‹ Au berceau de l'autre FranceChapitre 23 sur 80 · I. Relation de lôSg, p · texte numérisé non relu

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LE FONDATEUR DE LA MISSION HURONNE loi

Dans cette seule année, le P. Jean administra 121 baptêmes, et, l'année suivante, 260 environ. Malheureusement, la petite vérole ayant envahi les villages hurons, la persécution s'y raviva promptement. Nulle part elle ne fut plus ardente qu'à Téanaustayé, — Les croix que plantait le missionnaire étaient aussitôt abattues et brisées, « les pierres volaient sur sa tête jusqu'au fond de sa cabane, les haches et les tisons étaient levés sur lui, les coups de

Cavalier indien.

bâton pleuvaient sur ses épaules et son sang coulait ». Un jour, en rentrant dans sa hutte, l'apôtre y trouve une main coupée et à moitié rôtie. C'est celle d'un malheureux captif qu'on vient de brûler à petit feu et de dévorer ensuite. Est-ce sa portion du festin qu'on envoie ironiquement au Visage pâle, ou un avertissement lugubre qu'on lui donne ? Un autre jour, on déchiqueté en sa présence un Iroquois qu'il vient de baptiser; on y déploie un tel acharnement que, les mains et les pieds séparés du tronc, l'infortuné trouve encore en lui l'énergie de sortir, en se roulant dans les flammes, du brasier où on

l'a jeté, et de marcher pendant plus de dix mètres sur les coudes et sur les genoux, pour tenter d'échapper à ses tourments ! A raconter ces horreurs, la plume s'épouvante. Et l'intrépide prêtre, conscient qu'il sera peut-être appelé à les subir plus tard, les contemple, en frissonnant sans doute, mais sans abandonner son poste ni défaillir.

Il y avait à quatre ou cinq journées de marche du pays des Hurons, dans le sud-est, une peuplade importante, appelée la Nation neutre, et que depuis longtemps on voulait évangéliser. On ne l'avait pas pu jusqu'en 1640. Cette année-là, le P. Jérôme Lalemant crut le moment venu de tenter cette apostolique entreprise, et il désigna le P, de Brébeuf pour la commencer'.

L'apôtre partit de Sainte-Marie, le 2 novembre 1640, en compagnie du P. Chaumonot-, qui lui avait été adjoint, et de deux domestiques français de la mission, qui devaient y revenir bientôt. C'était un nouveau champ qui s'ouvrait devant son zèle, mais un champ particulièrement ingrat, assurait-on. Le P. de la Roche d'Ail- Ion, après un hiver passé chez les Neutres, quinze ans auparavant, n'avait pas pu 3' opérer une seule conversion. Depuis cette époque, aucun missionnaire ne s'était pré-

1. « Ayant été autrefois choisi pour nous introduire le premier et établir en ces contrées, et Dieu lui ayant donné pour ce regard une singulière bénédiction, nommément en la langue, il semblait que ce nom devait être un préjugé de ce que sa divine majesté demandait en cette rencontre. » Relation de 1641, p. 71.

2. Le P. Chaumonot mourut à Québec, le 21 février lôgS, après cinquante-quatre années de mission. Le plus bel éloge qu'on puisse faire de lui n'est-il pas celui-ci : les bourreaux du P. de Brébeuf, quand ils le connurent, le jugèrent digne de porter le nom sauvage du héros, et ils ne le nommèrent plus que Echon, comme leur ancienne victime.

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sente dans la contrée, et cette terre rebelle avait sommeillé dans les ténèbres : il fallait essayer d'y semer la vie. Quelque rude qu'il s'annonçât, ce travail n'effraya pas le P. de Brébeuf, dont l'invincible patience était si notoire qu'il la reconnaissait lui-même : « Je suis un vrai bœiifk l'ouvrage, » disait-il en jouant aimablement sur son nom. Pour cette fois, malgré son extraordinaire constance et ses efforts surhumains, il ne devait point parvenir à ouvrir le moindre sillon durable dans ce sol opiniâtre et dur; mais du moins y allait-il moissonner une ample provision de mérites en y souffrant avez zèle et par amour.

« De notre résidence des Hurons, nous fîmes six jours de route, toujours dans les bois et sans trouver aucun endroit pour nous reposer ou nous réfugier, écrivait le P. Chaumonoti quelque temps après. Nous étions obligés de porter à dos tout ce qui nous était nécessaire pour notre nourriture. Les sentiers de ces forêts sont très difficiles, étant fort peu battus, remplis de broussailles et de branches, coupés de marais, de ruisseaux, de rivières, sans autres ponts que quelques arbres brisés par l'âge ou par le vent. L'hiver est la meilleure saison pour voyager, parce que la neige rend les sentiers plus unis. Mais il faut qu'elle soit durcie, comme nous l'avons trouvée à notre retour, à l'exception de deux journées : sans cela on y enfonce à chaque pas. Il y a encore un avantage à voyager alors, c'est que les cours d'eau sont glacés et que nous avons pu, pendant soixante milles, traîner nos bagages. Il est vrai qu'on ne trouve aucun abri contre les vents, qui sont très violents et très froids. Mais, grâce à

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