MM
Gcnsoul, docteur en médecine, demeurant à Lyon;
Malmazet, négociant de la même ville, beau-frère du sieur Gensoul;
Et Lentillon, négociant aux États-Unis.
Un propos rapporté par le maréchal des logis des carabiniers de Bonneville semblait donner quelque consistance à cet indice.
Ce maréchal des logis déclarait qu'ayant nommé MM. Gensoul et Malmazet au banquier des sels et tabacs de Bonneville, celui-ci lui avait dit qu'il connaissait M. Gcnsoul, qui avait soigné un de ses frères, et que son beau-frère, M. Malmazet, devait être un de ceux qui avaient coopéré à l'inscription de la proue de b Balme.
Le banquier des sels et tabecs de Bonneville, M. Bcllcmin, a nié formelle-
mont qu'il eût tenu aucun propos semblable au brigadier, en déclarant qu'il n'ai vait connu l'inscription de la grotte de la Balme que par lis journaux.
MM. Gensoul et Malmazet ont été néanmoins interrogés à Lyon, sur les circonstances résultant de l'instruction faite en Savoie.
Ils ont déclaré qu'ils étaient passés devant la grotte de la Balme, en allant et revenant de Chamouny; mais qu'ils ne s'étaient pas arrêtés pour visiter la grotte , et que par conséquent ils n'avaient apposé aucune inscription en cet endroit sur le registre des voyageurs.
Un corps d'écriture retraçant les mots inscrits sur le registre a été fait par chacun d'eux devant le juge d'instruction.
Bien que ces lignes n'aient pas été soumises à une vérification d'experts, il est évident que l'écriture n'a aucune sorte d'analogie avec celle de l'inscription de la grotte de la Balme.
Aucun soupçon, d'ailleurs, ne pouvait s'élever contre MM. Gensoul, Malmazet et I^entillon. Ils ont de plus déclaré, qu'après avoir le 28 juillet passé à Chamouny et écrit leurs noms sur le registre qui leur fut présenté, ils arrivèrent à Genève le 30 juillet, jour où ils apprirent l'atttntatdu 28.
L'inutilité des recherches qui ont été faites pour découvrir les auteurs de l'inscription rapportée plus haut n'a pas permis de donner plus de développement à cette partie de l'instruction.
Le 24 août 1835, le prcfetde l'Isère rendit compte en ces termes, au ministre de l'intérieur, d'un rapport fait à sa préfecture par M, Terrier, avocat, habitant la commune frontière de Chapareillan.
« M. Terrier a appris le 29 juillet, d'un négociant de Chambéry, très- « digne de foi , et avant qu'aucun avis de Paris fût parvenu à Chapareillan sur « le crime de Fietchi, que l'on disait la veille, à Chambéry, que Louis-Phia lippe devait avoir été assassiné dans ïa journée, par le moyen d'une machine « infernale. A l'évêché de cette ville, pn annonçait aussi, dès le 28, le même « événement, et l'on y ajoutait quet si ce moyen manquait, t7 (le Boi) périrait « par le feu. »
Entendu le 5 septembre, en vertu d'une commission rogatoire, le sieur Terrier a déclaré que la dépêche télégraphique annonçant l'attentat du 28 juilfet ne fut connue à ChapareHlnn que, Ie30, et que dès le 2 9 il avait appris de deux ^ habitants de Chambéry que c'était le bruit public dans cette ville que Loua- Philippe avait péri; mais ces deux personnes n'avaient précisé aucune date iù aucun genre de mort j il n'avait pas été question, par conséquent, de machine infernale.
Deux ou trois jours après, continue le sieur Terrier, je rencontrai le sieur* Le Boiteux, commissaire aux marches de Savoie. II me dit qu'il avait appris d'un de ses amis qu'il i\e nomma pas, qu'un carabinier en retraite, attaché à l'évêchéde Chambéry, lui avait dit que le 23 au matin on disait à févêché que Louis-Philippe devait périr ce même jour, au moyen d'une machine infernale, et que, si la machine manquait son coup, on y reviendrait par le feu.
Le sieur Terrier citait enfin l'article (Tu n journal intitule t Univers (sans autre désignation), qui aurait annoncé, à une date qu'il n'a pu indiquer, que, le 28 juillet, deux voyageurs avaient dit à Sallanches, dans une auberge, que le Rot des Français avait été tué ce même jour. Le bruit courait aussi que le 1 5 juillet la duchesse de DciTt/ se trouvait à Chambéry, sous le nom de comtesse Floria.
En transmettant cette déclaration, le juge d'instruction de Grenoble fait observer que le sieur Terrier est connu pour un homme à cerveau malade, et que son témoignage aurait besoin d cire fortifié par d'autres. II ajoute que cependant des bruits semblables à ceux qu'a rapportés le témoin ont circulé à Grenoble dès le 29 juillet.
Voulant en connaître la source, le juge d'instruction de Grenoble interrogea séparément deux négociants qui avaient parlé de ce fait , les sieurs Jouvin et Chabcrt. Le premier répondit que le sieur Chabert, qui fait de fréquents voyages à Chambéry, lui avait dit qu'on annonçait publiquement dans cette ville, d'où il arrivait depuis peu de jours, que le 28 juillet on devait tuer le Roi, à Paris; mais Chabert affirma, au contraire, que ce n'était pas à Chambéry, mais à Grenoble, qu'il avait ouï dire qu'on avait parlé de l'attentat avant l'événement, et que c'était à Aix-les-Bains qu'on en aurait parlé. C'est en ce sens qu'il explique sa conversation avec Jouvin, disant qu'il avait quitté Chambéry, le 26 juillet, sans rien savoir.
Un dernier lait résulte de la correspondance du juge d'instruction de Grenoble.
C'est que , d'après les rapports faits au préfet de l'Isère par le maire de la commune frontière (TEntre-deux-Guiers, et par le commissaire de police de Pont-de-Beanvoisin, on aurait dit également sur cette partie de la frontière que le crime du 28 était connu à Chambéry avant qu'il le fût à Grenoble.
Ce renseignement a élé transmis directement au ministre de l'intérieur par le préfet de l'Isère ; le préfet précise même davantage les faits, en annonçant que ce serait à Aix , en Savoie, dans une société de légitimistes, que fon se serait cutretenu de l'attentat qui devait être dirigé contre le Roi et sa famille.
Tous ces bruits, tous ces propos étant incertains dans leur date, rapportés de diverses manières, contredits, affaiblis ou augmentés par ceux qui les ont entendus, et se rapportant surtout aux tentatives d'assassinat qui, quelque temps avant , auraient été piévenucs sur la route de Ncuilly, ils n'ont pas dû motiver uuc plus ample iiuliuction.
M. Ic préfet du DouLs et M. le procureur géuéral Je Besançon avaient transmis à la Commission des documents qui parlaient que tes frères Rot se Ici , tenant maison de commission à Pontarlier, auraient Lit à Frlbourg, le 27 juillet, uneoommande de cinq à six quintanx de poudre; que lesdils frères Rossclct amaient dit que cette commande avait été faite par eux pour le compte d'un sieur Vucz qui ïcs en »vait chargés, ce que niaient Vucz et Lcpeude , agent de ce deruier. Les mêmes documents annonçaient que lus frères Rosselel avaient adressé à (a maison Rovct frères et Lerck, des Verrières suisses, leur lettre de commande cachetée, avec Tadtesse en l)lanc, en les priant de l'adresser à un négociant de Fribourg, ajoutant:» Comme nous n'y « connaissons personne, nous vous accompagnons inclus uuelettreà laquelle veuil- « lez mettre Tadres.se de la maison que vous jugerez la plus capable de nous satis- • fdire. » Ce mystère dans la commande, la coïncidence delà date de la lettre du 27 juillet avec f attentat du 28 , durent motiver des recherches. Une commission rogatoire a été envoyée en Suisse pour informer sur les causes et l'objet de ladite commande; mais le résultat de l'enquête a été d'établir qu'il ne s'agissait que d'une opération de contrebande, et un réquisitoire du procureur du Rot tic Pontarlier a demandé le renvoi île ses auteurs devant le tribunal de police correctionnelle.
Une lettne «écrite <de £oi; lente Je â août, par M. Simon , motaiie de celte vitte , et communiquée par M. le maréchal Maison a M. le Procureur général près la Cour des Pairs, contenait ce qui suit :
« Un de mes amis vient de médire que M. . . . , qui était ou qui est ancien « gouverneur du duc de Bordeaux , a passé ici la semaine dernière, et que par- « tant politique avec un Français qui demeure ici, et qu'il parait connaître n depuis longtemps, il lui est échappé de dire : Louis-Philippe tic nous gène, a plus , £ar encore quelques jours et ii aura cesse d'exister. »
Une commission rogatoire a été immédiatement adressée aux autorités judiciaires de Coblenlz. pour instruire sur ce fait,
Voici le résumé de l'enquête qui a eu lieu,
Le propos rapporté par le sieur Simon aurait été tenu quelques jours avant l'attentat, au sieur Ruinard, par la personne désignée comme ancien précepteur du duc de Bordeaux, et que Ton a su depuis être M. l'abbé Martin de Noirlicu, qui avait cessé d'être attaché à l'éducation dé ce prince plusieurs mois avant la révolution de juillet.
Le sieur Ruinard n'aurait parle de sa conversation avec TH. de Noirlieu que deux jours après la réception à Coblentz de la nouvelle de l'attentat, c'està-dire, suivant toute apparence, le 2 août au matin.
V 3tH )
Ce jour-là le sieur Ruinard étant au Casino, assis ù coté de M. Gayer, et a'eutreteuant avec celui-ci 8 demi-voix au sujet de l'attentat, lui aurah lait part de ce que lui avait dit M. de Noirlicu.
A ce moment le sieur IJnz et le sieur Ilasslacher se trouvaient aussi au Casino; ils étaient placés du telle manière que le sieur Linz pouvait entendre la plus grande partie de la convcrsaiion qui avait lieu entre MM. Ruinard et Gayer, et en saisir, sinon 1rs termes, du moins lu sens, tandis que M. Ha.i$i lâcher , plus éloigné, ne pouvait rien entendre, mais Voyait seulement, parla physionomie des interlocuteurs, qu'il s agissait de chose intéressante et se rapportant h la nouvelle du jour.
Ce ne fut qu'après la sortie de M. Ruinard que le sieur Gayer raconta à haute voix ce qu'il venait d'apprendre par ce dernier, et que M. Linz eut une connaissance plus précise des paroles de M. Ruinard.
Au moment où M. Gayer prit la parole au Casino, le major Kauffmann s'y trouvait aussi.
Enfin dans la soirée du même jour, ce qui s'était passé au Casino fut rapporte par M. Linz à M. Simon.
M. Simon a déclaré que le propos qui lui fut répété par le sieur Linz était celui-ci :
^ Louis-Pliilippe ne nous généra plus, car dans quelques jours il n'existera « plus. »
M. Linz a rendu le même propos, comme le tenant de M. Gayer, en ces termes :
« Dans deux jours, il (Louis Philippe) ne nous généra plus. ■
M. H ass lac fier a déclaré avoir entendu M. Ruinai d qui parlait à demi-voix à M. Gayer, et lui racontait qu'ayant dit à l'étranger, à propos des fêtes de juillet à Paris, que « fouis-Philippe n'y courrait pas de risques, puisqu'il est « généralement aimé » , l'étranger avait répondu « que l'on eût patience encore • quelques jours, et qu'alors Louis-Philippe n'existerait plus. »
Le témoin Hasslacher n'a pu se rappeler si, après ces mots, on aurait ajouté : s'il existe encore.
Ce témoin et le sieur Linz ont tous deux rapporté que le sieur Ruinard avait dit avoir fait à l'étranger des observations sur ce qu'étant ecclésiastique, il devait mettre plus de réserve dans ses propos, pour ne pas compromettre sa sûreté.
Le major Kauffmann déclare que, suivant ses souvenirs, les mots prononcés par Gaycrauraicntété ceux-ci ; aue Louis-Philippe n'existerait pas longtemps.
Le sieur Gayer, qui avait recueilli le propos de la bouche du sieur Rui* nartl, annonce qu'il ne peut se souvenir des expressions précises , mais que le sens général était celui-ci : Louis-Philippe ne nous gênera pas longtemps., si ce n'est pas déjà fait de lui à présent.
Quant au sieur Ruinard, voici de quelle manière il a exposé le fait qui avait donné lieu à cette information,
Notices. 39
Huit ou quatorze jours avant le 28 juillet, M. Martin de Noirlieu, anciensous-précepteur du duc de Bordeaux, est venu fe voir à Coblente pour affaire La conversation s'engagea sur l'état polilh|ue actuel de fa France : M. de Noirtien se serait borné à dire , que 1rs esprits riaient très-irnte's en France , et qu'on craignait pour ia vie du Roi; sur quoi le sieur Ruinard lui aur.iit le* moigné la peine <|u'il en éprouvait, attendu que le Roi Louis- Philippe jouissait d'une haute estime d ; la part de tous ceux qui aimaient le repos et la paix.
Les craintes exprimées par M. de Noirlieu n'auraient été fondées que sur Tétat d'irritation du peuple, et sur d'autres bruits qui , à ce momeirt-Ià , étaient répétés par tous les journaux.
Le sieur Ruinard affirma qu'il n'avait parlé à personne de cette conversation, si ce n'est dans ce sens; il parut fort surpris de la teneur du propos rapporte par M. Gaijer, déclarant qu'il ne pouvait en aucune manière se rappeler que M. de Noirlieuluieùtdil pareille chose, ni qu'il en eût parlé à qui que ce fût.
Après cette déclaration du sieur Ruinard, le sieur Linz a été entendu de nouveau.
II a expliqué qu'il n'avait entendu qu'en partie la conversation entre MM. Ruinard et Gayor au Casino, mais qu'il avait compris que l'ecclésiastique français, dont ie nom n'avait pas été prononcé, devait avoir eu connaissance de l'attentat, et que le propos rapporté tout haut par le sieur Gayer était conforme à ce qu'il avait entendu dans la conversation à demi-voix de M. Ruinard.
Un dernier témoin entendu à Cobfentz, le sieur lïaijn, négociant en celte ville, a déclaré qu'il avait eu occasion de voir plusieurs fois M. Martin de Noirlieu pendant son séjour à Cobleutz; qu'il l'avait connu pour un des hommes les plus calmes et les plus estimables; qu'il lui avait notamment entendu dire que tout homme de bien devait souhaiter que tout restât en France dans l'c'tal actuel ; car si malheureusement , ajoutait-il, il arrivait quelque chose au Roi actuel des- Français, cela no pouvait être que préjudiciable à la France.
Lr» version rapportée par M. Gayer serait, suivant le sieur Hayn, en contradiction absolue avec tout ce que celui-ci sait au sujet de M. de Noirlieu, qui, en apprenant l'attentat par les journaux, fut très-saisi et s'écria : Est-il possible qu'il y ait quelqu'un au monde qui puisse commettre une pareille atrocité?
M. Martin de Noirlieu, chanoine du chapitre de Saint-Denis , a été entendu à Paris; il a reconnu avoir été à Coblentz vers le 12 ou le 15 juillet, et y- avoir vu le sieur Ruinard; il se rappelle avoir causé avec lui bien plus dupassé et de la restauration que des circonstances actuelles et du Roi des Français, et surtout n'avoir rien-dit qui pût se rapporter à une connaissance anticipée de l'attentat du 28 juillet.
* Je nie avec énergie, a-t-il dit, le propos qui a été fobfet de l'instruction. « J étais à Etns lorsqu'on y apprit l'attentat commis à Paris; j'ai dit plus de cin- • quante fois, avec tous 1rs Français , que c'était un crime atroce; et que, s'il « avait réussi, Parts aurait été à feu et à snng. M. Je général Valazé, memhre « de (a Chambre des Dépotés, et M. de Lulupie, banquier à Paris, ont été ' plusieurs fois témoins de f indignation que ce crirae^ p £ah éprouver,» .
M. le général Valazé et M. Latapie ont été entendus*; , ,r>
M. le général Valazé a déposé qu'il était avec M l'abbé Martin de Noirlieu le jour oii l'an apprit à lùns l'attentat <iu 28 juillet; il en ûjt indigné et témoigna hautement l'horreur que ce crime lui inspirait. Avant la pouvclle du crime, M. le général Va/azé n'a jamais rien entendu dire à M. de Noirlieu qui pût le faire regarder comme opposé à l'ordre <le choses établi en France.
M. J^atapie, qui, comme M. le général Valazé, connaît M. Martin de Noirlieu depuis plusieurs années, a déclaré qu'il était avec lui au moment où Ton apprit à Ems la nouvelle de l'attentat du 28 juillet. «J'ai été témoin , « dit-il, de l'indignation profonde qu'un pareil crime excita chez M. Tabhé « Martin: je me rappelle qu'il manifesta sa satisfaction «le voir éviter, par la « non-réussite de ce crime, les malheurs que la mort du Roi aurait attirés sur « la France et sur l'Europe entière. » Il a ajouté qu'il connaissait assez M. de Noirlieu pour être convaincu que, s'il avait pu savoir d'une manière quelconque qu'un crime se préparait contre la vie du Roi, il aurait été le premier à le signaler à l'autorité.
Tel a été le résultat de l'instruction qui a eu lieu sur ce fait, qui ne reposait que sur un propos fugitif, diversement compris, et que celui qui l'aunit entendu le premier ne reconnaît pas dans les versions qui en ont été données. Votre Commission a cru qu'il ne lui restait plus rien à faire, ie caractère personnel de M. de Noirlieu repoussant entièrement l'idée qu'il eût pu avoir quelques rapports avec les auteurs de l'attentat du 28 juillet.
CaUNES ( Antoine- Auguste-Elisabeth ) , âge" de 50 ans , ne à Ginestas, rentier, demeurant à Paris, rue Pierre-Sarrasin, tt' //;
QCETIX (Dctïis-Désiré-Amable), âge de 30 ans, né à Savignier-sur- Drenne ( Loir-et-Cher'), cambreur , demeurant à Paris;
Cl'YDAMOUR (Michel- Emile), âgé de IS ans , émailleur, né à Paris, y demeurant , rue des Petits-Champs, u" â.
Le sieur Que tin a été arrêté le 28 juillet, dans le café Pèrinet. Il a déclaré qu'il n'était entré dans ce café qu'un instant , pour jouer au billard ; qu'il n'y allait que depuis peu de temps, et encore très- rarement ; qu'il connaît Pèrinet que pour l'avoir vu dau* sou café.
Quetin a été présenté comme ayant été chef d'une des sections delà société des Droits de l'homme. If a nie* avoir été chef de section, mais H a dit avoir été membre de la section Cincinnatus.
Une perquisition a «?té faite chez lui; plusieurs pnp:crs ont été saisis , parmi lesquels ou remarque une note ainsi conçue : « A l'anniversaire du 2 1 jan- « vier 1793, qui semblait devoir être indestructible de la république. Ci- • toyens, qui eût dit alors que tant de nos frères gémiraient aujourd'hui dans «les cachots du Mont-Michel, delà Force, Pélagie, etc.? Personne assurét<ment. Mais ce qui doit nous rassurer, citoyens, c'est que les soldats de «• Château-Vieux, qui avaient été envoyés aux gafèics par le tyran Louis XVI, « se trouvèrent sur fa place de fa Révolution, au 21 janvier 93. Espérons « que nos frères de fa Force, de Pélagie, du Mont Michel et autres geôles royales, « se trouveront au même lieu , à pareille féte !»
Quetin avoue que cette note est de son écriture ; il dit l'avoir copiée sur une note semblable, il y a longtemps; mais il ne sait pas où il Ta prise, ni de qui il fa lient.
D'autres documents annonçaient que, le 28 juillet, un nommé Guydamour, membre de la société des Droits de l'homme, était au café Périnet; qu'il s'était sauvé au moment de l'explosion, et qu'il avait dit que Que lin était monté sur une table, en dehors du café; qu'après l'explosion, il était rentré, en s'écriant : // n'est pas tue; ce serait à cet avertissement que Guydamour se serait sauvé.
Gmjtlamour s'était soustrait à toutes les recherches jusqu'au 7 novembre; il a été arrêté ce jour- là dans la salle d'audience de la cour d'assises.
Interrogé le même jour, il a nié s'être trouvé dans le café Périnet au moment de l'attentat ; il a prétendu que, le 28 juillet, il était resté auprès de son père depuis dix heures du matin jusqu'à deux heures de relevée ; qu'il était allé ensuite se promener seul sur le boulevart des Italiens, où il avait appris i événement , en entendant crier les gardes nationaux ; que de là il s'était rendu chez un sieur Monginot , avec lequel il avait passé le reste de la journée , et chez lequel il logeait depuis deux mois.
Le père de Guijdamour, entendu comme témoin , a déclaré que, le 28 juillet, il n'avait pas vu son fils dans lu matinée, mais qu'il l'avait trouvé chez lui en rentrant vers cinq heures.
Mis en demeure de s'expliquer sur ces contradictions, Guydamour a persisté à soutenir qu'il n'était pas allé dans le café Périnet; mais il a reconnu qu'if s'était trompé dans le compte qu'il avait rendu de l'emploi de son temps pendant fa journée du 28 juillet, parce qu'if avait confondu cette journée avec celfe du 5 août , et fa revue du Hoi avec la cérémonie funèbre qui a eu lieu en l'honneur des victimes de l'attentat; que le 28 juillet, au moment de l'explosion, il se trouvait chez ic sieur Bastide, homme de lettres, demeurant alors
rue Bourbon-Villeneuve , n" 36, dicz lequel il était monté après avoir vu passer le Roi à la porte Saint-Denis.
Le sieur Bastide s'est rappelé qu'effectivement Gmjtîamour était venu chez lui le 28 juillet, une première fois, vers onze heures du matin, et une seconde fuis, une demi-heure environ après l'attentat, qu'il lui annonça , et dont il paraissait étonné.
Le portier de la maison de Guydamour a déclaré l'avoir vu rentrer le 28 juillet au soir.
Dans ces circonstances, Guydamour, contre lequel aucune charge ne s'est élevée dans le cours de l'instruction , si ce n'est celle qui aurait pu résulter de s<i présence dans le café Permet au moment de l'explosion , a été mis en liberté.
Le nom de Gérard s étant trouvé sur un des papiers de Quetin, avec une adresse portant rue Saint-Jacques, n° 177, on a dû rechercher si ce Gérard n'était pas Fieschi ; mais il a été constaté par l'instruction qu'un étudiant du nom G deêrard demeure à l'adresse indiquée.
Sur le même papier s'est trouvé le nom du sieur Caunes, rue Pierre-Sarrasin, n° Il (ce nom et celte adresse sont écrits au crayon). Le sieur Caunes, frère de I ingénieur de ce nom , était signalé par d'autres documents comme étant connu de Fieschi, avec lequel, disait-on, il avait eu des relations fréquentes. II fut arrêté,, ainsi qu'un sieur Peyrecave , chez lequel on avait saisi une paire de pistolets vendus par la dame Petit, qui aurait dit qu'ils provenaient du sieur Caunes, frère de l'ingénieur, qui l'avait chargée de les vendre.
Une perquisition a été faîte au domicile du sieur Caunes : elle n'a produit aucun résultat. Le sieur Caunes était absent ; ayant appris qu'une perquisition avait été faite à son domicile, et qu'un mandat d'amener avait été décerné contre lui, il revint a Paris. Interrogé, il a déclaré ne pas connaître Quetin, et n'avoir pas donné de pistolets à vendre à la femme Petit. Cette femme a été interrogée sur ce fait ; elle a aussi déclaré que Caunes ne lui avait jamais donné de pistolets à vendre, et qu'elle ne se rappcllait pas en avoir vendu au sieur Peyrecave.
Quetin a dit qu'il avait l'adresse du sieur Caunes, parce qu'il avait été chez lui au sujet d'une collecte qu'il faisait pour une femme infirme ; et que le sieur Caunes lui avait donnc*un franc, à cause des noms qu'il avait vus inscrits avant le sien.
Dans les papiers de Quetin, sur la même feuille où est inscrit le nom de Caunes, au crayon, existait une note aussi au crayon, qui annoncerait que Quetin aurait pris une part active dans les affaires d'avril. Cette note a été rc« présentée à Quetin, qui « reconnu qu'elle était de son écriture, et a dit qui l'avait copiée dans un journal
On a trouvé aussi chez Quetin des lettres à lui adressées de Sainte-Pélagie par des détenus impliques dans les événements d'avril 1 8S4. Cannes n'a pas été retenu.
La note trouvée chez Quetin et qui exprimait un vœu régicide, jointe à <ettc circonstance qu'il avait été arrêté dans le café Périnet, avait déterniHs les magistrats instructeurs à le maintenir en état de détention; mais aucun :rt nouveau n'étant venu confirmer les soupçons que l'on avait d abord cor..; as, il a été remis en liberté.
Pep.rkve ( Pierre-Êdouard-Ulysse-Victor), âge de 37 ans, ne à ta Charité ( Xiivre ), mvdccin, demeurant à Paris, rue d'Angoiilème du-Tuuptc, ti°/î.
Ficschi% dans un de ses interrogatoires, fit conna tre qu'il avait été employé par un sieur Perrève à faire un plan de Paris destiné à faire connaître l'itinéraire complet des voitures dites Omnibus.
Le sieur Perrève fut aussitôt assigné. Entendu d'abord comme témoin , il déposa des rapports qui avaient existé entre lui et l'auteur du crime; il annonça l'avoir connu chez un réfugié italien nommé Querini; il convint l'avoir employé à la confection du plan dont il vient d'être parlé.
Mais dans le cours de sa déposition , certains faits, sur lesquels il eut à s'expliquer, certaines réponses qui parurent peu satisfaisantes, firent concevoir au magistrat qui l'interrogeait des doutes sur uuc absence complète de culpabilité de sa part.
En effet , le sieur Perrève est docteur en médecine : il fait de 6a profession son occupation habituelle; il n'a, quant à présent du moins, d'autres moyens - «l'existence que les bénéfices qu'elle lui procure : or, quoi de commun eittre cette position et le tiavail qu'il demandait et payait à I'icschi? ce Uavarl n'éV )ait-il pas un prétexte pour couvrir des remises de fonds à ce dernier? Sur ce point, Perrève ne présentait, dans le principe, aucune justification plaus.ble.
En second lieu, lorsque Ficschi avait quitté le quartier Popincourt pour venir habiter le n° 50 du boulevart du Temple, le sieur Perrève, qui jusque-là av«it demeuré rue Saint-Gcrmain-l'Auxeirois, était yenu s'établir dans un hôtel garni, rue d'Angoulêinc, c'est-à-dire à une très- petite distance de ce boulevart et du nouveau domicile de Fieschi. A cette époque, et depuis, il voyait beaucoup cet individu; il le voyaitj>resque tous les jours, et f e; itidunt il prétendit qu'il ignorait sa demeure, qu'il ne savait pas qu'il fût
ïogc â deux pris je chez lui ; il ne le voyait , disait-il , que dans un autre domicile , chez un sieur Sabatticr, également médecin , avec lequel le sieur Perri-ve est associé pour des consultations; c'était là, et uniquement In, suivant lui, qu'il avait vu et reçu Fieschi, cliez lequel il n'était pmais allé. D'après' ces réponses même, il étah établi que Je sieur Perrèvc avait deux domiciles , circonstance bizarre que rien ne justifiait et qui devait, elle seule, éveiller l'attention de la justice. Ou crut donc devoir convertir en mandat d'amener l'assignation donnée au sieur Perrèvc : dis ce moment il dnl être considéré comme inculpé.
En conséquence, le jour même ( 3 août), une perquisition fut faite chez le sieur Pcrrive, rue d'Angouîémc, et chez le sieur Sabatticr, rue des Toiirnellcs. Celte-double opération n'amena aucun résultat à la charge de Perri vc ; elle fournit seulement à la justice la preuve qu'il s'était occupé d'un travail sur les voitures dites Omnibus, et qui! avait réuni divers matériaux sur ce sujet.
Plusieurs témoins furent entendus; c'étaient notamment un tailleur et un cordonnier auxquels Pcrrcve avait fait des commandes pour le compte de Fiescfii. L'un de ces témoins, le sieur Fournicr, tailleur, déposa qu'un pantalon commandé pour Fieschi avait été déposé chez un sieur Pépin, épicier, rue du Faubourg Soint- Antoine, adresse qui avait été donnée par Fieschi; que la on avait paru connaître cet individu sous le nom d Alexis, et que ht femme Pépin, en recevant cet objet, avait semblé très-bien savoir à qui il était destiné : c'était dans l'instruction la première fois qu'on prononçait le nom de Pépin, et c'est à la suite de cet' incident qu'un mandat d'amener fut décerné contre cet homme, dont les antécédents étaient déjà connus de la justice.
Mais les présomptions graves qui d'abord avaient paru peser sur Perrcve s'évanouirent par suite des explications qu'il a données dans le cours de l'instruction.
Interrogé deux fois par M. le Président de la Cour, il s'est disculpé de ces charges , qu'un concours de circonstances fâcheuses avait accumulées contre lui.
D'abord les pièces saisies à son domicile n'ont laissé aucun doute sur la siiïcérité de l'opératioiv qu'il avait voulu faire d'un tracé, sur un plan de Paris, de b direction des voitures Omnibus: c'était une spéculation que la modicité de ses ressources le portait à tenter. Déjà il avait précédemment fait un essai infructueux sur une invention de bandages.
Quant à son changement de domicile et de quartier, il s'explique par lu circonstance qu'à peu près à la même époque il s'était associé avec le sieur Sabatticr, médecin , logé rue des Tournclies : c'étoit donc un besoin pour lui de se rapprocher de ce dernier, chez lequel il devait se rendre chaque jour pour consulter. Ne voyant Fieschi que chez le sieur Sabatticr, il a pu ignorer son domicile ; et non n'établit qu'il ait jamais été chez l'auteur du crime ; le signa-
feracnt des deux individus qui seuls fréquentaient la maison botùVvurt du Temple, n" 50, n'ayant aucune espèce d'analogie avec celui du sieur Perreve.
En terminant, Ton doit dire que le» habitudes studieuses de ce jeune médecin, que ses rapports de famille, quo {'estime dont if jouit auprès de plusieurs personnes connues éloignent toute idée qu'il ait pu tremper clans le crime reproché à Fieschi.
lia été mis en liberté.-
QlF.Ri>T( Joseph ),ff£v;f/(f .17 ans, né à Gionotone, canton tk Porta, arrondissement de Bastia (Corse), médecin , demeurant à Paris, rue Chariot , n" 25.
MoitOSIM (Napoléon), âge de 29 ans, ne' à Gènes, commis bandagiste, chez M. Querini, demeurant à Paris, rue Chariot, «° 25.
Conseil ( Auguste ), âge' de 25 ans, né à Ancône ( Italie ) , sergent à la ir* compagnie du 2* bataillon du régiment de vo/ontaiivs pour la reine d Espagne, ayant demeuré à Paris, rue Chariot, n' 25, et en dernier lieu, rue Jeanisson, n* 4 , en garni.
Maurice ( François-Auguste) , âgé de 31 ans, né à Brest ( Finistère), ex* sous-lieutenant, demeurant à Paris, -rue du Pont-aux-Choux , n* 93.
Les nommés Querini, Morosini, Conseil, Italiens, et Maurice, Français, avaient été signalés comme ayant de fréquents rapports avec Fivschi.
Conseil et Morosini demeuraient chez les sieurs Querini et Delvincourt, médecins, qui employaient le premier comme aide , et le second comme domestique.
Le sieur Querini possède, en commun avec fe sieur Cérisio, mécanicien , passage Bourg I Abbé, n° 15/ une boutique de bandages herniaires à ressorts; Morosini était commis à la garde de cette boutique.
Deux personnes qui demeurent dans la même maison que la nommée Marie Duprcz, maîtresse de Conseil, rue de la Sonnerie, n" 9, ont déclaré qu'elle leur avait fait part d'une confidence qu'elle aurait reçue de Conseil, et d'après laquelle celui-ci devait être le complice de FieschL
Marie Duprcz a nié d'abord qu'elle eût reçu et communiqué une telle confidence ; mais confrontée avec Tune des personnes qui en avaient déposé, elle est convenue leur avoir dit qu'elle savait de Conseil qu'il était dans le complot.
Elle a d'ailleurs fait une longue déposition où elle a rendu compte de ce que lui aurait dit Conseil étant ivre, dans la nuit du jeudi 30 juillet au vendredis*. Dans ce récit on remarque le passive suivant ;
*J* demandai à Conseil w il était au moment de fexpïoMon; il m'arepondu • qu'il était sur le boujevart. Je l'ai encore questionné, il m'a dit qu'il était « chez Fieschi lorsque le coup était parti; qu'il était dans la seconde pièce. «Je lui ai dit : il y a donc plusieurs pièces; il m'a répondu qu'il y en avait « trois. Je iui ai dit : mais vous me disiez tout à l'heure que vous éùe» sur le « boulevart; il m'a répondu : je me suis sauvé; je suis allé changer de vêtc- •tinenu, et je suis revenu sur h boulevart panser les blesse*. 11 était dans - le lit et j'étais sur une chaise ; notre conversation a duré toute Li nuit. II m'a « dit cinq ou six fois qu'il était un homme perdu. »
Marie Duprez a ajouté :
« II est revenu coucher chez moi le samedi; il était en ribolte, il n'a pas «dormi du tout. Dans cette nuit-là, il n'a rien voulu m'avouer; il démentait « au contraire ce qu'il m'avait dit. »
De cette déposition résultait à la fois une charge importante contre Conseil et de graves soupçons contre ses maîtres, cbe* lesquels allait souvent Fieschi. Ces soupçons se fortifiaient par la circonstance qu'ils habitaient dans le voisinage du lieu de l'attentat.
Le juge d'instruction s'est transporté, le 14 août, au domicile commun de Dchincourt et de Querini , avec le commissaire de police du quartier, pour y faire l'examen de leurs papiers et la perquisition des objets qui pourraient être utiles à la manifestation de la vérité.
II a commencé par les interroger séparément ; ils avaient déjà été entendus comme témoins.
L'un et l'autre sont convenus qu'ils connaissaient Fieschi; c'était surtout Querini, son compatriote, qu'il venait voir.
La visite domiciliaire a été sans résultat; mais il a paru convenable, dans l'état des choses, de s'assurer de la personne de Querini.
L'instruction n'a rien établi contre lui personnellement. On peut même croire qu'il avait été confondu avec un réfugié de la Romagne portant le même nom que lui.
Un mandat d'amener a été décerné contre Conseil le 13 août. Il était parti de Paris comme sergent dans l'une des compagnies du régiment des volontaires enrôlés pour la reine d'Espagne. H a été arrêté àChâteauroux.
II a nié formellement avoir fait à la fille Duprez les aveux qu'elle a rapportés. Dans leur confrontation, la fille Duprez a déclaré qu'elle a pu mal comprendre Conseil ; il parle difficilement le français.
Parmi les rapports de police relatifs à ce prévenu , il s'en trouvait un du Notices. *°
7 août, suivant lequel, Conseil, parti le matin même, s'occupait, depuis plus de quinze jours, d'après les renseignements donnes par le colonel Swarce et un officier sous ses ordres, du recrutement de volontaires pour f armée de la reine d'Espagne. Il était ajouté que le jour de l'attentat Conseil n'aurait pas quitté son poste; l'instruction est assez conforme à ce rapport.
Elle a éclair ci d'autres faits sans importance ; mats un serrurier, dont la boutique est dans la maison où demeure Marie Dttprez, a déclaré qu'un soir, Conseil étant à attendre cette fille, assis sur une borne, après avoir exprimé par des exclamations f impatience qu'il éprouvait de ce qu'elle n'arrivait pas, s'était mis à dire : Bon Dion! bon Diou! je donnerais dix mille francs, dix mille francs pour que le Roi fut mort!
Conseil a nié qu'il eût tenu ce propos , et a ajouté : « Jaime le Roi et sa «famille; et lorsque je me parle à moi-même, je me parle en italien et « non en français. »
Napoléon Morosini est commis chez le sieur Querini.
11 avait été trouvé dans le logement de Ficschi un petit morceau de papier' portent le chiffre n" 30,554 et le nom de Morosini.
Dans la malle de Fieschi, saisie le 3 août rue du Long-Pont, n° 1 1 , s'est trouvé le récépissé d'un commissionnaire au mont -de-piété, du 22 juin 1835 ; l'article d'engagement porte le n" 30,554; l'objet engagé est une couverture de faine; la somme prêtée est de 10 francs.
Morosini, entendu comme témoin, le 1 3 août, a déclaré que c'était lui qui avait engagé la couverture, qu'elle lui avait été remise, au magasin de bandages de son maître, par un homme dont il ne savait pas le nom, et il disait fy avoir vu auparavant venir parler à M. Querini. Cet homme était Ficschi, que Morosini devait parfaitement connaître pour l'avoir vu, non-seulement au magasin du passage Bourg-rAbbé, mais encore rue Chariot, chez les sieurs Querini et Delvincourt.
Dans un interrogatoire qu'a subi Morosini le jour de son arrestation , il a également nié connaître Fieschi, vraisemblablement dans la crainte de se compromettre.
La couverture a été retirée du mont-de-piété et déposée au greffe. Aucune charge ne s'est élevée contre Morosini.
François-Auguste Maurice, poursuivi par suite des événements d avril , est/' sorti de Sainte-Pélagie le 28 janvier dernier, un arrêt de non-lieu ayant été rendu à son sujet par la Cour des Pairs; il s'était mis en pension chez la veuve Petit; il avait dû y voir Fieschi.
L'arrestation de Maurice a été jugée une mesure nécessaire, d'après ses antécédents, ses relations présumées avec Ficschi, et les rapports qui le concernâtes t. •
( ail)
Comme Conseil, il avait pris du service dans la légion du colonel Suiarce. II a été arrêté à Chateflerault.
II a dit qu'il avait vu Fieschi une seule fois chez la veuve Petit, qui ne voulait pas le recevoir; que Fieschi ayant fait du bruit, il avait été obligé de prendre son sabre, et lavait renvoyé; que Fieschi l'avait menacé de l'assassiner, et l'avait provoqué en duel; qu'il avait, en conséquence, quitté la maison de là veuve Petit, et n'avait pas continué de la voir.
Le sieur Maurice a ajouté que, le 28 juillet , au moment de l'explosion de la machine infernale, H était rue Traversière, où il était resté ce jour-là, depuis sept heures du matin jusqu'à cinq du soir, occupé du recrutement de volontaires pour la reine d'Espagne.
Quérini, Morosini, Conseil et Maurice ont été mis en liberté.
HENAUDIN (Jean-Baptiste), âge de 26 ans, né à Dijon (Cotc-d'Or) , fabricant de couleurs , demeurant à Paris, rue de Reuilly , n° 2o.
LES ACE ( Michel-François ), âgé de 47 ans, né à Orléans (Loiret), fabricant de papiers peints , demeurant à Paris, avenue des Ormes, n'i.
Des renseignements firent connaître que Fieschi avait fréquenté la maison du sieur Renaudin , marchand de couleurs, petite rue de Reuilly, n° So , et celle du sieur Lesagc, fabricant de papiers peints , avenue des Ormes , n* -1 , barrière du Trône.
Une perquisition fut ordonnée aux domiciles de ces deux individus ; elle amena la saisie, chez le sieur Lesagc, d'une carabine, de deux sabres, et d'une lettre signée femme Lesagc, par laquelle elle annonce à son mari que le 35* régiment a commis à Parts des assassinats comme à Grenoble; elle s'exprime aussi dans cette lettre avec dérision et mépris en parlant du Roi.
II résulte de l'instruction que, vers le mois de février dernier, Moretj pria Renaudin, qui est son neveu , de procurer de l'ouvrage à un individu , qu'il lui dit se nommer Besehcr, et qui était porteur d'un livret délivré sous ce nom. Renaudin était en relation d'affaires avec le nommé Lesagc, qui, ayant besoin Jun ouvrier, consentit à prendre cet individu dans sa manufacture et remploya depuis le mois de février jusqu'au mois de mai suivant
Lesage a dit qu'il avait été satisfait de la conduite, du travail et de l'activité de cet ouvrier, qui était Fieschi; qu'il ne l'avait renvoyé que parce que l'ouvrage avait manqué; il ajouta que cet individu ne fréquentait aucun ouvrier de
l'établissement; qu'il ne lui avait jamais dit où il demeurait, et qu'il n était visite que par Morey, qui était venu le voir trois ou quatre fois, le nommait toujours Bescher, et paraissait lui porter beaucoup d'intérêt.
Confrontes avec Fieschi , Renaudin et Lesage ont déclaré lé reconnaître pour celui qu'ils avaient connu sous le nom de Bescher.
Le livret dont Fieschi s'était servi appartenait au nommé Bâcher , aujourd'hui inculpé, et qui a déclaré l'avoir perdu depuis quelque temps. Il résulte cependant de l'instruction que Bescher connaissait Morey, le fréquentait assez habituellement , et il y a même lieu de supposer que le livret en question avait été remis de complaisance à Morey, pour l'usage qui en a été fait par Fieschi.
Ce fait serait d'autant plus admissible, que Morey fut l'un des témoins de Bescher pour la délivrance de son livret, et que ce dernier, sans l'assurer toutefois , dit qu'il ne serait pas impossible qu'il eût oublié ce livret chez le nommé Morey.
Renaudin et Lesage, qui avaient été d'abord déposés dans la maison d'arrêt de la préfecture de police , ont été ensuite mis en liberté.
Dècle (René), âgé de 37 ans, né à Rouen {Seine-Inférieure) , tisserand, demeurant à Paris, rue Moreau, n" 1t.
Ricaux (Étienne-Barthélemi), âgé de 21 uns, ne à Paris, tisserand, y
demeurant, rue de i/taronne, n° 92.
Ces deux individus étaient signales comme ayant cherché à dissuader plusieurs personnes d'aller à la revue du 28 juillet, en leur disant que le Roi serait tué dans les trois Jours.
Ce propos ayant donné à croire que ces individus étaient complices de l'attentat du 28 juillet, ils furent arrêtés.
Une perquisition faite à leur domicile ne produisit aucun résultat; on saisit seulement dans le logement de la mère de Dècle une chanson dont les expression font assez connaître l'hostilité des sentiments de ces individus.
Il est résulté de l'instruction que Dècle avait bien eu quelques rapports avec Fieschi, mais rien n'a donné i penser qu'il ait eu connaissance de son projet.
De son côté, Dècle a prétendu qu'il n'avait jamais connu Fieschi que sous le nom de Joseph Petit; qu'tf n'était jamais allé chez lui ; qu'il n'avait jamais eu occassion de parler politique avec lui, et que les seules réunions qu'Hs eussent
eues avaîeht eu pour But de rapprocher Fiesehi de la femme Pf/tï, qui à cette époque était brouillée avec lui.
Ces explications ont paru suffire pour motiver la mise en. liberté du sieur Drcle.
L'interrogatoire subi par la veuve Micoulot, dite femme Dccle, devant M. le Président de la Cour, par suite d'un mandat d'amener, n'a pas fourni d'autres .renseignements; elle a seulement parlé des relaùons qui existaient entre Dècle et Fiesehi.
Quant à Ricaux, interrogé sur mandat d'amener, par un juge d'instruction, H a dit qu'il n'avait dissuadé personne d'aller à la revue, et un témoin a déclaré que ce n'était pas Ricaux, mais Dbclc qui avait dit qu'il arriverait quelque chose à la revue, pariant que le Roi serait mort dans les trois jours.
Sorda (Jean-Baptiste), âgé de 30 ans , né à Basiia (Corse), ouvrier tailleur, demeurant à Paris, rue Mcslay , n* 22.
FiTle MlcilEL (Élisabeth), dite femme SoRBA, âgée de 28 ans, née à Mets {Moselle), marchande de modes, demeurant à Paris, rue Meslatj, nm 22.
Le 6 août, \p nommé Sorba, ouvrier tailleur, Corse de naissance, fut signalé comme nyant eu avec Fiescki des rapports fréquents et qui paraissaient supposer de l'intimité.
Sorba avait été déjà impliqué dans deux procès : en 1 833, il fit partie des coalitions des tailleurs; ii fut arrêté et poursuivi pour ce délit , mais non condamné, et en mai 1835 il fut de nouveau recherché pour délit politique.
L'instruction révélait que c'était à cet individu ou à la fille Michel, qui vit avec lui, que Fiesehi s'était adressé quelques jours avant le 28 juillet, pour procurer un logement à la demoiselle Marguerite Daurnt; elle apprenait qu'à ta même époque, Sorba avait été vu causant chez lui en particulier avec Fiesehi, qui le traitait avec familiarité; elle établissait enfin que , depuis l'attentat, Sorba et la fille Michel avaient tout fait pour dissimuler à Marguerite Danrat leurs rapports avec l'auteur du crime et pour paraître ne pas le connaître sous son véritable nom.
Des mandats d'amener furent lancés contre Sorba et la fille Michel : ces mandats furent accompagnés de perquisitions qui, sans produire de charges contre les inculpés, confirmèrent, par la saisie de quelques pièces de peu d'importance, l'hostilité des principes politiques du homme Sorba.
Lors de l'interrogatoire que lui fît subir le juge d'instruction, H commença par déclarer n'avoir vu que quatre fois Fieschi, et l'avoir vu , pour la dernière fois, deux mois avant l'attentat.
Mais, pressé de questions, il avoua que , le jour même de l'attentat, Fieschi était venu chez lui, vers six heures du matin; qu'il iui avait demandé d'être témoin d'un duel; que, sur son refus, Fieschi l'avait traité de peureux, et l'avait ensuite quitte rue de Vendôme. Il est également convenu que, quelques jours après îc 28, la fille Daurat était revenue chez lui, et qu'il l'avait engagée à ne pas parler de ses rapports avec Fieschi, sur le motif qu'il pourrait y avoir du danger pour elîe.
Quant à Fa fille Michel, elle a également avoué connaître Fieschi, et Tavoir vu plusieurs fois; ajoutant que cet individu lavait engagée à lui procurer un logement pour une jeune personne, ce qu'elle avait fait, en se contentant d'indiquer un local vacant au n° 65 de la même rue Meslay, chez une dame Robert.
L'instruction n'a pu rigoureusement établir quel avait précisément élé Temploi du temps de Sorbafans la journée du 28 ; le tailleur chez lequel il travaille a déposé qu'il n'avait paru chez lui que de huit heures du matin à onze heures et demie, mais rien ne donne à penser qu'il se soit trouvé sur le lieu du crime au moment où l'attentat a été commis; en outre, confronté arec les portiers de la maison habitée par Fieschi, il n'a point été reconnu pour être jamais venu dans cette maison.
Interrogé par M. le Président de la Cour, Sorba a donné des explications qui. paraissent satisfaisantes : il a toujours avoué que Fieschi était venu chez lui le 28 juillet, ce que ce dernier a reconnu ; il a persisté A décliner toute complicité dans l'attentat, comme aussi toute connaissance des projets de Fieschi, et celui-ci, de son côté, a confessé qu'il était bien alléchez Sorba avec la pensée de lui communiquer son criminel projet, mais il a dit que, le voyant hésiter à accueillir la proposition d'assister à un duel, il avait dû peu compter sur son courage et renoncer à l'informer de sa résolution., ; .
Rien n'est venu contredire cette déclaration de Fieschi, qui justifiait et appuyait celle de Sorba , et , dans cet état , les poursuites ont discontinué contre ce dernier; car on ne pouvait lui faire un grief sérieux d'avoir procuré un logement momentané à Marguerite Daurat avant l'événement, ni d'avoir, après l'attentat, conseillé à cette fille de ne point parler de Fiesclùr cette recommandation n'était qu'un acte de prudence, mal entendu sans doute i puisqu'il pouvait priver la justice de renseignements précieux ; mais il s'explique suOisammcnt par l'inquiétude que devaient faire naître chez Sorba ses rela tiens avec Fieschi, rapprochées surtout d'antécédents de nature à provoquer la sollicitude de la justice.
Sorbe et la fille Michel ont été mis en liberté. •
Brocard (Antoine-Napoléon), âgé de 30 ans, né à Nangis (Seinc-ct- Marne ) , débitant de liqueurs , demeurant à Paris , rue Saint-Jacques , n'âô.
Le nomme' Brocard fut signalé comme recevant habituellement chez lui plusieurs républicains exaltés, entre autres Fieschi, Boireau, Auffray, Bravant, Salis etJanot. Une perquisition- fut faite, le 10 août dernier, à son domicile, en vertu d'une ordonnance' judiciaire; mais elle ne produisit aucun résultat.
Brocard a été interrogé , sur mandat de comparution , le 1 2 août dernier, et une seconde fois le 1 4 du même mois : il a prétendu n'avoir eu avec Fieschi d'autres relations que celles de son commerce; il a paru étonné que , depuis son arrestation , Fieschi, qui ne lui avait jamais écrit , lui eût adressé une lettre pour demander des secours. Il dit que Fieschi était d'un caractère sombre et peu cominunicatif.
H n'y avait pas à donner d'autre suite à la procédure commencée contre Brocard-
Salis (Pierre-Marie), âgé de 24 ans , étudiant en médecine, né à Ambert (Puy-de-Dôme), demeurant à Paris, rue Saint- Jacques, n' /06', dans un hôtel garni tenu par le sieur Leroy.
Un mandat d'amener a été décerné contre lui le 3 août. Salis connaît Fieschi et Boireau.
Ha demeuré, avec les sieurs- Janot et Auffray, chez la veuve Abot, dite veuve Petit, rue du Battoir-Saint-Victor.
U avait demeuré auparavant dans la maison garnie du sieur Leroy; il est revenu l'habiter le 22 mars dernier.
II a passé la soirée du 27 juillet chez le sieur Brocard, débitant de liqueurs, demeurant rue Saint-Jacques, n° 86, dont H vient d'être question tout à fheure.
Salis a découché la nuit du 27 au 26 juillet ; il a dit être allé coucher avec le sieur Le Ions, employé à la commission des contributions directes de laville de Paris, demeurant rue de la Harpe, n° 42. Il n'y a pas de portier dans cette maison. Lelons a été entendu comme témoin ; sa déclaration a confirmé «lie de Salis. Tous les deux étaient ensemble chez Brocard le 27 juillet au
soir et ont déclare en être sortis très-tard. C'est par cette raison, d'après la déposition de l.elonê, que Salis est allé coucher avec lui.
Salis a dit être allé voir Boireau k son atelier, quelques jours avant Tattentat ; mais a assuré qu'il ne lui avait été fait aucune communication a ce sujet.
Aucune charge ne subsistant contre Salis, il a été mis en liberté.
Janot (Isidore), 'Sfra de 99 ans, étudiant en droit, m ' à Cintstas, pris Nnrbonne (Aude) , y demeurant.
Des renseignements 'recueillis (fans l'informa lion générale font connaître que Janot (Isidore) avait eu des relations arec Ficschi, qu'il connaissait depuis longtemps, et avec lequel -H avait fréquenté la boutique du sieur Brocanl.
Janot n'était pas à Paris le. 28 juillet dernier; il était à Ginestas, sa ville natale; mais on avait cru savoir que, deux jours avant l'attentat, Fietchi lui aurait écrit une lettre en caractères hiéroglyphiques. t / ,
En conséquence, commission rogatoire et mandat d'amener furent adressés à M. le Procureur du Roi près le tribunal de Narbonne. Une perquisition fut faite au domicile de Janot: elle ne produisit aucun résultat; on ne trouva point la lettre dont il vient d'être parlé. Néanmoins, comme il importait de connaître les relations de Janot avec Ficschi, il fut amené à Paris et interrogé d'abord le ii août, et en dernier lieu le 1" septembre.
H est établi- aujourd'hui que Janot, qui est neveu du sieur Caunes, ingénieur des ponts et chaussées, a connu Ficschi lorsque celui-ci était employé par ledit sieur Caunrs ; qu'il a vécu chez la femme Petit, lorsqu'elle tenait une table d'hôte, rue du Battoir; qu'il y a vu Morcy, qui venait de temps à autre pour voir Ficschi ; que Ficschi, à cette époqOe, était sans place, obligé de se cacher, poursuivi judiciairement pour faux et escroqueries; qu'enfin Janot remit à Fieschi 100 francs qu'il devait à la dame Petit, et souscrivit i cette dernière une lette de change dont il ne se rappelle plus le montant, pour solde du prix de sa pension chez elle.
Il affirme que jamais il n'a eu de rapports politiques avec Ficschi A n'avait jamais reçu de lui aucune lettre, et notamment celle écrite eh caractères hiéroglypliiques.
Jmtot avait été arrêté; mais depuis son interrogatoire il a été mis en
liberté.
PETRECAVE (Gérard), Agé de 67 ans, officier pensionnaire de l'Université', demeurant à Paris , rue du Colombier, n" 4.
Le sieur Peyrecave fut signalé comme ayant fourni de l'argent à la femme Petit et à Ficschi.
Une perquisition fut faite chez lui , et ne produisit que la saisie d'une paire de pistolets de poche, de deux carnets et de quelques lettres insignifiantes.
Peyrecave a été arrêté; il a déclaré avoir connu la femme Petit chez le sieur Cauncs, ingénieur de la ville de Paris, pendant que le sieur Caunes, malade au moulin de Croullebarbe, y recevait les soins de cette femme.
II a dit n'avoir remis d'argent à la femme Petit qu'une seule fois, où il lui donna 9 francs pour payer son loyer. Il a déclaré aussi avoir connu Fieschi chez M. Cauncs, et lui avoir donné 5 francs, un jour que cet homme parlait devant lui de l'embarras où il se trouvait.
II a déclaré que les pistolets qui ont été trouvés chez lui lui ont été vendus il y a longtemps par la femme Petit, qui lui avait dit que c'était le frère du sieur Cannes qui l'avait chargée de les vendre. Cette femme a dit ne pas se rappeler cette circonstance. Le sieur Caunes frère a soutenu n'avoir jamais donné de pistolets à vendre à la femme Petit.
Le sieur Peyrecave s étant ainsi complètement justifié, a été rois en liberté.
MATHIEU (Pierre), âgé de 44 ans, né à Longv/y (Moselle), ébéniste, . demeurant à Paris, rue Moreau, n" //.
0B LagUEPIERRE ( Louis- Amédée), âgé de 53 ans, fié à Cassel (Nord), garde d'artillerie, demeurant à Vincennes.
Dans un interrogatoire subi par Fieschi, H avait signalé le nommé Ma* thieu, ébéniste, demeurant rue Moreau, na 11, et ancien garde municipal, comme étant très-hostile au Gouvernement, et comme ayant, à diverses reprises, fait entrer dans Paris des munitions de guerre qu'if s'était procurées ao château de Vincennes. Il avait ajouté que Mathieu était fié avec un garde d'artillerie de Vincennes, et que probablement c'était ce garde qui avait remis à Mathieu la poudre dont d s'agit.
Notices. 41
Une perquisition a été faite au domicile de Mathieu; elle n*a produit aucun résultat.
Interroge, il a nie le fait à lui imputé ; mis en présence de Fie$chi, il a persisté dans ses dénégations : il a avoué cependant qu'il connaissait un garde d'artillerie du fortde Vincennes, nommé de Laguepierre , avec lequel il avait quelques relations, et mais il a soutenu qu'il n'avait jamais reçu de lui ni poudre ni autres munitions de guerre.
Une perquisition fut également faite sans résultat chez de Laguepierre, qui, dans son interrogatoire, a dit que tous les faits rapportés par Fieschi étaient (aux.
Des certificats joints au dossier sont tout à fait favorables à ces inculpés. II» ont été mis en liberté.
Gleneau (Maric-Cyprien), âgé de 42 ans, ne à Paris, brocanteur, demeurant à Paris, rue de lOursine , n" 00.
Gucncau avait été signalé comme ayant autrefois fabriqué de la poudre et ayant eu chez lui les ustensiles nécessaires à cette fabrication. Le même document annonçait qu'il avait eu de fréquentes relations avec Fieschi et était intimement lié avec lui.
Une perquisition fut faite chez Gucncau , mais elle ne produisit que la saisie de deux sabres-briquets et de cinq mauvais pistolets.
Gucncau , appelé par mandat de comparution, a soutenu qu'il n'avait eu avec Fieschi d'autres relations que celles résultant du voisinage, lorsque Fieschi habitait le faubourg Saint-Marcel : il a déclaré qu'il lui avait prêté deux volumes d'un ouvrage intitulé : la Police dévoilée.
Au moment de la perquisition fuite chez Gueneau, sa femme seule était présente, et elle dit au commissaire de police que, quatre mois environ auparavant, Fieschi était venu lui demander si elle avait des canons de fusil à vendre. Gucncau a déclaré que jamais Fieschi ne lui avait demandé à acheter des canons de fusil; et depuis la femme Gueneau a rétracté sa déclaration.
Pendant l'interrogatoire de Gucncau, il survint un document duquel il résultait que Gueneau avait un magasin caché, où se trouvaient des munitions de guerre. Le mandat de comparution de Gueneau fut alors transformé en mandat d'amener, et aussitôt une perquisition fut ordonnée et faite en présence de Gucncau : l'on trouva, cachés partie dans une malle et partie sous un lit, six paquets de cartouches. Gueneau a dit qu'il avait ces cartouches depuis trèslongtemps et qu'il les avait oubliées. II a été renvoyé, pour ce fait, devant le tribunal de police correctionnelle et condamné à quelques jours de prison.
Sur ces entrefaites, le sieur Burgh, marchand de bois, quai de la Râpée, entendu comme témoin dans l'instruction, a déclaré que, depuis l'attentat du 88 juillet, Gueneau lui avait dit que Fieschi , sachant qu'il avait fabriqué de la poudre, vers le mois d'avril 1834, lui avait proposé d'en faire avec lui; mais qu'il avait refusé de s'en mêler, parce qu'il avait été précédemment arrête pour ce fait; qu'alors Fieschi lui avait demandé s'il pouvait lui vendre de la poudn-; qu'il avait aussi refusé cette proposition; mais que, sur ce refus, Fieschi l'ayant intimidé, il lui avait promis de lui en vendre cinquante livres; que F'ieschi était venu plusieurs fois réclamer la réalisation de celte promesse, mais que Gueneau s'était di;l>arrassé de ses importunités en lui disant qu'il ne voulait pas vendre de poudre en présence de sa femme; qu'un jour il avait vu des agents qui cherchaient Fieschi, et leur aurait indiqué sa demeure; que ces agents avaient été chez la femme Petit, s'annoncant sans doute comme envoyés par Gueneau ; car Fieschi, quelque temps après, en avait fait des reproches à ce drrnier, et lui avait montré un poignard, en lui disant que, s'il le dénonçait, ce poignard le servirait.
Gueneau a soutenu que jamais Fieschi ne lui avait demandé de poudre; qu'il était vrai qu'il avait indiqué sa demeure aux agents qui le cherchaient ; qu'il avait même offert de les faire prévenir, quand Fieschi viendrait chez lui, pour rapporter les livres qu'il lui avait empruntés, et que c'était pour cela que Fiescfti l'avait menacé de son poignard.
Gueneau a dit ne pas connaître Morcy.
Deux témoins ont déclaré que le 28 juillet Gueneau était resté dans sa boutique, occupé de son commerce.
ALBERT ( André-Hipolyte), âgé de 33 ans, ne à Paris, marchand th grains, demeurant à Paris, rue du Murche-aux-Chcvaux , n" 14.
Bl'DlN (Rus-Apollon), âgé de .37 ans, né à liunj (Meuse), corroyeur, demeurant à Paris, me du Jardin-du-Roi , n* /2.
Un document de l'instruction signalait le nommé Butlin, membre de l'association de l'Union de juillet , comme ayant eu de fréquents rapports avec Moretj et Pépin. Ce même document indiquait que ces trois individus quittaient souvent ensemble les réunions de l'association et s'en allaient dans la même voiture de place; qu'ilsavaient enfin plusieurs fois dîné chez le sieur Aubert.
Des perquisitions furent faites chez Aubert et Budin , et ne produisirent aucun résultat.
Aubert a déclaré qu'il n'avait eu avec Morev et Pépin que des relations
de commerce ; qu'il fourn Usait à Pépin du son et de f avoine pour son cheval, et achetait les résidus de sa fabrique d'orge perlé, lesquels résidus lui étaient expédiés de Lagny par un sieur Collet; enfin, qu'il prenait chez Morey les harnais dont il avait besoin pour ses chevaux.
Budin n'a pas nié qu'il eut fait partie de l'Union de juillet. Il a dit que c'était dans les assemblées de celte association qu'il avait connu Pépin et Morey; qu'il ne les avait vus ensemble que là; qu'il les avait bien rencontrés au dehors, mais séparément ; et qu'il ne les voyait d'ailleurs qu'en passant.
Aubert et Budin n'ont pas été arrêtés.
Une dame de Chevrevse, veuve Martineau, fut indiquée comme pouvant donner des renseignements sur l'attentat du 28 juillet.
Entendue comme témoin, elle a dit que le 27 juillet, vers sept heures du soir, elle passait sur la place Royale, lorsqu'elle vit trois individus qui causaient près d'un arbre; qu'elle les avait remarqués parce qu'un d'eux était un sieur Piet de Saint-Hubert , qu'elle avait connu autrefois; qu'elle entendit ces individus parler de serments qui auraient été faits entre plusieurs personnes, d'un tirage au sort qui aurait désigné Tune d'elles; le plus petit des trois aurait dit : J'ai la mauvaise chance.
Confrontée avec Fieschi, la veuve Martineau a dit le reconnaître pour celui qui disait : J'ai la mauvaise chance. Il a été rendu compte en détail, dans le rapport , des actes d'instruction qui ont eu lieu à ce sujet.
Un mandat d'amener a été décerné contre le sieur Piet tle Saint-Hubert, mais il n'a pu être exécuté, le sieur Piet de Saint-Hubert étant en fuite.
Royer (Victor), âge de 19 ans , né à la Fertê-sous-Jouarre (Seine-et- Marne), fabricant d'instruments de mathématiques, demeurant à Paris, rue Saint-Sébastien , «• 34.
Cortiluot (Jean-Baptiste- Joseph), âgé de SO ans, né à Rosny (Seine-et- Oise), ouvrier en instruments de mathématiques, demeurant à Paris, rue (ÏAmboise, n' 4.
Le sieur Lefevre, sergent de ville, a prétendu que Fieschi avait été précédé dans sa fuite d'un jeune homme, à f exemple duquel il se serait aidé de h
fenêtre et de la corde qui lui ont servi tu moment de l'attentat pour s'évader. Ce jeune homme, sur le signalement donné par Lefevre, a été* recherché, et quelques renseignements particuliers ayant signalé un nommé Victor Royer comme ayant eu des rapports avec Fieschi, Victor Royer a été arrête, et son arrestation a motivé celle d'un nommé Jean-Bap liste-Joseph Cortilliot, avec lequel H était en relations habituelles. Une perquisition fuite instantanément au domicile de Royer a procuré la saisie d'une lame de couteau-poignard , de trois platines de fusil, d'une balle, d'un bois de canne àépée, d'une blouse de toile noire, d'un pistolet à piston, d'un poignard et d'un couteau à manche de cuivre.
Victor Royer a été représenté à plusieurs habitants de la maison habitée par Fieschi; il n'a point été reconnu comme l'un de ceux qui auraient eu des rapports a'vec cet homme. U a de plus été représenté au sieur Lefevrc , ainsi que Cortilliot; mais Lefevre ayant déclaré ne point les connaître, ils ont été successivement remis en liberté.
'Verbecke (Ferdinand-Bernard ), âge de 37 ans, ne à Zuydpêene, près Casse! (A'orrfj, journalier, domicile à Warmhout,prcs Bergues {Nord).
Le 7 septembre 1835, le garde-champêtre de Tune des communes voisines de Dunkerque remit entre les mains de la gendarmerie un homme qu'il avait arrête, et qui fut reconnu pour être le nommé Verbecke, condamné aux travaux forces, évadé le 1 7 ou le 1 8 juillet 1835 de la maison de force d'Armentières, où il était détenu.
Verbecke prétendit qu'il avait eu connaissance de f attentat du 28 juillet 1 835, et qu'il savait où était réfugié Pépin; qu'il le connaissait particulièrement ; qu'il lavait rencontré à Senlis une huitaine de jours auparavant, et avait fait route à pied avec lui de Senlis à Roye, par Pont-Sainte-Maxence etGournay ; que Pépin était porteur d'un passeport sous le nom de Bray. Il donnait beaucoup de détails sur l'attentat du 28 juillet, et disait avoir été sur les lieux au moment de f explosion.
Verbecke fut conduit à Paris, où il a été interrogé. La, il a renoncé à dire qu'il eût été dans la chambre de Fieschi, et qu'il fût sur les lieux au moment de l'explosion. H a prétendu que, s'il avait fait une pareille déclaration , c'e ait afin d'être conduit à Paris et d'échapper aux mauvais traitements qu on ut faisait subir dans la maison où H était détenu; mais il a continué à dire qu'il avait voyagé avec Pépin. Dans un second interrogatoire, il a dit que, pour le moment, il ne se rappelait pas tout ce que Pépin lui avait dit,
parce qu'il était trop souffrant. Les interrogatoires ont été suspendus : sur ces entrefaites, la retraite de Pépin a été découverte, et il a été constant que les déclarations de Verbeckc étaient mensongères. Ce condamné a été renvoyé dans la prison <f Arment ières.
Boussemard (I^ouis-Augustc-Joscph), âge de âOans, né à Lille (Nord), ancien mili(aire, demeurant à Paris, rue Albouy, n" t i.
Le sieur Hendenlang, capitaine d 'état-major de ïa garde nationale, a trouvé le 28 juillet, dans l'allée de la maison habitée par Fieschi, une pétition signée licitsmanartl. Le sieur Boussemard fut arrêté, perquisition fut faite à son domicile.
Il est résulté des renseignements recueillis et de l'information que Boussemard, ancien militaire, déjà secouru par les. bienfaits du Roi, avait présenté une pétition à Sa Majesté, entre la porte Saint-Denis et la porte Saint-Martin, et qu'un hasard avait fait tomber ce papier des mains d'un officier de la suite du Roi, qui était entré dans la maison de Fieschi, au moment du crime, pour aider à en saisir les auteurs.
Boussemard, interrogé le 2 août sur le faitqui avait motivé son arrestation, a protrsté de son attachement à la personne du Roi : il a révélé la source des bienfaits qui le soutiennent.
Aucune aih're circonstance ne le rattachant à l'attentat du 28 juillet, il a été mis en liberté.
TnotDR (Magïoirc- Alexandre), âgé dcJ/ ans, ne à Gouct (Manche), marchand d'estampes, demeurant à Paris, rue du Pctii-lleposoir , n" 6.
Une lettre ouverte et dépliée, adressée au nommé Troude, marchand d'estampes, rue du PetitReposoir, n° 6, fui trouvée dans l'appartement de Fieschi.
On décerna contre Troude un mandat d'amener. Une perquisition fut en ooïre prescrite et effectuée à son domicile: on y saisit un certain nombre d'adresses indiquant certaines relations de Ttvudc.
Dans son interrogatoire, Troude a déclaré ne pouvoir expliquer la présence d'une lettre à son adresse dans la demeure de Fieschi: il a toutefois reconnu la lettre.
Les différentes personnes dénommées aux renseignements précités ont été citées ou entendues; elles ont donné de bons témoignages sur le compte dt Troude; elles ont attesté que cet homme était sans opinion politique. Il a.