CHAPITRE PREMIER
Historique.
Notre aperçu historique sera court, car c'est plutôt au point de vue de sa pathogénie qu'iJ est intéressant de tracer l'évolution des idées à travers les siècles, et cela nous le ferons quand nous discuterons ce sujet.
Si cette maladie, qui offre tant de caractères distinctifs, a toujours existé, elle a dû de tout temps être connue et décrite. En effet, le père de la médecine parle d^une affection analogue, et plus tard Galien, Celse, Paul <fEgine,ne la passent pas sous silence, mais il est probable qu'ils confondaient plusieurs affections de l'œil avant une certaine analogie d'apparence avec la buphthalrnie, tels que exophthalmie, tumeurs intra-oculaires, staphylômes de la cornée et de la sclérotique.
Cette confusion d'idées qui régnait autour de cette maladie se traduit bien par la définition peu précise qu'en donnait Ambroise Paré (J).
« Œil de bœuf (poo? oçOaXfxo'?) est une maladie d'œil, quand il est gros et éminent, sortant hors la teste, comme on voit les bœufs les avoir. »
C'est la mention de Vhypertonie, qui peut seule nous prouver que c'est bien de l'hydrophthalmie qu'il s'agit.
(1) Ambroise Paré. Œuvres, édition de 16G1 p. 28.
L'hypothèse d'une augmentation de tension, dans un œil gros et distendu, devait se suggérer naturellement à tout esprit raisonnant, et il n'est pas étonnant que l'origine de cette idée ait lieu à un moment beaucoup plus reculé que pour le glaucome des adultes. Citons à ce propos l'intéressant passage emprunté au prochain ouvrage du D*" Bochon-Duvigneaud sur le glaucome :
« Si pour le glaucome des adultes avec conservation du volume du globe, l'hypertonie reste inconnue au XVIIP siècle, il n'en est pas de même pour le glaucome infantile, la buphthalmie. Relativement à cette dernière affection, nous trouvons en effet, signalée dès le XVIP siècle, la tension exagérée de l'œil, et dès le XVIIP, les idées considérées comme les plus modernes, c'est-à-dire le défaut d'équilibre entre la sécrétion et l'excrétion : l'hypersécrétion, la rétention, et dérivant fatalement de ces conceptions physiologico-pathologiques, l'intervention chirurgicale par des ponctions destinées à évacuer le trop plein du globe. »
Il faut arriver à Saint-Yves (1) pour trouver une description assez complète et précise de cette maladie. Dans son chapitre Grosseur démesurée du glohe de Vœil, il décrit deux états qui peuvent en être la cause, Vaccumulation de t humeur aqueuse, et V épaississement carcinomateux des membranes.
A l'égard de la première cause, il formule vaguement une hypothèse qui est assez semblable à celles que soutiennent les rétentionnistes modernes. Son traitement est assez anodin puisqu'il ne parle d'aucune opération,
(1) De Saint-Yves. Nouveau traité des mal. des yevx, 1722, p. 16(î.
mais se borne à administrer des remèdes qui agitent la, lymphe et ouvrent les canaux obstrués.
Dans les ouvrages plus modernes, rien de plus commun que de trouver des descriptions de cette affection, mais les idées étaient encore très confuses et il ne fallait rien moins que le génie de Mackenzie (1) pour éclaircir le sujet. Il fît une description magistrale de la maladie, mais malheureusement, il créa des divisions innombrables, que les observations cliniques ultérieures n'ont pas justifiées. Les voici :