PETITES ULCÉRATIONS, EMPLOI DES CAUSTIQUES, GUÉRISON
M"»» D. C, cinquante-deux ans, d'Anvers, tempérament nerveux, sanguin, bonne constitution, a eu deux enfants. Elle a fait deux chutes il y a un an et demi environ ; depuis à peu près un an, elle a constaté l'existence d'une petite tumeur comme un haricot à la mamelle gauche. Elle consulta, suivit différents traitements, en pure perte, selon son expression, car la tumeur grossissait, grossissait toujours, de sorte qu'au bout d'un an, quand elle s'est adressée à moi, la tumeur avait le volume du poing et présentait inférieurement trois petites ouvertures ou fistules qui suppuraient beaucoup. Cette tumeur, dure, bosselée, irrégulière, était le siège de douleurs lancinantes.
Le 6 mars 1869, application du caustique de Vienne, puis de la pâte caustique, douze applications furent nécessaires.
Chute de l'eschare , aspect de la plaie très beau, rapprochement de ses lèvres, réunion par première intention.
Il n'y a pas eu de récidive.
Cette tumeur présente à considérer :
Que la cause est bien évidemment traumatique ;
Que le traitement médical a été complètement inefficace ;
Que, malgré sa durée, la tumeur est restée circonscrite et localisée, ce que j'attribue à la bonne constitution de la malade ; en effet, il n'y a pas eu d'engorgement ganglionnaire et le résultat prouve que les tissus voisins n'étaient pas infectés.
La première série d' Observations comprend 124 affections cancéreuses et la seconde série 26 cancroïdes; tous ces malades ont présenté plus de 2 ans et demi de guérison sans récidive (deux exceptées, les Observations Cil et CXVIII, placées dans le tableau des guérisons à cause du magnifique résultat obtenu; mais comme d'autres cas portés dans le tableau des récidives ont présenté 5 et 6 ans de guérison, voir troisième série, Observations XIII, XIV, LXXI, LXXXIII, il m'eût été facile de les remplacer). Il est à considérer que beaucoup de ces 124 opérés ont de 12 à i5 ans de guérison.
Si nous décomposons le chiffre de la première série, nous trouvons : 32 affections cancéreuses du sein gauche, 20 du sein droit, 6 malades ont été opérées des deux seins. Une a été opérée des deux seins en même temps, chez les 5 autres
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les seins ont été opérés séparément. J'ai donc obtenu 62 guérisons d'affections cancéreuses des mamelles, 124 guérisons d'affections cancéreuses en général. Si nous y ajoutons les 26 guérisons de cancroïdes, nous obtenons le chiffre de i3o guérisons d'affections cancéreuses et cancroïdes sur 274 opérés, car les 26 opérés de la quatrième série comprennent les affections bénignes. On ne manquera pas d'avancer, comme les partisans du bistouri l'ont fait jusqu'ici, que j'ai eu à traiter des affections bénignes des mamelles. Je réponds à cette prétention excessive qu'un certain nombre de mes opérées avaient déjà subi une première opération par le bistouri, d'autres avaient été opérées deux fois, quelques-unes trois fois et un, le frère célite, avait été opéré quatre fois. Dira-t-on aussi que ces cas récidivés étaient des affections bénignes ou constituaient des erreurs de diagnostic, ce serait vraiment peu loyal. Je répondrai encore aux incrédules ou à l'opposition systématique, que je puis exhiber la plupart de mes opérées, toutes ayant plus de 2 ans et demi de guérison ou mieux ayant de 2 ans et demi à 1 5 ans de guérison. Pour les affections qui ont récidivé, je pourrais aussi invoquer le témoignage des chirurgiens qui ont opéré avant moi : évidemment s'ils ont pratiqué l'extirpation d'une tumeur, c'est qu'ils la croyaient cancéreuse. Au reste ceux qui ont vu la récidive se produire immédiatement ou peu de temps après leur opération auraient mauvaise grâce de nier la nature maligne de l'affection.
Du commencement de 1867 à 1879, j'ai opéré au moyen des caustiques, 162 cancers des mamelles, desquels j'ai obtenu 62 guérisons définitives, les dernières ayant au moins 3 ans de durée, et les plus anciennes i5 ans. Quelques opérées cependant ont subi deux ou trois opérations pour cause de récidive, mais dans ce cas l'opération est insignifiante, car je me hâte d'opérer dès que la petite tumeur a acquis le volume d'un pois ou d'un haricot.
Les malades qui, au moment de l'opération, se trouvaient dans la première période ou période de localisation de la maladie, ont été toutes, sans exception, guéries définitivement, c'est-à-dire, qu'il n'y a pas eu de récidive. Ce point mérite d'attirer la plus sérieuse attention des hommes de
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l'art. Le premier j'ai démontré expérimentalement cette grande vérité qui doit amener une révolution complète dans les idées, les théories, les doctrines admises actuellement sur les affections cancéreuses, en commençant par la diathèse préexistante, l'inconnue, l'introuvable, l'invisible, l'intangible, l'indéfinissable diathèse.
Un certain nombre de mes opérées, définitivement guéries, étaient déjà parvenues à la seconde période de la maladie. De sorte que la période de propagation n'exclut pas la possibilité de la guérison ; cependant il faut considérer que la plupart des opérées de la troisième série , celles chez lesquelles le mal a continué après l'opération, se trouvaient à la seconde période, souvent très avancée, de la maladie, de manière qu'il ne restait que très peu de chances de guérison définitive. Il est bon de tenir compte de cette circonstance dans l'appréciation des résultats de la méthode.
Toutefois dans la statistique comparée, cette circonstance ne modifie nullement les conditions respectives des opérateurs, attendu que M. Billroth a aussi pratiqué l'opération chez des malades qui se trouvaient à une époque avancée de la seconde période.
Les affections que je nomme diathésiques sont celles dans le cours desquelles la diathèse ou la généralisation s'est établie à la suite des récidives ou des progrès de la maladie. C'est la diathèse consécutive des auteurs.
J'ai opéré au moyen des caustiques 98 femmes atteintes de cancers des mamelles, chez lesquelles il ne m'a pas été possible d'empêcher la récidive et par suite la généralisation, soit que le principe cancéreux eût pris trop d'extension, soit que l'état constitutionnel eût favorisé la propagation, ce que j'ai eu soin de constater avant d'entreprendre le traitement. Cette circonstance est pour moi un motif de consolation et d'espérance; car du moment où il est bien établi que la récidive, l'état diathésique ou la généralisation du cancer dépendent du retard qu'on met à pratiquer l'opération; s'il est démontré, dis-je, comme je l'ai établi par de nombreuses observations cliniques :'que, pour réussir, il faut opérer dans la première période de la maladie, nous pouvons espérer que désormais nous verrons opérer tous les cancers dans la pre-
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mière période de leur développement et qu'ainsi on obtiendra de nombreuses guérisons, que dig-je, on guérira presque tous les cancéreux. Si l'on agit autrement, si l'on continue à suivre l'ancienne ornière, si l'on sacrifie à la routine et qu'on n'obtienne pas le succès promis, le malade ne pourra s'en prendre qu'à lui-même, à son incurie ou à son médecin qui ne l'aura pas averti convenablement du danger qui le menaçait. Si sur 162 opérées du cancer des mamelles j'ai obtenu 62 guérisons; si sur 274 opérations de cancers et de cancroïdes je compte 148 succès, chiffre qu'aucun chirurgien n'a obtenu jusqu'ici, c'est à l'application de ce principe que je le dois. Je devrais peut être déduire quelques malades qui ont été perdus de vue ou qui n'avaient pas les 2 ans et demi accomplis de guérison, lors de leur décès, bien qu'ils fussent considérés comme guéris.
Qu'on me permette de comparer de nouveau ma Statistique rectifiée avec celle de M. Billroth, ces deux statistiques, les seules qui aient été convenablement dressées jusqu'à nos jours. Celle du célèbre et habile chirurgien de Vienne donne la mesure de ce que peut produire le bistouri dans ses applications au traitement du cancer ; l'autre, la mienne, donne la mesure des résultats auxquels on peut arriver par l'emploi des caustiques pour le traitement de cette maladie.
Statistique de M. Billroth ■
143 opérations de cancers des mamelles; 34 décès des suites immédiates de l'opération ; 8 guérisons de plus de deux ans et demi de durée
La mienne :
162 opérations de cancers des mamelles;
o décès des suites immédiates de l'opération; 62 guérisons de plus de deux ans et demi de durée.
Ces chiffres sont-ils assez éloquents?
D'un côté nous voyons que sur 143 opérées, par le bistouri, du cancer des mamelles, 34 sont mortes le premier ou le second jour, quelques-unes peut-être le troisième jour. Eh bien, ce résultat est déplorable au plus haut degré et ce sont
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les proportions ordinaires, car les chirurgiens français arrivent aux mômes chiffres. Je conclus en disant que le bistouri est funeste au cancer et qu'il doit être exclu des moyens de traitement de cette affection. Sur ces 14? opérées par le bistouri, il y a eu seulement 8 guérisons de plus de 2 ans et demi de durée. Il n'y a donc aucune compensation. Tandis que par les caustiques, sur 162 opérées de cancers du sein, je n'ai eu à déplorer aucun décès des suites immédiates de l'opération et j'ai obtenu 62 guérisons; d'où je conclus que les caustiques sont infiniment supérieurs au bistouri pour le traitement du cancer des mamelles. L'opération pratiquée au moyen du bistouri est dangereuse et ne guérit pas ; la même opération pratiquée au moyen des caustiques ne présente aucun danger et guérit presque toujours, lorsqu'on opère au moment opportun.
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