Voir p
2. Voici un exemple : Le 22 février 1690, à Toulouse, à l'HôteL Dieu Saint-Jacques, au bout du pont Saint-Cjprien, noble Antoine Mas et , bourgeois dudit Toulouse, surintendant dudit Hôtel- Dieu, ont reconnu avoir mis et mettent pauvre enfant dudit Hôtel- Dieu, Nicolas Maurj, comme apprenti avec maître Sarraquy, cordonnier dudit Toulouse, pour lui apprendre ledit métier, durant deux ans, moyennant 16 écus, qui lui seront payés par M. le Trésorier des deniers destinés aux apprentis des pauvres, (A. N., Reg-istre particulier de l'hôpital Saint-Jacques, lôSô-iôgg, fol. 162.) — Inutile de rappeler, d'ailleurs, combien la vie corporative se liait intimement à tous les autres aspects de la vie sociale : à la région, et nous savons que la plupart des apprentis appartenaient à des familles toulousaines ou des environs, que c'était aux capitouls à juger en dernier ressort (voir partie, p. 6), comme ils présidaient d'ailleurs à la réforrnation des statuts ; aux autres classes de la société , et nous pourrions mentionner des contrats , où tantôt un gentilhomme, tantôt un curé assistent l'apprenti (contrat du 20 juin 1618 des brodeurs; contrat de 1694 des chapeliers). Ces rapports entre classes étaient coutumiers au Moyen-âge, et même fréquents encore au dixhuitième siècle, comme le montre Taine. — Les Origines de la France contemporaine {l'Ancien régirrie), t. I, ch. m, p. 46 et suiv.
3. Voir les contrats authentiques, cités en Appendice. — Il peut
Aujourd'hui, au contraire, en raison de Tabsence d'inslilulions véritables, le contrat individuel peut être, en effet, dangereux', ou lout au moins inefficace. Sans doute, la loi de 1892 prévoit la formation de Sociétés de patronag-e d'apprentis, préconisant les contrats^ comme il est question d'en créer une à Toulouse; mais quelque excellentes que puissent être des organisations semblables , quelque intérêt qu'elles puissent avoir au point de vue des tendances et de la diffusion de certaines idées professionnelles, elles ne constituent que des palliatifs, n'atteig-nant toujours, et trop du dehors, que des minorités passag-ères. D'autre part, s'il y avait à Toulouse, antérieurement à la Révolution, un certain nombre d'ouvrières de l'aig^uille, nous n'avons trouvé cependant, dans les archives notariales, aucun contrat d'apprentissag-e concernant les filles^ : c'est qu'en effet, non seulement elles ne possédaient pas
être intéressant d'en rapprocher le modèle, préconisé aujourd'hui dans le bâtiment à Toulouse, et que nous avons reproduit pag-e Sg.
1. Nous avons eu entre les mains le texte d'un contrat d'apprentissag"e, passé avec un libraire de Toulouse, et qui contenait, pour le cas de résiliation, des dispositions pécuniaires si draconiennes que l'apprenti, ne voulant plus continuer le métier, dut s'engag^er pour recouvrer, à cet égard , sa liberté. — On s'explique la tendance, de plus en plus marquée dans les relations du travail, vers le contrat collectifs qui peut n'être pas actuellement sans danger, tant du côté patronal qu'ouvrier, mais qui exprime fortement l'idée corporative.
2. Toutefois indiquons, à titre d'exception, qu'un acte de cette nature a été récemment découvert par M. Macarj, qui a bien voulu nous en donner communication : il s'agit d'un contrat d'apprentissage passé à Toulouse entre les père et mère de Jeanne Andrieu et Catherine Vidale, chemisière (camiser/a), le 3i juillet i538, pour une durée de six ans (Astorgi, notaire à Toulouse, n» 421, fol. 142).
elles-mêmes des statuts corporatifs, mais elles étaient g-énéralement exclues de toute corporation*, et dans ces conditions, un contrat d'apprentissag-e, en admettant qu'il fût possible, eût été dénué de valeur pratique. A ce propos, observons combien l'entrée dans l'industrie moderne d'un nombre considérable de femmes, qui ont dû déserter en partie leur foyer, accroît le besoin de stabilité générale et la nécessité d'une organisation.
C'est donc cette organisation d'ensemble qui s'impose, parce qu'elle conditionne l'avenir de l'apprentissage, comme d'ailleurs la solution de toutes les autres questions professionnelles : chômage, retraites, etc.; mais une organisation comprenant les éléments divers, faite de la coordination des fonctions, Elle doit être la corporation dans ses limites corporatives, qu'elle ne dépassera point mais que nul étrang-er au métier ne franchira du dehors; elle a droit, comme jadis, à un blason qui la distinguiez qui traduise dans un emblème sa lég*itime fierté ^ être et de pos^ sédei\ Elle exige de n'être qu'elle-même, mais elle-
I. C'est exceptionnellement que les Statuts du grand corps des Maistres Tailleurs d'habits de la ville de Toulouse de 1741 (Bibl. mun.) autorisent, dans leur article xc, certaines catégories de femmes à coudre des robes et habits pour les enfants, «... par une grâce particulière^ et pour procurer aux filles des maîtres décédez un moyen de s'entretenir, jusques à ce seulement qu'elles soient parvenues à s'établir... » — Pourtant, dans certaines régions, quelques règlements corporatifs prévoient l'apprentissage des deux sexes, et parfois les femmes peuvent arriver à former elles-mêmes des corporations. (Cf. EspiNAssE, op. cit. Introduction : Le travail de l'aiguille et la femme, pp. 10, 11.)
même pleinement, plus que dans la dernière période de son histoire passée, où le déplacement trop fréquent de ses frontières risquait d'affaiblir peu à peu sa raison d'existence, plus surtout que sous le rég-ime socialiste d'une démocratie économique^ où dominerait la tyrannie administrative des plus rusés ou des plus violents si l'on voulait log*iquement éviter l'aristocratie des compétences et des aptitudes*.
I. En fait, d'ailleurs, un sentiment aristocratique — qu'il est intéressant d'analyser au point de vue des tendances et des conditions de réforme — se rencontre assez fréquemment dans les diverses professions. Nous avons pu en observer un certain nombre de cas. Tout d'abord, d'une façon g-énérale, c'est très souvent, tant chez les patrons que chez les ouvriers, un dédain, dissimulé dans les seules limites de la politesse, pour l'enquêteur, le théoricien, V intellectuel^ et chacun sait du reste que c'est là l'une des plus curieuses caractéristiques du mouvement syndicaliste. Le sentiment de connaître et de gérer mieux que quiconque ses propres affaires subsiste ou plutôt renaît vivace chez l'homme de métier.
Mais il est ensuite une tendance plus particulière qui, loin de déterminer entre g'ens de diverses professions une ég'alisation prog'ressive, conforme aux théories démocratiques, va vers une distinction jalouse, et quelquefois méprisante, en raison même de l'absence de véritable dig-nité professionnelle. La supériorité qu'affiche l'employé de commerce sur l'ouvrier proprement dit est bien connue. Et les demoiselles de mac^asin, dont beaucoup ont déserté le métier de l'aig^uille, se considèrent comme formant une classe très séparée des autres, travailleuses. Lé garçon de café, le domestique s'estiment au-dessus de l'homme de l'usine ou du chantier. Il y a là évidemment une sorte de croyance à l'absence de noblesse du travail. Moins une profession exige d'efforts manuels, plus elle vaut dans l'ordre du sentiment. Nous retrouvons ici cette tendance, que nous observions, vers le fonctionnarisme {a). Une telle forme d'aristocratisme quasi individualiste a néanmoins le grand mérite de nous révéler ce besoin, non seulement économique, mais sentimental des individus de s'élever sans cesse audessus des autres, de se distinguer, quand leur situation naturelle,
{(i) Voir lime partie, p.
Quant à la lég*isialioii d'Etat, si certaines de ses manifestations peuvent sur certains points enrayer le mal de Fanarchie économique et sociale, dès
leur fonction normale, a, par suite de l'individualisme social et moral, perdu toute noblesse, toute dig-nité.
Plus intéressant alors, au point de vue professionnel, est le cas de ce coupeur chemisier qui s'indignait de ce qu'on se fît coupeur chemisier « comme on se fait plâtrier )). Sans mépriser ce dernier métier, il estimait, et non sans raison, que son travail nécessitait plus d'art, plus de compétence, un apprentissag-e plus particulier. Un orfèvre ou un imprimeur, chez qui la corporation exigeait jadis une bonne instruction générale (a), n'ont-ils pas quelques motifs de se considérer au-dessus d'un boulanger par exemple? Des cas semblables rejoignent la tendance, que nous signalions, à dédaigner l'intellectuel : un tel dédain exprime à merveille l'aristocratisme de chaque catégorie de travail (6), et jaillit de la même source psychologique que le mépris contraire pour le travail avili, qui opère le rendez-vous de déclassés dans les vagues professions, où nul véritable apprentissage, marque certaine du métier, n'est indispensable.
En outre, nous avons pu remarquer cette même tendance hiérarchique à l'intérieur de chaque métier. Ici, c'est un ouvrier boulanger syndicaliste qui s'indigne que le premier venu puisse remplir les fonctions de maître de pelle; ailleurs, ce seront des manutentionnaires ou des premières qui se froisseront si de simples secondes ou apprêteuses ne les appellent : « Mademoiselle ».
C'est surtout, en effet, dans les professions de femmes, chez qui les différences de nature et de situation se révèlent à l'extérieur grâce à leur sensibilité facilement dominante, que s'observent au mieux
{a) « Les maîtres jurés ne pourront recevoir aucun aprantifquy ne scache ni Hre et escrire sur peyne de nulité de l'aprantissage disent les statuts des maîtres orfèvres de i685 (art. i3).
{b) Cf. Ile partie, p. 88 : à propos du danger que présentent les écoles professionnelles d'écrémer chaque métier de ses meilleurs éléments ; et encore, p. G4 : la tendance à réduire le nombre des apprentis, à limiter l'accès du corps. On peut aussi en rapprocher ce fait que, dans plusieurs métiers, l'ouvrier aux pièces ne se soucie pas de former des apprentis : il y a là, assurément, exagération du soin de l'intérêt personnel, mais en même temps explication de cet instinct de conservation dont chaque profession semble prendre de plus en plus conscience, et contre lequel toutes les utopies égalitaires prévaudront difficilement.
qu'elle vise le fonclionnemenl interne des divers mëliers, elle échoue ou dësorg-anise. Car venue du dehors, elle ne peut être rnue par la connaissance
de telles aspirations. Les couturières ne se comparent même pas aux ouvrières des manufactures, et les môdistes, à leur tour, se classent bien au-dessus des couturières. Il y a là, d'abord, une influence certaine du métier. Toute modiste estime que son travail est un art véritable : je n'en ai rencontré aucune qui n'exprimât très énerg-iquement cette opinion. « Nous sommes des artistes, — me disait l'une d'entre elles, — créer un
chapeau exig^e un goût délicat, un tour dé main qui ne se donne point, un sens des nuances que peut ig^norer une tailleuse. Nous avons — laissait-elle entendre — une façon de porter une toilette ou un chapeau, que vous ne trouverez pas toujours chez les autres ouvrières. La modiste est, d'une manière g"énérale, plus raffinée, plus élégante ; elle ne se contentera pas, pour mari, d'un sous-officier ou d'un calicot... » Ici se manifeste une autre influence que celle du métier proprement dite, et qui accuse à l'intérieur même des professions d'autres distinctions plus profondes. Dans la plupart des ateliers, les ouvrières se g-roupent par coteries, par clans, que déterminent leurs origines très diverses. Elles ne se considèrent pas toutes de la même classe (a). De fait, leurs familles appartiennent aussi bien à la bourgeoisie qu'à la catégorie des pauvres gens. Et les appartements qu'elles occupent vont du petit local étroit, qui sert à la fois de cuisine et chambre, où l'on accède par un escalier difficile qui oblige le visiteur à se munir le soir d'allumettes s'il veut éviter le linge séchant aux diveis paliers, jusqu'au salon ciré et garni de plantes vertes, où, dans un angle, sommeille un piano. Certaines lisent Alphonse Daudet et Marcel Prévost, avec un léger dédain pour les illettrées qui n'usent que de Paul de Kock ou de Ponson du Terrait.
elles reflètent dans leur spontanéité les mille influences qui déterminent l'individu vers une différenciation constante- Sei^lement,. parce que ces distinctions réelles de métiers et de classes
(a) De simples faits comme ceux-ci suffiraient à prouver l'impossibilité de la domination exclusive d'une classe : fùt-elle professionnelle — comme la voudrait le socialisme, — puisque sous cette dernière même peut reparaître dans certaines catégories de travail (et nous n'envisageons que le côté ouvrier) la marque de classes antérieures et très différentes, chacune ne formant en effet qu'un aspect de la vie sociale.
spontanée des intérêls et des besoins corporatifs. Elle est presque infailliblement le résultat d'une politique, c'est-à-dire de la mise en jeu d'intérêts particuliers, souvent des plus inférieurs. Elaborée par des étrang-ers à la vie professionnelle, elle n'exprime que les efforts de l'incompétence. De plus, parce qu'elle tend à s'appliquer à l'universalité des sujets de la loi, elle confond g-rossièrement, en les meurtrissant et les comprimant^ les réalités sociales distinctes
sont aujourd'hui méconnues par la société démocratique, elles risquent de ne se traduire, comme nous le disions tout à l'heure, qu'en exag-ération d'individualisme et de déclassement d'où toute solidarité est nécessairement bannie. C'est justement ce que l'on peut observer chez les ouvrières, k Nous autres, nous sommes des anarchistes » : cette boutade de l'une d'entre elles, qui venait de me confier qu'il est nécessaire de choisir ses relations, exprime bien que l'inévitable besoin de s'élever qui hante tout individu ne peut être fécond que dans les limites reconnues de multiples aristocraties sociales.
— Il manque le « brevet » distinctif, consacrant la réalité d'un état, ce brevet que plusieurs imprimeurs, consultés à ce sujet, m'ont déclaré reg-retter (a). Bien des associations professionnelles ont aussi préconisé le (( brevet d'ouvrier », qui, avec le certificat d'apprentissag-e,
déterminerait la fonction de l'homme de métier. Gens de métier, toute la société se divise naturellement en catégories de (/ens, non fermées, mais distinctes : gens de guerre, gens d'épée, gens de robe, gens d'église, gens de mer, gens de lettres, gens de maison, etc. Des divers corps, de ces gens de métier que nous avons pu énumérer, quelques rues de Toulouse portent d'ailleurs encore le nom : rue des Couteliers, rue des Marchands, rue des Menuisiers (nous avons mentionné divers menuisiers, demeurant, en effet, au Port-Garaud, voir I''^ partie, pp. ii, i4), lue des Teinturiers, etc.
(a) Au Congrès national de la Fédération française des Travailleurs du Livre, tenu à Marseille en 1896, le délégué de Toulouse rappelait, de même, que la suppression des brevets d'imprimeurs est une des causes de la concurrence, qui rejaillit si dangereusement sur les salaires. (Voir Compte rendu du Congrès, Imprimerie Nouvelle. Paris, iSgS, p. 34-)
et les individus que celles-ci g'araniissent. Ainsi le Nord et le Midi furent-ils indissolublement associés, malg-ré leurs intérêts contraires, dans la solution de la question des bouilleurs de cru, ainsi les diverses professions furent-elles assimilées avec exag^ération dans la loi sur le repos hebdomadaire. Qu'a donné, au point de vue pratique, la loi, si minutieuse et si prévoyante, du 22 février i85i sur le contrat d'apprentissag-e ? Et serait-il possible, nous sommesnous demandé, de rendre ce contrat obligatoire sans le contrôle permanent et organisé des éléments corporatifs réunis? La disposition législative, votée le 3o mars 1900, et d'après laquelle il est interdit de faire travailler les ouvriers plus de dix heures dans les ateliers 011 il y a des apprenlis (du moins des hommes au-dessous de dix-huit ans), n'cst-elle pas inutilement gênante et propre, au contraire, de l'avis de bien des patrons, à supprimer l'apprentissag-e? D'autre part, si des fonctionnaires, tels que les inspecteurs du travail, peuvent, à de certains moments et de haut, exercer utilement un contrôle g-énéral, leur charge elle-même, que plusieurs cependant remplissent avec soin, comportera toujours une essentielle inefficacité, parce qu'elle n'est qu'une expression de l'Etat. J'ai retenu ce mot magnifique d'une mère de famille, très significatif dans son exagération : « Les inspecteurs du travail, c'est comme les médecins des morts. » Ainsi s'explique qu'aux tendances administratives vers un socialisme d'Etal, déprimant et avilissant, tende à se substituer de plus en plus chez les professionnels « Faction directe ».
Seulement, pour que cette action directe, ces na-
turelles tendances org'anisatrices ne denfieurent point sléi'iles ou ne viennent à dévier vers l'anarchie, il faut que quelque chose s'y superpose, qu'à l'individualisme inoral ou à Tillusion tout ég-oïsle de sacrifice à de prétendus ég-aux
se substitue la foi en un idéal non plus relatif, mais éternel et absolu, qui commande précisément de discipliner notre vie passagère et contingente. Si la méthode réaliste, en effet, nous a fait connaître le mal de l'anarchie et les bienfaits de telle org^anisation, elle nous a montré aussi, dans l'ancienne France, l'esprit chrétien animant, de l'apprenti au maître, toute la réalité corporative, alors qu^aujourd'hui nous apparaissait l'esprit individualiste érigeant, sous les formes les plus variées, le règne des sensibilités. Dès lors, cette méthode doit nous conduire à la limite, où, révélant désormais son impuissance, elle manifeste la nécessité de dépasser le point de vue exclusif des faits, de reconnaître ainsi le domaine de la transcendance et de la foi. Vouloir s'en tenir en dehors, par souci du positif, c'est ignorer le positif lui-même, la plus profonde des réalités : la nature humaine, qui, ne pouvant se passer d'idéal, puise dans le jeu de ses seuls sentiments individuels le secours que par un a priori la. raison lui interdit de rechercher au delà. Mais à un tel jeu elle ne peut dès lors que compromettre cette organisation sociale qui précisément contredit la licence de ces sentiments individuels. Il y a lutte aujourd'hui entre les tendances org^anisatrices et l'esprit individualiste, que nous observions : les premières s'établissent sur les nécessités économi-
ques et sociales, l'autre se fonde sur l'unique sentiment. Sans doute, en admettant même la réalisation définitive de ces tendances, ce sentiment pourrait en recevoir déjà une direction et des limites, mais il ne connaîtrait pas le sens de cette direction et la raison de ces limites : il ne peut faire fonction d'intellig"ence. C'est pourquoi si l'intellig^ence veut — dans cet ordre de choses — ag'ir efficacement, elle doit dépasser le point de vue relatif de l'observation. L'idéal, auquel l'individu consentira de se sacrifier, est relig*ieux, conservé dans son intég-rité doctrinale par une autorité vivante, le pouvoir spirituel. Il tend lui-même, quand il est servie à org^aniser la vie extérieure de ses fidèles : c'est ainsi qu'une certaine prospérité purement matérielle est favorisée par l'Eglise. Gomme la méthode, qui la découvre^ est intellectuellement limitée, l'org^anisation demeurerait insuffisante tant qu'elle prétendrait à la neutralité. C'est là le principe essentiel de l'école de MM. de La Tour du Pin et de Mun.
Ainsi, la simple observation locale de l'apprenlissag-e nous a conduit à reconnaître nécessaire une org-anisation différenciée et autonome, et à postuler une foi relig*Ieuse invariable : en un mot à n'admettre la possibilité de résoudre cette question spéciale qu'en fonction de points de vue supérieurs.
En eff'et, si ne considérant que cette question, on voulait même nous objecter la relativité de notre observation, et, comme tel directeur de manufacture, nous affirmer la différence à peu prés com-
plète entre l'état de Tapprentissag-e dans une ville de métiers surtout manuels comme Toulouse et dans les centres de g-rande industrie, nous pourrions, sur ce point essentiel du machinisme, montrer la valeur de nos conclusions. Sans doute, la machine a changé aujourd'hui bien des conditions du travail, et son introduction,
déterminant un immense essor industriel, peut être considérée comme une des causes qui ont favorisé cette poussée économique que nous constations à propos de la crise d^éducation professionnelle Mais, précisément, si cette révolution économique a été tellement néfaste au point de vue social, si la concurrence n'a plus connu désormais de limites, c'est que le libéralisme lui avait préparé un terrain libre et sans obstacles, que nul corps de forces unies n'établissait plus ces limites.
En outre, étant donné justement le fait de la division du travail et de la spécialisation qu'elle implique, l'ouvrier ne doit-il pas avoir, de l'avis même des patrons, une intellig-ence g-énérale du métier, et pour certaines spécialités, qui exig-ent son intervention personnelle, une préparation délicate^? Dans l'imprimerie, bien des ouvriers et patrons reconnaissent que la machine à composer a eu le mérite de diminuer le nombre des (( piéçards » et d'aug-menter celui des ouvriers « à la conscience ». Alors, me disait l'un d'eux, que certains parents croient qu'il n'y a plus d'avenir dans l'imprimerie, il faut en réa-