CANCERS GÉNÉRALISÉS
OBSERVATION I. — Tumeur squirrheuse volumineuse, deux ans
DE DURÉE, DEUXIÈME PÉRIODE, EMPLOI DES CAUSTIQUES, RÉCIDIVE
Mra* M., soixante-sept ans, rentière, demeurant à Dinant, de complexion forte, robuste, embonpoint prononcé, stature élevée, seins volumineux, a eu deux enfants passé la trentaine; à chacune de ses couches, abcès au sein gauche, celui qui plus tard est devenu squirrheux.
Au commencement de 1 865 , elle a constaté l'existence d'une petite induration au sein gauche, cette tuméfaction se développa progressivement, malgré les remèdes employés. En juin 1866, elle ressentit les premières douleurs lancinantes, qui devinrent en peu de temps très fréquentes et très intenses au point de troubler et même d'empêcher le sommeil.
On lui proposa de l'opérer par l'instrument tranchant, en lui prédisant une récidive à peu près certaine avant trois mois. Elle rejeta cette proposition.
Enfin elle prit la résolution de venir me consulter le 21 janvier 1867. Etat de la maladie : seins très volumineux, le gauche présente une tumeur squirrheuse plus grosse que le poing, peu mobile, dure, bosselée, mamelon rentré; à la partie la plus saillante existe une proéminence comme la moitié d'un œuf de poule, molle, rénitente, peau d'un rouge bleuâtre, amincie, sur le point de s'ulcérer. Il n'existe pas d'engorgement glandulaire du côté de l'aisselle ; cette dirconstance me décide à lui proposer l'opération par les caustiques.
Le 21 janvier 1867, application d'un vésicatoire selon la méthode de Canquoin.
Le lendemain et les jours suivants, application de la pâte caustique; il a fallu dix sept applications pour détruire entièrement la tumeur.
L'opération démontra que cette dame était atteinte de cancer encéphalolde complètement ramolli au centre et en suppuration à la partie la plus saillante.
Après l'élimination de l'eschare la cicatrisation se fit régulièrement, sans entraves et fut complète vers la mi-avril.
Le tissu malade a été entièrement enlevé, cependant l'ancienneté de la maladie me fait craindre une récidive.
Le ier mars 1868, je reçus une lettre du beau-fils de cette dame, qui me disait que sa mère était parfaitement bien.
Le 22 octobre 1868, retour de Mm« P., avec une tumeur comme un petit œuf
de poule située au-dessous du bord du grand pectoral entre la cicatrice et l'aisselle. Quant à la cicatrice, elle est intacte et solide.
Six applications de caustique détruisirent entièrement cette tumeur et la cicatrisation se fit régulièrement.
En 1869 et 1870, je reçus de très bonnes nouvelles de la malade, et aussi le i9r janvier 1871, cependant elle mourait le 7 septembre de la môme année par suite de la récidive du mal qu'elle a soigneusement cachée. Elle avait soixantedouze ans.
Grâce à l'opération, cette dame a vécu près de cinq ans encore; nous pouvons légitimement prétendre que nous avons prolongé son existence d'environ quatre ans.
OBSERVATION II. — Encéphaloïde du sein gauche, emploi
DES CAUSTIQUES, RÉCIDIVE
Mm0 H., cinquante-trois ans, de Termonde, a eu un enfant, et pendant qu'elle nourrissait, des abcès se sont produits au sein gauche; de constitution molle, d'un tempérament lymphatique, de beaucoup d'embonpoint, cette dame est atteinte d'encéphaloïde au sein gauche, d'un an environ de durée, douleurs lancinantes très fortes. La tumeur paraît circonscrite, il n'y a pas d'engorgement ganglionnaire, cependant elle est peu mobile.
Le 10 juillet 1867, application des caustiques, dix-huit applications, elle les supporte très facilement, elle peut même dormir pendant que le caustique est en activité.
Dans le cours de l'opération un ganglion se développa dans l'aisselle, je le cautérisai.
Cette dame avait la peau et le teint d'un gris sale, je lui donnai la liqueur de Fowler ; sous son influence le teint est redevenu clair et rosé.
La cicatrisation marcha lentement, le bourgeonnement était d'une exubérence étonnante, il fallait le réprimer chaque jour. La cicatrisation ne fut achevée que vers le i5 octobre.
Cette dame se porta à merveille jusqu'en avril 1868.
Le 10 avril 1868, elle constata l'existence d'une petite tumeur aplatie située au-dessous et à l'extrémité externe de la cicatrice.
Cette petite tumeur allant en augmentant, le 28 avril 1868 je fis quelques applications de caustique qui la détruisirent. La cicatrisation marcha régulièrement.
Le 27 octobre, de la même année, quelques ganglions se sont développés dans l'aisselle, je les détruisis par les caustiques. La cicatrisation fut rapide.
Au mois de décembre, cette dame remarqua que le volume du sein droit augmentait sensiblement.
Elle vint me trouver, je lui prescrivis des préparàtions d'iode à l'intérieur et à l'extérieur. Elle avait pris de la liqueur de Fowler à forte dose jusqu'à ce jour.
L'engorgement marcha avec une grande rapidité et la malade revint le
OBSERVATIONS
14 février 186g, pour se soumettre de nouveau à l'action des caustiques. Le sein droit est squirrheux et a le volume d'une tête d'enfant. Quinze applications, peu de douleurs, l'appétit et le sommeil se conservent. La cicatrisation marcha régulièrement et était terminée au commencement d'avril.
Vers la mi-juillet 1869, il survint en quelques jours chez cette dame un gonflement dur, résistant, de toute la partie antérieure et latérale de la poitrine comme une demi-cuirasse, avec gêne très prononcée de la respiration. Les cicatrices restent intactes.
Ce gonflement alla en augmentant, ainsi que la gêne de la respiration, et cette malheureuse succomba le 16 septembre 186g.
Ici la diathèse consécutive existait et rien ne pouvait empêcher l'issue fatale.
OBSERVATION III. — Cancer du sein gauche, ejuploi
DES CAUSTIQUES, RÉCIDIVE
\[me p., de Namur, cinquante ans, est maigre, chétive, pusillanime. Depuis un an et demi cette dame porte un squirrhe qui s'est ulcéré il y a huit mois, cause inconnue. Il y a de petites tumeurs ou tubercules autour du large ulcère cancéreux, et un engorgement dans l'aisselle.
Mon intention était d'abord de refuser de pratiquer cette opération; le mal me paraissait trop avancé et au-dessus des ressources de l'art. Je cédai à de vives intances, tout en reconnaissant qu'il y avait très peu de chances de guérison.
Le ig août 1867, application de la pâte caustique; comme l'ulcère était très superficiel et le sujet très maigre, une application suffit. Il n'en fut pas de même de l'engorgement des ganglions axillaires, leur destruction nécessita de nombreuses applications de caustique, une dizaine, car ils se reproduisaient à mesure que je les détruisais.
La cicatrisation marchait assez bien et touchait à son terme, quand le ier octobre de petites tumeurs surgirent autour de la cicatrice, surtout au-dessous, je les détruisis et je donnai à la malade la liqueur de Fowler.
Elle retourna chez elle.
Elle revint en novembre et à la fin de décembre, sa santé est bonne, elle a même acquis un certain embonpoint, son teint est rose, la cicatrisation est à peu près achevée, mais il est survenu un léger gonflement du bras et de la main.
A la fin de janvier la plaie est cicatrisée, la santé est bonne, toutes les fonctions se font bien.
Je ne l'ai plus revue, lorsque le 6 juin je reçus la lettre de faire part de son décès.
J'ai su depuis que cette femme a vu sa respiration s'embarrasser de plus en plus, elle n'avait pas d'autre souffrance que celle que lui causait la dyspnée. Bientôt l'amaigrissement survint, la dyspepsie se prononça de plus en plus, et avec elle le dépérissement. Elle mourut dans le marasme sans souffrances du côté de la cicatrice.
OBSERVATIONS
Nous aurons plusieurs fois l'occasion de constater ce fait, que les personnes qui ont été opérées souffrent très peu aux approches du terme fatal, c'est un des bienfaits de l'opération pratiquée par les caustiques : les derniers moments sont moins pénibles.
OBSERVATION IV. — Encéphaloïde DU SEIN GAUCHE, DEUXIEME PÉRIODE, EMPLOI DES CAUSTIQUES, RECIDIVE.
M"8 J., quarante-sept ans, rentière, demeurant à Ixelles, d'un tempérament nerveux, maigre et chétive, est atteinte d'une tumeur squirrheuse d'un volume médiocre au sein gauche, avec engorgement ganglionnaire près de l'aisselle. Les conjonctives ont une teinte jaunâtre. Les douleurs lancinantes sont fortes et fréquentes. Un chirurgien habile avait dit, après examen de la malade, que l'opération offrait peu de chances de succès. La maladie était bien arrivée à la période d'extension, mais les tumeurs paraissaient circonscrites et les organes internes en bon état. La diathèse existait-elle? Il y avait doute. Je me décidai à opérer. Les événements prouvèrent que le succès n'était pas possible.
Le 21 septembre 1867, application des caustiques, et continuation les jours suivants, huit applications facilement supportées.
Le 6 octobre, élimination de l'eschare. L'appétit s'est rétabli, la malade mange et digère beaucoup mieux qu'elle ne l'a fait depuis longtema . La cicatrisation marche régulièrement, la santé générale est excellente.
Le 18 novembre, la plaie est complètement cicatrisée.
La liqueur de Fowler, les pilules et le baume de conicine (Francis Devay} lui fuient prescrits, rien ne put arrêter les progrès du mal. La malade ne jouit pas longtemps du repos qu'elle avait si bien mérité.
Dans le courant de janvier, des douleurs intenses se déclarèrent dans la poitrine derrière le sternum, le milieu de cet os est bombé, quelque temps après un engorgement glandulaire se produisit au-dessus de la clavicule.
Le 20 avril, douleurs violentes dans toute la poitrine et dans l'aisselle où se développe une petite tumeur. L'engorgement ganglionnaire du creux susclaviculaire augmente et se prolonge vers le sternum et la poitrine.
Le i5 mai, douleurs dans toute la poitrine, la tumeur de l'aisselle a le volume d'une noix. Le sternum se bombe de plus en plus, l'engorgement ganglionnaire du cou se prolonge derrière le sternum, l'appétit diminue con»idérablement, la malade dépérit.
La cicatrice du sein reste intacte.
Les engorgements, les douleurs, le dépérissement augmentèrent progressivement et la malade succomba le 10 août 1868.
Au moment où l'opération fut commencée, la diathèse n'était pas établie, mais à partir du mois de janvier 1868, c'est-à-dire, quatre mois après l'opération, elle s'est accentuée d'une manière très rapide.
L'opération a-t-elle été utile ou nuisible? J'ai la conviction que la malade serait morte plus tôt et aurait plus souffert sans l'opération. Néanmoins, dans les cas de l'espèce, je suis d'avis qu'il est préférable de s'abstenir.
OBSERVATIONS
OBSERVATION V. — Encéphaloïde du sein gauche, emploi