TRAITEMENT MÉDICAL
Nous ne dirons qu'un mot du traitement médical employé au début, alors que l'on n'avait aucune idée de la nature intime de la maladie; son inefficacité l'a fait bientôt abandonner, et, si l'on y a recours aujourd'hui, c'est surtout pour compléter le traitement chirurgical. Cette médication, d'ailleurs, n'avait aucun caractère particulier ; on faisait le traitement des symptômes, et, comme l'inflammation sympathique *se manifeste le plus souvent par des lésions de l'iris, il était tout naturel d'appliquer aux accidents qu'elle détermine le traitement de l'iritis.
Les moyens utilisés en pareil cas étaient assez complexes et, variables, du reste, avec chaque auteur, ils consistaient en émissions sanguines locales et générales, application de révulsifs, purgatifs, diurétiques et diaphorétiques : le calomel, à l'intérieur, jusqu'à salivation, associé à l'opium, était la base de la médication. On employait l'onguent belladoné à l'extérieur, sous forme de frictions, et, pendant toute la durée du traitement, le malade était condamné à un repos absolu et soumis à un régime antiphlogistique rigoureux.
II n'y avait là, on le voit, rien de ce qui constitue une médication spécifique; mais, en raison de la ténacité de l'affection et de sa gravité exceptionnelle, les moyens employés étaient plus énergiques, la thérapeutique plus sévère. 2
Quant aux résultats obtenus, ils étaient peu brillants : quelques améliorations passagères ; quelques fausses guérisons suivies bientôt de récidive ; le plus souvent, la cécité, après un laps de temps [plus ou moins long. Mackensie dit n'avoir que très rarement vu se rétablir un œil atteint d'ophtalmie sympathique, il n'a eu qu'un seul exemple de guérison complète : c'était chez un malade traité par l'usage combiné du mercure et du sulfate de quinine; un autre aurait été amélioré par l'iodure de potassium, après l'emploi du mercure jusqu'à salivation. Le même auteur a constaté aussi une sédation marquée des symptômes, par des inhalations d'éther sulfurique.
Quoi qu'il en soit, cette première période, pendant laquelle le traitement médical était seul employé, peut être considéré comme une période néfaste dans l'histoire cle l'ophtalmie sympathique : les quelques cas d'amélioration que l'on peut citer étaient de rares exceptions, et les cliniciens se sentaient désarmés devant cette redoutable affection qu'ils connaissaient à peine et contre laquelle ils n'avaient aucun recours.
Cependant, de ces tâtonnements, inévitables, quand on agit sans données précises, ressort un fait d'observation désormais acquis à la science et qui aura plus tard son utilité: dès le début, on a remarqué que, pendant la période aiguë, on ne devait point agir directement sur l'œil secondairement affecté; on a proscrit collyres et pommades, comme ayant une action plus nuisible qu'utile. Nous verrons plus tard combien était juste cette observation que les partisans du traitement chirurgical n'auraient jamais dû oublier.
Les succès obtenus par une intervention plus active sur l'œil sympathisant firent bientôt passer au deuxième plan le traitement médical, qui pendant longtemps fut même un peu trop négligé.
Tavignot et Verneuil, cependant, tentèrent, mais sans beaucoup de succès, de le réhabiliter, et de lui donner la prééminence. Tavignot, qui attribuait à des névralgies ciliaires les douleurs de l'ophtalmie réflexe, préconise le calomel.
Verneuil, en 1874, recommande le sulfate de quinine associé à l'opium, et, dans certains cas, l'occlusion des paupières par la blépharorrhaphie. L'auteur a ainsi obtenu deux succès dans des cas très particuliers ; il ne s'illusionne pas, du reste, sur les indications restreintes de son procédé , qui , à notre connaissance, n'a pas reçu de nouvelle application.
Malgré les quelques exemples où le traitement médical a influencé favorablement la marche des accidents, son inefficacité, dans la grande majorité des cas, est aujourd'hui généralement reconnue; si. dans un petit nombre de cas légers, il produit une amélioration, le malade n'en est pas moins exposé, tôt ou tard, à une récidive; quand, au contraire, comme c'est la règle, l'amélioration ne se produit pas, ce traitement est. non seulement inutile, mais dangereux, en ce sens qu'il fait perdre au malade un temps précieux.
Employé seul, le traitement médical peut être presque considéré comme l'équivalent de l'expectation pure et simple, et, à ce titre, la plupart des auteurs sont d'accord pour le proscrire sévèrement; mais tous, en revanche, d'un avis presque unanime, le recommandent avec insistance, comme le complément indispensable du traitement chirurgical.
C'est à ce point de vue que nous aurons plus tard à l'envisager de nouveau.