I. The Jesuits in Nortli America, p. 294, 2q
meurtres dont on s'était rendu coupable; colliers pour rendre au ciel sa sérénité, aux lacs leur calme et leur tranquillité aux rivières ; colliers pour arracher la hache des mains iroquoises; colliers pour faire déposer les arquebuses et suspendre les boucliers ; colliers pour faire laver la peinture de guerre de tous les visages ; colliers enfin pour faire briser les chaudrons où l'on avait fait bouillir les quartiers sanglants des prisonniers... En résumé, il y eut une série indéfinie de colliers offerts : chacun ayant sa signification littérale ou figurée, mais tous convergeant à la grande œuvre de la paix... Puis, tout ayant une fin ici-bas, même les harangues indiennes, on se tut. Les danses cessèrent, les chants et les hourrahs s'assoupirent, et, tous ces sauvages se dispersant, les uns regagnèrent leurs huttes enfumées du lac Huron, tandis que les autres remontaient vers les steppes glacés des forêts septentrionales, où ils passaient leur vie en chassant. »
La paix était faite. jMais quelle en était la solidité ? On se le demandait, non sans inquiétude. Montmagny comprit que, pour la rendre sérieuse, il fallait faire ratifier par une assemblée plénière des cinq tribus iroquoises l'accord conclu aux Trois-Rivières. L'envoi d'un ambassadeur s'imposait. Mais à qui proposer cette mission ? Car elle était des plus dangereuses. Ne savait-on pas ces sauvages aussi crédules qu'inconstants, et leur capricieux tomahawk bien médiocrement respectueux des immunités diplomatiques?
Le gouverneur n'hésita pas. Il pensa du premier coup au P. Jogues, et, pour assurer le succès d'une aussi délicate négociation, il résolut de donner ses pleins pouvoirs au missionnaire. — La religion, aussi bien que la France,
L'APOTRE ESCLAVE
était intéressée à l'entreprise. Les Supérieurs ne pouvaient guère dès lors s'opposer au choix de Montmagny. Après avoir mûrement réfléchi, ils donnèrent leur consentement; mais leur paternelle prudence se refusa à imposer ce voyage : ils se contentèrent seulement de le proposer à l'apôtre.
Si bien domptée que soit la nature dans le cœur des saints, elle n'y meurt jamais entièrement. Irrésistiblement gouvernée par une volonté que la grâce fortifie, elle garde en face du sacrifice ses tressaillements et ses répugnances. Le chrétien, qui ignore le mensonger orgueil du stoïcien, avoue ces faiblesses instinctives, il s'en humilie; puis, comme son divin Maître à Gethsémani, il laisse jaillir de son àme, sous la pression de l'amour, un Fiat qui n'en est que plus méritoire aux yeux de Dieu.
C'est ce qui arriva au P. Jogues. « Il était du reste d'un naturel assez timide, nous dit son Supérieur. C'est ce qui relève d'autant plus son courage, et ce qui montre que sa constance venait d'en haut. Il voyait en un instant toutes les difficultés qui se pouvaient rencontrer dans une affaire, et il en ressentait les atteintes naturelles... Aussi disait-il de lui qu'il n'était qu'un poltron. Mais ses Supérieurs, qui le connaissaient, s'appuyaient sur lui aussi fermement que sur un roc. Il ne savait ce que c'était que de reculer dans les difficultés. « Allez, » lui disait-on, et, ce mot lui suffisant, il n'y a monstre ni démon qu'il n'eût affrontés avec cette parole... Plus de cent fois, les Iroquois lui dirent : «c Tu te feras tuer, tu parles trop hardiment; si dans nos cabanes où tu es prisonnier et tout seul de ton parti, tu nous tiens tête, que ferais-tu donc si tu étais en liberté parmi tes gens* ? »