F. IIAYEZ, IMPRIMEUR DE L'ACADÉMIE ROYALE
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INTRODUCTION
La question du cancer est toujours pendante, et, on peut le dire, toujours jeune.
Il est peu d'études qui intéressent aussi vivement le chirurgien, il n'en est peut-être point de plus passionnante, parce qu'il n'est pas de sujet qui laisse plus à désirer.
Les ouvrages des anciens nous montrent clairement que le cancer était connu dès la plus haute antiquité, et qu'on en avait compris toute la gravité. Aussi le traitait-on par le moyen le plus violent, puisque, dans les temps primitifs et pendant tout le moyen âge, on n'a guère trouvé d'autre remède à lui opposer que le fer rouge. Chose remarquable, nous voyons reparaître aujourd'hui le fer rougi à blanc sous une autre forme, celle du thermo-cautère. C'est revenir à la pratique d'Hippocrate et de Galien.
« Ad extremos morbos, extrema remédia exquisite optima. »
Mais ce n'est pas dans les livres anciens qu'il faut chercher des préceptes pour la question qui nous occupe, car si L'on examine les doctrines qui, pendant une longue suite de siècles, ont successivement régné dans les Ecoles, on n'y rencontre qu'hypothèses, préjugés, théories fausses, systèmes étranges, enfin tout ce
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que peut enfanter d'absurde l'esprit de l'homme égare.
Il faut donc arriver tout de suite aux investigations des auteurs modernes, basées sur des principes scientifiques et une expérimentation sérieuse, pour trouver des données rationnelles sur le cancer; ici l'observalion clinique exacte est de rigueur, car, de nos jours, le monde médical ne s'incline plus devanl l'autorité doctrinale, la parole du maître ne lui suffit plus, il demande la consécration de la Doctrine énoncée à l'expérimentation clinique, à l'observation judicieuse d'un grand nombre de laits recueillis avec soin et interprétés scientiflquemen t.
C'est l'objet de la statistique. Une statistique, consciencieusement établie sur un nombre suffisant de faits authentiques, jouit à juste titre d'une autorité incontestable, car elle projette un jour nouveau sur les questions en litige et fait connaître la valeur réelle des doctrines émises et des traitements préconisés.
Si la statistique est nécessaire à l'élucidation des questions expérimentales en général, elle l'est particulièrement pour le cancer, car, comme l'a dit Delpech (') : « il n'est peut-être pas de maladie sur laquelle on ail autant écrit, et que l'on ait observée avec plus de négligence. »
En effet, malgré les découvertes importantes faites en histologie dans ces derniers temps, la question du cancer a fait peu de progrès, surtout en ce qui concerne le traitement.
Il est même arrivé, pour le cancer, le contraire de ce qui s'est produit pour la plupart des autres maladies; tandis que pour ces dernières, les auteurs sesoni
(') Dki.pkch, Malad. chirtirg., t. III, p. 493.
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attachés à perfectionner le traitement qui leur convient; pour le cancer, ils ont concentré leurs e'tudes sur les questions théoriques en négligeant les questions pratiques.
Le traitement médical du cancer n'a pas fait un pas depuis l'origine des temps, on a bien proposé une foule de remèdes, presque tous les agents actifs de la thérapie ont été préconisés contre cette affection, mais il est généralement reconnu qu'ils sont complètement inefficaces ; quant au traitement chirurgical, il se borne, en général, à l'emploi de l'instrument tranchant, et la méthode sanglante est restée ce qu'elle était déjà au siècle passé : mêmes instruments, mêmes procédés opératoires, mêmes accidents, mêmes récidives et mêmes insuccès; ce que Boyer faisait au commencement de ce siècle, on le fait encore aujourd'hui; on a tout simplement continué les mêmes errements et la même routine.
Il est vrai que nous possédons aussi les caustiques, et ceux-ci présentent plus de variété : indépendamment des caustiques arsenicaux qui appartiennent au siècle passé, nous avons vu surgir, depuis quarante ans, divers agents de cautérisation : la pâte de Canquoiu, le caustique de Landolfi, ceux de Bivallié, de Velpeau, de Pétrequin et les flèches de Maisonneuve. Mais ces agents ne sont pas entrés dans la pratique générale, et, en dehors de celle de leurs inventeurs, ils n'ont reçu que de rares applications.
Assez de théories et d'hypothèses encombrent la question du carcinome et donnent la mesure de l'incurable faiblesse de l'esprit humain. La médecine est avant tout une science d'observation ; c'est donc aux faits qu'il appartient de prononcer. Dans le cours de cet ouvrage je m'efforcerai d'ailleurs de ne rien avance]*
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qui ne soit la conséquence rigoureuse de l'observation clinique. S'il m'arrive d'exposer des théories, je les emprunterai aux auteurs célèbres et ce sera le plus souvent pour les combattre par la force des faits. D'autre part, comme il convient d'enregistrer ce que les recherches modernes ont pu produire, je puiserai dans les auteurs originaux l'essence de leurs découvertes.
Il est de par le monde une foule de choses que l'on ne parvient rjas à comprendre; celle qui suit est de ce nombre : je viens de dire que le traitement médical du cancer, de l'aveu des auteurs célèbres, est complètement inefficace et cependant tous les jours et chez tous les malades, on s'obstine à administrer des remèdes de toute espèce, intus et extra, pour faire dissoudre une tumeur qui ne peut se dissoudre, qui n'est pas susceptible de résolution. Jamais, comprenons-le bien, les résolutifs les plus puissants n'ont fait dissoudre un squirrhe véritable. On échoue dans tous les cas et l'on recommence toujours. Voilà une aberration inouïe. Malheureusement, ces tentatives ne sont pas toujours innocentes; pendant ce temps, la maladie fait des progrès et marche vers l'incurabilité ; bientôt on perd le moment opportun d'agir chirurgicalement. Comment comprendre qu'on assiste impassible à cette terrible scène d'envahissement progressif du cancer, sans faire connaître à la malade les dangers dont elle est menacée, sans en prévenir ses parents ou ses amis. J'ai vu un trop grand nombre de victimes de l'oubli ou de l'ignorance de ces principes, pour ne pas les mentionner ici. Mais ce n'est pas tout; comme dans ces cas on n'obtient rien des remèdes prescrits, on augmente les doses, souvent on les exagère et on finit par enlever à La malade
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le peu de santé dont elle jouissait encore; lorsque le mal arrive à une période voisine de l'incurabilité, on lui annonce qu'une opération est devenue nécessaire. Souvent il est trop tard.
Suivons un instant les phases du développement du cancer, car ceci est de la plus haute importance. Une malade découvre dans son sein une petite tumeur de la grosseur d'une noisette; elle a déjà une existence d'au moins trois mois. Elle fait appeler le médecin qui lui prescrit des résolutifs et la rassure complètement; malgré les remèdes, la tumeur augmente; deux mois après (elle a déjà cinq mois d'existence), elle a acquis le volume d'une noix. C'est le moment d'opérer, mais on n'en fait rien. On continue les prétendus fondants en les modifiant. Deux mois s'écoulent encore, c'est plus que jamais le moment d'opérer, que fait-on... On exagère les doses ou l'on s'adresse à d'autres substances. Pendant les deux mois qui suivent (neuf mois) la maladie passe à la seconde période, elle se propage aux parties voisines et aux ganglions axillaires qui s'engorgent et deviennent douloureux... On commence à s'alarmer, on fait entrevoir l'opportunité éventuelle d'une opération, un ou deux mois s'écoulent encore, on conseille enfin l'opération : c'est trop tard !
Voilà l'histoire sommaire des malheureuses atteintes de cancer. C'est déplorable au plus haut degré; c'est parce que j'ai vu un grand nombre de faits se produire comme je viens de le dire et arriver ainsi à l'incurabilité, que je m'eiïbrcerai de combattre de toutes mes forces cette déplorable et intempestive routine, cause principale de la croyance à l'incurabilité du cancer, doctrine qui a fait plus de victimes que les guerres les plus meurtrières.
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Le moment le plus favorable pour l'opération était à cinq mois, dès que l'on avait acquis la conviction que les remèdes n'avaient aucune espèce d'influence sur la tumeur, et qu'ils n'en arrêtaient pas le développement. A sept mois, le cancer était encore localisé, mais le moment n'était déjà plus si propice, puisque la tumeur était plus volumineuse.
Dès que la maladie passe à la seconde période ou de propagation, les chances de succès diminuent considérablement.
Il est inutile de dire que la marche du cancer n'est pas toujours la même, que la durée des périodes varie à l'infini : la première période peut être très courte, elle peut aussi être très longue. J'ai vu des cancers qui étaient restés stationnaires pendant quarante ans. J'en ai vu d'autres qui, dès le second mois, passaient à la période de propagation, et arrivaient en quatre ou cinq mois à la généralisation.
Quelles pourraient bien être les raisons qui décident les praticiens à rester spectateurs inactifs d'un travail qui mine l'existence? Je n'en vois aucune, tandis qu'il y en a beaucoup qui militent en faveur de l'opération hâtive.
Le cancer est une maladie grave, son caractère dominant est la malignité ; en général, il affecte une marche rapide, envahissante , progressive, malgré les moyens dirigés contre lui. Peut-on débarrasser trop tôt l'économie d'un mal de cette espèce ?
Mais en supposant que l'on ne veuille entendre parler ni des caustiques, ni du bistouri, ce qui est, selon moi, tout à fait contraire aux intérêts des malades, pourquoi infliger aux malheureuses cancéreuses un traitement intempestif et perturbateur, qui doit anéantir
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le peu de santé et de bien-être dont elles jouissaient encore.
C'est à réagir contre ces funestes tendances que j'emploierai tous mes efforts.
Dans l'examen que je ferai des questions multiples que soulèvent les affections cancéreuses, je n'aurai d'autre guide que l'expérimentation clinique ; c'est pourquoi j'ai voulu attendre que le temps ait donné aux faits que je possède une consécration indispensable, afin de dissiper les doutes qui se présentent inévitablement à l'esprit des praticiens, lorsqu'on leur signale des cas de guérison définitive de cette redoutable maladie.
Les observations que je produirai et les résultats obtenus ne répondront peut-être pas à tous les desiderata de la science et de la pratique, mais tels qu'ils sont , ils m'ont paru constituer un progrès assez important dans le traitement des maladies carcinomateuses, pour me décider à les soumettre à l'appréciation des praticiens impartiaux qui, affranchis des préjugés et des spéculations scolastiques, s'intéressent au perfectionnement de la thérapeutique rationnelle et au soulagement des malheureuses qu'un sort cruel expose à être dévorées par l'horrible cancer.
Les trois cents opérations que j'ai pratiquées au moyen des caustiques et qui seront décrites avec toute l'exactitude désirable, aussi bien les insuccès essuyés que les guérisons obtenues, établissent d'une manière claire et précise, quelles sont les conditions qui permettent d'espérer une guérison radicale, celles dans lesquelles le succès est douteux et celles dans lesquelles il est à peu près impossible. Ces trois cents observations constituent non-seulement les assises de mon
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travail, mais encore la collection la plus considérable et la plus importante qui existe sur les maladies cancéreuses, surtout au point de vue des résultats obtenus. Quelques rares chirurgiens ont, il est vrai, fourni la statistique des opérations qu'ils ont pratiquées et des résultats immédiats qu'ils ont atteints, mais aucun n'a suivi ses malades après leur sortie de l'hôpital ou après la cicatrisation de la plaie; du moins aucun ne s'occupe des suites éloignées de l'opération, c'est-à-dire des récidives, des infections générales ou des guérisons durables. Le célèbre Velpeau lui-même qui connaissait si bien toute l'importance de ces détails, n'a produit qu'une statistique insignifiante, parce qu'il n'a suivi que très peu de ses opérées après la cicatrisation de la plaie. Lorsque nous voyons à la colonne terminaison de sa statistique : en voie de guèrison, guérison apparente, cicatrisation, en voie de cicatrisation, guèrison incomplète , etc. (!), je suis en droit de dire qu'une telle statistique manque de précision et est dépourvue de toute autorité. Si les chirurgiens n'ont pas établi leur statistique à ce point de vue, le plus intéressant sans nul doute, il est permis de penser que c'est parce qu'elle n'était pas favorable.
J'estime pour mon compte que c'est très regrettable. La science ne s'accommode pas d'équivoques, d'à peu près, ni d'observations incomplètes, qui en réalité ne constituent que des non-valeurs, il lui faut des faits pertinents, positifs, complets, véridiques et observés pendant un certain nombre d'années après l'opération, c'est la seule voie qui mène au progrès; agir autrement, est un manque de franchise scienti-
(x) Velpeau, Traité des maladies du sein. Paris, i858. Statistique.
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fique, un aveu tacite què l'on ne se sent pas dans la voie du vrai. Si depuis un demi-siècle tous les chirurgiens avaient suivi scrupuleusement cette marche rationnelle, nous serions maintenant en possession des documents les plus pre'cieux qui nous permettraient de discerner la vérité de l'erreur, au grand profit de l'humanité.
Il nous arrive cependant une bonne fortune : la statistique de l'éminent professeur Billroth de Vienne vient de paraître, elle comprend huit années de sa pratique chirurgicale concernant le carcinome ; M. Billroth a suivi ses opérées pendant ces huit années, ce qui rend son œuvre extrêmement intéressante; nous aurons soin d'en tirer profit et de comparer sa statistique avec la nôtre (').
Dans les ouvrages de médecine, dit M. le Dr Déclat(2), les faits sont trop souvent considérés comme une luxueuse superfluité; à mon sens, ils en sont la partie essentielle, celle que le lecteur devrait toujours lire de préférence, car les faits apportent avec eux des éléments de conviction que les plus éloquentes généralisations ne possèdent pas. Je me permets donc d'appeler l'attention du lecteur sur ceux que j'ai consignés dans ce travail.
Pour ne rien laisser d'incertain ou de contestable dans l'enseignement qui résulte de leur analyse, je m'efforcerai de n'en tirer que les déductions rigoureusement légitimes.
(') A. von Winiwarter, Beitràge \ur Statistik der Carcinome, mit besonderer Rùcksicht au/ die daucrnde Heilbarkeit durch operative Behandlung. Nach Beobachtungen an der Wiener chirurgischen Klinik des Prof. Dr Th. Billroth. Stuttgart, 1878.
(2) Déclat, Observations sur la curation des maladies organiques de la langue, précédées de considérations sur les causes et le traitement des affections cancéreuses en général. Paris, 1868.
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Je partage, sur ce point, la manière de voir de M. le Dr Déclal; oui, les observations cliniques doivent constituer la partie essentielle, fondamentale, de toute œuvre scientifique qui n'a d'autre prétention que celle d'élucider quelques-unes des questions controversées.
Mes observations seront intercalées dans le texte de ce travail au fur et à mesure des besoins et des exigences delà cause que je défends et de l'éiucidation des points contestés. J'ai donné la préférence à ce mode de publication, afin d'éviter la monotonie d'une longue suite de faits qui, nécessairement, ont entre eux quelque similitude.
J'ai la confiance que je parviendrai ainsi à vaincre certains préjugés, à dissiper certaines erreurs, à éteindre certaines préventions et à inspirer au corps médical incrédule ou hésitant, la confiance que méritent un procédé chirurgical et un mode de traitement dont l'expérience a sanctionné l'efficacité. J'espère par là prouver à l'évidence que le cancer est parfaitement curable quand il est traité en temps opportun, et dans les conditions que j'aurai soin de déterminer.
« Suadere multi laboris est. » (Tacite.)
On ne doit pas s'étonner si j'attache une très grande importance aux observations que j'ai recueillies; l'observation judicieuse des faits n'est-elle pas la source principale des précieuses conquêtes de la thérapeutique.
Un auteur très estimé, René Prus (*), commence son livre de cette manière : « Lorsqu'on se demande d'où nous viennent les vérités qui constituent la science
f1) R. Prus, Recherches nouvelles sur la nature et le traitement du cancer de l'estomac. Paris, Baillièrc, 1828.
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médicale, on ne tarde pas à reconnaître que ces vérités découlent de deux sources : de l'observation et du raisonnement.
Les faits recueillis par l'observation, c'est-à-dire par l'application active des sens, sont des vérités de tous les temps. Les vérités de raisonnement, au contraire, ne sont, en quelque sorte, que provisoires : ne pouvant exprimer que les ressemblances ou les différences saisies entrelesfaitsconnus,etne pouvant nous apprendre que les conséquences que l'esprit en a déduites, etc. » De là, l'imperfection de la médecine, de là aussi sa perfectibilité. Dans les circonstances présentes, les faits que je soumets au jugement du monde médical, ont un double intérêt : celui du fait en lui-même et celui de la nouveauté du mode opératoire, car ces trois cents opérations ont été pratiquées au moyen des caustiques, selon un procédé nouveau. Un autre intérêt s'attache encore à ces faits et ce ne sera pas le moindre; nous voulons parler de celui qui résultera de la comparaison que nous établirons entre notre statistique et celle de M. Billroth.
Je n'ai pas cru pouvoir me dispenser de présenter un résumé de l'histoire du cancer ; il sera surtout utile aux praticiens qui n'ont pas le temps de feuilleter un grand nombre de volumes, pour connaître les idées qui ont régné dans les Ecoles, depuis les temps les plus reculés jusqu'à nos jours.
Tout esprit investigateur aimera d'avoir une idée exacte des doctrines, des préceptes et des moyens curatifs qu'enseignaient les médecins des temps passés, de se rendre compte de la marche de l'esprit humain et de la voie qu'il a suivie pour arriver à l'ensemble des connaissances que nous possédons. D'ailleurs, ce
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serait une grande erreur de croire qu'il n'y a aucun profit à tirer des enseignements et de la pratique des anciens. Je ne parle pas de la partie doctrinale et spéculative, mais de ce qui concerne le traitement des maladies qui nous occupent. Je tâcherai de mettre en lumière ce qu'il peut y avoir de bon et d'utile dans les travaux de nos prédécesseurs, laissant de côté les futilités et les erreurs grossières que l'on y rencontre.
Bien que mon travail soit essentiellement pratique, je ne puis cependant me dispenser d'étudier des questions théoriques d'une importance capitale, qui se rattachent trop directement à la thèse que je me propose de défendre, avec toute l'ardeur d'une conviction profonde : celle de la curabilité du cancer et de la supériorité des caustiques sur le bistouri dans le traitement de cette maladie.
Une question qui a aussi son importance est celle de la nomenclature ou de la classification des carcinomes, question délicate et compliquée, car la plupart des auteurs ont leur classification particulière, les unes très détaillées et très longues, les autres très simples et très courtes; certains auteurs ont donné des noms différents à une même affection, d'autres ont compris des affections diverses sous une même dénomination; enfin les auteurs ne sont pas d'accord sur la nature de certaines tumeurs, de là de grandes divergences dans le classement. Mais Boerhaave a dit : « les nomenclatures sont indispensables malgré leurs imperfections ; » donc je crois devoir soumettre les nomenclatures sérieuses à un examen attentif.
Puis viendront les questions de l'unité, du développement, de la fréquence, des différences, des métamorphoses, de la dégénérescence, du ramollissement,
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de L'ulcération, de la localisation, de la propagation, de la généralisation et de la dyscrasie du cancer, de la repullulation ou récidive, delà curabilité et de l'incurabilité, de la malignité et de la bénignité, de la spécificité, de la diathèse cancéreuse, toutes questions que j'examinerai minutieusement.
Ensuite je traiterai de l'étiologie (contagion, hérédité, parasitisme), de la symptomatologie, du diagnostic, du pronostie, de la nature du cancer (homologie, hétérologie), de la terminaison (inflammation, grangrène) ;
Des affections qui peuvent simuler le cancer.
Du cancroïde ;
Des statistiques ;
Des affections de nature bénigne qu'il ne faut pas confondre avec le cancer;
Enfin , j'aborderai le traitement. J'examinerai d'abord le traitement médical, puis le traitement chirurgical. J'aurai à déterminer par des faits cliniques la valeur relative des caustiques et du bistouri et à prouver la grande supériorité des caustiques dans le traitement des carcinomes.
Parmi ces questions se présente en premier lieu celle qui concerne la définition. J'examinerai rapidement, ou plutôt je rapporterai les opinions de quelques auteurs qui ont essayé de combler cette lacune et bien qu'ils n'y soient pas parvenus, il convient cependant de tenir compte de leurs bonnes intentions et de signaler leurs tentatives.
Je passerai ensuite à l'historique ; ici je ne suivrai pas les voies battues, je ne chercherai pas à traduire l'expression de la pensée des auteurs comme on le fait généralement et souvent en un langage moins bien
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approprié à l'exactitude de la relation. Personne n'a créé ni inventé l'histoire qui est l'œuvre de tous, de sorte que je laisserai le plus souvent la parole aux auteurs qui me paraîtront avoir le mieux résumé les données historiques concernant le carcinome. Pour mon compte, je ne vois pas l'utilité de ces traductions plus ou moins fidèles qui, le plus souvent, n'ont d'autre effet que celui d'altérer la vérité. Il me semble que l'on devrait conserver respectueusement les récits des auteurs célèbres qui ont fait l'historique d'un temps, d'une époque, d'une période quelconque. C'est cette voie que je suivrai, laissant à chacun ce qui lui revient, suum cuique.
J'aborderai immédiatement l'étude des causes du cancer et spécialement celle de la diathèse; j'espère pouvoir démontrer par des faits incontestables que la diathèse cancéreuse préexistante, originelle, telle que la conçoivent les auteurs français, Lebert, Broca et beaucoup d'autres, n'existe que dans leur imagination, que c'est une conception chimérique qui constitue une entrave au progrès et qui a fait plus de victimes que les épidémies les plus meurtrières, en faisant croire à l'incurabilité du cancer, et ainsi en entravant les tentatives, les recherches nouvelles et en empêchant d'appliquer le remède en temps opportun. La théorie de la diathèse exclut nécessairement les causes locales, le traumatisme, ou du moins elle n'admet leur intervention que comme causes occasionnelles; mais Virchow est venu contrecarrer ces idées théoriques en prouvant, par des faits cliniques, l'importance des causes traumaliques au point de vue de la localisation du carcinome, mais il n'a pas cru attaquer direc tement l'existence même de la diathèse préexistante. Je rap-
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porterai un grand nombre de laits qui infirment complètement l'opinion théorique des auteurs français.
L'unité du cancera été tout particulièrement poséeet défendue par Lebert et presque tous les micrographes; c'est une question qui n'est pas définitivement résolue, et il n'est pas sans intérêt d'examiner les opinions émises à ce sujet.
Il en est de même des questions concernant l'origine et le développement du cancer; malheureusement les auteurs français traitent ces sujets délicats au point de vue exclusif de la diathèse, c'est-à-dire, que leur argumentation repose sur des bases fragiles et très contestables.
Je traiterai ensuite de l'accroissement des productions accidentelles, je rapporterai les opinions de quelques auteurs concernant les changements de structure qui se produisent dans les tumeurs pendant leur développement. Le fait est parfaitement constaté, j'en rapporterai quelques exemples, sans essayer d'expliquer le phénomène, car jusqu'ici on n'a émis, à ce sujet, que des hypothèses tout à fait gratuites.
Puis viendra le mode de propagation du cancer : certains auteurs français ont eu recours, pour expliquer le fait, à l'intervention d'un blastème, sauf pour les ganglions lympathiques pour lesquels ils admettent le transport direct de la matière cancéreuse par les vaisseaux blancs, dans les ganglions où elle détermine ou provoque une maladie semblable à celle de la tumeur mère. Je crois pouvoir démontrer par des faits que la théorie du blastème ne s'accorde pas avec l'observation clinique et ne constitue qu'une opinion théorique inadmissible.
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Le mécanisme de l'ulcération des tumeurs m'occupera ensuite : il sera question de l'ulcération naturelle et de l'ulcération accidentelle, des végétations, des hémorrhagies, etc. Puis j'examinerai si l'ulcère cancéreux peut se guérir spontanément? L'ulcération contribue-t-elle à l'infection ganglionnaire? Je m'occuperai ensuite de la nature du carcinome relativement à l'ulcération. J'étudierai ces questions au point de vue clinique surtout.
Je dirai quelques mots de l'inflammation et de la gangrène des tumeurs; de l'inflammation parenchymateuse et de celle de la périphérie. Il y a aussi une distinction à établir entre les adénites simples, symptomatiques et les adénites spécifiques, question de la plus haute importance au point de vue de la pratique.
La gangrène est une des terminaisons de l'inflammation, mais elle reconnaît d'autres causes, selon les auteurs ; j'en dirai quelques mots.
L'engorgement des ganglions lympathiques soulève des questions très intéressantes que j'examinerai avec soin : l'époque à laquelle ils surviennent habituellement, les causes qui les occasionnent, la nature de ces engorgements, les distinctions à établir, les différences qu'entraîne l'espèce de tumeur qui en résulte, le transport de la lymphe infectée, le blastème, etc. ; la plupart de ces questions n'ont pas encore reçu de solution définitive.
J'aborderai ensuite les questions relatives à l'infection et à la généralisation des tumeurs cancéreuses. J'examinerai l'infection purulente, l'infection putride et l'infection cancéreuse, qui consistent : l'une dans la résorption du pus, l'autre dans la résorption du putrilage, de la sanie, de l'ichor, du pus vicié et la
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troisième dans la résorption de la matière cancéreuse. Il n'y a aucune analogie entre ces états. Je ne puis admettre le mot d'infection générale cancéreuse qui n'est pas synonyme de généralisation. Il convient d'examiner l'infection et la généralisation dans les diverses espèces de tumeurs; ce chapitre soulève des questions fort intéressantes, entre autres celles de l'hérédité et de la diathèse ; je combattrai encore, et chaque fois que j'en aurai l'occasion, cette déplorable théorie si préjudiciable aux malades. Je parlerai aussi de ce que l'on a appelé les cancers du sang. Puis de la nature de l'infection et de la manière dont elle se produit.
Viendra ensuite la question de la dégénérescence ; un tissu normal peut-il se métamorphoser en tissu pathologique et un tissu pathologique peut-il se métamorphoser en un autre tissu pathologique? Nous verrons que la dégénérescence des tumeurs, telle que la comportait la doctrine des anciens, ne peut exister que dans des cas exceptionnels et pour l'épithélioma et le kéloïde seulement. Toutefois, il n'est nullement impossible qu'un blastème cancéreux se développe dans une tumeur bénigne, aussi bien que dans toute autre partie du corps.
J'examinerai ensuite l'engorgement spécifique dans le cancer, l'épithélioma, le fibroïde, etc. La transmission de la matière infectante par les lymphatiques. La nature de cette matière.
La nature du cancer a fait l'objet de nombreuses recherches qui n'ont abouti qu'à des hypothèses. Je ne parlerai pas des doctrines anciennes, je me contenterai de consigner quelques données fournies par les modernes au milieu d'étranges contradictions.
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La contagion du cancer a été défendue par des auteurs du XVTII'' siècle, qui ont Fourni quelques observations tendant à prouver le fait de la contagion; mais Bayle réfute ces faits et en conteste l'authenticité.
Homologie et hétérologie, doctrine de Virchow opposée à celle des micrographes français, curieux antagonisme.
Vient ensuite la question des blastèmes si bien étudiée par M. Broca ; j'exposerai brièvement la théorie de l'auteur : l'origine, la diversité, l'organisation des blastèmes; la loi d'analogie de formation de Vogel, les tendances homœomorphes et hétéromorphes; l'hétérotopie de Lebert. Y a-t-il autant de blastèmes diflërents qu'il y a d'espèces de productions accidentelles, soit homœomorphes, soit hétéromorphes?
La spécificité du cancer fut généralement admise en France et rejetée par les micrographes anglais et allemands. Actuellement la doctrine de la spécificité est abandonnée. J'examinerai rapidement les opinions des micrographes le plus en renom.
Malignité du cancer. Il existe une grande divergence d'opinions en ce qui concerne la malignité du cancer. Je ne ferai que résumer la manière de voir des principaux auteurs qui se sont occupés de la question. La malignité est un fait reconnu depuis les temps anciens et comme tel il est impossible de le nier, mais les interprétations de ce fait sont très diverses; je no puis faire autre chose que de consigner ici les principales d'entre elles ou les diverses manières d'envisager la question.
Localisation du cancer. Depuis l'antiquité la plus reculée jusqu'à la fin du siècle passé, on a considéré le cancer comme une maladie primitive de l'organisme,
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diathésique et générale. Peyrilhe réagit avec succès contre cette funeste tendance, et depuis, la plupart des auteurs, à l'exception de ceux de l'école de Paris, ont admis l'opinion plus consolante que le cancer est primitivement localisé.
La curabilité du cancer est une question très controversée; en France surtout l'incurabilité a trouvé de nombreux partisans, mais il n'en est pas de même pour les autres pays. Je passerai en revue les travaux des écrivains les plus éminents, en discutant leurs opinions et je prouverai par le raisonnement et par des faits irrécusables, que le cancer est parfaitement curable, qu'on le guérit même plus facilement et plus sûrement que les autres maladies graves.
La récidive du cancer, après l'opération sanglante, est la règle et presque la loi, disent les partisans de la diathèse et de l'incurabilité; c'est à l'école de Paris que ce dogme a pris naissance, et sa puissance n'a fait que grandir, malgré les efforts isolés de quelques hommes de génie qui avaient sondé l'abîme où cette erreur nous plongeait. A mon tour je combattrai cette déplorable croyance, qui, de tous temps, fut un obstacle au perfectionnement de la thérapeutique du cancer.
Les symptômes du cancer externe sont précis, et quoi qu'on en ait dit, il est facile, dans la généralité des cas, de le distinguer d'autres tumeurs avec lesquelles il peut avoir de l'analogie. Je divise la marche de la maladie en trois périodes : première période, de localisation; deuxième période, de propagation et troisième période, de généralisation. Pendant toute la durée de la première période, le cancer est parfaitement curable, qu'il soit squirrhe ou encéphaloïde, ce
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que je de'montrerai par de nombreuses observations cliniques; pendant la seconde période, les chances de guérison diminuent considérablement selon certaines circonstances; dans la troisième période, l'incurabilité est absolue.
Le diagnostic du cancer est quelquefois difficile au début de la maladie, mais à mesure que le mal fait des progrès, il se dessine davantage et après quelques mois, c'est-à-dire, longtemps avant la fin de la première période, tous les symptômes s'accentuent et les caractères deviennent évidents, de sorte qu'on peut dire, contrairement aux assertions des auteurs fiançais, que le diagnostic est d'autant plus facile que la maladie est plus avancée.
Au point de vue de l'opération, la question du diagnostic des affections cancéreuses présente une importance extrême, attendu que pour réussir, il faut opérer au moment convenable, occasio prœceps. Je démontrerai donc que, pendant toute la seconde moitié de la première période, moment opportun pour l'opération, les caractères de la tumeur cancéreuse sont assez distincts pour permettre à un chirurgien exercé d'établir un diagnostic exact.
On voit sur une des places publiques de la ville de Londres, Leicester Square, une statue placée sur un socle peu élevé et appuyée sur une colonne entourée de livres fermés. Sur la colonne se trouve un grand livre ouvert où se lit cette inscription que montre du doigt la statue : There is no darkness but ignorance (il n'y a pas d'obscurité, il n'y a que de l'ignorance). Cette sentence s'applique exactement au diagnostic du cancer.
Le pronostic du cancer est une question très contro-
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versée : les uns prétendent qu'il est toujours incurable, les autres soutiennent qu'on guérit quelquefois, moi, je soutiens qu'on guérirait presque toujours si l'on opérait au moment opportun.
Comme je l'ai dit plus haut, M. Billroth a, le premier, publié la statistique complète de ses opérations, toutes pratiquées au moyen de l'instrument tranchant. En voici le résumé :
De 1868 à 1875 inclus, huit ans, il a opéré cent quarante-trois femmes atteintes de cancer du sein.
STATISTIQUE DE M. BILLROTH.
Instrument tranchant.
Opérations de Décès résultant des suites Guérison de plus de
cancers du sein. immédiates de l'opération. 2 ans et demi de durée.
MA STATISTIQUE
Caustiques.
Ces chiffres peuvent se passer de commentaires. Je m'attacherai à faire ressortir les avantages et les inconvénients de ces deux méthodes opératoires.
Je passerai ensuite en revue les opérations de cancers du sein à la suite desquelles la guérison ne s'est pas maintenue, soit que la maladie ait continué, soit qu'il y ait eu récidive.
Puis j'examinerai les cancers des autres parties du corps, les opérations auxquelles ils ont donné lieu et les résultats obtenus.
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J'arriverai ainsi au cancroïde, je le considérerai principalement au point de vue de la pratique chirurgicale.
Enfin je m'occuperai des tumeurs bénignes qui peuvent être avantageusement opérées par les caustiques. Je décrirai les procédés qui leur conviennent.
Ici se présente tout naturellement à notre examen la question des accidents qui peuvent survenir à la suite des grandes opérations chirurgicales. J'énumérerai les dangers de l'opération sanglante et j'établirai l'innocuité des caustiques. L'opinion des auteurs les plus illustres, les statistiques qu'ils ont publiées, ce qui se passe tous les jours sous nos yeux, l'expérimentation clinique, sont d'accord pour établir que l'opération par l'instrument tranchant est entourée de périls, tandis que l'opération par les caustiques ne présente aucun danger.
Le traitement des tumeurs cancéreuses soulève un grand nombre de questions que nous examinerons en temps et lieu : l'expectation, le traitement palliatif et le traitement curatif qui comprend : les moyens médicaux et les moyens chirurgicaux.
Le traitement chirurgical présente comme méthodes générales : i° l'instrument tranchant, l'écrasement linéaire, la ligature des artères afférentes.
2° La méthode cautérisante comprend divers procédés : les caustiques proprement dits, la galvanocaustie, les flèches caustiques. Le thermo-cautère.
J'apprécierai la valeur de ces méthodes ; je dirai seulement ici qu'il résulte des rares statistiques des chirurgiens français, que l'extirpation des cancers du sein par l'instrument tranchant, donne '/4 7s Vô de décès des suites immédiates de l'opération, tandis que
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la même opération, pratiquée par les caustiques et selon ma méthode, n'occasionne aucun décès dû aux suites immédiates, c'est-à-dire que cette méthode est d'un innocuité parfaite.
Il est vrai que l'opération par les caustiques n'est pas aussi brillante ni aussi rapide que l'extirpation par le bistouri; mais depuis quand le chirurgien opère-t-il pour montrer son habileté? Il me semble que la vie des malades a aussi son importance et que les convenances de l'homme de l'art doivent s'effacer devant l'intérêt des patients.
Cette vérité n'est pas généralement admise, mais elle le sera et triomphera quand même.
« La verdad adelgaza y no quiebra, y siempre anda sobre la mentira como el aceite sobre el agua. » (Cervantes.)
Je ne parle pas seulement des opérations que nécessitent les cancers, mais de beaucoup d'autres opérations qui peuvent être pratiquées au moyen des caustiques, car c'est une chose précieuse, en chirurgie, qu'un agent puissant qui n'expose à aucun danger. Je dis donc, avec une conviction profonde : l'avenir est aux caustiques.
On reproche aux caustiques la douleur qu'ils occasionnent, douleur toutefois très atténuée par l'emploi des calmants et des narcotiques.
Mais admettons que, dans une opération, la somme des douleurs que déterminent les caustiques soit un peu supérieure à celles que produit le bistouri, ce qui peut encore être contesté, car lorsqu'il survient des complications à la suite de l'opération sanglante, il est certain que la somme des souffrances est plus considérable ; supposons donc qu'il y ait un peu plus de douleur du
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côté des caustiques; les grands avantages qu'ils présentent compensent amplement cet inconvénient, et le plus considérable n'est-ce pas la sécurité qu'ils présentent? Pour la personne qui doit subir une opération grave, la condition première, le point capital, c'est d'avoir la vie sauve. Les caustiques donnent cette sécurité, le bistouri jamais. Cette considération peut bien faire passer sur un peu de douleur. Voyons, pour terminer ce chapitre, ce que dit de la douleur l'illustre Percy, il s'agit du fer rouge. Il prend pour épigraphe ce vers d'Ovide :
« Ut corpus redimas, ferrum patieris et ignés. »
« Il en est de quelques maladies du corps, dit-il, comme de cette passion impérieuse contre laquelle Ovide s'est efforcé d'armer le cœur humain, il faut des moyens violents, il faut des remèdes terribles pour les déraciner. Si le courage manque à l'homme que captive un penchant insensé, esclave malheureux de ses sens révoltés, il languit dans la honte, et meurt bientôt à la raison et à la vertu. De même, si la crainte de la douleur fait reculer le malade atteint d'un vice profond et rebelle, victime de sa pusillanimité, il végète encore quelque temps, et succombe enfin aux tourments lents et continuels qu'il a préférés.
« Mais quel est l'homme dont les conseils sévères du poète romain n'aient pas effrayé la faiblesse? Quel est le malade à qui la vue d'un foyer allumé pour lui, et d'un fer embrasé prêt à le brûler, ne fassent pas horreur? Tel est cependant l'appareil au milieu duquel j'ose me présenter aujourd'hui à l'humanité souffrante. Je ne viens point, artiste farouche et impitoyable, la contrister encore au sein de ses peines,
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ni aggraver, par la terreur, le sentiment de ses maux.
« Eh ! s'il est des mortels assez barbares pour se complaire au malheur de leurs frères, ce n'est point parmi nous qu'il faut les chercher. Semblables à la loi qui frémit, qui détourne les yeux en frappant, nous gémissons de voir la douleur se mêler sans cesse à nos secours; et nous avons besoin, pour être utiles, de cette fermeté à la fois intrépide et compatissante, qui élève l'homme au dessus de lui-même, qui lui fait braver les mouvements de la nature, et ne lui laisse entendre que la conscience du devoir et le cri de la bienfaisance.
» Voilà l'espèce de pitié qui nous convient, voilà la sensibilité active et généreuse qui anime le véritable chirurgien. Il ne peut j avoir de cruel que celui qui fait souffrir sans nécessité, ou qui cède lâchement à la crainte de faire souffrir, lorsque ce n'est qu'à ce prix qu'il peut se rendre secourable ('). »
(r) Percv, Pyrotechnie chirurgicale pratique, p. 1. Metz, 1790.
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