CHAPITRE II
Caractères anatomiques et symptômes.
Tableau général. — Il est peu d'affections de l'œil qui offrent des caractères aussi frappants que celle qui nous occupe; néanmoins, à un moment très précoce de son évolution, quand les yeux ne sont pas visiblement gros^ et les cornées encore très claires, cette maladie peut passer inaperçue de l'entourage. Plus tard, ceci ne devient plus possible, car dans ses périodes avancées, où le globe entier subit une distension, l'hyd rophthalmie offre des caractères si saillants qu'elle ne peut être confondue avec aucune autre maladie de l'œil (sauf peut-être la cornée globuleuse que beaucoup d'auteurs ne différencient pas de riiydrophlhalmie). A ce tableau il y a longtemps déjà qu'on a donné le nom de buphthalmie, terme qui a malheureusement aujourd'hui un sens assez large et qui sert non seulement à désigner l'bydrophthalmie vraie, mais aussi certaines distensions non glaucomateuses qui ne sont que de vastes staphylômes.
L'épithète de buphthalmie, consacrée par l'usage, ne devrait s'appliquer qu'à ces globes hydrophthalmiques énormes qui rappellent les yeux de bœuf; elle désigne l'état et non la maladie.
Décrivons, en quelques traits de plume, cet aspect qui a frappé les observateurs de tout temps.
La cornée estextraordinairementlarge(mégalocornée), souvent terne, opalescente, de couleur bleuâtre; la chambre antérieure est très profonde, l'humeur aqueuse
YiG, I. — Cas de Warlomont. Conservation exceptionnelle de la vision (1).
habituellement limpide. Le globe entier est distendu, il fait saillie entre les paupières, qui, largement écartées, semblent incapables de le recouvrir ; il paraît sur le pohit d'éclater. La sclérotique est bleuâtre à cause de sa minceur qui est extrême, particuUèrement dans la région
(1) Pour la description de ce cas, voir page 59.
du limbe et elle laisse apparaître à ce niveau le pigment de l'uvée ; la cornée est ainsi encadrée par un cercle très foncé.
La conjonctive est pâle, mais sa surface est souvent sillonnée par des veines dilatées, et au voisinage du limbe on voit souvent un fin lacis de vaisseaux.
L'aspect de ces yeux grands et ternes dans un orbite relativement trcp petit est souvent affreux, et le nystagmus qui parfois imprime aux globes oculaires un balancement continu, ne fait qu'ajouter à l'étrangeté du regard.
Forme de l'œil. — Dans cette distension extrême que subit la coque oculaire, la région cornéo-sclérale est une des prémières qui cède ; la résistance de ce cercle rigide qui entoure la cornée et qui joue un si grand rôle dans la conservation de sa forme est rompue, dès lors la cornée s'élargit par sa base, elle s'aplatit et sa courbure coïncide bientôt avec celle du globe tout entier, qui prend alors la forme d'une sphère. Si tous les diamètres augmentaient avec la même régularité, on trouverait toujours des yeux sphériques, mais comme c'est le diamètre antéro-postérieur qui l'emporte sur les autres, la forme de l'œil la plus commune est ovalaire et allongée.
Dimensions. — Les dimensions des globes varient naturellement avec l'âge du sujet et le stade plus ou moins avancé de la maladie. Depuis la distension si peu marquée qu'elle passe inaperçue de l'entourage, jusqu'à l'œil énorme qui fait saillie entre les paupières et paraît sur le
point de quitter l'orbite, il y a tous les intermédiaires.
Le volume du globe, de plus, n'est nullement sous la dépendance de Vîxge de l'enfant, car la maladie peut traverser toutes ses périodes pendant la vie intra-utérine et le nouveau-né porter en naissant un œil énorme d'une grosseur qui chez un autre n'est atteinte qu'au bout de bien des années.
Pour trouver les dimensions moyennes de ces yeux hydrophthalmes nous avons comparé les mensurations d'une vingtaine de cas ; voici les chiffres que nous avons obtenus en millimètres ;