‹ Attentat du 28 juillet, 1835Chapitre 12 sur 17 · MM · texte numérisé non relu

MM

Gehsoul, docteur en médecine, demeurant à Lyon;

Malmazet , négociant de la même ville, b'eâli-frëré du sieur Gensoul;

Et Lenlillon , négociant aux Etats-Unis.

Un propos rapporté par le maréchal des logis des carabiniers de Bonnevilh semblait donner quelque consistance à cet indice.

Ce maréchal des logis de'plaraij qu'ayant nommé MM. Genspul et Malmazet au banquier des sels et tabacs de Bonneville, celui-ci lui avait dit qu'il connaissait M. Gcnsoul, qui avait soigné un de ses frères, et que son beau-frère, M. Malmazet, (levait être un de ceux qui avaient coopéré à l'inscription de la grotte de la Balme.

Le banquier des sels et tabacs de Bonneville, M. Bellcmin, a nié formelle?

( 298 ) ment qu'il eût tenu aucun propos semblable au brigadier, en déclarant qu'il n'avait connu l'inscription de la grotte de la Balme que par les journaux.

MM. Gensoul et Malmazet ont été néanmoins interrogés à Lyon, sur les circonstances résultant de l'instruction faite en Savoie.

Ils ont déclaré qu'ils étaient passés devant la grotte de la Balme, en allant et revenant de Chamouny; mais qu'ils ne s'étaient pas arrêtés pour visiter la grotte, et que par conséquent ils n'avaient apposé aucune inscription en cet endroit sur le registre des voyageurs.

Un corps d'écriture retraçant les mots inscrits sur le registre a été fait par chacun d'eux devant le juge d'instruction.

Bien que ces lignes n'aient pas été soumises à une vérification d'experts, il est évident que l'écriture n'a aucune sorte d'analogie avec celle de l'inscription de la grotte de la Balme.

Aucun soupçon, d'ailleurs, ne pouvait s'élever contre MM. Gensoul, Malmazet et Lenlillon. Us ont de plus déclaré, qu'après avoir le 28 juillet passé à Chamouny et écrit leurs noms sur le registre qui leur fut présenté, ils arrivèrent à Genève le 30 juillet, jour ou ils apprirent l'attentat du 28.

L'inutilité des recherches qui ont été faites pour découvrir les auteurs de l'inscription rapportée plus haut n'a pas permis de donner plus de développement à cette partie de l'instruction.

Le 24 août 1835, le préfet de l'Isère rendit compte en ces termes, au ministre de Fintérieur, d'un rapport fait à sa préfecture par M. Terrier, avocat, habitant la commune frontière de ChapareiHan.

«M. Terrier a appris le 29 juillet, d'un négociant de Chambéry, très- « digne de foi, et avant qu'aucun avis de Paris fût parvenu à ChapareiHan sur " le crime de Fieschi, que l'on disait la veille, à Chambéry, que Louis-Phi- « lippe devait avoir été assassiné dans fa journée, par le moyen d'une machine « infernale. A l'évêché de cette ville, on annonçait aussi, dès le 28, le même ■< événement, et l'on y ajoutait que si ce moyen manquait , //(le Boi) périrait «par le feu. »

Entendu le 5 septembre, en vertu d'une commission rogatoire, le sieur Terrier a déclaré que la dépêche télégraphique annonçant l'attentat du 28 juillet ne fut connue à ChapareiHan que, le30, et que, dèsie 29, il avait appris de deux habitants de Chambéry que c'était le bruit public dans cette ville que Louis- Philippe avait péri; mais ces deux personnes n'avaient précisé aucune date ni aucun genre de mort; il n'avait pas été question, par conséquent, de machine infernale.

( 299 ) Deux ou trois jours après, continue le sieur Terrier, je rencontrai le sieur /,<• Boiteux , commissaire aux marches de Savoie. H me dit qu'il avait appris d'un de ses amis qu'il ne nomma pas, qu'un carabinier en retraite, attaché à l'évêchéde Chambéry, lui avait dit que le 28 au matin on disait à l'évëché que Louis-Philippe devait périr ce même jour, au moyen d'une machine infernale, et que si la machine manquait son coup, on y reviendrait par le feu.

Le sieur Terrier citait enfin l'article d'un journal intitulé l'Univers (sans autre désignation), qui aurait annoncé à une date qu'il n'a pu indiquer que, le 28 juillet, deux voyageurs avaient dit à SaHanches, dans une auberge, que le Roi des Français avait été tué ce même jour. Le bruit courait aussi que le 1 5 juillet la duchesse de Berru se trouvait à Chambéry, sous le nom de comtesse Floria.

En transmettant cette déclaration, le juge d'instruction de Grenoble fait observer que le sieur Terrier est connu pour un homme à cerveau malade, et que son témoignage aurait besoin d'être fortifié par d'autres. Il ajoute que cependant des bruits semblables à ceux qu'a rapportés le témoin ont circulé à Grenoble dès le 29 juillet.

Voulant en connaître la source, le juge d'instruction de Grenoble interrogea séparément deux négociants qui avaient parlé de ce fait , les sieurs Jouvin et Chabert. Le premier répondit que le sieur Chabert, qui fait de fréquents voyages à Chambéry, lui avait dit qu'on annonçait publiquement dans cette ville, d'où if arrivait depuis peu de jours, que le 28 juillet on devait tuer le Roi, à Paris; mais Chabert affirma, au contraire, que ce n'était pas à Chambéry, mais à Grenoble , qu'il avait ouï dire qu'on avait parlé de l'attentat avant l'événement , et que c'était à Aix-Ies-Bains qu'on en aurait parlé. C'est en ce sens qu'il explique sa conversation avec Jouvin , disant qu'il avait quitté Chambéry, le 26 juillet, sans rien savoir.

Un dernier fait résulte de la correspondance du juge d'instruction de Grenoble.

C'est que, d'après les rapports faits au préfet de ITsère par le maire de la commune frontière d'Entre-deux-Guiers, et par le commissaire de police de Pont-de-Bcauvoisin, on aurait dit également sur cette partie de la frontière que le crime du 28 était connu à Chambéry avant qu'il le fût à Grenoble.

Ce renseignement a été transmis directement au ministre de l'intérieur par le préfet de l'Isère ; le préfet précise même davantage les faits, en annonçant que ce serait à Aix , en Savoie, dans une société de légitimistes , que Fon se serait eutretenu de l'attentat qui devait être dirigé contre le Roi et sa famille.

Tous ces bruits, tous ces propos étant incertains dans leur date, rapportés de diverses manières, contredits, affaiblis ou augmentés par ceux qui les ont entendus, et se rapportant surtout aux tentatives d'assassinat qui, quelque temps avant , auraient été prévenues sur h route de Neuilly, ils n'ont pas dû motiver une plus ample insiruction.

M. le préfet du Doubs et M. le procureur général de Besançon avaient transmis à la Commission des documents qui portaient que les frères Rosselct, tenant maison de commission à Pontarlier, auraient fait à Fribourg, le 2 7 juillet, u.ie commande de cinq à six quintaux de poudre; que lesdits frère» Rosselct auraient dit que cette commande avait été faite par eux pour le compte d'un sieur Vuez qui les en avait chargés, ce que niaient Vucz et Lcpeude , agent de ce dernier. Les mêmes documents annonçaient que les frères Rosselct avaient adressé à la maison Bovel frères et Lerck, des Verrières suisses, leur lettre de commande cachetée, avec l'adresse en blanc, en les priant de l'adresser à un négociant de Fribourg, ajoutant:» Comme nousn'y « connaissons personne, nous vous accompagnons inclus unelettrcà laquelle veuil- « lez mettre l'adresse de la maison que vous jugerez la plus capable de nous satis- « faire. « Ce mystère dans la commande, la coïncidence de la date de la lettre du 27 juillet avec l'attentat du 28 , durent motiver des recherches. Une commission rogatoire a été envoyée en Suisse pour informer sur les causes et l'objet de ladite commande; mais le résultat de l'enquête a été d'établir qu'il ne s'agissait que d'une opération de contrebande, et un réquisitoire du procureur du Roi de Pontarlier a demandé le renvoi de ses auteurs devant le tribunal de police correctionnelle.

Une lettre écrite de Coblentz le 2 août, par M. Simoii , notaire de cette ville , et communiquée par M. le maréchal Maison à M. le Procureur général près la Cour des Pairs, contenait ce qui suit :

« Un de mes amis vient de me dire que M. . . . , qui était ou qui est ancien « gouverneur du duc de Bordeaux , a passé ici la semaine dernière, et que par- « Iant politique avec un Français qui demeure ici, et qu'il paraît connaître « depuis longtemps, il lui est échappé de dire : Louis-Philippe ne nous gêne « plus , car encore quelques jours et il aura cessé d'exister. »

Une commission rogatoire a été immédiatement adressée aux autorités judiciaires de Coblentz pour instruire sur ce fait. Voici le résumé de l'enquête qui a eu lieu.

Le propos rapporté par le sieur Simon aurait été tenu quelques jours avant l'attentat, au sieur Ruinard, par la personne désignée comme ancien précepteur du duc de Bordeaux, et que l'on a su depuis être M. l'abbé Martin de Noirlieu , qui avait cessé d'être attaché à l'éducation de ce prince plusieurs mois avant la révolution de juillet.

Le sieur Ruinard n'aurait parlé de sa conversation avec M. de Noirlieu que deux jours après la réception à Coblentz de la nouvelle de l'attentat, c'està-dire, suivant toute apparence, le 2 août au matin.

Ce jour-là le sieur Ruinard étant au Casino, assis à côté de M. Gayer, et s'entretenant avec celui-ci à demi-voix au sujet de l'attentat, lui aurait fait part de ce que lui avait dit M. de Noirlieu.

A ce moment le sieur Linz et le sieur Hasslacher se trouvaient aussi au Casino ; ils étaient placés de telle manière que le sieur Linz pouvait entendre la plus grande partie de la conversation qui avait lieu entre MM. Ruinard et Gayer, et en saisir, sinon les termes, du inoins le sens, tandis que M. Hasslacher, plus éloigné, ne pouvait rien entendre, mais voyait seulement, parla physionomie des interlocuteurs, qu'il s'agissait de cliose intéressante et se rapportant à la nouvelle du jour.

Ce ne fut qu'après la sortie de M. Ruinard que le sieur Gaijer raconta à haute voix ce qu'il venait d'apprendre par ce dernier, et que M. Linz eut une connaissance plus précise des paroles de M. Ruinard.

Au moment où M. Gaijer prit la parole au Casino, le major Kauffmann s'y trouvait aussi.

Enfin dans la soirée du même jour, ce qui s'était passé au Casino fut rapporté par M. Linz à M. Simon.

M. Simon a déclaré que le propos qui lui fut répété par le sieur Linz était celui-ci :

« Louis-Philippe ne nous gênera plus, car dans quelques jours il n'existera « plus. »

M. Linz a rendu le même propos, comme le tenant de M. Gayer , en ces termes :

« Dans deux jours, il {Louis-Philippe ) ne nous gênera plus. »

M. Hasslacher a déclaré avoir entendu M. Ruinard qui parlait à demi-voix à M. Gayer, et lui racontait qu'ayant dit à l'étranger, à propos des fêtes de juillet à Paris que « Louis-Philippe n'y courrait pas de risques, puisqu'il est i< généralement aimé » , l'étranger avait répondu <> que l'on eût patience encore « quelques jours, et qu'alors Louis-Philippe n'existerait plus. »

Le témoin Hasslacher n'a pu se rappeler si, après ces mots, on aurait ajoute' : s'il existe encore.

Ce témoin et le sieur Linz ont tous deux rapporte' que le sieur Ruinard avait dit avoir fait à l'étranger des observations sur ce qu'étant ecclésiastique, il devait mettre plus de réserve dans ses propos, pournepas compromettre sa sûreté.

Le major Kauffmann déclare que, suivant ses souvenirs, les mots prononcés par Ga?/e;'auraientété ceux-ci : (pie. iJouis-PJulippeh'existèraitpas longtemps.

Le sieur Gayer, qui avait recueilli le propos de la bouche du sieur Ruinard, annonce qu'il ne peut se souvenir des expressions précises, mais que le sens général était celui-ci : Louis-Philippe ne nous gênera pas longtemps, si ce n'est pas déjà fait de lui à présent.

Quant au sieur Ruinard, voici de quelle manière il a exposé le fait qui avait donné lieu à cette information.

Notices. 39

Huit ou quatorze jours avant le 28 juillet, M. Martin de Noirlieu, ancien sous-précepteur du duc de Bordeaux, est venu le voir à Cobfentz pour affaire. La conversation s'engagea sur l'état politique actuel de la France : M. de Noirlieu se serait borné à dire , que les esprits étaient tres-irrités en France , et qu'on craignait pour la vie du Roi; sur quoi le sieur Ruinard lui aurait témoigné la peine qu'il en éprouvait, attendu que le Roi Louis -Phihppe jouissait d'une haute estime de la part de tous ceux qui aimaient le repos et la paix.

Les craintes exprimées par M. de Noirlieu n'auraient été fondées que sur l'état d'irritation du peuple, et sur d'autres bruits qui, à ce moment-là, étaient répétés par tous les journaux.

Le sieur Ruinard affirma qu'il n'avait parlé à personne de cette conversation, si ce n'est dans ce sens; il parut tort surpris de la teneur du propos rapporté par M. Gayer, déclarant qu'il ne pouvait en aucune manière se rappeler que M. de Noirlieuluieûtdit pareille cliose, ni qu'il en eût parlé à qui que ce fût.

Après cette déclaration du sieur Ruinard , le sieur Lintz , a été entendu de nouveau.

H a expliqué qu'il n'avait entendu qu'en partie la conversation entre MM. Ruinard et Gayer au Casino, mais qu'il avait compris que l'ecclésiastiqu français, dont le nom n'avait pas été prononcé, devait avoir eu connaissance de l'attentat, et que le propos rapporté tout haut par le sieur Gayer était conforme à ce qu'il avait entendu dans la conversation à demi-voix de M. Ruinard.

Un dernier témoin entendu à Coblentz, le sieur Hayn, négociant en cette ville, a déclaré qu'il avait eu occasion de voir plusieurs fois M. Martin de Noirlieu pendant son séjour à Coblentz; qu'il l'avait connu pour un des hommes les plus calmes et les plus estimables; qu'il lui avait notamment entendu dire que tout homme de bien devait souhaiter que tout restât en France da?is l'état actuel; car si malheureusement , ajoutait-il, il arrivait quelque chose au Roi actuel des Français , cela ne pouvait être que préjudiciable à la France.

La version rapportée par M. Gayer serait, suivant te sieur Hayn, en contradiction absolue avec tout ce que celui-ci sait au sujet de M. de Noirlieu, qui, en apprenant Faltentat par les journaux, fut très-saisi et s'écria : Est-il possible qu'il y ait quelqu'un au monde qui puisse commettre une pareille atrocité?

M. Martin de Noirlieu, chanoine du chapitre de Saint-Denis , a été entendu à Paris; il a reconnu avoir été à Cobfentz vers le 1 2 ou le 1 5 juillet, et y avoir vu le sieur Ruinard; il se rappelle avoir causé avec lui bien plus du passé et de la restauration que des circonstances actuelles et du Roi des Français , et surtout n'avoir rien dit qui pût se rapporter à une connaissance anticipée de l'attentat du 28 juillet.

« Je nie avec énergie, a-t-il dit, le propos qui a été l'objet de l'instruction. k J'étais à Ems lorsqu'on y apprit l'attentat commis à Paris; j'ai dit plus de cin- « quante fois, avec tous les Français, que c'était un crime atroce; et que s'il « avait réussi, Paris aurait été à feu et à sang. M. le général Valazé, membre « de ïa Chambre des Députés, et M. de Latapie, banquier à Paris, ont été i' plusieurs fois témoins de l'indignation que ce ci ime m'a fait éprouver. »

M. le général Valazé et M. Latapie ont été entendus.

M. le général Valazé a déposé qu'il était avec M . l'abbé Martin de Noirlieu le jour où l'on apprit à Ems l'attentat du 2 8 juillet; il en fut indigné et témoigna hautement l'horreur que ce crime lui inspirait. Avant la nouvelle du crime, M. le général Valazé n'a jamais rien entendu dire à M. de Noirlieu qui pût le faire regarder comme opposé à Tordre de choses établi en France.

M. Latapie, qui, comme M. le général Valazé connaît M. Martin de Noirlieu depuis plusieurs années, a déclaré qu'il était avec lui au moment où ion apprit à Ems la nouvelle de l'attentat du 28 juillet. «J'ai été témoin , « dit-il, de l'indignation profonde qu'un pareil crime excita chez M. l'abbé « Martin: je me rappelle qu'il manifesta sa satisfaction de voir éviter, par la « non réussite de ce crime, les malheurs que la mort du Roi aurait attirés sur « la France et sur l'Europe entière. » Il a ajouté qu'il connaissait assez M. de Noirlieu pour être convaincu que, s'il avait pu savoir d'une manière quelconque qu'un crime se préparait contre la vie du Roi, il aurait été le premier à le signaler à l'autorité.

Tel a été le résultat de l'instruction qui a eu lieu sur ce fait, qui ne reposait que sur un propos fugitif, diversement compris, et que celui qui l'aurait entendu le premier ne reconnaît pas dans les versions qui en ont été données. Votre Commission a cru qu'il ne lui restait plus rien à faire, le caractère personnel de M. de Noirlieu repoussant entièrement l'idée qu'il eût pu avoir quelques rapports avec les auteurs de l'attentat du 28 juillet.

CaunES ( Antoine-Auguste-Élisabeth) , âgé de 50 ans , né à Ginestas, rentier, demeurant à Paris, rue Pierre-Sarrasin, n° i 1 ;

QUETIN (Denis-Désiré-Amabte), âgé de 30 ans, né à Savignier-sur- Brcunc ( Loir-et-Cher'), eambreur , demeurant à Paris ;

(îUYDAMOUU (Michel-Emile), âgé de '/<? ans , émailleur , né à Parié, y demeurant, , rue des Petits-Champs, n" 5.

Lu sieur Quetin a été arrêté le 28 juillet, dans le café Périnet.

II a déclaré qu'il n'était entré dans ce café qu'un instant, pour jouer au billard ; qu'il n'y allait que depuis peu de temps, et encore très -rarement ; qu'il ne connaît Périnet que pour l'avoir vu dans son café.

Quctin a été présenté comme ayant été chef d'une des sections de la so» riété des Droits de l'homme. II a nié avoir été chef de section, mais il a dit avoir été membre de la section Cincinnatus.

\Jne perquisition a été fhitc chez lui; plusieurs papiers ont été saisis, pnrmi lesquels on remarque une note ainsi conçue : « A l'anniversaire du 21 fan- " vier 1793, qui semblait devoir être indestructible de la république. Ci- » toyens, qui eût dit alors que tant de nos frères gémiraient aujourd'hui dans « les cachots du Mont-Michel , de la Force , Pélagie , etc. ? Personne assurent ment. Mais ce qui doit nous rassurer, citoyens, c'est que les soldats de " Château-Vieux, qui avaient été envoyés aux galèies par le tyran Louis XVI, « se trouvèrent sur la place de la Révolution, au 21 janvier 93. Espérons « que nos frères de la Force, de Pélagie, du Mont-Michel et autres geôles royales, \« se trouveront au même lieu, à pareille fête!»

Quctin avoue que cette note est de son écriture ; il dit l'avoir copiée sur une note semblable, il y a longtemps; mais il ne sait pas où il l'a prise, ni de qui il la tient.

D'autres documents annonçaient que, le 28 juillet, un nommé Guydamour, membre de la société des Droits de l'homme, était au café Périnet; qu'il s'était sauvé au moment de l'explosion, et qu'il avait dit que Quctin était monté sur une table, en dehors du café; qu'après l'explosion, il était rentré, en s'écriant : // ?i'cstjias tue ; ce serait à cet avertissement que Guydamour se serait sauvé.

Guydamour s'était soustrait à toutes les recherches jusqu'au 7 novembreil a été arrêté ce jour-là dans la salle d'audience de la cour d'assises.

Interrogé le même jour, il a nié s'être trouvé dans le café Périnet au moment de l'attentat ; il a prétendu que, le 28 juillet, il était resté auprès de son père depuis dix heures du matin jusqu'à deux heures de relevée ; qu'il était ailé ensuite se promener seul sur le boulevart des Italiens, où il avait appris /'événement , en entendant crier les gai'des nationaux ; que de là il s'était rendu chez un sieur Monginot , avec lequel il avait passé le reste de lai journée , et chez lequel il logeait depuis deux mois.

Le père de Guydamour, entendu comme témoin , a déclaré que, le 28 juillet, il n'avait pas vu son fils dans la matinée, mais qu'il l'avait trouvé chez lui en rentrant vers cinq heures.

Mis en demeurede s'expliquer sur ces contradictions, Guydamour a persistéà soutenir qu'il n'était pas allé dans le café Périnet; mais il a reconnu qu'il s'était trompé dans le compte qu'il avait rendu de l'emploi de son temps pendant la journée du 28 juillet, parce qu'il avait confondu cette journée avec celle du 5 août , et la revue du Roi avec la cérémonie funèbre qui a eu lieu en l'honneur des victimes de l'attentat; que le 28 juillet, au moment de l'explosion, il se trouvait chez le sieur Bastide , homme de lettres, demeurant alors

( 305 ) rue Bourbon- Villeneuve , n° 36, chez lequel il était monté après avoir vu passer le Roi à la porte Saint-Denis.

Le sieur Bastide s'est rappelé qu'effectivement Guydamour était venu chez lui le 28 juillet, une première fois, vers onze heures du matin, et une seconde fois, une demi-heure environ après l'attentat, qu'il lui annonça , et dont il paraissait étonné.

Le portier de la maison de Gurjdamour a déclaré l'avoir vu rentrer ïe 2 8 juillet au soir.

Dans ces circonstances, Guydamour, contre lequel aucune charge ne s'est élevée dans le cours de l'instruction , si ce n'est celle qui aurait pu résulter de sa présence dans le café Permet au moment de l'explosion , a été mis en liberté.

Le nom de Gérard s'étant trouvé sur un des papiers de Quetin, avec une adresse portant rue Saint-Jacques, n" 177, on a dû rechercher si ce Gérard n'était pas Fieschi ; mais il a été constaté par l'instruction qu'un étudiant du nom de Gérard demeure à l'adresse indiquée.

Sur le même papier s'est trouvé le nom du sieur Cauncs , rue Pierre-Sarrasin, n° 11 (ce nom et cette adresse sont écrits au crayon). Le sieur Caimes, frère de l'ingénieur de ce nom, était signalé par d'autres documents comme étant connu de Fieschi, avec lequel, disait-on, il avait eu des relations fréquentes. Il fut arrêté;, ainsi qu'un sieur Peyrecave , chez lequel on avait saisi une paire de pistolets vendus par la dame Petit, qui aurait dit qu'ils provenaient du sieur Caunes, frère de lingénieur, qui l'avait chargée de les vendre.

Une perquisition a été faite au domicile du sieur Cauncs : elle n'a produit aucun résultat. Le sieur Cannes était absent ; ayant appris qu'une perquisition avait été faite à son domicile, et qu'un mandat d'amener avait été décerné contre lui, il revint à Paris. Interrogé, il a déclaré ne pas connaître Quetin, et n'avoir pas donné de pistolets à vendre à la femme Petit. Cette femme a été interrogée sur ce fait; elle a aussi déclaré que Caunes ne lui avait jamais donné de pistolets à vendre, et qu'elle ne se rappellait pas en avoir vendu au sieur Pcijrecave.

Quetin a dit qu'il avait l'adresse du sieur Cauncs, parce qu'il avait été chez lui au sujet d'une collecte qu'il faisait pour une femme infirme ; et que le sieur Cauncs lui avait donné un franc, à cause des noms qu'il avait vus inscrits avant le sien.

Dans les papiers de Quetin , sur la même feuille où est inscrit le nom de Caunes, au crayon, existait une note aussi au crayon, qui annoncerait que Quetin aurait pris une part active dans les affaires d'avril. Cette note a été représentée à Quetin, qui a reconnu qu'elle était de son écriture, et a dit qu'il 1 avait copiée dans un journal.

On a trouvé aussi chez Qnctin des lettres à lui adressées de Sainte-Pélagie par des détenus impliqués dans les événements d'avril 1 834.

Cannes n'a pas été retenu.

La note trouvée chez Quetin et qui exprimait un vœu régicide, jointe à cette circonstance qu'il avait été arrêté dans le caféPérinet, avait déterminé les magistrats instructeurs à le maintenir en état de détention; mais aucun fait nouveau n'étant venu confirmer les soupçons que l'on avait d'abord conçus, il a été remis en liberté.

Perrève ( Pierre-Édouard-Ulisse- Victor ), âgé de 32 ans, né à la Charité (Nièvre ), médecin, demeurant à Paris, rue d'Angoulêmc-du-Temple, n' 14.

Fieschi, dans un de ses interrogatoires, fit connaître qu'il avait été employé par un sieur Perrève à faire un plan de Paris destiné à faire connaître l'itinéraire complet des voitures dites Omnibus.

Le sieur Perreve fut aussitôt assigné. Entendu d'abord comme témoin , rî déposa des rapports qui avaient existé entre lui et l'auteur du crime ; il annonça l'avoir connu chez un réfugié italien nommé Querini; il convint l'avoir employé à la confection du plan dont il vient d'être parlé.

Mais dans le cours de sa déposition , certains faits, sur lesquels il eut à s'expliquer, certaines réponses qui parurent peu satisfaisantes, firent concevoir au magistrat qui l'interrogeait des doutes sur une absence complète de culpabilité de sa part.

En effet , le sieur Perrève est docteur en médecine : il fait de sa profession son occupation habituelle ; il n'a , quant à présent du moins, d'autres moyens d'existence que les bénéfices qu'elle lui procure : or, quoi de commun entre cette position et le travail qu'il demandait et payait à Fieschi F ce travail n'était-il pas un prétexte pour couvrir des remises de fonds à ce dernier? Sur ce point, Pèrrcvé ne présentait, dans le principe, aucune justification plausible.

En second lieu , lorsque Fieschi avait quitté le quartier Popincourt pour venir habiter le n° 50 du boulevart du Temple, le sieur Perrève, qui jusque-là avait demeuré rue Saint-Germain-l'Auxerrois, était venu s'établir dans un hôtel garni , rue d'Angoulême , c est-à-dire à une très-petite distance de ce boulevart et du nouveau domicile de Fieschi. A cette époque, et depuis, il voyait beaucoup cet individu; il le voyait presque tous les jours, et cependant il prétendit qu'il ignorait sa demeure, qu'il ne savait pas qu'il fut

( 307 ) loge à deux pas de chez lui ; il ne le voyait, disait-il , que dans un autre domicile, chez un sieur Sabaltier, également médecin, avec lequel le sieur Perreve est associé pour des consultations ; c'était fà , et uniquement là, suivant lui, qu'il avait vu et reçu Fieschi, chez lequel il n'était jamais allé. D'après ces réponses même, il était établi que le sieur Perreve avait deux domiciles , circonstance bizarre que rien ne justifiait et qui devait, elle seule , éveiller l'attention de la justice. On crut donc devoir convertir en mandat d'amener l'assignation donnée au sieur Perreve : dès ce moment il dut être considéré comme inculpé.

En conséquence, le jour même ( 3 août), une perquisition fut faite chez le sieur Perreve, rue d'Angoulême, et chez le sieur Sabattier, ruedesTournelies. Cette double opération n'amena aucun résultat à la charge de Perreve ; elle fournit seulement à la justice la preuve qu'il s'était occupé d'un travail sur les voitures ditis Omnibus, et qu'il avait réuni divers matériaux sur ce sujet.

Plusieurs témoins furent entendus; c'étaient notamment un tailleur et un cordonnier auxquels Perreve avait fait des commandes pour le compte de Fiesehi. L'un de ces témoins, le sieur Fonrnier, tailleur, déposa qu'un pantalon commandé pour Fieschi avait été déposé chez un sieur Pépin, épicier, rue du Faubourg Saint-Antoine, adresse qui avait été donnée par Fieschi; que là on avait paru connaître cet individu sous le nom d'Alexis, et que la femme Pépin, en recevant cet objet, avait semblé très-bien savoir à qui il était destiné : c'était dans l'instruction la première fois qu'on prononçait le nom de Pépin, et c'est à la suite de cet incident qu'un mandat d'amener fut décerné contre cet homme, dont les antécédents étaient déjà connus de la justice.

Mais les présomptions graves qui d'abord avaient paru peser sur Perreve s'évanouirent par suite des explications qu'il a données dans le cours de l'instruction.

Interrogé deux fois par M. le Président de la Cour, il s'est disculpé de ces charges , qu'un concours de circonstances fâcheuses avait accumulées contre lui.

D'abord les pièces saisies à son domicile n'ont laissé aucun doute sur la sincérité de l'opération qu'il avait voulu faire d'un tracé, sur un plan de Paris, de la direction des voitures Omnibus: c'était une spéculation que la modicité de ses ressources le portait à tenter. Déjà il avait précédemment fait un essai infructueux sur une invention de bandages.

Quant à son changement de domicile et de quartier, il s'explique par la circonstance qu'à peu près à la même époque il s'était associé avec le sieur Sabaltier, médecin , logé rue des Tournelles : c'était donc un besoin pour lui de se rapprocher de ce dernier, chez lequel il devait se rendre chaque jour pour consulter. Ne voyant Fieschi que chez le sieur Sabattier, il a pu ignorer son domicile; et rien n'établit qu'il ait jamais été chez l'auteur du crime; le signa-

( 308 ) lement des deux individus qui seuls fréquentaient la maison Loulevart du Temple, n° 50, n'ayant aucune espèce d'analogie avec celui du sieur Peireee. En terminant, l'on doit dire que les habitudes studieuses de ce jeune médecin, que ses rapports de famille, que l'estime dont il jouit auprès de plusieurs personnes connues éloignent toute idée qu'il ait pu tremper dans le < rime

reproché à Fiesehi.

Jf n été mis en liberté.

Ql'ERINI (Joseph) , âgé de ,37 ans, né à Gionotone, canton de Porta, arrondissement de Bastia [Corse), médecin , demeurant à Paris, rue Chariot, ?i° 25.

MOROSINi (Napoléon), âgé de 29 ans, né à Gênes, commis bandagistr, chez M. Querini, demeurant à Paris, rue Chariot, n" 25.

CONSEIL ( Auguste J, âge de 25 ans, né à Ancône ( Italie ) , sergent a la /" compagnie du 2e bataillon du régiment de volontaires pour la reine d'Espagne, avant demeuré ci Paris, rue Chariot, n" 25, et en dernier lieu, rue Jcanisson, n" j , en garni.

MAURICE ( François-Auguste) , âgé de 3f ans, né à Brest ( Finistère ) , *a> sous-lieutenant, demeurant à Paris, rue du Pont-au.v-Choux, n" i'-'J .

Les nommés Querini, Morosini, Conseil, Italiens, et Maurice, Français, avaient été signalés comme ayant de fréquents rapports avec Fiesehi.

Conseil et Morosini demeuraient chez les sieurs Querini et Delvincoiirt, médecins, gui employaient le premier comme aide , et le second comme domestique.

Le sieur Querini possède, en commun avec le sieur Cérisio, mécanicien , passage Bourg-I' Abbé, n" 15, une boutique de bandages herniaires à ressorts; Morosini était commis à la garde de cette boutique.

Deux personnes qui demeurent dans la même maison que la nommée Marie Duprcz, maîtresse de Conseil, rue de la Sonnerie, n° 9, ont déclaré qu'elle leur avait fait part d'une confidence qu'elle aurait reçue de Conseil, et d'après laquelle celui-ci devait être le complice de Fiesehi.

Marie Duprcz a nié d'abord qu'elle eût reçu et communiqué une telle confidence; mais confrontée avec l'une des personnes qui en avaient déposé, elle est convenue leur avoir dit qu'elle savait de Conseil qu'il était dans le complot.

Elle a d'ailleurs fait une longue déposition où elle a rendu compte de ce que lui aurait dit Conseil étant ivre, dans la nuitdu jeudi 30 juillet au vendredi 3 l. Dans ce récit on remarque le passage suivant :

( 309 ) « Je demandai à Conseil où il e'tait au moment de f explosion ; il m'a répondu «qu'il était sur le boulevart. Je lai encore questionné, il m'a dit qu'il était « chez Ficschi lorsque le coup était parti; qu'il était dans la seconde pièce. «Je lui ai dit : il y a donc plusieurs pièces; il m'a répondu qu'il y en avait « trois. Je lui ai dit : mais vous me disiez tout à l'heure que vous étiez sur le «boulevart; il m'a répondu: je me suis sauvé; je suis allé changer de vête- « ments, et je suis revenu sur le boulevart panser les blessés. H était dans " le lit et j'étais sur une chaise ; notre conversation a duré toute la nuit. H m'a « dit cinq ou six fois qu 'il était un homme perdu. »

Marie Duprez a ajouté :

« II est revenu coucher chez moi le samedi; il était en ribotte, il n'a pas «dormi du tout. Dans cette nuit-là, il n'a rien voulu m'avouer; il démentait « au contraire ce qu'il m'avait dit. »

De cette déposi lion résultait à la fois une charge importante contre Conseil et de graves soupçons contre ses maîtres, chez lesquels allait souvent Fieschi. Ces soupçons se fortifiaient par la circonstance qu'ils habitaient dans le voisinage du lieu de l'attentat.

Le juge d'instruction s'est transporté, le 14 août, au domicile commun de Dclvincourt et de Qucrini , avec le commissaire de police du quartier, pour y faire l'examen de leurs papiers et la perquisition des objets qui pourraient être utiles à la manifestation de la vérité.

Il a commencé par les interroger séparément; ils avaient déjà été entendus comme témoins.

L'un et l'autre sont convenus qu'ils connaissaient Fieschi ; c'était surtout Qucrini, son compatriote, qu'il venait voir.

La visite domiciliaire a été sans résultat; mais il a paru convenable, dans l'état des choses, de s'assurer de la personne de Qucrini.

L'instruction n'a rien établi contre lui personnellement. On peut même croire qu'il avait été confondu avec un réfugié de la Romagne portant le même nom que lui.

Un mandat d'amener a été décerné contre Conseille 13 août.

Il était parti de Paris comme sergent dans l'une des compagnies du régiment des volontaires enrôlés pou» la reine d'Espagne.

Il a été arrêté à Châteauroux.

Il a niéformelïement avoir fait à la fille Duprez les aveux qu'elle a rapportés.

Dans leur confrontation, la fille Duprez a déclaré qu'elle a pu mal comprendre Conseil ; il parle difficilement le français.

Parmi les rapports de police relatifs à ce prévenu , il s'en trouvait un du Notices. • 40

( 310 ) 7 août, suivant lequel, Conseil , parti le matin même, s'occupait, depuis plus de quinze jours, d'après les renseignements donnes par le colonel Swarce et un officier sous ses ordres, du recrutement de volontaires pour l'armée de fa reine d'Espagne. II était ajouté que le jour de l'attentat Conseil n'aurait pas quitté son poste ; l'instruction est assez conforme a ce rapport.

Elle a éclairci d'autres faits sans importance; mais un serrurier, dont fa boutique est dans la maison où demeure Marie Duprez, a déclaré qu'un soir, Conseil étant à attendre cette fille, assis sur uue borne, après avoir exprimé par des exclamations l'impatience qu'il éprouvait de ce qu'elle n'arrivait pas, s'était mis à dire : Bon Diou! bon Diou! je donnerais dix mif/r francs, dix mille francs pour que le Roi fût mort!

Conseil a nié qu'il eût tenu ce propos , et a ajouté : h J'aime le Roi et sa «famille; et lorsque je me parie à moi-même, je me parle en italien et h non en français. »

Napoléon Morosini est commis chez le sieur Qucrini. V avait été trouvé dans le logement de Ficschi un petit morceau de papier portant le chiffre n° 30,554 et le nom de Morosini.

Dans la malle de Ficschi , saisie le 3 août rue du Long-Pont, n° 11, s'est trouvé le récépissé d'un commissionnaire au mont- de-piété, du 22 juin 1835 ; l'article d'engagement porte le n° 30,554; l'objet engagé est une couverture de laine; la somme prêtée est de 10 francs.

Morosini, entendu comme témoin, le 13 août, a déclaré que c'était lui qui avait engagé la couverture, qu'elle lui avait été remise, au magasin de bandages de :on maître, par un homme dont il ne savait pas le nom, et il disait l'y avoir vu auparavant venir parler à M. Quctini. Cet homme était Ficschi, que Morosini devait parfaitement connaître pour l'avoir vu, non-seulement au magasin du passage Bourg-l'Abbé , mais encore rue Chariot, chez les sieurs Qucrini et Delvincourt.

Dans un interrogatoire qu'a subi Morosini le jour de son arrestation , il a également nié connaître Fieschi , vraisemblablement dans la crainte de se compromettre.

La couverture a été retirée du mont-de-piété et déposée au greffe.

Aucune charge ne s'est élevée contre Morosini.

François- Auguste Maurice, poursuivi par suite des événements d'avril, est sorti de Sainte-Pélagie le 28 janvier dernier, un arrêt de non lieu ayant été rendu à son sujet par la Cour des Pairs; il s'était mis en pension chez la veuve Petit; il avait du y voir Fieschi.

L'arrestation de Maurice a été jugée une mesure nécessaire, d'après ses antécédents, ses relations présumées avec Ficschi, et les rapports qui le concernaient.

Comme Conseil, il avait pris du service dans la légion du colonel Swarce.

H a été arrêté à Chatellerault.

Il a dit qu'il avait vu Ficschi une seule fois chez la veuve Petit, qui ne voulait pas le recevoir; que Fieschi ayant fait du bruit, il avait été obligé de prendre son sabre, et l'avait renvoyé; que Fieschi l'avait menacé de l'assassiner, et l'avait provoqué en duel; qu'il avait, en conséquence, quitté la maison de la veuve Petit, et n'avait pas continué de la voir.

Le sieur Maurice a ajouté que, le 28 juillet , au moment de l'explosion de la machine infernale, il était nie Traversière, où il était resté ce jour-là, depuis sept heures du matin jusqu'à cinq du soir, occupé du recrutement de volontaires pour la reine d'Espagne.

Qucrini, Morosini, Conseil et Maurice ont été mis en liberté.

RenaL'DIN (Jean-Baptiste), âgé de 26 ans, né à Dijon (Côte-d'Or) , fabricant de couleurs, demeurant à Paris, rue de Reuilly , n° 20.

Les AGE (Michel-François), âgé de 47 ans, né à Orléans (Loiret) , fabricant de papiers peints , demeurant à Paris, avenue des Ormes, n" 1 .

Des renseignements firent connaître que Fieschi avait fréquenté la mai son du sieur Renaudin , marchand de couleurs , petite rue de Reuilly, n° 20 , et celle du sieur Lesage. fabricant de papiers peints, avenue des Ormes, n° 1, barrière du Trône.

Une perquisition fut ordonnée aux domiciles de ces deux individus ; elle amena la saisie, chez le sieur Lesage, d'une carabine, de deux sabres, et d'une lettre signée femme Lesage, par laquelle elle annonce à son mari que le 3 5r régiment a commis à Paris des assassinats comme à Grenoble; elle s'exprime aussi dans cette lettre avec dérision et mépris en parlant du Roi.

Il résulte de l'instruction que, vers le mois de février dernier, Morcxj pria Renaudin, qui est son neveu, de procurer de l'ouvrage à un individu , qu'il lui dit se nommer Beschcr, et qui était porteur d'un livret délivré sous ce nom. Renaudin était en relation d'affaires avec le nommé Lesage, qui, avant besoin d'un ouvrier, consentit à prendre cet individu dans sa manufacturé et l'employa depuis le mois de février jusqu'au mois de mai suivant.

Lesage a dit qu'il avait été satisfait de la conduite, du travail et de l'activité de

ivi icr, qui était Fieschi; qu'il ne l'avait renvové que parce que l'ouvrage

avait manqué; il ajouta que cet individu ne fiéquentait aucun ouvrier de

( 312 ) l'établissement; qu'il ne lui avait jamais dit où il demeurait, et qu'il n'était visité que par Morey, qui était venu le voir trois ou quatre fois, le nommait toujours Bescher, et paraissait lui porter beaucoup d'intérêt.

Confrontés avec Ficschi , Renandin et Lesagc ont déclaré le reconnaître pour celui qu'ils avaient connu sous le nom de Bescher.

Le livret dont Fieschi s'était servi appartenait au nommé Bescher, aujourd'hui inculpé, et qui a déclaré l'avoir perdu depuis quelque temps. II résulte cependant de l'instruction que Bescher connaissait Morey, le fréquentait assez habituellement , et il y a même lieu de supposer que le livret en question avait été remis de complaisance à Morey, pour l'usage qui en a été fait par Fieschi.

Ce fait serait d'autant plus admissible, que Morey fut l'un des témoins de Bescher pour la délivrance de son livret, et que ceîdernier, sans l'assurer toutefois , dit qu'il ne serait pas impossible qu'il eût oublié ce livret chez le nommé Morey.

Renaudin et Lesage, qui avaient été d'abord déposés dans la maison d'arrêt de la préfecture de police , ont été ensuite mis en liberté.

DÈCLE (René), âgé de 37 ans , né à Rouen {Seine-Inférieure') , tisserand. demeurant à Paris , rue Morcau , n" 41.

ItiCAUX (Etienne-Barthélémy), âge de 2/ ans, ne à Paris , tisserand , y demeurant , rue de Charonne , n° 92.

Ces deux individus étaient signalés comme ayant cherché à dissuader plusieurs personnes d'aller à la revue du 2 8 juillet, en leur disant que le Roi serait tué dans les trois jours.

Ce propos ayant donné à croire que ces individus étaient complices de l'attentat du 28 juillet, ils furent arrêtés.

Une perquisition faite à leur domicile ne produisit aucun résultat; on saisit seulement dans le logement de la mère de Declc une chanson dont les expression font assez connaître l'hostilité des sentiments de ces individus.

Il est résulté de l'instruction que Dècle avait bien eu quelques rapports avec Fieschi, mais rien n'adonné à penser qu'il ait eu connaissance de son projet.

De son côté, Dècle a prétendu qu'd n'avait jamais connu Fieschi que sous le nom de Joseph Petit; qu'il n'était jamais ailé chez lui; qu'il n'avait jamais eu occassion de parler politique avec lui , et que les seules relations qu'ils eussent

I 31.3 ) eues avaient eu pour but de rapprocher Fieschi de la femme Petit, qui à cette époque était brouillée avec lui.

Ces explications ont paru suffire pour motiver la mise en liberté du sieur Dècle.

L'interrogatoire subi par la veuve Micoulot, dite femme Dècle, devant M. le Président de la Cour, par suite d'un mandat d'amener, n'a pas fourni d'autres renseignements; elle a seulement parlé des relations qui existaient entre Dècle et Fieschi.

Quant à Ricaux, interrogé sur mandat d'amener, par un juge d'instruction, il a dit qu'il n'avait dissuadé personne d'aller à la revue, et un témoin a déclaré que ce n'était pas Ricaux, mais Dècle qui avait dit qu'il arriverait quelque chose à la revue, pariant que le Roi serait mort dans les trois jours.

Sorba (Jean-Baptiste), âgé de 30 ans , né à Bastia (Corse), ouvrier tailleur, demeurant à Paris , rue Mcslay , n" 22.

Fille MICHEL (Elisabeth), dite femme Sorba, âgée de 2S ans , née à Metz (Moselle) , marchande de modes, demeurant à Paris , rue Meslaij, n" 22.

Le 6 août, le nommé Sorba, ouvrier tailleur, Corse de naissance, fut signalé comme ayant eu avec Fieschi des rapports fréquents et qui paraissaient supposer de l'intimité.

Sorba avait été déjà impliqué dans deux procès : en 1833, il fit partie des coalitions des tailleurs; il fut arrêté et poursuivi pour ce délit , mais non condamné, et en mai 1835 il fut de nouveau recherché pour délit politique.

L'instruction révélait que c'était h cet individu ou à la fille Michel, qui vit avec lui, que Fieschi s'était adressé quelques jours avant le 28 juillet, pour procurer un logement à la demoiselle Marguerite Daurat; elle apprenait qu'à la même époque, Sorba avait été vu causant chez lui en particulier avec Fieschi, qui le traitait avec familiarité; elle établissait enfin que, depuis l'attentat, Sorba et la (Me Michel avaient tout fait pour dissimuler à Marguerite Daurat leurs rapports avec l'auteur du crime et pour paraître ne pas le connaître sous son véritable nom.

Des mandats d'amener furent lancés contre Sorba et la fille Michel : ces mandats furent accompagnés de perquisitions qui, sans produire de charges contre les inculpés, confirmèrent, par la saisie de quelques pièces de pçu d'importance, l'hostilité des principes politiques du nommé Sorba.

Lors de l'interrogatoire que lui fit subir le juge d'instruction, il commença par déclarer n'avoir vu que quatre fois Fieschi , et l'avoir vu , pour la dernière fois, deux mois avant l'attentat.

Mais, pressé de questions, il avoua que , le jour même de J'atteniat, Fieschi était venu chez lui, vers six heures du matin ; qu'il fui avait demandé d'être témoin d'un duel; que, sur son refus, Fieschi l'avait traité de peureux, et l'avait ensuite quitté rue de Vendôme, II est également convenu que, quelques jours après le 28, la fille D aurai 'était revenue chez lui, et qu'il l'avait engagée à ne pas parler de ses rapports avec Fieschi, sur le motif qu'il pourrait y avoir du danger pour elle.

Quant à la fille Michel, elle a également avoué connaître Fieschi , et l'avoir vu plusieurs fois; ajoutant que cet individu l'avait engagée à lui procurer un logement pour une jeune personne, ce qu'elle avait fait, en se contentant d'indiquer un local vacant au n° 65 de la même rue Meslay, chez une dame Robert.

L'instruction n'a pu -rigoureusement établir quel avait précisément été l'emploi du temps de Sorba dans la journée du 2 8 ; le tailleur chez lequel il travaille a déposé qu'il n'avait paru chez lui que de huit heures du matin à onze heures et demie, mais rien ne donne à penser qu'il se soit trouvé sur le lieu du crime au moment où l'attentat a été commis; en outre, confronté avec les portiers de la maison habitée par Fieschi , il n'a point été reconnu pour être jamais venu dans cette maison.

Interrogé par M. le Président de la Cour, Sorba a donné des explications qui paraissent satisfaisantes : il a toujours avoué que Fieschi était venu chez lui le 28 juillet, ce que ce dernier a reconnu ; ila persisté à décliner toute complicité dans l'attentat, comme aussi toute connaissance des projets de Fieschi, et celui-ci, de son côté, a confessé qu'il était bien alléchez Sorba avec la pensée de lui communiquer son criminel projet, mais il a ditque, le voyant hésiter à accueillir la proposition d'assister à un duel, il avait dû peu compter surson courage et renoncer à l'informer de sa résolution.

Rien n'est venu contredire cette déclaration de Fieschi , qui justifiait et appuyait celle de Sorba, et, dans cet état, les poursuites ont discontinué contre ce dernier; car on ne pouvait lui faire un grief sérieux d'avoir procuré un logement momentané à Marguerite Daurat avant l'événement, ni d'avoir, après l'attentat, conseillé à cette fdle de ne point parler de Fieschi: cette recommandation n'était qu'un acte de prudence, mal entendu sans doute, puisqu'il pouvait priver la justice de renseignements précieux ; mais il s'explique suffisamment par l'inquiétude que devaient faire naître chez Sorba ses relations avec Fieschi, rapprochées surtout d'antécédents de nature h provoquer la sollicitude de la justice.

Sorba et la fille Michel ont été mis en liberté.

Brocard (Antoine-Napoléon), âgé de 30 ans, né à Nangis VSariè-et- Marne ) , débitant de liqueurs , demeurant à Paris , rue Saint-Jacques , n" 86.

Le nomme Brocard fut signalé comme recevant habituellement chez lui plusieurs républicains exaltés, entre autres Fieschi, Boireau , Auffraij, Bravard, Salis et Janot. Une perquisition fut faite, le 10 août dernier, à son domicile, en vertu d'une ordonnance judiciaire; mais elle ne produisit aucun résultat.

Brocard a été interrogé , sur mandat de comparution , le 1 2 août dernier, et une seconde fois le 14 du même mois : il a prétendu n'avoir eu avec Fieschi d'autres relations que celles de son commerce ; il a paru étonné que , depuis son arrestation, Fieschi, qui ne lui avait jamais écrit , lui eût adressé une lettre pour demander des secours. Il dit que Fieschi était d'un caractère sombre et peu communicatif.

Il n'y avait pas à donner d'autre suite à la procédure commencée contre Brocard.

Salis (Pierre-Marie), âgé de 34 ans , étudiant en médecine, né à Ambert (Puy-de-Dôme) , demeurant à Paris, rue Saint-Jacques, n" 106, dans un hôtel, garni tenu par le sieur Leroy.

Un mandat d'amener a été décerné contre lui le 3 août.

Salis connaît Fieschi et Boireau.

Ha demeure, avec les sieurs Janot et Auffraij, chez la veuve Abot , dite veuve Petit, rue du Battoir-Saint- Victor.

Il avait demeuré auparavant dans la maison garnie du sieur Leroy ; il est revenu l'habiter le 22 mars dernier.

H a passé la soirée du 2 7 juillet chez le sieur Brocard, débitant de liqueurs, demeurant rue Saint-Jacques, n" 86, dont il vient d'être question tout à l'heure.

Salis a découché la nuit du 27 au 28 juillet; il a dit être allé coucher avec le sieur Lelons, employé à la commission des contributions directes de la ville de Paris, demeurant rue de la Harpe, n" 42. II n'y a pas de portier dans cette maison. Lelons a été entendu comme témoin; sa déclaration a confirme celle de Salis. Tous les deux étaient ensemble chez Brocard le 27 juillet au

( 316 ) soir el ont déclaré en être sortis très-tard. C'est par cette raison, d'après la déposition de Lelons, que Salis est allé coucher avec lui.

Salis a dit être allé voir Boireau à son atelier, quelques jours avant l'attentat j mais a assuré qu'il ne lui avait été fait aucune communication à ce sujet.

Aucune charge ne subsistant contre Salis, il a été mis en liberté.

JaîsOT (Isidore), âgé de 22 ans, étudiant en droit, né à Ginestas, près Narbonne (Aude) , y demeurant.

Des renseignements recueillis dans l'information générale font connaître que Janot (IsidoreJ avait eu des relations avec Fiesclii, qu'il connaissait depuis longtemps, et avec lequel il avait fréquenté la boutique du sieur Brocard.

Janot n'était pas à Paris le 2 8 juillet dernier; il était à Ginestas, sa ville natale; mais on avait cru savoir que, deux jours avant l'attentat, Fieschi lui aurait écrit une lettre en caractères hiéroglyphiques.

En conséquence, commission rogatoire et mandat d'amener furent adressés à M. le Procureur du Roi près le tribunal de Narbonne. Une perquisition fut faite au domicile de Janot: elle ne produisit aucun résultat ; on ne trouva point la lettre dont il vient d'être parlé. Néanmoins, comme il importait de connaître les relations de Janot avec Fieschi , il fut amené à Paris et interrogé d'abord le 24 août, et en dernier lieu le 1er septembre.

Il est établi aujourd'hui que Janot , qui est neveu du sieur Cannes, ingénieur des ponts et chaussées, a connu Fieschi lorsque celui-ci était employé par ledit sieur Caunes ; qu'il a vécu chez la femme Petit, lorsqu'elle tenait une table d'hôte , rue du Battoir; qu'il y a vu Morcy, qui venait de temps à autre pour voir Fieschi ; que Fieschi, à cette époque, était sans place, obligé de se cacher, poursuivi judiciairement pour faux et escroqueries; qu'enfin Janot remit à Fieschi 100 francs qu'il devait à la dame Petit, et souscrivit à cette dernière une lette de change dont il ne se rappelle plus le montant, pour sojde du prix de sa pension chez elle.

H affirme que jamais il n'a eu de rapports politiques avec Fieschi, et n'avait jamais reçu de lui aucune lettre, et notamment celle écrite en caractères hiéroglyphiques.

Janot avait été arrêté ; mais depuis son interrogatoire il a été mis en liberté.

PeyIIECAVE (Gérard), âgé de 67 ans, officier pensionnaire de l'Université ', demeurant à Paris , rue du Colombier, n" 4.

Le sieur Peijrccave fut signalé comme ayant fourni de l'argent à la femme Petit et à Fieschi.

Une perquisition fut faite chez lui, et ne produisit que la saisie d'une paire de pistolets de poche, de deux carnets et de quelques lettres insignifiantes.

Pet/recave a été arrêté; il a déclaré avoir connu la femme Petit chez le sieur Cannes, ingénieur de la ville de Paris, pendant que le sieur Caunes , malade au moulin de Crouliebarbe, y recevait ies soins de cette femme.

II a dit n'avoir remis d'argent à la femme Petit qu'une seule fois, où il lui donna 9 francs pour payer son loyer. Il a déclaré aussi avoir connu Fieschi chez M. Caunes, et lui avoir donné 5 francs, un jour que cet homme parlait devant lui de l'embarras où il se trouvait.

II a déclaré que les pistolets qui ont été trouvés chez lui lui ont été vendus il y a longtemps par la femme Petit, qui lui avait dit que c'était le frère du sieur Cannes qui l'avait chargée de les vendre. Cette femme a dit ne pas se rappeler cette circonstance. Le sieur Caunes frère a soutenu n'avoir jamais donne de pistolets à vendre à la femme Petit.

Le sieur Pcurccavc s'étant ainsi complètement justifié, a été mis en liberté.

Mathieu (Pierre^,, âge de 44 ans, né à Longwij ( Moselle) , ébéniste , demeurant à Paris , rue Morcau , n" II.

Dk Laclf.PIEKHE ( Louis- Amcdcc), âgé de 5.1 ans, né à Cassrl (Nord), garde d' artillerie , demeurant à Vineennes,

Dans un interrogatoire subi par Fieschi , il avait signale le nommé Mathi.ru , ébéniste , demeurant rue Morcau, n° 11, et ancien garde municipal, comme étant très-hostile au Gouvernement, et comme ayant, à diverses repris*, fait entrer dans Paris des munitions de guerre qu'il s'était procurées nu château de Vineennes. Il avait ajouté que Mathieu élait lié avec \\x\ garde d'artillerie de Vineennes, et que probablement c'était ce garde qui a\ait remis à Mathieu la poudre dont il s'agit.

Notices. a

( 318 ) Une perquisition a été faite au domicile de Mathieu; elle n'a produit aucun résultat.

Interroge, il a nié le fait à lui imputé ; mis en présence de Fieschi, il a persisté dans ses dénégations : il a avoué cependant qu'il connaissait un garde d'artillerie du fort de Vincennes, nommé de Laguepierre, avec lequel il avait quelques relations, et mais il a soutenu qu'il n'avait jamais reçu de lui ni poudre ni autres munitions de guerre.

Une perquisition fut également faite sans résultat chez de Laguepierre, qui dans son interrogatoire, a dit que tous les faits rapportés par Fieschi étaient, taux.

Des certificats joints au dossier sont tout à fait favorables à ces inculpés. Ils ont été mis en liberté.

GUENEAU ( Marie -Cypricn), âgé de 42 ans, né à Paris, brocanteur, demeurant à Paris, rue de lOursine , n° 60.

Gucneau avait été signalé comme ayant autrefois fabriqué de la poudre et ayant eu chez lui les ustensiles nécessaires à cette fabrication. Le morne document annonçait qu'il avait eu de fréquentes relations avec Fieschi et était intimement lié avec lui.

Une perquisition fut faite chez Gucneau , mais elle ne produisit que la saisie de deux sabres-briquets et de cinq mauvais pistolets.

Gucneau, appelé par mandat de comparution, a soutenu qu'il n'avait eu avec Fieschi d'autres relations que celles résultant du voisinage, lorsque Fieschi habitait le faubourg Saint-Marcel : il a déclaré qu'il lui avait prêté deux volumes d'un ouvrage intitulé : la Police dévoilée.

Au moment de la perquisition faite chez Gueneau, sa femme seule était présente, et elle dit au commissaire de police que, quatre mois environ auparavant, Fieschi était venu lui demander si elle avait des canons de fusil à vendre. Gucneau a déclaré que jamais Fieschi ne lui avait demandé à acheter des canons de fusil; et depuis la femme Gucneau a rétracté sa déclaration.

Pendant l'interrogatoire de Gucneau, il survint un document duquel il résultait que Gueneau avait un magasin caché, où se trouvaient des munitions de guerre. Le mandat de comparution de Gueneau fut alors transformé en mandat d'amener, et aussitôt une perquisition fut ordonnée et faite en présence de Gucneau : l'on trouva, cachés partie dans une malle et partie fous un lit, six paquets de cartouches. Gucneau a dit qu'il avait ces cartouches depuis trèslongtemps et qu'il les avait oubliées. H a été renvoyé, pour ce fait, devant Je tribunal de police correctionnelle et condamné à quelques jours1 de prison.

Sur ces entrefaites, le sieur Burgh, marchand de bois, quai de la Râpée, entendu comme témoin dans l'instruction, a déclaré que, depuis l'attentat du 28 juillet, Gueneau lui avait dit que Fieschi , sachant qu'il avait fabriqué de la poudre, vers le mois d'avril 1834, lui avait proposé d'en faire avec lui; mais qu'il avait refusé de s'en mêler, parce qu'il avait été précédemment arrêté pour ce fait; qu'alors Fiesr/ii lui avait demandé s'il pouvait lui vendre de la poudre,; qu'il avait aussi refusé cette proposition; mais que, sur ce refus, Fieschi l'ayant intimidé, il lui avait promis de lui en vendre cinquante livres; que Fieschi était venu plusieurs fois réclamer la réalisation de cette promesse, mais que Gueneau s'était débarrassé de ses importunités en lui disant qu'il ne voulait pas vendre de poudre en présence de sa femme; qu'un jour il avait vu des agents qui cherchaient Fieschi, et leur aurait indiqué sa demeure; que ces agents avaient été chez la femme Petit, s'annonçant sans doute comme envoyés par Gueneau; car Fieschi, quelque temps après, en avait fait des reproches à ce dernier, et lui avait montré un poignard, en lui disant que, s'il le dénonçait, ce poignard le servirait.

Gueneau a soutenu que jamais Fieschi ne lui avait demandé de poudre; qu'il était vrai qu'il avait indiqué sa demeure aux agents qui le cherchaient; qu'il avait même offert de les faire prévenir, quand Fieschi viendrait chez lui, pour rapporter les livres qu'il lui avait empruntés, et que c'était pour cela que Fieschi l'avait menacé de son poignard.

Gueneau a dit ne pas connaître Morcu.

Deux témoins ont déclaré que le 28 juillet Gueneau était resté dans sa boutique, occupé de son commerce.

Albert (André-Hyppolite), âge de .32 ans, né à Paris, marchand de grains, demeurant à Paris, rue du Marché-aux-Chcvaux , n" 11.

BirniN (Rus-Apollon), âgé de 37 ans , né à /htrij (Meuse), corroijeur, demeurant à Paris , rue du Jardin-du-Roi , n° 12.

Vin document de l'instruction signalait le nommé Badin , membre de l'association de l'Union de juillet, comme ayant eu de fréquents rapports avec Moreij et Pépin. Ce même document indiquait que ces trois individus quit- Biient souvent ensemhle les réunions de l'association et s'en allaient dans la nsi'-me voiture de place; qu'ilsavaient enfin plusieurs fois dmoc liez lesicuryi «£<•/•/.

|ï< s perquisitions furent faites chez Aube ri cl Builiii , et ne produisirent aucun résultat.

Aubert a déclaré f\ u'il n'avait eu avec Mornj et P<pin que des relations

( 320 ) de commerce ; qu'il fournissait à Pépin du sou et de l'avoine pour son cheval, et achetait îes résidus de sa fabrique d'orge perlé, lesquels résidus lui étaient expédiés de Lngny par un sieur Collet; enfin, qu'il prenait chez More.y les harnais dont il avait besoin pour ses chevaux.

Budin n'a pas nié qu'il eût fait partie de l'Union de juillet. II a dit que c'était dans les assemblées de cette association qu'il avait connu Pépin et Morey; qu'il ne les avait vus ensemble que là; qu'il les avait bien rencontrés au dehors, mais séparément ; et qu'il ne les voyait d'ailleurs qu'en passant.

Aubcrt et Budin n'ont pas été arrêtés.

Une dame de Chevreuse, veuve Martincau , fut indiquée comme pouvant donner des renseignements sur l'attentat du 28 juillet.

Entendue comme témoin, elle a dit que le 27 juillet, vers sept heures du soir, elle passait sur la place Royale, lorsqu'elle vit trois individus qui causaient près d'un arbre; qu'elle les avait remarqués parce qu'un d'eux était un sieur Piet de Saint-Hubert, qu'elle avait connu autrefois; qu'elle entendit ces individus parler de serments qui auraient été faits entre plusieurs personnes, d'un tirage au sort qui aurait désigné l'une d'elles; le plus petit des trois aurait dit : J'ai la mauvaise chance.

Confrontée avec Ficschi, la veuve Martincau a dit le reconnaître pour celui qui disait : J'ai la mauvaise chance. Il a été rendu compte en détail, dans le rapport, des actes d'instruction qui ont eu lieu à ce suje'

Un mandat d'amener a été décerné contre le sieur Piet de Saint-Hubert, mais il n'a pu être exécuté, le sieur Piet de Saint-Hubert étant en fuite.

Royer ''Victor), âge de 19 ans, né à la Ferle-sous- Jouarre (Scinc-cti- Marne), fabricant 'd 'instruments de mathématiques, demeurant à Paris, rue Saint-Sebastien , n" 34.

Cortiliiot (Jean-Baptiste- Joseph), âgé de 20 ans, ué à Rosny (Seine-et- Oisc), ouvrier en instruments de mathématiques, demeurant à Paris, rue d'Amùoisc, n" 4.

Le sieur Lefevre, sergent de ville, a prétendu que Ficschi avait été préc éilé dans sa fuite d'un jeune homme, à F exemple duquel il se serait aidé de la

( 3-21 ) fenêtre et de la corde qui Jui ont servi au moment de l'attentat pour s'évader. Ce jeune homme, sur te signalement donné par Lefcvre, a été recherché, et quelques renseignements particuliers ayant signalé un nommé Victor Royer comme ayant eu des rapports avec Ficsehi, Victor Royer a été arrêté, et son arrestation a tnotivé celle d'un nommé Jean-Baptiste-Joseph Corlilliot, avec lequel il était en relations habituelles. Une perquisition faite instantanément au domicile de Royer a procuré la saisie d'une lame de couteau-poignard, do trois platines de fusil, d'une balle, d'un bois de canne à épée, d'un blouse de toile noire, d'un pistolet à piston, d'un poignard et d'un couteau à manche de cuivre.

Victor Royer a été représenté à plusieurs habitants de la maison habitée par Ficsehi; il n'a point été reconnu comme l'un de ceux qui auraient eu des rapports avec cet homme. II a de plus été représenté au sieur Lrfrvve , ainsi que Cortilliot ; mais Lefcvre ayant déclaré ne point les connaître, ils ont été successivement remis en liberté.

VemîECKE (Ferdinand-Bernard), âgé de 37 ans, né à Zin/diiècne, pris Casscl {Norcb, journalier, domicile à Warmhout , près Bergues (Nord'.

Le 7 septembre 1835, le garde-champêtre de l'une des communes voisines de Dunfcerque remit entre les mains de la gendarmerie un homme qu'il avait arrêté, et qui fut reconnu pour être le nommé Vcrbechc , condamné aux travaux forcés, évadé le 1 7 ou le 1 8 juillet 1835 de la maison de force .d'Armentières, où il était détenu.

Vcrbeckc prétendit qu'il avait eu connaissance de l'attentat du 28 juillet 1835, et qu'il savait où était réfugié Pépin; qu'il le connaissait particulièrement; qu'il l'avait rencontré à Senlis une huitaine de jours auparavant, et avait fait route à pied avec lui de Senlis à Roye, par Pont-Sainte-Maxence etGou;'nay; que Pépin était porteur d'un passeport sous le nom de Bran. H donnait beaucoup de détails sur l'attentat du 28 juillet, et disait avoir été sur les Ikux au moment de lexplosion.

Verbechc fut conduit à Paris, où il a été interrogé. Là, iï a renoncé à dire qui! fût été dans la chambre de Ficschi , et qu'il fût sur les lieux au moment de l'explosion. Ha prétendu que, s'il avait fait une pareille déclaration , c'était afin d'être conduit à Paris et dechapper aux mauvais traitements qu'on lui faisait subir dans la maison où il était détenu; niais il a continué à dire qu'il avait voyage avec Pépin. Dans un second interrogatoire, il a dit que, pour le moment, il ne se rappelait pas tout ce que Pépin lui avait dit :

( 322 ) parce qu'il était trop souffrant. Les interrogatoires ont été suspendus : sur ces entrefaites, la retraite de Pépin a été découverte, et il a été constant que les déclarations de Verbecke étaient mensongères. Ce condamné a été renvoyé dans la prison d'Armentières.

ÏÎOUSSEMARD (Louis-Auguste-Josrph ) , âgé de ôOans, né à Lille (Nord), ancien militaire, demeurant à Paris, rue Albouij, n" 14.

Le sieur Hendcnlang, capitaine d'état-major de fa garde nationale, a trouvé ïe 28 juillet, dans ï'allée de la maison habitée par Fieschi, une pétition signée Boussemard. Le sieur Boussemard fut arrêté, perquisition fut faite à son domicile.

Il est résulté des renseignements recueillis et de l'information que Boussemard, ancien militaire, déjà secouru par les bienfaits du Roi, avait présenté une pétition à Sa Majesté, entre la porte Saint-Denis et la porte Saint-Martin, et qu'un hasard avait fait tomber ce papier des mains d'un officier de la suite du Roi, qui était entré dans la maison de Fieschi, au moment du crime, pour aider à en saisir les auteurs.

Boussemard, interrogé le 2 août sur le fait qui avait motivé son arrestation, a protesté de son attachement à la personne du Roi : il a révélé la source des bienfaits qui le soutiennent.

Aucune autre circonstance ne le rattachant à l'attentat du 28 juillet, il a été mis en liberté.

Troude (Magloiré- Alexandre) , âgé de 31 ans , né Gouet {Manche), marchand d'estampes , demeurant à Paris , rue du Petit-Reposoir , n" G.

Une iettre ouverte et dépliée, adiessée au nommé Troude, marchand d'estampes, rue du Petit-Reposoir, n° 6, fut trouvée dans l'appartement de Fieschi.

On décerna contre Troude un mandat d'amener. Une perquisition fut en outre prescrite et effectuée à son domicile: on y saisit un certain nombre d'adresses indiquant certaines relations de Troude.

Dans son interrogatoire, Troude a déclaré ne pouvoir expliquer la présence d'une lettre à son adresse dans la demeure de Fieschi: il a toutefois reconnu la lettre. »

Les différentes personnes dénommées aux renseignements précités ont été citées ou entendues; elles ont donné de bons témoignages sur le compte de Troude; elles ont attesté que cet homme était sans opinion politique. H a

( 323 ) été d'ailleurs démontré par l'instruction qu'au, moment de l'attentat Troude était éloigné du lieu où il a été commis.

D'un autre côté, Ficshi a déclaré que c'était chez ce marchand d'estampes qu'il avait acheté, deux ou trois jours avant l'attentat , la gravure trouvée près de la machine infernale, et représentant le duc de Bordeaux, dans le but de donner le change aux recherches de la justice, s'il parvenait à s'échapper. II y a donc tout lieu de croire que la lettre adressée au sieur Troude se sera trouvée en la possession de Fieschi comme ayant servi d'enveloppe à cette gravure.

Troude a été mis en liberté.

Protaï( Auguste), âgé de 35 ans , né à Sens ( Yonne), ouvrier corroijeur, demeurant à Paris > rue de Cotte, au coin de celle du faubourg Saint-Antoine.

Le nom du sieur Protat s'étant trouvé parmi les papiers du ncpraié Troude, marchand d'estampes, mis en état d'arrestation à l'occasion de l'attentat du 2 8 juillet, il fut arrêté et interrogé.

Auguste Protat est père de cinq en fan tsr Son maître, chez lequel il travaille depuis douze ans, a répondra de lui, et lui a délivré un certificat de bonne conduite revêtu de beaucoup de signatures. Aucun fait ne le rattachant à l'attentat, il a été mis en liberté.

Haï. MON (Pierre), âgé de Sf ans , portier , demeurant à Paris , bouleeart du Temple, n" 50.

Femme Salmon (Julie Saillant), âgée de 70 ans, portière, demeurant à Paris, boulevart du Temple , n° ÔO.

Salmon (Sophie), âgée de 36 ans, ouvrière en linge, demeurant à Paris, boulevart du Temple, n" 50.

Le* sieur et dame Salmon , portiers de la maison habitée par Fieschi , et la demoiselle Sophie Salmon, leur fille, avaient été arrêtés dans les premiers t!ioni< nis de l'attentat. L'instruction a démontré qu'ils n'avaient eu aucune cou-

( 324 ) naissance des projets criminels de Fieschi, et leurs dépositions, cite'es dans le cours de ce rapport, ont concouru à éclairer plusieurs points relatifs aux démarches de Fieschi. On s'est assuré que les hésitations du sieur Salmon , qui d'ahord avaient fait paraître ses déclarations suspectes, devaient être attribuées à son grand âge.

Tons trois ont été mis eh liberté.

Fouine PÉniNET (Arsène Ledent), âgée de 24 ans, limonadière , boulevart du Temple , ?i° 50.

Les époux Permet tiennent un café dans la maison portant, sur le boulevard du Temple, le n° 50. Ce café est signalé depuis longtemps comme le rendez-vous d'individus hostiles au gouvernement du Roi; et Fieschi a déclaré que c'était un lieu de réunion des membres de la société des Droits de l'homme.

Voisin de Fieschi , Permet le connaissait sous le nom <X Auguste.; la porte de la maison de Fieschi se trouvait-elle fermée, celle du café de Périnet s ouvrait pour lui et les gens qui le fréquentaient.

Toutes les apparences annonçaient que ces deux individus avaient ensemble de fréquentes relations.

Pc'rinct et sa femme ont donc été arrêtés.

L'instruction ayant dégagé la femme Pèrinet des soupçons qui pesaient sur elle, elle a été rendue à la liberté.

Divers propos séditieux tenus publiquement par Perinct, ont motivé son renvoi devant la juridiction ordinaire.

LebÈGÔE ( Achille-Napoléon), /tgc de 25 ans, ne au May (Oise) , garçon limonadier , demeurant boule vart du Temple, n° 00, chez le sieur Pvriuet.

Achille Lcbeguc a été arrêté, le 2 8 juillet, au café de Périnet et dans la demeure de celui-ci, au service duquel il se trouvait alors. Après un interrogatoire que lui a fait subir l'un de MM. les juges d'instruction et l'obtention de quelques renseignements, Lcbèguc a été mis en liberté

Le 27 juillet au soir, un individu du nom de Fî'c/ôv s'était présenté à la demeure de Ficschi pour ie visiter: cet homme, que la poilière de la maison déclarait alors ne pouvoir reconnaître, paraissait avoir été de ia connaissance de Lcbeguc , car celui-ci, s'entreïenant à ce sujet avec la portière, avait assuré qu'il reconnaîtrait bien l'individu portant le nom de Victor, s'il se trouvait en sa présence. Lcbeguc , sommé de s'expliquer sur ce fait, a nié le propos articulé par la dame Sahnon.

La procédure a depuis étahli que l'individu nommé Victor n'était autre que Boireau, et la fille Sahnon a déclaré, le 8 octobre, qu'elle reconnaissait Boircau pour l'individu qui venait visiter FirscJii.

Confronté lui-même avec Boircau, Lcbeguc a persisté à nier le propos qui lui était attribué, et a déclaré ne pas reconnaître cet inculpé.

Quelque doute que puisse laisser cette déclaration , aucun indice ne rattachant Lcbeguc à Boircau , il a été mis en liberté.

Barfety (Jean-Pierre), âgé de 35 ans, né en Savoir , limonadier, demeurant ù Paris, boulevart du Temple , ?i° ô.2.

Arrêté le 28 juillet, dans son café.

Barfetu est propriétaire d'un café situé boulevart du Temple, nn 52, dans la maison continue à celle où demeurait Ficschi. Ficschi venait presque tous les soirs au café Barfetu , pour prendre un petit verre d'eau-de-vie; il restait à causer avec le nommé Charles Larchcr, garçon de billard, qui demeurait, comme Ficschi, au n" 50. Larchcr étant obligé de rester jusqu'après la fermeture du café, avait reçu un passe-partout de la porte d'entrée de sa maison. Ficschi profitait de ce passe-partout, et rentrait avec lui.

Barfct// a déclaré que, le 28 juillet 1835, il avait vu Fieschi veis neuf heures du matin; que cet homme était entré un instant dans son eafé , et qu'un moment après, il l'avait aperçu sur la terrasse de Périucl.

On fut informé, d'autre part, pendant le cours de l'instruction, que, le 28 juillet au matin, Barfety avait été acheter des viandes froides, chez, une dame Brun, marchande de comestibles, et que ces viandes avaient été portées par ia domestique de la dame Brun au café Barfetu. Le document disait que là cette domestique avait été rencontrée par deux individus, par lesquels elle avait été conduite au troisième étage, dans la maison n° 50 (c'était i'ëtage habité par Fieschi dans cette maison), qu'on avait refusé d'ouvrir, qu'alors elle était descendue et avait remis les viandes à liarfclij. Cette circonstance paraissait être à charge contre Barfety. La domestique de la dame Brun à été appelée comme témoin: elle a déclaré qu'en efïèt , en arrivant à la demeure Notices. 42

<lc Barfctij , elle ne l'avait pas trouvé et avait été rencontrée à la porte du café par deux individus; que l'un d'eux l'avait fait monter au troisième étage, mais (jue c'était dans la maison n" 52 que l'on avait frappé, et non dans la maison n° 50 ; que personne n'ayant répondu , elle était descendue; qu'alors elle avait trouvé Barfctij , auquel elle avait remis ce qu'elle apportait.

Barfctij a déclaré qu'il n'avait pas donné ordre de porter les viandes ailleurs que chez lui, et qu'il les avait achetées pour les revendre aux gardes nationaux , pendant la revue.

Barfctij a été mis en liberté.

Lakcher (Pierre-Charles-Julien), âgé de 37 ans, né à Paris , garçon de billard chez le sieur Barfety , demeurant à Paris , boulevart du Temple, n° 50.

Arrêté le 29 juillet.

Après l'explosion de la machine de Fieschi, et lorsque la maison n° 50 et les maisons voisines furent cernées, on s'étonna de ne pas trouver le garçon de billard du café Barfety, le nommé Larcher; cette absence fit naître des soupçons.

Le lendemain il fut arrêté. Ha déclaré que le 28 juillet, lorsque l'explosion eut lieu, il était sur le boulevart pour voir passer le Roi, et tenait son enfant sur ses bras; qu'après l'événement, ayant entendu qu'on demandait de l'eau, il rentra au café pour en prendre une carafe, et qu'ensuite on l'empêcha de passer; que le lendemain , ayant appris qu'on le cherchait, il s'était rendu de lui-même à la préfecture de police.

Larcher demeure depuis huit ans dans la maison boulevart du Temple, n" 50. Il dit avoir fait connaissance avec Fieschi, qui entrait quelquefois au café; que le soir, quand Fieschi se retirait tard, il venait causer au billard, et priait Larcher de le faire rentrer avec lui (celui-ci, comme on fa vu, avait un passe-partout de la maison ) ; il n'avait pas cru devoir refuser ce service à un voisin.

Larcher a déclaré qu'il ne. ait entré qu'une seule fois dans la chambre de Fieschi , et que, dans les trois Ou quatre soiréesqui ont précédé l'attentat, il ne croyait pas être rentré en même temps que lui.

La fille Salmon , portière de la maison n° 50, entendue comme témoin, a déclaré que pendant les huit ou dix jours qui ont précédé le 28 juillet, Fi-eschi n'était pas rentré avec Larcher, mais bien par le café Permet.

Un sieur G alliât , pâtissier, entendu aussi comme témoin , a déclaré que le

28 juillet, au moment du passnge du Roi sur le boulevart du Temple, M'avait vu Larcher, en face du café Barfety, tenant sa petite fiHe sur les bras, et qu'il n'avait pu rentrer parce que les maisons avaient été cernées. La relier a été mis en liberté.

MARrtxIÉ ^Pierre), âgé de 18 ans, né en Savoie , garçon litnonadicr, demeurant à Paris, rue de Vendôme , n° 15.

Arrêté, le 2 8 juillet, dans ie café Barfety.

Marillié avait été autrefois garçon de café chez Barfety , mais il en était sorti depuis six mois. II y était ce jour-là employé accidentellement , à cause de la revue.

If a déclaré ne pas connaître Fieschi. Une servait plus dans le café Barfeti/ lorsque Fieschi est venu demeurer dans la maison voisine.

Marillié, interpellé de dire si, en plaçant la toile établie devant le café, quelqu'un ne lui a pas donné fe conseil d'élever un peu cette toile près des arbres, disposition qui pouvait empêcher ceux qui étaient de ce côté du boulevart de reconnaître au premier moment la fenêtre cToù partait la fumée, a dit que personne ne lui avait donné ce conseil , mais qu'un homme étranger nu café était en effet venu faider à placer cette tente. Fieschi lui a été présenté : Marillié a déclaré qu'il ne le connaissait pas, que ce n'était pas l'homme qui l'avait aidé dans le placement de la toile.

Aucune charge ne s'clevant contre Marillié, il a été mis en liberté.

VERDIN (Thomas-Ambroise), tige de 20 ans, lié à Paris, cordonnier, demeurant à Paris, rue Saint-Sébastien , n" 42.

A été arrêté, le 28 juillet dernier, dans le café Barfety, lorsque ce café fut envahi par la troupe aussitôt après l'explosion de la machine. Verdi/t, interrogé sur la question de savoir comment il se trouvait dans ce café au moment du crime, a répondu qu'il y était venu pour se rafraîchir et faire une partie de billard. Il a nié connaître l'auteur de l'attentat, et rien dans l'instruction u établit qu'il ait eu des rapports avec lui.

II a été mis en liberté.

BESUCHET (Charles), âgé de 32 ans, né à Balaiguc, en Suisse, commis voijagenr, demeurant à Paris, rue Saint- Sébastien , n" 34.

Arrête, le 28 juillet, dans le café Barfcly.

Il a déclaré qu'il connaissait Barfety et que , voyant qu'il était arrêté et que sa femme pleurait, il fesuivit et fut arrêté avec lui. Des soupçons s'étaient élevés contre Barfetij parce que Fieschi fréquentait son café; ces soupçons réagirent sur Besuchet; cependant des papiers avaient été saisis sur Besuchcl, ces papiers vinrent à l'appui de ce qu'il déclarait, et constatèrent qu'il était en effet commis voyageur; il expliqua l'emploi de son temps; il a été mis en liberté.

Canteï.oup (Louis-Nicolas-Victor), âgé de '/7 ans, né à Paris, doreur sur métaux , demeurant à Paris, rue Porlefoin, n" 12.

Se trouvait dans le café Barfety, boulevart du Temple, n° 52, au moment de l'explosion de la machine infernale. H prit aussitôt la fuite, abandonnant dans ce café et son habit et son chapeau qu'on y retrouva plus tard.

Çantéloup fut arrêté le 30 juillet, et donna sur sa conduite dans la matinée du 28 des explications satisfaisantes. II se trouvait, a-t-iï dit, dans ce calé par hasard. II avait ôté son habit et son chapeau par suite de la grande chaleur, et n'avait pris la fuite après l'explosion que par crainte de se voir arrêté quoique innocent.

H n'a été donné aucune suite aux renseignements pris à son égard.

Pajot (Joseph), âgé de 19 ans, né en Savoie, demeurant à Paris, boulevart du Temple, n" 32 , chez Barfety.

Arrêté le 28 juillet, dans le café Rurfety.

II est employé comme garçon dans ce café; sa présence y est donc expliquée. Il a déclaré qu'il avait vu plusieurs fois Fieschi venir au café de Barfety, le soir, au moment d'aller se coucher. Cet homme parlait avec le nommé Charles , garçon de billard du café.

Pajol a dit que dans la matinée du 28 juillet il avait été occupé à placer des tables devant le café, sur le boulevart; qu'en plaçant la toile devant le café , il n'avait pas fait attention à la croisée de Fieschi; qu'il n'avait jamais été chez ce dernier.

Le maire de Garcbes, près Saint-Ooud, écrivit au procureur du Roi de Versailles une lettre par laquelle il le prévenait qu'un neveu d'un sieur Pajol, ancien blanchisseur retiré à Garches, avait dit devant les sieurs Bernardon et Bessades, le 2 7 juillet, que l'on devait assassiner le Roi le lendemain. On pensa que ce pouvait être le nommé Pajot, du café Barfetq; et ce propos n'eût pas été sans importance dans la bouche d'un individu si voisin de Fieschi.

Les témoins confrontés avec Joseph Pajol ont déclaré ne pas le connaître, et tju'il n'était pas le Pajot neveu dont ils avaient parlé.

Bernardon a dit que, le 27 juillet , le \euv\ePajol neveu était venu à Garches pour tourner les chevaux de bois pendant les fêtes; qu'il lui av.;it demandé si la fête serait belle à Paris; que ce jeune homme avait répondu que oui; mais qu'on disait que le Roi serait assassiné. Bessades n'a point entendu le jeune Pajot tenir ce propos, mais seulement Bernardon le rapporter au maire.

On n'a pas pensé qu'il y eût lieu de diriger des poursuites contre Pajot neveu, et Joseph Pajot a été mis en liberté.

FRAISIER (Jean-Marie-Adolphe), âgé de 22 ans, né à Paris, relieur, demeurant à Paris , rue Saint-Sébastien , n" 42 , en garni,

A été arrêté le 28 juillet dernier, pâle et tremblant dans le café Êarfetu, où il jouait au billard.

Interpellé sur les motifs de sa présence au café Barfclij, lors de l'événement du 28 juillet, Fraisier a dit que, étant employé au théâtre des Funambules, il avait été, après la répétition , dans ce café, pour y jouer au billard.

Aucun fait ne le rattachant à Fattentat, Fraisier a été mis en liberté.

Gauchereau (Jean-Baptiste-Marie), âgé de 54 ans, né à Paris, peintre, demeurant à Paris, rue P hili peaux , au coin de la rue de la Croix.

Arrêté, le 28 juillet, dans le café Périnet.

II a déclaré qu'il était au café, où il servait ce jour-là par extraordinaire, à

cause de ii rc\uc; qu'il \ était arrivé des sept heures du malin . qu'.iu moment

id Iloi il était sorti pour le voir; qu'alors il entendit i.i détonation,

el rentra au café, nù il fut arrêta comme toutes 1rs personnes qui s'y trouvaient.

Aucun fait .1 li charge de Gauchereau n'ayant d'ailleurs été indique, il .1

été mis en liberté.

\ il I l'i jiii ..«;>->. fè <{<■ J4 uns, Mf a Paris, imrr.ti,

■ nmiidiit a /'ans, rue des Deux-PonU , t'/c Saiiit-1.

/'. n/nl, liouIex.nl du Temple.

.' t après l'explosion.

internai1 sur fat testât, a de clan idivklu a été

. n juillet 183.1 .pour i oaïïtion d'ouvriers; rien, dans l'instruction . ne

lie .m i rime du 58 juillet.

té mis en li' i

| ,,l !!->. ■ utru ■•• i -i l'iutruUs,

demeurant à Parié, rue du Fuisbourg^Stuttl-An

An- udlei . dans '• < i

Il a cl i nombre des personnes qui faisaient la haie poui voit

. il avait entendu la détonation, et qu'alors voyant la ti ! • oup i ! iÎI parti , il s\ tail réfugié dnns le >

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grand nombre de personnel établit

Interrogé sur la question de savoir comment il se trouvait dans ce café au moment du crime, Signy a répondu qu'il s'y était réfugié comme beaucoup d'autres personnes, et que c'était la première fois qu'il y entrait.

Il a été mis en liberté.

Duchemin ( Pierre-Félix- Jacques), âgé de 32 ans , né à Paris, émailleur en bijoux, demeurant à Paris, rue Saint-Eloi, impasse Saint-Martial, tf 7.

Arrêté le 28 juillet, dans le café Pèrinet.

Il a déclaié qu'il était entré dans ce café, avec le nommé Cliobillon, environ dix minutes avant l'attentat; qu'ils interrompirent leur partie de billard pour aller voir passer le Roi, et qu'après l'explosion, ils rentrèrent dans le café, où ils furent consignés, comme toutes les personnes qui s'y trouvaient.

Une liste de noms fut trouvée sur Duchemin; il a déclaré que cette liste contenait des noms d'émailleurs avec leurs adresses; qu'il l'avait dans le but d'aller demander de l'ouvrage, lorsqu'il en manquait.

Un sieur Nocus , émailleur, pour lequel Duchemin travaille, a rendu de lui un bon témoignage, et comme d'ailleurs aucune charge n'a été produite contre lui, il a été mis en liberté.

CttOBXLLON (Jean-Pierre), âgé de 26 ans, tié à Paris, ntatlie maçon, demeurant à Paris, rue Saint-Eloy , n" 23.

Arrêté le 28 juillet, dans le café Permet.

II a déclaré qu'il était entré clans ce café avec le nommé Ducftcmin , environ <lix minutes avant l'attentat, pour y faire une partie de billard; qu'ils étaient sortis tous deux un peu avant l'explosion , pour voir le cortège du Roi, et que bientôt ils étaient rentrés, parce que les cavaliers de lYscmteM- portèrent w t. s la maison ; qu'ils ne purent sortir ensuite , pane que boutés les personnes qui se trouvaient dans ce café avaient été consignées.

Chohdlon est un maître maçon qui occupe un certain nombre d'ouvrie»;

aucune chabgfl n'ayant d'ailleurs été produite contre lui, il a été mis en

liberté.

Camus (Jean-Baptiste), âgé de Ôo ans, ne à Nursur-Tourne (Marne), homme de ]>ci?ie, demeurant àParis, rue de Mon treuil, n" 83, faubourg- Saint- Antoine.

A été arrêté dans le café Pe'rincf, boulevart du Temple, n° 50, lorsque ce café fut envahi par la troupe, aussitôt après l'explosion. Camus, interrogé sur le motif de sa présence dans ce lieu au moment du crime, 'a répondu qu'il y était entré pour s'y rafraîchir, que c'était la première fois qu'il y venait; il a été mis en liberté.

Bessin (Jacques), âge de 32 ans, ne à la Chapelle-Moche (Mai/ennc), ouvrier rajjincur de sucre, demeurant à Paris, rue de la Roquette , n" .52.

LAVEBNE (Nicolas), âgé de 3.3 ans, ne à Marchevillc (Meuse), ouvrier rafftneur de sucre , demeurant à Paris, rue de la Roquette , n" 72.

Arrêtés le 28 juillet, dans le café Pc'rinct.

Tous deux ont déclaré être entrés dans ce café, après l'explosion , parce que la troupe venait alors vers les maisons, et qu'ils craignirent d'être blessés; ils, furent ensuite consignés, puis arrêtés comme toutes les personnes qui se trouvaient là.

Le sieur Bai/vet, adjoint au maire du 8e arrondissement, et propriétaire d'une raffinerie de sucre, a envoyé, pour être joint aux pièces, un certificat constatant que Bessin et Lavernc travaillent chez lui, Bessin depuis plus de quinze ans et Lavernc depuis plus de six ; que tous deux sont des ouvriers tranquilles, qui ne s'occupent en aucune façon de politique, et qu'ils travaillaient encore à la fabrique une heure avant leur arrestation.

Une perquisition fut faite tant chez Bessin que chez Lavernc, mais ces perquisitions furent sans résultat.

Aucune charge n'ayant d'ailleurs été indiquée contre eux, ils furent mis en liberté.

Bellinghen (Auguste), âgé de 17 ans, né à Paris, corroyeur, demeurant à Paris, rue Mouffetard, n° 211.

Arrêté, Je 28 juillet, dans le café Périnel.

H a déclaré s'être rendu sur le boulevart pour voir la revue, et nprès l'explosion s'être réfugié dans le café, pour n'être pas blessé par les chevaux des cavaliers qui se portaient vers les maisons.

Le sieur Vautier, marchand de laines et mégissier, pour lequel Bellinghen travaillait, a été entendu et a donné de bons renseignements sur sa conduite.

Aucune charge- n'a été produite contre Bellinghen , autre que sa présence dans le café Permet ; il a été mis en liberté.

Beaudouin (Jules-Vincent), âgé de 16 ans, né à Paris, demeurant à Paris, rue Mouffetard, n" 223.

Arrêté, le 28 juillet, dans le café Périnet.

A déclaré qu'il était sur le boulevart avec le nommé Bellinghen , pour voir la revue, au moment oii ils entendirent l'explosion; qu'alors les cavaliers vinrent sur eux, et que, pour éviter d être écrasés, ils se réfugièrent dans le café, où ils furent consignés et arrêtés comme tous ceux qui s'y trouvaient.

Aucune charge n'a été indiquée contre Beaudoin ; il a été mis en liberté.

Assezat (Louis-Maric-Théoclore), âgé de 'JS ans, né à Paris, compositeur, demeurant à Paris, rue Saint-Victor, n" 76.

Arrêté, le 28 juillet, dans le café Périnet .

Il a expliqué sa présence dans ce café, en déclarant qu'il s'était arrêté sur je boulevart pour voir passer le Roi; qu'après l'explosion, les cavaliers s'étant immédiatement portés vers la maison d'où le coup était parti, il s'était réfugié dans le café pour n'être pas blessé par les chevaux.

Assczat arendu conque de l'emploi de son temps d'une manièresatisfaisante;

Notices. 43

(334) il a été signalé comme un honnête ouvrier. Le témoin Frossart, garde national, déclare qu Assczat lui avait dit qu'il irait le voir à la revue. Aucune charge n'ayant d'ailleurs été produite contre cet homme, il a été mis en liberté.

Ador (François), âgé de 23 ans, né à Saint-Martin-dc-Bellevue, en Savoie, commissionnaire, demeurant à Paris, rue des Tournelles, n° 10.

Arrêté, le 28 juillet, dans ïe café Périnet.

A déclaré qu'il était monté sur un banc pour voir le Roi ; qu'il avait entendu une décharge; que bientôt ayant été pressé par les cavaliers, il s'était réfugié dans le café, où il avait été consigné et ensuite arrêté.

Aucune charge n'a été produite contre lui; il a été mis en liberté.

Calbot (Jean-François), âge de 44 ans, né à Doulens (Somme), chapelier, demeurant à Paris, rue de Montreuil, n" 83 , faubourg Saint- Antoine .

A été arrêté, le 28 juillet dernier, dans le café des Mille-Colonnes, aussitôt après l'explosion. Interrogé sur le motif de sa présence dans ce café au moment du crime , a répondu qu'il y était entré pour s'y rafraîchir. Il a été mis en liberté.

Renaud (Joseph), âgé de 26 ans, né à Mortirolle (Haute-Vienne) , menuisier, demeurant rue Charenton , îi° 66, à Paris.

A été arrêté dans le café Périnet. Interrogé sur le motif de sa présence dans ce lieu, il a répondu que sa femme s'étant trouvée mal, il l'y avait fait entrer. Il a été mis en liberté.

Prévost ( Frédéric ), âgé de 26 ans, né à Sainte-Mcnehould (Marne), chapelier, demeurant à Paris, rue du Faubourg Saint- Antoine, en face de la rue Charonne .

A été arrêté, le 2 8 juillet dernier, dans le café Périnet , lorsque ce café a été

( 335 ) cerné par la troupe. Prévost, interrogé sur le motif de sa présence dans ce café au moment du crime, a répondu qu'il y était entré pour s'y rafraîchir. II a été mis en liberté.

CÉLAR1É (Louis), âgé de 37 ans , ne à Saint-Seré (Lot) , professeur de littérature française, demeurant à Paris, rue du Faubourg Saint- Antoine , n" 5.

A déjà été l'objet de poursuites judiciaires; il avait été mis en liberté depuis peu de temps, lorsqu'il fut de nouveau arrêté, le 28 juillet dernier, dans le café Périnet.

Célarié, tout en déclarant qu'il est républicain, a prétendu qu'il ne s'était trouvé dans ce café que par hasard , qu'il ignorait les projets formés contre la vie du Roi , et qu'il y était tout à fait étranger.

Cet individu a fait partie de la société des Droits de l'homme, dans laquelle il était chef de section ; il a été arrêté lors des émeutes de la Porte Saint- Martin.

Rien ne le rattachant à l'attentat , il a été mis en liberté.

WACHEZ (Ernest), âgé de 13 ans , né à Paris , sans profession , demeurant à Paris, rue des Fiflcs-du-Calvaire , n" 4.

Arrêté, le 2 8 juillet, dans le café Périnet.

A déclaré qu'il prenait de la bière sur une table devant le café, lorsqu'il a entendu la détonation, et que la cavalerie étant venue sur le boulevart, il était rentré dans le café.

Aucun témoin n'a été indiqué, aucun fait de participation n'a été articule (outre Wachez.

Il a été mis en liberté.

VlGOUBEUX (Antoine), âgé de 71 ans, né à Paris, tablelier, demeurant à Paris, rue de Ménilmontant , n" 49.

Arrêté le 28 juillet, il a dit qu'il était sur le boulevart pour voir passer le Roi, et qu'après l'explosion il s'était réfugié dans le café Périnct, où il a été arrêté; qu'on avait aussitôt cerné la maison, et qu'on l'avait empêché de sortir.

Aucun fait à sa charge n'a été allégué.

Il a été mis en liberté.

Gauchot (André-Edouard), âgé de 25 ans , né à Paris, brossier, demeurant à Paris , rue Mauconscil , n" 7 '.

Il a été arrêté, le 28 juillet, dans le café Pcrinet, et conduit pour ce seul fait à la préfecture de police, où il devait être examiné.

Gauchot a déclaré être entré en ce lieu avec la nourrice de son enfant, pour y boire une bouteille de bière.

H ne paraît faire partie d'aucune société politique.

Ha été, après interrogatoire, remis en liberté.

Tassin (Amaury ) , âgé de 2/ ans , né à Lizieux ( Calvados ) , bijoutier en cuivre , demeurant à Paris , cloître Saint-Méry , n" 14.

Au nombre des individus arrêtés dans le café des Mille-Colonnes, se trouvait le nommé Amaury Tassin, ouvrier bijoutier, demeurant cloître Saint-Méry, n° 24. Cet individu fut fouillé aussitôt après son arrivée à la préfecture de police, et on trouva sur lui une chanson intitulée : Ronde de la Conspiration , et un fragment d'une chanson républicaine adressée à l'armée; mais rien dans l'instruction n'établissant que Tassin aurait eu des rapports avec Fieschi , il a été mis en liberté.

François (Victor), âgé de 22 ans, né à Melun (Seine-et-Marne), emballeur de verres , demeurant à la verrerie de Choisy-le-Roi.

Arrêté le 28 juillet dans un des cafés voisins de la maison du boulevart du Temple, n° 50.

Il a dit qu'il était venu de Choisy-le-Iloi, pour voir la revue; qu'il s'est réfugié dans le café où il a été arrêté après l'explosion, parce que la troupe s'avançait de ce coté.

Aucune charge d'ailleurs ne s'élevant contre François, il a été mis en liberté.

Lefèvke (Jacques-Alexandre), âgé de 30 ans, né à Paris, garçon de bureau au ministère de l'intérieur, demeurant à Paris, rue Fontaineau-Roi, n" 2.

Arrêté le 28 juillet, dans l'un des cafés voisins de la maison Loulevart du Temple, n" 5o.

H a déclaré qu'il était allé pour voir la revue; qu'il était entré au café pour prendre une bouteille de bière; qu'étant sorti pour voir passer le Roi, il entendit l'explosion et rentra au café.

lia été consigné et ensuite arrêté comme toutes les personnes qui étaient là.

Aucun fait à sa charge n'a été d'ailleurs indiqué; il a été mis en liberté.

Gastinel (Louis) , âgé de 3$ ans, né à Rouen (Seine- Inférieure) , perruquier, employé (i l'hôpital Saint-Louis, demeurant à Paris, rue du Faubourg-du-Temple , n" 45.

Arrêté le 28 juillet, à midi et demi, dans la maison boulevart duTemph. n" 52.

Les faits qui le concernent ont été énoncés d'une manière contradictoire.

Suivant le procès-verbal de trois gardes municipaux qui l'ont arrêté, il leur a paru suspect, parce qu'il les suivait pas à pas dans la maison.

H résulte du rapport d'un commissaire de police que Gaslincl était dans une chambre au troisième étage. II avait prétendu qu'il y était venu voir une personne dont H n'avait pas pu dire le nom.

D'après l'instruction, c'était au premier étage, dans une chambre sur le devant, où se trouvaient une femme et deux enfants qui pleuraient, qu'il aurait été vu par un garde national , témoin entendu , qui du reste n'est pas d'accord avec un autre témoin, garde national comme lui, et qui dit que Gastinel aurait été rencontré par eux au même étage , mais sur l'escalier, comme H montait dans la maison, entouré de gardes nationaux.

Suivant ce dernier témoin, Gastinel aurait dit en montrant un jeune homme qui était sur l'escalier et demeure dans fa maison : « Je vais chez Mon- « sieur. » Mais ce jeune homme ne le connaissait pas.

Gastinel a. subi deux interrogatoires. Selon les e\plications qu'il a données, il s'était réfugié dans la maison Rarfeli/, où se précipitait la foule. H entendait des cris , il était troublé et avait l'air d'un imbécille, a dit un témoin. H serait, dit-il, monté tout en haut, dans la crainte qu'on ne fit main basse sur lui.

H a été confronté avec les deux gardes nationaux , qui ne l'ont pas reconnu. Aucun fait ne le rattachant à l'attentat, il a été mis en liberté.

R.AULET (Jean-Baptiste), âgé de 20 ans , ne à Paris, ébéniste, demeurant à Paris, rue de Reuilhj , n" 14.

Arrêté le 28 juillet, dans une chambre au deuxième étage de la maison boulevart du Temple, n° 50.

Raulet a déclaré qu'il était sorti de chez lui vers huit heures du matin ; qu'il avait bu avec son frère, un de ses amis et la femme de ce dernier, chez un marchand de vin rue de Ménilmontant; qu'ensuite ils étaient venus sur le boulevart, et étaient entrés pour boire chez un marchand de vin dans la maison où il a été arrêté. Ils s'y trouvaient à peine, qu'on annonça l'arrivée du Roi; Raulet revint sur le boulevart, mais arrivé aux premiers arbres, ri entendit une fusillade; alors la troupe s'étant portée du côté des maisons, il se sauva de peur d'être blessé, rentra dans la maison, et monta au second étage : là, il fut arrêté comme toutes les personnes qui étaient clans la maison.

Raulet avait dit qu'il travaillait pour un sieur Ju/ié; celui-ci fut appelé : il i déclaré que Raulet était chez lui depuis plus de deux ans, et qu'il était

très-content de sa conduite; que le 28 juillet, ie sieur Prudhomme , sergent à la 8e légion, l'une des victimes de l'attentat, iui avait dit le matin, ainsi qu'à Raulet, de venir le rejoindre à la revue; qu'ils v étaient en effet venus, et que Raulet n'avait jamais fait partie de réunions politiques. II a été mis en liberté.

Bedot ( Louis-Honoré ) , âgé de 24 ans, ne à Lancuvillc-Sire-Bernard (Somme), bonnetier, demeurant à Paris, rue Sainte-Marguerite- Saint-Antoinc , n" 9.

Arrêté, le 28 juillet, sur le boulevart du Temple.

Il a déclaré qu'il avait travaillé ce jour-là chez le sieur Bouhj pendant toute la matinée, jusqu'à onze heures, et qu'il était sorti alors pour aller voir passer le Roi ; qu'ayant appris la nouvelle de l'attentat , il avait eu la curiosité d'aller voir si cela était vrai , et avait été arrêté par un garde national , au moment où il s'approchait du lieu où étaient déposées les victimes.

Le sieur Bouhj a été entendu comme témoin, et il a déclaré, qu'en effet Bedot avait travaillé chez lui pendant toute la matinée du 28 juillet.

Aucune charge n'ayant été produite contre Bedot , il a été mis en liberté.

Hilaire (Jean-Claude), âgé de 35 ans , né à Nancy ( Meurthe ) , marchand d'estampes , demeurant à Paris, rue Saint-Etienne , n" 7 .

Femme Hilaire (Rosalie Lanceau), âgée de 29 ans, née à Mirecourt (Vosges) , modiste , demeurant à Mirecourt, avec son mari , Jrire de Jean-Claude Hilaire.

Arrêtés tous deux, le 28 juillet, dans la maison boulevart du Temple, n° 50.

Hilaire a déclaré que sa belle-sœur venait d'arriver à Paris; qu'il était allé avec elle et son frère pour voir la revue; qu'ils passaient sur le boulevart du Temple au moment où l'explosion cul lieu ; qu'ils étaient en face de la maison où ils furent arrêtés ; que la femme Hilaire, effrayée, se précipita dans une

( 340 ) allée ; qu'il la suivit pour ne pas la laisser seule, et que bientôt la maison ayant été cernée, ils ne purent sortir.

La femme Hilairc a fait une déclaration semblable; elle a dit qu'elle s'était réfugiée dans l'allée de cette maison , croyant que c'était de la rue qu'on avait tiré.

Aucun autre fait n'étant à la charge du sieur Hilairc et de sa belle - sœur ils ont été mis en liberté.

Duvallet (François-Louis), âgé de 25 ans, né à Paris, ciseleur, demeurant à Paris, rue de Berry, n" 18, au Marais.

Arrêté le 28 juillet.

Suivant la déclaration de Duvallet , son arrestation a eu lieu près du Jardin Turc, quelque temps après l'attentat; il a ajouté qu'ayant entendu dire qu'on avait tiré sur le Roi , il avait craint qu'il ne fût arrivé quelque accident, et était sorti de chez lui pour aller trouver son père, qui fait partie de la lre légion de la garde nationale de Paris; que s'y rendant, il se trouva au milieu de gardes nationaux qui emportaient un homme blessé, et fut arrêté.

Des certificats constatant la bonne conduite du nommé Duvallet, et attestant que son père fait, comme il l'a dit, le service dans la garde nationale, ont été joints aux pièces.

Aucun procès-verbal ne constate les causes et le lieu de l'arrestation de Duvallet ; aucune charge n'a été produite contre lui : il a été mis en liberté.

Zott ( Guillaume )} âgé de .32 ans, né à Schlaest (Saxe) , cordonnier, demeurant à Paris, rue de la Cordonnerie , n" 6.

Arrêté rue de Bondy , derrière l'Ambigu.

H résulte d'un rapport de chef de ronde, que Zott était pâle et décon certé au moment de son arrestation.

Zott, qui parle à peine français, a dit qu'après l'explosion il retournait chez lui, lorsqu'il lut arrêté.

Une perquisition a été faite à son domicile; elle n'a rien produit.

Confronté avec l'agent de police Lefhvre , qui le premier était entré dans (a maison de Fieschi , Zott n'a point été reconnu pour s'être trouvé dans cette maison.

II a été mis en liberté.

Dediane Dupoujet ( Jean -Baptiste -Théodore), âgé de 37 ans, né à Clermont ( Puy-de-Dôme), demeurant à Paris, rue du Faubourg-Saint- Denis, n" 123.

Arrêté le 28 juillet, il a déclaré avoir été, peu de temps après l'attentat, sur le boulevart près du Château-d'Eau ; comme il insistait pour traverser le boulevart , les gardes nationaux le mirent au poste , d'où il fut conduit à la préfecture de police.

Aucune charge n'ayant été indiquée contre lui, il a été mis en liberté.

Calménil ( Napoléon ), âge' de 28 ans, né à Bourneville (Seine-Inférieure) , imprimeur, demeurant à Paris, rue Grenétat, n" 30 bis.

Langer ( Adrien ), âgé de 41 ans, né à Manneville (Eure), lithographe , demeurant à Paris , r«e de l'Echiquier, n" 31 .

Ces deux ouvriers ont été arrêtés le 28 juillet , sur le boulevart du Temple , au moment de l'attentat et près de la maison où il a été commis.

L'instruction n'ayant indiqué aucune charge contre eux, ils ont été mis en liberté immédiatement. •<*

Billet (Victor ), âgé de 30 ans, né à Fontenon (Jura), distillateur, demeurant à Paris, i~Ue Moujfetard , n° 214.

Billet a déclaré qu'il avait été arrêté le 28 juillet, à trois heures après midi, sur le boulevart, en face du poste du Château-d'Eau, parce que les gardes nationaux lui ayant dit de se retirer, il ne le fit pas assez vite à leur gré. Aucun Noticbs. 44

procès-verbal, aucune déposition ne constate les moti(s de son arrestation; il n'eKiste à cet égard que sa déclaration.

Aucun fait à la charge de Billet n'ayant été produit, il a été mis en liberté.

MORIN (Adolphe-Fleuris-Louis-Benoit ) , âgé. de .34 ans, ne. à Prévis ( Oise j, passementier, demeurant 'à Paris , rue du Vieujc-Marché-Sanit-Martin , n° 1er.

Le 2'8 juillet, Adolphe Marin se trouvait sur le boulevart du Temple au moment de l'explosion de la machine dirigée sur la personne du Roi. H avait cherché un refuge au café Barfety , où il a été arrêté. Aucune charge ne s'étant élevée contre lui, il a été mis en liberté.

FAURE(Isidore), âgé de 37 ans,nè à Sens (Yonne), serrurier, demeurant à Paris , rue de Charenton , ?t° 41.

H a déclaré avoir été arrêté sur ie boulevart après l'attentat. Le matin , il était allé déjeuner à la Courtille avec un sieur Protat. Ayant entendu dire qu'on avait tiré sur le Roi, il voulut voir si cela était vrai; Protat et lui vinrent sur le boulevart: s'étant approchés d'un groupe de monde, ils virent qu'on portait sur un brancard un homme blessé; Protat ayant été arrêté, Faure voulut le réclamer et fut arrêté lui-même.

Le sieur Gillet, coutelier et capitaine d'une compagnie de la garde nationale de Paris, a déclaré, dans un certificat joint aux pièces, que Faure travaille pour lui depuis huit ans, qu'il fait le service- de la garde nationale, et s'est trouvé dans les rangs toutes les fois qu'il y a eu nécessité de défendre l'ordre.

Aucune charge n'ayant d'ailleurs été indiquée contre Faure , il a été mis en liberté.

LEMARIÊ ( André), âgé de 40 ans , fabricant d' étuis de lunettes, né à Paris , y demeurant , rue du Faubourg-Saint-Martin , ?t° 188.

A été arrête le 28 juillet dernier, sur le boulevart du Temple, par plusieurs

gardes nationaux. Interrogé par le juge d'instruction sur les faits motivant sa présence sur ces lieux, il a répondu qu'il y était venu pour voirie cortège. Ce fait paraissant vraisemblable, il a été mis sur-le-champ en liberté.

Canteau ( Jean-Baptiste- Alfred ) , âgé de 30 ans , né à Paris , émailleur en bijoux, demeurant à Paris , rue Saint-Sauveur, ri" 12.

II a été arrêté le 29 juillet dernier, boulevart du Temple, n° 50, au moment où il venait y demander un nommé Robert , arrêté la veille. Conduit à la préfecture de police, il a été interrogé le même jour. Il a été depuis remis en liberté, aucune charge ne s'étant élevée contre lui.

Vanc ampenhoud ( Jean-Baptiste), âgé de 24 ans, né en Belgique, ébéniste, demeurant à Paris, rue de Charonne , n" 23.

Il a été arrêté sur le boulevart du Temple, le 28 juillet, à midi, près le café Périnet, un instant après l'explosion.

H est résulté de l'instruction que , le jour de son arrestation , Vancampenhoud était de garde à la mairie du 8e arrondissement ; qu'il obtint , vers onze heures, la permission d'aller sur le boulevart pour y voir la revue; qu'à cet effet il avait laissé au poste le fourniment ordinaire confié aux gardes nationaux non habillés , et que le hasard l'amena dans l'endroit où il a été arrêté.

II a été mis en liberté.

MULLOT ( Jean-Baptiste ), âgé de 26 ans, né à Latis [Pas-de-Calais), garçon boulanger, demeurant à Paris, rue du Faubourg-Montmartre, chez M. Vandrevel.

A été arrêté le 2 8 juillet dernier, boulevart du Temple, au-dessus du ( !hâ"teau -d'Iv.ui , comme prévenu d'avoir insulté un garde municipal. Interroge sur ce fait, il a répondu qu'étant sur le boulevart, deux bourgeois, sans le vouloir, lui ont donne- un coup de pied; qu'aussitôt il leur a dit : Font-ils leur embarras 7 Sur ce propos, il fut arrêté. Il n'existe au dossier aucun

( 344 ) rapport, aucun procès-verbal constatant les insultes dont il s'agit; en conséquence Mullot a été mis en liberté.

Paris (André), âgé de 19 ans, né à Landrecies (Nord), demeurant chez M. Frison , maître-tailleur , ?nie Saint-Honoré , n" ,3 64.

H a déclaré avoir été arrêté , entre midi et une heure, sur le boulevart Saint- Martin, en face le corps de garde du Château-d'Eau.

On ne retrouve dans le dossier concernant cet individu aucune pièce qui constate son arrestation et en fasse connaître le motif.

Réclamé par le maître-ouvrier chez qui il travaillait, il a été mis en liberté.

DORST (Philippe), âgé de 28 ans, né à Paris , cordonnier, demeurant à Paris, rue des Fossés-du-Templc , n° 36.

I! a été arrêté un quart-d'heure après l'événement, dans la rue même où il a son domicile, comme se trouvant rapproché de Fieschi, qui cherchait à fuir par cette rue ; mais il a été mis en liberté sur une lettre signée de plusieurs de ses voisins, qui attestaient qu'il était entièrement étranger à l'attentat qui venait de se commettre.

Mitelle (Charles-Louis-François), âgé de 25 ans , né à Issigny-le-Graud (Aisne), marchand chapelier, demeurant à Flavy-lc-Martel , même département , demeurant à Paris, hôtel de Normandie , près le Temple, au coin de la rue du Puits.

Arrivé à Paris le 2 i juillet pour y faire des achats de chapellerie, a été arrêté le 28. II se trouvait sur le boulevart du Temple, près le n" 5o. au moment de l'événement.

Des renseignements semblaient, annoncer que cet individu était allé à la revue ayant dans ses poches deux paquets de cartouches; mais cette circonstance n'a pas été établie : on n'a rien trouvé en la possession de Mitelle au moment de son arrestation , et personne n'a vu sur lui ou chez lui les cartouches dont il s'agit.

Mitelle passe pour ne s'occuper que de son commerce. Des certificats honorables joints aux pièces éloignent de lui toute présomption de complicité dans l'attentat du 28 juillet.

H a été mis en liberté.

Donval (Adolphe-Eugène), âgé de 19 ans, né à Sarreguemines,brossier, demeurant à Paris, rue Vieillc-du-Temple , n" 79.

Arrêté le 28 juillet, il a déclaré qu'il avait été arrêté à l'entrée d'une rue adjacente au boulevart du Temple, près la maison du Cadran-Bleu. Aucun procès-verbal n'indique le lieu ni le motif de son arrestation. II a dit que le cheval d'un garde municipal l'avait heurté plusieurs fois en faisant ranger les curieux ; que , sans le vouloir, il avait touché de sa canne le cheval de ce militaire ; que celui-ci , croyant que Donval l'avait frappé à dessein, s'avança sur lui en le menaçant; qu'au même moment des gardes nationaux l'arrêtèrent.

Un certificat attestant que Donval est un jeune homme tranquille et rangé a été joint au dossier. Aucune charge n'étant d'ailleurs indiquée contre lui, il a été mis en liberté.

Robert ( Anselme-Joseph-Isidore ) , âgé de 29 ans , né à Paris, musicien ,

demeurant à Paris , rue du Faubourg-Saint-Martin, n" 90; Robert ( Jean-Charlemagne ) , son frère, âgé de 23 ans, aussi né à

Paris, répétiteur, demeurant à Paris, rue des Deux-Porles-Saint-

Sauvrur, n" 32.

Leur mère demeure dans la maison boulevart du Temple, n° 50, au premier, sur le devant : ils vont dîner chez elle tous les jours.

Jean Robert a été arrêté le premier, dans l'après-midi du 28 juillet . en vertu d'un mandat d'amener.

Une paire de pistolets, qu'il a dit provenir de son père, a été saisie dans sa chambre. Ces pistolets n'étaient pas chargés.

Le sieur Jean Robert a été réclamé par le sieur Chalamet , chez lequel il est employé.

Un mandat d'amener, en date du 29 juillet, fut décerné contre Anselme Robert.

Ayant a rendre compte de l'emploi de son temps dans la journée du 28 juillet, Anselme Robert a dit qu'il faisait partie duc compagnie de la 5e légion de la garde nationale et qu'il était à la revue, ce qu'a certifié le capitaine commandant de sa compagnie, en ajoutant qu'il s'était toujours fait remarquer par sa régularité dans le service de la garde nationale et son zèle dans toutes les prises d'armes.

Les deux frères Robert ont été mis en liberté.

RousSEr. (François), âgé de 44 ans, cardeur de matelas , demeurant a Paris , rue Jean-Pain-Mollet , n" 2.

Le sieur Roussel a été atteint, au moment de l'explosion, par une balle qui ricocha et le blessa à la tête. Il était alors placé sur le boulevart du Temple, audessous de la maison n° 50. Il avait paru d'abord difficile à croire que cet homme eût été blessé sur le boulevart à l'endroit qu'il indiquait : des soupçons de même nature que ceux qui s'étaient élevés contre Baraton avaient donc motivé un commencement de poursuites.

Roussel, conduit à l'Hôtel-de-Viile, a été réclamé par des habitans de son quartier.

L'instruction n'a produit aucune charge contre lui, ou plutôt, elle a établi qu'il n'avait été que victime de l'attentat du 2 8 juillet.

Vicomte de BAUNY (Thibault-Marie-Eugène), âge de 32 ans, ancien officier de la maison civile de Charles X, demeurant à Paris, place Vendôme, n" /.9.

Sur des renseignements parvenus à l'autorité, un commissaire de police se transporta, le 1er août dernier, pour faire une perquisition, au domicile du vicomte de Baumj , ancien officier de la maison civile du roi Charles X. Le vicomte de Bauny déclara qu'il était prêt à obtempérer à la mesure dont il était l'objet, disant, quant au crime qui occupait si vivement l'opinion publique, qu'il n'était aucun honnête homme qui eût pu y prendre part, et que, s'il en avait eu connaissance, il aurait été le premier à en prévenir l'autorité.

On saisit parmi ses papiers diverses lettres ayant trait à la politique, et notammentunelettredatéede Prague, le 27 mai 1835, signée Léopold Lœm<7, qui lui ouvrait un crédit de 50,000 francs chez MM. d' Eicthal, banquiers à

( 347. ) Pans, et un état des sommes payées par lui au journal la France , et montant à 4 4,065 fr.

Interrogé deux fois par le juge d'instruction, le vicomte de Baunxj a déclare qu'il avait fait plusieurs voyages à Prague, mais tous étrangers à la politique. 11 a dit que le crédit dont il a été parlé n'avait d'autre emploi que de soutenir le journal la France , et qu'il ne croyait pas pouvoir ni devoir nommer les personnes qui le lui avaient ouvert. H a renouvelé ce qu'il avait dit au commissaire de police relativement à l'attentat du 28 juillet.

Aucune charge ne s'élevant contre lui, il n'y avait pas d'autre suite à donner à l'information.

Baronne de Gerdy (Cornélie-Antonine de Guanet), âgée de 39 ans, demeurant à Paris, rué Saint-Lazare, n" 40,

Madame la baronne de Gcrdi/ avait été signalée comme s'occupant habituellement d'intrigues politiques et dans l'intérêt de l'ancienne dynastie. On a prétendu que, le 28 juillet dernier, elle avait, à diverses reprises, envoyé sur le boulevajrt un domestique, afin de savoir ce qui s'y passait. On a pensé dès-lors qu'elle avait pu, d'une manière indirecte, avoir quelque connaissance de. ce qui devait arriver.

L'instruction a fait connaître que la dame de Gerdy était en correspondance avec les personnes qui approchent Charles X et avec madame la duchesse de Berry; toutefois elle n'établit contre elfe aucune charge.

Quant à Ienvoi sur le boulcvart d'un domestique pour avoir connaissance des événements, il a été constaté que madame de Gerdij a un oncle capitaine dans la garde nationale ( 2e légion); qu'apprenant l'assassinat de plusieurs gardes nationaux, cette dame avait, par un sentiment fort naturel, envoyé sur les lieux pour s'enquérir du nom et des qualités des victimes.

Un pareil fait n'était pas de nature à provoquer des poursuites judiciaires.

BEUNir.it (Pierre-François), âge de ,37 ans , ne à Ossouville (Eure-ct-I.ou- , prêtre, demeurant à Paris, rue. de \-T are unes , n" 33.

Une lettre anonyme a été adressée à M. Crignon de Montigiuj , député du Loiret, qui l'a transmise à M. le préfet de police. Cette lettre faisait connaître que M. l'abbé Dernier, précepteur des enfants de M. Sosthenes de la Roche- Joucault, avait écrit, le 25 juillet dernier, à madame Du Caijla, qui voyage en

Allemagne, que tout était disposé pour l'intronisation de Henri V, et que cette dame avait écrit à M. Bernier que tout allait bien, que tout était préparé. Une instruction a été requise par M. le procureur-général. Une perquisition a été faite au domicile du sieur Bernicr et n'a produit aucun résultat.

L'abbé Bernier, interrogé par M. le Président de la Cour, a déclaré qu'il ignorait entièrement ce dont il s'agissait; qu'il n'avait pas écrit depuis longtemps à Mme Du Cayla; qu'il ne lui écrivait que deux ou trois fois dans l'année, à l'occasion de sa fête et du jour de l'an , et qu'il lui adressait toujours ses lettres par fa poste , à son véritable nom , et non sous ceux de Baron , Bcrton , Bourdon, ainsi qu'on le prétendait; qu'enfin il n'avait jamais exprimé dans ses lettres l'espoir d'un changement quelconque qui eût rapport à la politique.

Il ne résulte pas en effet de l'instruction que l'abbé Bernier connût, en aucune façon, l'attentat qui se préparait pour le 28 juillet, ni qu'il ait exprimé le désir d'une révolution en faveur du duc de Bordeaux.

L'abbé Bernier n'a pas été arrêté.

On avait annoncé que, pendant les jours qui ont précédé l'attentat du 2 8 juillet, les habitants de Sillé-le-Guillaume, département de la Sarthe, avaient remarqué un mouvement inaccoutumé parmi les personnes connues par leurs sentiments en faveur de l'ancienne dynastie, et que les anciens chouans se montraient plus fréquemment dans les rues; qu'on avait aussi remarqué qu'un sieur Dubard, intendant de madame la duchesse SUzès , était venu le 28 juillet à Sillé, voyage extraordinaire dans cette saison, et qu'en arrivant il avait écrit un billet au vicomte de Bre'zé et l'aurait envoyé par un exprès.

L'instruction faite à Sillé n'a pas constaté qu'il y eût eu, vers le 28 juillet, de mouvements extraordinaires parmi les habitants de ce pays et des environs. H en est résulté que M. Dubard était en effet venu à Sillé-ïe- Guillaume , mais que c "était pour voir les propriétés de la duchesse d' Uzès , des affaires de laquelle il était chargé; qu'il avait écrit à M. de Brèzè pour le prévenir de son arrivée et lui demander un rendez-vous, mais qu'ils ne s'étaient pas vus; que d'ailleurs M. Dubard n'avait vu que la famille d'un sieur Martineau, homme d'affaires de la duchesse d'Uzès, et qu'il avait visité les propriétés avec lui.

Un seul témoin, le sieur Bachelier , notaire à Sillé, a déclaré qu'un individu étranger au pays, sur l'observation faite par un habitant que les fêtes de juillet seraient brillantes à Paris, dit, en passant près du groupe d'où partaient ces paroles : « Elles ne seront pas aussi belles que vous le pensez. »

Le motif du voyage de M. Dubard ayant été parfaitement éclairer, il n'y avai lieu à aucune poursuite.

( 349 ) Une commission rogaloire avait été adressée au juge d'instruct'o 1 du Mans pour faire une perquisition au chîtcaud^ Silié, mais l'instruction n'ayant jus tifié aucun des documents transmis, il a cru devoir s'abstenir ce l'aine cette perquisition.

SCHURR (Auguste), âgé de 2/ ans, né à Dambach (Bas-Rhin) , commis raffineur, demeurant à Paris , rue de la Roquette } n° 72.

Schurr avait été signalé comme ayant tenu des propos sur le nommé Gérard , présumé l'auteur de l'attentat du 2 8. Cet individu avait annoncé connaître Gérard, mais ne vouloir pas en convenir de peur d'attirer sur lui l'attention de l'autorité.

Frappé d'un mandat d'amener , le nommé Auguste Schurr a nié les propos qui lui étaient attribués. D'ailleurs , la découverte du véritable nom de l'inculpé principal a fait tomber le peu d'importance que méritaient ces propos.

Schurr a été mis en liberté.

Le carnet de Fieschi portait les noms et les adresses de la nommée Adèle et du sieur Ncy. Un commissaire de police fut délégué pour prendre des rensejgnements sur ces individus; ces recherches n'ont rien produit, et n'ont donné lieu à aucune arrestation.

PEYEN (Auguste) , âgé de 38 ans, né à Goncssc (Seine-et-Oise) , serrurier en bâti me h! s, demeurant , à Paris, rue de Boudij, n" 76.

Pei/en avait été signalé au moment de l'attentat comme l'un de tfetrX sur lesquels les soupçons pouvaient se porter, et comme faisant partie d'une bande de fanatiques qui, disait;On , devaient tirer sur le Roi le jour de la revue. Les antécédents et les opinions connues de Peijen étaient de nature à fortifier les soupçons élevés à son égard; il avait été commissaire de la société tles Droits de l'homme, et l'un des chefs dclusociétédes Conimunautistes. En juillet 1833, il avait été arrêté comme prévenu de complot contre la sûreté de l'État.

A la date du 2 8 juillet dernier, un mandat fut décerné contre Peijen , Notices. 4â

( 350 ) par M. le préfet de police, à l'ellét de se transpoiter chez lui et d'y faire exacte perquisition. Cette perquisition n'a produit aucun résultat.

Peyen a été interrogé le 29 juillet. Aucun fait ne le rattachant au crime du 28, il a été mis en liberté.

YiviNts (Louis-Théodore), âgé de 2 S ans, ne à Pari-; (SeirteJ, armurier, demeurant à Paris-, vue des Vinaigriers, n° 29.

Vivmis a été signalé comme ayant facilité la vente faite à Fieselii des valions de fusil de fa machine infernale, et comme avant eu connaissance de l'usage qui devait être fait de ces canons.

En conséquence, cet individu a été arrêté; une perquisition a été faite à son domicile , mais sans résultat.

Vivinis s'est entièrement disculpé; il a dit que s'il avait indiqué le sieur Burij comme étant celui qui devait avoir vendu les canons de fusil de la machine, c'était parce que ce marchand était connu pour acheter et revendre de vieux fusils et de vieilles armes.

En conséquence il n'a pas été donné d'autre suite à l'instruction commencée contre lui.

IÏRAVARD (Toussaint-Jean-Jacques), âgé de 25 ans et demi, ne à Crislone, (Puy-de-Dôme), étudiant en médecine, demeurant à Paris, rue des lîoueheries-Saint-Germain, n" 40.

Ihauard avait été signalé comme s'occupant habituellement d'intrigues politiques. Déjà il avait été inculpé à raison de l'attentat du 1 9 novembre 1832 , et ses liaisons habituelles donnaient à penser qu'il pouvait bien n'être pas étranger à l'attentat du 28 juillet.

Siravard fut arrêté le 1er août; une perquisition fut faite à son domicile, elle n'a produit aucun résultat, et l'interrogatoire subi par cet individu l'a complètement disculpé.

U a été mis en liberté le 2 août.

Tard (Honoré -Victor -Marcelin), directeur privilégié du Théâtre du Panthéon, demeurant à Paris, rue de Harlay, n" 2.

Tard avait été signale comme ayant des rapports avec les auteurs du crime commis le 28 juillet.

Une perquisition a été immédiatement effectuée à son domicile.

Elle a été sans résultat.

Aucune charge ne s'élevant, Tard n'a point été arrêté.

Femme Allard (Catherine-Michel), âgée de 40 ans, née. à Lcnoncourt (Meurlhe) , garde de femmes en couches, demeurant rue du Faubourg- Saint-Denis, n" /S.

Arrêtée à son domicile le -29 juillet, en vertu d'un mandat d'amener, comme pouvant avoir connaissance tin complot tramé contre îa personne du Roi.

Une perquisition fut faite chez elfe au moment même de son arrestation. On y a trouvé différents papiers ayant rapport à fa politique, mais étrangers à l'attentat du 28 juillet.

Cette femme a déclaré être restée près d'une femme en couches pendant la journée du 2 8 juillet, et n'être rentrée chez elle que le soir. Cette déclaration est appuyée d'un certifient de médecin , qui atteste que la femme Allard a gardé la dame Barbédicnne, en couches depuis le 15 juillet.

La femme Allard a été mise en liberté.

DtTGROSPRÉ (Pierre-Eugène), âgé île, 'J.ï ans, né à lieauvais (Oise),

(.'..,'./.., dcrtivuraiU ù Paris, rue Sainte- Avoie, u'' 10.

Dugrospré a été arrêté le 29 juillet. Cette arrestation fut accompagnée d'une visite domiciliaire sans résultat. Cet reomrhe ('tait Signalé comme chef de la section de l'Abolition de la propriété, dans la société des Droits de l'homme, et de plus comme un des partisans les [des dangereux des opinions démagogiques. II avait, dit-on. cherché ;i réorganiser les associations secrètes, et si se-

( 352 ) rait, au mois de novembre 1834, exercé au tir du pistolet, dans le but de mettre à exe'cution l'exécrable projet d'attenter aux jours du Roi.

Dugrosprc avait été condamné à trois mois de prison pour cris séditieux, îq 30 mai 1824; on assurait qu'il s'était donné beaucoup de mouvement, afin d'embaucher des témoins à décharge pour le procès d'avril; qu'il devait luimême dans ce sens servir les intérêts de l'accusé Granger, et qu'il aurait conçu le projet d'incendier, lorsqu'ils étaient en construction, les bâtiments édifiés au Luxembourg pour le jugement de ce procès.

II est établi par les renseignements recueillis que Dugrospre' était, le 28 juillet, au moment de l'explosion , sur le boulevart Saint-Martin , au-devant de la mairie du 5e arrondissement, en la compagnie de Chcnalle et de Lagrange, qui paraissent avoir appartenu à la société des Droits de l'homme.

Mais Dugrcspré n'étant rattaché par aucun indice à l'attentat imputé à Ficschi, il a été remis en liberté.

Lacombe (Pierre-Joseph -Daniel), âge de 2S ans, né à Niort (Deu.c- Sèvres) , relieur, demeurant à Paris , cloître Saint- Me nj , n" 12 .

Lacombe , membre de la société de Droits de l'homme , avait été arrêté trois fois.

Dabord le 28 juillet 1833, pour complot; puis à quelque temps de là, pour la même cause : cette fois il avait été traduit aux assises et acquitté.

Arrêté de nouveau, le 18 avril 1834, comme prévenu d'avoir pris part aux événements d'avril , il fut renvoyé des poursuites , par ordonnance du conseil des mises en liberté de la Cour des Pairs , le 2 5 octobre 18 34.

C'est par ces antécédents que Lacombe a étésignaléà la justice. Le29 juillet, il a été arrêté. Une perquisition a été faite à son domicile ; mais cette opération n'a été suivie d'aucun résultat.

Lacombe a rendu compte, dans son interrogatoire, de l'emploi de son temps pendant la journée du 28 juillet dernier. H avoue s'être trouvé ce jourlà sur le boulevart du Temple ; mais il prétend qu'il n'y a été qu'après l'événement.

Aucune circonstance ne ïe rattachant à l'attentat de ce jour, il a été remis en liberté.

LECŒUR (Pierre-Louis- Alphonse), âge de 23 ans , ne à Saint-Denis (Seine), c'b('n'stc, demeurant à Paris , rue, Beaubourg , ri? 12.

Lecœur, signale comme ayant fait partie rie la société des Droits cïe l'homme, fut aperçu, le 28 juillet dernier, par des inspecteurs de la police municipale, sur les boulevarts de Paris, où il se promenait avec des soldats de la garnison.

Lecœur a été, dès ce jour même, recherché et arrêté; une perquisition a été faite à son domicile; mais cette opération a été sans résultat. Dans son interrogatoire, Lecœur est convenujde sa présence, au moment de l'attentat, sur le boulevart , à la hauteur de la porte Saint-Martin.

Aucune charge ne s'élevant contre cet homme, il a été remis en liberté.

Martinault (Etienne), âge de 37 ans, homme de lettres , demeurant

à Paris.

Déjà plusieurs fois arrêté, comme prévenu de complots et d intrigues politiques, le sieur Martinault avait été arrêté le 29 juillet, sur mandat de M. le préfet de police. Aucune charge ne s'élevant contre lui à raison de l'attentat, il fut mis en liberté quelques jours après ; mais bientôt on apprit qu'il avait passé une partie de la journée du 2 8 juillet avec Boircau , et Boircau lui-même en est convenu. Un nouveau mandat fut alors délivré contre lui ; de nouvelles recherches ont été faites pour le remettre sous la main de la justice, mais aussitôt après sa mise en liberté , Martinault avait quitté son domicile, et depuis il a été impossible de le retrouver.

Moriencourt (Joseph-Placide), «g-*/ de 22 ans, ne àSaiiil-Omer (Pasde-Calais ), menuisier en bâtiments, demeurant à Paris, rue de Boiuhj , n" 70.

Moriencourt a été arrêté, le 30 juillet dernier, en vertu d'un mandat d'amener d'un de MM. les juges d'instruction , mandat dont l'exécution a été accompagnée d'une perquisition faite à son domicile, Moriencourt a fait partie

( 354 ) ^ de la société des Droits de l'homme; il avait été déjà arrêté cinq fois pour voies de fuit , rébellion ou complot.

Moriencourt a justifié de son éloignement du. lieu du crime pendant la journée du 28 juillet dernier. Aucun fait ne le rattachant aux auteurs de l'attentat de ce jour, il a été remis en liberté.

ROGER ( Alexis- Auguste), âge de 30 ans, commis marchand sans emploi , demeurant à Paris , quai de la Tourne l le , n" 13.

Roger se présenta, le 30 juillet dernier, boulevart du Temple, n°. 50, devant M. Zangiacomi, juge d'instruction , pour lui donner , disait-il , des renseignements sur l'attentat du 2 8 juillet. 11 offrit de mettre la justice sur les traces de l'auteur du crime, et déclara que le sieur Fevlon, ex-rédacteur du journal la Glaneuse, de Lyon, était le chef d'une société secrète qui tenait sfs séances en plein vent dans le clos Saint-Lazare, deux fois par semaine; il ajouta que cet individu pourrait bien n'être pas étranger à l'événement ; mais il ne donna pas d'autres détails. Il promit seulement de prendre des renseignements, ce qu'il n'a pas fait.

Ron-er a été suivi par un agent de police pendant la journée du 30 juillet. Il fit ce jour-là de nombreuses démarches, accosta divers individus, entra dans différents cafés et restaurants; mais l'instruction n'a point fait connaître le but qu'il se proposait en faisant ces démarches.

Dlclos (Charles), âge de 33 ans, né à Paris, marbrier, demeurant rue Beautreillis , n" 20.

TniiMPUER( Bernard- Léon), âgé de 23 ans, ne' a Maçon [Saàne-et-Loire), commis voyageur, demeurant à Paris , boulevart du Temple, n" 9.

Macnan (Hubert), âgé de 49 ans, ne à Paris, ouvrier horloger, demeurant à Paris, boulevart du Temple, n° 9.

Une lettre anonyme, en date, du 30 juillet dernier, a signalé un jeune homme, habitant une maison du boulevart du Temple, portant le n° 9, comme ayant une connaissance complète de l'accusé et de sa machine infernale. Cette

( 355 ) note n'a point fait connaître le nom de ce jeune homme, et n'a donné aucune indication pour le découvrir.

Quelques renseignements obtenus sur la localité ont fait penser que cet avis concernait un nommé Charles Duclos, marbrier, travaillant clans la susdite maison.

Les réponses de cet homme, les bons renseignements obtenus sur son compte, les perquisitions faites à son domicile, ont démontré bientôt l'erreur dont il venait d'être l'objet.

De nouvelles recherches ont dû être faites dans cette maison; la tenue d'un nommé Hubert Magnan, l'identité de son signalement avec le signalement d'un homme qu'un sieur Lefèvre, sergent de ville, prétend avoir vu sortir quelques instants avant Fieschi , du logement où était établie la machine infernale, ont provoqué quelques recherches dans la chambre de Magnan. Ces perquisitions ont amené la saisie d'un pistolet de poche, arme prohibée. Magnan a été bientôt après représenté au témoin Lefèvre; celui-ci ne l'a point reconnu.

Magnan a déclaré n'avoir aucune relation avec Fieschi, et n'avoir eu aucune connaissance anticipée de l'événement du 28 juillet.

Un sieur Trcmplier a été appelé aussi à s'expliquer sur la note anonyme dont il a été parlé, et il a été reconnu qu'il n'y avait pas lieu de donner plus de suite à cette information.

Lazarige (Jean-Baptiste), âgé de 35 ans , ne à Saint-Éticnnc-cn-Forêt [Loire) , serrurier, demeurant à Paris, rue du Figuier-Saint-Paul , n" 13,

Un document qui semblait devoir mériter quelque confiance annonçait qu'un nommé Lafrance , membre de la société des Droits de l'homme, et capitaine des légions révolutionnaires, mais dont la demeure n'a pu être indiquée, avait convoqué le nommé Lazarige pour se trouver, le 28 juillet 1835, sur les boulevarts, et y soutenir au besoin la cause de la république, La même note annonçait que Lazarige , à son tour, avait convoqué, pour la même cause, le nommé Tipriant , demeurant rue du Roi-de-Sicile , n° 17, et que ces deux hommes avaient eu une rixe avec des gardes nationaux chez le marchand de vin, rue Saint-Antoine, n° 14 7, par suite de discussions politiques.

Le marchand de vin a été entendu ; il a déclaré qu'il ne connaissait personne du nom de Lazarige ou Tipriant, et qu'il ne se rappellait pas qu'il y eût eu chez lui de querelle pour opinions politiques.

On a dû s'occuper de faire des perquisitions chez Lazarige et Tipriant,

( 356 ) afin de s assurer si Ton y trouverait des lettres de convocation invitant à se rendre sur les boulevarts.

II en a été fait une chez Lazarigc ; elle n'a produit aucun résultat.

H n'a pu être fait perquisition chez Tipriant , qui est inconnu à l'adresse indiquée, et qui n'a point été découvert.

Lazarigc a été interrogé; il a nié avoir reçu aucune convocation. Il a été constaté qu'il était allé plusieurs fois, dans la matinée du 28 juillet , avec son tablier de travail, chez le marchand de vin de la rue des Nonandicres, où il était resté toute l'après-midi avec sa femme et d'autres ouvriers.

Lazarigc a dit ne connaître personne du nom de Tipriant.

Lazarigc entendu, sous mandat de comparution, a été laissé en liberté.

Favre (Louis-Ferdinand-Maurice), dit Beauvais, âgé de 38 ans, ne à Bcauvais, ancien militaire, demeurant à Paris, rue du Fatihourg-Montmartre , n" 66.

Le maire de la commune de Montmartre écrivit le 1er août 1835, à M. le préfet, une lettre par laquelle il lui annonçait qu'une dame Manteau , marchande de vin, chaussée de Clignancourt, lui avait déclaré qu'un individu qu'elle n'avait pas nommé avait élit chez elle, postérieurement au 28 juillet, qu'il connaissait Gérard, qu'il avait tiré au sort avec lui pour faire partir la machine, et s'était accusé d'être son complice. Une instruction a été faite pour connaître cet individu : on a découvert que c'était un nommé Favre.

L'instruction a appris que ce Favre passait dans son quartier pour un homme d'une fort mauvaise conduite ; que depuis trois ou quatre ans il fréquentait le cabaret de la dame Manteau, et qu'à l'époque des événements de juin 183 2 et avril 1834, il disait dans le cabaret de cette femme qu'il y avait des réunions dans une chambre, à SaintOucn, pour conspirer, et qu'il faisait partie -de ces réunions ; qu'il parlait habituellement du Pioi d'une manière inconvenante, et lui donnait des épithètes injurieuses, au point qu'il se fit renvoyer de plusieurs maisons où il était reçu, et se fît plusieurs querelles à ce sujet; qu'il était ordinairement porteur d'un poignard.

Le 29 juillet , Favre alla comme de coutume chez îa dame Manteau ; il paraissait plus triste qu'à l'ordinaire ; il fit une partie de cartes , et après l'avoir finie, il se retira près d'un jeu de boules, en disant qu'il avait assez joué, qu'il n'avait pas la tête au jeu , et se mit à pleurer. Il dit ensuite devant ïn dame Manteau et plusieurs autres personnes, qu'il était un homme perdu, qu'avant trois jours il serait arrêté, qu'il connaissait Girard, ajoutant :•< On « a tiré au sort, et c'est ce malheureux Gérard qui est tombé. » 11 s'écriait,

( 357 ) en s'arracha nt les cheveux : « Faut-il que je me sois mêlé d'une p mille a ff,;iic! « et ajoutait ensuite, en s adressant à la dame Manteau: « Si je suisarrêté, il but « que vous empêchiez un malheur. On aminé des caves rues de Rivoli et Snitit- « Honoré; ou y a mis des barils de poudre pour faire sauter tout ce quai fit i -t. i. »

Le lendemain 30 juillet, il répéta les mêmes propos, et se disait à luimême : « Ce malheureux Girard n'est pas mort • je pourrais bien être çôm- « promis. »

Sandrct , garçon de la dame Manteau , a déchire avoir entendu Favrr dire, le 29 ou ïe 30 juillet, qu'il était compromis dans l'attentat du 28 juillet, et s'exprimer à peu près en ces termes: « C'est bien malheureux que ce gueux-là ne « soit pas mort! Dans son délire il m'a nommé, il m'a compromis. Je suis lien « malheureux de m'être mêlé de cela ! » En s'en allant , Ftivre prit la main de Sandrct et lui dit : « Adieu, nous ne nous verrons plus, car je sei-ai arrêté ce « soir ou demain. »

Favre, fut arrêté, et en même temps on fit une perquisition chez lui; on y saisit :

1° Un testament par lequel il lègue au Roi un poignard, en ajoutant : « car, depuis deux ans je n'ai pu le lui enfoncer dans le cœur; c'est pourquoi je « me donne la mort, par rage de n'avoir pas réussi?.. » II annonce ensuite dans la même pièce, qu'il avait le projet de poignarder les Princes; qu'il avait communiqué ce projet à sa société , qui, d'une voix unanime l'avait adopté.

Sur ce même testament on lit ces mots écrits après coup au crayon : « J'étais prêt « à fa mort, quand j'ai appris que mes amis carlistes-républicains m'ont ditque le « 2 S juillet, que l'infâme Vreijau Vire)/, cocher de la reine soit exécuté. » Et sur la marge du même testament est écrit :« Un gouvernement où les magistrats sont » des sots de laisser des êtres exaltés comme jetais, sans le sou , de la rage et

« vengeance , quand on se moque de la vie ; oui , les affaires de juin sont à

« moi et les suites. Favrr. »

2° Une note de ce qu'il doit.

A. la suite de cette note sont écrits au crayon les termes suivants : « Papa « llaillard, si je plaisante sur la vie , comme vous le voyez, c'est que je serai « vengé sous peu, la suite vous prouvera que si l'on manque une fois, on manque « rarement deux ; j'ai donné de trop bons détails pour l'exécution. »

3° Une lettre préparée pour M. le comte Jules de la Iloc/iefoucault, signée /-. Favre , sans date, et dans laquelle il est dit : Que, sans les bontés de son « père, il l'aurait descendu à Ncuilly, il y a peu de jours: que des malheurs vont <■ bientôt arriver à la famille de l'infâme Philippe ; que s'il avait été reçu par le « comte de la Roehefoucaiiil, il ne lui aurait pas nomme les conjurés, mais au- -. rait pu lui parler des plans. »

4° Une autre lettre à son frère, dans laquelle Favre annonce : " Qu'il se « donne la mort de rage de n'avoir pas exécuté un plan qu'il désire que son frère

N<ni<ES. 46

( 358 ) « ne connaisse pas; qu'il vaut mieux mourir parle charbon que sur l'échafaud ; « il l'engage à ne jamais se mêler de politique; »

5° Enfin, une malle pleine de charbon.

Tous ces écrits coïncidant avec les déclarations des témoins , iî a été nécessaire de faire des recherches plus exactes sur la conduite du sieur Favre.

Dans le premier moment, Favrc a nié les propos qui lui sont imputés par les témoins; il a déclaré qu'il était possible qu'il eût dit que Girard n'était pas mort , mais qu'il n'avait pas dit qu'il était personnellement compromis ; que s'il avait dit qu'il était un homme perdu, c'était parce qu'il parlait d'une femme qu'il avait aimée, et disait que, s'il la rencontrait, il était un homme perdu, parce qu'elle périrait de sa main.

Un témoin , le sieur Dclamolle , marchand d'eau-de-vie , rue du Faubourg- Montmartre, a déclaré que, quelque temps après la tentative commise contre la vie du Roi sur la route de Neuilly , il avait entendu Favre dire que celui de la société à qui le sort était tombé était un lâche; que si le sort l'eût désigné, il ne Faurait certainement pas manqué. Mais il a ajouté que Favre n'avait pas dit positivement qu'il fût de cette société. Un autre témoin , le sieur Lefïvrc, portier, rue du Faubourg-Montmartre, n" 76, a déclaré que Favre avait dit, après Tévénement de la route de Neuilly, que l'on avait manqué le Roi; mais que, si c'eût été lui , il ne l'aurait pas manqué avec son poignard.

D'autres témoins du quartier qu'habitait Favre ont fait des dépositions desquelles il résulte que cet homme est querelleur et d'une assez mauvaise conduite; mais rien dans ces dépositions ne conduisait à la découverte de relations avec Fieschi ou avec ses complices.

Cependant Favrc, dans un second interrogatoire qu'il subit le 25 août, dit que, dans les premiers jours de juillet, H était allé chez M. le duc de Frias, à l'ambassade d'Espagne, pour des enrôlements, et qu'en sortant il avait été accosté par un jeune homme de 2 7 ou 2 8 ans , qui l'avait appelé par son nom et était entré en conversation avec lui; qu'il l'avait conduit du côté du bois de Boulogne, et qu'ayant appris qu'il voulait s'engager pour l'Espagne, il lui avait dit qu'il avait tort, parce qu'avant un mois il se passerait des événements dans lesquels on aurait besoin de lui ; que ce jeune homme lui demanda son adresse, parut satisfait qu'il n'y eût pas de portier dans la maison que Favre habitait, et lui donna 7 francs; que, le 8 juillet, ce même jeune homme vint le voir et lui dit que quelque chose allait se passer le joui de la revue, sans entrer dans aucun détail; qu'il était fâché de ne l'avoir pas connu plus tôt, qu'on aurait pensé à lui; que, le 10 du même mois, ce même jeune homme revint, qu'il lui donna un rendez-vous et l'aboucha avec deux autres personnes; Favre ajouta que le jour de la revue il y avait conduit une dame Gaillet, et qu'étant sur le boulevart Montmartre avec elle, il avait été rencontré par *e même jeune homme , qui lui avait serré la main d'un air de satisfaction, et que dix minutes après il avait entendu dire qu'on avait tiré

( 359 ) sur le Roi. Que le lendemain le jeune homme étailvenu chez lui, et ïui avait dit qu'on allait voir s'il avait du cœur; qu'il fallait louer une boutique dans une lue où la voiture du Roi passait souvent; qu'ils étaient allés à cet effet dans la rue du Faubourg-du-RouIe; que, plus tard, il avait vu ce même jeune homme avec ceux auxquels il avait donné lendez-vous précédemment; qu'ils avaient, parlé de quintaux de poudre, et qu'd avait pensé qu'il s'agissait de faire sauter le Roi; que, chaque fois qu'il le voyait, ce jeune homme lui donnait de l'argent.

Favre a déclaré que la lettre adressée au comte de la Rochefoucault avait été préparée pour lui être envoyée le 1 1 juillet , si le jeune homme dont il parlait, et qui lui avait promis de venir le 10, ne tenait pas sa promesse, parce qu'alors il se serait asphixié ; il a dit qu'il avait eu en effet l'idée de tirer sur le comte de la Rochefoucault , parce qu'il lui avait fait refuser sa porte en le traitant de canaille.

Un témoin, le sieur Perrier, marchand de vin, a fait connaître que Favre. avait eu des relations avec un sieur de Boully, en 1832, époque à laquelle il se disait chargé d'embauchages pour la Hollande.

Deux détenus de la Conciergerie, les nommés Sauger et Gucrin , maintenant condamnés tous deux , ont déclaré que Favre leur avait dit que quarantedeux personnes, du nombre desquelles il était, avaient formé un complot contre la vie du Roi , et que ces personnes venaient chez lui pour prendre le mot d'ordre, parce qu'il était leur chef; mais Favre a nié avoir tenu cespropos.

On n'a pu découvrir ni le jeune homme, ni les autres individus désignés par Favre; rien d'ailleurs n'est venu confirmer les récits fort peu vraisemblables qui viennnent d'être rapportés.

Fieschi, confronté avec Favre, a déclaré ne pas le connaître.

Différents renseignements font connaître qu'il existe un grand affaiblissement dans l'intelligence de Favre.

En conséquence, il n'a été donné aucune autre suite à cette information, et Favre a été mis en liberté.

MARIDORT (Marcel), âgé de 24 ans et demi, ne à Rouen (Srinc-Infcrieure ) , horloger, demeurant à Paris, rue Saint-Germa'ui-l'Auxcr- ■rois, n° 22.

Le sieur Maridort a été signalé comme faisant partie d'une société ayant pour but l'assassinat du Roi.

Interrogé sur mandat d'amener, Maridort a nié les faits qui lui étaient imputés. Les renseignements obtenus sur cet individu ne lui sont pas défavorables; il n'Iiabitc Paris que depuis le mois d'octobre 1834, et gagne, dit-il, comme ouvrier lampiste , de 4 à 6 francs par jour.

Maridort a été laissé en liberté.

Ruinet ( Fancois-Casimir ), âge' de 41 ans , né à Troues (Aube) , inspecteur de police au ministère de. l'intérieur, demeurant à Paris , rué de Grenelle, n" /O'J.

Ruinet fut signale, par un renseignement particulier, comme ayant eu connaissance du projet d'attentat exécuté le 28 juillet dernier sur la personne du Iloi.

Une perquisition a été faite en sa demeure : elle n'a rien produit.

Un mandat d'amener avait été décerné contre sa personne.

Ruinet a été interpellé sur ses relations avec Périnet. H avait tenu un estaminet boulovart du Temple, près le café des Milîe-Colonnes.

Périnet était alors connu de lui comme un bon voisin, mais il passait dans le quartier pour républicain.

Ruinet a été mis en liberté dans les vingt-quatre heures de son arrestation.

Un comte de Chamelk, Suisse d'origine, fut signalé comme ayant dans sa chambre la caisse des carlistes, et comme étant président d'un comité carliste, dont le siège aurait été chez une dame Charles et son fils, demeurant à Vaugirard. Le même document signalait en même temps le comte de Chamelk comme s'étant trouvé sur le boulevart du Temple au moment de l'explosion, et ayant disparu le soir même.

Des recherches ont été faites pour trouver, tant le comte de Chamelk, que le domicile de la dame Charles et de son fils, mais elles sont demeurées infructueuses, et tout porte à croire que ces individus sont des êtres imaginaires.

MANQUART (François-Joseph), âgé de 28 ans, né à Paris, mécanicien , demeurant à Belleville , impasse Saint-Laurent, n" 2.

Une lettre anonyme sans date, adressée à un juge d'instruction parla poste, et portant le timbre du 4 août, avait pour objet , d'après son contenu, des révélations qui auraient été fort importantes si elles eussent été vraies.

( 361 ) A la place delà signature de la lettre est la lettre M, supposée sans doute l'initiale de son auteur, qui s'y déclare complice et victime de l'attentat du 2 8 juillet.

Il annonce avoir été trompé , ainsi que son frère, sur le Lut auquel on devait viser avec la machine infernale, qu'on leur avait dit devoir être seulement dirigée contre les ministres et les sergents de ville, après le passage du Iioi.

Il ajoute qu'il en a été fabriqué une autre, qui mettrait encore la vie du Roi en danger.

Au nombre des individus désignés comme complices, était Manquart, chez lequel a été faite une perquisition qui n'a eu d'autre résultat que fa saisie , 1° d'un pistolet avec des balles, un moule pour en faire, et de la poudre; 2° d'une caricature qui représente la liberté mise en jugement et déclarée coupable.

Manquart, interrogé le même jour, a été mis de suite en liberté.

Il a déclaré que c'était pour s'exercer au tir qu'il avait les balles trouvées chev. lui.

Avec lui étaient dénoncés les nommés:

Barnlon ;

Beraud, marchand papetier, rue Saint-Victor , n° \\4;

Rimlin, colporteur de livres, rue Saint Jacques, n° 25;

Et la demoiselle Emilie Bourgeois, dont le domicile était indiqué rue de Tournon, n° 2 5. Girard aurait eu des relations avec elle.

La demoiselle Bourgeois est inconnue dans la maison où son domicile était indiqué. Les recherches faites pour la trouver ont été infructueuses, ainsi que les perquisitions auxquelles il ;t été procédé chez les sieurs Beraud et Rimliit.

Quant an sieur Baraton, la Cour sait que, pris d'abord pour complice île l'attentat . il en a été au contraire la victime.

Levaillant ( Victor -Edouard), âge de 35 avs , fabricant de produits chimiques , demeurant à Paris, rue des Gravilliers, n" 3-ï.

Mangin, demeurant à Paris, rue du Cimetière-Saint Nicolas, n° 2€.

l'ne letiie, -adressée à M. le Préfet de police, signalait l'auteur de l'attentit du 28 juillet comme se rendant souvent chez, le sieur Mangin, et allant avec

( 362 ) lui le soir chez un sieur Levaillant, rue des GravrIIiers, n° 23 ou 25, qui lui donnait de l'argent.

Des perquisitions ont été faites tant chez Mangin que chez Levaillant; elles ont été sans résultat.

Ni Levaillant ni Mangin n'ont été arrêtés.

BoNFILS (Jean-Baptiste-Théodore), âgé Je 26 ans, né à la Queuc-cn-Brie , ( Scine-et-Oisc), négociant en vins, demeurant à Paris, rue des Vinaigriers, n° 19 ter.

Le nommé Bon fils avait, par ses démarches, éveilfé les soupçons de l'autorité. II a été établi qu'il était parti de Paris, le 28 juillet au matin, pour se rendre à la Queue-en-Brie, chez son père. Bon/ils a été interrogé, et des renseignements ont été pris sur les lieux. II en résulte que s'il s'est rendu chez son père le jour de l'attentat, il n'avait d'autre but que de se livrer, avec ses amis, au plaisir de la chasse, et qu'il n'a appris l'événement que le soir, entre dix et onze heures, lorsqu'il revint à Paris. Une perquisition a été faite au domicile du père de Bonjils; elle n'a produit aucun résultat.

Bonfils, interrogé sur mandat de comparution, n'a pas été arrêté.

BOUSQUET (Emile), âgé de 38 ans, né à Rhodcz, ancien professeur, marchand de vins , demeurant à Paris, rue de la Harpe, n" 91 '.

Un document, signé seulement d'initiales, signalait le sieur Bousquet comme devant être fort lié avec Fieschi, dit Gérard, et comme son complice dans l'attentat du 28 juillet.

Bousquet, entendu sur mandat de comparution, a déclaré n'avoir jamais vu Fieschi. II a dit avoir été, le 28 juillet, après l'attentat, voir le sieur Renard, employé à la préfecture de police, et lui avoir dit qu'il connaissait des Gérard, de Lodève, qui avaient été compromis dans les affaires de 1 8 1 5 , et que, s'il avait su quelque chose avant l'attentat, il se serait empressé d'«n prévenir l'autorité, et aurait évité de grands malheurs.

Le sieur Renard, entendu comme témoin, a confirmé cette déclaration.

Aucun témoin à charge n'ayant été indiqué contre lui, Bousquet n'a point été arrêté.

Une note du 11 août dernier, adressée au procureur-général, a motivé un ordre de perquisition et un mandat d'amener contre un individu du nom de Renard, signalé comme demeurant boulevart du Temple, n° 50.

Ce nom étant inconnu au domicile indiqué, il n'a pas été donné suite à cette affaire.

Fourxier (Louis), âgé de 34 ans, né à Toulon, bijoutier, demeurant à Paris, rue Mauconseil , n° 9.

Une lettre, adressée à M. ïe Préfet de police, signala Fournier comme ayant eu des relations avec Fieschi , et comme ayant, à son domicile ou à ceJui de sa maîtresse, des pièces établissant ces relations.

Une perquisition a été faite dans le domicile de ces deux personnes; elle n'a produit aucune pièce à charge contre Fournier, qui a été mis en liberté.

Silva (Daniel), âgé de 46 ans, né à Bordeaux, bijoutier, demeurant

à Pai'is.

Silva fut dénoncé comme ayant reçu chez lui, pendant environ un mois, le nommé Fieschi , et comme ayant travaillé mystérieusement avec lui.

Une perquisition fut faite chez Silva, elle ne produisit aucun résultat.

Arrêté en vertu de mandat d'amener, Silva fut interrogé immédiatement. Il nia avoir jamais connu Fieschi ; il expliqua sa conduite d'une manière satisfaisante.

Aucun témoin n'ayant d'ailleurs été indiqué, Silva a été mis en liberté.

Cavibier (Pierre-François), âgé de 40 ans , né à Paris, ébéniste, demeurant à Paris , rue Moreau, n" 42.

Cambier avait été signalé comme ayant dit, le 27 juillet, à sa femme: «Je nirai pas demain à la revue, parce qu'il doit y avoir un fameux trem-

( 364 ) « 1 dément de terre sur le boulevart du Temple, et je ne veux pas m'y faire casser « la tèle. » Il aurait, le lendemain, dit encore à sa femme : « Tu ne te rappelles " donc pas ce que je t'ai dit hier? » et aurait, au même instant, jeté son habit de garde national, par la fenêtre.

Cambial- a été arrêté le 1 7 août et mis en liberté le lendemain , la perquisition faite a son domicile n'ayant produit aucun résultat, et les propos qu'on lui attribuait n'ayant pas été confirmés. Il existe au dossier un certificat signé par les gardes nationaux de la compagnie dont il fait partie, et une lettre de l'agent de surveillance de l'hospice des Orphelins , qui donnent sur Cambier les renseignements les plus honorables.

Clément (Marie-Victoire Longpré), âgée de 52 ans , née à Corheti fSèinect-Mante ) , rentière, demeurant à Paris, rue des Filles-du- Calvaire , n" 6.

Harel ( Charles-Louis ) , âgé de 64 ans, né à Moncontovr (Côtes-du-Nord) , négociant , demeurant à Paris, rue des Filles-du- Calvaire , n" 6.

B.VLAND.

Un commissaire de police ayant été requis de prêter son assislance à des employés des contributions indirectes pour faire une perquisition chez la dame Clément, à l'effet d'y rechercher des marchandises prohibées, découvrit, dans un placard, une forte quantité de balles et deux petits paquets de poudre.

La dame Clément, qui avait déjà éveillé l'attention de la justice, fut interrogée : les balles et la poudre appartenaient, suivant elle , au sieur Harel, avec lequel elle demeure; elle en ignorait la destination. Néanmoins, tout en repoussant l'inculpation d'avoir, d'une manière plus ou moins directe, pris part à l'attentat du 28 juillet, elle convintavoir fait partie de sociétés politiques, et notamment d'une commission de secours pour les détenus politiques; ajoutant que, depuis deux ans, elle avait donné sa démission, motivée sur les fatigues et les ennuis d'une pareille mission , qui a été nombre de fois payée d'ingratitude.

Il ne s'est élevé du reste contre la dame Clément aucune charge relative à l'attentat.

Le sieur Harel a expliqué la possession des balles et de la poudre, en disant que les balles devaient lui servir pour faire le poids d'un nouveau tourne-broche dont il est l'inventeur. En effet, le sieur Harel, qui est membre de plusieurs sociétés savantes, est connu pour de nombreuses inventions d'économie domestique. Quant à la poudre, il a prétendu non-seulement qu'il en avait fait usage à l'époque du choléra, mais encore qu'il avait été

( 365 ; obligé de la conserver pour sa propre défense, ayant été en butte à la jalousie des habitants de Vaugirard, où il avait établi une blanchisserie à la vapeur.

II n'a point été donné suite à son arrestation, aucune espèce de charges ne s'élevant contre lui.

Une lettre signée d'un sieur Bourdcl annonçait que des témoins, dont if donnait les adresses, avaient dit qu'une dame veuve Clément recevait depuis quelque temps beaucoup d'hommes, qui étaient souvent accompagnés par son fils, et qui entraient mystérieusement; et qu'enfin, le 29 juillet, cette dame avait quitté Paris précipitamment.

Les témoins indiqués ont été entendus , et aucun des renseignements donnés par Bourdel n'ont été confirmés. La dame veuve Clément a en effet quitté Paris le 29 juillet, mais pour aller à la campagne, et elle est revenue quelques jours après.

La même lettre signée Bourdel présentait comme suspecte la conduite du nommé Baland; mais la présence de cet individu à Paris pendant les fêtes de juillet a été expliquée par la déposition du frère de Bourdel , qui a dit que Ba land voulait retourner dans son pays, et qu'il l'avait retenu dans 1 espoir qu'il avait de lui procurer une place dans un établissement qui était sur le point de se former; que, le 2 S juillet, pendant toute la matinée, Baland était resté avec la légion de la garde nationale de la banlieue de Paris dont Bourdel frère, qui demeure à La Chapelle-Saint-Denis, fait partie, et qu'en apprenant l'attentat commis contre la personne du Roi, il avait dit que c'était une abomination.

Aucun mandat n'a été décerné, soit contre la dame veuve Clément, soit contre Baland.

Barthélémy (Jean- Jacques), âgé de 30 ans, né à Metz (Moselle), corroyeur, demeurant à Paris, place Cambrai , n° 6.

LYON (Charles), âge de 38 ans, formicr, né à-Paris, y demeurant, rue Neuve Sainte-Geneviève, n" 17.

Laine (Jean-Joseph), âgé de />0 ans, menuisier, né à Paris, y dsjueurant , rue Moujjètard, u" 70 ;

Fiesc.lii , dans un de ses interrogatoires, désigne, comme devant être surveillés, les nommés Barthélémy, corroyeur, place Cambrai; Lyon, formicr, rue Neuve Sainte-Geneviève , n" 19'; Laine", rue Mouffetard , n° 79; qui , a-I-il dit , s'occupaient habituellement d'intrigues politiques.

Notices. 47

Des perquisitions ont été faites sans résultat à leur domicile. Ces individus ont été interrogés, et l'instruction n'a établi contre eux aucun fait de nature à faire penser que réellement ils s'occupassent de politique dans des intentions criminelles ; ils ont nié connaître Fieschi, avoir jamais eu de relations avec lui, et ont déclaré qu'ils ne s'occupaient absolument que de leurs affaires personnelles.

Néanmoins, des renseignements dignes de foi ayant fait connaître qu'effectivement le nommé Lyon s'était trouvé mêlé à des intrigues politiques, et qu'il avait éveillé plusieurs fois l'attention de l'autorité, on a dû prendre, en ce qui le concernait, des informations plus précises; mais il a été reconnu que, depuis quelque temps, cet individu ne se mêle d'aucune intrigue, rien n'établit qu'il fréquentât habituellement Moreij , qu'il l'ait vu à l'époque du 28 juillet, ni qu'il ait eu aucune connaissance de l'attentat qui devait se commettre.

H n'a pas été donné d'autre suite à cette partie de l'instruction.

Auzias (Simon), âgé de 33 ans, né à Tresq {Gard), tailleur d'habits, demeurant à Paris , rue d'Austcrlitz, n" 13.

Rudel (Jacques), âgé de 33 ans , né à Saint-Maurice (Puy-de-Dôme ), marchand de vin, demeurant barrière de Fontainebleau , route de Choisy, n" 3 , commune d'Ivry.

Valet (Jacques-Louis), âgé de 49 ans) chaudronnier, né à Paris, y demeurant , rue du Jardin-du-Roi , n" 16.

Auzias fut signalé comme ayant eu des rapports d'intimité avec Moreij.

Une perquisition faite chez lui n'a produit aucun résultat. Ha été interrogé sous mandat de comparution, et a déclaré ne connaître ni Moreij ni Fieschi.

Aucune charge n'a d'ailleurs été indiquée contre lui, et aucun témoin n'a été produit.

Rudel fut signalé comme ayant été chargé de recruter pour une société dite des Jacobins, et comme ayant dit, le 28 juillet, qu'ils étaient au nombre de à ,000 hommes , qui, tous, avaient reçu de l'argent , et étaient prêts à agir au premier signal.

Une perquisition faite chez Rudel a produit seulement fa saisie d'un paquet de cartouches, dont l'enveloppe sale et usée paraît très-ancienne; avec une bande cachetée, aussi ancienne que le reste de fenveloope, et sur laquelle est

( 36? ) cette inscription : échantillon de cartouches à fusil existantes dans les magasins de l'arsenal de Nantes, au nombre de 449,787 cartouches, au 23 prairial.

Rudél, entendu sur mandat de comparution, a déclaré n'avoir jamais tenu les propos qu'on lui impute, et n'avoir jamais entendu parier d'une société de jacobins ; aucun témoin n'a été indiqué au sujet des faits qui lui étaient imputés. Il a déclaré que, le 28 juillet , il était sous les armes, à la revue, avec le bataillon de la garde nationale dont il fait partie, et avec l'uniforme de sapeur, qu'il s'est fait faire depuis quelque temps, à la sollicitation de l'adjudant-major.

Quant aux cartouches, il a dit qu'elles avaient été données à son neveu, à ïa révolution de juillet, au moment où l'on s'empara de l'arsenal.

Valet avait été signalé, ainsi qu'Auzias , comme étant ami intime de Morey.

Une perquisition a été ordonnée et exécutée chez lui : elle n'a produit aucun résultat.

Valet a été interrogé sur mandat de comparution : il a déclaré ne connaître ni Morey ni Fieschi.

Aucun témoin n'ayant été indiqué, Valet , Rudel et Âuzias n'ont point été retenus.

BURRIER (Alcindorj, âgé de .36 ans, ne à Cambrai (Nord), tailleur d'habits, demeurant à Paris, rue de la Calandre , n" 23.

De Saint-Ceran.

Un nommé Loire-Duchemin écrivit le 20 août 1835 que l'attentat du 28 juillet n'était que le prélude d'une conspiration qui s'organisait à Blankengtenn, près d'Anvers, dont le chef était un sieur de Saint-Ceran , impatiemment attendu à Paris avec un autre complice nommé Magn an. II déclarait avoir été sollicité d'entrer dans cette conspiration par un nommé Alcindor Burricr, ancien cuirassier, qui se trouvait, avec lui, malade à l'hospice de la Pitié. Loire- Duchcmin a été cité en justice et a confirmé, dans sa déposition, les énonciatrons de sa lettre. H a indiqué comme témoin un nommé Cresson, qui était aussi à la Pitié au moment où Burrier aurait fait à Loire-Duchemin la proposition dont ce dernier a parle'.

Des mandats d'amener ont été décernés contre les nommés de Saint-Ceran et Burricr.

B'irrier, entendu le 6 ce mois, a nié tous les faits allégués par Loire- Duehcmin.

Le sieur Cresson , cité comme témoin, a «'gaiement démenti, sur tous les points, le récit qui avait motivé un commencement d'information.

( 368 ) Le domicile du sieur de Saint-Ccran étant inconnu, il n'a pas été donné d'autre suite à cette instruction sur une dénonciation dont l'invraisemblance est frappante.

Bazin (Napoléon), garçon de cuisine, demeurant àP aris , -place de l'Odcon, chez le sieur Risbec, restaurateur.

Bazin avait été signalé comme faisant partie d'associations illicites. Une perquisition fut ordonnée à son domicile.

Cette perquisition a été sans résultat, et le mandat d'amener décerné contre Bazin n'a pas été misa exécution.

TEISSÈDUE ( Jean-Tbéobaïd), âge de /S ans, doreur sur bois , né à Paris-, y demeurant , rue de Bercy-Saint- Jean , n" //.

Un sieur Charpentier, logeur, se présenta chez Je commissaire de police du quartier du marché Saint-Jean, et lui déclara qu'un nommé Tcisscdre, qui avait manifesté l'intention de se tuer, avait disparu le 5 août 1835, et qu'après sa disparition, on avait trouvé entre les draps de son lit trois balles, dont deux mâchées.

Quelques temps après , Tcisscdre rentra dans le même logement garni , disant qu'il venait de Rouen.

Il a été interrogé, sous mandat de comparution, sur la possession des trois balles trouvées dans son lit et sur l'objet de son voyagea Rouen.

Il a dit qu il avait trouvé les balles près le pont Louis-Philippe, qu'elles étaient enveloppées dans un morceau de papier; et qu'il les avait ramassées, croyant que c'était de l'argent; que le 6 août, il était parti dans le dessein d'aller au Havre; qu'arrivé â Rouen, il avait cherché de l'ouvrage chez les maîtres doreurs, et que, n'en trouvant pas, il était revenu à Paris.

II a dit qu'il avait travaillé, le 28 juillet, chez le sieur Poirot , et le 5 août, chez le sieur Gagtie, avec le nommé Dcmarquay.

Le sieur Poirot a été entendu. H a déclaré que Tcisscdre était encore chez lui pendant les trois jours des fetes de juillet; qu'il n'avait pas, dans cet espace de temps, quitté ses habits de travail; mais qu'il n'avait pas constamment travaillé, ne faisant qu'aller et venir.

Aucune charge ne s'éïevant contre Tcisscdre, il n'a point été donné de suite aux informations.

Laluyé ( Pierre -Prosper), âgé de 31 ans, né à Versailles , artiste dramatique , demeurant à Paris, rue de la Victoire, n" 4.

Une lettre anonyme, adressée à M. le préfet de police, signale Laluyé comme étant initié dans les faits relatifs à l'attentat du 28 juillet. On disait que Laluyé avait eu des rapports mystérieux avec un nommé Robert, inculpé, et avec le nommé Travault, marchand devin, habitant la même maison que Fieschi : on n'indiquait aucun témoin.

Une perquisition fut faite chez Laluyé et l'on n'y trouva rien.

Laluyé a été interrogé sur mandat de comparution; il a déclaré ne connaître personne du nom de Robert et ne jamais s'occuper de politique.

Aucune charge n'existant contre Lalui/é, il n'a pas été retenu.

BREXET (Jacques-Victor), âgé de 24 ans, blanchisseur, né à Boulogne (Seine), y demeurant.'

Brcneta été reçu, le 28 juillet, sur les quatre heures, à J'Hôtel-Dieu. IJ était sans chapeau ; il avait une fièvre ardente, mais point de blessure. Dans la nuit, il tenta de s'évader, et fut trouvé le lendemain matin caché sur le ciel de son lit.

Ces circonstances avait fait naître des soupçons contre lui; on avait pensé qu'ayant participé à l'attentat, il avait été chercher un refuge après le crime dans l'hôpital où il était découvert; mais des renseignements pris sur cet individu et la nature de sa maladie ont dissipé ce que ces soupçons avaient de spécieux. D'ailleurs, un certificat signé de personnes honorables habitant Boulogne, constate qu'en revenant de fa revue elles avaient trouvé, sur la route de Boulogne , Brenei se rendant à Paris, circonstance qui fait tomber toutes les conjectures dont il avait été l'objet, puisqu'il est établi par là qu'il n'était point à Paris au moment de l'attentat. H n'a été donné aucune suite aux informations.

HURÉ ( Louis-Hubert), âge de .38 ans, ne à Vigny (Seinc-ct-Oise) , instituteur, demeurant à Paris, rue des Lombards , n" 37.

MAGNY (Antoinc-Etiennc-Louis), âge, de 44 ans, né à Ville-d' 'Avraij (Seineel-OiseJ, entrepreneur de plomberie , demeurant à Paris, rue des Moineaux , n" 28.

Les nomme's Hure cl Magny furent signales comme ayant eu des relations avec Ficschi à l'époque où il était connu sous le nom de Girard, et par conséquent pendant qu'il se préparait a commettre son crime.

Ficschi avait, disait-on, été vu plusieurs fois chez Hure; on y avait vu aussi le sieur Raspail, avec lequel Hure allait souvent au Jardin Turc.

Quant à Magny, on annonçait qu'il avait 'établi une guinguette à Neuilly, me des Poissonniers; mais que cette guinguette n'était qu'un prétexte, et qu'en réalité, elle n'avait pour but que de réunir une société d'individus qui conspiraient la mort du Roi, et que c'était pour cela qu'il avait choisi un local à proximité du château de Neuilly.

L'instruction n'a pas confirmé les documents indiquant que Hure avait eu des relations avec Ficschi: elle a seulement établi que Hure recevait des républicains et qu'ils faisaient des caricatures où la personne du Roi était tournée en dérision.

Une perquisition faite chez Hure a produit seulement ïa saisie d'une carabine de calibre, modèle de guerre, et d'un fusil d'infanterie qui, d'après le dire de Hure lui-même et de sa femme, avait été réclamé par le tambour de fa compagnie de la garde nationale par laquelle ce fusil lui avait été délivré.

L'instruction à l'égard de Magny n'a pas non plus confirmé qu'il fût en relation avec Ficschi. La dame Pommier, portière de la maison où Magny a demeuré, a été confrontée avec Ficschi et a déclaré ne l'avoir jamais va. Il résulte aussi des dépositions de témoins cjue les réunions qui avaient lieu à son cabaret n'avaient rien de politique.

Toutefois, deux témoins, fa femme Pommier et le nommé Barreau, boucher à Courbevoie, ont déclaré que, le lendemain des événements du mois d'avril 1834, Barreau ayant dit, en parlant des événements qui avaient eu lieu à Paris la veille : » Ces brigands de républicains ne nous laisseront donc « pas tranquilles? » Magny lui avait répondu avec colère : « Ce ne sont pas des «brigands, ce sont d'honnêtes gens, j'en suis un. » Et qu'il aurait ensuite ajouté : u Si on avait bien fait, on aurait mis le feu aux quatre coins de Paris, « vous auriez été obligés de revenir et nous vous aurions coupé les reins par

derrière. »

Une perquisition faite chez Magny n'a produit aucun résultat; ii a été in terrogé et a nié les propos que Barreau et la femme Pommier ont rapportés ; il a même dit qu'il était loin de professer de pareils sentiments, qu'il faisait lui-même partie de la garde nationale, et qu'il était venu à Paris dans ses rangs pour combattre l'émeute ; que s'il n'y était pas allé en avril 1834, c'était parce qu'if se trouvait alors malade.

Le sieur Lcfranc, capitaine de la compagnie de sapeurs-pompiers de Neuilly, a déclaré que Magny avait fait partie de cette compagnie, et qu'il avait été plusieurs fois avec elle, lorsqu'elle avait pris les armes contre les émeutes. H ignore pour quel motif Magny n'y est point allé en avril.

L'instruction n'ayant révélé, soit contre Huré, soit contre Magny, aucune charge tendant à établir une participation dans l'attentat du 2 8 juillet , Magny a été mis en liberté. Huré n'avait point même été arrêté ; il s'était présenté volontairement pour être interrogé.

OLIVE (Jean-François-Augustin J, âgé de 30 ans, né à Beaucamp-le-Vit'it.r (Somme), brocanteur, demeurant à Paris, ..rue de la Harpe, n" 3-i.

Le 27 août dernier, un sieur Pardigon se présenta devant le commissaire de police du quartier du Luxembourg, et lui déclara qu'une fille Hélène, qui avait servi chez une dame Corée, rue de la Harpe, n" 54, avait dit à sa femme qu'Olive fréquentait souvent la dame Corée, à laquelle il avait dit qu'il avait inventé un pistolet à huit coups, et que s'il possédait 10,000 francs, il en fabriquerait un à trente coups; qu'il irait dans son pays, du coté d'Amiens, pour se procurer cette somme. La fille Hélène aurait ajouté que, quelques jours après, Olive était en effet parti pour son pays. Une autre fois, toujours suivant la même déclaration, cette fille aurait entendu dire au sieur Olive qu'il était allé sur le boulevart du Temple pour y louer une chambre; qu'il n'en avait pas trouvé de favorable, mais qu'il en avait une en vue, sur le même boulevart, près du Jardin Turc; que lorsqu'il aurait loué cette chambre, il y établirait ce pistolet à trente coups; que personne n'y pénétrerait, parce qu'il (allait qu'il fût toujours seul, et que personne n'eût connaissance de ce qu'il faisait.

Une perquisition faite chez Olive a produit la saisie d'un assez grand nombre de lettres insignifiantes, de quelques brochures républicaines qu'Olive a déclarées ne pas lui appartenir, et lui avoir été laissées par des locataires, lorsqu'il tenait un hôtel garni; d'un fusil de chasse et de débris de mauvais pistolets; d'un canon de fusil, d'un sabre ancien modèle;, et enfin d'un modèle en bois de pistolet se chargeant par la culasse, de l'invention S Olive, ainsi que d'une assez grande quantité de morceaux de sureau vidés, et paraissant destinés à faire des modèles de pistolet se chargeant parla culasse.

Le sieur Pardigon a été entendu de nouveau comme témoin; ii n'a pu donner J'adresse actuelle de la fille Hélène , qui n'est plus au service de la dame Corée ; mais il a indiqué comme témoin un ancien portier de la maison où demeurait Olive. Ce portier a déclaré qu'il avait entendu Olive parler d'une arme à trente coups dont il était inventeur, et dire que c'était une arme de guerre; il a ajouté qu'Olive avait écrit à un banquier pour avoir des fonds, afin de mettre cette arme à exécution , mais il n'a jamais entendu dire qu'Olive eût cherché un logement sur le houlevart du Temple.

La dame Corée a déclaré qu'Olive ne lui a jamais parlé d'un pistolet à plusieurs coups, et que seulement il lui a dit qu'il désirait trouver des personnes qui lui fournissent de l'argent pour exécuter des améliorations dans les armes, et qu'il voulait prendre un brevet d'invention.

Olive a soutenu qu'il n'avait pas inventé d'autre arme que le pistolet dont le modèle a été saisi chez lui; il a déclaré avoir cherché des capitalistes qui voulussent s'associer avec lui pour exécuter ce pistolet.

•Un document de police est venu confirmer les déclarations d'Olive. II résulterait de ce document que cet homme, qui a fait de mauvaises affaires dans son commerce, a inventé un moyen de charger plus promptement une arme a feu; qu'il a écrit à Liège et à Saint-Etienne pour faire part de son invention, et qu'il a fait insérer une annonce à ce sujet dans X Indicateur Parisien.

Olive a été mis en liberté.

Deloud , professeur, demeurant à Paris, rue Quineampoix, n" 18.

Freyssinet, traiteur, demeurant à Paris, rue Quineampoix, n° 77.

Letang, ouvrier ferblantier, demeurant à Paris, rue Quineampoix, n° 64.

PiTARD, cordonnier en chambre, demeurant à Paris, rue Quineampoix, n" 36.

Raverdv, maître serrurier, demeurant à Paris, rue Quineampoix, n" 64.

Un document transmis à M. le Procureur général signalait les nommés Delord, Letang, Pitard et Ravcrdy, comme se réunissant fréquemment, le soir à dix heures, chez Freyssinet, quelque temps avant l'attentat, et passant une grande partie de la nuit h s'occuper d'affaires politiques. Ce document annonçait que Boircau faisait partie de ces réunions.

Des perquisitions ont été ordonnées chez ces individus; elles ont eu ïieu chez Freyssinet, Letang, Pitard et Raverdy, mais il n'a pas pu en être fait

('373 ) chez Delord, dont l'adresse était mai indiquée. Ces perquisitions n'ont produit aucun résultat.

Depuis, Delord lui-même a indiqué son adresse et a déposé un certificat signé par un député de la Dordogne, et constatant sa moralité.

De nouveaux documents, favorables à la conduite de Delord, Freyssinct, Letang, Pitard et Raverdy, ayant été transmis par la préfecture de police , les poursuites n'ont pas été continuées.

Boves ( Charles-Antoine) , âgé de 60 ans, ne à Gargeuville (Seine-et-Qise) scieur de pierres , demeurant à Sablonville (Seine).

Boves ( Louis-Joseph ) , âge de 25 ans , ne à Gusier (Seine-ct-Oisc) marchand de vins, marbrier , demeurant à Sablonville ( Seine).

Les nommés Boves, père et fils, avaient été signalés comme pouvant avoir des rapports avec les auteurs de l'attentat.

L'instruction n'ayant cependant rien fait connaître qui les rattachât aux auteurs du crime du 28 juillet , Boves père et fils ont été mis en liberté.

Bonnin, cordonnier, demeurant à Paris, rue des Fossés-Saint- Marcel ,

Symedart, cordonnier, demeurant à Paris, rue Mouffetard, n" 237.

Tous deux avaient été signalés comme ayant dit , quelque temps avant le 28 juillet, que Louis-Philippe allait la danser, et que, bon gré malgré, on allait lui faire faire le saut périlleux.

On disait que Bonnin avait réuni chez lui une douzaine de personnes pour se concerter sur les moyens à prendre pour arriver plus promptement à leurs fins.

Symedart avait été vu, disait-on , pendant quelques jours, avant le 2 8 juillet , allant et venant sur le boulevart du Temple.

Des perquisitions ont été faites, tant chez Bonnin que chez Symedart. Ces perquisitions n'ont produit aucun résultat.

Aucun témoin n'ayant été indiqué et aucun fait n'étant établi à la charge de fionrun et de Symedart, les mandats d'amener qui avaient été joints aux mandats de perquisition n'ont point été exécutés.

Notices. 4 8

Callon (John), demeurant à Paris, rue Saint- Antoine , n" 155.

On avait signale le sieur Gallon comme se mêlant d'intrigues politiques et n'étant point étranger à l'évasion des détenus de Sainte-Pélagie.

Une perquisition eut lieu au logement dudit sieur Callon, en présence des deux demoiselles Laura et Ëlisa Callon, ses filles adoptives. H n'a été trouvé aucun papier se référant, soit à l'évasion des détenus à Sainte-Pélagie, sçit ï l'attentat du 28 juillet.

Cette maison avait été signalée comme renfermant des valeurs importantes appartenapt à un parti politique; il n'a été trouvé qu'une somme de 300 francs.

\cmoiseIles Callon ont attribué à un sentiment de vengeance la dénonciation dont leur père a été l'objet , et , à l'appui de leur conjecture , elles ont remis au juge d'instruction une lettre anonyme contenant des menaces récemiafessëès ;'i l'une d'elles.

interpellées sur le lieu de la retraite de leur père, les demoiselles < ont déclaré qui! était en Belgique. Sommées de produire leur correspondance avec lui, elles ont prétendu avoir l'habitude de brûler les lettres qu'elles recevaient.

En l'absence de tout fait se rattachant au crime du 28 juillet, il ri.\ avait aucune suite à donner à la dénonciation.

Taïiiet (Etienne), lampiste, âgé de 35 ans, né à Lyon {Rhône), demeurant à Paris rue des Fossés-du-Tcmplc , n" 43.

Etienne Tami et avait été signalé comme ayant des rapports avec Fiesehi et comme ayant été impliqué dans les événements d'avril 1834.

Une perquisition a été faite à son domicile sans résultat. Quant au prévenu, dans son interrogatoire, il a prétendu n'avoir fâtiiais connu 'Fivschi, et s'il a été traduit devant la cour d'assises, les poursuites se sont terminées par son acquittement.

Par suite de ces explications, Tamiet a été mis en liberté.

Azum (Alexandre), perruquier, [âge de 36 ans, né à Saint-Paul (Hautes- Pyrénées}, demeurant à Paris, rue de la Roquette , n° 30.

A été signalé comme l'un des complices de l'attentat du 2 8 juiHet.

II se serait chargé, disait-on, de fournir, la veilie de l'événement, delà poudre, des balles et la mitraille nécessaire pour l'exécution du crime.

Ces faits ont été démentis par l'instruction : Azum, arrêté le 5 septembre , a été interrogé le même jour et mis immédiatement en liberté.

Noibpoudre (Paul-François), mécanicien, âgé de 30 ans, ne à Saint - Germain-en-Laye (Seine-et-Oise) , demeurant à Paris . rue Saint- Christophe , n" 16.

Un renseignement portant b. date du 31 juillet 1835, annonçait qu'un individu, disant se nommer Gérard, avait proposé au sieur Bcaudouin , mécanicien, il y a environ deux ans, delà part d'un carliste, de lui construire une machine semblable à celle qui a éclaté le 28 juillet ; qu'il lui avait montré beaucoup d'or ; ce Gérard était signalé comme ayant demeuré chez un sieur Jcandon, sous le nom de Noirpoudre.

Bcaudouin et Jeandon ont été entendus. Le premier a dit qu'un nommé Gérard vint en effet, il y a environ deux ans, lui demander le plan d'une machine infernale, disant qu'il l'exécuterait lui-même; qu'il lui offrit de l'or, et dit qu'il avait douze ou quinze cents francs sur lui, et que, s'il en fallait davantage, il saurait le trouver. Bcaudouin ajouta que ce même homme, pour vaincre ses refus, lui avait dit qu'il avait été dans l'affaire de la rue des Prouvaires, et qu'il savait que déjà Bcaudouin avait reçu de semblables propositions du parti carliste; qu'alors, sur le conseil que lui donna Jeandon, qui l'avait vu causer avec cet homme, il avait écrit au Préfet de police.

Jeandon a déclaré qu'il avait eu pour locataire en 1830, jusqu'au comcommencement de 1831 , un nommé Noirpoudre qui était républicain ; que, peu de jours après le coup de pistolet tiré contre le Roi sur le Pont R avait rencontré cet homme au moment où il sortait d'un estaminet, et lui avait parlé ; que Bcaudouin lui ayant demandé s'il le connaissait, sur sa réponse affirmative, Bcaudouin lui dit que cet individu venait de lui demander de lui faire une certaine quantité de fusils à vent et d'autres machines, et qu'il lui avait di: se nommer Gérard.

H a été constaté que le nommé Noirpoudre , auquel se rapportaient ces déclarations, était à Paris dès avant la révolution de 1830 , tandis que Fieschi n'y est arrivé qu'après cette époque ; ce qui a détruit le soupçon que Noirpoudre pouvait n'être autre que Fieschi.

On a toutefois fait rechercher Noirpoudre; son domicile a été découvert, et le 7 septembre, une perquisition a été faite chez lui : elle n'a rien produit. Noirpoudre a été arrêté et interrogé; il a nié avoir fait à Beaudouin les propositions dont on l'accuse. H a été mis en liberté, aucun fait ne paraissant le rattacher à l'attentat.

Defrey (François-Joseph), fabricant de pianos, âgé de 6ô ans, né à Colmar [Haut - Rhin) , demeurant à Paris, Vieille-rue-du-Temple , n" 51.

Defrey avait été signalé comme pouvant n'être pas étranger au complot du 2 8 juillet dernier.

Une perquisition a été faite à son domicile et suivie de l'arrestation de l'inculpé.

L'instruction a établi que Defrey ne se mêlait d'aucune intrigue politique , et qu'il consacrait son temps h des œuvres de bienfaisance et de charité.

II a donc été remis en liberté.

Radiguet (Jacques-Charles), marchand de mécaniques , âgé de 49 ans, né à Saint-Quentin-du-Chardonnct (Orne) , demeurant à Paris, rue des Anglaises , n" 20.

Une lettre de M. le Préfet de police, du 19 août 18 35, donna avis à M. le Procureur général qu'on signalait Radiguet comme étant intimement lié avec Fieschi.

Une perquisition fut faite chez Radiguet; elle ne produisit d'autre résultat (juc la saisie de deux pistolets de calibre, un fusil de calibre avec sa baïonnette et une bouteille de poudre de chasse. '»

Radiguet a été appelé par mandat de comparution; il a dit que Fieschi acheta chez lui un métier de tisserand, il y a environ deux ans et demi, et qu'il acheta ensuite différents objets pour servir à ce métier; il a ajouté qu'il avait vu Fieschi pour la dernière fois il y a environ un an , lorsqu'il quitta le quartier du Jardin-des-Plantes.

Radiguet a déclaré qu'il avait depuis longtemps les pistolets et le fusil de calibre saisis chez lui.

H n'y avait pas d'autre suite à donner a cette partie de l'instruction.

Pieraggi ( Jacques-Pierre ) , âgé de 49 ans , né à Corle (Corse) , officier démissionnaire , demeurant à Paris, rue Louis-le-Grand , n° 35.

Un'renseignement transmis à la commission d'instruction signalait îe sieur Pieraggi, né en Corse, comme ayant des relations avec Fieschi.

Aucun indice résultant de la procédure n'est venu confirmer ce renseignement.

Une perquisition a été faite au domicile du sieur Pieraggi ; elle n'a procuré la découverte d'aucun objet pouvant se rattacher à la politique.

Cet individu n'a pas été arrêté.

BoNODET (Etienne), mécanicien , âgé de 29 ans , né à Rochefort (Charente-Inférieure) ,demeurant à Lyon , rue Saint-Dominique ;

(HABERT ( Jean), bijoutier , âge de 21 ans , né à Lyon (Rhône ) , deme urant à Paris, rue Montmartre , n° S;

Montagnon, bottier, demeurant à Lyon , rue Saint-Joseph , n" /.

Une lettre de M. lePréfetde police, en date du 6 août 1835, annonçait qui: M. le Préfet du Rhône avait été averti que Chabert , ouvrier horloger ou bijoutier, avait écrit à Ronodet , à Lyon, une lettre en chiffres, annonçant que le coup tenté sur le Roi avait malheureusement manqué ; que plus tard, on prendrait la revanche; que lui-même il faisait partie d'une association à laquelle appartenait Girard ; qu'ils étaient 80 et qu'ils s'étaient engagés à se succéder, jusqu'à ce que tous les membres de la famille royale eussent péri.

Le même document annonçait aussi que, le 20 mai 1835, Chabert et

un nommé Montagnon, avaient écrit au même Bonodel: "Nos héros se

couvrent de gloire : Louis-Philippe et tous ses brigands de Pairs sont en-

« foncés; du courage, de la patience et de la prudence : l'heure approche de

n venger les infortunées victimes d'avril. »

Pendant qu'on cherchait à Paris le nommé Chabert, dont le domicile n'était pas indiqué, on faisait une perquisition, à Lyon, d'abord chez Ronodet , ri ensuite chez Montagnon. Aucune pièce qui annonçât une correspondance

( 378 ) quelconque avec Chabcrt ne fut trouvée chez eux. Us ont soutenu n'avoir pas reçu de lettre de Chabert, pendant son séjour à Paris.

La demeure de Chabert, à Paris, ayant été découverte, une perquisition fut faite chez lui : on n'y trouva qu'une lettre insignifiante qui nfe lui est même pas adressée.

Il nia avoir jamais écrit à Bonodet, et déclara être entièrement étranger à l'attentat.

Aucun témoin n'ayant pu être indiqué, Chabert a été mis en liberté.

Periun (Alphonse-Jules-François), âgé de 23 ans, né à Poussin (Am) . étudiant en médecine , demeurant à Lyon.

Perrin quitta Lyon en 1834 pour se rendre à Paris, afin d'y subir ses examens de droit; pendant son séjour à Paris, H vit quelquefois les sieurs Bickat et Saint-Oyen, et le nommé Chabert, dont il vient d'être question dans la notice précédente.

Perrin arriva à Lyon après l'événement du 28 juillet, et on apprit qu'il avait quitté Paris le 28 juillet même, dans l'après-midi; il fut arrêté à Lvon. Des recherches ont été faites sur sa conduite à Paris; l'instruction a établi que, depuis le mois de janvier 1835, il avait pris des leçons d'un sieur Perrard, avocat, pour le baccalauréat es-lettres, et que, pendant ce temps, il avait tenu une conduite régulière; que peu de temps avant les fêtes de juillet, il avait passé son examen, et que, depuis ce moment, il était décide à quitter Paris ; qu'il n'avait enfin retardé son départ jusqu'au 2 8 que pour attendre un ami qui devait retourner à Lyon avec lui.

Aucun indice ne résulte d'ailleurs contre lui de l'instruction.

PaTEY (Adolphe), ancien militaire, demeurant à Rouen.

Une lettre adressée de Rouen, annonçait qu'un sieur Patey, désigné comme président de la Société des Droits de l'homme de cette ville, en était parti le •24 juillet 183 5, pour se rendre à Paris, et était revenu à Rouen le 28 au matin ; qu'après l'attentat , cette démarche de Patey avait paru suspecte ; qu'il avait été arrêté et avait dit s'être rendu à Paris pour traiter d'un cabinet d'affaires , avec un sieur Poigny.

Poigmj a été entendu ; ii a dit que Patey, qui est îe beau-frère de son gendre, s'était rendu à Paris dans le courant de juillet 1835, non pour traiter d'un cabinet d'affaires , mais parce que son beau-frère lui avait écrit de venir régler des affaires d'intérêt privé,

II n'y avait aucune suile à donner h cette partie de l'instruction.

Mingels ( Pierre-Joseph ) , âge de 38 ans, se disant militaire au service de la Belgique, né à Saint- Nicolas, province des Deux-Flandres (Belgique.) .

Mingels se présenta, dans ia nuit du 30 au 31 juillet dernier, au poste de la garde nationale de Péronne (département de la Somme), pour demander qu'on fui fît ouvrir la porte de la ville, disant que, n'ayant pas d'argent pour payer sa place à la diligence et aller plus foin , il voulait gagner Lille à pied. 11 fut arrêté comme vagabond et retenu comme tel, faute de papiers. Il se disait militaire au service de la Belgique. Il déclara qu'il était arrivé à Paris le 1 3 ou le 14 juillet; qu'il s'était occupé à faire des achats de marchandises pour la maison de commerce que. disait-il, sa femme tient à Gand. II indiqua plusieurs négociants chez lesquels il disait avoir fait des achats à Paris. II déclara en outre qu'il était allé à Meaux pour y voir un ami; que là, il avait été arrêté quoique porteur de son congé, et n'avait été mis en liberté que le 26 juillet; qu'il était ensuite retourné à Paris, et avait quitté cette dernière ville le 29 du même mois de juillet.

Comme Mingels ne rendait pas compte de l'emploi de sa journée dû •2H juillet, et que d'ailleurs on avait remarqué des érosions à l'intérieur de ses mains et une autre au bras gauche, on pensait qu'il pouvait être un des individus qu'on présumait avoir été avec Fieschi dans sa chambre, le 28, au moment de l'explosion , et s'être évadés au moyen de la corde dont Fieschi s'est lui-même servi pour descendre dans la cour de la maison voisine. H fut, en conséquence, arrêté à Péronne et envoyé à Paris.

L'instruction a fait connaître que Mingels s'était effectivement présenté à Paris chez plusieurs négociants auxquels il avait acheté des marchandises, en se recommandant de son père, marchand à Malines, mais que ces marchandises ne lui avaient point été livrées, parce qu'on ne le connaissait pas, et qu'il ne pouvait ni payer comptant, ni donner des garanties.

H a été constaté, par la déclaration d'un témoin, que, dès le 2 0 juillet, Mingels avait aux mains les érosions qui ont été remarquées plus tard a Péronne. II disait alors s'être blessé à Meaux, dans une prison où on l'avait posé.

Les renseignements pris à Meaux ont justifié cette déclaration. MingeU avait été arrêté dans cette ville faute de papiers; on avait écrit pour avoir des renseignements sur sa personne, mais cet homme, dont l'esprit est dérangé , impatienté de ce que les réponses n'arrivaient pas assez tôt, chercha à s'évader au moyen d'une corde à puits, et se fit alors les blessures qui, plus tard , motivèrent son arrestation à Péronne et son transfèrement à Paris.

Les renseignements reçus de Gand et de Malines constatent que Mingels est frappé d'aliénation mentale. II a été mis en liberté et a dû être renvoyé en Belgique, avec itinéraire obligé sur sa feuille de route.

Usse (Jean-Joseph- Arsène), âgé de 42 ans, né a Aurillac (Cantal), membre du conseil municipal à" Aurillac, y demeurant.

II a été signalé comme ayant eu connaissance, avant le 2 8 juillet, de I attentat contre la vie du Roi. De plus, il aurait dit à un sieur Lapeyre, pharmacien à Aurillac : « Je vous donnerai cinquante louis si vous me faites con- « naître un secret constitutifd'un poison qui opère son effet étant répandu sur une « lettre ou des habits, » annonçant qu'il voulait en faire usage contre le Roi.

Sur le bruit de ce propos, et connaissant l'exaltation des opinions républicaines du sieur Usse, le préfet du Cantal crut devoir le faire arrêter à l'instant, faire apposer les scellés sur ses papiers et l'envoyer à Paris, à la disposition de M. le Procureur général près la Cour des Pairs.

Le sieur Usse arriva à Paris le 1 0 août et fut immédiatement interrogé ; il nia toute participation dans Fattentat du 28 juillet; nia également le propos qui lui était imputé, demanda à être confronté avec les témoins qui en déposaient , et prétendit que son arrestation devait être attribuée à la mésintelligence qui régnait entre lui et le préfet.

La proposition faite par le sieur Usse au sieur Lapeyre, en supposant qu elle ait eu lieu, serait étrangère à l'attentat du 28 juillet. Cet individu ayant été réclamé par la justice ordinaire, et frappé d'un mandat d'amener de M. le juge d'instruction d'Aurillac, il a été renvoyé dans cette dernière ville.

Guignard (Eugène-Charles), âgé de 24 ans, officier de santé, né à Nantes, demeurant à Montigné.

Les autorités judiciaires de l'arrondissement de Beaupréau , département de

^ 381 ) Maine-et-Loire, avaient eu avis qu'un sieur Eugène Guignard, officier de santé, connu par l'exaltation de ses opinions légitimistes, et signalé comme l'un des combattants de la Penissière en 1832, était parti furtivement de Montigné pour Paris, le 20 juillet, sans passe-port, et qu'avant son départ il avait menacé un citoyen , partisan du gouvernement actuel, de se venger bientôt de lui; qu'il était ensuite revenu subitement à Montigné, et que depuis son retour il faisait habituellement une dépense plus considérable que ne le comporte l'état de sa fortune.

Une instruction a été faite sur les lieux. A la suite d'une visite domiciliaire qui n'a produit aucun résultat, le sieur Guignard a été interrogé; divers témoins ont été entendus; il est résuitéde leurs dépositions et des réponses du sieur Guignard que les menaces qu'il aurait faites à un habitant de Montigné seraient entièrement étrangères à la politique; qu'il était parti le 20 juillet de Montigné pour Nantes, et de là pour Paris, après avoir fait connaître d'avance à plusieurs personnes ses projets de voyage; qu'il avait pri6 un passe-port à Nantes, ie 2 2 juillet; que ce passe-port, régulier dans la forme, avait été visé à Paris, par le préfet de police le 25 du même mois; que le sieur Guignard était à la vérité reparti de Paris pour Montigné dès le 1" août, mais qu'il avait annoncé en partant de Montigné que son absence serait de très-courte durée; enfin rien n'a constaté que depuis son retour le sieur Guignard ait fait plus de dépense qu'à l'ordinaire.

Dans ces circonstances, il ne pouvait y avoir lieu à suivre contre le sieur Guignard.

Mansy (Simon) , âgé de 30 ans, ne à Villenox (Eure'), tailleur de pierres, demeurant à Chantilly (Oise).

Le 30 juillet au soir, le nommé Mansy était à Louvres, se rendant à Chantilly, au moment du passage de la diligence des Messageries royales. Cet homme demanda à monter dans la voiture. Il se disait blessé au bras par l'explosion de la machine infernale. Il dit, devant un voyageur, à l'aubergiste qui lui demandait ce qui se passait à Paris : « H s'en est fait de belles, et voilà ce « que je rapporte à mon maître (montrant son bras qu'il portait en écharpe). J'ai « été blessé devant le Jardin Turc. » Cet homme qui se disait blessé près du Jardin Turc par la machine infernale, et qui fuyait Paris, parut suspect; il fut arrêtéct conduit à Paris; mais l'instruction a constaté que Mansy n'a pas été

Notices. 49

( 382 ) blessé; qu'il a travaillé à Gonesse pendant les journées des '28 et 29 juillet 1835, et que s'il s'est dit blessé, c'était par pure fanfaronnade.

II a été mis en liberté.

Dousse-d'Armanon (Pierre-Marie-Dominique-Édouard), âgé de 24 ans, né à Bordeaux , employé dans une compagnie d'assurances maritimes à Londres , domicilié en ladite ville.

Un norhmé Edouard Doussc, prenant le nom de d'Armanon, et s'attribuant sans droit le titre de vicomte, a demeuré, pendant le mois de juin dernier, dans un logement de la maison portant sur le boulevart du Temple le n° 50, logement dont la dame G ornez est locataire. Cet homme, aux allures suspectes, arrivait d'Angleterre; il avait successivement logé dans deux maisons garnies de la rue du Temple et de la rue du faubourg de ce nom. Véritable chevalier d'industrie, suivant l'expression d'un témoin, Edouard Dousse avait eu antérieurement quelques démêlés avec la justice comme complice d'une escroquerie, imputée à un nommé Jacques Pcties, condamné par le tribunal de police correctionnelle de la Seine en 1834, à six mois de prison. Edouard Dousse , signalé par ses opinions légitimistes, s'était mis en rapport, pendant son séjour sur le boulevart du Temple, avec un sieur Renaud, îayetier coffretier, auquel il avait acheté une malle et donné en échange deux autres malles.

Edouard Doussc , en donnant son adresse à la darne Renaud, avait déclaré s'appeler d'Arlincourt, il avait prétendu avoir le titre de vicomte, et lorsque le sieur Renaud se présenta le lendemain à sa demeure pour lui livrer sa malle et recevoir l'échange proposé, Edouard Doussc n'avait pas les fonds nécessaires pour lui payer une somme de 35 francs qu'il lui devait en retour du marché. Toutefois, il ne fut pas embarrassé de trouver cette somme qu'il alla demander à une dame Noncs, marchande de rubans, boulevart Saint-Martin, et qui lui fut comptée à la demande du fds de cette dame. Le signalement de ce jeune homme, ses habitudes extraordinaires, l'état de gêne et d'opulence dans lequel il se trouvait successivement, ses voyages sans motifs plausibles, son séjour dans la maison habitée par Fieschih une époque voisine de l'événement, provoquèrent des recherches sur sa conduite. Il fut trouvé à Chartres et arrêté; ses effets furent visités; ils contenaient deux lettres suspectes. Les personnes de la maison qui pouvaient connaître ses habitudes, sa réputation : furent interrogées : ses habitudes, sa réputation à Chartres étaient équivoques. Il parut utile de rechercher s'il ne faisait pas partie du complot

( 383 ) du 28 juillet, et s'il n'était pas notamment l'un de ceux qui ont été aperçus fuyant, dans différentes directions, au moment de l'attentat.

Dans ce but, et sur les renseignements obtenus, différentes perquisitions ont été ordonnées. L'instruction a démontré la présence d'Edouard Dousse a Chartres, pendant la journée du 28 juillet. Les autres mesures ont été sans résultat, quant à l'inculpation dirigée contre lui.

Des affaires de commerce ont seules, s'il faut l'en croire, appelé Edouard Dousse en France; car il se prétend attaché, en qualité de témoin, à une compagnie anglaise d'assurances. Cette circonstance n'a pu être vérifiée. La source des moyens d'existence de cet homme est suspecte; il faudrait la chercher, suivant quelques renseignements confidentiels dans son immoralité. Dans son système, Edouard Dousse se dirigeait vers Bordeaux au moment où il a été arrêté; il allait, s'il faut l'en croire, y visiter sa famille : il est Vrai de dire que ses père et mère habitent cette ville.

Néanmoins, comme aucun fait n'est venu rattacher Edouard Dousse à l'événement du 28 juillet et aux auteurs de l'attentat, il a dû être remis en liberté.

Martinon-Saint-Féréol ( Amédée), avocat au barreau de Brioude.

Signalé pour l'ardeur de ses opinions républicaines, le sieur Martinon- Saint-Fcréol se présentas, le 27 juillet, chez la dame Cariai, marchande à Brioude, pour lui commander des cocardes, dont les couleurs devaient être disposées dans l'ordre affecté par le parti républicain (le blanc au centre). Cette commande n'a pas été exécutée; mais la proposition faite à la dame Cariai, ie 27 juillet, fit penser que Marlinon-Suiitl-Fcrcol avait connaissance de l'attentat qui devait être commis le 28. Cependant, une perquisition faite au domicile de cet individu n'ayant produit aucun résultat, les poursuites ne furent pas poussées plus loin.

Iîellingeu (Henri), demeuranl à Paris, chez M. Linck, mécanicien, rue. du Rocher, n" IS.

Le 29 juHIet, un portefeuille, trouvé dans les environs de Meatrx, fut déposé entre les mains du maire de Charmentray. Ce portefeuille contenait

( 384 ) diverses lettres écrites en allemand, dont cinq non cachetées, signées par un sieur Bellinger. Ce portefeuille paraissait appartenir à un nommé Rankc- Conrade. Cependant un individu nommé Tellerchen , arrêté faute de papiers à Briey, ayant dit qu'il avait perdu son portefeuille le 2 8 juillet, en allant de Paris à Meaux, ce portefeuille trouvé fut envoyé à Briey, mais il fui reconnu que ce n'était pas celui du sieur Tctlcvchen. On le renvoya à M. le Procureur général près la Cour des Pairs, parce qu'une lettre du préfet de la Moselle annonçait qu'une des lettres signées Bellinger contenait des phrases mystiques, qui, en raison de sa date ( 25 juillet 1835 ), pouvaient annoncer une participation à l'attentat du 28 juillet. Les cinq lettres signées Bellinger ont été traduites ; l'une d'elles, adressée à un nommé Frédéric Kuidrim, contenait les phrases suivantes : Différents coups sont partis, mais non le Roi. La cause est parce que je n'y étais pas. Je jette mon encrier après le phosphore pensant que c'était le Roi. Le bonnet rouge est tombé. Au premier balo-

tage la première boule sera pour moi. Bonsoir, Messieurs Mon cher

Frédéric, parce que. lu as bien joué à la boule, encore quelques mots entre nous. Bellinger parle ensuite, dans cette lettre, de son travail, pour apprendre à fond son état, et pour acquérir des connaissances utiles, de manière à pouvoir faire honneur à ses parents. Les autres lettres ne parlent que des projets de mariage formés par Bellinger , du zèle avec lequel il s'occupe de travailler pour devenir un bon ouvrier; de ses projets de retourner dans son pays pour s'y établir. Cette correspondance, en un mot, annonce un ouvrier atlaché à ses travaux, et qui en fait sa seule occupation : elle détruit ainsi les doutes qu'auraient pu faire naître le mysticisme de la lettre à Frédéric.

Dans le cours de l'instruction, on apprit que, le 23 ouïe 24 avril dernier, deux individus s'étaient présentés chez le sieur Guillaume Schwerdtféger, mécanicien, rue des Trois-Bornes , n" 15, pour lui commander un obusier d'une portée de soixante à quatre-vingts pas.

Le sieur Guillaume leur ayant demandé quel usage ils voulaient en faire, ils lui répondirent que leur intention était d'établir des jeux.

Ils promirent, au surplus , de revenir le lendemain , mais le sieur Guillaume ne les a pas revus.

Confrontation a été faite des nommés Fieschi et Morcy avec le sieur Guillaume; il ne les a pas reconnus pour être les deux individus dont il s'agit.

Rien d'ailleurs ne tend à faire penser qu'on voulût faire un mauvais usage de larme commandée à cet armurier.

Le sieur Valpêtrc , médecin, demeurant avenue des Champs-Elysées, n" 20, trouva, dans un fossé de l'avenue de Ncuilly, une lettre dont l'écriture est visiblement déguisée , et l'adresse est effacée , et qui contient des offres considérables d'argent, faites à des inconnus, pour tenter un nouvel assassinat sur la personne du Roi, au moyen d'une machine composée de trois petits canons.

Cette lettre, envoyée par le sieur Valpêtre à M. le Ministre de l'intérieur, fut transmise à M. le procureur général, comme pouvant se rattacher à l'attentat du 2 8 juillet.

Le sieur Valpêtre a été entendu ; il a déclaré avoir vu l'individu qui a déposé cette lettre dans le fossé où elle a été trouvée; mais il n'a pu donner le signalement de cet homme que d'une manière si imparfaite, qu'il a été impossible de le rechercher.

II n'y avait donc aucune suite à donner à cette lettre dont l'authenticité est peu vraisemblable.

Une lettre anonyme, sans date, fut adressée au ministre delà justice, qui la transmit à M. le Procureur général.

Cette lettre, écrite par un Corse, signalait un individu de son pays qui avait travaillé chez le sieur Gotteri , et qui était connu sous le nom de Jaunasse.

H a été reconnu que ces renseignements n'avaient aucunement rapport à des relations de Fieschî.

Le 10 août dernier, M. le préfet de police transmit à M. Zangiacomi, juge d'instruction, une lettre sans signature, qui avait été trouvée sur le boulevart.

Cette pièce, dont l'écriture est déguisée, parle des projets criminels qui ont été misa exécution, le 28 juillet dernier, sur la personne du Roi.

II a été impossible de connaître l'auteur de cet écrit.

Dans la nuit du 24 au 25 avril 1834, un inconnu vint frapper à la porte du sieur Boyau, ancien officier de gendarmerie à Privas, et lui remit une lettre anonyme , par laquelle on annonçait qu'une machine infernale de la plus haute dimension se construisait en ce moment, et était sur le point d'être achevée ; qu'elle devait servir à un bouquet de fêle pour débarrasser la France des tyrans qui l'opprimaient. On engageait le sieur Boyau à se tenir prêt à entretenir le véritable amour de la patrie.

Il paraît que, quelques jours avant le débarquement en France de la duchesse de Berri , le sieur Boyau aurait reçu une semblable dépèche, lui annonçant que le jour n'était pas éloigné où Henri V monterait sur son tronc

Diverses commissions rogatoires ont été expédiées pour rechercher la source de semblables avis.

Aucun indice n'a mis sur la trace de leurs auteurs.

Le sieur Boyau s'était empressé de remettre à ses supérieurs militaires copie des deux lettres anonymes dont il vient d'être parlé.

Le 28 juillet dernier, la dame Lallouette , ferblantière, demeurant bouievart du Temple, n° 44 , était à la fenêtre de sa boutique, lorsqu'un instant après la détonation de la machine infernale un grand nombre de personnes pénétrèrent chez elle, et notamment trois jeunes gens, qui lui parurent armés de bâtons, d'un fusil et de pistolets; elle alla avertir le commissaire de police, qui vint faire une perquisition, laquelle fut sans résultat. Le procèsverbal constate que l'arrière - boutique de cette dame est éclairée par une fenêtre, à environ huit pieds du sol, et que les jeunes gens dont il s'agit ont pu profiter de l'absence de la dame Lallouette pour s'évader par cette fenêtre, qui était fermée d'abord, et qu'elle trouva ouverte.

La perquisition fit découvrir un petit calepin qui appartenait à l'un des jeunes gens dont il s'agit; mais ce calepin n'a pu fournir à l'instruction les renseignements nécessaires pour faire connaître qui l'avait perdu. La dame Lallouette , qui était très-effrayée , n'a pas assez remarqué ces jeunes gens pour les reconnaître, dans ïe cas où on aurait pu les lui représenter.

Un rapport, en date du 3 1 juillet dernier, fait connaître qu'un individu qui fuyait par la rue du Faubourg-du-TempIe s'arrêta un instant près de la maison d'une fruitière, même rue, n"7,et changea de vêtements avec une promptitude extrême ou du moins se débarrassa d'une blouse et d'un pantalon de toile qui recouvraient ses vêtements.

Il était dit, en outre, dans cette note, que l'individu en question était porteur d'une paire de pistolets, et qu'interpellé sur l'usage qu'il voulait faire de ces armes, il avait répondu : « Qu'est-ce que cela vous f....? » La note en question signalait aussi une marchande de couleurs, demeurant rue du Faubourg-du- Temple, n° 5 , comme ayant dit , en parlant de l'attentat : Plût à Dieu que h coup n'eût pas manqué!

Plusieurs témoins ont été entendus ; ris ont tous confirmé la première partie du rapport dont il s'agit , mais ils n'ont pu faire connaître d'une manière positive le signalement de l'individu en question, ni indiquer positivement de quel endroit il venait, ni par où il a fui. Aucun d'eux n'a déclaré avoir vu de pistolets en sa possession : on a bien remarqué quelque chose de gros dans l'une de ses poches ; mais tout en pensant que ce pourrait être des armes, on n'en a pas acquis la certitude.

Quant au propos attribué à la marchande de couleurs, cette femme qui se nomme Delatasse a été interrogée par le juge d'instruction; elle a nié les paroles qu'on lui imputait, et aucun témoin ne dépose les avoir entendues.

Richard Gibbons se trouvait sur le boulevart du Temple, pour voir passer la revue : il était adossé contre la maison n° 50, et avait, par conséquent, en face de lui le Jardin Turc. Au moment du passage du Roi , une espèce de sifflement frappa son oreille; il se retourna avec vivacité, et vit à ses côtés un homme qui cachait précipitamment, sous une ample redingote, un fusiï à veut qu'il aperçut très-distinctement. Au même instant, l'explosion de la bat- V fie de Fieschi détourna son attention et lui lit perdre de vue cet étrange in cident. Le témoin est étranger; il s'exprime avec beaucoup de difficulté en français : cette circonstance accrut son embarras , et la vue de ce qui se passait lui lit prendre subitement la fuite, sans faire arrêter l'inconnu porteur du fusil à vent.

( 388 ) II croit qu'il pourrait le reconnaître s'il lui était représenté, mais le signalement qu'il en donne ne s'applique à aucun des individus arrêtés.

Le 28 juillet, les sieurs Achard et Massard , surveillants des Tuileries, s'étaient rendus sur le boulevart pour assister à la revue. Ayant appris l'attentat, ils voulurent aller sur les lieux où il avait été commis : trouvant trop d'embarras sur les boulevarts, ils suivirent la rue des Jeûneurs, pour gagner la rue Poissonnière. Ils étaient à peine entrés dans la rue des Jeûneurs, qu'ils virent deux jeunes gens, dont l'un tenait à la main un pistolet à deux coups ou une paire de pistolets, et remit ce pistolet ou ces pistolets dans sa poche, après avoir souillé dedans. Ce fait engagea les sieurs Achard et Massard ï>. suivre ces jeunes gens jusque sur les boulevarts, près la rue Poissonnière : là , ils les virent s'arrêter, et causer avec plusieurs individus : puis ensuite ces deux jeunes gens , se voyant suivis, traversèrent le boulevart, évitant de passer devant le poste de Bonne-Nouvelle , et gagnèrent le faubourg Saint-Denis, où ils rejoignirent quinze ou vingt individus. Les sieurs Achard et Massard ne purent faire arrêter ces jeunes gens à démarches suspectes n'ayant pas trouvé en ce dernier endroit d'agents ni de gardes municipaux.

loO.

Le cocher de fiacre Baulot était indiqué comme ayant entendu, environ trois semaines avant l'attentat, l'explosion d'une arme à feu, tirée de la maison qu'habitait Fieschi, boulevart du Temple, n° 50.

Il a expliqué devant le Juge d'instruction que, passant sur la chaussée du boulevart, près la rue Chariot, huit jours avant l'attentat, vers minuit et demie, il avait entendu, du côté du café Pcrinct , l'explosion d'un coup de feu qui avait fait le bruit d'un pétard : mais il n'a pu dire, ce qui était le plus important, si ce coup de feu ou ce pétard était parti de la maison même où se trouve le café Permet ou de quelque maison voisine.

Une lettre du 5 août 1835 dénonça deux faits graves : le premier, que le 28 juillet précédent, a peu près au moment où se commettait l'attentat contre

( 389 ) îe vie du Roi, un cocher avait été arrêté par une bande d'individus qui voulaient commencer une barricade avec sa voiture; 2° qu'à peu près au même instant, plusieurs coups de fusil avaient été tirés, sur le quai des Céiestins, sur un hussard qui conduisait un cheval en lesse.

Sur le premier fait, un assez grand nombre de témoins ont été entendus. Un sieur Lespinasse a déclaré qu'étant à la revue , dans les rangs de la 1 2r légion, dont il fait partie, il rencontra un de ses amis, le sieur Vvriot, avec lequel il entra chez un marchand de vin , à l'entrée de la rue Sainte-Appoline , près la rue Saint-Martin; que, pendant qu'ils étaient en cet endroit, ils entendirent des cris; qu'alors ils sortirent et virent une foule de gens qui venaient de la rue Meslay en poussant des cris; que ces gens étant arrivés près d'un fiacre qui était arrêté au coin de la rue Sainte-Appoline, plusieurs d'entre eux cherchèrent à déboucler les traits des chevaux et que le cocher les frappait avec son fouet. Le sieur Lespinasse voulut alors rejoindre sa compagnie, mais un homme de cette foule se porta sur lui et chercha à lui arracher son fusil, en disant : canaille, vous assassinez le peuple. Le témoin se débarrassa de cet assaillant et rentra dans les rangs de sa légion. Le jour même, il raconta toutes ces circonstances au sieur Jubé , commandant de son bataillon. VcriotA déclaré que la foule qui descendait la rue Meslay criait: Vengeance! qu'il n'a pas observé si on cherchait à déboucler les traits des chevaux d'un fiacre, mais qu'il a vu une foule de gens autour de ce fiacre, qui était en ti avers de la rue Sainte-Appoline et la barrait, et qu'il s'est aussitôt retiré parce qu'il avait sa femme avec lui. Le marchand de vin de la rue Sainte- Appoline dit n'avoir rien vu d'extraordinaire. Les garçons marchand de vin t!es deux coins de la rue Meslay, qui seuls tenaient les boutiques ce jour-là, leurs maîtres étant à la revue, ont dit qu'ils avaient vu beaucoup de monde descendre la rue Meslay, mais qu'ils n'avaient pas entendu de cris et n'avaient pas vu qu'on cherchât à dételer les chevaux d'un fiacre. L'un de ces derniers témoins a déclaré que plusieurs personnes étaient montées sur des (iaercs au coin de la rue Meslay.

Sur le deuxième fait, le nommé (luth, soldat au 5f régiment de hussards et ordonnance ordinaire du lieutenant-colonel Combes, a déclaré que le 28 juillet, pendant la revue, il ramenait deux chevaux appartenant à M. Combes; qu'il était monté sur l'un et tenait l'autre en lesse, qu'eu arrivant sur le quai des Céiestins, il entendit tirer d'abord trois coups de feu, et ensuite quelques autres, et entendit alors une balle siffler près de lui. Les chevaux qu'il conduisait étant très-vifs, l'un d'eux se cabra, et il fut trop occupé de les retenir pour remarquer d'où partaient les coups de feu. L'instruction a constaté que ce même jour, et avant que l'attentat commis contre la personne du Roi fût connu dans la maison où demeure M. Combes , Gulh, en rentrant, avait dit aux domestiques de son maître qu'il avait manqué d'être tue; qu'on avait tiré sur lui des coups de pistolet; qu'une balle avait passé Notices. 50

( 390 ) près de lui; qu'il l'avait entendu siffler, et que ses chevaux s'étaient cabrés. Lorsque Guth apprit l'attentat, il dit : C'est bien à peu près au même moment qu'on a tiré sur moi.

On a vainement cherché à connaître d'où étaient partis les coups de fusil ou de pistolet, on n'a pu rien découvrir sur ce fait, en supposant même qu'il ait existé, et que les détonations entendues par Guth, ne provinssent pas de pétards tirés par des enfants dans un jour de réjouissance comme l'était le 2 8 juillet , ce qui a eu lieu dans plusieurs autres endroits.

Le sieur Papillon , cocher de voiture de remise, a déclaré que le 28 juillet, étant allé sur le Loulevart pour voir le Roi, il se trouva près du théâtre de la Gaieté, à côté d'un groupe de jeunes gens qui disaient entre eux : Voilà qu'il va passer, il ne faut pas le manquer; qu'alors il se retourna et dit: Pourquoi cela? qu'aussitôt ces jeunes gens s'écrièrent : Voilà un philippisle ; se jetèrent sur lui et le frappèrent. Mais il n'a pu d'ailleurs les faire connaître.

Une lettre, datée du 4 août 1835, annonçait qu'une personne restée inconnue avait été frappée d'un coup de couteau, sur le bouîevart du Temple, le 28 juillet, au moment où elle s'écriait : « Quel bonheur que le Roi ne soit « pas blessé! » On indiquait comme témoins les sieurs Chailh/ et Grequiard.

La même lettre annonçait aussi qu'un négociant de BouIogne-sur-Mer, dont le nom n'était pas signalé, avait dit, à un cocher de cabriolet de remise, que le 28 juillet il avait été frappé sur le bouîevart du Temple, parce qu'il manifestait sa joie de ce que Je Roi n'avait éprouvé aucun mal.

Les sieur et dame Chailhj et leur commis, témoins indiqués pour le premier fait, ont dit qu'ils avaient vu un groupe se former devant leur boutique ; et qu'une femme leur avait dit qu'il y avait dans ce groupe un monsieur âgé, lequel racontait qu'il était près du Jardin Turc au moment de l'esplosion, qu'il avait dit alors : Ceux qui ont fait cela sont des scélérats, et qu'aussitôt il s'était senti frapper; qu'on voyait, en effet, que son habit et son gilet avaient été percés, mais qu'il n'était pas blessé.

Quant au négociant de Boulogne, l'instruction a fait connaître qu'il se nomme Roger. Un cocher de cabriolet, nommé Masson, et un sieur Mahias, ont rapporté ainsi le récit que ce négociant leur aurait fait. Le 28 juillet, au moment de l'attentat, le sieur Roger se trouvait près du Jardin Turc; il se serait écrié : C'est abominable ; il est bien heureux que le Roi n ait pas été atteint. A ces mots, plusieurs jeunes gens se seraient jetés sur lui et l'auraient frappé. Le sieur Mahias a vu des écorchures à la figure du sieur Roger. Celui-ci a été lui-même entendu à Boulogne; il a déclaré qu'il ne se

( 391 ) trouvait pas sur le boulevart au moment de l'explosion; mais que le soir il était assis aune table d'un café situé sur les bouîevarts, qu'il n'a pu désigner d'une manière précise; qu'il y avait à une table voisine deux individus qui causaient de l'événement; qu'il leur adressa la parole en disant : « C'est un bien grand malheur! » que l'un des individus répondit : « Cela n'est pas fini. «Qu'alors le sieur Roger dit : « Comment ! cela n'est pas fini? Est-ce qu'il n'y en a pas assez? » Que ce même individu ayant répliqué « Non cela n'est pas fini ; " le sieur Roger lui dit : « Vous êtes un polisson ; a et qu'aussitôt cet homme lui donna un coup de canne, et s'échappa dans la foule.

Le sieur Bocatte , garçon de service à la prison de la Conciergerie, passant le 28 juillet, à six heures, sur le quai silué entre le pont d'ArcoIe et le pont Louis-Philippe, au moment où un coup de canon était tiré de l'hôtel de ville, fut apostrophé par un individu qui venait du côté opposé, et qui lui dit : Dis donc , crois-tu que c'est le coup de canon qui doit tuer Louis-Philippe?

A la suite d'une réponse insignifiante, cet individu leva la main pour frapper le sieur Bocatte; celui-ci renversa l'assaillant d'un coup de poing, mais deux autres individus sortis d'une rue voisine s étant jetés sur le sieur Bocatte, il prit la fuite. '

Aucun renseignement n'a mis sur la trace de ces trois inconnus.

Gelée (Laurent) , ouvrier tapissier, demeurant rue de la Baiilleiie, n° 3 1 , se trouvait, le 28 juillet, sur le boulevart Saint - Martin, pour y voir passer la revue. Lorsqu'il apprit la nouvelle du l'attentat qui avait été commis sur la personne du Roi, il s'écria hautement : (l'est un grand bonheur que le Roi n'ait pas été tué ! Près de lui se trouvait un individu qui, neritefotdaiM parler ainsi, le regarda de travers et lui lança un violent coup de coude qui faillit le renverser et lui fit vomir le sang. L'individu dont il s'agit, d'après le signalement qui a été donné par Gelée, avait environ 3.6 ans et une barbe de bouc, mais toutes les recherches faites pour le découvrir sont restées sans résultat.

Le 28 juillet, quelques instants après l'explosion, un individu, âgé d'environ 30 ans, de forte corpulence, vêtu d'une veste de velours, se présenta en courant (levant la maison sise boulevart du Temple, n° 15, et, se frayant un passage à travers diverses personnes qui se trouvaient là, il pénétra dans cette maison et ressortit, toujours en courant, par la porte qui donne sur h rue

( 392 ) Mesiay. Comme on lui avait demandé Je motif de cette fuite, il avait répondu qu'on se battait par là, en désignant, disent quelques témoins, le boulevart du Temple. Cet individu , dont le signalement n'a pas été donné d'une manière exacte, n'a pu être arrêté, ni par conséquent confronté avec les témoins qui , du reste, ont déclaré qu'ils ne pourraient le reconnaître.

Le témoin Alphonse Tristam, entendu dans la procédure instruite contre Ficschi , a déclaré, qu'étant dans son atelier, sis rue du Faubourg du Temple, n° 33, le 28 juillet, il avait vu, un instant après avoir entendu la détonation de la machine infernale, un individu qu'il a signalé, escalader la palissade de clôture d'un atelier qui donne sur le boulevart et se sauver par la porte de la rue.

Interpellé s'il reconnaîtrait cet individu , il a répondu négativement.

On sut que le 28 juillet, dans la journée et après l'attentat, un inconnu s'était présenté chez le sieur Nayet, perruquier , rue Montmartre, pour se faire couper les moustaches : il avait paru, disait la note, inquiet et agité, lorsqu'on vint annoncer la nouvelle de l'attentat : une instruction a été faite sans qu'on ait pu parvenir à découvrir cet individu. L'instruction a seulement constaté que le 28 juillet, un instant après que le Roi eut passé sur le boulevart Montmartre , en retournant vers la rue de la Paix, un homme portant la barbe en collier, des moustaches et une mouche, entra précipitamment dans la boutique du sieur Nayet, où se trouvait le nommé Croizet, garçon perruquier; (jue cet homme avait chaud et paraissait agité; qu'il se fit raser par Croizet, et que, pendant cette opération, quelqu'un vint annoncer l'attentat commis sur la personne du Roi; qu'alors l'inconnu demanda à changer de place et se mit derrière un carreau dépoli, de manière à n'être pas vu, et que, dès que sa barbe et sa mouche furent coupées , il dit: en voilà assez! tira précipitamment quatre sous de sa poche, prit sa redingote sous son bras, sans se donner le temps de s'en vêtir et sans permettre qu'on lui essuyât la figure, sortit précipitamment et se mit à courir, disparaissant au milieu de la foule et des voitures.

Croizet a été confronté avec plusieurs personnes alors arrêtées et notamment avec Boireau , mais il n'a reconnu personne.

Dans les premiers moments qui suivirent l'attentat, on recueillait des ren-

( 393 ) seignements sur les moindres faits qui paraissaient alors suspects et qui depuis ont été reconnus insignifiants.

Ce fut alors qu'on reçut la déclaration du nommé Dumont dit Jocko, qui prétendit, que le 27 juillet-, à onze heures du soir, il avait rencontré dans la rue des Fossés-du-Temple , au bord d'une allée, un individu qui faisait chauffer quelque chose dans un chaudron ; que lui , Jocko , avait renversé ce chaudron et ce qu'il contenait, et que l'inconnu lui aurait dit d'un air lâché : J'avais quelque chose de pressé à faire; ce sera pour demain.

Du reste, Dumont n'a pas su ce que contenait ce chaudron , et l'individu dont il a parlé est demeuré tout à fait inconnu.

II existait à Poses, arrondissement de Louviers, en la possession d'un sieur Guérard dit Laroque, une machine composée de quinze petits canons, placés parallèlement et assujettis entre deux pièces de bois, et dont les lumières étaient disposées de manière à être mises en communication par une rainure destinée à recevoir une traînée de poudre, afin de les faire partir simultanément. On savait que Guérard avait trouvé cette machine dans le canal de la Yillette, pendant un de ses voyages à Paris.

Après l'attentat du 28 jiulîet, cette machine éveilla l'attention de l'autorité. On pensait que sa consu'uctiou pouvait avoir quelque connexité avec l'attentat, et que la recherche de son origine pourrait être utile à l'instruction et à la découverte des complices.

L'instruction faite à ce sujet a démontré que la machine dont la possession paraissait suspecte n'est autie < hosc qu'une pièce d'artifice que Guérard a trouvée, il y a environ quatre ans et demi, dans le bassin de la Villctte qui alimente le canal Saint-Martin.

Le sieur Zhendre, qui était maire de la Villette en 1 830, et le sieur Au-' bin, artificier, ont déclaié qu'un feu d'ailifice avait été préparé pour être tiré le dernier jour des fêtes de la Villette, en juillet 1830; que ce feu d'artifice • devait être tiré sur le bassin du canal et représenter l'attaque d'un fort par une flottille; que la révolution de juillet ayant eu lieu à cette époque, on avait jeté les pièces d'artifice dans le bassin, à la sollicitation des habitants qui craignaient quelque accident, si on venait à s'emparer des poudres.

La pièce transportée à Poses par Guérard n'est autre chose qu'une des batteries de ce feu d'artifice.

Une lettre annonçait qu'un nommé Bcrtin , détenu à la Conciergerie, avail déclaré avoir entendu annoncer dans la prison, le 28 juillet au matin, les assassinats commis dans la journée.

( 394 ) Bertin a été cité en justice : il a déclaré n'avoir pas entendu parler, le 28 juillet, d'assassinats qui devaient avoir lieu; mais il a ditque dans cette jourlire on avait, en sa présence, annoncé qu'il y aurait du bruit. Pareil propos avuit été entendu par lui le jour de la fête du Uoi.-

La dame Hanter, demeurant à Paris, rue Michel-Io-Comte, n° 8, se tiouvait prés du Jardin Turc, sur le boulevart du Temple, pour y voir passer la revue, le 28 > juillet dernier. Lorsqu'elle entendit dire que le Roi approchait, elle s'écria : Voilà le Roi. Plusieurs jeunes gens, qui se trouvaient près d'elle, dirent alors : Il peut bien venir, car il n'en a pas pour long temps ; il n'en a pas pour une dcmi-h.'uro. Ce fut peu d'instants après que l'explosion eut lieu.

Le lendemain de l'événement, la dame Ilanier se présenta volontairement devant M. le juge d'instruction pour lui faire sa déclaration, et elle ajouta qu'il lui serait impossible de signaler et de reconnaître les jeunes gens dont il s'agit.

Un nommé Agncl , serrurier, rue Mou ffe tard, n° 193, se présenta le 1er août dernier devant le commissaire de police du quartier Saint-Marcel, et lui déclara que le '28 juillet il avait suivi avec son fds, âgé de 1 1 ans, une légion de la garde nationale qui s'était assemblée aux greniers d'abondance; que parvenu vers le poste de la Galiote, il s'était assis sur un banc sur le boulevart, auprès de deux individus de lui inconnus qui causaient, et que l'un de ces individus avait dit à l'autre, en parlant de la garde nationale qui passait : Us vont bien gaiement, ils reviendront bien tristement.

Âgnela. été cité; il a renouvelé sa déclaration à peu près dans les mêmes termes. 11 a dit avoir entendu : « Us vont bien gaiement, mais je t'assure qu'ils " s'en iront bien tristement. »

Une lettre du sieur Piedana annonçait que la nommée Annetle Gautliiés , sa domestique, avait entendu, le 2 8 juillet au matin, des jeunes gens dire : // est certain qu'aujourd'hui il ne l'échappera pas. Cette fille, entendue comme témoin, a déclaré que le jour de l'attentat, au matin, en passant près du marché Saint- Joseph pour aller à la boucherie, elle avait vu quatre ou cinq

( 395 ) jeunes gens qui causaient entre eux, et qu'elle avait entendu Tun d'eux dire aux autres : C'est siir qu'aujourd'hui il sautera le pas; mais Fauteur du propos n'avait nommé personne; et ce n'est qu'après l'événement du 28 juiîîet que !a filfe Gauthier a pensé qu'il s'agissait du Roi.

Une note annonçait qu'un tambour de la garde nationale avait dit à une portière que le Roi y passerait bientôt, s'il n' était pas mort. On a cherché à remonter à la source de ce propos. L'instruction a constaté que, îe 28 juillet, fa femme Médéralt, domestique, boulevart Beaumarchais, n° 83, étant descendue pour chercher de l'eau, se mit un instant sur la porte pour voir si le Rci passait, et dit : S'il ne vient pas bientôt, je vais remonter. Alors un garde national lui dit: « Ne vous impalientez pas, il va passer dans un quart d heure, « et un instant après, il ajouta : « s'il n'est pas tué. » Ce fut exactement un quart d'heure après qu'elle apprit l'attentat commis contre le Roi.

H n'a été donné aucun indice qui pût faire connaître Je garde national, auteur de ce propos.

Un sieur Dclpont annonça qu'il avait des révélations à faire. Assigné comme témoin, il a déclaré que, le 28 juillet, il se trouvait sur le boulevart Poissonnière, lorsqu'il entendit îles individus qui disaient : Ce sont des malheureux d'avoir tué quatorze personnes, il n'en fallait tuer qu'une ; un autre ajouta : // eût mieux valu en tuer deux autres avec ; ces individus dirent ensuite que l'endroit le plus convenable était la vieille route de Neuillv, sur laquelle le Roi passait isolément.

On n'a pu remonter à la source de ces propos.

Suivant une note transmise à M. le Président, un charretier conduisant du vin, et passant sur le pont de Grenelle, aurait eu, le 27 juillet, une altercation avec le receveur de ce pont, et aurait laissé échapper des menaces pour la revue du lendemain 28.

Le receveur du pont de Grenelle, entendu comme témoin, a déclaré qu'un charretier conduisant du vin clait, en effet, passé sur ce pont le %t juillet, et eue sommé de produire ses lettres d'expédition, il les avait d'abord remises, puis les avait arrachées des mains du préposé, en refusant de payer les droits, et en disant :

( 396 ) Je me (..... de toi ; vous êtes un tas de canailles; demain c'est la revue et vous serez tous pendus ou fusilles. Cet homme tut arrêté un instant par les gendarmes qui îe laissèrent ensuite partir. On n'a pu indiquer que son prénom de Jean. Des recherches infructueuses ont été faites pour le découvrir.

Une lettre signée A'Hévon annonçait qu'un jeune commis libraire avait été arrêté, quelques jours avant le 28 juillet, par des individus inconnus qui lui avaient dit : Avertissez votre libraire d'avoir des fusils tout prêts pour le jour de la revue : le Roi sera assassiné; il faut se tenir prêts.

Le nom du libraire n'était pas donné, ni l'adresse du commis. L'instruction a fait connaître qu'on voulait parler du jeune Piquet, commis chez îe sieur (irimprelle. Il a été cité, et a déclaré que, cinq ou six jours avant le 2 8 juillet, passant rue lîcauregard, il avait été accosté pir trois individus dont un, qui était ivre , lui avait demandé s'il avait un fusil; et comme il répondit que non , en disant pourquoi? le même individu lui répondit: Pour tuerie Roi.

L'ivresse de l'interlocuteur a paru ôter à ce propos toute importance.

Le sieur ùlorlol de Vingy a déclaré que, le 5 août dernier, une dame qu'il n'a pas nommée raconta devant lui qu'elle venait du marché aux Fleurs, delà Madeleine; qu'elle avait été suivie par deux jeunes gens dont l'un portait des éperons; que l'un d'eux s'était approché d'elle au point de mettre sa tète sous son chapeau, et lui avait dit : Grenelle , paraissant attendre qu'on lui donnât un autre mot en réponse; qu'alors elle avait pressé le pas; que ce jeune homme revint près de son camarade qui lui dit : C'est elle, c'est elle. Qu'alors ce même jeune homme s'approcha de nouveau de cette dame, et lui dit encore : Grenelle, tira quelque chose de sa poche et le lui montra, mais qu'elle ne distingua pas ce que c'était; que ces jeunes gens parurent contrariés de leur méprise; et néanmoins suivirent cette dame jusqu'à sa demeure.

Aucune autre suite n'a dû être donnée à cette déclaration dont on ne parle ici que pour montrer avec quel scrupule les moindres faits ont été recueillis.

Le nommé Pierre Duguet, domestique de M. Marccllot, membre du conseil général de la Seine, a déclaré que le 28 juillet, il était allé voir la revue,

( 397 ) qu'il se trouvait près de la Madeleine au moment où le 4' régiment de hussards passait pour défiler; qu'il le suivit jusqu'à la rue des Capucines; que, lorsqu'il fut arrivé près de cette rue, des gardes municipaux lui dirent qu'on ne passait pas; qu'on le fit reculer jusqu'au trottoir, où il se heurta et manqua de tomber; qu'en cherchant à se retenir il prit la bride du cheval d'un garde municipal qui, le croyant sans doute mal intentionné, dit: Il faut conduire cet homme au poste; que plusieurs personnes le dégagèrent en lui disant : Allez-vous en ; qu'il se retira en effet ; qu'à quelques pas de îà il rencontra un individu qui lui dit : Vous avez bien manqué d'être arrêté, et ajouta ensuite quelques mots. Duguet ajouta qu'il ne se rappelait pas bien ces mots, mais qu'il croyait que cet individu lui avait dit : Que ce n était pas le bon moment, ou que ce n'était pas le bon endroit.

Une demoiselle Raffine , demeurant rue des Deux- Portes -Saint-Sauveur, n" 30, a fait une déclaration de laquelle il résulte que dans la nuit du 2 au 3 août 1835, setantniise à la fenêtre, elle entendit plusieurs personnes qui causaient ensemble, et ne put saisir de leur conversation que les phrases détachées qui suivent: Nous en avons trente mille comme ça; il faut nous emparer de ce jeune homme-là; au, lieu d'employer des clous cette fois , nous emploierons des cosses de pois ; je connais mon affaire; au premier mouvement, je serai prêt; que, lorsqu'ils se quittèrent, l'un d'eux dit : Adieu, bonne chance.

Elle disait avoir vu, après que ces individus se furent séparés, de la lumière dans une maison qu'elle croit être celle qui porte le n° 31. Le portier de cette maison a été cité comme témoin. Il a déclaré n'avoir entendu personne rentrer tard dans la nuit du 2 au 3 août. Aucun individu n'a pu être désigné, et les propos rapportés n'ayant pas un rapport assez direct à l'attentat pour motiver de plus amples recherches, l'instruction est restée à ce point.

Un sieur Bcrgettr, cité comme témoin, a déclaré que, le 28 juillet, vers onze heures du matin , il était sous les arcades de la rue de Rivoli , en face le pavillon des Tuileries habite par S. A. R. le duc d'Orléans; qu'il remarqua un jeune homme de 18 à 20 ans qui était avec une dame d'environ 40 ans et un enfant de 14 ans, et qui disait des choses fort inconvenantes en parlant du Roi; que quelques instants après, il entendit ce jeune homme dire, au sujet des personnes qui attendaient le passage de Sa Majesté : Voilà bien des curieux Notices. 5 1

( 398 ) qui se pressent pour voir le Roi; qu'ils se hâtent: peut-être , un peu plus tard; il ne sera plus temps : il aurait ajouté : c'est au moins ce qu'affirment plusieurs personnes. r

Un sieur Delahaye, demeurant à Paris, rue des Lombards, n° 10, avait transmis une note par laquelle il promettait certaines révélations relatives à l'attentat de 28 juillet dernier.

Cité en témoignage, cet homme a fait une déposition tout a fait dénuée d'importance.

Une note qui n'est pas signée, annonce que son auteur avait entendu deux individus dire avant l'attentat, en finissant une conversation: Une machine comme celle-là ne peut manquer de réussir. Cette note ne cite aucun témoin et ne nomme pas l'auteur du propos. Aucune recherche n'a pu être faite.

Une lettre, en date du 1er août dernier, et signée d'un sieur Chapuis, a fait connaître quelques propos, tenus le jour de l'attentat, en présence du fils dudit sieur Chapuis, par plusieurs jeunes gens à barbes longues.

Le sieur Chapuis n'ayant pas fait connaître son adresse, ou celle de son fils, et ne citant aucun nom propre dans son récit, il n'a pas été possible de donner suite aux renseignements qu'il adressait.

D'après un renseignement en date du 1er août 1835, un perruquier aurait dit, deux ou trois jours avant l'attentat, qu'il savait qu'il y aurait du nouveau à la revue , que le coup était si bien monte qu'il ne pouvait manquer.

Des recherches ont été faites; elles ont fait connaître que ce perruquier, qui était désigné comme rasant le curé de Saint-Nicolas-des-Champs, demeurait, à Paris, rue de laTCixéranderie, n° 41 . II a été cité devant un juge d'instruction et inter-

( 399 ) pelle sur les propos dont il s'agit. H a déclaré qu'il ne connaissait pas les auteurs de l'attentat du 28 juillet, mais qu'il avait entendu dire, dans sa boutique, quelques jours auparavant, par des ouvriers qu'il ne peut désigner, qu'il y aurait quelque chose à la revue. H a ajouté que, s'il avait appris quelque fait particulier, il se serait empressé d'en faire part à l'autorité.

Deux portières de la cour Saint-Hilaire furent indiquées comme ayant eu connaissance à l'avance de l'attentat du 2 8 juillet. Elles ont été entendues et ont déclaré n'en avoir eu aucune connaissance.

Un sieur Gavard, commissionnaire, s'est présenté le 11 août dernier devant le commissaire de police du quartier Montmartre, pour signaler quelques propos se référant à l'événement du 28 juillet dernier, qu'il aurait entendu proférer par un inconnu dans un cabaret du quai de Bercy.

Le sieur Gavard a été cité en témoignage ; il a persisté dans les déclarations qu'il avait faites devant le commissaire de police du quartier précité. Le sieur Ravat, cabaretier, chez lequel les propos signalés auraient été tenus, a été appelé à s'expliquer à ce sujet : il a contredit la déposition du sieur Gavard, soutenant qu'il n'avait aucune connaissance de pareils propos.

Une dame fluet était signalée comme ayant dit que son frotteur avait tenu, quelques jours avant le 28 juillet, le propos suivant : Vous verrez comme les (rois jours se passeront.

L instruction a établi que ce frotteur avait dit, en effet, à la sœur de la dame Fluet, non de lui-même , mais comme rapportant un ouï-dire : qu'on ferait sauter le Roi pendant les fêtes de juillet. La sœur de la dame H net a déclaré que ce propos lui avait paru sans importance dans la bouche d'un homme connu pour ses bavardages.

Le sieur Poignant, indiqué comme témoin des projets de complot existant pour le 28 juillet 1835 , a déclaré que la veille de l'attentat un individu qu'il ne connaît pas, le voyant occupé à nettoyer son sabre pour la revue, lui dit : Vous voilà bien occupe ', vous aurez besoin de vous en servir demain à la revue.

Une femme Humbert et un nommé Ralicr avaient été aussi indiqués comme ayant connaissance de faits relatifs à l'attentat; mais ils ont déclaré n'en avoir entendu parler qu'après l'événement.

Une note, adressée à M. le Procureur général, faisait connaître que, le 28 juillet, des individus se trouvant au café Vistel, situé boulevart Poissonnière, n° 6, avaient tenu des propos de nature à faire croire qu'ils avaient connaissance de l'attentat avant qu'il eût été commis. Un sieur Chevalier était indiqué comme ayant tenu ces propos.

La propriétaire du café Vistel a été entendue; elle connaît bien un sieur Chevalier, qui vient habituellement chez elle, et qui s'y trouvait le 28 juillet; mais elle assure qu'il est iricapable d'avoir tenu les propos rapportés, et elle affirme que les faits signalés sont controuvés.

Il a été impossible de pousser plus loin l'instruction.

Une lettre anonyme, écrite de manière qu'on ne pût pas facilement reconnaître la main de son auteur, signalait un Corse comme ayant tenu des propos suspects dans un estaminet de la rue du Faubourg-Poissonnière.

La dame Strong , maîtresse de l'estaminet indiqué, a été appelée en témoignage; elle a dit qu'en effet un homme qui se donnait pour Corse fréquentait son estaminet; qu'il parlait beaucoup de vengeance; que le jour de la revue ( le 28 juillet) il vint à l'estaminet et dit qu'il n'allait pas voir ces choses-là; que plus tard il parla de l'attentat; mais la dame Strong n'a pas pu se rappeler en quels termes.

Des recherches ont été faites pour connaître le nom de cet homme et sa demeure; mais elles ont été infructueuses.

H résulte d'un renseignement transmis à la commission que, le 28 juillet, deux jeunes gens se sont présentés dans le café tenu par la dame Bossy , boulevart Beaumarchais, en disant qu'ils attendaient des amis. Ils laissèrent une canne noire comme signe de reconnaissance pour ceux qui devaient venir: En effet, deux autres jeunes gens vinrent au même café une heure après et dirent, en voyant la canne : « On ne nous a pas attendus. » Ces derniers remirent en partant, au garçon de café, un écrit portant ces mots :

« Philippe , nous avons attendu jusqu'à deux heures ; voyant que vous ne " veniez pas , nous vous donnons rendez-vous au café en face le fort où vous « prenez de la poudre, à Vincennes. Je vous salue : signé Lctellier, » et pour adresse : M. Lcmolle.

On n'a pu obtenir aucune information sur les jeunes gens dont il était question dans cet avis.

Suivant un rapport de gendarmerie, deux individus, en costume de garçons boulangers, seraient entrés, le 27 juillet dernier, chez le sieur Delaguepierre , marchand de vin à Vincennes, avec un artilleur nommé Carraire , et auraient tenu à ce dernier les propos suivants : « Vous paraîtrez à la revue de demain « avec des pièces non chargées ; il n'en sera pas de même de notre machine in- « fernale: il y aura une grande affaire qui changera le Gouvernement. »

Les sieurs Delaguepierre et Carraire ont été entendus comme témoins.

Le premier a déclaré qu'aucun individu en costume de boulanger ne s'était présenté, le 27 juillet, dans sa boutique.

Le second a fait connaître que ce jour-là il était de garde à la salle de police, et n'était pas sorti du château.

Tous deux ont affirmé qu'ils n'avaient jamais entendu tenir de propos semblable à celui qui vient d'être rapporté.

Un billet sans signature, adressé à M. le Procureur général, fit connaître que, le 29 juillet, le sieur Aclocqitc , revenant de conduire son fils en pension, à Châtillon, serait monté dans un cabriolet de remise, dont le cocher, à propos de l'attentat, lui aurait dit qu'à quelques jours de là il avait conduit dans son cabriolet un serrurier mécanicien, de la rue du Bac, qui s'était

( 402 ) vanté d'avoir construit une machine pour tuer le Roi et sa famille, et qui paraissait être sûr de réussir dans son infâme projet.

Le cocher dont il était parlé dans cette note n'a pu être trouvé.

Le commissaire de police du quartier du Marché-Saint-Jean fit savoir qu'un cocher du sieur Lachichc, loueur de cabriolets, avait conduit deux ou trois individus à longue barbe, qui avaient parlé de circonstances paraissant se rapporter à l'attentat du 28 juillet.

Ce cocher, nommé Jean-Baptiste Bcrtheau, a été entendu : il a déclaré que, trois ou quatre jours avant le 28 juillet, revenant de conduire quelqu'un à la Chambre des Pairs, il descendait fa rue de l'Odéon, lorsqu'il fut appelé par un individu, ayant une longue barbe et portant un chapeau pointu, qui monta dans son cabriolet et le fit retourner place de l'Odéon; que là cet individu descendit ; qu'il ne vit pas dans quelle maison il entra , mais qu'il croit que ce fut à l'hôtel Corneille; que quelques instants après, cet individu revint avec un autre, portant aussi une longue barbe; qu'ils montèrent tous deux et lui dirent de les conduire rue Dauphine ; qu'en partant, ils se mirent à causer entre eux, et que l'un d'eux dit : // ne l'échappera pas, le coup est monte pour cela; qu'ils firent arrêter le cabriolet rue du Pont-de-Lodi; que là ils descendirent;- le témoin ajoute qu'il ne vit pas où ils allaient, mais que peu de temps après ils revinrent avec un troisième individu, aussi à longue barbe, qui les quitta lorsqu'ils furent montés en cabriolet , et leur dit en s'en allant: Je pars ce soir pour Orléans; de l'exactitude ; que ces deux individus se firent ensuite conduire à la place de la Concorde et revinrent au Pont-Neuf, où ils tjuittèrent le cabriolet.

Le 28 juillet, peu d'instants après l'explosion de la machine infernafe, le sieur Lamort, ancien limonadier, se trouvait sur le boulevart, près la porte Saint-Martin, devant le café de Malthe, lorsqu'il entendit très-distinctement un homme assez bien vêtu, de 40 à 50 ans, dire à deux individus qu'il appelait par leur nom: L'affaire est faite , nous n'avons plus rien à faire ici ; vite à notre poste.

Ce fait, dont vos commissaires n'ont eu connaissance que fort tard, a motivé l'audition du sieur Lamort; mais ce témoin, en rapportant le propos cité plus haut, n'a pu se rappeler en aucun? manière les noms prononcés par l'inconnu dont il a parlé. II a expliqué son défaut de mémoire parle trouble

( 403 ) dans lequel il se trouvait en apprenant l'attentat : cette circonstance n'a pas permis à vos commissaires de donner suite à ce renseignement, qu'ils ont dû néanmoins consigner dans leur travail.

Le 8 août dernier, M. le préfet de police transmit à M. le Procureur général la copie d'une déclaration faite, le 7 août 1835, par un sieur Hommel, propriétaire et cocher d'un cabriolet de remise portant le n° 1283. De cette déclaration il résulte que, le mardi 28 juillet, à midi et demi, Hommel fut pris à l'heure, rue Vivienne, près de la Place de la Bourse, par deux jeunes gens d'environ 20 ans, qui se firent conduire du côté du Marais, par les nies Neuve-Saint-Eustache, Bourbon- Villeneuve, Sainte-Appoline, Meslay et de Vendôme; que, pendant ce trajet, ces deux" jeunes gens parlaient d'une machine; que l'un d'eux disait qu'elle avait besoin d'être bien dirigée; que l'autre répondit : Oh ! c'est un fort gas, qui est résigné et qui manœuvre cela comme il faut ; que lorsqu'ils furent arrivés rue de Vendôme, l'un d'eux descendit, s'absenta quelques minutes, se dirigea vers le boulevart et revint, en disant : Tout est en ordre, ça ira bien; ajoutant que ce serait malheureux si ça ne marchait pas bien d'après l'argent que ça coûtait ; qu'aussitôt que ce jeune homme fut remonté en cabriolet, on entendit crier : Le Roi arrive ; qu'alors ces deux jeunes gens lui dirent de faire demi-tour et de retourner sur ses pas ; que, près de la porte du Temple , ils mirent pied à terre, en lui donnant cinq francs et disparurent, et qu'un instant après il entendit l'explosion de la machine; que depuis il trouva dans son cabriolet une baguette de pistolet et trois balles, qu'il jeta dans la hotte d'un chiffonnier, au coin de la rue du Pas-de-Ia- Mule.

Hommel a été appelé et entendu comme témoin. II a reproduit à peu près la même déclaration, fixant toujours le fait au 28 juillet.

Un procès-verbal du commissaire de police du quartier Saint-Jean, en date du 31 juillet 1835, annonçait qu'une personne digne de confiance avait déclaré que le cocher du cabriolet de remise portant le n° 1 283 ( celui de Hommel) , lui avait raconté les mêmes choses qui se trouvent dans la déclaration de Hommel; mais ce procès-verbal reportait les faits à la date du 5 juillet.

MM. Bou/and, avoué, à Paris, et Fiot, président du tribunal de Mantes, qui avaient employé le cabriolet de Hommel, le 3 1 juillet, et auxquels il avait raconté ce qui lui était arrivé, ont été entendus. Leur déclaration est semblable à celle de Hommel, mais elle en diffère sur la date, que MM. Boulandc\. Fiot portent au 5 juillet.

Les deux jeunes gens indiqués par Hommel n'ont pu être découverts.

Le 25 septembre dernier, un sieur Misley , demeurant habituellement en Angleterre , se présenta pour foire des révélations relativement à un nommé Ferrari, qui lui avait été signalé comme un absolutiste exalté, s'occupant de projets qui compromettaient la sûreté du Roi des Français, et qui pouvaient se rapporter à l'attentat du 28 juillet.

Il déclara que la dame Ferrari lui avait annoncé, à Londres, longtemps avant l'attentat, que le Gouvernement français allait bientôt tomber; qu'un jour cette dame, en l'absence de son mari, lui montra plusieurs machines construites de manière à pouvoir être introduites dans un bonnet à poil de grenadier, ou même à se cacher dans la main , et dont il devait être fait usage contre le Roi.

Le sieur Misley déclara également que, dans le commencement de mars, un de ses correspondants de Londres lui écrivit, à Madrid, où il se trouvait alors , que Ferrari venait de se rendre à Paris, et qu'il avait expédié des machines pour la France. Enfin, il déclara que, depuis l'attentat, il avait reçu une lettre de Londres, dans laquelle on lui disait que l'on pensait que c'était Ferrari qui en était l'auteur.

Le sieur Misley n'ayant pas cru pouvoir nommer les correspondants qui lui avaient donné ces renseignements, aucun autre document n'étant d'ailleurs venu les confirmer, il n'a été fait aucun acte d'instruction contre le sieur Ferrari.

Bernard (Jean-Baptiste), âge de 53 ans, né à Benoisey (Cdte-d'OrJ, marchand de vin traiteur, demeurant à Paris, barrière du Maine,

Le sieur Molard , surveillant du jardin du Palais-Royal, a déclaré que, le 29 mai 1835, Bernard lui avait dit : Tu portes moustaches, c'est

séditieux Mais tu es gardien du Roi Toi, tous les tiens et ton Roi,

vous serez tous écorchc's le 27 .

Ces derniers mots, quoique le mois ne fut pas indiqué, pouvaient paraître un indice que Bernard avait connu l'attentat projeté pour le 28 juillet. Une perquisition fut faite à son domicile, et un mandat d'amener fut décerné contre lui et exécuté. La perquisition ne produisit aucun résultat, et pendant que

( 405 ) Bernard subissait son interrogatoire, le capitaine de la compagnie de garde nationale dont il fait partie et le commandant du bataillon envoyèrent un certificat constatant qu'il avait toujours fait son service avec exactitude, que quand ses infirmités l'empêchaient, il se faisait suppléer par son fils, et que ses sentiments patriotiques se sont manifestés chaque fois qu'il s'est agi de défendre les lois et le trône de juillet.

Bernard et Mollard ont autrefois servi dans le même régiment ; peut-être Mollard aura-t-H mal compris des termes échappés à Bernard dans une discussion personnelle entre eux. Aucune autre charge n'ayant été indiquée contre Bernard, il a été mis en liberté.

Bonnie (Pierre), né à Lodeve, chirurgien, demeurant à Paris, au Gros-Caillou.

Une lettre datée du 30 juillet dernier, et adressée à M. le procureur général par le sieur Mothet , sergent-fourrier dans la garde nationale et propriétaire, signala le docteur Bonnie comme ayant affirmé, une dixaine de jours avant le 28 juillet, devant trois personnes de la connaissance du sieur Mothet , que le Gouvernement tomberait avant un mois , qu'on pouvait l'en croire sur parole, et comme ayant ajouté que, dans cette intime conviction, il partait pour Prague avec plusieurs personnes, pour aller au-devant de Henri V.

Le sieur Mothet, entendu comme témoin , a confirmé les énonciations de sa lettre.

Le docteur Bonnie, interrogé sous mandat d'amener, a formellement dénié les propos qui lui étaient imputés. II a déclaré, à la vérité, qu'il avait fait un voyage au mois de juillet dernier; mais il a ajouté qu'il n'avait pas dépassé la ville de Bade, et qu'il n'avait jamais été à Prague.

D'après ces explications, et le sieur Mothet n'ayant rapporté que sur des oui-dire les propos cités plus haut, il n'a pas été donné d'autre suite à cette partie de l'instruction.

David (Louis-Auguste), âgé de 20 ans, né à Verneuil-le-IIautier [Haute- Vienne), clerc d'avoué, demeurant à Paris, rue Fromenteau, n° 3.

David a été arrêté à son domicile le 3 1 juillet , sur mandat de M. le préfet de police. H a été saisi chez lui quelques papiers insignifiants.

H a justifié d'une manière satisfaisante de l'emploi de son temps le 28 juillet. Notices. 52

( 406 ) Aucune charge n'existant contre lui, et ses papiers n'ayant aucun rapport i l'attentat, il a été mis en liberté et ses papiers iui ont été rendus.

DoYENNAT (Jacques-François), âge de 33 ans, serrurier en voitures, demeurant à Paris, rue de Menilmontant , n" 6.

Suivant un renseignement transmis à M. le Président, un sieur Hennequin aurait dit qu'un nommé Doyennat, ouvrier serrurier, avait déclaré avoir eu connaissance de l'attentat du 28 juillet.

Doyennat a soutenu n'avoir eu aucune connaissance de l'attentat avant qu'il fût commis, et rien n'est venu infirmer sa déclaration à cet égard.

Une dénonciation anonyme a signalé un sieur Auguste Dussautoy comme ayant parlé , en juin dernier, d'une machine à peu près semblable à celle de Fieschi, machine qui aurait été dressée déjà une fois dans un rez de chaussée de la place Vendôme , dans le but d'attenter à la vie du Roi.

A la date du 8 août , un mandat d'amener fut décerné contre Dussautoy , et le même jour il fut donné avis de cette communication à M. le préfet de police , pour qu'il eût à ordonner des recherches à l'effet de découvrir le lieu sur lequel cette machine aurait été dressée. Ces recherches ont été faites avec soin et ont démontré l'invraissemblance du document qui avait été adressé à la Cour.

L'impossibilité de trouver Dussautoy , dont l'adresse n'était pas indiquée , en supposant même l'existence de cet individu, n'a pas permis jusqu'à ce jour, de mettre à exécution le mandat d'amener.

Un nommé Nicolas Blanche est aujourd'hui détenu pour complicité de vol, sur la déclaration d'un sieur Gazon, avec lequel il paraît avoir été en relation.

Blanche, par une lettre du 13 septembre dernier, a demandé à être conduit devant Fun de MM. les juges d'instruction, pour lui faire, disait-il, des révélations de la plus haute importance.

II a été fait droit à cette demande : Blanche a été entendu par M. Legonidec.

( 407 ) La révélation qu'il a faite devant ce magistrat est peu précise. Elle se résumerait dans ce peu de mots , savoir : que Gazon lui aurait annoncé à l'avance l'attentat du 28 juillet, en l'invitant à ne point se rendre à la revue.

Une perquisition rigoureuse a été opérée au domicile de Gazon.

Elle a été infructueuse.

Peu de jours auparavant, le domicile de Gazon avait déjà été fouillé par ordre de la justice, au sujet d'une autre affaire, on y avait opéré la saisie d'une espingole, d'un sabre turc, d'une paire de pistolets et d'un couteau de chasse.

Les rapports actuels de Blanche et de Gazon ne permettent pas d'ajouter aucune foi à la prétendue révélation du premier.

Femme Gruson (Joséphine-Julienne John ) , âgée de S6 ans, portière, née à Long-Pont près Montlhéry, (Seine-et-Oise), demeurant à Paris, rue de l'Université, n° 82.

Une note indiquait la femme Gruson, portière chez madame la marquise de Montaigu , demeurant rue de l'Université, n° 82, comme ayant dit, avant l'attentat, qu'il ne fallait pas aller sur le boulevart le 28 , qu'il y aurait (juelque chose.

Une perquisition fut faite chez cette femme; on y trouva, 1° une brochure ayant pour titre : Almanach du peuple pour 1835 ; 2° une feuille ayant pour titre : Odieuse machination de Louis-Phil/ppe contrée l'honneur de S. A. R. MADAME; 3° une chanson intitulée : La Parisienne de 1832 ; 4" une gravure au bas de laquelle se trouvent écrits ces mots : Arrivée en Bretagne de S. A. R. M' Régente de France, et de son fils Henri V Dicudonné.

Ces pièces faisaient assez connaître les opinions delà femme Gruson , qui fut arrêtée et interrogée le lendemain 1 9 août.

Elle nia avoir connu d'avance l'attentat qui a été commis le 28 juillet: elle assura qu'elle n'avait pas tenu le propos qu'on lui imputait.

Ce propos n'étant confirmé par la déposition d'aucun témoin , la femme Gruson a été mise en liberté.

La FARGUE (Jacques- Pierre ), âgé de 67 ans , régisseur du théâtre des Funambules, demeurant à Paris, rue des Fossés-du-Tcmplc , n" 37 bis.

Une lettre anonyme annonçait que le nommé Lafargue connaissait les complices de l'attentat du 28 juillet, et qu'il avait conseillé à un sieur Tuuc.hard de ne pas aller à la revue.

Laf argue a été cité; il a soutenu qu'il n'avait pas entendu parler de l'attentat avant qu'il ne fût commis, et qu'il n'avait conseillé à personne de ne pas aller à la revue.

Touchard, entendu comme témoin, a déclaré que Lafargue ne l'avait pas engagé à ne pas aller à la revue.

PoiRET (Charles), âgé de 42 ans , marchand bonnetier , demeurant à Paris, rue Saint-Denis, n" 292.

M. Queneau , propriétaire , demeurant rue de Tracy, n° 6 , a déclaré , qu'étant à la revue, comme garde national, il avait pris part à une conversation dans laquelle il avait entendu un chasseur de la 6e légion qui disait : « // «y a six semaines environ, on m'a dit qu'il s'établissait une machine « infernale contre le Roi. »

Ce chasseur était le sieur Poire t: appelé en témoignage, celui-ci a déclaré qu'il n'avait pas prononcé les paroles rapportées parle sieur Queneau; qu'il avait seulement dit avoir entendu parler en voyage, il y avait trois semaines ou un mois, d'un complot qui avait eu ou devait avoir lieu; il a ajouté ne pas se rappeler si on le lui avait dit, ou s'il l'avait lu dans les journaux.

/ VALERIUS ( Philippe), âgé de 40 ans, bandagistc, demeurant à Paris , rue du Coq-SaintHonoré , n" 7 .

Une note envoyée à la commission d'instruction annonçait que, le 10 août dernier, la femme Faure ayant conduit son fds à Saint-Eustache , pour

( 469 ) sa première communion , y avait été accostée, près de Ja chapelle de la Vierge, par un inconnu qui lui avait demandé ce qu'elle pensait de l'archevêque , et qui avait fini par lui dire :

« Je suis V alevins, le bandagiste ; je vous garantis que d'ici à peu de temps , « il y aura une catastrophe , et que Henri V montera sur le trôné. »

Dans la note, il était ajouté que la dame Faure avait rapporté le propos à son mari, qui n'y fit pas grande attention, mais qui se l'est rappelé après l'attentat du 2 8 juillet.

La dame Faure , dans une déposition circonstanciée , a rapporté d'une manière différente ce qui lui avait été dit par le sieur Valerius. Leur conversation avait roulé sur certaines difficultés qui existeraient entre le clergé de Saint-Eustache et celui de Saint-Germain-I'Auxerrois. La déposition de la dame Faure se termine ainsi : « C'est désagréable que l'église de Saint-Ger- « main-rAtixeiTôis ne soit point rouverte. Il m'a dit: Cet état de choses ne peut « pas durer ; avant peu il y aura un changement; je croirais qu'il a dit : un grand «changement, je n'en suis pas sûre. II n'a parlé ni de catastrophe, ni de « Henri V. »

La déclaration du sieur Valerius s'est trouvée conforme à celle de la dame Faure. H a annoncé avoir dit, au sujet de difficultés qui auraient existé entre les deux curés, que c'était une calamité, et que cela ne pouvait pas durer longtemps.

Un document avait annoncé que le sieur Lepclletier de Sainl-Fargeau aurait dit, avant le 2 8 juillet, que dans peu de jours le Roi serait assassine, etquï/y avait un comité compose de trois membres organisé à cet effet.

Le domicile du sieur Lepclletier de Saint-Fargeau avait été indiqué aux Batignolles, rue des Carrières, n° 4. II a été recherché à ce domicile ; il n'y •■tait pas connu du portier. Mais un locataire de la maison fit connaître que depuis plus d'un an le sieur Lepeletier de Saint-Fargeau avait quitté les Batignolles pour aller demeurer à Saint-Gcrmain-en-Laye.

Une perquisition a été faite à Saint-Germain-en-Laye au domicile du sieur Lepellctier de Saint-Fargeau , et n'a produit aucun résultat.

Aucun témoin n'étant indiqué' qui pût s'expliquer sur les propos attribués au sieur Lepellclier de Saint-F argeau , les recherches n'ont point été poussées plus loin.

On avait signalé un sieur Rodez , que l'on disait être portier de I» maison

( 410 ) n* 12, rue de Vendôme, comme ayant dit, quinze jours environ avant l'attentat, qu'il connaissait un mécanicien qui tuerait plutôt trois cents personnes que de manquer le Roi. <

Le portier du n° 12, rue de Vendôme, ne se nomme pas Rodez; il porte le nom de Etibcn : il nie avoir tenu ce propos ; il n'existe point d'ailleurs de portier du nom de Rodez dans cette rue, et tout se réunit pour ôter toute importance a ce renseignement anonyme.

Fagnon , graveur sur bois, demeurant à Paris , place Dauphine ,

Le sieur Fagnon avait été signalé comme ayant dit , quelques jours avan t l'attentat du 2 8 juillet: // est impossible qu'il échappe cette fois. Aucun témoin n'était indiqué comme ayant entendu ce propos.

Une perquisition a été faite chez Fagnon ; elle a été sans résultat. L'instruction a constaté que cet individu était souvent absent de chez lui ; que sa conduite paraissait peu régulière: mais elle n'a pas confirmé que Fagnon eût tenu le propos qu'on lui avait imputé.

Fagnon est maintenant absent de Paris ; il n'a donc pu être interrogé.

Mahu ( Louise ) , âgée de 23 ans , née à Maursovilliers ( Etire ) , journalière , demeurant à Paris, rue des Carmes , n" 44.

Le 28 juillet la fille Mahu aurait dit au marché de la Vallée, que le Roi serait assassiné pendant les fêtes de juillet.

Ce propos fit penser que cette fille, connue du reste par ses opinions anarchiques, pouvait avoir eu quelques rapports avec les complices de Ficschi.

Perquisition fut faite à son domicile, mais sans résultat; la fille Mahu fut interrogée , le 2 août dernier.

fille nia le propos qui lui était imputé. L'inspecteur des marchés, entendu

( 411 ) comme témoin, a fait perdre à ce propos de sa gravité. Cette fille aurait dit : C'est bien de hasard si le. Roi n'est pas assassine , propos de même nature que bien d'autres qui ont été prononcés à la même époque, et qui cependant n'établissent aucune participation à l'attentat de la part de ceux qui les ont tenus.

Maesner (Paul), âgé de 18 ans, ébéniste, demeurant à Paris, rue du faubourg Saint-Antoine , n° 86.

Un sieur Stréby , ébéniste, a pour ouvrier depuis quatre ans Paul Maesner ; le dimanche 26 juillet dernier, il l'envoya près la dame Fèrreris, demeurant aux BatignoIIes Monceaux, pour faire quelques réparations aux meubles de cette dame. Ce jeune homme, tout en s'y livrant à ses travaux, tint quelques propos qui plus tard semblèrent annoncer qu'il avait connaissance de l'événement alors en projet. Paul Maesner, a été appelé comme témoin , dans îe but de faire connaître à la justice la source des propos tenus par lui. H n'a pas nié une partie de ces propos, il les a expliqués;' il a prétendu qu'il n'avait fait que répéter ce qu'il avait entendu dire à des individus qu'il n'a pu signaler.

MÉTEYER, dit Normand ( Albert-Guillaume-François), âgé de 33 ans, menuisier , demeurant à Paris , passage Popincourt , n° 3.

Une déclaration faite le 9 août dernier, devant le commissaire de police du quartier Bonne-Nouvelle, avait signalé le sieur Méteijcr, ouvrier menuisier, comme ayant eu une connaissance anticipée de l'événement du 28 juillet.

Une perquisition fut faite immédiatement au domicile de cet homme. Cette perquisition a été sans résultat, et de bons renseignements furent obtenus sur Méteyer.

Interrogé sur les propos qui lui étaient imputés, le sieur Méteijcr a déclaré ne les avoir point tenus.

■PONSJN (Jules-Nicolas), âgé de Jl ans et demi, cuisinier, né à Stenay (Meuse) , demeurant à Paris, me de Lille, n° 75.

MEYMAC (Jean- Jules), âgé de 34 ans, restaurateur, né à Sai?ite-Foix (Gironde) , demeurant à Paris, rue Croix-des-Petits-Champs ,n° 38.

Ponsin fut arrêté, le 28 juillet , en vertu d'un mandat de M. le préfet de police.

Il avait dit, le 27 juillet, qu'on avait manqué d'assassiner le Roi, à Neuilly, mais qu'on ne le manquerait pas à la revue du 28. II avait dit le même jour, en parlant devant le sieur Ilalot , à une femme Tranchant , qui annonçait le projet de remettre une pétition au Roi, à la revue : Si vous voulez remettre une pétition aujioi, il faudra vous y prendre de bonne heure; on lui fera son affaire ce jour-là: on l'a manqué sur le chemin de Neuilly , mais on ne le manquera pas à la revue.

Ponsin ajoutait qu'il y avait quarante personnes qui venaient chez le sieur Meymac, son maître; qu'on ne parlait que de cela; que quatorze avaient été arrêtées, que trois étaient évadées et que les autres seraient aussi bientôt évadées; que son maître était de la garde nationale à cheval, que ce serait lui qui ferait le coup, qu'il en était le chef.

Ponsin a déclaré qu'il avait entendu dire tout cela chez le sieur Meymac, peut-être par lui, peut-être par d'autres; que la plupart des individus qui fréquentaient son maître étaient républicains.

Une perquisition a été faite chez Meymac; elle n'a rien produit.

Meymac, qui fait partie d'une compagnie d'infanterie de la garde nationale, a été interrogé sur mandat de comparution; il a nié tous les propos qui lui ont été imputés par Ponsin, dont le témoignage est loin d'inspirer une entière confiance ; les antécédents de Meymac éloignaient d'ailleurt. l'idée qu'il ait eu aucun rapport avec les auteurs de l'attentat du 28 juillet.

Meymac et Ponsin ont été mis en liberté.

MARTIN (Jean), âgé de 27 ans, tailleur, né à Toulon-sur-Aroux (Saôncet-Loire) , demeurant à Pai'is, nie des Pctits-Champs-Saint-Martin .

Martin fut signalé comme ayant dit, ie 27 juillet, à une domestique, nommée Hortense, que le lendemain il y Surait des coups de fusil tirés et du sang répandu du côté de la porte Saint-Martin, et que l'on ferait des barricades sur tous les boulevarts.

Le 1*' août, un mandat d'amener et de perquisition fut décerne contre lui.

Cette perquisition donna lieu à la saisie d'un livret contenant les statuts de la société des Droits de l'homme, et les portraits des accusés Kersatis/e , Delente et Imberl.

L'instruction a fait connaître que Martin a travaillé, pendant trois ans, chez le sieur Marais , tailleur, qui ne l'a renvoyé que parce qu'il ne gardait plus d'ouvriers chez lui, et qui alors l'a adressé au sieur Faucher, chez qui Martin travaillait depuis trois mois, au moment de son arrestation. Tous deux ont rendu de lui un bon témoignage.

La nommée Iforteuse a été appelée; confrontée avec Martin, elle l'a reconnu, et a déclaré que, le 27 juillet, il lui avait demandé si elle irait à la revue; qu'elle fui avait répondu que oui, et qu'alors il lui aurait dit : // y aura peut-être des barricades à /a porte Saint-Martin et du bruit à la revue ; mais, en même temps, elle a ajouté qu'au ton dont.il disait cela, elle avait pensé qu'il plaisantait.

Martin a déclaré ne pas se rappeler avoir tenu ce propos. Interrogé sur la possession du livret trouvé chez lui, il a dit qu'il lui avait été donné à l'époque ou l'on voulait former une société pour l'augmentation des salaires. Mais il a déclaré, en même temps, n'avoir fait partie d'aucune société.

Martin a été mis en liberté.

Femme Mazeau (Rosine Roucf.MaT), âgée de 2.9 ans, ciutju-./i, re , née à lieaurard-lc-J enne , près Aurnal ( Sommé) , demeurant à Paris , rue du Faubourg-du-Temple , n" 14.

Des renseignements firent connaître que la femme Mazeau avait, dans les derniers jours de juillet, annoncé qu'il y aurait du bruit à la revue , et avait engagé le sieur Laforest, son voisin, à ne point y aller; qu'elle avait ajouté que, quant à elle, elle était tranquille, parce que son mari était déterminé à ne point sortir. Elle fut arrêtée et interrogée; elle nia d'abord le propos qui lui était imputé; elle prélendit qu'elle n'avait rien dit de semblable; mais bientôt, mise en présence de la flame Laforest , elle linil par convenir que diverses personnes, qu'elle no pouvait indiquer, lui avaient dit qu'il y aurait du bruit à la revue, et qu'on craignait qu'on attentât à la vie du Roi. Ces craintes, ajouta la daine Mazeau , étaient motivée sur l'attentai de Neuilly, dont il était

'.Notices. 53

( 414 ) question Journellement dans les journaux : on en concluait, disait-elle, que, peut-être, les complices de cet attentat pourraient essayer de le mettre à exécution dans la journée du 28 juillet. Au surplus , il n'est pas établi que la dame Mazeau ait eu personnellement connaissance de ce qui devait se passer dans cette fatale journée.

JOSSET, tourneur, demeurant à Paris, rue de Chabrol, n" 4.

Une note transmise à M. le Président signalait Josset comme ayant dit, fa veille de l'attentat, que les fêtes de juillet étaient les dernières que verrait Louis-Philippe.

Le sieur Chappc et le perruquier Lebrun ont été cités comme témoins.

Chappc a déclaré qu'if tenait de sa femme que I.ehrun, perruquier, avait rapporté que Josset avait dit, la veille de fa revue, que cette revue serait la dernière que verrait Louis-Philippe.

Lebrun a déclaré que, fe 27 juillet, if rasait fe sieur Josset : comme le temps était nébuleux, if lui dit que ce serait fâcheux qu'if plût pour fes fêtes, Josset répondit : « II faut espérer qu'il n'arrivera pas de mal ce jour-là. »

Le propos est si vaguement rapporté , qu'if n'a pas paru qu'il y eut fieu d'interroger Josset.

Femme OUDART ( Françoise- Augustine Bigot), âgée de 48 ans , sans profession, demeurant à Paris, rue des Martyrs, n" 16.

La dame Oudart était signalée comme ayant dit, le 28 juillet, à l'hôtel des finances, que le Roi serait assassiné à la, revue. Le même renseignement indiquait le sieur Desnotjers , employé de ce ministère, comme ayant répliqué : il faut bien que cela finisse, on a trahi la révolution de juillet.

Un juge d'instruction a entendu madame Oudart.

Elle a déclaré qu'elfe se trouvait, le 28 juillet, au ministère des finances, pour voir passer fa revue, mais qu'elle n'a tenu aucun propos de fa nature de celui qui fui était imputé, et que fe sieur Desnoyers n'a pu par conséquent mi faire aucune réponse à ce sujet.

Phksi.eur ( Jean-Michel-Charles), âgé de 45 ans , ferblantier-lampiste , né à Paris, y demeurant , rue des Fossés-du-Templc, n" 20.

Le sieur Forge , appefé comme témoin, a déclaré que le 28 juillet, il

avait rencontré Presleur sur le boulevart , et que celui-ci lui avait dit : C'est aujourd'hui le coup de bas de Louis-Philippe.

Une perquisition a été faite chez Presleur : elle a. produit la saisie de chansons et gravures légitimistes, mais on n'a trouvé aucune pièce ayant rapport à l'attentat du 28 juillet.

Presleur a nié avoir tenu le propos à lui imputé par le sieur Forge ; aucun autre témoin n'étant d'ailleurs indiqué, il a été mis en liberté.

Rivert, âgé de 73 à 78 ans.

Le sieur Cosson, perruquier, rue Mouftètarcl , a déclaré que, le 2 8 juillet dernier, un sieur lïivert serait venu le trouver, pour se faire raser, vers sept heures du matin , et qu'il l'aurait, à cette occasion, entretenu de la revue projetée pour le même jour. Le sieur Cosson a ajouté qu'il avait cru, dans la conversation de cet homme, apercevoir quelques connaissances prématurées de l'événement alors en projet.

Un mandat d'amener a été décerné contre Rivert, qui parait inconnu clans la maison où, suivant Cosson, il aurait été logé à cette époque.

L'information n'a pas eu d'autre suite.

SaUVJGNON ( Jean- Baptiste- François -David ) , âge de // ans, papetier, ne à Bordeaux ( Gironde J , demeurant à Paris, rue Si mon-Lefranc , n° 18.

Une lettre signée Duhamel signalait le nommé Sauvignon comme s, étant promené, le 28 juillet, sur le boulevart, en tenant de mauvais propos sur le Hoi, et ayant dit, notamment: Pourvu que cet imbëcille ne le manque pus , c'est noire affaire.

Une perquisition faite chez Sauvignon donna lieu à la saisie, L° d'une lettre écrite par un nommé Le comte , datée de Bordeaux, le 13 avril 1835, dans laquelle se trouvaient quelques lignes en chiures ; 2° d'une autre lettre entièrement écrite en chiffres.

Le chiffre étant fort simple, ces lettres ont pu facilement être lues. Lecomlc, il mis un passage en chiflres, dit à Sauvignon de lui écrire de cette manière. La seconde lettre est de Sauvignon, il annoncé à son camarade qu'il est malade en ce moment.

( 416 ) On a aussi saisi chez Sauvignon une petite gravure représentant Danton à la tribune , et un dessin au crayon d'un bonnet de liberté avec des inscriptions analogues.

Sauvignon a été arrêté au moment de la perquisition; il a été interrogé et a déclare qu'il s'était en effet promené le 28 juillet sur les boulevarts , depuis neuf ou dix heures du matin, jusqu'à la revue, mais il a nié avoir tenn le propos que lui impute la lettre signée Duhamel. Le signataire de celte leltie n'ayant point donné son adresse, il a été impossible de le faire entendre, et comme il n'avait d'ailleurs indiqué aucun témoin , le fait n'a pu être r'érifié. Sauvijïnon a été mis en liberté.

Bak (Auguste), âge de .35 ans , journalier , demeurant à Paris, rue des Guiltc.mittes , n" 2.

A l'époque des fêtes de juillet, Auguste Bar était ouvrier chez le sieur Marteau, artificier, faubourg Poissonnière, qui, le 27, avait établi, par ordre de l'administration, sur la place du Marché des Innocents, des feux de couleur auprès des tombes de juillet : Bar avait été envoyé le soir pour porter de l'esprit de vin à l'ouvrier chargé de l'entretien de ces feux. Tous les deux sont restés ensemble jusqu'à minuit.

Le 29 juillet au matin, dans la boutique d'un épicier de la rue du Faubourg-Sain t-Denis, et dans l'atelier du sieur Marteau, Bar a tenu des discours fort extraordinaires qui ont eu quelque retentissement dans Paris. C'est en effet dans la rue Dauphine qu'en a été recueilli le premier bruit.

A six heures et demie , d'après un témoin , à sept ou huit heures selon un autre, un individu qui était Auguste Bar avait dit que lundi soir, vers minuit, il avait été arrêté et conduit par fofee dans une maison où on lui avait fait faire des cartouches jusqu'au lendemain à midi. Il disait : Nous étions au moins soixante ; une personne présente ayant dit : Mais pas dans la même pièce? il avait répliqué : // y en avait quatre. H avait ensuite annoncé qu'il connaissait particulièrement quelques-uns des individus qui l'avaient arrêté; qu'on lui avait promis de l'argent si le coup ne réussissait pas, et , dans le cas où le coup réussirait, une place s'il savait écrire.

C'était rue Aubry-le-Boucher, au rapport de l'épicier, et rue Transnonain, suivant une autre déposition, que Bar avait dit avoir été arrêté. Un troisième témoin a déclaré lui avoir entendu dire que ces fripons (c'est ainsi qu'il s'était exprimé) l'avaient forcé de les suivre boulevart du Temple , à l'endroit même où était la machine; qu'il l'y avait vue; qu'il y avait beaucoup de monde; qu'ils étaient dans trois chambres au nombre de plus de soixante; qu'ils avaient fait

( 417 ) des cartouches et des balles; qu'ils ne s'étaient retires qu'après l'affaire manquée ; que la porte leur avait été ouverte , et qu'ifs s'étaient sauvés tous.

Les témoins se sont accordés à dire, en rapportant ces discours, que l'homme qui les tenait avait l'air de ne pas avoir la tête à lui.

C'est vers sept heures du matin , d'après le contre-maître du sieur Marteau, que dans son atelier , Auguste Bar a fait un récit à peu près semblable.

Le contre-maître lui i demandé pourquoi il n'était pas venu la veille. H a répondu que ce n'était pas sa faute, qu'après avoir quitte l'ouvrier auquel il avait apporté de l'esprit de vin au marché des Innocents, il avait été abordé par deux ou trois individus qui l'avaient forcé à les suivre dans une maison de Fa rue Auhry-Ie-Boucher, au quatrième (à ce que croit le contre-maître), où s'étaient trouvés une cinquantaine d'autres individus; qu'il avait passé fa nuit à boire avec eux, et qu'on ne l'avait laissé sortir qu'à deux heures après midi. H a ajouté qu'on lui avait pris dans cette maison ses souliers et une cravate. Au moment où il fit ce récit, il avait aux pieds des souliers neufs. II a dit qu'il venait de les acheter.

Des explications lui ayant été demandées, il a exposé que, le 2 7 juillet, étant parti à minuit du marché des Innocents pour rentrer chez lui , il avait rencontré dans la rue Aubry-Ie-Boucher , des ivrognes qui l'avaient insulté et frappé; qu'il avait continué son chemin; qu'il était couche à minuit un quart.

Interrogé sur les discours qu'il avait tenus, il a dit avoir fait cette fystoïrè pour s'excuser de n'avoir pas travaillé le mardi. Mais il n'avait pas besoin d'une telle excuse dans la boutique de l'épicier.

Toutefois, indépendamment de l'invraisemblance du récit d'Auguste Bar, il résulte de l'instruction qu'il n'a pas acheté, le 29 juillet, les souliers neufs qu'il a montrés au contre-maître; qu'en effet il les avait commandés a un cordonnier qui est son voisin, qui les lui avait livrés la veille, dans l'après-midi ; fjue ce même jour, 28 juillet, dès huit ou neuf heures du matin, il était alléchez le cordonnier les lui demander; qu'il avait passé presque toute la journée à boire dans la boutique d'un marchand de liqueurs, rue Vieille-du-Temple , if 68. C'était dans son quartier. H a fait une dépense assez considérable, qu'il n'a pas payée. H a déclaré que le lendemain , 29 juillet, avant de se rendre dans le faubourg Poissonnière, il avait bu pour sept à huit sous d'eau-de-vie chez le même marchand de liqueurs.

II n'y avait pas d'autre suite à donner à ces informations.

CllSTOT (Jacques-Octave), âgé de 24 ans, né à Gaé'le , pris tfaple's, commis négociant, demeurant à Paris, rue Coquillilre , n° 2S.

Le sieur Custot quitta Marseille, où sa famille est établie, pour venir à

( 418 ) Paris, où il arriva clans les derniers jours de juillet dernier, et alla demeurer rue Coquillière, n° 28.

Cuslot fut signalé comme professant habituellement des opinions républicaines et comme s'étant rendu à Paris dans l'intention d'y assassiner le Roi.

En passant à Lyon, il avait, disait-on, assisté à un repas républicain où on l'aurait coiffé d'un bonnet rouge.

A Paris, quelques jours après l'attentat, Cuslot aurait dit au Palais-Royal que Girard était un maladroit parce qu'il avait tué beaucoup de monde sans tuer le Roi ; que pour lui il ne l'aurait pas manqué et ne le manquerait pas lorsque son parti le lui commanderait.

Une perquisition fut faite le 4 août au domicile de cet individu; on y saisit diverses lettres sans importance, de la poudre, une balle, du plomb et notamment un bonnet rouge dit phrygien.

Le mandat d'amener décerné contre Custot fut mis à exécution.

Dans son interrogatoire, cet individu repoussa l'inculpation qui lui était faite; il prétendit n'avoir jamais tenu le propos qu'on lui impute; affirma que le jour indiqué il n'était pas au Palais-Royal, mais à Charenton , en compagnie de diverses personnes.

Quant au bonnet dit phrygien , il a déclaré l'avoir depuis le carnaval dernier.

Tous les renseignements donnés sur cet individu échappaient au contrôle de l'instruction; aucun témoin n'avait été indiqué. En cet état, Custot a été mis en liberté.

FAUCHEUX (Pierre), âgé de 42 ans, menuisier, né à Paris, y demeurant, rue Saint-André-Popincourt , ?t° 17 .

DESJEUX (Louis-François), âgé de 32 ans , ébéniste , né à Paris, y demeurant, rue Moreau,n' H.

Un nommé Faucheux , républicain connu du quartier Popincourt, et membre de l'ancienne société des Droits de l'homme, prétendit le 28 juillet dernier, en apprenant l'attentat du même jour, avoir eu connaissance depuis la veille du projet conçu contre la personne du Roi. Ce propos, proféré en présence de témoins, provoqua l'arrestation de cet homme. Il prétendit tenir la nouvelle de l'événement encore en projet du nommé François Desjeux , son beau-frère. Celui-ci fut alors recherché et arrêté. II n'a pas nié la circonstance du propos qui lui est imputé. II l'aurait , suivant lui, entendu rapporter vaguement et en aurait parlé de même à sa sœur. Il n'a pu nommer les per-

( 419 ) sonnes par l'intermédiaire desquelles cette annonce serait venue frapper ses oreilles.

Une perquisition a e'té faite aux domiciles des susnomme's : Faucheux a été trouvé nanti d'une arme de guerre appartenant à ï'État et dont il était dépositaire comme garde national : cette arme, sur la demande du colonel de la 8e légion , a été rétablie à la mairie du 8e arrondissement.

II a été placé en outre sous la main de justice quelques écrits qui ne peuvent être l'objet d'aucune inculpation.

Quant aux perquisitions faites chez Desjeux , elles n'ont été suivies d'aucun résultat.

Galland (Victor-Jules), âgé de 23 ans , ouvrier en châles, né à Paris, ij demeurant, rue de Paradis-Poissonnière , n" 39.

Galland a été signalé comme ayant dit qu'il s'était trouvé sur le boulevart au moment de l'attentat, parce qu'il savait qu'il devait se commettre, et qu'il en connaissait les auteurs.

Une perquisition a été faite au domicile de cet individu ; on n'y a rien trouvé qui eût rapport à l'attentat du 28 juillet.

On fut informé que le 28 juillet, un homme était venu louer, moyennant dix francs, un cabriolet de place, sur le boulevart des Italiens, à dix heures du soir; qu'il l'avait conduit devant une porte de la rue de Grairunont; que là, un individu, se disant fils de la portière, était monté dans le cabriolet, et s'était fait conduire à Sceaux pour y porter le journal du soir. On voulut savoir quel motif pouvait faire porter un journal à si grands frais. L'instruction a établi que le joui nal avait été porté à M. Juleau, agent de change, qui était alors à Sceaux; que son caissier, ayant ordre depuis longtemps de lui porter le journal du soir à la campagne, toutes les fois qu'il était arrivé quelque événement important, avait pensé que l'attentat on était un assez grave pour qu'il fît la dépense d'une course de cabriolet, même à 10 francs, pour porter le journal qui l'annonçait.

COLLAS, coiffeur employé par l'Opéra, demeurant à Paris, rue. Ncuve-drs Mathurins , n° 54.

Un sieur Collas, coiffeur, avait été désigné comme ayant annoncé, le jour de l'attentat, que si Louis-Philippe l'avait échappé, il n'échapperait pas sans doute à une mort plus cruelle qui lui était réservée.

On n'a pu indiquer le lieu où ce propos aurait été tenu , et il n'a .été désigné aucun témoin qu'on pût faire entendre. On n'a pas cru que l'instruction dût être poussée plus loin,

Un procès-verbal du commissaire de poîiceduquartier du Marché-S.-Jcan annonçait qu'un nommé Knard avait déclaré avoir des révélations fort importantes à faire.

Suivant le même procès-verbal, cet homme aurait raconté que le 28 juillet, une demi-fieure ou trois quarts d'heure après l'attentat, un individu, ayant son habit et son pantalon fraîchement déchirés, serait venu acheter des bottes chez la dame Mansaud, pour laquelle il travaille, et que cet individu avait dit qu'il avait sauté par une croisée,

Enarda. été cité : il a déclaré que le 28 juillet, en revenant d'une course, il vit un jeune homme qui venait d'acheter des bottes chez la dame Mansaud ; que cette dame l'avait chargé de porter les bottes et d'accompagner le jeune homme; que chemin faisant celui ci lui aurait dit qu'on avait tâché de tirer sur le Roi ; mais que malheureusement on l'avait manque, et fju'on avait tué le fiis d'un mauvais général; qu'il avait accompagné ce jeune homme jusqu'à son hôtel, rue Guénégaud , n° 16, et lui avait proposé de cirer les boites qu'il avait apportées ; mais que le jeune homme lui avait répondu : « Non, non, il faut que je retourne » là-bas, pour savoir ce qui se passe; » qu'il lui avait demandé ensuite si sa redingote n'était pas déchirée, cl qu'alors il avait reconnu une déchirure à l'épaule droite, et une en dedans du genou gauche du pantalon.

Knard ,x\ui parait d'un esprit borné, a dit n'avoir pas beaucoup de mémoire.

La dame Mansaud a été appelée comme témoin : elle a dit que le 28 juillet un jeune homme était venu chez' elle pour acheter des hottes ; qu'il avait demandé qu'on les lui portât, disant demeurer près du Pont-Neuf; que son ouvrier Knard venant à rentrer en ce moment , elle l'avait envoyé avec ce jeune homme ; mais qu'elle n'avait pas fait attention si celui-ci avait ou non son pantalon déchiré. H n'a pas été question que ce jeune homme eût dit qu'il avait passé par une croisée.

( 421 ) Eard avait déclare que ce jeune homme occupait, dans un hôtel garni, un cabinet portant le n° 5 : le maître de l'hôtel a été cité, et a dit que ce cabinet était occupé par un sieur Vigneron , avocat à Angoulême, qui sortait toujours avec des papiers, et s'occupait d'écrire sur la mythologie.

DrjPUlS (Xavier), âgé de 38 ans, démolisseur ; demeurant à Paris , place Saint-Jean , n" 7.

Par suite d'un rapport du 31 juillet dernier, le sieur Dupais aurait déclaré connaître le nommé Girard, avec qui il aurait même bu plusieurs fois dans Je café Permet. Dupuis a été entendu, et a déclaré qu'il connaissait en effet un nommé Girard, mais que ce n'était point fauteur de l'attentat, et que, depuis cette époque, il avait vu plusieurs fois le sieur Girard dont il avait voulu parler.

LANDRY (Vialat), âgé de 42 ans, homme, de peine de la maison du Rot , demeurant à Paris, rue Tkévenot, n" 30.

Le sieur Landry fut rencontré, dans la nuit du 1er au 2 août dernier, ivre et à moitié endormi au coin d'une borne de la rue Sainte -Foi; arrêté par la patrouille, il demanda à être reconduit a son domicile, ce qui eut lieu. Lorsqu'il y arriva, le chef de patrouille s'adressa à la femme Landry, qui excusa son mari, et dit : « Depuis cette affaire (de l'attentat) , il est tout dérangé; il a •i vu quelque chose; niais qjtiè voulez-vous? on ne peut rien dire, on ne veut » pas se mêler de ces affaires. »

Le rapport du chef de patrouille ayant été transmis à M. le Procureur général , Landry a été internée ; mais on n'a pu tirer de lui aucun éclaircissement. Savait-il quelque chose de ce qui se tramait V connaissait- il un des inculpés/ cu.'.st ce qu'on n'a pu éclaire ir. Il a prétendu avoir vu entier dans une maison, rue iîasse-dii-TcinpIc, quelques jouis avant l'attentat, un homme portant une barbe de boni:; il a ajouté <|u'd pensait conlinucllcmi nt à cet homme, et que ce souvenir le tourmentait,

Notices. 54

Dekorestier ( Joseph-Henri ), âgé de 50 ans, né à Saint-Domingue, peintre, demeurant à Paria, rue Mcslay , n° 55.

Cet homme fut signalé comme ayant, le 27 juillet 1 835 , pendant le service funèbre pour les victimes de juillet 1830, auquel il assistait commegarde national, tenu le propos suivant : « Celui à qui on aurait enlevé tous ses moyens » d'existence et qui tuerait le Roi ne commettrait pas un crime : ce serait un « acte de courage; il faudrait seulement qu'il fît le sacrifice de sa vie. »

Deux témoins ont été entendus. D'après l'un , Dcforesticr aurait dit : Une personne à qui le Roi aurait retiré ses moijcns d 'existence pourrait l'assassiner : ce ne serait point un crime; ce serait un acte de courage; mais il faudrait faire le sacrifice de sa vie. D'après l'autre, il se serait exprimé ainsi : « Une personne qui aurait perdu ses moyens d'existence parla « faute du Gouvernement, et qui n'aurait plus de ressources, pourrait assassiner u le Roi : ce ne serait point un crime; mais H faudrait avoir fait le sacrifice de « sa vie. »

Dcforesticr , appelé par mandat de comparution, a soutenu n'avoir pas tenu ce propos. Il a dit qu'on parlait d'un individu qui, poursuivi pour un fait politique dont il était innocent, se cachait et avait ainsi perdu ses moyens d'existence, et qu'alors il avait dit qu'un homme était toujours maître de la vie d'un autre ; que le système du Gouvernement relativement à quelques individus était de nature à pouvoir susciter un Séide , qui pourrait attenter aux jours du Roi.

Les témoins entendus, en rapportant le propos comme ils déclarent l'avoir entendu, ont ajouté que le sieur Deforcstier, qui fait assidûment son service comme garde national, est de mœun douces et incapable de prêter les mains à un crime.

Carton ( Louis-Christian-Pierre-François ) , âge de 26 ans, tailleur d'habits , né à Brest , domicilié en ladite ville.

OUDIN fils, domicilié à Brest.

Le sous-préfet de Brest donna avis qu'on lui avait rapporté qu'un sieur Oudin, jeune homme connu à Brest par son exaltation républicaine, et habitant depuis le milieu du mois de mars 18 35 la capitale, où il est venu inutilement chercher fortune, avait écrit à Rrest qu'il était toujours dans une position précaire, mais que cette position allait changer et que, sous quinze

( 423 ) jours, il serait nommé préfet ; que cette espérance aurait été manifestée au nommé Carton , êttjue ce dernier aurait pris, le 17 juillet 1835, un passe, port pour aller à Paris et y serait allé.

Le 12 août dernier, fies mandats d'amener furent décernés contre Oudin et Carton. Des commissions rogatoires pour faire perquisition chez eux furent expédiées en même temps.

Une commission rogatoire fut envoyée à Brest, pour entendre les témoins qui auraient connaissance de ces faits; mais cette commission rogatoire est restée sans effet , le sous-préfet n'ayant pu indiquer comme témoin que ïe maire de Brest, qui lui-même a déclaré qu'il avait seulement dit au sous-préfet qu'on rapportait, comme bruit de ville, qu' Oudin avait dû écrire qu'il était toujours dans une position précaire, mais que sa position allait changer, et que sous trois semaines il serait nommé préfet; mais il n'a pu se rappeler qui lui avait rapporté ce bruit.

On recherchait pendant ce temps à Paris la demeure de Carton et de Oudin ; mais déjà ils étaient retournés à Brest.

Aucun témoin n'ayant été incliqué contre eux, l'instruction n'a pas été poussée plus loin.

CHARLOT (André), âge de 59 ans, maître il! hôtel, demeurant à Abbeville.

Le 2 5 juillet dernier, le colonel de Baucourt (passait par Abbeville pour se rendre à Paris où son service l'appelait. 11 était sur le point de monter en voiture, lorsqu'un sieur Chariot, aubergiste, voulut le dissuader de continuer son voyage , sur le motif qu i7 devait y avoir du bruit à Paris, cl même une révolution dans celte ville, à l'époque des journées de juillet.

Le sieur Chariot ajoutait tenir ce fait d'un Anglais qui aurait reçu de Paris une lettre qui lui annonçait ces étranges nouvelles.

Appelé, le 3 août, devant le juge d'instruction , le colonel de Baucourt a confirmé ces détails; et en Conséquence-, commission rogatoire fut décernée par M. le Président de la Cour, pour entendre le sieur Chariot et rechercher l'Anglais qui disait avoir reçu Ja lettre dont il s'agit.

Interrogé par le juge d'instruction, le sieur Chariot a déclare avoir effectivement dit au colonel de lîaueoitrl qu il y aurait peut-être dea doubles à Paris, à l'époque des anniversaires; mais qu'il avait énoncé ce fait, ou plutôt cette présomption , sur un bruit qui en avait couru à Abbeville. 11 a ajouté que ce bruit avait mette circulé en Angleterre, eJ qu'une darne anglaise avait rapporté qu'on craignait un mouvement à Paris pour celte époque.; mais il a affirmé n'avoir rien dit, rien annoncé dé positif, et s'être exprime us-à-vis iin colonel

( 424 ) dans des termes qui annonçaient le peu ci importance qu'il attachaità ces propos. Rien , en effet , dans l'instruction , n'est venu donner de consistance à celte conversation, résultant, comme tant d'autres, de l'inquiétude que des articles de journaux et un complot récent avaient jetée dans les esprits.

Duparc (Yves), âgé de 37 ans, né à Tollé , près Morlaix (Finistère) , marin de deuxième classe, de la 4ôe compagnie des équipages de ligne, étant à bord de la corvette la Dordogne.

M. le procureur du Roi de Brest fut informé qu'un marin de la Dordogne , corvette de l'Etat, alors en rade de Brest, nommé Yves Duparc, avait dit, dans les environs de Morlaix, le 2 S juillet dernier, étant en état d'ivresse: Une révolution est près d'éclater; je le tiens du Préfet. M. le procureur du Roi, après s'être concerté avec le préfet maritime, interrogea Duparc, le 3 septembre. Ce marin a déclaré qu'il était à bord de la Dordogne depuis le 27 juillet 1 834 ; qu'il avait obtenu un congé pour aller dans sa famille; qu'il n'avait aucun souvenir des propos qu'on lui imputait; qu'il se rappelait seulement qu'étant ivre, il passait dans un petit bourg; qu'il crut qu'on le prenait pour un déserteur; qu'il peut avoir dit qu'il était informé confidentiellement, par M. le Préfet, qu'une révolution allait éclater incessamment dans le pays; qu'il le croyait, puisque des personnes dignes de foi l'attestent, mais que son ivresse suffit pour expliquer de tels propos, parce que dans cet état il dit tout ce qui lui passe par la tête.

Une insiruction a eu lieu: il en est résulté que, quelques jours avant les journées de juillet, Duparc passait devant la maison d'un sieur Lescuyer, au hameau de Quinquès, commune de Saint-Sève, arrondissement de Morlaix, et qu'il dit aux personnes qui étaient dans cette maison d'avertir les maîtres de la maison d'en sortir cette nuit là même, parce qu'il y avait grande révolution; ajoutant qu'il était venu de la part du sous-préfet, qu'il avait rempli son devoir, et dit, en regardant un calepin et ensuite la tourelle de la maison : « C'est bien " ici; c'est la tourelle sur laquelle il y a un coq; c'est bien celle qu'on m'a dé- " signée », et ensuite il s'en alla à travers champs.

Deux quartiers -maîtres de manœuvres ont été entendus; tous deux ont déclaré n'avoir pas su les propos imputés à Duparc, et ne lui en avoir entendu tenir aucun semblable. L'un d'eux est cousin de Duparc, par alliance; l'autre appartient à l'équipage de la Dordogne : suivant ce dernier, Duparc n'est qu'un bavard, qui ne parle ni breton ni français.

Duparc n'a pu être interrogé une seconde fois, en exécution de la com-

( 4-25 ) mission rogatoire envoyée à Brest, parce que la Dordogne avait quitté fa rade de Brest, pour se rendre au Havre, d'où elle a dû partir immédiatement pour les Antilles.

FOUCAULT (Augustin-Béné), cultivateur à la ferme de Bois-Henault, commune de Ccrnay, arrondissement de Chartres (Eure-et-Loir).

Foucault avait été dénoncé comme ayant dit, du 22 au 24 juillet : « Votre » gouvernement n'est rien; il touche à sa fin , car il va tomber d'ici à quelques « jours ; je vois les journaux , et quelque chose de plus ; je viens de recevoir, « tout récemment , une lettre particulière de Paris , qui m'annonce que le Boi « est sur le bord de la rivière, et d'ici à quelques jours vous entendrez parler « de quelque chose. »

L'instruction a démontré que ces propos n'avaient pas été tenus par Foucault, et tout concourt à prouver que la dénonciation dont il a été l'objet n'est qu'une vengeance exercée contre lui.

FORESTIER ( Biaise ) , âgé de 51 ans, marchand de vins aubergiste , demeurant à Billancourt , commune d'Auteuil.

Une lettre anonyme adressée à M. le préfet de police, le 2 août dernier, a signalé l'auberge du sieur Forestier, marchand de vin à Billancourt, comme un des lieux où, dans Ja matinée du 2 8 juillet dernier, des propos auraient été tenus sur l'horrible attentat du même jour.

Le sieur Forestier a été cité et entendu ; il a déclaré n'avoir aucune connaissance desdits propos.

Fille ARDOUIN (Eléonore), âgée de 27 ans, culotiire, née à Etouy (Oise), demeurant à Paris, rue du Mail, n" 15.

La fille Ardouin demeure avec le nommé Margara, âgé de 26 ans, ouvrier tailleur, né à Dolo-Aqua, rivière de Gènes.

Elle est partie le 4 juillet pour son pays, où elle est restée jusqu'au 2 5 du même mois.

( 426 ) M. . le piocureur du Roi près le tribunal de première instance de Clermont a écrit le 1 1 août, à M. le Procureur du Roi près le tribunal de première instance du département de la Seine, pour lui faire connaître qu'Eléonore Ardouin avait dit à plusieurs personnes du village d'Etouy, qu'on tuerait Louis-Philippe dans les fêtes de juillet; qu'on avait déjà voulu le tuer, il y avait quinze jours, et qu'il i/ avait vingt-cinq personnes d'arrêtées.

Par suite de cette lettre, M. le Président delà Cour des Pairs a décerné une commission en vertu de lacpieîle le juge d'instruction de Clerraont a entendu plusieurs témoins.

Deux de ces témoins seulement ont dépose d'une manière un peu explicite des propos dont il s'agit.

Clarisse Bourdon, couturière a déclaré qu'un jour, qu'elle croit .être le 2 4 juillet, elle était allée chez Te sieur Corroyer où se trouvait Éléonorc, qui avait parlé des fêtes de juillet ; qu'elle avait annoncé avoir entendu dire qu'ow tuerait Philippe a celte époque; qu'on avait voulu le tuer il y avait quinze jours, mais sans y avoir réussi; qu'il y avait eu vingt- cinq personnes arrêtées à l'occasion de cette tentative.

Corroyer a rapporté qu'Éléonore Ardouin avait dit chez lui, devant Clarisse Bourdon , en parlant des fêtes de juillet : « Ça sera beau, on tuera "Philippe. »

Ce témoin a ajouté que, l'ayant interrompue pour lui représenter qu'elle avait tort de dire de telles choses , elle lui avait répondu : « Tu verras; déjà il « y a quinze jours , on a encore voulu le tuer ; il y en a vingt-ciaq de pris » pour cela.»

Éléonore Ardouin, appelée devant le juge d'instruction a nié les propos qui lui étaient attribués; elle a déclaré avoir entendu dire dans son pays qu'on avait voulu tuer le Roi ; que l'homme qui devait le tuer s'était endormi ; que c'était dans le journal.

LAMOTHE (Guillaume), âgé de 4ô ans , né à Monségur ( Basses-Py renées ) , marchand , demeurant à Bordeaux, rue Notre- Dame - aux- Chartrons , n" 99.

Un sieur Lamothe , marchand de tuiles à Bordeaux, fut signalé comme

ayant, avant l'attentat, tenu des propos qui semblaient annoncer le crime, ou

au moins faisaient présumer qu'il était informé de son exécution projetée. Cet ndividu, entendu à Bordeaux par commission rogatoire, a nié les propos qui lui

étaient imputés, et rien, dans l'instruction, n'est venu les confirmer. Une perquisition faite à son domicile n'a produit aucun résultat.

LAPERTOT (Pierre-François-Ferdinand), âge de 2/ ans, né à Saulieu (Cdted'Or), étudiant en pharmacie , demeurant. chez son père, à Moulinsen-Gilbert (Nièvre).

Le sieur Lapertol a e'té signalé comme ayant annoncé plusieurs jours avant l'attentat que le Roi devait être assassiné le 28 juillet.

M. le Président de la Cour des Pairs a cru devoir, sur l'avis de ce propos, commettre M. le président de la chambre des mises en accusation de la cour royale de Bourges, pour rechercher la source de la connaissance acquise «à l'avance par Lapertot du susdit événement.

L'instruction paraît avoir démontré l'exactitude des renseignemens donnés, quant à l'existence du propos tenu par Lapertot.

Un mandat d'amener a donc été décerné contre ce dernier,

Lapertol a prétendu n'avoir point annoncé pour le 2 8 juillet l'attentat projeté ou la mort du Roi ; il a déclaré qu'en parlant de ce jour il s'était tenu dant les généralités; qu'il avait prononcé peut-être les mots de bruits et d'émeutes, tels que la voix publique les avait amenés à son oreille.

Lapertot a été remis en liberté.

Lequeux (Louis-Philippe), âgé de 26 ans , militaire au 53e de ligne , en congé illimité, né à Beuvarde (Aisne ) , ij demeurant.

Lequeux avait été signalé à la gendarmerie de Château-Thierry comme soupçonné d'avoir eu des relations avec Paris, relativement à la machine infernale. On avait fait prendre des renseignements, et il en était résulté que, depuis quatre mois que Lequeux était en congé- à Château-Thierry, il faisait souvent le voyage de Paris-; qu'il disait qu'il attendait avec impatience les journées de juillet, et que le Roi ne. la ferait pas longue; qu'il disait aussi qu'il avait beaucoup d'argent; que c'était M. le curé de Château-Thierry qui lui en donnait; qu'il avait une fleur-de-lis sur le côté gauche; qu'il se faisait connaître pour un dévoué républicain; qu'il étnit arrivé de Puis peu de jours avant les journées de juillet, et était reparti de suite. D'après ces documents, Lequeux lut arrêt. le 30 août dernier.

Une instruction fut faite à Château-Thierry, par suite d'une commission rogatoire de M. le Président de la Gourdes Pairs. Il est résulté des dépositions des

( 428 ) témoins entendus que Lequeux allait souvent à Paris; mais un seul de ces témoins, la femme Davousl , marchande de vins à Château-TIiierry, a parlé des propos qu'il aurait tenus. Cette femme a dit. que Lequeux venait boire chez elle avec les personnes qui lui achetaient de» formes , et qu'il l'avait chargée de lui procurer des acheteurs; que Lequeux faisait de fréquents voyages à Paris et disait qu'il y allait pour voir une femme avec laquelle il devait se marier, et que c'était cette femme qui faisait les frais des voyages; que son père lui donnerait 10,000 francs pour son mariage; qu'au retour d'un de ses premiers voyages à Paris, Lequeux lui avait montré de l'argent; qu'à son dernier départ pour Paris il était venu chez la femme Davoust avec sa sœur et un petit enfant; qu'ils demandèrent à dîner; que Lequeux sortit un instant et rapporta 40 francs en sous et de l'argent blanc; que, la femme Davoust lui ayant demandé où il avait eu cet argent, il répondit : « Cest M. le curé qui me l'a donné, « et j'en aurai quand je voudrai; »que Lequeux disait qu'il attendait avec impatience les journées de juillet ; qu'il y aurait du nouveau; que le Roi la danserait parce que les républicains le jetteraient à bas; qu'il disait qu'il avait de grands projets , qu'il ferait un grand voyage, qu'il tenterait la fortune et qu'il viendrait un jour très-riche; qu'il dit un jour qu'il avait une fleur-de-lis sur le côté gauche, et qu'il était tatoué sur un bras ; qu'il parlait sans cesse de république^ et disait qu'on serait plus heureux sous un gouvernement républicain, et que la république qu'on donnerait ne seiait pas comme celle d'autrefois. La femme Davoust n'a pas indiqué le lieu où ces propos auraient été tenus.

Lequeux a été interrogé à Château-Thierry : il a nié tous les propos à lui imputés par la femme Davoust. Il a dit n'avoir rapporté, à son premier voyage, qu'une somme de 25 francs, dont 20 francs eixune pièce d'or et une pièce de 5 francs; qu'une autre fois il avait eu 1 8 francs en sous, et non 40 francs, comme le dit la femme Davoust , et qu'il avait reçu cette somme d'un sieur Massé.

Le sieur Camus, formier, demeurant à Paris, a déclaré que Lequeux avait travaillé un jour chez lui et qu'il lui avait plusieurs fois donné des embouchoirs pour les vendre; qu'une première fois il lui en avait donné pour 20 francs et une autre fois pour 32 francs; que Lequeux lui avait remboursé seulement les 20 francs.

Il est résulté des dépositions des témoins entendus à Paris que Lequeux ne s occupait pas de politique ; qu'il ne voyait que ses frères, sa tante, le sieur Camus et le sieur Rossignol , dont il avait ramené l'enfant de Château-Thierry à Paris, aux approches des fêtes de juillet ; qu'il avr.it logé chez îe sieur Rossignol, en juillet et août 1 835 ; qu'il s'occupait dans la maison dudit sieur Rossignol, et sortait très-peu; que, le 28 juillet 1835, jour de l'attentat, il avait passé toute la journée à travailler dans la maison avec les domestiques de Rossignol.

Le</ueux, qui avait été arrêté, a été mis en liberté.

Morosi { Antoine), âgé de 3 Ô ans , réfugié italien, né à Brescia (Lomhardie) , marchand de savon et de cristaux , ayant déclaré demeurer ordinairement à Paris, rue Saint-Honoré , n" 182.

Un réfugie italien, le sieur Negro, dont la résidence est à Tours, a écrit le 15 août dernier, au préfet d'Indre-et-Loire, pour l'informer de propos qui auraient été tenus par Morosi, relativement à l'attentat du 28 juillet. Le sieur Negro déclare que Morosi lui a dit avoir connu Fiescki, mais de vue seulement, et savoir qu'il devait y avoir deux machines infernales. Negro déclare, en outre, que Morosi lui a dit de plus avoir été informé de l'attentat avant qu'il n'eût lieu. Enfin, Morosi aurait ajouté que, s'il n'avait pas quitté Paris, il aurait été peut-être arrêté.

Par une commission de M. le Président, du 24 août, le juge d'instruction de l'arrondissement de Tours a été délégué pour entendre comme témoins les sieurs Negro et Morosi, ainsi que toute autre personne dont la déclaration pourrait être utile.

Le juge d'instruction de Tours n'a pu recevoir que la déposition du sieur Negro. Le sieur Morosi était parti pour la foire de Blois.

La déposition du sieur Negro, quoique fort étendue, n'est toutefois, en ce qu'elle offre d'essentiel, que la répétition du contenu delà lettre du 15 août.

En vertu d'une nouvelle commission de M. le Président, adressée au juge d'instruction de Blois, ce magistrat a reçu la déclaration de Morosi, qui a nié les propos , et l'a confronté à Negro, qui a soutenu en sa présence qu'il les avait tenus.

M. le juge d'instruction a cru devoir faire arrêter provisoirement le sieur Morosi, qui, sans domicile fixe, possédait seulement quelques marchandises delà plus mince valeur, et n'avait même pu louer pour son compte l'emplacement où il étalait sur le champ de foire.

Morosi déclarait qu'il avait quitté Paris au mois de mai, s'était rendu dans le mois de juin à Nantes, y était resté jusqu'au 10 août, jour de son départ pour Tours.

II était, en effet, porteur d'un passe-port délivré à la préfecture de police, le 19 mai, et sur lequel existent plusieurs visas qui paraissent justifier ses allégations.

II est aussi résulté de la déposition d'une femme, qui habite la même maison que lui à Paris, et dont la chambre était voisine de la sienne, qu'il était parti plus de deux mois avant le 2 8 juillet.

H a été mis en liberté.

Notkes. 55

PARENT, ouvrier, demeurant à Ozouer-la-Fcrriïre.

Le sieur Parent avait été signalé comme ayant dit, en présence de témoins, plusieurs jours avant l'attentat, que le Roi avait déjà été manqué , mais qu'il était bien sûr qu'il ne serait pas manqué à la revue.

Les sieurs Gaidan et Poterlot, témoins indiqués dans la note, ont été entendus, et il résulte de leurs dépositions qu'ils ont entendu parler à l'avance de l'attentat; mais on ne pourrait attribuer ces propos à Parent, qui n'est connu ni du sieur Gaidan, ni du sieur Poterlot, ainsi qu'ils le déclarent.

Parent a été recherché à Ozouer-Ia-Ferrière , mais il est totalement inconnu. II n'a donc pu être interrogé.

Poi'P (Jean-Baptiste-Ulric) , commis négociant, âgé de 45 ans, né à Strasbourg, domicilié en cette ville.

Popp avait été signalé comme ayant dit à Aîtkirch , à la fm de juin ou au commencement de juillet 1835, qu'il venait de Paris, qu'il y aurait du changement, une révolution, aux fêtes de juillet. H fut arrêté à Colmar; une instruction fut faite à Aîtkirch, où le propos aurait été tenu : deux témoins seulement, les sieurs Wagner et Bettwiller ont déclaré que Popp leur avait dit : au premier, qu'il venait de Paris, et ensuite mystérieusement que, le 27 ou 28 juillet, il y aurait à Paris un événement extraordinaire et de grands changements , et qu'on ne voulait plus des anciens ; au second : qu'il avait demandé un emploi, mais qu'il n'en avait pas trouvé; que sous le Gouvernement on ne pouvait rien obtenir; que bientôt cela changerait; qu'une révolution éclaterait aux fêtes de juillet.

Popp s'était présenté chez les deux témoins en leur demandant des secours; il s'était présenté pour le même motif chez un grand nombre d'autres personnes ; ses vêtements annonçaient la misère. Tous les autres témoins ont déclaré qu'il ne leur avait pas parlé de politique. Le voyage de Popp à Paris n'est pas établi ; tout au contraire , il paraît qu'il n'y était pas allé. Probablement il avait imaginé cette fable pour intéresser d'autant plus ceux chez qui il se présentait pour demander des secours.

Vannier (François-Charles- Jacques), prêtre, âgé de 44 ans, ne à Viljre , demeurant ci-devant à Saint- Christophe , maintenant à Châlons

(Marne).

On avait été informé à Châlons que Vannier avait tenu, avant le 21 juillet, des propos qui pouvaient faire supposer qu'il avait eu connaissance de l'attentat dirigé contre la personne du Roi, avant qu'il eut été commis. H était arrivé à Châlons, venant de Paris, quelques jours avant l'attentat, et avait fait, depuis, un voyage dont il était revenu le 31 juillet. On supposait qu'il «irait allé de nouveau à Paris.

Une perquisition fut faite dans ses effets. On y trouva un cachet fait avec un bouton à fleurs de lys, une liste de députés légitimistes, une parodie de la Parisienne , dans le sens de l'opinion légitimiste; une chanson contre le Gouvernement; une lettre datée des environs de Clisson, 1832, sans signature, et par laquelle on recommande quelqu'un à Vannier, en termes mystiques; des notes intitulées : Quelques réflexions sur la légitimité , et qui paraissent destinées aux journaux; une autre note intitulée : De l'espérance d'un retour aux véritables principes; une lettre datée du 27 avril 1835, et signée de l'évêque de La Rochelle, qui, dans cette lettre, rappelle à Vannier les désagréments qu'il a éprouvés dans une précédente paroisse, lui dit qu'il avait espéré que ses avis l'éloigneraient désormais de tout reproche , lui déclare que les derniers événements arrivés à Saint-Christophe , et qui l'ont conduit devant les tribunaux, ont détruit son espoir et rendu nécessaire la retraite de Vannier; que déjà on a été obligé de le faire sortir de la Saintonge.

Vannier, interrogé à Châlons , a déclaré qu'il était parti de Paris le 19 juillet 1835, et que, depuis, il n'y était pas retourné; qu'à son second voyage il n'était allé qu'à Montmirail, dans le but de voir la duchesse de Dnudeauville. Des renseignements ont été pris et ont justifié cette assertion.

Une instruction a été faite à Châlons- sur-Marne, plusieurs témoins ont été entendus; deux d'entre eux, les nommés Braun et Jacquaz , ont déclaré qu'ils étaient partis le 1 9 juillet de Paris, par la voiture d'un sieur Vidal; qu'ils étaient dans l'intérieur avec une femme et le sieur Vannier , qu'ils ne connaissaient pas alors; qu'en sortant des faubourgs de Paris, Vannier parla des affaires d'Iîspagiie, et dit qu'il n'y avait que des Anglais dans la Péninsule; que c'était défendit à Louis-Philippe d'y envoyer des Français, parce que la Russie J'en empêchait; qu'on voulait faire tomber le commerce; que la Russie empêchait les vaisseaux français de débarquer en Turquie; qu'à Meaux Vannier demanda à descendre, disant qu'il avait mal aux dents; qu'un des voyageurs lui ayant conseillé de la faire arracher, Vannier répondit : J'ai besoin

( 432 ) de mes dénis pour mordre plus lard ceux qui sont plus gros que moi; que , vers deux ou trois heures du matin, Vannier parla de Henri V, et qu'un voyageur ayant dit qu'il était empoisonné, Vannier répondit que cela n'était pas, et que Henri V était aussi gros et gras que lui, et qu'il se portait bien; que dans le moment où oh disait que Henri V était empoisonné on répandait le bruit qu'on voulait assassiner Louis-Philippe, mais que l'on ne disait cela que pour sonder les partis et pour savoir quels seraient les plus forts; qu'il ajouta : Voilà plusieurs fois qu'on a cherche à assassiner Louis-Philippe ; mais un de ces quatre malins, lui et toute sa famille sauteront d'un seul coup; qu'il disait que Henri V descendrait en France par les Hautes- Pyrénées, la duchesse de Berrij en Vendée, et le duc d'Angoulême dans le midi ; que tous ces pays ne faisaient qu'un , et que tout cela éclaterait en même temps.

Vannier n'a pas nié d'une manière absolue tous ces propos; il a dit qu'il avaitété mal entendu. II a déclaré qu'il avait dit à l'un des voyageurs, qui parlait toujours de guerre, que Louis-Philippe était la meilleure tête de son conseil; qu'il était pacifique, et voyait ce qu'il y avait de bon à faire; que l'état de paix ne compromettait jamais le bonheur de la France, et que l'état de guerre mettait son autorité en problème; que les journaux avaient dit que, si on intervenait en Espagne, la Russie avait menacé de faire débarquer le duc d'Angoulême dans le midi et le duc de Bordeaux dans la Bretagne; et qu'ainsi Louis-Philippe, placé plus haut que nous, voyait mieux que nous ce qu'il y avait à faire. Que , comme on parlait politique, il dit qu'il ne fallait pas baser son opinion sur les journaux; et, à propos de cela, il avait cité comme exemple qu'on avait vu annoncer par les journaux la mort de Henri V et l'assassinat projeté de Louis- Philippe.

Vannier a déclaré avoir fait le cachet à fleur de lys sous le règne de Louis XVIII, et ne s'en être servi que sous la restauration.

Des renseignements ont été transmis par M. le procureur du Roi de La Rochelle. Il en résulte que Vannier a été desservant de la paroisse de Saint-Christophe; qu'en mars 1815, il porta plainte contre un nommé Benat , charpentier, à l'occasion de troubles apportés à l'exercice du culte; que Benat, traduit en police carrectionnelle, fut condamné à quinze jours d'emprisonnement; que Vannier, étant en mauvaise intelligence avec ses paroissiens, avait oublié son caractère de prêtre au point d'écrire une lettre remplie d'injures grossières h un membre du conseil municipal de sa commune, et qu'il allait être traduit devant les tribunaux, lorsque l'évêque l'obligea à reconnaître ses torts, et se décida à lui retirer son emploi.

Vannier avait dit avoir logé, à Paris, chez les sieurs Boniface et Maeder, maîtres d'hôtels garnis. Ces deux individus ont été entendus : il est résidté de leurs livres et de leurs dépositions que Vannier a été à Paris du 27 mai au 11 juin 1835, chez Boniface; du 12 juin au 1" juillet 1835, et du 9 au

( 433 ) 1 6 juillet de la même année, chez Macdcr; qu'il ne voyait personne, paraissait tranquille, et ne parlait pas de politique.

Le sieur Desvarentics , receveur des contributions indirectes à Valencai ( Loir-et-Cher), a adressé au préfet du département une lettre, en date du 4 août, par laquelle il annonce que, dans une tournée qu'il vient de faire , étant le 3 à Lys, chez un débitant dé tabac, il y a rencontré le maire de la commune de Gouffy, lequel, dans une conversation qui se tenait à table entre eux trois, a dit qu'il savait, depuis une époque remontant au 19 juillet, d'un de ses voisins qui est son parent, que le Roi devait recevoir vingt-cinq coups de fusil. D'après la lettre du sieur Desvarenncs , le débitant de tabac aurait ajouté : « Je suis à peu près fixé sur la personne qui a dû faire cette confidence «à mon parent; je n'en répondrais pas cependant : mais comme celui qui « m'a confié cela existe encore, il vous le dirait tout comme à moi, et, je vous «le répète, je savais, quinze jours avant l'événement, que notre Roi devait « recevoir vingt-cinq coups de fusil le 28 juillet. »

M. le préfet s'est empressé de transmettre celte lettre à M. le procureur (fu Roi près le tribunal de première instance de Rlois, qui aussitôt a requis le juge d'instruction de se transporter, sans délai, à Gouffy, pour entendre le maire de la commune et toute autre personne dont la déclaration pouvait être utile à la manifestation de la vérité.

Le président du tribunal, faisant les fonctions de juge d'instruction, s'v est rendu de suite avec le substitut du procureur du Roi.

Le maire de Gouffy , M. Brun, a déclaré que, le 1 2 juillet, dans la soirée, Jean Sicaull, son cousin, lui dit qu'il revenait de Saint-Aignan, où il avait appris qu'on avait tiré sur le Roi, ajoutant : « Vous devez le savoir. » M. Brun lui a répondu qu'il ne savait rien. Alors Sicaull a encore ajouté : « On dit « même qu'on lui a tiré vingt-cinq ou trente coups de fusil. »

Voilà, selon la déclaration de M. Brun, le propos qu'il a tout simplement répété à Lys , en présence du sieur Desvarenncs.

Quant au sieur Sicaull, il a déclaré que, chez le nommé Moreau , cabaretier à Saint-Aignan, des gens qu'il ne connaît point avaient dit : « On a tiré « sur le Roi un grand nombre de coups de fusil. »

Suivant Sicault , le nombre des coups de fusil n'a pas été déterminé ; luimême ne l'a pas non plus énoncé dans sa conversation avec son cousin.

Les magistrats se sont transportés à Saint-Aignan ; mais le cabareticr Moreau était dans un état d'ivresse qui n'a pas permis de l'entendre.

La déclaration de M. Brun et celle du sieur Sicault n'avaient pas été' prises d'abord sous la foi du serment. Ils ont été appelés depuis comme témoins à Blois, ainsi que les sieurs Desvarenncs et Moreau. Il a été procédé à leur audition , le M août.

Le sieur Dcsvarennes a fait une déposition conforme à sa lettre , et M. Brun a seulement renouvelé sa déclaration , avec cette addition peu importante, que Sicault s'était adressé à lui en sa qualité de maire, lorsqu'après avoir annonce qu'on avait tiré sur le Roi , il avait ajouté : « Vous devez le savoir. »

MM. Brun et Desvarennes ayant été confrontés ensemble , chacun a persisté dans sa déposition.

Quant au sieur Sicault , en énonçant le propos tenu à Saint-Aignan , il s'est mis d'accord avec son parent sur ce qu'il lui avait rapporté du nombre des coups de fusil. Cette fois, il a déclaré que, placé près d'une table où étaient des jeunes gens habillés en ouvriers, il avait entendu l'un d'eux dire : « On « a tiré sur le Roi vingt-cinq à trente coups de fusil ; mais le Roi n'a pas été « blessé. »

Le cabnretier a prétendu ne rien savoir.

Un sieur Vassal, marchand tapissier, avait été indiqué comme ayant entendu tenir, par un ex-garde du corps, des propos qui pouvaient avoir rapport a. l'attentat du 28 juillet II a été cité comme témoin, et a déclaré que, le 30 juillet dernier, un ancien garde du corps de la compagnie de Gramont, dont il ne sait pas le nom, était venu chez lui et lui avait demandé pourquoi on faisait un mur autour du château de Saint -Germain; qu'il lui avait répondu que c'était pour en faire une maison d'arrêt militaire, et qu'alors cet ancien garde du corps répondit : Vous ne savez donc pas qu'avant six semaines ce mur sera renversé, et nos compagnies rentreront dans leurs quartiers , qu'il dit aussi que la Bretagne était en insurrection , et que l'on ne voulait pas payer les impôts; qu'il en arrivait.

Le nom de cet ex-garde du corps n'a pu être connu. II paraît seulement , d'après la déposition du sieur Gasse, qu'il est neveu d'une dame de Gelin , qui habitait autrefois Saint-Germain, mais qui a quitté cette ville.

Gaultier (Isidore), né à Combourg, arrondissement de Saint-Malu (Ille-et-Vilaine), ouvrier chapelier.

Le nommé Gaultier se rendit, dans le cours du mois de juin dernier, àChâteau-Gontier pour y chercher de l'ouvrage. Cet individu s'y faisait remarquer p;ir l'exaltation de ses opinions politiques; il parlait sans cesse de la république, dont il vantait les avantages.

Cinq ou six jours avant les fêtes de juillet, il affirma qu'il se passerait quelque chose d'extraordinaire pendant ces fêtes; et voyant devant lui le portrait du Roi, il proféra contre Sa Majesté les plus dégoûtantes injures, ajoutant que s'il avait un pistolet, il lui brûlerait la cervelle. Pendant les fêtes, Gaultier pensait que l'on se battait à Paris; et lorsque la nouvelle de l'attentat contre le

( 435 ) Roi fut connue, il voulait parier de nouveau que le Roi serait mort dans six semaines.

En raison de ces faits, Gaultier a été traduit aux assises de la Mayenne et condamné à six mois d'emprisonnement. Les débats ont atténué la gravité des propos imputés à Gaultier. Il ne paraît pas qu'il existe aucune relation entre le délit qui a motivé sa condamnation et l'attentat de Fieschi.

Maraninchi (Pierre), ne en Corse, faisant partie d'un détachement partant pour l'Espagne.

Maraninchi fut signalé à M. le lieutenant général commandant la 20e division militaire comme ayant , dans la journée du 1 8 août dernier, frappé plusieurs hommes du détachement, et fait avec une canne un trou à la tête de l'un d'eux. Sur les représentations qui lui furent faites par ses chefs, Maraninchi exprima le désir qu'il avait de se porter à de pareilles violences envers tous ses camarades, ajoutant que si on ne le laissait pas tranquille, il les assassinerait tous pendant leur sommeil. Cet individu était de plus signalé pour avoir dit , en présence des sieurs Michaille , Le'otaud, Boussin et Borgazzy , ses camarades, que Fieschi avait mal fait de diriger sa machine de manière a atteindre plusieurs personnes , et que, si la duchesse de Bernj lui donnait cinquante mille francs , avec mission dassassiner le Roi , il exécuterait ce crime en huit jours. Léotaud et Michaille lui reprochèrent l'atrocité de ce propos; mais Maraninchi répondit par des menaces, et, s'adressant à Léotaud, lui dit : « Si je savais que tu fusses philippiste, je te f..... mon couteau dans le « ventre, au moment où tu y penserais le moins. » Depuis cette époque, Maraninchi a passé en Espagne. L'instruction qui a eu lieu a motivé un envoi devant le tribunal correctionnel d'OIoron, mais n'a pas établi qu'il y ait eu aucune sorte de complicité entre Fieschi et cet individu, pour l'attentat du 2 8 juillet dernier.

Un nommé Julien Dcvaux avait été signalé comme ayant été arrêté à la suite de l'attentat du 28 juillet; on indiqua un sieur Rouget comme témoin pouvant déposer de faits à charge contre cet homme.

Vérification faite, il a été reconuu qu'aucun individu du nom de Julien De vaux n'a été arrêté.

Le sieur Rouget a été entendu; il a déclaré que le nommé Julien Devaux a été à son service comme garçon limonadier; qu'il l'a renvoyé, il y a deux ans, parce qu'il parlait toujours politique, et tenait des propos contre le Gouvernement; que cet homme lui avait souvent dit : « Vous avez quelque chose, « il faudra un jour que nous le partagions. ... Si je tenais le Roi, je l'ctran- « glerais. »

( 436 ) Aucun fait spécial, tendant à établir une participation a l'attentat du 28 juillet, n'ayant été indiqué contre Julien Dcvaux, il n'a pas été recherché.

Une lettre adressée, le 20 août dernier, à M. le préfet de police, et signée des initiales L. P. M., signalait le nommé Gaudy comme ayant dit chez une marchande de vin , la dame Gosselet, vers îe 1 6 ou le 1 7 août : « Que Louis- « Philippe était un avare qui ne dépensait rien que pour lui et sa famille; « que toute sa race, élevée à l'école de l'avarice et de l'amour des trésors, serait • de même, et ne serait contente que lorsqu'elle aurait arraché le dernier sou -provenant des sueurs du peuple. Gauchj aurait même ajouté : // est bien u malheureux que Fieschi n'ait pas réussi, car nous en serions débarrassc's, » ainsi que de sa clique. — II est bien malheureux que Fieschi n'ait pu se « sauver, car il n'aurait pas compromis de bons enfans, tels que Morey , Re- « naudin et autres que je connais très-bien... Pourvu qu'il ne me compromette » pas;., mais non, il ne me connaît pas par mon nom. S'il mourait, nous reste- « rions tranquilles. Pourvu qu'il ne parle pas... mais non, il a du caractère et « de la fermeté. »

L'auteur de cette lettre disait que si on avait besoin de le connaître, on n'avait qu'à insérer la notesuivantedansle Journal de Paris : « M. L. P. M. est « invité à passer A LA P. D. P. » Cette insertion a été faite sans succès. Néanmoins , comme les propos annoncés étaient graves, une perquisition a été faite chez Gaudy ; mais elle n'a rien produit. La dame Gosselet a déclaré n'avoir entendu aucun des propos qu'on impute à Gaudy.

La même lettre signalait un nommé Bosch comme pouvant n'être pas étranger à l'attentat du 28 juillet; car, dit la lettre, dès le 23 juillet il faisait ses préparatifs de départ, et en effet, il est allé à Saint-Ouen, chez un de ses amis tenant restaurant, y est arrivé le 28 au soir, y est resté plusieurs jours, et n'est rentré à Paris que lorsque tout a été calme.

Ce document n'était pas assez précis pour motiver une instruction : on a dû attendre que l'auteur de la lettre fût connu, et il ne l'est pas encore.

Une lettre de M. le procureur du Roi d'Avalon, en date du 5 août, signalait le nommé Oddoid fils comme étant au nombre de ceux qui manifestaient à toute occasion de la sympathie pour les agitateurs et les séditieux. Ilannonçait qu'un ébéniste avait dit que la veille de l'attentat Oddoul était informé de ce qui devait arriver; que depuis Pâques il savait que le Roi devait être assassiné; qu'à cette époque l'ébéniste dont il s'agit avait été livrer une commode chez Oddoul; que celui-ci l'avait retenu à déjeuner; qu'alors il lui parla mal du Gouvernement, et dit :« Votre Roi n'a pas dix mois à vivre;» que le %1 juillet 1835, Oddoul fils lui avait encore dit : Votre Roi n'a pas long-

( «7 ) temps à l'ivre. Je suis en correspondance avec Paris , et j'en sais long; qu'enfin, ïé 28 juillet, Oddoul et d'autres républicains au nombre desquels citait le nommé Rolland, étaient allés à Lisle ; qu'ils avaient assisté un banquet républicain, où i!s avaient bu à la mort actuelle du Roi.

Une instruction fut faite dans l'arrondissement d'Avalon. Le sieur Macdonnei, ébéniste, a déclaré qu'à l'époque des fêtes de Pâques 1835 il avait été livrer un secrétaire à un cordonnier nommé Rollin, qu'il trouva déjeunant avec Oddoul fils; qu'ifs rengagèrent a se mettre à table avec eux, et que pendant le repas Oddoul Ait que le Gouvernement n 'avait pas six mois à vivre. Cérame ébéniste a dit que le 27 juillet il était à Lisle cbez le sieur Tournier, aubergiste; qu'il y vit le sieur Oddoul fils, qui lui dit qu'il était venu là pour célébrer les fêtes de juillet; qu'un des jours snivans, il était au café au moment où on lisait le journal qui annonçait l'événement du 28 juillet; qu'il y avait dans le café, à ce moment, trois peintres de Paris, quelques Italiens et d autres personnes inconnues, et qu'une de ces dernières personnes dit : « C'est « un maladroit de n'avoir pas mieux ajusté. Au surplus, le Gouvernement « ne durera pas longtemps; » mais il a déclaré ne pas savoir ce qui s'est passé au repas que les sieurs Oddoul fils, Rolland et autres ont fait à Lisle le 28 juillet.

Un assez grand nombre de témoins ont été appelés , et aucun n'a entendu qu'on eût bu, pendant ce repas, à la mort du Roi, ni qu'il eût été tenu aucun propos contre le Gouvernement.

Le premier acte d'instruction fait à Avalon fut nne perquisition , tant chez Oddoul fils cpie chez Rolland: chez ce dernier on ne trouva rien; chez Oddoul on saisit vingt-une pièces, parmi lesquelles se trouvent une Adresse de Cavaignac aux républicains d'Avalon , une lettre de Granicr, de Lyon , écrite de sa prison , et une proclamation des patriotes d'Avalon aux Parisiens , qui paraît appartenir à la fin de 1833, proclamation dont les termes appellent à la révolte.

Ces pièces, qui peuvent avoir quelque rapport avec les affaires d'avril 1 8 34, ne contiennent aucun indice d'une part prise dans l'attentat du 2 8 judlet. Aucune charge de complicité dans cet attentat ne résidtant d'ailleurs de l'instruction contre Oddoul fils et Rolland, les poursuites n'ont pas été poussées plus loin.

Une lettre de M. le préfet de l'Isère annonçait qu'il était informé que, peu de jours avant le 28 juillet, un des colonels de la brigade de Savoie, un officier piémontais, et le fils du général Bourmont, se trouvaient réunis à l'hôtel de la Bonne-Femme, à Turin , lorsqu'un voyageur, connu du sieur Bourmont , .«riva on poste; et, interpellé sur ce qu'il y avait de nouveau, répondit: Notices. i6

( 438 ) Pour le fnomeat il n'y a rien, mais il y aura bientôt des événements : nous avons monté, pour le 2 S juillet, un coup qui ne peut manquer.

Une commission rogatoire a été adressée à Turin, le 8 septembre 1835, pour instruire sur ce fait*

Il est résulté de l'enquête que ce n'est pas à l'hôtel de la Bonne-Femme, mais à l'hôtel tenu par le sieur Feder que M, le comte Louis de Bout mont a logé à Turin.

Le maître de l'hôtel a donné sur son séjour les détails suivants :

Arrivé à Turin, par la diligence de Gênes, dans la journée du 17 juillet, M. de Bourmont demeura seul dans une chambre jusqu'au 22 du même mois; à cette époque, il partit pour les eaux de Courmayeur, dans la vallée d' A oste, revint à Turin le 7 août, et en repartit le 29 du même mois, toujours sans aucun compagnon de voyage.

Le maître de l'hôtel ajouta que, pendant son séjour à Turin, M. de Bourmont n'était fréquenté par personne; qu'il ignorait si quelqu'un de sa connaissance venait le voir, mais qu'il pouvait affirmer qu'aucun voyageur, arrivant en poste, ne s'était informé de M. de Bourmont , qui du reste s'entretenait et mangeait avec les autres étrangers.

Enfin, le sieur Feder assure que jamais il n'avait entendu parler, dans son auberge, de l'attentat du 28 juillet, avant qu'il eût été commis.

Les informations recueillies par la voie diplomatique, pour compléter cette enquête, ont d'ailleurs fait connaître qu'à l'époque du passage de M. de Bourmont par Turin, du 17 au 22 juillet, il ne se trouvait, dans cette capitale, aucun colonel de la brigade de Savoie.

HaîîOTJIN (Napoléon-Narcisse), âgé de 27 ans , né à Clairet {Maine-et- Loire) , agent d'affaires , demeurant à Paris , rue de Miromesnil , n° 18.

Iîardon ( Gilbert-Siméon ) , âgé de 36 ans, né à Saint-Yriex {Haute- Vienne), négociant, demeurant à Paris , rue de Ponlhieu , n" 9.

Un nommé Rnbouin , ancien chef de section dans la société des Droits de l'homme, fut signalé, dans les derniers jours du mois de juillet, comme ayant annoncé, avant le 2 8 juillet, qu'un attentat serait commis à la revue, et comme ayant écrit au sieur Bardon , avec lequel il entretient des relations fort intimes, et qui était alors absent de Paris, de ne pas y revenir le 2S, parce qui! y aurait un mouvement ce jour-là, et qu'il s'exposerait à être arrêté. Babouin était encore signalé comme étant l'agent des sieurs Kersausie et Rqsvail, et comme ayant accompagné Bardon dans une tournée que celui-

( 439 ) ci aurait faite au mois de février dernier dans les départements de In Meurthe et de la Moselle. Ce voyage, entrepris sous prétexte de s'occuper de remplacements militaires, aurait eu en realité pour but des essais de propagande républicaine et d'embauchage sur les troupes tenant garnison dans l'est de la France.

Rabouin fut en conséquence arrêté le 2 août : une perquisition fuite le même jour à son domicile ne produisit aucun résultat; mais l'autorité ayant été avertie que Rabouin cachait dans sa cave les papiers et autres objets qu'il voulait dérober aux regards de la justice, une nouvelle perquisition fut ordonnée, et l'on trouva en effet dans la cave de Rabouin un grand nombre de lettres relatives à la politique, et qui témoignent de l'exaltation républicaine de ceux qui les ont écrites et de celui qui les a reçues. On y trouva aussi plusieurs exemplaires lithographies d'une proclamation adressée a l'armée, et contenant des provocations a la désobéissance aux lois et à la révolte.

Interrogé à diverses reprises , le sieur Rabouin avoua qu'il était allé une fois dans le département de la Meurthe ; mais il déclara qu'il était de retour depuis le mois d'août 1 834 , de ce voyage , entrepris seulement pour racheter des créances de jeunes soldats, et que , pour ce genre d'industrie, il était associé avec Bardon , qui devait être en ce moment à Sarreguemines ou à Nancy. Il protesta d'ailleurs ne s'occuper nullement de politique; il ajouta qu'il n'avait aucune connaissance de l'attentat du 2 8 juillet avant qu'il eût eu lieu; qu'il n'avait pu, par conséquent, l'annoncer à qui que ce fût.

Il importait de vérifier l'exactitude de ces assertions. Des commissions rogatoires furent envoyées à Sarreguemines et à Nancy, à l'effet de reconnaître à quelle époque et pendant combien de temps les sieurs Bardon et Rcdioui/i y avaient séjourné, et quelles avaient été leurs relations dans l'une et l'autre de ces deux villes. L'instruction faite sur les lieux a établi que les allées et venues des sieurs Bardon et Rabouin dans les provinces de l'est pouvaient bien avoir le but que celui-ci leur a assigné; que ces deux individus se livraient en outre sur la frontière à une industrie moins honorable , mais qu'ils ne paraissaient pas s'occuper d'intrigues politiques.

Cependant un mandat d'amener avait été décerné contre Bardon , qui était alors en Prusse. Ce mandat n'avait pu être mis à exécution; mais Bardon avait été arrêté à Saarbruck, parce que son passe-port n'était pas en règle : son extradition fut demandée et accordée. Interroge1 d'abord à Sarreguemines et ensuite à Paris, Bardon convint qu'il avait fait plusieurs tournées dans les départements de l'est, et même qu'au mois do février dernier il était allé' à Sarreguemines, en compagnie de Rabouin ; mais il ajouta qu'il ne s'occupait dans ses voyages que d'affaires de commerce ou de contrebande, et que, fatigué de la surveillance dont il était l'objet, il avait quitté la société des Droits de l'homme, dont il avait fait autrefois pat tic , et avait entièrement renoncé à la

( 440. ) politique. IF nia avoir reçu do Rabouin aucun avis relatif à l'attentat du- 2 8 juillet.

Une perquisition faite à son .domicile amena Ia,saisie d'un certain numide d'écrits républicains ,. des Œuvres de Robespierre , par Lapouneraije , et des portraits de Camille Dcsmoulitis, de Saint-Just et de Robespierre. Rardou déclara que ces écrits et ces portraits appartenaient au sieur Vir/!>anc , avoci.t, signataire de la plupart des lettres saisies, chez Rabouin, et dont il a été question plus haut.

Dans ces circonstances, Bardon et Rabouin, qu'aucun indice ne rattachait. à l'attentat du 28 juillet, ont été mis en liberté.

ViLMERS DE l'Ile-Adam (Joseph-Gabriel), âgé d'environ 40 ans , homme de lettres, né à NogciU-le-Rotrou (département d' Eurcet-Loir) , sans domicile fixe..

Le 8 octobre 1 835, un sieur Villicrs de l'Ile-Adam se présenta devant le lieutenant de gendarmerie à la résidence de Mauriac, prétendant qu'un mandat d'arrêt avait été décerné contre lui, sous le nom de Joseph Laportc, par la Commission chargée de l'instruction, relative à l'attentat du 28 juillet,, et qu'en se constituant prisonnier , il voulait obéir à ce mandat. Cet individu, assez mal vêtu , manifestait hautement une haine profoi.de contre le Roi; il disait qu'il était en correspondance avec la femme Petit. On trouva sur lui un passe-port délivré à Libourne le 29 septembre 1 83 5 , quelques livres, divers manuscrits, et un projet de lettre écrite de Libourne, le 26 juillet 1 835 , à une amie- celui qui avait écrit cette lettre parlait de l'auteur de l'attentat du 28 juillet comme d'un homme aux projets duquel il serait initié ; il l'appelait par son véritable nom ; il exprimait l'espoir que le crime qui devait ensanglanter la capitale, pendant la revue du 28, serait couronné d'un plein succès. Dans un post-scriptum sans date, on lisait : J'avais raison, on a clé maladroit ; le tyran

a gagné son procès et les innocents vont lui faire uu pour payer sa

peur. Celte lettre ne partira pas.

Interrogé le jour même de son arrestation par Fe juge d'instruction près le tribunal de Mauriac, le sieur Villicrs de l'Ile-Adam déclara qu'il avait connu la femme Petit à Embrun, où il était lui-même détenu ; que là il s'était lié avec elfe et avec Ficschi; qu'à 1 ep ique des événements du mois de juin 1832 il avait écrit à la femme Petit de conseillera ses amis politiques de combiner uu assemblage de canons qui pût, dans les mains d'un seul homme, produire l'effet d'un feu de peloton; que, sous le règne de Charles X, la femme Petit çt iui avaient décidé que la ma:son d'Orléans ne monterait pas impunément.

sur le trône; que cette prophétie se réaliserait tôt ou tard; que Fieselii n'avait été qu'un instrument; que, d'ailleurs, il n'était pas seul dans sa chambre au momentde l'explosion; que ce n'était pas lui qui avait mis le feu à la machine, et qu'il ne manquait pas de gens armés qui devaient s'élancer sur le Roi, de la maison où logeait Fivschi , si l'attentat avait réussi. Villiers de l'Ile-Adam ajouta qu'il tenait ces détails de l'un de ses amis, qu'il refusa de nommer. II refusa également de nommer la personne à laquelle était adressée la lettre dont le brouillon avait été saisi sur lui, et qu'il a reconnue comme étant écrite tout au long de sa main. Enfin, Villiers de nie- Adam avoua qu'il avait dit à qui voulait l'entendre, qu'il avait résolu de faire au Roi tout le mal qu'il pourrait. Un mandat de dépôt fut immédiatemnt décerné contre lui par le magistrat qui l'avait interrogé.

Cependant des renseignements avaient été recueillis de toutes parts sur le compte de ce personnage, qui montrait un empressement si extraordinaire à. se dénoncer lui-même; il est résulté de ces renseignements que Villiers de l' Ile-Adam , né de parents honorables dont il a causé le désespoir par son inconduite, après avoir subi plusieurs condamnations pour des délits malheureusement trop avérés, s'était souvent accusé de crimes imaginaires; que celte conduite était de sa part le résultat d'une habitude et d'un système ; que dès son jeune âge il avait montré un esprit d'intrigue très -remarquable; qu'en 1810, à peine âgé de 15 ans, il avait commencé le cours de ses révélations, en dénonçant de prétendus complices de Georges Cadoudnl ; et, que toutes les fois qu'il avait épuisé ses modiques ressources, il ne manquait pas d'inventer une conjuration dont il se disait, suivant l'occurrence, le confident oit même le cofnplice, dans l'espoir, sans doute, d'intéresser à son sort le pouvoir préservé d'un grand danger par ses avertissements officieux. Des antécédents si peu honorables ne pouvaient inspirer de confiance, et il était probable que cette fois encore, Villiers de l'Ile-d'Adam avait imaginé une fable et qu'il voulait imposer à la justice: en effet, aucun mandat n'avait été décerné contre lui, ainsi qu'il l'avait prétendu, par la Commission d'instruction de la Cour des Pairs, et depuis son arrestation, aucun indice ne l'a rattaché directement ou indirectement à l'attentat du 28 juillet.

Dans ces circonstances, le procureur général du Roi a requis, et la Commission pommée par l'arrêt du 29 juillet a ordonné la mise en liberté de Villiers de l'Ile-Adam.

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