I. Lettre du P. Chaumonot au P. Nappi, 26 mai
l'occasion de se prodiguer auprès de tous; le titre de capitaine ou de chef qu'il reçut de la reconnaissance des Hurons; la qualité de délégué dont l'investit Champlain, une sécheresse que ses prières firent cesser^, et surtout le tranquille courage qu'il déploya, à la veille d'une invasion iroquoise, pour rassurer son peuple et mettre les villages en état de défense, grandirent encore son autorité. Mais si cette autorité amenait les sauvages à admettre le prêtre au visage pâle jusque dans leurs conseils, elle était encore impuissante à garantir complètement les jours de ceux qui partageaient ses travaux. « Notre vie ne tient qu'à un fil, déclarait le futur mart3T, et si, en quelque lieu du monde que nous so3^ons, nous devons attendre la mort à toute heure, et avoir toujours « notre âme entre nos mains », c'est particulièrement en ce pays; car, outre que notre cabane n'est que comme de paille et que le feu y peut prendre à tout instant, nonobstant le soin que vous pouvez avoir pour détourner ces accidents, la malice des sauvages vous donne sujet de ce côté-là d'être dans des craintes perpétuelles. Un mécontent peut vous brûler ou fendre la tête à l'écart. Et puis, vous êtes responsable de la fécondité ou stérilité de la terre, sous peine de vie; vous êtes la cause
I. Les sécheresses étaient fort redoutables dans la presqu'île huronne. Celle dont nous parlons s'annonçait terrible. « Tout était si sec et si aride qu'à la moindre étincelle de feu les forêts et les campagnes étaient incontinent embrasées. D'où il arriva que plusieurs sauvages, allant par le pays et n'étant pas sur leurs gardes, eurent leurs cabanes et leurs vivres brûlés, comme aussi deux de nos hommes. Mais, pour ne parler que du pays des Hurons, la sécheresse y fut très grande, car depuis Pâques jusqu'à la mijuin, il ne plut point ou fort peu. Rien ne profitait, tout dépérissait, de sorte qu'on appréhendait une grande famine, et à bon droit, car tout le terroir des Hurons et des lieux circonvoisins étant tout sablonneux, s'il est trois jours sans être arrosé des eaux du ciel, tout commence à faner et à baisser la tête. » Relation de i636, p. 82.
des sécheresses; si vous ne faites pas pleuvoir, on ne peut pas moins que de se défaire de vous'.... »
Ces paroles enjouées n'avaient rien d'exagéré. L'année lôSy le prouva bien.
Cette année-là s'était ouverte pourtant sous les plus favorables auspices. Quelques mois auparavant, avaient débarqué à Saint-Joseph des Hurons trois nouveaux jésuites, les PP. Ch. Garnier, Isaac Jogues et Chastelain ^. Ainsi se trouvait largement comblé le vide fait par le départ des PP. Davost et Daniel, que Brébeuf avait envoyés à Québec, avec quelques enfants qu^'ils y devaient élever. L'Immaculée Conception , à laquelle toutes les missions du Canada avaient été solennellement consacrées le 8 décembre i(535 , semblait donc bénir Tœuvre entreprise dans la presqu'île huronne. Mais la croix est toujours plus ou moins mêlée ici-bas aux bénédictions du ciel. [A peine arrivés, les nouveaux venus tombèrent malades. Puis, gagnant de cabane en cabane, la contagion — une sorte de peste — s'étendit
I. Relation de i636, p. 94. ' t^y /^p-Ci^Cy.--»--! -^-«-^ AAa-^ ^ -k Ci^-^^^^^iJi
2. En i636, la mission de la Nouvelle-France comprenait vingt prêtres et six Frères, répartis de la manière suivante : î;^^'' '■' -"^f ■»<,». t vi.». A-l ^ ;
A Saint-Joseph des Hurons, les PP. de Brébeuf, Mercier, Pijart, Chastellain, Garnier et Jogues. - - i *■ ■^ ■^■^~^'^^--'^^-^^-'*-^ L^
A la Conception des Trois-Rivières, les PP. Buteux et du Marché. •^-^-fcO^ ^:-^
A Notre-Dame de la Recouvrance, à Québec, les PP. Le Jeune et de Quen,
A Notre-Dame des Anges, les PP. Ch. Lalemant, Adam, Massé, de Noue, Daniel, Davost, et les FF. Burel, Le Tellier, Liégeois, Fcauté, Cauvet et Gobert.
A Miskou, le P. Quentin.
A Sainte-Anne, au Cap-Breton, les PP. Daudemare et Richard.
partout, frappant durement toutes les familles et y multipliant les deuils'. Heureux fléau pourtant, si l'on avait considéré le nombre des mourants auxquels il ouvrit les portes du paradis; car les missionnaires qui, pendant toute l'année précédente, n'avaient baptisé que quatrevingt-six sauvages, en régénérèrent pendant cette seule épidémie plus de douze cents ~,
Mais la haine, qui ne s'endort jamais, guettait sa proie dans l'ombre. Elle profita de la terreur publique. Bientôt de sourdes rumeurs circulent de tous côtés. Cette maladie, seules, les Robes-Noires en sont la cause : la source du mal est dans leur horloge ou peut-être dans les images enluminées autour desquelles ils appellent tous les habitants du village. Selon d'autres, ils ont apporté de France un cadavre, et il y a dans leur tabernacle quelque chose de mystérieux qui fait mourir. Dans tous les cas, il faut que le mal cesse, ou ses auteurs en supporteront les terribles conséquences! Un moment, les calomnies semblèrent s'assoupir et tomber; mais le P. de Brébeuf, ayant transporté le siège de la mission d'Ihonatiria, à peu près détruit, à Ossossané, les haines se rallument tout à coup sous je ne sais quel souffle maudit, elles embrasent rapidement la contrée entière, et dès lors tout semble irrémédiablement compromis.
Le Serviteur de Dieu est accusé, le 4 août, au grand conseil des chefs, où vingt-huit villages sont représentés pour la circonstance. Lugubre assemblée qui a bien choisi son heure — la nuit — pour examiner la cause capitale