‹ Au berceau de l'autre FranceChapitre 38 sur 80 · I. Lettre du P. Chaumonot au P. Jér. Lalemant, i" juin · texte numérisé non relu

I. Lettre du P. Chaumonot au P. Jér. Lalemant, i" juin

LE COMPAGNON DE MARTYRE i65

excité par le spectacle quotidien de la ferveur qui régnait dans son futur troupeau.

Partout la foi s'était augmentée au delà de toute espérance. A Saint-Ignace, à la Conception, à Sainte-Marie, à Saint-Jean, les chapelles se trouvaient trop petites pour le nombre des chrétiens. En quelques endroits, le missionnaire était obligé de célébrer deux fois la messe pour que tout le monde pût y assister. Encore beaucoup de fidèles ne parvenaient-ils point à pénétrer dans l'église. On les voyait alors, massés devant la porte, assister au saint sacrifice, les pieds dans la neige et immobiles sous le vent d'hiver. Soir et matin, la cloche donnait le signal de la prière commune : ces pauvres gens, si harassés qu'ils fussent du travail de la journée, accouraient en foule. Un groupe de chasseurs partait-il en expédition, ils venaient auparavant faire bénir leurs flèches et leurs arcs par le Père. S'ils se préparaient à la pêche, ils lui apportaient leurs lignes et leurs filets. Les enfants imitaient la piété de leurs parents. « Quand les petites fillettes allaient dans la forêt couper du bois de chauffage, elles n'avaient pas d'entretien plus aimable que de dire leur chapelet, m Aussi le P. Paul Ragueneau ajoutait-il : « Pour moi, je n'aurais jamais cru, même après cinquante ans de travail, pouvoir contempler la dixième partie de la piété, de la vertu, de la sainteté dont j'ai été partout le témoin dans les visites que j'ai faites de ces Églises;... et ce qui m'a le plus ravi, c'est de voir que ces sentiments de foi soient entrés si avant dans des cœurs autrefois si barbares ^ »

Le contraste devait être bien saisissant en effet. Ces

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