ATTILA , GARDES
Alors que je déchire une trame perfide , Que de mes mains je brise un poignard parricide , Quand du ressentiment qui bouillonne en mon sein , Ma raison me rend maître, et devant l'assassin , Se peut-il que mon âme , au trouble abandonnée , Craigne de voir finir trop tard cette journée? Quel oracle funeste agite mon repos?
Geneviève.... j'entends, j'entends encor ces mots: Les temps sont accomplis; la justice suprêm^e Et tout le genre humain te frappent d'anathème; Tu crois éterniser ta vie et tes grandeurs , Encore un pas , tu fuis; encore un an, tu meurs !,.• Pour la première fois l'avenir m'importune !
Hommages des mortels , faveurs de la fortune , Peuples , royal bandeau par le sang achetés , Bonheur, plaisirs si courts , si rarement goûtés ; Succès toujours croissans, gloire toujours nouvelle. Tout n'est qu'illusion : la mort seule est réelle ! Non, non, je ne crains pas un revers, ni la mort; Le sort commande au monde , et je commande au sort.
Ce n'est point la bergère au sinistre présage, Qui peut-être un instant'fit pâlir mon courage- Elphège!... quelle honte et quel égarement!
Je vais encor la voir ; mais pour un seul moment- Sur la terre il n'est rien que ce cœur ne haïsse ; Attila reparait : que le monde frémisse !