Relat. lôBy, p
2. « Ma consolation chez les Hurons, écrira plus tard le P. de Brébeuf, c'est que tous les jours je me confesse, et puis je dis la messe, comme si je devais prendre le viatique et mourir ce jour-là. t Relation, i635, p. 47.
les Hurons, enchaînés par une vie licencieuse à leurs tristes erreurs, répondaient d'un mot, toujours le même : « Tes usages ne sont pas les nôtres, ton Dieu ne peut pas être notre Dieu. »
Les merveilles elles-mêmes ne parvenaient pas à les subjuguer. En 1628, le pays eut à souffrir d'une forte sécheresse. Le fléau était d'autant plus à craindre que la nature sablonneuse du terrain rendait la pluie plus nécessaire. Les moissons étaient donc en danger. « Je m'étonnais, dit le
Huttes indiennes.
P. de Brébeuf, de voir quelquefois l'air tout chargé de nuées, d'entendre bruire le tonnerre, tandis qu'en nos quartiers le ciel était très pur, très serein et très ardent. » Les sorciers avaient bien commencé leurs cris et leurs invocations, mais la sécheresse n'en persistait pas moins plus que jamais. « Les nuages semblaient se diviser à quelques kilomètres du pays. » Un « faiseur de pluie », qui dansait en vain ses danses les plus efficaces depuis quelque temps et qui sentait chanceler, sous le poids de ses insuccès répétés, sa vieille réputation de magicien, imagina d'accuser les Jésuites de son impuissance. D'après lui, la teinte rouge de la croix que les missionnaires avaient élevée
devant leur porte, effrayait l'oiseau du tonnerre et le contraignait à se réfugier autre part ^ Sur ce, une clameur universelle se fit entendre. La colère du peuple se souleva et la croix fut condamnée à être abattue.
Pour prévenir ce sacrilège, le P. de Brébeuf s'efforça d'expliquer à la foule ce que c'était que la foudre et de lui faire comprendre que ce n'était pas un oiseau dans tous les cas. Peine perdue, ces pauvres gens ne démêlaient rien dans ces explications scientifiques. Alors, il changea de tactique.
« La couleur rouge effraye l'oiseau du tonnerre, leur dit-il. Eh bien, si vous le désirez, nous peindrons la croix de toute autre couleur qu'il vous plaira. La foudre n'aura plus ainsi aucune raison de nous fuir... » La croix fut en effet peinte en blanc et le ciel demeura d'airain comme les semaines précédentes. Il ne fut pas difficile dès lors de convaincre le malheureux sorcier d'imposture. Mais le Missionnaire ne s'en tint pas là. « Vous voyez bien, dit-il aux sauvages, que vos esprits ne peuvent rien pour vous et que vos sorciers vous mentent. Priez maintenant le vrai Maître du monde, et peut-être daignera-t-il vous exaucer. »
Heure fut prise pour le lendemain. Les Hurons ne l'attendirent pas, ils la prévinrent, d'après le P. de Brébeuf. « Nous entourions la croix, ajoute-t-il; je l'avais repeinte et j'y avais fait placer un crucifix. Nous y fîmes
I. « Le tonnerre, disait un sorcier au P. de Brébeuf, est un homme semblable à un coq d'Inde. Le ciel est son palais. Il se retire là, quand l'air est serein. Il en descend et vient faire sa provision de couleuvres et de serpents et de tout ce qu'ils appellent oki (esprits), quand les nues grondent ; les éclairs se font à mesure qu'il étend ou replie ses ailes. Que si le tintamarre est un peu plus grand, ce sont ses petits qui l'accompagnent et l'aident à bruire du mieux qu'ils peuvent. » Relation, i636, p. 1 14.
d'abord quelques prières, puis je l'adorai et je la baisai, pour leur montrer comme ils devaient faire. Us me suivirent les uns après les autres, apostrophant Notre-Seigneur crucifié par des prières que la rhétorique naturelle et la nécessité du temps leur suggéraient. Leur simplicité fervente me donnait de la dévotion; bref, ils firent si bien que dès la même journée Dieu leur donna la pluie et enfin une très heureuse récolte, avec une admiration très grande du Dieu puissant que nous servions K »
L'hostilité intéressée des sorciers était vaincue. La patience, l'intrépidité, l'abnégation de l'infatigable ouvrier, sa pureté de vie avaient touché ces cœurs grossiers. Pourtant ses jours s'écoulaient dans une désolante infécondité. A peine parvenait-il à baptiser de loin en loin quelques enfants à la mort. Mais, dans ces anges qui s'envolaient radieux vers le paradis, il devinait le peuple d'élus dont ils étaient les prémices, et il demeurait inaccessible au découragement ; quand un ordre inattendu vint le surprendre : il était rappelé à Québec. Qu'était-il donc arrivé? Et pourquoi délaissait-on ce champ, au moment même oii le premier défrichement en était à peu près achevé?