‹ Études sur le cancer [electronic resource]Chapitre 117 sur 158 · CONTINUATION DE LA MALADIE · texte numérisé non relu

CONTINUATION DE LA MALADIE

MIlie V., quatre-vingt-trois ans, demeurant à Ixelles, porte à la joue droite un kyste enflammé gros comme une aveline.

Le 22 janvier 1872, caustique de Vienne, puis pâte caustique.

Le 23, incision de la ligne cautérisée, le kyste est vidé, le fond en est dur, épais et recouvert de végétations saignantes.

Application de pâte caustique à l'intérieur du kyste.

Le 29, chute de l'eschare, reste un fond carcinomateux végétant.

Réapplication du caustique, destruction à fond, cicatrisation.

Deux mois après, il survint de petites tumeurs carcinomateuses à côté et au-dessous de la cicatrice.

Réapplication du caustique, destruction complète de ces petites tumeurs.

Le ganglion situé en avant du conduit auditif s'engorge et devient cancéreux. Les petites plaies, résultant des applications de caustique, se cicatrisent très bien, mais le ganglion augmente de volume, d'autres ganglions s'engorgent le long de la gaine de la carotide jusque dans la poitrine; les fonctions digestives se troublent, le marasme se prononce, et la malade succombe le 10 juillet 1872.

OBSERVATIONS

OBSERVATION LIX. — Tumeur cancéreuse au sein droit,

EMPLOI DES CAUSTIQUES, RECIDIVE

M"10 W., d'Alost, soixante-huit ans, de bonne constitution, portait une tumeur squirrheuse au sein droit depuis six mois, les douleurs lancinantes commençaient à se faire sentir.

Elle s'adressa à un empirique du Luxembourg, je crois, il alla la voir à Alost, et la traita durant une année. Il lui appliquait des emplâtres caustiques. Bref, après une année de ce traitement il était parvenu à faire un trou au milieu de la tumeur, mais pendant ce temps, la maladie se développait, gagnait les tissus voisins et déterminait un engorgement ganglionnaire de l'aisselle.

Cette dame, s'impatientant, demanda à cet empirique combien de temps l'opération devait encore durer? Il répondit qu'elle durerait encore un an environ. C'était à peu près le temps qu'il fallait pour la conduire à sa dernière demeure.

La dame le remercia et s'adressa à moi.

La tumeur, trouée au milieu, a environ 12 centimètres de diamètre. Un cordon dur se prolonge jusque dans l'aisselle où il aboutit à un engorgement ganglionnaire.

Comme on le voit, ce malheureux empirique a fait perdre un temps précieux, il sera la cause de la mort de cette dame, car le mal est à la seconde période très avancée et est devenu incurable probablement. Comme il reste encore quelques chances de salut, je me décide à l'opérer.

Le 24 janvier 1872, application des caustiques sur tout l'engorgement.

Dix applications, chute de l'eschare le huitième jour, réunion.

Adhésion immédiate de la moitié externe de la plaie, l'autre partie laissait un espace de 1 centimètre. Elle retourna chez elle et m'écrivit dix jours après que la plaie était entièrement cicatrisée.

Cette dame alla très bien jusqu'au mois de mai, époque à laquelle elle ressentit une violente douleur à l'articulation coxo-fémorale droite qui la mit dans l'impossibilité de marcher.

Elle me fit appeler, je lui prescrivis un traitement et lui conseillai de prendre un médecin de la localité. J'ignore ce qui est advenu ensuite, mais elle succomba le 25 juillet 1872.

OBSERVATION LX. — Cancer au sein gauche, emploi

DES CAUSTIQUES

Une sœur de l'ordre de Saint-Joseph de Liège, vint à la succursale de Bruxelles pour se faire opérer. Cette religieuse a environ quarante ans, elle est maigre, chétive, et porte au-dessus du sein gauche une tumeur squirrheuse de la grosseur d'un œuf de poule avec de violentes douleurs lancinantes.

Elle a été opérée par le bistouri il y a un an, la récidive eut lieu le quatrième

OBSERVATIONS

mois, immédiatement au-dessus de l'extrémité interne de la cicatrice, en partie sur le sternum où il y a une adhérence circonscrite.

Le cas ne paraît pas précisément au-dessus des ressources de l'art, à en juger par l'état local, mais ce qui n'est pas rassurant, c'est la santé générale de la malade, sa maigreur, le dépérissement qui s'accentue tous les jours. Cependant je ne constate dans les organes essentiels à la vie aucun germe de maladie cancéreuse.

Le 2 février 1872, emploi des caustiques. Quatre applications de six heures de durée.

Élimination de l'eschare le 14, la partie adhérente au sternum n'est pas entièrement détruite.

En conséquence, le i5, réapplication de la pâte caustique, trois applications.

L'eschare se détache lentement à cause de l'adhérence, enfin je l'enlève, tout le tissu malade paraît détruit, réunion.

La cicatrisation marcha lentement, la table externe du sternum est enlevée dans un diamètre de 2 centimètres et demi.

A la fin de mars, l'os s'est recouvert de bourgeons, le travail cicatriciel est presque terminé.

La malade retourne à Liège, la santé s'est améliorée. Je ne sais ce qui est advenu ensuite, je n'ai plus eu de ses nouvelles.

OBSERVATION LXI. — Cancer de la tempe, emploi

DES CAUSTIQUES, RÉCIDIVE

M. D., soixante-sept ans, fermier à Gosée, reçut, il y a un an environ, un coup sur la ligne temporale du frontal, côté droit. Tuméfaction, induration, douleurs lancinantes. Il a été opéré par le bistouri, il y eut récidive immédiate.

M. le docteur Lecomte de Ham-sur-Heure accompagne le malade. . Large ulcération cancéreuse, circulaire, de 3 centimètres de diamètre, avec induration des bords et végétations considérables.

Le malade porte aussi une tumeur à la paupière inférieure gauche, grosse comme une noisette. Elle a également été opérée par le bistouri, récidive immédiate.

Le 5 juin 1872, application du caustique de Vienne sur les bords, puis de pâte caustique sur le tout. Le lendemain et le surlendemain deux applications de cinq heures de durée, après lesquelles il retourne chez lui.

Il revint quinze jours après, le bourgeonnement n'est pas entièrement réprimé, je fis deux nouvelles applications. Il retourne chez lui.

Les premières applications ont produit une amélioration très notable.

Que s'est-il passé? son parent, M. le docteur Lecomte, m'a écrit qu'il n'était pas entièrement guéri, mais qu'il ne voulait plus revenir à Bruxelles.

Le 17 novembre, je reçus une lettre de faire part de son décès.

SiS

OBSERVATIONS

OBSERVATION LXII. — Cancer du sein droit, emploi

DES CAUSTIQUES, RÉCIDIVE

M»>a R., d'Ostiche, quarante-cinq ans, ménagère, mère de deux enfants ; remarqua, au commencement de janvier, dit-elle, qu'elle avait une tumeur grosse comme le poing d'un enfant, à la partie externe du sein droit. Cette tumeur avait au moins six mois d'existence.

Quand je vu cette dame, la tumeur était volumineuse, semi-sphérique, rouge, percée de trous d'où s'échappe une sanie jaunâtre; base indurée, toute la glande mammaire est envahie.

Douleurs lancinantes fréquentes. Il n'y a pas d'engorgement ganglionnaire.

Le 25 juin 1872 et les jours suivants, application des caustiques. Dix cautérisations, chute de l'eschare le 12 juillet, réunion; adhésion immédiate de la partie antérieure de la plaie; le reste présente entre les lèvres un écart de 1 centimètre.

La cicatrisation marche régulièrement.

Départ le 8 août, presque guérie.

En mai 1873, récidive, emploi des caustiques, récidive nouvelle en 1874. Marasme, décès.

OBSERVATION LXIII. — Cancer de la mamelle gauche, deuxième

PÉRIODE, EMPLOI DES CAUSTIQUES, RÉCIDIVE

Mme S., quarante-cinq ans, ménagère, de constitution faible, chétive, mère d'un enfant, porte au sein gauche une tumeur du volume d'une noix, ramollie au centre, la peau est rouge bleuâtre et sur le point de s'ulcérer, les douleurs lancinantes sont très intenses. Il n'y a pas d'engorgement ganglionnaire, mais tout chez elle dénote un état d'affaissement très prononcé.

Le 25 juillet 1872, emploi des caustiques, trois applications suffisent.

Chute de l'eschare le 7 août, réunion facile au moyen de bandelettes collodionnées, il n'y a aucune tendance à la cicatrisation, la plaie suppure, se cicatrise lentement. Ce n'est que le 1 5 septembre que la cicatrise est achevée.

Au commencement de janvier 1873, Mme S. vint me dire qu'elle sentait une petite induration un peu au-dessus de la cicatrice; en effet je constatai l'existence d'une tumeur grosse comme un haricot et je trouvai sa santé profondément altérée; néanmoins je l'opérai de nouveau et j'obtins une bonne cicatrice, mais le dépérissement fit des progrès et elle succomba à la fin de juillet, dans le marasme. La cicatrice est restée intacte.

OBSERVATION LXIV. — Cancer du sein gauche, deuxième période,

EMPLOI DES CAUSTIQUES, RÉCIDIVE

Mme dm de Rhodez (Aveiron), cinquante ans, forte, nerveuse, mère de deux enfants, porte au sein droit un squirrhe volumineux avec un prolonge-

OBSERVATIONS

ment dur, noueux vers l'aisselle où se trouve un ganglion induré. Cette dame a eu beaucoup de tourments, elle fait remonter le début de l'affection à un an environ. ,

Le cas est défavorable, période d'extension assez avancée, signes de diathèsc cancéreuse commençante.

Le 16 août 1872, application des caustiques; le volume de la tumeur nécessite douze applications. L'intérieur de la tumeur présente quelques points ramollis. Le 5 septembre, chute de l'eschare, réunion, je parvins à mettre en contact les lèvres de la plaie, tout est bien disposé pour la réunion immédiate, lorsque le cinquième jour, par un mouvement inconsidéré de la malade, tout le pansement se détache et la plaie s'ouvre largement. Je réunis de nouveau, cette fois avec plus de succès.

Le 20 septembre, la plaie est entièrement cicatrisée.

Je revis cette dame deux ans après, en septembre 1874, sa santé était parfaite, elle avait acquis de l'embonpoint, mais il y avait une petite glande engorgée dans l'aisselle. Je lui proposai de l'opérer; comme elle n'en souffrait pas, elle s'y refusa, elle s'en repentit bientôt, car d'autres ganglions s'engorgèrent et acquirent promptement un grand développement.

Elle revint fin décembre, la tumeur de l'aisselle avait le volume d'un œuf de poule. Je l'opérai et obtins une cicatrice solide, mais l'affection cancéreuse n'en continua pas moins, elle se généralisa et la malade succomba en octobre 187D.

OBSERVATION LXV. — Cancer de la mamelle gauche, deuxième période, emploi des caustiques; cancer de l'estomac.

Mme M., de Tirlemont, quarante-cinq ans, n'a pas eu d'enfant, elle est très forte en apparence, présente un embonpoint considérable, mais elle est très lymphatique. Les mamelles sont volumineuses, la gauche est le siège d'un carcinome très étendu, toute la surface du sein présente des noyaux cancéreux et un engorgement glandulaire de la grosseur d'une petite noix existe sous le bord du grand pectoral à l'entrée de l'aisselle. Comme toujours, avant d'opérer, j'explorai avec soin les organes internes, surtout ceux de l'abdomen, je ne décrouvris aucune tumeur et la malade n'éprouvrait ni douleur ni gêne d'aucune sorte de ce côté, les organes digestifs fonctionnaient parfaitement.

Le 24 août 1872, emploi des caustiques. Quatorze applications, la malade les supporte facilement, elle ne perd ni l'appétit ni le sommeil. Je creusai une large tranchée d'environ 3o centimètres d'étendue du voisinage du sternum au fond de l'aisselle.

Le squirrhe était graisseux, sauf le noyau principal qui avait subi un commencement de ramollissement.

Le 16 septembre, les lèvres de la plaie étaient réunies et paraissaient adhérer, lorsque survinrent des vomissements bilieux incoercibles.

Les moyens employés en pareil cas échouèrent. Le lendemain, voyant que

OBSERVATIONS

les vomissements continuaient, j'explorai de nouveau l'abdomen et je découvris au pylore une tumeur assez volumineuse (cancer).

Les vomissements ont continué jusqu'à sa mort, survenue le 22 octobre 1872. La plaie était cicatrisée.

OBSERVATION LXVI. — Cancer ulcéré de la mamelle gauche,

Page 1