I. Actuellement New-York
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pour faire la traversée de l'Océan, sur le tillac d'un lougre de 5o tonneaux, à bord duquel il faillit naufrager deux ou trois fois. Après une escale à Falmouth, où la
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Le P. Isaac Jogues.
grosse barque avait été dévalisée par des voleurs, un bateau charbonnier venait de le déposer, le jour de Noël, sur la côte de Saint-Pol-de-Léon, et il en arrivait à pied, par cette froide matinée.
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. On juge de la vénération avec laquelle ses frères en religion le reçurent. Ce jour-là fut au collège un jour de joie et d'actions de grâces. On se pressait autour du généreux confesseur. Mais, lui, souffrait des témoignages de respect qu'on lui prodiguait. Pour les diminuer, il parlait le moins possible de sa captivité. C'est à grand'peine qu'on obtenait de lui quelques détails à ce sujet. Sa modestie eût volontiers enveloppé ces terribles épreuves dans le silence. Les Supérieurs en jugèrent autrement. Ils exprimèrent nettement leur volonté : devant cet ordre positif, l'humble religieux s'inclina, et, toujours obéissant, il relata par écrit, avec une simplicité touchante, les principaux incidents des longs mois de douleurs qu'il avait passés chez ses sauvages bourreaux '.
L'humilité du P. Jogues allait être mise à une bien plus rude épreuve encore. Appelé à Paris, il fut contraint d'aller à la cour, oii la Reine- régente avait exprimé le désir de le voir. « On fait tous les jours des romans qui ne sont que mensonges, avait dit Anne d'Autriche, en voici un qui est une vérité, où le merveilleux se trouve joint à l'héroïsme le plus admirable. » Elle accueillit le missionnaire avec de très grands honneurs, et, à la vue des cicatrices à peine fermées dont les membres du vaillant soldat étaient en quelque sorte labourés, elle ne put retenir ses larmes. Mais plus la vénération croissait autour de lui, plus le P. Jogues, surnaturellement attiré par l'espoir de cueillir enfin la palme du triomphe, solli-
I. Ce récit est écrit dans un latin très élégant et qui révèle dans le P. Jogues un littérateur dj goût. On en trouve une traduction dans la Relation de 1647. Le P. Martin s'en est servi aussi dans sa Vie du P. Isaac Jogues.
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citait de ses Supérieurs la permission de retourner au Canada. Cette grâce lui fut accordée. Après avoir dit adieu une seconde fois à sa vieille mère, à ses frères et à ses sœurs, il quitta de nouveau la France, et, au printemps de 1641, — trois mois seulement après son arrivée en Bretagne, — il s'embarqua à la Rochelle pour Québec.
Arrivée à Québec. — L'ancienne Hoclielaga de Jacques Cartier en 164^.
— Situation du pays à cette époque. — Un héros algonquin, Piskaret. — Négociations avec les Iroquois. — Plénipotentiaires moliawks. — Rhétorique indienne. — Colliers de porcelaine-aux mains des négociateurs. — Le P. Jogues est choisi pour aller en ambassade chez les Iroquois. — Premier mouvement d'épouvante. — Le P. Jogues accepte cependant avec bonheur cette mission. — 11 y réussit pleinement. — Second voyage chez les Iroquois.
— Pressentiments du martyr. — Départ. — La guerre se rallume. — Le P. Jogues prisonnier. — Ses tortures. — Il est massacré. — Un martyr de Jésus-Christ.
Vers la fin du mois de juin, le navire que montait l'indomptable jésuite entrait dans l'estuaire du Saint- Laurent. Jogues repassa pour la seconde fois devant Tadoussac; il vit les eaux bourbeuses du Saguenay — le (( fleuve de la Mort » pour les Indiens — se perdre dans rimmense courant qui roulait ses flots à l'Océan. Il salua les superbes rochers de gneiss et de svénite qui se dressent à des centaines de mètres au-dessus de ce bras de mer : le Tableau, la Trinité, le cap Éternité. Puis, remontant le fleuve, il contourna l'ile d'Orléans et jeta l'ancre devant Québec.
Tout heureux du retour d'un pareil ouvrier, le P. Vimont, alors Supérieur de la mission, l'envoya aussitôt à Ville-Marie ; c'était un nouveau poste établi, il y avait deux ans à peine, sur l'emplacement de la sauvage Hochelaga de Jacques Cartier, et qui devait un jour céder lui-même la place à l'opulente Montréal. Un grand nombre de sauvages se réunissaient chaque année pour la
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traite dans les environs de cette ville. Grâce à la connaissance qu'il avait des différents dialectes du pays, Jogues y pouvait donc être très utile. En y arrivant, il trouva la cité naissante dans une véritable prospérité. Les huttes de branchages et d'écorces avaient disparu. Autour d'une modeste église se groupaient des maisons de bois de bonne apparence, et un petit hôpital avait déjà été bâti pour recevoir ceux que la maladie frapperait parmi ces pionniers