DEUXIÈME PÉRIODE, RÉCIDIVE INOPÉRABLE, DÉCÈS
Mme L., cinquante-quatre ans, ménagère, demeurant à Bruxelles, est petite, faible, rachitique, bossue, mère d'une enfant également rachitique, elle porte une tumeur cancéreuse ulcérée du sein droit, c'est-à-dire que la bosselure la plus proéminente s'est ramollie et ulcérée ; cet ulcère est grand comme une pièce de cinq francs, tandis que la tumeur a 1 5 centimètres de diamètre et 7 d'épaisseur. Il existe en outre un engorgement ganglionnaire sous le bord du grand pectoral.
Cette tumeur a été constatée il y a quatorze mois, alors qu'elle n'avait que le volume d'une aveline. Malgré les remèdes de toute espèce qu'on lui prescrivit, la tumeur se développa régulièrement, absolument comme si l'on n'y avait rien fait, et la maladie marcha d"un pas rapide vers l'incurabilité et la mort.
Voilà le fruit de l'ignorance ou de l'incurie. Pourquoi n'a-t-on pas arrêté ce mal affreux dans son développement fatal? L'intérêt de la malade, l'intérêt de la science, l'intérêt même de l'homme de l'art, ne réclamait-il pas une intervention active avec une impérieuse nécessité?
La maladie est donc arrivée à la seconde période bien avancée. Je me décide
OltSERVATlONS.
à opérer, non clans l'espoir de guérir radicalement, mais dans le but de prolonger l'existence, car si l'on n'arrête pas les progrès de la maladie, cette femme n'a plus six mois à vivre, sa santé est déjà altérée.
Le 2f> février 1870, application des caustiques et continuation les jours suivants. En tout dix applications.
Tout marcha régulièrement, à la fin de la cinquième semaine, la plaie était entièrement cicatrisée.
Comme je m'attendais à la récidive, je recommandai de m'avertir aussitôt qu'un petit engorgement se présenterait. En ertet, au commencement de novembre 1880, un ganglion axillaire se tuméfia* on ne m'en dit rien; à la fin de décembre d'autres ganglions s'engorgèrent, puis des ganglions sus et sousclaviculaires ; alors, à la fin de février, on me fit appeler; il était trop tard, il n'y avait plus d'opération possible. La malade succomba deux mois après ma visite.
Néanmoins, cette personne a joui de deux années de bonne santé et de repos, et si elle m'avait informé, dès le principe, de l'engorgement ganglion ■ naire, son existence aurait pu être prolongée de deux ou trois années encore.
OBSERVATION CXXV. — Cancer du sein gauche, deuxième période
TRÈS AVANCÉE, EMPLOI DES CAUSTIQUES, RÉCIDIVE
M"10 D., quarante-huit ans, bonne constitution, grande et forte, est affectée de squirrhe du sein gauche, qu'elle a toujours caché avec soin aux membres de sa famille, et dont le commencement remonte à plus de douze ans; au moment où je la vis, elle se trouvait dans l'état suivant : la tumeur est grosse comme le poing d'un adulte, dure, bosselée, irrégulière, et le siège de violentes douleurs lancinantes. La bosselure principale s'est ulcérée, et ce cancer exhale une odeur spécifique qui l'a dénoncée à ses proches. En outre, quelques ganglions axillaires sont fortement indurés.
Que fallait-il faire? Abandonner la malade à elle-même, c'est la mort rapide au milieu de souffrances atroces. En opérant, on n'échappera probablement pas à la récidive, vu l'ancienneté de la maladie, mais on épargnera beaucoup de souffrances, on retardera le moment fatal et l'on procurera encore à la malade quelques mois de repos et de bonheur.
Je commençai donc l'opération le 19 mars 1879, au sein et à l'aisselle en même temps. Dans le cours de l'opération, je trouvai au centre de la tumeur plusieurs noyaux d'ossification, le plus gros comme une pomme de terre moyenne, entouré de points ramollis. 11 y avait un point d'adhérence à une côte; j'ai donc cautérisé la côte dans une étendue de 3 centimètres, et la table externe se détacha quelques jours après l'eschare; cette partie de la plaie bourgeonna et se cicatrisa comme le reste. Il y eut douze applications bien supportées, l'eschare se détacha le septième jour, réunion
Je n'obtins pas une cicatrisation complète, il y eut des points de récidive, aussi bien dans l'aisselle qu'au sein. Puis le bras commença à s'infiltrer. Je fis encore quelques applications pour réprimer les chairs baveuses.
OBSERVATIONS
Le 20 septembre, la récidive continue, je réprime autant que possible, la santé générale e.-t bonne.
A la tin du mois d'août 1880, les doigts et la main du côté malade se sont légèrement œdématiés, puis l'avant-bras, et à la fin de septembre, le membre tout entier, suite inévitable de l'engorgement des ganglions axillaires.
La malade succomba à la fin de 1880.
OBSERVATION CXXVI. — Cancer nu sein gauche, opéré deux fois
PAR LE BISTOURI , RÉCIDIVES, EMPLOI DES CAUSTIQUES, GÉNÉRALISATION DE LA MALADIE.
Mu,c veuve D., de Bruxelles, quarante-sept ans, mère d'un enfant, lymphatique, faible, nature molle, peu résistante, a été opérée deux fois par le bistouri en 1876 et 1876, côté gauche. La première récidive eut lieu six mois après l'opération; la seconde un an et demi après.
Lorsqu'elle s'adressa à moi, il y avait deux tumeurs, l'une dans la cicatrice même, l'autre dans l'aisselle. La première avait le volume d'un gros œuf de poule, l'autre, celui d'un petit œuf.
Toutes ces circonstances sont loin d'être favorables, néanmoins je voulus faire une dernière tentative, dans le seul but de prolonger l'existence.
En conséquence, le 9 juillet 187g, je l'opérai par les caustiques : sept applications suffirent. L'élimination de l'eschare mit à découvert deux plaies parfaitement nettes. Réunion, la cicatrisation se fit rapidement.
Dans le courant du mois de septembre de la même année, la malade découvrit une glande engorgée dans l'aisselle droite, puis une petite tumeur dans la cicatrice. Enfin, l'infection générale et le marasme mirent fin à cette pénible existence, au commencement de 1880.
OBSERVATION CXXVII. — Cancroïde de la grande lèvre droite,
EMPLOI DES CAUSTIQUES, RÉCIDIVE
Mlle T., soixante-deux ans, de tempérament lymphatique, ayant beaucoup d'embonpoint, a vu se développer, il y a environ un an, à la partie interne de la grande lèvre droite, une sorte de végétation dure, comme cornée, et composée de petits corps allongés. Un pédicule unique, large, solide, pénétrait profondément dans le tissu cellulaire.
Au commencement de février 187g, cette végétation avait les dimensions d'une pièce de deux francs, et présentait un relief de 3 à 4 millimètres.
Dans le courant de février, j'appliquai le caustique une dizaine de fois, mais la malade, très indocile et très révêche, l'enlevait dès qu'il commençait à faire mal; voyant cela, après beaucoup de remontrances et d'avertissements, je conseillai à la malade de renoncer aux caustiques et de recourir à une autre méthode. Elle n'en fit rien, elle mourut l'année suivante des suites de cette affection.
CHAPITRK V. — TR0|
OUSERVA- TION.
NOM
DEMEURE
AGE
EN- FANTS.
Dinant.
67 ans.
2 ans.
Mn'c H.
Tçrmonde.
53 ans.
1 an.
Mma F.
Namur.
5o ans.
1 an l/2
Ixelles.
47 ans.
2 ans.
Mme p.
Saint -Josseten-Noode.
27 ans.
14 mois.
Mme y.
Fontainel'Evêque.
43 ans.
3 ans.
MUe V.
Amersfort.
42 ans.
2 ans.
MIle D.
Fontaine- 1 Lveque.
18 mois.