OCCASIONNANT DES ACCIDENTS, EMPLOI DES CAUSTIQUES, GUÉRISON
M. S., soixante ans, fabricant, demeurant à Bruxelles, est de bonne constitution. Depuis environ cinq ans, une tumeur s'est développée à la nuque, commençant à la racine des cheveux et remontant derrière l'occipital ; elle a environ 8 centimètres de diamètre.
Il y a deux ans, un médecin lui a persuadé qu'il le guérirait en passant un
OBSERVATIONS
séton au travers de la tumeur. Le séton fut placé, le malade l'a porté trois mois sans aucun résultat. Le séton ôté, les plaies se sont cicatrisées. Puis le même médecin appliqua un caustique grand comme un franc au sommet de la tumeur.
Naturellement il n'en obtint rien. Que pouvait-il en espérer? Toutefois il fut obligé de maintenir cette espèce de cautère : quand il se fermait, le malade devenait rouge, avait la tête embarrassée, éprouvait un malaise considérable, quelquefois il y avait un léger délire. Ces symptômes existaient avant l'application du caustique, mais à un degré moindre.
Le malade a subi plusieurs traitements internes.
Le diagnostic de cette tumeur est très difficile; ce n'est qu'après coup, pendant l'opération que nous avons pu le préciser par le terme de cystosarcome. Le 29 avril 1875, application des caustiques.
Le 3o, la poche est ouverte, nous vidons la petite cavité, nous réappliquons la pâte caustique intus et extra.
Le lendemain même opération.
Chute de l'eschare le 7 mai, plaie simple et de bonne nature, les lèvres n'en sont pas écartées, la cicatrisation marche rapidement, le i8r juin guérison, nonseulement de la tumeur, mais encore des congestions et des douleurs de tête. J'ai pratiqué cette opération avec M. le docteur Demarteau.
La guérison ne s'est pas démentie jusqu'ici.
OBSERVATION LXXXVIII. — Tumeur squirrheuse située au-dessus
DE L'OMBILIC, EMPLOI DES CAUSTIQUES GUÉRISON
Mme M., soixante-cinq ans, rentière, bonne constitution, demeurant près de Bruges, mais momentanément chez des parents à Bruxelles, porte depuis plus de quatorze mois une tumeur du volume d'une noix et située à la région épigastrique, 3 centimètres au-dessus de l'ombilic. Elle est dure, irrégulière, bosselée et le siège de douleurs lancinantes vives et fréquentes ; c'est même l'intensité de ces douleurs qui l'a décidée à se laisser opérer. Cette tumeur se développe lentement, mais régulièrement; les remèdes qu'on lui a donnés lui ont été nuisibles, dit-elle.
La peau qui recouvre la tumeur est d'un rouge livide et sur le point de s'ulcérer.
Diagnostic : tumeur squirrheuse.
Le 5 mai 1875, application des caustiques et les trois jours suivants.
Chute de l'eschare le i5, la plaie est très pure, réunion, guérison le 25 mai.
Il n'y a pas eu de récidive.
CANCROÏDES
Le cancroïde ou cancer épithélial, appelé aussi : cancer faux , cancer bâtard , noli me tangere, bouton ou chancre malin, ulcère rongeant, ulcère chancreux, ulcère cancéreux primitif, puis épithélioma (Hannover), cancroïde, épithéliome (Lebert), et enfin cancer épithélial.
Le cancroïde fut longtemps confondu avec le véritable cancer, ce qui produisait, dans la science et dans la pratique, une confusion regrettable.
Ledran avait observé que le noli me tangere ne se comporte pas exactement comme le cancer véritable, qu'il est souvent susceptible de guérison durable, etc.
Laënnec n'observa rien de spécial dans les cancers des téguments, il les rattacha aux formes squirrheuse et encéphaloïde.
Muller (i838), dans sa remarquable étude microscopique des tissus pathologiques, établit une distinction entre les cellules du cancer proprement dit et celles de ce qu'on appelait noli me tangere.
Dès 1845, Lebert décrivit avec exactitude la structure des tumeurs épithéliales, auxquelles il devait, plus tard, donner le nom de cancroïdes, et il établit une distinction entre le cancer et le cancroïde.
D'autres écrivains, exagérant les idées de Lebert, ont soutenu que le cancer de la peau n'existe pas et que le cancroïde est une affection entièrement distincte du cancer.
En i852, Hannover a prétendu que Y épithélioma est toujours une affection locale, qui est soumise à la récidive sur place, mais qui ne détermine ni l'infection générale, ni la cachexie.
A ce propos, de sérieuses discussions surgirent entre ceux
CANCROÏDES.
qui regardent les cancroïdes comme de véritables cancers et ceux qui considèrent le cancroïde comme une affection locale non susceptible de généralisation. Michon tâche de prouver qu'ils ont tous les caractères des cancers et qu'il faut les ranger dans la catégorie des tumeurs malignes.
Velpeau combattit violemment l'opinion qui consiste à considérer le cancroïde comme une affection bénigne. Au moment de la grande discussion académique de 1854, Virchow, qui n'avait jamais admis la spécificité de la cellule cancéreuse, adressait à Velpeau trois faits de généralisation de tumeurs épithéliales.
D'autre part, Paget crut concilier les opinions en admettant entre le cancer et le cancroïde une différence de degré ou de malignité, mais non de nature.
On sait que l'Académie donna raison à Velpeau, mais depuis on fit des études plus approfondies : Robin sur les hypertrophies glandulaires; Verneuil sur l'hypertrophie des glandes sudoripares; Cornil et Ranvier, Remak et Virchow, etc., sur l'épithéliome.
Le microscope contribua sans doute à faire distinguer ces affections ; cependant bien avant l'application de cet instrument à l'étude des maladies, beaucoup de chirurgiens avaient constaté les différences cliniques qui séparent les cancroïdes des cancers.
Dans le cancroïde, l'élément épithélial domine et les caractères qu'il revêt se rapprochent de ceux de l'épithélium normal. Il se développe de préférence sur le tégument externe, et particulièrement sur celui des orifices naturels.
On a prétendu que le cancroïde présente une marche lente, qu'il n'infecte que tardivement les ganglions lympathiques et qu'il se généralise très rarement. Je ne puis admettre ces propositions d'une manière si absolue; j'ai vu beaucoup de cancroïdes dont la marche était rapide, qui déterminaient l'infection ganglionnaire en aussi peu de temps que le cancer, et quant à la généralisation, elle est loin d'être rare. J'en fournirai des exemples.
Des auteurs extrêmement compétents ont établi que le cancroïde constitue une affection distincte ; je ne puis le contester; cependant j'ai la conviction que ceux qui ont observé
un grand nombre d'affections de cette espèce, cancers et cancroïdes, ont dû trouver entre elles de bien grandes analogies, surtout s'ils se sont attachés à comparer les caractères communs à ces formes diverses d'une môme maladie. M. Heurtaux (art. Cancroïde du Nouveau Dict. de mèd. et de chir. prat.) l'a dit ouvertement : tout en admettant que le cancroïde doit être décrit à titre d'affection distincte, nous pensons, dit-il, que des caractères multiples sont nécessaires pour le définir, parce qu'il n'y en a pas un seul, soit au point de vue anatomique, soit au point de vue clinique, qui lui soit absolument propre. On sait que Ch. Robin embrasse l'encéphaloïde, le squirrhe et le cancroïde sous le nom collectif d'épithéliome. Virchow admet également que les cellules dites cancéreuses doivent se rattacher au type épithélial.
Cependant les auteurs ont admis des caractères différentiels entre le squirrhe, l'encéphaloïde et le cancroïde, mais ces caractères ne me paraissent pas décisifs. Ils se résument ainsi : Le cancroïde peut se manifester dans différents tissus, mais il se développe de préférence à la surface de la peau, par une accumulation de papilles, de squames épithéliales sous lesquelles existe une petite ulcération qui entame le derme ; d'autres fois il se présente sous la forme d'une petite tumeur recouverte d'une couche d'épiderme épaissi, fendillé, recouvrant une ulcération superficielle. Après un certain temps, la croûte se détache et met à découvert un ulcère épithélial qui, en progressant, se comporte à peu près comme les ulcères cancéreux, envahit les tissus et les ganglions voisins, puis se propage aux tissus profonds et se généralise.
Dans le carcinome, selon les micrographes, les cellules sont plus volumineuses; il en est de même des noyaux et des nucléoles ; il y a souvent plusieurs noyaux dans une même cellule. Le suc est plus abondant. C'est le contraire pour les alvéoles du tissu, elles sont beaucoup plus grandes dans le cancroïde. Les caractères cliniques ne sont pas plus concluants.
On a admis que le cancroïde affecte une marche très lente, qu'il peut avoir une durée de quinze à vingt ans, tandis que le carcinome présente une marche rapide, et que sa durée ne dépasse pas cinq ou six ans. Généralement parlant, c'est ainsi, mais que d'exceptions. On trouvera dans mes Obser-
CANCROÏDES.
rations des squirrhes à marche très lente et des cancroïdes à marche rapide, de sorte que ce caractère n'a pas une grande valeur.
La cachexie, dit-on, se produit difficilement et après un temps très long dans le cancroïde; je ne puis partager cette manière de voir; il est positif que la cachexie se manifeste dans les cancroïdes dont on ne peut arrêter les progrès, à peu près aussi rapidement que dans les carcinomes, et qu'il y a peu de différence, au point de vue de l'issue fatale, entre ces affections.
Je pourrais en dire autant en ce qui concerne leur action sur les glandes lymphatiques : on dit qu'elle ne se produit que rarement et tardivement dans le cancroïde, tandis qu'elle serait fréquente et rapide dans le carcinome. Cela peut être vrai pour les cancroïdes qui ne sont pas situés sur le trajet des vaisseaux lymphatiques, mais, dans ces mêmes circonstances, cela est également vrai pour le carcinome. Au contraire, pour les cancroïdes de la langue et des lèvres, par exemple, l'infection des ganglions est aussi rapide et aussi funeste que dans les carcinomes de ces organes.
L'infection générale. Longtemps on a prétendu que le cancroïde ne se généralisait jamais, c'est même l'argument principal qu'on a invoqué pour distinguer le cancroïde du carcinome ; on sait aujourd'hui que le cancroïde peut se généraliser, mais on ajoute que c'est une rare exception. L'exception n'est pas si rare qu'on pourrait le croire, car j'ai vu se généraliser presque tous les cancroïdes qui, sous mes yeux, ont déterminé la mort.
Enfin, on invoque encore la curabilité très différente dans les deux cas.
Dans le carcinome elle est tellement rare, dit-on, que des auteurs distingués l'ont niée d'une manière absolue. Tandis que dans le cancroïde, la curabilité par l'opération est assez fréquente. Toutefois, dit Heurtaux, .on a peut-être exagéré cette fréquence.
On voit que presque tous les auteurs français, y compris les plus modernes, nient, d'une manière absolue, la curabilité du cancer et ils portent si loin cette funeste et déplorable conception, qu'ils sont enclins à nier aussi la curabilité du
cancroïde. Je me suis déjà prononcé à diverses reprises contre cette opinion anti-scientifique et même jusqu'à un certain point anti-humanitaire, parce qu'elle cause les plus grands préjudices aux malheureux cancéreux qu'on voue ainsi à une mort certaine, sans même essayer de leur porter secours ; et ce qu'il y a de plus déplorable, c'est que les esprits les plus éclairés sont tellement imbus de ce préjugé que, non seulement ils abandonnent toute espèce de traitement, mais encore ils refusent, avec obstination, de soumettre à un examen impartial tout moyen ou procédé nouveau proposé pour guérir le carcinome, lors même que de nombreuses observations authentiques, que chacun peut vérifier, viennent en constater l'efficacité.
Je m'attacherai donc à prouver par des laits, que, contrairement aux opinions reçues, aux erreurs accréditées, aux préjugés enracinés, le carcinome et le cancroïde sont curables au même degré que la plupart des maladies, que les faits et, au besoin, les opérés eux-mêmes, sont là pour le prouver, pour attester la vérité de ce que j'avance.
Mais ce n'est point par l'intervention du bistouri que cette espèce de prodige s'effectue; non, le bistouri ne convient pas au cancer, le bistouri ne réussit pas, ou réussit rarement. On reconnaîtra plus tard cette grande vérité : l'opération par le bistouri est ordinairement fatale, ou les opérés meurent des suites immédiates de l'opération, ou ils succombent à la suite de la récidive ou des complications qui surviennent après les grandes opérations.
Ce n'est donc pas au bistouri que je conseille de recourir ; l'instrument tranchant est jugé et condamné, il est reconnu impuissant, dangereux même ; il doit être abandonné.
Ce qui guérit le cancer et le cancroïde, ce sont les caustiques, c'est la méthode que je préconise. Je demande qu'on l'examine, qu'on l'expérimente ; je demande qu'on l'étudié et qu'on juge avec impartialité et équité les observations de guérison que je présente, et si l'on trouve qu'il y a là quelque chose, et je suis certain qu'on y trouvera, non une espérance, mais un moyen efficace de guérison.
Lorsque j'expliquai ma méthode à un célèbre chirurgien de Paris, M, Demarquay, il me répondit : j'y vois quelque
CANCROÏDES.
chose, dit-il, je l'expérimenterai ; malheureusement le savant chirurgien était malade et succombait trois mois après à la suite d'un cancer à l'estomac.
Non seulement vous y trouverez un moyen de guérison, mais un moyen simple, facile à appliquer et qui ne présente aucun danger. On peut donc l'expérimenter sans crainte.
Je ne me charge pas de réfuter toutes les idées étranges qui peuvent jaillir des imaginations trop ardentes, mais j'en trouve une si bizarre que je ne puis me dispenser d'en dire un mot, ne fût-ce que pour donner un exemple des écarts singuliers auxquels les esprits les plus distingués peuvent se laisser entraîner : Selon Mayor, quand la diathèse cancéreuse se localise sur la peau, elle prend la forme de tumeurs épidermiques. La diathèse, une chose qu'on ne connaît pas, qui ne revêt aucune forme ; une inconnue qui ne se manifeste par aucun signe, un mystère en un mot, qui prend la forme de tumeurs épithéliales ? C'est singulier, comme si les squirrhes, les encéphaloïdes n'affectaient pas fréquemment le tégument et comme si le cancer épithélial ne pouvait se manifester ailleurs qu'à la peau.
M. Heurtaux, qui a fait une étude spéciale du cancroïde, dit qu'il est constitué par l'infiltration dans l'épaisseur des tissus, de cellules et de lamelles épithéliales qui ressemblent à celles que l'on rencontre à l'état normal.
L'auteur divise les cancroïdes en :
I. Lésions primordiales : a. Cancroïde papillaire, hypertrophie des papilles de la peau; b. Cancroïde dermique : épaississement de la couche épidermique et hypertrophie du derme ; c. Cancroïde folliculaire : lésion des glandes annexées aux téguments et aux follicules pileux, une hypergénèse épithéliale se produit dans l'intérieur de la glande et la détruit ; d. Cancroïde par hétérotopie, ici les éléments èpithéliaux se rencontrent dans des tissus ou l'on n'en trouve pas à l'état normal.
II. Cancroïde confirmé ou adulte, tumeur ou ulcération diffuse, indurée, hypertrophie des papilles de la région, couvertes de lamelles épithéliales.
M. Heurtaux en donne une longue description qu'on fera bien de consulter.
Il nous paraît intéressant de mettre une autre classification en regard de celle de M. Heurtaux, celle de MM. Cornil et Ranvier. Ces auteurs divisent les tumeurs épithéliales en quatre genres :
Premier genre : Épithéliome; cancroïde, cancer épithélial, et encore : polyadénomes et tumeurs hétéradéniques.
Tantôt les cellules sont disposées en couches stratifiées : c'est l'épithéliome pavimenteux. Tantôt elles sont cylindriques, c'est l'épithéliome cylindrique.
L'épithéliome pavimenteux présente lui-même plusieurs
espèces :
i° L'épithéliome pavimenteux lobulé;
2° L'épithéliome perlé ;
3° L'épithéliome tubulé;
4° L'épithéliome à cellules cylindriques.
Deuxième genre : Papillomes :
i° Papillomes cornés : cors, verrues, cornes; 2° Papillomes muqueux.
Troisième genre : Adénomes :
i° Adénomes acineux; 2° Adénomes tubulés.
Quatrième genre : Kystes :
i° Les kystes sébacés;
2° Les kystes muqueux, séreux et colloïdes.
Les classifications ne manquent pas, mais je ne vois pas l'utilité de les signaler; du reste, on n'en trouverait pas deux qui se ressemblent. Que signifie cette variété extraordinaire de classes, de genres et d'espèces? Cela prouve l'état imparfait de nos connaissances en cette matière, que chaque auteur voit les choses d'une manière différente et qu'il n'y a pas moyen de se mettre d'accord.
CANCROÏDES.
Heureusement que pour le traitement ces distinctions ne sont pas nécessaires et qu'on peut parfaitement guérir ces affections, quel que soit le nom qu'on leur donne. Seulement, ce qui s'est produit pour le cancer, est également, arrivé pour le cancroïde : on a prétendu qu'il fallait respecter ces petits boutons qui ne sont souvent que le début d'une affection sérieuse. D'autres sont d'avis qu'on ne doit opérer que lorsque l'affection devient menaçante. Ces erreurs, dit Heurtaux, ont les plus déplorables conséquences et amènent journellement dans les hôpitaux des. malheureux qui sont inopérables à l'époque où ils réclament les secours de la chirurgie.
On doit , au contraire , opérer de très bonne heure , dès qu'un bouton suspect se déclare sur un point quelconque de la surface tégumentaire.
Dans le cancer épithélial, dit Heurtaux, il est permis de compter sur de solides guérisons, même quand la tumeur, déjà volumineuse, a envahi les os et les glandes lymphatiques. Ceci me porte à croire qu'un tel langage ne peut être que le fruit de l'inexpérience. L'auteur se fait d'étranges illusions s'il croit qu'on puisse guérir les tumeurs épithéliales à tous les degrés. Il en est des tumeurs épithéliales comme des cancers, il faut opérer de bonne heure si l'on veut obtenir des succès durables. Si on laisse marcher la maladie jusqu'à l'envahissement des ganglions et des os, on peut être certain qu'on en guérira très peu. Du reste, la manière dont l'auteur parle ensuite des caustiques prouve qu'il n'en connaît pas le premier mot. C'est dans cette forme du cancer, dit-il, que les chirurgiens ont préconisé la médication caustique. Adoptée d'une façon générale, la cautérisation serait une méthode dangereuse. Pour quelles raisons serait-elle donc dangereuse? C'est ce qu'il faudrait dire. J'ai prouvé, il y a dix ans, que les caustiques, employés selon ma méthode, sont d'une innocuité parfaite, je l'ai prouvé par des faits, j'en donne des preuves beaucoup plus convaincantes aujourd'hui : quand sur trois cents opérations on n'a pas observé un seul accident, une seule complication qui puisse être attribuée aux caustiques, on est en droit d'avancer que cette opération est d'une innocuité absolue; et en présence d'un tel nombre
d'observations, un auteur, quel qu'il soit, ne peut être autorisé à prétendre que la cautérisation est une méthode dangereuse, ou il faudrait également appuyer son opinion sur un grand nombre de faits, sinon on s'expose à se voir accuser d'une légèreté excessive. Dans une matière si grave, il faut une extrême prudence, car, ne l'oublions pas, c'est toujours la vie des malades qui est en question, et des assertions de l'espèce de celles que nous combattons, peuvent empêcher un certain nombre de médecins d'employer une méthode qui aurait pu guérir des malades qui, sans elle, sont voués à l'incurabilité.
Si, dit l'auteur, dans quelques cancroïdes peu profonds, les caustiques peuvent être mis en usage, il convient de ne pas s'en servir avec timidité, car il faut d'un seul coup désorganiser tous les tissus malades. Pourquoi d'un seul coup? On voit que l'auteur est imbu d'idées anciennes, qu'il n'est pas au courant des procédés nouveaux. Non, non, il n'est nullement nécessaire de désorganiser d'un seul coup; quand même ce serait possible, il y aurait imprudence à le faire, et il est infiniment plus simple, plus rationnel, plus logique, plus prudent de procéder par couches successives ; on voit ce qu'on fait et où l'on va, on ne procède pas au hasard, on avance en toute sécurité et avec une précision mathématique. On opère lentement, mais sûrement. Où est le danger dont parle l'auteur?
Il faut d'un seul coup désorganiser tous les tissus malades, dit-il, si l'on se borne à détruire une partie du mal, l'affection qui jusque-là avait progressé avec une lenteur extrême, prend une marche beaucoup plus rapide (Heurtaux). Il serait difficile, en si peu de lignes, de se montrer plus étranger à la méthode que je préconise et de commettre plus d'erreurs : Il faut désorganiser d'un seul coup... Et pourquoi? Quand l'intérêt du malade, l'intérêt du chirurgien, l'intérêt de la méthode commandent de procéder lentement, sans secousses, sans causer aucune perturbation d'aucune sorte. Et ceci : Si l'on se borne à détruire une partie du mal... Qui a jamais proposé de détruire une partie de la tumeur? mais ce serait le comble de l'ignorance, de l'incurie, de l'imprudence ! Se -contenter d'enlever une partie d'une tumeur maligne, mais
CANCROÏDES.
ce serait courir à un insuccès certain. Du reste, il est inutile de s'étendre sur ce point, personne dans les temps modernes n'a proposé une telle absurdité.
Pour compléter la plaisanterie, l'auteur rapporte les paroles de Ledran, qui vivait vers le milieu du siècle passé, presque au moyen âge, comme si la chirurgie n'avait fait aucun progrès depuis un siècle et demi. Ledran a dit : les caustiques sont une arme à double tranchant : bien ou mal administrés, ils conduisent le cancroïde à une heureuse fin ou le rendent plus rebelle. Mais ces idées ne sont plus de notre temps, et cette supposition est tout à fait gratuite. Qui donc serait assez malavisé pour appliquer sans discernement un caustique quelconque ? Il est à supposer que le médecin qui veut appliquer les caustiques, étudie au préalable le procédé opératoire, le mode d'action, la méthode. Agir autrement, ce serait le fait d'une ignoranee coupable. C'est impossible.
M. Heurtaux termine son article par de très sages conseils . Opérer de bonne heure et très largement, voilà les deux conditions les plus favorables pour obtenir une guérison définitive, soit qu'on se serve du bistouri, des caustiques, de l'écraseur ou du thermo-cautère.
OBSERVATIONS
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