Relation de 1614, p. 3i
nattes nous semble doux, écrivait-il. Les viandes du pays ne nous dégoûtent point, quoiqu'il n'y ait guère d'autre assaisonnement que celui que Dieu y a mis, et nonobstant les froidures d'un hiver de six mois, passé dans une cabane d'écorce percée à jour, nous sommes encore à en ressentir les effets; personne ne s'est plaint de mal de tête ou d'estomac; nous ne savons ce que c'est que fluxions,
Lorette, village des descendants des Hnrons.
rhumes ou catarrhes. Cela me fait dire que les délicats n'entendent rien en France à se défendre contre le froid. Ces chambres si bien tapissées, ces portes si bien jointes, et ces fenêtres fermées avec tant de soin ne servent qu'à en faire ressentir des effets plus cuisants : c'est un ennemi avec lequel on gagne quasi plus à lui tendre les bras qu'à lui faire une si cruelle guerre.
« Pour le vivre, je dirai encore ceci, que Dieu nous a fait paraître à l'œil sa providence très particulière. Nous
avons fait notre provision de blé en huit jours pour toute l'année, sans faire un seul pas hors de notre cabane.... On nous apporte aussi du poisson sec en telle quantité, que nous sommes obligés d'en refuser.... La bonté divine ne laisse pas que de nous donner de temps en temps aussi quelque rafraîchissement de poissons frais. Nous sommes sur le bord d'un grand lac qui en fournit d'aussi bons que j'en aie guère vu ou mangé en France. Il est vrai, comme j'ai déjà dit, que nous n'en faisons pas usage d'ordinaire, et encore moins de la chair, qui se voit ici plus rarement. Les fruits mêmes, selon la saison, pourvu que l'année soit un peu favorable, ne nous manquent point; les fraises, les framboises et les mûres y sont en telle quantité qu'il n'est pas croyable. Nous y cueillons force raisins et assez bons. Les citrouilles nous durent quelquefois quatre et cinq mois, mais en telle abondance qu'elles se donnent presque pour rien, et si bonnes qu'étant cuites sous la cendre, elles se mangent comme on fait les pommes en France. Quant au blé, il est à lui seul une nourriture suffisante, lorsqu'on y est un peu habitué; les sauvages l'apprêtent en plus de vingt façons et ne se servent cependant que de feu et d'eau : il est vrai que la meilleure sauce est celle que l'on porte avec soi ^ »
A lire ce récit plein d'entrain , ne serait-on pas tenté de croire que , s'ils n'y festoyaient pas sans doute, le P. de Brébeuf et ses compagnons n'en avaient pas moins un vivre convenable chez les Hurons? Il suffit de parcourir quelques autres lettres pour être fixé sur ce point 2. En