DEUXIÈME SÉRIE
CANCROÏDES
OBSERVATION I. — Énorme cancroïde de la face, emploi
, DE LA PATE CAUSTIQUE, GUÉRISON
Sœur M., des Sœurs noires de Bruxelles, soixante-quatre ans, est atteinte depuis plus de douze ans d'un cancroïde de la face, mais ce n'est que depuis six ans qu'il a pris un grand développement.
Un jour une dame charitable vint me dire : il y a au couvent des Sœurs noires une pauvre sœur qui va mourir, elle a un cancer à la face, ne voudriez vous pas aller la voir? Si vous y consentez, j'en parlerai à la supérieure.
Le lendemain, 10 septembre 1867, je me rendis au couvent, on m'introduisit dans l'infirmerie où se trouvait la sœur en question. Je vis une personne maigre, pâle, exsangue, très faible, épuisée, pouvant à peine se tenir debout ; elle n'avait plus rien de la face humaine, presque toute la figure étant recouverte d'un immense cancroïde ulcéré, remontant d'une part au-devant des yeux, à 1 centimètre au-dessus des sourcils, descendant jusqu'à la partie inférieure du menton et recouvrant les pommettes d'autre part. C'était absolument comme si l'on avait appliqué un placenta renversé sur la figure. On me dit que depuis plus de deux ans cette sœur ne mangeait presque rien, qu'on ne pouvait lui donner que du liquide en soulevant très péniblement la tumeur pour introduire dans la bouche le tube d'un gobelet; de plus, qu'il se produisait trois ou quatre fois par jour, depuis longtemps, des hémorrhagies qu'on avait beaucoup de peine à arrêter. Enfin qu'on attendait sa mort de jour en jour.
J'examinai attentivement la situation et bien que la tumeur fût exactement appliquée sur les joues, je reconnus qu'elle n'y adhérait pas et que toute cette immense végétation s'attachait seulement au nez par un pédicule assez restreint.
Je donnai rendez-vous pour le lendemain à M. Hauwaert, médecin de 1 établissement.
Le 1 1 septembre donc je me munis de pâte caustique. Je proposai à M. Hauwaert d'entreprendre la destruction de. cette tumeur; il se mit à rire et me demanda si j'avais la prétention de guérir des affections de cette espèce? Je lui
OBSERVATIONS
répondis que ma prétention allait jusque-là, et que la première application arrêterait toute hémorrhagie. J'appliquai donc la pâte caustique, les hémoi^rhagies cessèrent. Après la troisième application la bouche et les yeux étaient dégagés, la malade pouvait voir et manger ; sa joie fut grande quand elle vit la lumière et immédiatement elle, prit une nourriture plus substantielle.
Les jours suivants continuation du caustique, après la sixième application toute la tumeur était enlevée. Le 24, après l'élimination de l'eschare, nous constatâmes que le pédicule de cette énorme végétation s'implantait uniquement sur les cartilages du nez. La plaie était insignifiante; elle n'avait que quelques millimètres de largeur, la cicatrisation fut rapide.
Plus de douleurs, d'hémorrhagies, plus de suppuration infecte.
L'appétit, le sommeil, les forces, la santé lui sont rendus et aussi la gaieté et le bonheur.
Un certain embonpoint succéda à la maigreur et enfin un nez postiche cacha la perte de substance.
Douze ans s'écoulèrent pendant lesquels cette sœur jouit d'une bonne santé; malgré son grand âge, toujours alerte, active, courageuse, elle rendit encore des services dans l'intérieur du couvent.
La treizième année elle sentit ses forces diminuer, une ulcération se produisit à Tangle des paupières du côté droit; en même temps la joue du même côté se tuméfiait fortement. Elle ne se fit pas d'illusion, elle sentait que sa fin approchait; elle se résigna. Elle succomba au commencement de 1881.
OBSERVATION IL — Cancroïde du nez, emploi des caustiques,
GUÉRISON
Une sœur hospitalière, quarante ans, lymphatique, maigre, est atteinte depuis cinq ans d'un cancroïde situé sur l'os nasal gauche, avec quelques points indurés sur les bords. Des cautérisations au nitrate d'argent ont amené, dit la malade, une fausse cicatrice qui s'est rouverte quelques mois après.
Nouvelles cautérisations au nitrate d'argent; alternatives d'ulcération et de .cicatrisation de coûte durée.
Il y a un an l'ulcération s'est reproduite avec un caractère de malignité qu'elle n'avait pas présenté auparavant. On fit des cautérisations nombreuses au moyen du nitrate d'argent; elles n'ont abouti qu'à élargir l'ulcère et à augmenter la callosité de ses bords.
Le 20 septembre 1867, j'appliquai le caustique de Vienne sur les bords et la pâte caustique sur toute la surface ulcérée.
La chute de l'eschare mit à nu une plaie simple du plus bel aspect,
La cicatrisation marcha rapidement, guérison le 10 octobre; elle ne s'est pas démentie depuis.
OBSERVATION III. — Cancroïde du bout du nez, emploi des caustiques,
GUÉRISON
M. M., peintre, quarante ans, demeurant à Saint-Josse-ten-Noode, est atteint depuis six mois d'une petite tumeur cancroïde au bout du nez. Un suintement continuel produit une croûte d'un aspect très désagréable. On a cautérisé avec le nitrate d'argent ; ces tentatives n'ont fait qu'aggraver le mal.
Le ier novembre 1867, application du caustique de Vienne, puis de la pâte caustique. Chute de l'eschare et cicatrisation rapide.
J'ai revu cet homme il y a quelques mois, il est parfaitement guéri.
OBSERVATION IV. — Cancroïde de la lèvre inférieure, emploi
DES CAUSTIQUES, GUÉRISON
M. H., cocher de fiacre, demeurant à Bruxelles, présente vers le milieu de la lèvre inférieure, un cancroïde du volume d'une aveline qu'il attribue à la pipe. Je le traite d'abord au moyen du caustique du frère Côme, mais après six applications, la végétation n'est pas détruite.
Le i5 juillet 1868, j'applique la pâte caustique, continuation les deux jours suivants.
Après la chute de l'eschare, plaie simple, très nette, la cicatrisation fut rapide. Il n'y a qu'une légère dépression à la lèvre.
J'ai revu cet homme en juillet 1880, c'est-à-dire douze ans après; la guérison se maintient très bien.
OBSERVATION V. — Cancroïde de la joue et du nez,
EMPLOI DES CAUSTIQUES, GUÉRISON
M. S., cinquante-cinq ans, domestique de ferme à Eyser, tempérament lymphatique, est atteint, depuis environ deux ans, d'un cancroïde ulcéré situé ,sous l'angle interne des paupières, de 2 centimètres et demi de diamètre. Une partie du nez est affectée. Cette ulcération n'a cessé de s'étendre depuis son origine, malgré les nombreux traitements qui lui ont été prescrits. Les bords sont légèrement indurés.
Le 17 mai 1869, application de la pâte caustique. Le lendemain je trouve que la cautérisation est suffisante.
Le 24, la chute de l'eschare met à nu une plaie simple qui se cicatrice rapidement.
Cet homme m'est revenu en 1872, la cicatrice présentait trois petits points ulcérés qu'il suffit de toucher avec le nitrate d'argent. Après une dizaine de jours tout était cicatrisé.
Je ne l'ai plus revu ; je suppose que la guérison s'est maintenue.
OBSERVATIONS
OBSERVATION VI. — Épithéliome de la lèvre inférieure,
EMPLOI DES CAUSTIQUES, GUÉRISON
M. G., cinquante-quatre ans, conducteur de travaux, homme robuste, demeurant à Leugnon près de Ciney, est atteint, depuis trois mois, d'un épithéliome à la lèvre inférieure, gros comme une noisette, d'une dureté particulière, presque de la consistance de la corne.
Le 21 septembre 1869, application des caustiques, continuation les quatre jours suivants, donc cinq applications. La dureté de la petite tumeur était telle qu'elle résistait aux caustiques.
Après la chute de l'eschare, plaie simple très nette. La cicatrisation se fit en huit jours.
Au mois de mai 1870, la famille de G. m'appela en toute hâte en consultation ; je me rendis à Leugnon où je trouvais G. dans un état désespéré, il était atteint d'endocardite, de pneumonie double avec hépathisation de la moitié inférieure des deux poumons ; il a succombé quelques jours après.
Quant à la lèvre, elle était parfaitement cicatrisée, il ne restait presque pas de trace de l'opération.
OBSERVATION VIL — Épithéliome de l'angle interne des paupières
ET DU FRONT, EMPLOI DES CAUSTIQUES, GUÉRISON
M. B., soixante-quatorze ans, tisserand, de Braine-l'Alleud. Envoyé par M. le docteur Charlier. Cet homme est atteint, depuis plusieurs années, d'épithéliome ulcéré à l'angle interne des paupières et d'un ulcère au front, en travers, de 8 centimètres de long sur 1 de large. Plaie irrégulière, déchiquetée, douleurs lancinantes.
Le 5 octobre 1869, application du caustique de Vienne d'abord, puis de la pâte caustique; le lendemain application nouvelle.
Le 7, pâte caustique sur l'ulcération du front. Le malade retourne chez lui. La cicatrisation s'est opérée régulièrement.
Je ne l'ai pas revu depuis lors.
OBSERVATION VIII. — Cancroîde du nez traité par lhs caustiques,
GUÉRISON
Mme P., quarante-cinq ans, rentière, de constitution assez robuste, quoique de tempérament lymphatique, demeure à Bruxelles. Cette dame est atteinte, depuis trois ans, d'un cancroîde à la partie moyenne du nez ; il saigne au moindre contact et a résisté aux moyens employés.
Le 14 juin 1870, application du caustique de Vienne, puis de la pâte caustique. Une application seulement. La chute de l'eschare nous montre une plaie simple qui se cicatrise en huit jours. Je vois fréquemment cette dame, la guérison s'est parfaitement maintenue.
OBSERVATIONS
OBSERVATION IX. — Papillome de la lèvre inférieure, emploi
DES CAUSTIQUES, GUERISON
M. T., soixante-douze ans, cultivateur, demeurant à Anderlues, est atteint depuis plusieurs années d'un papillome à la lèvre inférieure, attribué à la pipe. Il a des racines profondes.
Le 6 mars 1871, application du caustique de Vienne, puis de la pâte caustique; cinq applications.
Il retourne chez lui, revient huit jours après; l'élimination de l'eschare fait voir qu'il reste une partie de tissu malade.
En conséquence je fais quatre nouvelles applications de pâte caustique. Il retourne chez lui, revient huit jours après; la plaie est très nette. La cicatrisation s'est faite sans entraves. La guérison s'est maintenue, selon les renseignements que des voisins m'ont donnés quelques années après, car je ne l'ai plus revu.
OBSERVATION X. — Cancroïde du nez, emploi des caustiques.
GUÉRISON
M. S., quarante-sept ans, boulanger, demeurant à Saint-Josse-ten-Noode, est atteint, depuis deux ans, d'un cancroïde, à la partie supérieure du bout du nez, de 2 centimètres de diamètre environ.
Le 3i mai 1871, application de la pâte caustique. Six jours après, élimination de l'eschare; l'aspect de la plaie n'est pas satisfaisant; réapplication du •caustique. Cette fois le cartilage fut mis à découvert, néanmoins la cicatrisation se fit en quinze jours.
Cet homme revint en 1872; il y avait à différents points de la cicatrice trois petites ulcérations comme des têtes d'épingles; il a suffi de les toucher avec le nitrate d'argent. J'ai revu cet homme l'année suivante, la cicatrice était solide; puis je l'ai perdu de vue.
OBSERVATION XL — Epithéliome de la lèvre inférieure, emploi
DES CAUSTIQUES, GUERISON
M. P., quarante-huit ans, cultivateur, demeurant à Val-Trahegnies, est un fumeur passionné. Depuis douze à quatorze mois il porte une petite tumeur à la lèvre inférieure; elle a le volume d'une noisette.
Elle, a été opérée par le bistouri il y a trois mois; récidive immédiate. Trois mois après, quand il vint chez moi, la tumeur avait de nouveau le
volume d'une noisette, mais elle était ulcérée, circonstance qui n'existait pas au moment de l'opération par le bistouri.
Le 4 juin 1872, application de la pâte caustique; quatre applications. Après la chute de l'eschare le 1 5 juin, la plaie est très nette et la cicatrisation se fait rapidement. Il n'y a pas eu de récidive.
OBSERVATION XII. — Cancroïde situé a la partie interne de la