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Tumeurs mixtes

Telle est la classification de Cornil et Ranvier ; elle est assez compliquée, comme on le voit. Ces nombreuses divisions ne me paraissent pas d'une bien grande utilité dans la pratique.

Hénocque (Dict. encyclopédique des sciences médicales, 1876), avec les anatomo-pathologistes, a basé sa classification sur l'apparence des tumeurs à l'œil nu. Mais ce qui, pour lui, caractérise essentiellement les espèces et en fait des groupes à part, c'est ce fait, très important, qu'elles reproduisent toujours, dans leur propagation aux ganglions lymphatiques et dans les nodosités secondaires, les caractères anatomiques de la tumeur primitive.

Les espèces que l'auteur décrira à part sont :

i° Le carcinome fibreux ou squirrhe;

20 Le carcinome mou ou encéphaloïde ;

3° Le carcinome lipomateux ;

40 Le carcinome muqueux ou colloïde ;

5° Le carcinome mélanique.

Hénocque admet deux espèces de squirrhes : le squirrhe hypertrophique, généralement d'apparence lardacée, et le squirrhe atrophique ou ligneux; ici l'organe a diminué de volume.

L'encéphaloïde (fongus médullaire, carcinome médullaire, hématode ou télangiectasique , carcinome villeux ou dendritique).

Le carcinome lipomateux n'a pas d'espèces particulières.

Le carcinome muqueux ou colloïde. Quelques auteurs lui ont donné le nom de cancer ou carcinome alvéolaire, nom que l'auteur n'adopte pas, parce que tout carcinome est

alvéolaire et que cette épithète ne saurait s'appliquer â une seule espèce.

Le carcinome mélanique. Le plus souvent, dit l'auteur, les tumeurs de cette nature, nées dans l'orbite ou dans la peau , spécialement à la peau des extrémités inférieures, appartiennent au genre sarcome ; et c'est là un des exemples les plus manifestes de la gravité extrême de ces tumeurs, longtemps regardées comme bénignes; ces sarcomes mélaniques sont, en effet, les tumeurs qui arrivent le plus vite à infecter toute l'économie. Non-seulement les carcinomes mélaniques, mais tous les carcinomes qui se développent dans la cavité orbitaire présentent une gravité exceptionnelle et lorsqu'il s'agit d'opérer ces tumeurs, le praticien ne saurait s'entourer de trop de garanties.

La mélanose pure est également très grave.

M. Hénocque reconnaît que certaines modifications peuvent se produire dans le cours du développement des espèces dont il a été parlé plus haut. Ce sont :

A. La dégénérescence graisseuse.

B. La transformation caséeuse.

C. La transformation calcaire, qu'on a appelée carcinome ossifiant (Paulicki).

D. Inflammation du carcinome.

Les carcinomes peuvent s'enflammer et s'ulcérer, soit à la suite de traumatisme, soit par les progrès mêmes de la tumeur.

Enfin M. Heurtaux {Nouveau Dictionn. de médecine et de chirurgie pratiques, art. Cancer) propose la classification suivante :

i° Cancer encéphaloïde;

2° Cancer squirrheux;

3° Cancer mélanoïde et mélanique ;

4° Cancer colloïde ;

5° Cancer fibro-plastique ou fibroïde ;

6° Cancer épithélial (cancroïde) ;

7° Cancer condroïde;

8° Cancer ostéoïde ;

9° Cancer glaucoïde (chloroma) ; io° Cancer villeux; ii° Cancer hétéradénique.

NOMENCLATURE

J'ai voulu consigner ici les principales classifications qui ont été proposées par les auteurs les plus renommés, pour faire voir les divergences colossales et la confusion extrême qui existe à cet égard dans la science, voilà ce qui frappe en premier lieu et étonne tout à la fois. D'où vient le désaccord presque absolu qui s'est produit chez ces éminentes personnalités } Évidemment ces différentes manières de voir sont la conséquence de l'imperfection de nos connaissances sur les affections cancéreuses, imperfection qui s'explique suffisamment par les difficultés sans nombre que présente l'étude de cette maladie. Nous avons vu des partisans de l'unité du cancer, nous en avons vu d'autres multiplier les divisions à l'infini : établir des classes, des genres, des espèces, des variétés. Où est la vérité?

La vérité, on la cherche toujours. Les divergences dont il est question ne se rencontrent pas seulement dans les classifications, mais encore dans les parties essentielles de nos connaissances sur le cancer, depuis le nom, la définition, la nature, les causes ou l'origine, jusqu'au diagnostic, au pronostic et au traitement, au traitement surtout, où il faudra bien constater les phénomènes les plus étranges.

Mon intention n'est pas d'épiloguer sur le nom, je considère ces discussions comme puériles, encore moins sur la nature du cancer dont on ne connaît absolument rien; on y parviendra peut-être un jour, car on a fait, dit-on, des découvertes importantes en histologie; seulement je constate qu'il n'y a pas deux micrographes qui soient parfaitement d'accord ; successivement les nouveau- venus détruisent fatalement ce que leurs prédécesseurs avaient édifié avec tant de labeur; pendant longtemps le microscope a montré à ses adeptes passionnés, la cellule spécifique du cancer, tous avaient la prétention de reconnaître de la manière la plus positive, au moyen de la fameuse cellule spécifique, si une tumeur était ou non cancéreuse. Eh bien, c'était un mirage, la mémorable cellule n'existe pas et n'a jamais existé, les prétendues cellules spécifiques ne se sont rencontrées que dans l'imagination des expérimentateurs ; ils ont trouvé dans le microscope, non ce qui existait réellement, mais ce

qu'ils cherchaient, ce qu'ils voulaient bien y voir. Ceci ne nous empêche pas de reconnaître que, sous d'autres rapports, le microscope a rendu des services à la science.

Comme on le voit, les anatomo-pathologistes ne varient pas considérablement sur les espèces des carcinomes ou cancers vrais. Depuis Laënnec, qui n'avait établi que trois espèces : le squirrhe, l'encéphaloïde et la mélanose, jusqu'aux auteurs modernes, la classification adoptée dans les cancers vrais a peu varié.

Nous avons vu que Bayle et Cayol, Bégin et beaucoup d'autres n'ont admis que deux espèces de cancers : le squirrhe et l'encéphaloïde. Dans l'état actuel de la science, on ferait bien, je pense, de s'en tenir à ces deux espèces. Évidemment on ne peut admettre, comme espèce, avec M. Hénocque, le carcinome lipomateux ; pas plus que le carcinome muqueux et le carcinome mélanique, ce ne sont que des variétés. Du reste, peu importe, ces distinctions ne font rien à la chose, toute la question est de savoir si l'on peut guérir et dans quelles conditions la guérison est possible ; c'est ce que j'établirai en parlant du traitement.

Ainsi donc, je n'admets que deux espèces de carcinomes : le carcinome fibreux ou squirrhe et le carcinome mou ou encéphaloïde.

Cruveilhier a établi une distinction superflue : il a donné le nom de squirrhe hypertrophique à celui qui acquiert un développement considérable, et celui de squirrhe atrophique ou ligneux, quand il s'atrophie en totalité ou en partie.

Le squirrhe hypertrophique affecte une marche rapide, il contracte promptement des adhérences avec la peau qui s'épaissit et se ratatine; le tissu cellulo-adipeux devient lardacé; des tractus fibreux partent de la tumeur en différents sens ; Bell en connaissait la gravité, puisqu'il recommandait expressément aux chirurgiens d'enlever toute la zone où on les observe. Ces prolongements fibreux du carcinome sont parfaitement distincts et constatés dans l'opération au moyen des caustiques ; on peut les suivre jusqu'à leur extrémité sans qu'on soit obligé d'enlever toute la zone, comme le conseille le chirurgien anglais.

Dans le squirrhe atrophique, les plus gros canaux galacto-

NOMENCLATURE

phores sont remplis d'une substance caséeuse et la partie la plus liquide peut s'écouler par le mamelon.

Dans certains squirrhes atrophiques, la tumeur est réduite de moitié, d'un quart de son volume primitif. Mais cette atrophie est loin d'être un indice de guérison ; au contraire, dans ce genre de tumeurs le mal se propage aux tissus voisins et se généralise, sinon plus vite, du moins plus constamment que dans les autres espèces de carcinomes. J'ai observé des squirrhes atrophiques qui cheminaient, en quelque sorte, la tumeur s'atrophiait d'un côté et se propageait de l'autre.

Carcinome mou ou encéphaloïde (fongus médullaire, carcinome médullaire, fongus hématode) ainsi nommé parce que le tissu présente l'apparence grossière de la substance cérébrale. Il y aurait peut-être bien quelque chose à rectifier ici, l'encéphaloïde ne présente pas toujours l'apparence de la substance cérébrale ; sous le rapport de sa consistance, oui, mais non sous le rapport de la couleur qu'il affecte, ni de la facilité avec laquelle le sang s'en échappe. L'encéphaloïde, essentiellement vasculaire, est ordinairement d'un rouge foncé. La trame fibreuse qui le constitue le distingue encore du tissu cérébral.

Le suc laiteux y est beaucoup plus abondant, plus opaque, plus épais que le suc ténu du squirrhe. Laënnec pensait que l'encéphaloïde n'était qu'un squirrhe ramolli, mais ces idées ne sont plus admises aujourd'hui. Il est bien démontré, dit M. Hénocque, que le squirrhe, de même que l'encéphaloïde, naissent avec les caractères qui leur sont propres, qu'ils s'étendent de proche en proche et se généralisênt à l'état de squirrhe et à l'état d'encéphaloïde.

Dans l'encéphaloïde il y a prédominance du suc laiteux, dans le squirrhe il y a prédominance du tissu fibreux. Dans l'encéphaloïde les vaisseaux sont d'ordinaire plus développés que dans le squirrhe et la tumeur s'accroît plus rapidement.

Une particularité remarquable des encéphaloïdes hématodes, dit M. Hénocque, après beaucoup d'autres auteurs, c'est que les nodosités secondaires et les ganglions lymphatiques du voisinage présentent la même tendance aux dilatations vasculaires et aux hémorrhagies.

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