‹ Au berceau de l'autre FranceChapitre 10 sur 80 · I. Francis Parkman, The Jesuits in North America p · texte numérisé non relu

I. Francis Parkman, The Jesuits in North America p

Malgré ses préjugés protestants, Parkman a écrit un beau chapitre sur saint Ignace de Loyola et les Jésuites. 11 y fait quelques réserves et y affirme quelques erreurs; mais en somme l'ensemble est tout à l'honneur de ceux dont il parle. Citons quelques lignes de ce chapitre seulement :

« Ce fut un jour malheureux pour le protestantisme nouveau-né que celui où un artilleur français tira le coup de canon qui renversa Ignace de Loyola sur la brèche de Pampelune. D'un orgueilleux hidalgo, d'un ambitieux soldat, d'un courtisan aimable, d'un jeune homme ardent et passionné, ce projectile fit un apôtre dont le cerveau conçut et enfanta la puissante Compagnie de Jésus.... Le soldat se donna à lui-même une nouvelle campagne à soutenir. Dans la fournaise de sa vaste intelligence, surchauffée, mais non troublée par les flammes intenses de son zèle, fut coulée la machine prodigieuse dont le pouvoir a été éprouvé jusqu'aux extrémités de la terre....

« Le Jésuite n'est pas un rêveur, c'est un homme d'action dans toute la force du terme.... 11 est sûr, quelle que soit l'éducation qu'elle donne, que la Compagnie de Jésus a compté parmi ses membres des hommes dont l'ardente nature a été rendue plus puissante, sans être abaissée, par la méthode à laquelle ils furent soumis. » The Jesuits in North America, ch. 11, passim.

devait y accompagner le P. de la Roche d'Aillon, avec lequel il remonta effectivement le fleuve pour se rendre à sa destination. Mais le meurtre du P. Vial, assassiné par les Hurons, après deux ans de séjour chez eux, arrêta les voyageurs en route et les força pour cette fois à rebrousser chemin.

La déception fut grande chez le P. de Brébeuf. Notre- Seigneur lui réservait une compensation. Rentré à Québec,

Intérieur de la chapelle de Tadoussac, une des premières construites au Canada.

le Serviteur de Dieu reçut l'ordre de s'adjoindre à quelques Algonquins et de les suivre à la chasse pendant tout l'hiver : excellente école que celle-là pour se familiariser avec les coutumes de ces peuplades et pour s'approprier leur langue, mais rude et mortifiant labeur aussi; car il ne s'agissait de rien moins que de vivre pendant six mois comme ces chasseurs sauvages et de supporter de concert avec eux leurs fatigues et leurs incessantes privations. Heureusement, la souffrance importe peu quand on souffre pour Dieu! Le hardi missionnaire prit donc son bâton de voyage et partit, l'allégresse au cœur (20 octobre 1625).

Ce que fut sa vie dans la forêt, un autre missionnaire, le P. Le Jeune, l'a raconté d'une plume trop naïvement spirituelle pour que nous ne lui empruntions pas simplement son récita

(( Épicthète dit que celuy qui veut aller aux bains publics se doit au préalable figurer toutes les insolences qui s'y commettent, afin que se trouvant engagé dans la risée d'un tas de canailles, qui luy laveront mieux la tête que les pieds, il ne perde rien de la gravité et de la modestie d'un homme sage. Je dirais volontiers la même chose à qui Dieu donne les pensées et les désirs de passer les mers pour venir chercher et instruire les sauvages : c'est en leur faveur que je coucheray ce chapitre, afin qu'ayant connu l'ennemy qu'ils auront en tête, ils ne s'oublient pas de se munir des armes nécessaires pour le combat, notamment d'une patience de fer ou de bronze, ou plutôt d'une patience toute d'or, pour supporter fortement et amoureusement les grands travaux qu'il faut souffrir parmy ces peuples...

« Commençons par la maison qu'ils doivent habiter, s'ils veulent les suivre.

(c Pour concevoir la beauté de cet édifice, il faut en décrire la structure; j'en parleray avec science, car j'ai souvent aidé à le dresser. Étant donc arrivés au lieu où nous devions camper, les femmes, armées de haches, s'en allaient çà et là dans une grande forêt couper du bois pour la charpente de l'hôtellerie où nous voulions loger; cependant, les hommes, en ayant désigné le plan, vidaient la

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