‹ Attitude passive des congrégations religieuses en présence de la loi d'abonnement [microform]Chapitre 14 sur 14 · CONCLUSION · texte numérisé non relu

CONCLUSION

Par l'attitude passive, sauverons-nous nos Congrégations? Arrêterons-nous dans sa marche la persécution? Je n'en sais rien, je l'espère. Mais quand même nous ne réussirions pas à obtenir ce résultat, du moins nous aurions rempli notre devoir, et, pour un chrétien, c'est assez. A Dieu de donner le succès quand il le juge à propos. Jésus-Christ, mourant sur un gibet: Judas Machabée, dans une défaite; Jeanne d'Arc, sur un bûcher: Garcia Moreno, assassiné, nous le disent assez éloquemment. Lamoricière, allant au-devant de la défaite certaine de Castelfidardo,est plus héroïque que quand il s'élançait avec ses zouaves à l'assaut des murailles de Gonstantine.

Si nous ne résistons pas, c'en est fait. Nous mourrons ruinés sans avoir été ostensiblement persécutés. Nous aurons été avilis. Il vaut mieux périr en essayant de défendre les droits et la liberté de l'Église. Par nos souffrances, nous aurons glorifié Jésus-(ihrist et sauvé l'honneur de son Épouse; c'est sans doute assez les avoir servis.

Mais Dieu ne voudra-t-il pas bénir le dévouement de ceux qui se seront sacrifiés pour sa cause?

Dans l'ordre surnaturel, et c'est toujours à ses hauteurs sereines que nous devons nous élever, nous autres religieux, nous savons quelle est l'efficacité de la souffrance. Nous savons quels fruits a produits la passion de Jésus; nous avons l'expérience des martyrs. Jusqu'ici, nous avons prié, nous avons parlé, nous nous sommes agités, mais avons-nous souffert? Or, ce n'est que par la croix que s'achète le succès. Quand nous aurons pleuré, quand nous aurons eu à supporter

les dures conséquences de la persécution, alors nous pourrons espérer. Nous n'aurons pas, il est probable, à verser nolro sang, mais les privations et les larmes aussi purifient et

fécondent.

Ne pouvons-nous même point par notre exemple, réveiller les

âmes des catholiques de France? Ils sont encore le grand nombre. Leur courage sommeille, mais, devons-nousdésesperer

de réveiller tous ces chrétiens endormis, d'obliger tant dindillerenls à manifester au dehors ce qnils conservent de loyauté dans leur cœur? Ce que les catholiques ont obtenu en Allemagne el en Belgique, ce qu'ont fait partout les martyrs, les religieux, les catholiques français sont-ils donc incapables de l'accomplir? Non, je veux avoir de meilleures pensées de notre pays, et je ne puis croire que nous nayons plus qu a mourir. Secouons notre torpeur, et, comme nos aïeux, sachons «ffronter le danger pour défendre nos franchises et les droits

de notre religion.

Nos lois, d'ailleurs, sont éminemment révisables, nous l'avons déjà observé. On ne parle partout que de réformes : à chaque session des Chambres, mille projets sont déposés et promettent d'améliorer notre législation. N'y aurait-il donc que les mesures de haine qui ne pourraient être ni rapportées, ni adoucies? Est-ce qu'elles devraient une perpétuité exceptionnelle à l'injustice et à l'impiété qui en (ont le caractère? On parle d'immortels principes et on déclare bien haut que ces lois sont une conquête inaliénable, qu'elles sont inséparables du gouvernement républicain. Dieu merci, il ny a là que mensonge et hypocrisie. Ces lois n'entrent pour rien dans ce qui fait l'essence d'une République. Même chez les peuples non catholiques, il y a des républiques florissantes qui reconnaissent aux religieux tous les droits des citoyens et qui respectent les libertés de TEglise.

Je ne m'abuse pas sur les tendances antireligieuses des sectes maçonniques; je sais en quelles mains est actuellement le pouvoir! Cet état de choses est-il donc immuable? La secte

elle-même a-t-elle les promesses de rimraortalité? Parmi ceux qui nous gouvernent, il y en a qui sont mauvais, je l'avoue; les âmes faibles el molles sont néanmoins plus nombreuses que les cœurs pervers. Beaucoup n'obéissent qu'à l'inlérêt et à la peur. Même arrivé au pouvoir, l'homme le plus révolutionnaire devient bien vite conservateur, et, si ces heureux parvenus comprennent qu'enfin il leur faut compter avec les catholiques, continueront-ils à les traiter comme une quantité négligeable? En général et par nature, ils sont faibles contre qui leur résiste. La conduite du gouvernement à l'occasion des courses de taureaux dans le Midi n'est-elle pas d'hier? Agneaux, nous nous sommes laissé tondre : l'impudence et l'audace de nos adversaires cesseront quand notre timidité ne gardera plus le silence. Nous ne voulons certes ni prendre les armes, ni recourir à la révolte : n'y a-t-il pas d'autres moyens de réclamer ses droits? Parlons haut et gardons notre place. Avec des gouvernements tyranniques, on n'a de liberté que ce qu'on sait en prendre soi-même. Ile slantes, disaient les anges à saint Pierre et saint Jean dans leur cachot. Levonsnous, nous aussi; restons debout comme des hommes libres et des gens qui ne connaissent pas la peur. Ion comptera avec

nous.

.Vo.v ••mil prok phi h'iK'dlcat Vivgo Marin.

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Yabres (Aveyron), 17 octobre 189».

Je reçois à rinstaiU les journaux de Paris qui m'apportent la lettre du 6 octobre des cinq Congrégations : Je n'ai pas à juger la décision prise par ces Congrégations; elles pouvaient en toute liberté et en sûreté de conscience délibérer et prendre une résolution relativement à la loi d'abonnement : elles ont cru devoir payer. Je respecte leur décision et je n'ai pas à la blâmer. J'estime trop ces religieux pour émettre le moindre doute sur la droiture de leurs intentions. Toutefois, je ne puis que regretter la publication de ce document, comme j'ai autrefois regretté la publication du Mémoire de M. Louchet. C'est un acte de piété filiale de la part des Congrégations de s'adresser au Père commun des religieux et des catholiques dans des circonstances aussi graves, mais était-il prudent de porter à la connaissance du public une pièce de ce genre? On a été conduit à y émettre des pensées capables de blesser les Congrégations qui ont pris le parti de l'attitude passive ! Était-il nécessaire d'en arriver là, au risque d'augmenter des dissentiments que tous nous avons le désir de faire cesser? Je comprendrais la lettre; mais la publicité qui lui a été donnée me paraît fâcheuse.

Qiiant aux arguments qu'on affirme avoir motivé les déterminations, il ne me parait pas possible de les laisser passer sans observations. Car la manière dont ils sont présentés semble accuser les partisans de l'attitude passive de ne pas se soumettre à la direction transmise par le Souverain Pontife, et de compromettre dans une aventure sans issue des intérêts qu'ils doivent avant tout sauvegarder.

Non, Rome n'a jamais donné comme direction la soumission à la loi. Elle s'est bornée à nous dire d'étudier avec calme

la situation, et de nous détermineren toute liberté. Les lettres citées ne disent pas autre chose.

Où donc Home a-t-elle vu qu'il n'y avait pas dans cette affaire une question de conscience, ainsi que l'aflirment les cinq Congrégations? Leur lettre reconnaît elle-même que c'est une question de prudence \ or, la prudence n'est-elle pas une desquatre vertus morales,et, quand ils'agitd'intérèls si graves,

la conscience n'oblige-t-eile pas à agir prudemment? Estrce que, dans leur lettre, les cinq Congrégations ne reconnaissent pas encore qu'elles cèdent uniquement parce qu'elles «e croient ni pouvoir, ni devoir compromettre les intérêts (jui leur sont confiés et parce quelles considèrent que leur premier devoir est de veiller à la sauvegarde de ces intérêts sacrés.

Elles ont donc esiimé que leur conscience était engagée et qu'elle dictait leur détermination.

Nous n'arrivons pas à la même conclusion qu'elles; mais, si nous résistons, c'est aussi parce que nous croyons que notre conscience nous y oblij;e, et parce que nous y voyons une question de devoir; et c'est pour sauvegarder de notre mieux les intérêts généraux que nous pensons devoir exposer nos intérêts particuliers.

Nous aussi nous croyons être soumis à la direction pontificale; car le Pape 8'est abstenu à dessein et avec raison de nous dire : payez ou ne payez pas: il nous a dit : voyez, appréciez et jugez en toute liberté; c'est ce que nous avons fait. Nous ne voulons retenir de la lettre en question que les afrirnialiinis qui la terminent. La loi est inique et c'est pour tous les religieux un devoir de conscience de s'employer avec énergi'î à en délivrer leurs Congrégations.

6'»4jj;i. — imp. E. Pktithkmiiv, 8, rue Fraiirob !• , Parb.

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IMP. 1>E LA MAISON 1>E LA BONNE PRESSE, 8, RUE FRANÇOIS f\ PARIS.

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