HISTORIQUE
Il ne faut pas remonter bien haut dans l'histoire médicale pour trouver la première notion d'ophtalmie sympathique. A part quelques observations éparses dans la science et plus ou moins précises , il faut arriver jusqu'à Demours qui, en 1818, publia quatre observations complètes, et fit réellement entrer cette affection dans le cadre nosologique.
A peine connue de nom, elle s'imposa aux ophtalmologistes comme une maladie redoutable, contre laquelle il fallait lutter energiquement. Aussi les contemporains de Demours ne s'attardèrent-ils pas aux petits moyens ; laissant de côté la serpentaire de Virginie et les sels volatils de vipère dont l'efficacité était plus que douteuse, ils cherchèrent dans le traitement chirurgical les armes que la thérapeutique médicale ne pouvait leur donner.
En 1819, un an après la publication do Demours, Wardropp avait, selon l'expression de M. Reclus (1),
(1) Reclus, Thèse d'agrég., Paris, 1878.
placé du premier coup la question sur son véritable terrain, en proposant de s'attaquera l'œil primitivement lésé : « Et l'art enregistra une grande conquête le jour « où la chirurgie oculaire réalisa en pratique l'axiome « vulgaire que la suppression de la cause supprime « l'effet (1) ».
La difficulté de la question consistait à connaître cette cause que l'on avait si grand intérêt à supprimer. Aussi les premiers essais du traitement se ressentent-ils du peu de précision des idées pathogéniques. Wardropp, Barton, Taylor savent que la cause de la sympathie réside dans le premier œil ; mais là s'arrête leur science , et ils ne voient d'autre moyen que d'inciser largement cet œil et d'en vider le contenu. De Grafe devait arriver plus tard au même résultat en provoquant la suppuration du globe par le procédé infidèle et dangereux du séton.
Mais on ne tarda pas à se rendre compte de l'insuffisance de ces procédés ; l'ophtalmie sympathique n'en restait pas moins l'affection dont Mackensie avait signalé la gravité et la résistance à tous les moyens thérapeutiques.
C'est alors que commence, pour le traitement de l'ophtalmie sympathique, une nouvelle période, période de luttes et de progrès qui débute avec l'énucléation et n'est pas encore terminée de nos jours.
L'énucléation;, aux débuts de laquelle se rattachent les noms de Cooper et Pritchard en Angleterre, de Bonnet en France , avait tout d'abord , par la sûreté de sa méthode, rallié tous les suffrages. Mais bientôt des protestations s'élevèrent au nom de la chirurgie conservatrice ; on se demanda s'il était bien nécessaire de sacrifier
(1) Bulletin et mémoires (h' la Société de chirurgie de Paris. Rapport de Girnud-Teulon. Séance du 17 décembre, t. V, 1879, p. 934.
complètement le premier œil, et de priver ainsi le malade d'un organe qui, dans certains cas, aurait pu lui être conservé. On avait, du reste, sur l'étiologie et la pathogénie de l'affection, des idées plus complètes que celles qui régnaient du temps de Wardropp ; et ce sont les progrès réalisés sur cette question, et aussi la possibilité de recourir, en dernier ressort, à i'énucléation, si les nouveaux essais ne réussissaient pas, qui justifièrent, jusqu'à un certain point , les hardies tentatives chirurgicales que l'on se permit à propos du traitement de l'ophtalmie sympathique.
Ceux qui crurent voir dans le corps ciliaire et l'iris l'origine exclusive des accidents pratiquèrent l'iridectomie, comme de Grraefe, ou L'amputation du segment antérieur de l'œil, comme "Watson l'avait propose.
La théorie de Henri Mùller, qui attribuait aux nèrfs ciliaires le rôle d'organe centripète de la transmission, imprima une nouvolle direction aux essais thérapeutiques : chercher à interrompre cette transmission, tout en laissant intact le globe de l'œil , fut dès lors le but ardemment poursuivi par les partisans de la méthode conservatrice. Proposée par de Grcefe en 1866, pratiquée pour la première fois l'année suivante par Meyer, la section des nerfs ciliaires ne répondit pas à l'attente de son auteur, et son succès n'eut qu'une durée éphémère. Elle eut néanmoins le mérite de préparer la voie à une autre opération, dont les débuts furent retentissants. La section des nerfs ciliaires étant reconnue imparfaite dans un grand nombre de cas, il fallait en conclure à la fréquente transmission de l'ophtalmie sympathique par une autre voie; et revenir à l'ancienne théorie de Mackensie, la transmission par les nerfs optiques, à laquelle Pagenstecher avait fait une si vive opposition : plusieurs obser-
vations concluantes venaient du reste à l'appui de cette théorie. La section des nerfs ciliaires était donc insuffisante, et devait être complétée par celle du nerf optique : l'indication de la section optico-ciliaire était trouvée. A ce nouveau procédé se rattachent les noms de Rondeau, de Boucheron, de Schœler, de Dianoux, etc. : pendant plusieurs années , cette question a passionné les ophtalmologistes ; Le pour et le contre ont été discutés avec passion, et le débat n'est pas encore terminé aujourd'hui.
Récemment enfin, dans le but d'éviter les accidents de méningite qui peuvent survenir après la névrotomie ou l'énucléation, un nouveau traitement fut institué : l'exentération.
Proposée presque simultanément par Alfred Grsefe de Halle, à qui revient la priorité', par Mules de Manchester et Mulder en Hollande, cette opération , qui en est à sa deuxième année d'existence, est de date trop récente pour qu'on puisse porter sur elle un jugement définitif; elle a déjà, néanmoins, une histoire assez longue pour qu'on soit autorisé à en donner, sous toutes réserves, une appréciation.
Nous croyons devoir arrêter ici ce court historique qui n'est qu'un énoncé des différentes méthodes de traitement dans leur ordre chronologique.
Ces méthodes sont si variées, leur bibliographie est si riche, que, donner dans un même chapitre la liste des auteurs qui ont traité cette question, n'eût été qu'une longue et fastidieuse énumération de noms propres.
Nous proposant donc de revenir, à propos de chaque procédé en particulier, sur les détails de l'historique, nous nous contenterons de donner, par le tableau suivant, un aperçu général des différentes modifications qu'a subies le traitement de l'ophtalmie sympathique :
Traitement exclusivement médical . . .
Incision simple de la cornée
Excision de la cornée
Amputation du segment antérieur .
Employé avant 1819 dans quelques cas d'ophtalmie sympathique. Proposé depuis par Tavignot (1849), Verneuil (1874).
Wardropp 1819), Barton (1834), Taylor C1855) .
Wallon v18o8).
Watson (1862).
Avec suture de la sclérotique : Critchett. Avec suture delà conjonctive : deWecker.
Proposée par White Cooper (1854).
Exécutée pour la première fois par
EnilCleatiOn ! A. Pritchard de Bristol (1884).
Son manuel opératoire a été régularisé par Bonnet de Lyon , en 1841, et modifié ensuite par Tillaux (1872).
Complétécparlarésectiondumoignon. Haskelt Derby (1874). Landesberg (1884).
De Grsefe (18Î56).
Provocation de choroïdite purulente . .S De Gr«fe (1858). Blépbarrhorapie vemeuii (1874).
i Proposée par de Grsefe
Section des nerfS Ciliaires \ Intra-oculaire : en 1866 — Exécutée
I ' par Meyer en 18(i7.
Extra-oculaire : Sncllen, 1*873.
/ Proposée par de Gra^fe.
Section dU nerf Optique \ Exécutée par Wéber et Bheindorf en
i 1857, par de Gnefe en 1807, par Landesberg en I8G9.
/ Proposée par Bondeau en 1800.
SeCliOn OptiCO-Ciliaire ' Exécutée par Boucheron en 1876, par
(Enervation de Dianoux). > Dianoux, Scbœler en 1877, Abadie, Meyer, ' Chisolm, etc.
(Avec résection du nerf optique). " Me>'er (188(,)> PÛÛger (1880), Schweig-
I ger (1881).
/ Proposée pour la première fois et exé- [ cutée par Grafe de Halle, en 1884.
ExentératlOn ] Exécutée presque en même temps par
I Mules de Manchester , Mulder de Hol- [ lande. (Thèse de Daubenton .