Attitude passive des congrégations religieuses en présence de la loi d'abonnement [microform]
Le 3 mai 1895, S. Ém. le cardinal RampoUa écrivait» au nom du Saint-Père, à S. Ém. le cardinal Meignan, archevêque de Tours : « La question à laquelle I donne lieu la loi qui règle les nouveaux impôts sur les biens des Congrégations est extrêmement grave et délicate, à cause des aspects divers qu'elle présente et des conséquences qui pourraient en résulter.
» Mais je me complais dans la pensée que les évêques et les supérieurs généraux des Congrégations religieuses, ayant une connaissance plus exacte des établissements placés sous leur dépendance et de toutes les circonstances locales, sont le mieux en état d'apprécier la ligne de conduite à tenir, quant à l'application des lois sur le nouvel impôt.
w Pour arriver à cette appréciation et pour choisir le
meilleur parti à prendre, il suffira aux évoques et aux
supérieurs généraux de considérer la question à tous
jes points de vue, avec un esprit calme et débarrassé
des premières impressions
»> Personne n'ignore combien il serait inconvenant et -; périlleux de procéder dans les diverses Congrégations d'une manière différente et contradictoire.
» Aussi le Saint-Père désire vivement que les évêques et les supérieurs d'Ordres mettent toute leur sollicitude à déterminer avec entente une ligne de conduite uniforme, digne et conduisant à de bons résultats. »
Dans cette lettre, le Souverain Pontife donne aux évêques et aux Congrégations de France un éclatant témoignage de son estime et de sa confiance. Dans une situation dont il signale la gravité et la délicatesse, il s'en rapporté pleinement à leur prudence et à leur courage; il stigmatise déjà de son autorité suprême l'iniquité exceptionnelle de cette loi en nous permettant de délibérer pour savoir dans quelles limites nous aurons à nous y soumettre. Il indique lui-même la marche à suivre, le but k atteindre, et, dès cette première occasion, il formule avec précision la réponse qu'il ne fera que répéter. Toujours il redira : C'est aux évêques et aux Congrégations religieuses à délibérer et à prendre, d'un commun accord, les résolutions fue leur dicteront les circonstances, leurs intérêts et ceux de l'Église qui s'y trouvent mêlés.
Ces conseils si sages du Vicaire de Jésus-Christ ont été ponctuellement suivis.
^ Depuis plusieurs mois, en effet. Nosseigneurs les évêques et les Congrégations se sont efforcés de « déterminer avec entente une ligne de conduite uniforme, digne et conduisant à de bons résultats, »
Des prières multipliées et ferventes ont été adressées au ciel, dans les communautés d'hommes et de femmes; les laïques, appréciant la grandeur des intérêts compromis, s'y sont associés avec empressement. Tous ont compris que dans des occurrences aussi inipor-, tantes, le premier devoir des chrétiens est de fléchir la justice de Dieu et d'obtenir le secours de soa infinie sagesse et de sa toute-puissance.
Après k prière, on a fait appel à la réflexion et à l'étude, avant d'en venir à l'action. De» théologiens,
dans des brochures, des revues ou des journaux, nous ont apporté le concours de leurs lumièrea et de leur science. Les jurisconsultes les plus habiles, isolément ou dans des congrès, ont analysé la loi dans toutes ses éflormités au point de vwe du droit français, hm supérieures des communautés de chaque diocèse, après en avoir délibéré dans leurs Chapitres, ont pris des résolutions dont la teneur est connue. Dans plusieurs provinces ecclésiastiques, convoquées en réunion générale, elles ont même pu s'entendre et formuler leur avis, sous la présidence des autorités diocésaines.
De leur côté, les religieux ont tenu des assemblées nombreuses où ils ont débattu la question et où ils ont examiné en détail la nature d'une loi toute d'exception, ses exigences ruineuses, son injustice, ses tendances impies et les différents systèmes qu'on pourrait adopter dans le but d'écarter ou du moins de diminuer ses conséquences désastreuses et tyranniques.
A la suite de toutes ces prières, de ces études et de ces délibérations, des décisions ont été prises avec le calme et la maturité qui conviennent, alors que les intérêts majeurs de l'Église de France sont en jeu.
Le résultat de ces travaux et celui d'une enquête générale est maintenant connu. En grande majorité, les Congrégations autorisées ou non, d'hommes et de femmes, ont été amenées à choisir pour règle de conduite Vattitude passive. C'est à leurs yeux l'unique moyen de sauvegarder leur dignité de Français et de chrétiens, et peut-être même, s'il est encore possible, la continuation de leurs œuvres, l'existence de leurs
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Sociétés, et surtout les intérêts et les droits de la Sainte Église. ^
Si quelques-uns semblent se résigner à céder à la force et à courber la tête sous une loi que tous regardent comme injuste, pernicieuse et tyrannique, ce n'est que dans l'espoir de prolonger de quelques années la vie d*œuvres importantes. Elles craignaient de les voir détruire immédiatement et sans merci par un pouvoir irrité d'unç résistance même apparente.
M'étant trouvé mêlé à tous ces préliminaires, mis en rapport par les circonstances avec Nosseigneurs les évèques, avec les jurisconsultes et surtout avec les religieux, j'ai cru utile à la cause de nos Sociétés de résumer, en quelques pages, les pensées principales qui ont conduit la presque unanimité des Congrégations à considérer comme une nécessité et un devoir l'attitude passive.
Je voudrais répondre brièvement à ces quatre questions : Que voulons-nous? Pourquoi le voulons-nous? Quelles difficultés s'opposent à nos résolutions? Enfin : Qu'avons-nous à faire?
Ou, sous une autre forme, je désire exposer et justifier la ligne de conduite que nous avons adoptée sous ces quatre titres : l'attitude passive, sa nécessité, ses dilficultés, sa pratique.
Paris, 13 septembre 181)5.
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