des détails qui ne permettent pas de douter que vous y avez accompagne Fi'esc/n.
R. Celii n'est pas , et la preuve en est que je n'ai pas voulu signer mon interrogatoire parce que je ne me rappcliais pas cette circonstance.
D. Votre refus de signer votre interrogatoire prouve seulement ia méconnaissance d'un devoir, mais n'implique nullement la fausseté de ce qui est contenu dans cet interrogatoire et légalement établi. Votre promenade à cheval , le 2 7 au soir, sur le boulevart en face de la fenêtre de Fi'esc/n est reconnue par lui, et elle résulte i d'une déclaralion que vous-même aviez faite kSuireau avant que cette promenade eût eu lieu. Tous les faits recueillis dans l'instruction concourent à prouver que vous êtes efFectivement passé à cheval sur le boulevart , à cette heure.
R. Je ne suis jamais monté à cheval ; il aurait fallu, d'ailleurs, que j'eusse connu des personnes pour me donner un cheval.
D. Persistez-vous dans toutes vos dénégations? R. Oui,» Monsieur, parce qu'elles sont vraies.
D. Je vous invite à déclarer le nom de la personne avec laquelle vous étiez, lorsque Fieschi vous a rencontré sur le boulevart, une heure avant l'exjjlosion de la machine.
R. Cela est faux; Fieschi ne m sl pas vu le 2 8.
( Dossier Boireau, pièce .)
13* Interrogatoire subi par Boireau, le 22 octobre 1835, devant M. Gaschon^ juge d'instruction , de'Iegue'.
Nous avons représenté au prévenu le paquet portant l'étiquette suivante :
«Morceaux de papier qui avaient été saisis chez Victor Boireau. «(Voir son interrogatoire de ce jour.) — Paris, ce 2 7 août 183 5. — ^< Signé, Boireau, Gaschon, Dallemagne.»
Boireau a reconnu avec nous que le cachet mis sur l'enveloppe de ce paquet est sain et entier.
Ouverture faite de ce paquet, nous avons examiné son contenu. Notre attention s'est portée principalement sur des morceaux de papier contenus dans une enveloppe qui porte ie n° 1 . Elle n'est point
cachetée. Sur i étiquette de cette enveloppe on lit ; «Morceaux de pa- «pier que Boireau dit être de son écriture. «
Nous avons rassemblé quelques-uns de ces morceaux de papier, autant que cette opération a été possible. Nous n'avons rien remarqué d'important, soit dans les morceaux réunis , soit de ce qu'on iit de ceux qu'il n'a pas été possibie d'assembler. Nous avons seulement remarqué le nom de Lassave et la fin de celui de Fieschi sur des morceaux de papier qui, rapprochés entre eux autant qu'il a été possible , nous ont paru avoir fait partie du projet d'une lettre adressée à une dame.
Le prévenu a déclaré que ce devait être le projet d'une lettre qu'il avait écrite, sur la demande de Fieschi , à fa dame Petit veuve Lassave.
Nous avons remis tous ces morceaux de papier avec les enveloppes particulières qui les contiennent, dans une enveloppe portant pour étiquette : «Morceaux de papier qui avaient été saisis chez Wciov Boi- « reau. ( Voir son interrogatoiie de ce jour. ) ij Ladite étiquette a été signée par i'incuipé, nous et le greffier.
Ayant remarqué sur un des morceaux de papier le nom de Julie nous avons demandé au prévenu quelle était la personne qui portait ce nom. Il a répondu que c'était une demoiselle de sa connaissance , qui n'était plus à Paris , et qu'il ignorait ie nom de famille de cette demoiselle.
D. Pourriez-vous dire quelle était sa demeure à Paris ? R. Non, Monsieur.
D. Oii iui adressiez-vous vos lettres ?
R. Je ne lui en ai jamais adressé; je ne connaissais pas son adresse. C'était un brouillon que j'avais fait.
(Dossier Boireau, pièce .)
14^ Interrogatoire subi par Boireau, le 2.3 octobre 1835, devant M. Gaschoa juge d'instruction, de'Iegue'.
Et cejourd'hui 2 3 octobre , onze heures du matin , nous juo-e d'instruction, assisté de notre greflier, nous sommes rendu à la Concier^^eric , à i'efTet de reprendre l'opération commencée hier.
Victor Boircau ayant cté amène devant nous, il a été, en sa présence, procédé à l'ouverture du paquet contenant les morceaux de papier dont.il s'agit, après qu'il a eu reconnu avec nous que le cachet était intact.
Le prévenu ayant été appelé chez notre collègue M, Zangiacomi , l
nous avons suspendu notre opération pour la reprendre dans notre r cabinet.
Les morceaux de papier qui sont l'objet de notre examen et les diverses enveloppes qui les contiennent ont été renfermés dans une seule ' enveloppe , portant par suscription une étiquette indicative signée par j le prévenu , nous et ie greffier ; ladite enveloppe scellée de notre sceau. !
Lecture faite du présent procès-verbai , il a été signé par l'inculpé , nous et ie greffier. j
Etant dans notre cabinet , où le prévenu a été conduit , nous avons, en sa présence, ouvert le paquet ci-dessus mentionné, après qu'il a eu reconnu avec nous que ie cachet était sain et entier.
Nous sommes parvenu à recomposer en grande partie trois textes qui nous ont paru des projets deiettres, concernant, la première Fieschi , dont nous avons rétabli ie nom en entier. On iit sur la fraction que nous avions trouvée hier eschi, à iaquelîe se sont réunies , dans la recomposition du texte , ies deux premières lettres du nom de ce prévenu.
Boireau, dans ia lettre dont il s'agit, paraît se plaindre d'expressions |j contenues dans une iettre de la personne à laquelle est adressée ia 1 sienne. On y lit cette plirase : «Vous deviez cependant savoir que mon <( ami Fieschi ne me cachait rien, et qu'il me ferait voir la iettre infâme, | V. sur tous ies rapports , que vous lui avez écrite. « "
li est difficile de reconnaître positivement ie sujet de la seconde ietti'e, dans iaqueîie se iit ie nom de madame Petit veuve Lassave, et qui paraît iui être adressée. On voit qu'il lui est fait des reproclies dans cette lettre sur la conduite qu'elle aurait tenue envers Fieschi, d'après ce que déclare Boireau.
On y voit aussi que Boireau iui-méme croyait avoir à se plaindre de ia femme Petit.
La troisième iettre nous a paru avoir été écrite à une femme par Boireau. Nous n'avons pu juger de son contenu, qui toutefois nous a paru sans importance.
Boîreau dit (jue ce qui nous a paru former deux lettres (la première et la seconde) n'en est réellement qu'une , ce (jui est possible.
Nous ne retrouvons dans les autres morceaux de papier le sujet d'aucune observation relativement à l'instruction de i'alTaire.
Ayant trouvé sur des morceaux de papier le nom de mademoiselle Brigoti en ville , nous avons demandé à Boireau quelle était ia demeure de cette personne.
R. Je l'ignore; je sais seulement que mademoiselle Brigoti demeurait rue Saint-Martin.
D. Quel est son prénom ?
R. Je ne le connais pas.
Nous avons remis les enveloppes contenant iesdits morceaux de papier dans une dernière enveloppe , qui a été scellée de notre sceau , et sur laquelle , par suscription , a été mise une étiquette indicative signée par le prévenu , nous et le greffier.
( Dossier Boireau , pièce .)