CHAPITRE XXVIII. — NOMENCLATURE
La forme des encéphaloïdes varie considérablement, mais, en général, ils sont plus arrondis, plus réguliers que le squirrhe, et les bosselures sont moins prononcées.
L'encéphaloïde se développe plus rapidement que le squirrhe et il arrive à des dimensions plus considérables. Il se propage plus facilement que le squirrhe aux tissus et aux ganglions voisins.
Le carcinome lipomateux, le muqueux ou colloïde, le mélanique ne sont en réalité que des variétés de l'encéphaloïde.
Quelques phénomènes particuliers peuvent se présenter dans le cours des carcinomes, il est bon de les signaler :
i° La dégénérescence graisseuse qui consiste dans une transformation en granulations graisseuses ;
20 La transformation caséeuse, ordinairement partielle;
3° La transformation calcaire, qu'on a appelée carcinome ossifiant, ne se rencontre que dans les carcinomes anciens;
40 L'inflammation du carcinome. La peau s'enflamme ordinairement avant de s'ulcérer; en outre, cette inflammation peut être partielle ou générale et se terminer par suppuration ou par gangrène soit partielle, soit générale, ce qui arrive assez rarement.
STATISTIQUE
L'histoire des affections carcinomateuses présente une lacune extrêmement regrettable, au point de vue du traitement, c'est l'absence d'une bonne statistique.
En effet, les documents statistiques, publiés jusque dans ces derniers temps, sont tout à fait incomplets et il serait impossible d'en déduire des conclusions de quelque valeur. Le plus souvent on perd de vue les opérés dès qu'ils ne réclament plus les soins du médecin.
S'ils ont été opérés à l'hôpital, on les déclare sortis guéris. Guéris de quoi? De l'opération; mais du cancer ! il n'en est pas question, on ne s'en occupe plus. Il me semble cependant que l'opération avait été entreprise dans le but de débarrasser le malade de l'affection cancéreuse. Or, chacun sait qu'il faut au moins 3 ans de guérison après l'opération, pour être autorisé à considérer le patient comme guéri ; ce n'est donc pas à sa sortie de l'hôpital, la plaie étant à peine cicatrisée, qu'on peut déclarer le malade guéri. De telles statistiques ne sont pas sérieuses, ni dignes de la science moderne.
En outre, on a complètement négligé la statistique comparative de la durée de la vie chez les cancéreux opérés et chez ceux qui n'ont pas subi d'opération. Une statistique, dit Lebert, n'aurait de valeur qu'autant qu'une extrême rigueur serait apportée à l'observation de chaque cas individuel, et il vaudrait mieux se contenter de faits bien observés chez des malades suivis pendant longtemps après l'opération (10 ans, par exemple). Aussi, ne pouvons-nous attacher une valeur quelconque aux travaux de statistique publiés jusqu'à nos jours. Il y a bien eu quelques tentatives infructueuses : Récamier a publié un certain nombre d'observations, mais il a fait un choix, dès lors sa statistique était insignifiante et sans valeur aucune. Il en fut de même de celle de Canquoin,
lequel s'est contenté de rapporter des faits favorables à sa méthode. Quant à celle de Velpeau, il faut reconnaître que la tentative est plus sérieuse, il a rapporté un grand nombre de faits, mais malheureusement ces faits, pour la plupart, n'ont pas été observés assez longtemps. Il ne suffit pas de dire que les malades sont guéris des suites immédiates de l'opération, il faut les suivre pendant quelques années afin de s'assurer s'il y a eu ou non récidive. La chose n'est pas facile, il faut en convenir, eh bien, ce serait d'autant plus méritoire.
En 1844, Leroy d'EtiollesC) fit un travail qui eut un grand retentissement. L'auteur a envoyé aux principaux médecins français et étrangers, des tableaux imprimés, indiquant les points à éclaircir dans l'histoire des cancers. 174 médecins français répondirent à son appel et il recueillit 2781 faits. Voici comment il établit ses calculs : sur 1192 malades non opérés qui vivent encore, ou qui sont morts cancéreux, dit-il, 18 ont vécu plus de 3o ans après le développement de la maladie , mais qui demeurait stationnaire et indolente. Tandis que sur 801 cancéreux opérés, soit par l'instrument tranchant, soit par les caustiques, nous en trouvons seulement 4 dont l'existence se soit prolongée pendant le même laps de temps.
Pour la durée de 20 à 3o ans, nous trouvons 34 non opérés, i5 opérés. Pour la période de 6 à 20 ans, 228 non opérés et 88 opérés. L'avantage, dit-il, sous le rapport des longues durées d'existence, n'est pas, comme on le voit, du côté des opérations.
Il se pourrait, à la vérité, ajoute-t-il, que le nombre des personnes opérées qui ont survécu 20 ans et au delà, fut plus considérable que ces travaux ne nous le montrent, parce que la plupart des médecins qui ont pratiqué ces opérations ne sont plus là pour les mentionner ; tandis que nous retrouvons comme incurables dans les hospices des vieillards, beaucoup de cancéreux non opérés qui viennent y terminer leur carrière. Doublons, si l'on veut, ce chiffre, égalisons-le pour les deux catégories ; quelle conséquence en pourrait-on tirer, sinon que les tumeurs squirrheuses dont la récidive n'a pas
(•) Recueil de lettres et de mémoires. 1844.
STATISTIQUE
eu lieu, étaient de celles qui demeurent stationnaires ou indolentes.
Maintenant, dit-il, si, au lieu de ne faire porter nos comparaisons que sur les longues durées (qui sont les seules importantes), nous comprenons dans le même calcul les courtes durées, la différence est moindre et elle semble même à l'avantage de l'opération, parce qu'il y a des cancers qui marchent avec une rapidité extrême.
Les médecins qui croient à la dégénérescence et à l'infection diront sans doute que si l'extirpation est ordinairement suivie de récidive, si elle produit si peu de guérisons, c'est qu'elle n'a pas eu lieu assez tôt. Interrogeons à cet égard les chiffres et nous apprendrons que dans le nombre des maladies cancéreuses qui ont récidivé, et se sont terminées d'une manière funeste, 61 avaient été extirpées moins d'un an après leur apparition. Et comme contre-partie de ce résultat, nous voyons que 3o malades, opérés après 5 ans écoulés depuis le développement, ont été exempts de récidive, et qu'il en a été de même pour les 22 autres opérés après plus de 10 ans.
Lebert réfute ces données de la manière suivante : tout en rendant justice aux intentions louables de l'auteur, nous regrettons de ne pouvoir attribuer à ce travail une grande valeur pour décider la question de l'opportunité de l'opération.
J'irai plus loin, je dirai que prétendre qu'il y a plus de chances en opérant tardivement qu'en opérant de bonne heure, c'est une véritable hérésie médicale; c'est en contradiction flagrante avec ce qui se passe tous les jours sous nos yeux, avec les résultats de l'observation clinique.
En général, les grands chiffres nous inspirent peu de confiance dans la statistique médicale. En effet, dit Lebert, comment supposer qu'il y ait de l'homogénéité et de l'exactitude dans 2,781 faits recueillis par 174 médecins différents. La méfiance que nous inspire la méthode suivie est pleinement confirmée par les résultats qu'a déduits de ces matériaux Leroy d'Étiolles. En effet, lorsqu'il dit que 18 malades sur 1,192 cancéreux non opérés ont vécu plus de 3o ans, et 34 de 20 à 3o ans, tandis que sur 801 cancéreux opérés, il n'en trouve que 4 dont l'existence se soit prolongée pendant 3o ans, et
14 de 20 à 3o ans : il est de la dernière évidence pour celui qui connaît la marche du cancer, que, ni les opérés ni les non-opérés survivant pendant si longtemps n'ont jamais été atteints de vrais cancers, car on ne trouverait point, à coup sûr, sur ce nombre total de près de 2,000 malades, s'ils avaient été vraiment cancéreux, 72 individus, environ 1 sur 3o, qui aient vécu aussi longtemps. Dans toute la science nons ne connaissons pas un seul cas d'un cancer d'aussi longue durée, et si, par hasard, de bonnes observations de ce genre se rencontraient, ce seraient des exceptions infiniment rares. Dans ce que l'auteur dit ensuite sur les cancers à courte durée, nous trouvons qu'il s'écarte tout à fait de la réalité et de l'observation journalière, en indiquant la durée de 5 à 6 ans comme propre au cancer à marche rapide. Nous regardons, d'après nos relevés, bien autrement exacts, une durée de 6 ans comme exceptionnellement longue, car nous avons vu que la durée moyenne générale était de 18 mois, et la durée moyenne la plus longue de 42 mois. Si l'auteur dit ensuite que 3o malades opérés après 5 ans écoulés depuis le début de l'affection ont été exempts de récidive, et qu'il en a été de même pour 22 autres opérés après plus de 10 ans, il est encore de la dernière évidence que la majeure partie de ces 52 opérés n'étaient pas atteints de cancer. Presque tous ces chiffres, qui ont rapport à la marche et à la durée du cancer, dans la statistique de Leroy d'Étiolles, sont en opposition avec tout ce que l'étude clinique exacte nous enseigne.
Quand il s'agit, dit Lebert, de trancher la question générale de l'opportunité de l'opération, on est toujours trop absolu, on va toujours contre les enseignements d'une pratique impartiale, lorsqu'on émet sur ce point des opinions trop tranchées, soit par exemple, qu'on professe la nécessité d'une opération pratiquée de très bonne heure ou la nécessité de n'opérer que lorsque le cancer atteint un certain degré de développement, ou bien qu'on prescrive de n'y pas toucher de nouveau lorsqu'il y a récidive. Je l'avoue, en thérapeutique, chaque cas particulier me paraît un problème spécial à résoudre ; les préceptes trop absolus ne conduisent qu'à l'erreur et à une pratique trop exclusive.
Je ne sais ce que Lebert entend par des préceptes trop
STATISTIQUE
absolus, mais ce que je sais d'une manière pertinente, c'est que l'opération ne saurait être pratiquée trop tôt. Plus on la pratique de bonne heure, plus on a de chances d'obtenir une guérison durable ; c'est précisément parce qu'on n'opère pas assez tôt, en général, que l'on voit tant d'insuccès et de récidives.
Quant à prétendre qu'on doit attendre pour opérer que le cancer ait acquis un certain développement, qu'il soit mûr pour l'opération, ce qui doit le plus étonner ici, ce n'est pas seulement l'étrangeté d'une telle proposition , mais c'est qu'elle ait pu germer dans la tête d'un homme expérimenté. Comment, une tumeur maligne est petite, localisée, isolée, parfaitement circonscrite, libre d'adhérences, présentant les conditions les plus favorables pour l'opération, et l'on propose d'attendre. Que faut-il attendre? Que la maladie ait fait de nouveaux progrès, qu'elle ait contracté des adhérences avec les tissus contigus, qu'elle ait acquis un grand développement, qu'elle se soit propagée aux tissus et aux ganglions voisins; que peut-on espérer par là?
On ne doit pas oublier que l'on a affaire à une tumeur maligne, infectieuse, mortifère, dont on doit se hâter de débarrasser l'économie. Je le demande, qu'y a-t-il à gagner à laisser se développer, grandir, se propager une affection si compromettante, si funeste et si horrible.
L'intérêt bien entendu des malades, de même que celui du médecin, ne consiste-t-il pas à arrêter dans le principe un mal qui ne tend à rien moins qu'à détruire la vie, un mal qui, si on lui laisse prendre des proportions considérables, devient fatalement incurable. Cet ajournement que l'on conseille si légèrement, est la cause ordinaire des récidives et de la mort. Comme on le verra par les observations que je rapporte, toutes les personnes que j'ai opérées dans la première période de la maladie, c'est-à-dire lorsque la tumeur était encore parfaitement circonscrite et limitée, toutes, sans exception, ont échappé à la récidive. Il se pourrait cependant qu'il y eût des exceptions, par exemple, chez des personnes qui récèlent un vice quelconque : scrofuleux, syphilitique, rhumatismal, etc., ou chez celles qui ont un tempérament lymphatique très prononcé; mais, dans tous les cas, ces
exceptions sont rares. Je ne parlerai pas des cas où, en même temps que la tumeur externe, il y a un cancer interne commençant, ces cas sont nécessairement incurables.
Boyer et Delpech ont professé jusqu'à la fin qu'ils n'avaient jamais guéri ni vu guérir un véritable cancer par l'opération sanglante.
Boyer dit (t. VII, p. 337) que sur 100 opérées, il n'en compte que 4 dont la guérison se soit maintenue.
Monro l'ancien disait que sur 60 opérées du cancer au sein, il n'en restait, après 2 ans, que 4 qui n'eussent pas essuyé une récidive.
Scarpa avance que, dans le cours de sa longue pratique, il n'a vu que 3 cas d'extirpation de vrais squirrhes n'ayant point été suivis de repullulation.
Mayo signale 9 5 cas de récidive sur 100.
Mac Farlane rapporte que sur 118 opérations, il ne connaît pas une seule guérison définitive.
Que résulte-t-il de ces données reproduites par tous les auteurs? C'est que l'extirpation des tumeurs cancéreuses ne peut se faire par l'instrument tranchant, lequel non-seulement ne convient pas à ces sortes de tumeurs, mais encore est inutile et même dangereux.
Sans attribuer aux calculs de Canquoin plus de valeur qu'ils ne comportent, je crois cependant devoir les reproduire, parce qu'ils pourraient bien se rapprocher de la vérité : Sur 100 sujets opérés dans les hôpitaux, dit-il, pour l'affection cancéreuse, et pris indistinctement, c'est-à-dire, abstraction faite du siège comme de la période de la maladie, de l'âge et du sexe des malades, on n'a jamais compté plus de 10 guérisons radicales : j'entends par là celles qui se sont maintenues au moins pendant un laps de 2 années ; tandis que je déclare avoir guéri, dit-il, sur le même nombre, 82 sujets placés au milieu des mêmes circonstances, et cela, tout en faisant figurer sur la liste des insuccès les cas où je n'ai échoué que par l'indocilité des malades. Ainsi, tel est, au moment où j'écris, et jusqu'à démonstration du contraire, le résultat approximatif des deux méthodes usitées, dans l'état actuel de la science, pour le traitement des maladies cancéreuses (Canquoin, p. i3o).
STATISTIQUE
Quelques modernes ont encore présenté, non pas une statistique, mais quelques chiffres sommaires : Mac Farlane avance que sur 32 cas opérés par lui-même et dans 80 opérations pratiquées par des chirurgiens de ses amis, il n'en observa aucun qui fût exempt de récidive. Il a été dit plus haut que Broca et Paget se prononcent pour l'incurabilité absolue, quoique Paget dise avoir opéré du squirrhe du sein, une femme qui mourut 11 ans et demi après d'une autre maladie, et Broca a revu en bonne santé une malade opérée par lui depuis 8 ans (Heurtaux). Velpeau, Manec, Laboulbène, Follin, ont cité des faits analogues.
Pour ce qui concerne la mortalité occasionnée par le cancer et par rapport au nombre des habitants ou à la mortalité générale, il y a des écarts si considérables entre les différentes statistiques, qu'il est difficile d'admettre la véracité de ces données : c'est ainsi que Marc d'Espine trouve pour le canton de Genève 1.1 par 1000 habitants; tandis que Breslau pour le canton de Zurich ne trouve que 0.7; cet écart est bien grand pour deux cantons voisins. Il en est de même pour l'Angleterre : Hirsch a rencontré 0.29, tandis que Moore n'a trouvé que 0.17 à 0.22. A Boston, Shattisk a obtenu 0.09 ; à New-York, Dunnel 0.07. A Philadelphie, Emerson o.i5; Baltimore, Joynes 0.11. La constatation des causes de décès est exposée à trop d'erreurs, pour que ces données pussent avoir une certaine autorité. Les écarts qui existent entre elles ne le prouvent que trop. Néanmoins les décès par le carcinome occupent une place considérable par rapport à la mortalité générale.
Selon Marc d'Espine, la mortalité par le cancer est en moyenne dans le canton de Genève, 5.8% de la mortalité générale. Selon Breslau, dans le canton de Zurich, les décès par cancer représentent 3.8 % et en ne comptant pas les mort-nés 4 % de la mortalité générale. Moore, pour l'Angleterre, arrive à un chiffre moins élevé 1 .9 pour les hommes et 2.4 pour les femmes, tandis que Wagner, pour les hôpitaux de Prague, de Leipzig et de Vienne 8 %• Broca, d'autre part, évalue la proportion à 10 ou 12 pour 1000. Au-dessus de 3o ans à 3 et 4 % •
Les statistiques de Moore et de Hirsch établissent l'aug-
mentation graduelle du nombre des décès par cancer; il y a donc accroissement notable du nombre des cancéreux.
Il paraîtrait que le cancer est plus fréquent en Suisse qu'en Angleterre et en Angleterre qu'en Amérique.
Le cancer est rare dans les régions tropicales et sous-tropicales, de même que dans certaines régions du Nord, tandis que les contrées du centre paraissent favorables au développement de cette maladie.
Suivant Friedel, le cancer est plus rare en Chine qu'en Europe. Hobson, au contraire, nous apprend que le cancer et surtout le squirrhe, chez la femme, est très fréquent à Canton. Comme le fait très judicieusement remarquer M. Hénocque, ces données sont trop incertaines pour qu'on puisse en conclure rien de précis par rapport aux races, au climat, mais elles semblent venir à l'appui de cette opinion, soutenue par Marc d'Espine, Walsche et Moore, à savoir, que le cancer est plus fréquent parmi les peuples dont les conditions de bien-être sont le plus développées, que, par conséquent, le cancer serait une des affections résultant du perfectionnement. C'est pourquoi il serait plus commun dans les grandes agglomérations d'habitants. M. Hénocque ajoute : en consultant le tableau de Hirsch sur la fréquence relative du cancer dans les divers comtés anglais, et où il est tenu compte de la densité de la population, on voit que le cancer est surtout fréquent là où l'espace moyen occupé par un habitant est moindre. Vingt lignes plus loin, en invoquant l'autorité du même auteur, M. Hénocque énonce le contraire : cependant, dit-il, il ne faut pas attribuer cette mortalité à l'excès de population, à l'encombrement, car les chiffres cités par Hirsch montrent qu'il n'y a pas de relation directe entre la densité de la population et la mortalité par le cancer. Ainsi de i853 à i855, la mortalité est à peu près la même à Londres et dans le comté de Huntingdon : à Londres, on compte 0.45 pour 1000 habitants, comme décès par cancer, et un espace de 0.04 acres par personne. Dans le comté de Huntingdon, la mortalité aétéde 0.43, etl'espacede 3.54 acres par personne. Enfin, si les statistiques de Marc d'Espine indiquent une mortalité plus grande dans les villes que dans les plaines, sur 66 décès par an, 28 à la campagne, 38 à la
STATISTIQUE
ville; les relevés de Stattuck prouvent, au contraire, qu'à Boston, sur iooo décès, on compte 5.6 décès par cancer, et, dans la campagne voisine, 12. 5 décès par cancer.
Que conclure de toutes ces contradictions? La seule conclusion possible, c'est que la statistique est à faire ou tout au moins qu'elle en est à ses débuts, en ce qui concerne le cancer.
Selon Marc d'Espine, la mortalité par cancer dans les classes riches est de 106 pour 1000, dans les classes pauvres de 72 pour 1000.
Walshe donne des résultats analogues, et montre la mortalité par le cancer en rapport avec la salubrité des districts de Londres. Sur 1 million d'habitants il a trouvé à Londres dans les 10 districts insalubres, 127, dans les 10 moyens, i83, dans les districts salubres, 199 décès par cancer.
Ces données statistiques que j'emprunte en grande partie au travail de M. Hénocque du Dict. encyclopédique des sciences médicales, ont à mes yeux fort peu de valeur. Elles sont incertaines, incomplètes, contradictoires et par conséquent sans conclusions possibles. Est-ce à dire pour cela que les travaux de ces honorables statisticiens doivent être dédaignés? Évidemment non, il faut bien qu'une science ait un commencement et les hommes laborieux qui consacrent leurs veilles à tirer ces précieuses connaissances de la nuit profonde qui les enveloppe encore aujourd'hui, méritent nos éloges et notre reconnaissance. Ils ont posé les premiers jalons, c'est à leurs successeurs de continuer leur œuvre sacrée.
Quand Marc d'Espine avance que la mortalité par le cancer dans les classes riches est de 106 pour 1000, dans les classes pauvres de 72 pour 1000, je suis convaincu qu'il a constaté le fait, mais je ne puis admettre comme vrais les chiffres obtenus. D'abord il faudrait savoir ce qu'il entend par riche et par pauvre. S'il entend par pauvres les hommes de peine, la classe ouvrière, et par riches tout ce qui appartient aux petits métiers, au petit négoce, à la petite bourgeoisie qui est loin d'être riche, je pourrai partager sa manière de voir, c'est-à-dire que ma statistique se rapprochera de la sienne, mais s'il entend par riches les personnes réellement fortunées : la banque, la finance, le haut commerce, les employés supérieurs des administrations publiques, les rentiers, la
noblesse, etc., alors ma statistique ne s'accorde plus avec la sienne et je ne puis admettre que les riches soient plus exposés au cancer que les pauvres.
Il en est de môme de la statistique de Walshe qui montre la mortalité par le cancer en rapport avec la salubrité des districts de Londres, c'est-à-dire que l'insalubrité est un préservatif du cancer. Il m'est impossible d'admettre une telle proposition, non-seulement ma statistique dit le contraire, mais aussi a priori, je ne puis admettre que l'insalubrité puisse jamais constituer une condition favorable.
Le sexe. Toutes les statistiques indiquent une prédominance du cancer chez la femme. La statistique de Breslau donne 49 % pour les hommes et 5 1 pour les femmes.
Marc d'Espine 35 % pour les hommes et 65 % pour les femmes.
Virchow trouve une différence de g à 11.
Moore donne la proportion de o. 17, 0.22 pour 1000 hommes et 0.40, 0.49 pour 1000 femmes. Il résulte de la statistique de West et Simpson que la mortalité par cancer est plus grande chez la femme.
De 21 à 3o ans pour 100 hommes morts de cancer, il y a 148 femmes. La proportion reste la même de 3i à 40 ans; la différence diminue de 40 à 5o; et de 5 1 à 60 ans, elle n'est plus que de 100 hommes pour 106 femmes; de 61 à 70 les hommes sont plus nombreux, 100 hommes pour 80 femmes (statistique de Breslau pour le canton de Zurich).
Breslau a donné le tableau suivant de la mortalité par tumeur maligne, suivant les âges. Son calcul comprend 3,144 décès observés dans le canton de Zurich :
De o à 1 an il y a eu 11 décès.
— 2 à 10 ans —
— 81 à go — —
Au delà de 90 ans —
STATISTIQUE
Pour le cancer du sein, la période maximum est entre 45 et 5o ans, suivant Paget, et de 40 à 5o ou de 5o à 60, suivant Velpeau.
Sur un total de 675 cas, Velpeau en compte 216 de 40 à 5o ans, 229 de 5o à 60, 108 de 60 à 80; au contraire, il trouve seulement 68 de 3o à 40.
Birkelt, sur 458 cas, en compte 100 de 3o à 40, 19J de 40 à 5o, 97 de 5o à 60 et 34 de 60 à 70.
Je trouve aussi pour le cancer du sein un maximum de de 40 à 5o ans. Voici les proportions relatives à l'âge :
Sur 162 femmes que j'ai opérées du cancer du sein, je
trouve :
De i5 à 20 ans 1
Nous possédons peu de documents statistiques concernant les opérations pratiquées dans le but de guérir les affections cancéreuses. Quelle pourrait bien être la raison de cette étrange anomalie, de cette lacune regrettable pour une maladie si fréquente, si cruelle et si funeste dans ses conséquences. Il faut avouer que pour appliquer des chiffres exacts à une opération qui donne de si piètres résultats, il fallait quelque courage et beaucoup d'abnégation. Lorsque les conséquences d'une opération sont favorables, les chiffres abondent. Puis il faut tenir compte de l'extrême difficulté qu'on rencontre à suivre les opérés après la guérison.
D'autre part, les résultats peu satisfaisants ne s'avouent pas facilement, attendu que, dans certains cas, ils pourraient être
de nature à porter atteinte à la réputation du chirurgien. Enfin les nombreuses récidives qui surviennent après l'opération constituent également une cause d'abstention.
On a fait cependant quelques tentatives, quelques essais de statistique : c'est ainsi que Lebert (p. 35ç) rapporte que sur 34 opérées, 6 avaient succombé aux suites de l'opération, 7 avaient été perdues de vue et que chez les 21 autres il y a eu récidive ; il n'a donc obtenu aucune guérison.
Nous lisons dans les leçons de Clinique chirurgicale professées à l' Hôtel-Dieu de Lyon, par M. le docteur Desgranges, les chiffres statistiques suivants : sur une période de 10 ans, on a pratiqué 222 opérations : i53 pour des tumeurs cancéreuses, 69 pour des tumeurs hypertrophiques. Dans les i53 cas de cancers, il y a 10g guérisons, 3q morts des suites immédiates de l'opération, 4 récidives connues, 1 cas douteux. Ce chiffre de guérisons paraîtra merveilleux, mais M. Desgranges s'est empressé d'en donner l'explication : la statistique des amputations du sein est essentiellement opératoire. Le mot guérison veut dire seulement que les malades se sont bien remises des suites de l'opération et sont sorties en bon état de l'hôpital, mais il ne préjuge en aucune façon la cure radicale, c'est-à-dire l'absence de toute récidive.
Le but de cette statistique est donc d'établir simplement la gravité de l'amputation du sein dans notre Hôtel-Dieu.
Ces explications rendent cette statistique absolument insignifiante. J'y trouve cependant un renseignement précieux : sur i53 opérées du cancer du sein, il y a eu 3a. décès des suites immédiates de l'opération par l'instrument tranchant; c'està-dire plus de 1 décès sur 4 opérées. La statistique des hôpitaux de Paris donne à peu près des chiffres identiques. C'est énorme, je dirai même que c'est désastreux, et une opération qui donne des résultats si déplorables, devrait être proscrite à tout jamais, surtout quand on a à sa disposition des moyens d'une sécurité presque absolue, je veux parler des caustiques.
Je disais dans une publication précédente que, pour ce qui concerne la statistique, il est excessivement difficile, sinon impossible, dans l'état actuel de la science, de comparer le résultat des opérations pratiquées sur les tumeurs cancé-
STATISTIQUE
reuses dans leurs différentes périodes : la marche si variable du cancer, l'âge, la constitution, l'idiosyncrasie , l'état de santé, de force des sujets, la nature de l'affection, etc. , une foule de causes occultes d'une appréciation difficile, mais qui exercent cependant une influence considérable sur les suites de l'opération, constituent de grands obstacles à la confection d'une statistique comparative entre les divers procédés mis en œuvre. D'autre part, les auteurs qui se sont occupés du cancer ont exposé des théories et formé des classifications si différentes, qu'il en est résulté une espèce d'anarchie qui doit nécessairement nuire à la confection d'une statistique rationnelle.
Il en résulte que les tronçons de statistique publiés jusqu'à ce jour ne peuvent nous venir en aide, ni nous servir d'enseignement, par la raison qu'on a confondu, dans ces tableaux, les cas les plus variés, de conditions et de nature diverses.
Pour arriver à un résultat satisfaisant et scientifique, il faudrait s'entendre et classer les différents cas qui peuvent se présenter d'après des principes déterminés.
Si les statistiques générales sont difficiles à établir, il n'en est pas de même des statistiques partielles comme celles du sein, des lèvres, du nez, de la face, des membres, etc. On conçoit que pour ces statistiques partielles, il serait possible d'arriver à une précision presque mathématique, si les auteurs s'enlendaient et suivaient la même marche, les mêmes divisions et les mêmes principes.
M. Billroth vient d'en donner l'exemple. Le célèbre chirurgien de Vienne a publié la statistique de huit années de sa pratique chirurgicale, soit nosocomiale, soit privée : Beitrdge zur Statistik der Carcinome mit besonderer Rùcksicht aufdie dauernde Heilbarkeit durch operative Behandlung, nach Beobachtungen an der Wiener chirurgischen Klinik des Prof. Dr Th. Billroth, von Dr Alexander von Winiwarter. Stuttgart, 1878. (Contributions à la statistique des carcinomes, notamment au point de vue de leur guérison radicale par l'extirpation), von Dr A. von Winiwarter, Privat-Docenten fur Chirurgie an^'der Universitàt Wien ; avec une préface par M. le professeur Billroth. Stuttgart, Enke, 1878.
170 cas de carcinomes du sein se sont présentés à la clinique
du professeur Billroth, ainsi que dans sa pratique privée. De ces 170 malades, 27 ont été jugées inopérables, 143 ont subi l'opération. De ces 143 opérées du carcinome du sein, nous trouvons :
Mortes des suites immédiates de l'opération 34 ou 23.7 o/0
Mortes de la récidive . 55 — 38.A
Encore vivantes avec la récidive ou perdues de vue ... 35 — 24.4
Guéries jusqu'à ce jour (mars 1876) ou libres de carcinome
ou mortes de toute autre maladie 19 — 1 3. 3 —
TABLEAU V. — Femmes malades du cancer du sein, lesquelles ont été opérées et qui jusqu'à la fin de mars 1876, ont vécu sans récidive, ou libres de carcinome, ou sont mortes de toute autre maladie (statistique de M. Billroth).
Parmi ces 19 opérées portées comme guéries, nous trouvons :
1 . La première, âgée de quarante-trois ans, opérée en 1861 de cystosarcome, récidive locale en 1864 et 1866, nouvelle extirpation de nœuds fin septembre 1867. Tuméfaction dans la cicatrice et formation de nœuds dans le sein droit, rentrée à l'hôpital le i3 mai 1868, opérée le 14; amputation des deux seins et des glandes infiltrées. Congédiée avec une plaie granuleuse. Morte quelques jours après le congé, cause de la mort inconnue, durée de la guérison trois semaines. Il est évidemment impossible de placer ce cas au nombre des guérisons du cancer.
2. Femme de quarante-sept ans, mariée, pas d'enfants, tumeur de la grosseur d'une pomme, au sein droit, bosselée, mamelon rentré, pas de glandes; le 16 juin 1868, extirpation de la tumeur. Le 3 mai 186g, récidive dans la cicatrice; juin 1869, extirpation du nœud; durée de la guérison six ans.
3. Femme de soixante-neuf ans, tumeur de la grosseur d'un œuf de poule, sein droit, quatre nœuds dont un ulcéré, une glande de la grosseur d'une noix dans l'aisselle; opération le 19 mai 1870, la glandeest laissée; durée de la guérison cinq ans et neuf mois. La glande s'est dissoute. C'est que c'était un engorgement inflammatoire, car les glandes cancéreuses ne se dissolvent pas.
4. Femme de cinquante et un ans, nœuds à l'intérieur de la mamelle, de la grosseur d'une noix et douloureux, pas de glande; 1867, extirpation des nœuds. Le 9 juin 1869, extirpation du noyau récidivé. Novembre 1870, gonflement des glandes de l'aisselle, extirpation de ces glandes le 3 avril 1871. Laissée comme guérie. Morte le 3o novembre 1874, des suites d'une phthisie pulmonaire. Durée de la guérison trois ans et sept mois.
STATISTIQUE
5. Femme de soixante-six ans. Un peu au-dessus et en dehors du mamelon droit, développement d'un nœud du volume d'une noix, il y a une glande infiltrée sous le bord du pectoral. Le 18 décembre 1872, amputation de la mamelle et extirpation de la glande. Pas de récidive. Durée de la guérison trois ans et trois mois.
6. Femme de quarante-cinq ans, mariée, sept enfants; début de la maladie, janvier 1871, tumeur de la grosseur du poing, partie supérieure et externe du sein gauche, glandes de l'aisselle infiltrées. Durée de la maladie onze mois, le 9 novembre 1S71, amputation du sein et extirpation des glandes. Pas de récidive. La malade se présente le 7 décembre 1877; on constate la guérison complète six ans et un mois après l'opération.
7. Femme mariée, quarante-trois ans, six enfants, mamelle droite complètement infiltrée, mamelon rentré, les glandes de l'aisselle sont infiltrées, durée de la maladie quatre mois. Le 6 juin 1872, amputation de la mamelle, extirpation des glandes. Nombreux petits nœuds dans le tissu cellulaire, pas de récidive; durée de la guérison trois ans et huit mois.
8. Femme mariée, quarante ans, carcinome du sein gauche, pas de glandes, fin de 1867, extirpation de la tumeur (à Pesth). Récidive, novembre 1873, tumeur de la grosseur du poing recouverte d'une peau livide en partie ulcérée, pas de glandes. Le 6 décembre 187?, amputation de la mamelle. Durée de la guérison deux ans et deux mois.
9. Femme de cinquante-trois ans, mariée, sept enfants, tumeur de la mamelle droite de la grosseur de deux poings, dure, bosselée, mobile, assez limitée, pas de glandes, durée de la maladie sept mois. Le i5 décembre 1873, amputation de la mamelle jusqu'au pectoral, pas de récidive; durée de la guérison deux ans et deux mois.
10. Femme de cinquante-sept ans, mariée, tumeur de la grosseur d'une tête d'enfant au sein gauche, de laquelle s'élève une masse cancéreuse de la grosseur du poing et de la forme d'un champignon. Pas d'infiltration glandulaire; trois ans de durée. Le g décembre 1873, amputation de la mamelle. Laissée comme guérie le 29 décembre 1873, morte en décembre 1874, des suites de la maladie de Bright. Durée de la guérison un an. Cette observation ne peut convenablement figurer au nombre des guérisons.
1 1. Femme de soixante-deux ans, mariée, un enfant, tumeur de la grosseur de deux poings au sein droit, base large, peau rouge bleue, pas de glandes; début mai 1873. Le 23 janvier 1874, amputation de la mamelle. Durée de la guérison deux ans et un mois.
12. Femme mariée, trente-neuf ans, cinq enfants, tumeur de la mamelle gauche de la grosseur d'un œuf de poule, pas de glande; durée de la maladie quatre mois. Le 10 février 1874, amputation de la mamelle. Pas de récidive considérée comme guérie depuis trois ans et cinq mois.
13. Femme de quarante-deux ans, mariée, trois enfants, tumeur de la grosseur du poing assez bien limitée, au sein droit, mais adhérente à la peau
pas de glandes. Le 25 mars 1874, amputation totale de la mamelle. A la fin d'août, nœuds douloureux dans la cicatrice. En juin 1874. un nœud du volume d'une noix; glandes de l'aisselle infiltrées Le 23 juin 1874, extirpation des nœuds et des glandes. Laissée comme guérie, durée de la guérison un an et neuf mois.
14. Femme mariée, quarante et un ans, pas d'enfants, tumeur dure, bosselée, sein droit, glandes infiltrées. Le 18 octobre 1875, amputation de la mamelle et extirpation des glandes. En février 1876, dureté en dessous de la cicatrice, 21 mars, plusieurs nœuds, extirpation le 23 mars, laissée comme guérie; durée de la guérison deux mois.
15. Femme de quarante-neuf ans, veuve, six enfants, tumeur de la grosseur d'une petite pomme au sein gauche, glandes infiltrées, le 20 octobre 1873, amputation de la mamelle, y compris les glandes. Considérée comme guérie, trois mois et demi.
16. Femme mariée, cinquante-deux ans, pas d'enfants, tumeur dure dans ie sein droit, glandes de l'aisselle infiltrées; le ier juillet 1874, amputation de la mamelle et extirpation des glandes; guérie depuis deux ans.
17. Femme mariée, quarante-quatre ans, un enfant, tumeur dure, mobile, abcès de la mamelle, pas de glandes; le 10 mai 1875 extirpation, laissée comme guérie; durée de la guérison un an et un mois.
18. Femme mariée, quarante-six ans, cinq enfants, tumeur de la grosseur du poing au sein droit, fixe, excoriée, glandes de l'aisselle infiltrées, mobiles, durée de la maladie six mois. Le 17 novembre 1875, extirpation du nœud et des glandes. Considérée comme guérie le 2 mai 1876; durée de la guérison cinq mois.
19. Femme mariée, trente et un ans, quatre enfants, nœuds au sein droit, mobiles, durs, de la grosseur d'une pomme, pas d'infiltration de glandes. Extirpation le 8 juillet 1872, considérée comme guérie; durée de la guérison quatre ans et trois mois.
De ces 19 cas de guérison, il serait légitime de retrancher le premier, la femme étant morte quelques jours après son congé. La cause de la mort est inconnue.
Le dixième. La femme est morte un an après l'opération des suites de la maladie de Bright.
Le quatorzième, dont la guérison ne date que de 2 mois.
Le quinzième, durée de la guérison, 3 mois et demi.
Le dix-huitième, .dont la guérison n'a que 5 mois de durée.
Retranchant donc du tableau des guérisons ces 5 cas, il. ne reste que 14 faits ou 9.7 %.
STATISTIQUE
Des 14 cas de guérison :
1 a 6 ans de durée.
1 a 5 — g mois —
îa 6 — 1 — —
2 ont 2 — 2 — — 1 a 2 — 1 — — 1 a 3 — 5 — — 1 a 1 — 9 — — 1 a 2 — o — — 1 a 1 — 1 — — 1 a 4 — 3 — —
Nous trouvons donc pour ces 14 cas de guérison 47 ans 3 mois ou une moyenne de 3 ans 4 mois et demi.
Revenons au tableau qui précède. Les auteurs, Velpeau entre autres, disent qu'une guérison doit avoir au moins 5 ans de durée pour qu'on puisse la considérer comme une guérison définitive. Or, sur les 14 cas de guérison de ce tableau, il n'y en a que 3 dont la guérison dépasse 5 ans, et, en vérité, on ne peut mettre au nombre des guérisons définitives celles d'un an, ni même de 2 ans.
On voit donc que celles qu'on peut regarder comme telles, se réduisent à un chiffre bien minime, et ce chiffre représente cependant tout ce que peut donner le bistouri, car M. Billroth, un des plus habiles chirurgiens de notre époque et l'un des plus expérimentés, a tiré du bistouri, cela se comprend, tout le parti qu'on peut en tirer et aucun autre n'aurait pu faire mieux que lui. La statistique de M. Billroth nous donne donc la valeur réelle de l'opération sanglante dans le traitement des carcinomes de la mamelle.
Je prends la statistique de M. Billroth, parce que seul ce grand chirurgien a compris que pour donner à sa statistique une valeur réelle, une importance considérable, il était indispensable de suivre les opérées pendant un certain nombre d'années après leur sortie de l'hôpital ou après l'opération. Car que signifient les pauvres statistiques que nous possédons où il est dit, en parlant d'une opérée, sortie guérie de
l'hôpital. Velpeau lui-même n'a pas échappé à l'erreur commune; aussi sa statistique est-elle sans valeur aucune.
M. Billroth s'est donc donné la peine, et on doit lui en savoir gré, de suivre les opérées pendant un certain nombre d'années, pour quelques-unes pendant 6 ans; c'était un grand travail, hérissé de difficultés, mais de nécessité absolue, si l'on veut donner à la statistique l'importance qui lui revient. Malheureusement cela ne suffit pas encore, car si M. Billroth a suivi 3 malades pendant 5 et 6 ans, pour la plupart il a fini l'observation i, 2 ou 3 ans après l'opération. Le mieux serait de suivre les opérées jusqu'à la fin de leur existence, mais je reconnais que cela n'est pas toujours possible, et cependant comment apprécier la valeur réelle d'un procédé, d'une méthode, d'un mode de traitement, si l'on ne suit pas les opérées pendant un grand nombre d'années, 10 à 12 ans au moins. Il faut avoir fait ce travail d'Hercule pour savoir combien il est difficile d'obtenir des renseignements précis.
M. Billroth a recueilli toutes les observations de carcinomes qui se sont présentées à sa clinique de 1868 à i8y5, c'est-à-dire pendant 8 ans, et, autant que possible, il a suivi ses opérées après leur sortie, afin d'opposer ces résultats thérapeuthiques à la croyance générale que le cancer est incurable.
Cette œuvre remarquable présente la première application de la méthode exacte aux résultats du traitement chirurgical d'une affection pour laquelle aucune statistique complète n'avait encore été faite. On avait, il est vrai, dressé des tableaux statistiques donnant les résultats immédiats du traitement suivi; par exemple, pour les hôpitaux, on disait, en parlant d'un opéré : sorti guéri tel jour, puis on ne s'en occupait plus. On savait bien cependant que tout l'intérêt ou le principal intérêt de la statistique consiste, non dans les conséquences ou les résultats immédiats de l'opération, mais bien dans les suites éloignées. Il est vrai que la plupart des auteurs déclarant ouvertement l'incurabilité du cancer, à leur point de vue, il n'était pas nécessaire de suivre les opérés après leur sortie de l'hôpital, puisqu'ils étaient convaincus que la récidive devait se produire dans tous les cas. Comment convaincre les incrédules que le cancer peut être guéri comme beaucoup de maladies, si ce n'est par des faits authen-
STATISTIQUE
tiques. C'est ce qu'a fait M. Billroth ; le premier, il a voulu se renseigner sur le sort de ses opérés après leur sortie de l'hôpital. Il a voulu, dit-il, i° contribuer à la solution de certaines questions qui se rattachent aux manifestations cliniques des carcinomes; 2° tracer un tableau aussi fidèle que possible des résultats obtenus par la chirurgie contemporaine dans le traitement d'une affection généralement considérée comme incurable.
Les faits invoqués par M. Billroth ont été puisés dans sa clinique à l'hôpital et dans sa pratique privée, pendant un espace de 8 ans, de 1868 à 1875. Pourquoi cet espace de 8 ans? Je ne le comprends pas. M. Billroth a opéré des cancers avant 1868, et il en a opéré aussi après 1875; comment se fait-il donc qu'il ait limité ses recherches à une période de 8 années? 8 années c'est quelque chose, sans doute, mais ce n'est pas assez pour prouver que le cancer est guérissable, car il faut considérer que les opérés n'ont que 1, 2, 3, 4, 5, 6 et 7 années de guérison. On sait que les chirurgiens ne sont pas d'accord sur la durée de la guérison après l'opération pour qu'on puisse la considérer comme définitive. Tandis que les uns ont regardé la guérison comme définitive après 2 ans et demi, d'autres ont exigé 4 ans; d'autres 5 ans et un autre 10 ans; d'autres enfin ont prétendu que les opérés restaient toute leur vie sous le coup de la récidive.
Dans l'espace de 8 années, M. Billroth a opéré 143 carcinomes du sein, et il a obtenu 19 guérisons, soit i3.3 %; c'est-à-dire que depuis le moment de l'opération jusqu'aux dernières nouvelles (fin mars 1876) il n'y a pas eu de récidive.
Il résulte de cette statistique que 2 cas de guérison seulement ont dépassé 5 années; sur 143 opérées, ce n'est pas très brillant ; que 8 cas ont dépassé 2 ans et demi. Quant aux guérisons qui ne comptent pas 2 ans et demi de durée, peut-on légitimement les comprendre dans les guérisons définitives? Je ne le pense pas. Quoi qu'il en soit, je suis heureux de pouvoir établir une ligne de comparaison entre la statistique de M. Billroth et la mienne, car ce que cet auteur a fait pour le bistouri, je l'ai fait pour les caustiques. On comprend que la statistique de M. Billroth augmente considérablement la valeur et l'importance de la mienne. M. Billroth, un des
chirurgiens les plus habiles, les plus expérimentés de notre époque, a donné la mesure de ce que peut le bistouri, en ce qui concerne le cancer; il est légitime de croire que nul ne le dépassera dans cette voie. De mon côté, j'ai institué une méthode nouvelle, un mode de cautériser entièrement nouveau avec un caustique également nouveau, infiniment supérieur, selon moi, à tout ce qui a existé en ce genre, jusqu'à notre époque; je puis donc dire à mon tour que ma statistique représente ce que peuvent les caustiques, les résultats auxquels on peut arriver par ce procédé. Ces statistiques démontreront la supériorité énorme, incontestable des caustiques sur le bistouri, elles prouveront à l'évidence que le bistouri ne convient nullement au traitement du cancer, qu'il ne donne et ne peut donner que de tristes résultats, comme le prouve l'histoire de tous les temps, et surtout celle de notre siècle et des plus grands chirurgiens du monde.
J'ai commencé ma statistique en janvier 1867; M. Billroth a commencé la sienne en 1868 et l'a terminée en 1875, soit 8 ans. J'ai continué la mienne jusqu'à ce jour, soit i5 ans, et, je me propose de continuer encore.
La différence, et elle est de la plus haute importance, consiste en ce que la plus ancienne des malades que présente la statistique de M. Billroth, n'a été suivie que pendant 6 ans, ou n'est guérie que depuis 6 ans, tandis que la plus ancienne de ma statistique est guérie depuis i5 ans.
Je n'ai pas compris dans ma statistique les 3 dernières années, parce qu'on ne peut considérer comme une guérison définitive, celle qui n'a pas plus de 2 ans et demi de durée. C'est le chiffre des moins exigeants, et celui que j'adopte; les plus difficiles demandent 10 ans; à ce compte la statistique de M. Billroth ne présenterait aucune guérison définitive, tandis que la mienne en présenterait encore un nombre considérable.
Il a été dit plus haut que dans l'espace de 8 années M. Billroth a observé 170 carcinomes du sein. De ce nombre 27 ont été considérés comme inopérables; restait le chiffre de 143 qui ont été opérés.
De ces 143 personnes opérées, 34 ou 23.7 % sont mortes des suites immédiates de l'opération.
STATISTIQUE
D'autre part, la statistique de M. Desgranges (Hôtel-Dieu de Lyon) donne des résultats à peu près identiques : sur i53 carcinomes opérés par M. Desgranges, il y a 3g décès des suites immédiates de l'opération ou 25.4 %• De sorte qu'il est permis de considérer ces 24 à 2 5 %, comme le chiffre normal des femmes qui meurent des suites immédiates de l'opération du carcinome du sein, par la méthode sanglante, soit un quart à peu près des opérées.
Il faut avouer, je le répète, que c'est déplorable au plus haut degré et qu'il est difficile de comprendre comment une pratique, je dirais volontiers une vieille routine, si meurtrière, si condamnable, sous tous les rapports, si préjudiciable au genre humain, se soit transmise d'âge en âge, de génération en génération, de siècle en siècle, jusqu'à notre époque, au mépris des lois imprescriptibles de l'humanité, de la science et de la considération professionnelle. Et ce qu'il y a de plus étrange dans cette pratique, c'est que la plupart des chirurgiens avouent, à la fin de leur carrière, qu'ils n'ont jamais guéri d'affection cancéreuse, et quelques-uns ont eu la loyauté, un peu tardive, il est vrai, de refuser d'opérer le cancer, parce qu'ils étaient certains de ne pas réussir. De là l'opinion, la croyance presque générale que le cancer est incurable. Eh bien, s'il est incurable, l'opération est inutile, pourquoi opérez-vous? Si vous avez cette conviction, l'opération est non-seulement blâmable, condamnable, malhonnête, mais elle est cruelle, elle est odieuse, elle est déshonorante, parce qu'elle expose les malheureuses atteintes de cancer à tous les dangers des grandes et terribles taillades, sans espoir de bénéfice d'aucune sorte. Et ce n'est pas sans raisons que ces infortunées craignent, ont en horreur ces sanglantes amputations qui n'amènent que trop souvent ces redoutables catastrophes dont nous ont entretenu les Jean-Louis Petit, les Desault, les Boyer, les Bayle, les Cayol, les Richerand, les Dupuytren, les Roux, les Gendrin, les Lebert, les Broca, les Velpeau, les Nélaton, etc., et dont MM. Desgranges et Billroth viennent d'en démontrer la fréquence : 24 et 25 % de décès occasionnés par les complications ou les suites immédiates de l'opération !
Eh bien, ce sentiment de réprobation des hommes impar-
tiaux et justes augmentera encore quand ils sauront qu'il existe un moyen plus rationnel, plus convenable sous tous les rapports, plus certain au point de vue des résultats, je veux parler des caustiques ou plutôt de ma méthode, de mon procédé, du mode d'application que j'ai introduit dans la pratique et que je déclare d'une innocuité absolue, en prenant, bien entendu, les précautions élémentaires que nécessite toute opération sérieuse. Je dis que ma méthode est d'une innocuité parfaite puisque sur 162 femmes atteintes de cancer auxquelles j'ai amputé ou détruit le sein au moyen des caustiques, je n'ai pas eu un seul accident, ni aucune complication qu'on pût rapporter aux agents cautérisants ou aux suites immédiates de l'opération. J'ai cependant perdu une malade, pendant que la plaie était en voie de cicatrisation, mais cet accident doit être attribué uniquement à son imprudence : c'est une dame que j'opérais pour la troisième fois (v. Obs. CIX) ; elle était douée d'un embonpoint excessif et avait toujours trop chaud (c'était au mois de novembre 1872, le froid était très piquant). Cette dame eut la malheureuse idée d'ouvrir la fenêtre et de s'y appuyer, s' exposant ainsi à toute l'intensité du froid. Combien de temps y resta-t-elle, on ne le sait; toujours est-il qu'elle contracta un refroidissement considérable, qu'elle eut des frissons violents, qu'on dut la mettre au lit et l'entourer de cruchons d'eau chaude pour la réchauffer; le lendemain je constatai l'existence d'un érysipèle très intense. L'opération avait été commencée le 11 octobre, la dernière cautérisation se fit le 20, l'eschare s'est détachée le 26 et c'est le 4 novembre que l'érysipèle s'est déclaré, il s'étendit au cuir chevelu, détermina une méningite et la malade succomba le i3 novembre 1872.
Peut-on légitimement attribuer cette complication à l'opération ? Je ne le pense pas ; la plaie était très belle, la cicatrisation marchait même assez rapidement, la santé était excellente quand la malade commit l'inconcevable imprudence de s'exposer à un froid intense, étant en pleine transpiration, puisqu'elle l'a fait, selon son dire, parce qu'elle avait trop chaud. De sorte que, selon moi, il ne serait pas rationnel, ni conforme à la réalité des faits, d'attribuer à l'opération ce qui est le fait de la malade. De manière que
STATISTIQUE
je puis dire que la destruction des tumeurs par les caustiques, est d'une innocuité parfaite.
Je demande donc aux hommes probes et consciencieux s'il est permis d'exposer un être humain à tous les dangers d'une opération sanglante quand on a à sa disposition une méthode qui conjure sûremmt tous ces dangers? Que veuton de plus?
On me dira que ma méthode ne s'applique pas à toutes les opérations; j'en conviens, mais celles où elle est indiquée lui laisse encore un champ assez vaste pour mériter la sérieuse attention des hommes de science et des amis de l'humanité. C'est ainsi qu'elle peut s'appliquer avec d'immenses avantages à toutes les tumeurs externes accessibles au bistouri, à beaucoup d'amputations partielles des extrémités, à certaines caries et résections osseuses, aux ulcères cancéreux, calleux, phœgédéniques, etc.
Et le bistouri peut-il être appliqué à toutes les opérations ? Non, non. Que ferait le bistouri dans les ulcères épithéliaux, dans les ulcères malins, dans les noli me tangere de la face et du cuir chevelu, quand la surface de l'os même est altérée et doit être enlevée ? Que ferait le bistouri dans les cancers qui adhèrent aux côtes et où la côte elle-même est cancéreuse, il faut, pour guérir, l'enlever en partie ou en totalité ; que peut le bistouri dans ces circonstances ? Absolument rien, tandis que le caustique peut enlever la moitié externe ou la totalité d'un segment de côte.
Nous avons vu plus haut que Lisfranc a tenté cette opération, mais il n'a pas recommencé et depuis personne ne l'a imité.
Du reste, on ne peut demander à un procédé quelconque que ce qu'il peut donner : les caustiques ont leurs indications, comme le bistouri a les siennes. En préconisant les caustiques, je ne veux pas exclure le bistouri ; seulement, comme l'emploi de ce dernier est entouré de dangers dans ses applications au traitement des cancers, et que les caustiques jouissent d'une innocuité parfaite, je voudrais qu'on restreignît l'usage du bistouri et qu'on donnât de l'extension aux applications caustiques. En d'autres termes, je voudrais qu'on laissât aux caustiques, vu leur innocuité, tout ce qu'ils peuvent faire, et
qu'on abandonnât au bistouri tout ce qui ne peut être enlevé ou détruit par les caustiques.
Ce que je viens de dire des opérations que j'ai pratiquées au moyen des caustiques, ne se rapporte qu'aux carcinomes du sein, mais on verra plus loin qu'en comprenant toutes les opérations que j'ai pratiquées depuis 1867 jusqu'en 1878 inclus, c'est-à-dire, pendant une période de 12 ans, j'arrive à un chiffre de 3oo opérations par les caustiques. Eh bien, quand sur un chiffre de 3oo opérations on n'a pas eu un seul accident, une seule complication, un seul décès qui soit la conséquence de l'opération même, qui soit le fait de l'élément agissant, des caustiques employés, n'est-on pas autorisé à conclure que ces agents sont d'une innocuité parfaite? Combien y a-t-il, dans la science, de croyances, de méthodes, de procédés, de dogmes, de doctrines, d'opinions qui soient établis sur 3oo faits authentiques? Si je dis authentiques, c'est que je pourrais, au besoin, en donner la preuve.
Je ne m'attends pas à ce qu'on conteste le chiffre des récidives, ni des décès, non, on croira facilement que ce sont des cancers; mais ce que l'on contestera, c'est le chiffre des guérisons. Ceux qui sont imbus des préjugés antiques et qui croient à l'incurabilité du cancer, ne manqueront pas de jeter de hauts cris et d'invoquer les erreurs de diagnostic. Non, non, il n'y a pas eu d'erreur de diagnostic; s'il y avait erreur, l'opération par les caustiques l'indiquerait suffisamment, car dans le cours de l'opération on distingue manifestement les différents tissus ; on distingue avec la plus grande facilité le tissu h^perthrophique du tissu cancéreux, on distingue le squirrhe de l'encéphaloïde, et les tumeurs malignes des tumeurs bénignes. Ensuite, un certain nombre de ces malades avaient été opérés une ou deux fois par le bistouri ; il y avait eu récidive plus ou moins immédiate; il serait difficile de contester les cas de cette espèce. En outre, un grand nombre de ces malades ont été opérés en présence du médecin traitant; contestera-t-on ces cas-là. En troisième lieu, j'ai opéré quelques-uns de ces malades deux, trois ou quatre fois, à cause des récidives; dans les cas de cette espèce peut-on contester l'exactitude du diagnostic? Enfin, je dirai
STATISTIQUE
que le médecin qui a vu un grand nombre de cancéreux, se trompe rarement,- et dans tous les cas, comme je viens de le dire, l'opération par les caustiques vérifie, d'une manière non douteuse, l'exactitude du diagnostic; de telle sorte que je puis affirmer de la manière la plus positive, que tous les malades que je présente comme cancéreux, étaient réellement atteints d'affections cancéreuses bien établies.
Quelquefois j'ai été consulté pour des hypertrophies, des adénomes des mamelles, mais je n'en ai pas opéré.
Les chiffres que je viens de poser sont relatifs aux carcinomes des mamelles, mais si, comme je viens de le dire, je prends toutes les opérations que j'ai pratiquées, au moyen des caustiques, dans l'espace de 12 années (de 1867 à ^78 inclus), j'arrive au chiffre de 3oo, qui comprend, outre les carcinomes des mamelles, ceux des autres régions, des cancroïdes, des enchondromes, des fibromes, des lipomes, des kystes et quelques tumeurs érectiles.
De ces 3oo cas, j'obtiens 144 guérisons, i5o récidives et 6 malades supposés guéris, mais perdus de vue.
Si je décompose ce nombre, j'arrive, pour les mamelles seulement, au chiffre de 162 cas. De ce nombre j'ai obtenu 64 guérisons définitives et 98 récidives.
Il est bon de noter que je n'ai pas compris dans ma statistique les opérations que j'ai pratiquées en 1879, 1880 et 1881, parce qu'il est convenu qu'on ne peutjconsidérer comme une guérison durable, calle qui n'a pas plus de 2 ans et demi de durée. Si je calcule d'après cette donnée, j'obtiens avec les caustiques, sur 162 opérations, 64 guérisons des carcinomes du sein, tandis que M. Billroth n'obtient avec le bistouri, sur 143 opérations, que 8 guérisons ayant plus de 2 ans et demi de durée.
Voilà la mesure exacte et la valeur réelle des deux méthodes. Car M. Billroth, a obtenu du bistouri tout ce qu'on peut en attendre, de même que j'ai obtenu des caustiques tout ce qu'on peut en espérer, en agissant dans les mêmes conditions, c'est-à-dire en opérant les carcinomes parvenus à la seconde période, même très avancée. Ces deux méthodes se traduisent donc, au point de vue des résultats, de cette manière : les caustiques, employés selon ma méthode, don-
nent 3g 87i6a % de guérisons; le bistouri ne donne que 5 %; différence 34 % en faveur des caustiques.
Mais il y a plus : nous avons vu que sur 14? opérées de carcinomes du sein, M. Billroth a perdu 34 malades des suites immédiates de l'opération.
Sur 1 5 3 opérées de carcinomes du sein, M. Desgranges en a perdu 39 des suites immédiates de l'opération; et la statistique des hôpitaux de Paris présente à peu près les mêmes proportions.
Nous pouvons donc considérer ces chiffres ou ces proportions comme représentant la situation réelle, la mesure exacte de ce que peut le bistouri.
Tandis que sur 162 femmes, atteintes de carcinomes du sein, que j'ai opérées par les caustiques, je n'ai perdu aucune de ces malades des suites immédiates de l'opération.
On ne s'étonnera pas si je prends toujours la statistique de M. Billroth pour point de comparaison, puisqu'on sait que c'est la seule qui soit complète, la seule où l'on ait suivi les opérées un certain temps après l'opération.
La statistique de M. Billroth donne la valeur réelle du bistouri dans le traitement des cancers. La mienne donne la valeur des caustiques. Un tableau résumant les observations en fera mieux saisir l'ensemble.
RÉSUMÉ