I. Ch. X
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chargé de femme et d'enfants, ne doit point passer ici les premières années avec sa famille, s'il n'est aux gages de Messieurs de la Compagnie ou de quelque autre qui les y veuille prendre : autrement il souffrira beaucoup et n'avancera rien. Le pays n'est pas encore en état de soulager les pauvres qui ne sauraient travailler. Mais, s'il se rencontrait de bons jeunes garçons ou hommes mariés bien robustes, qui sussent manier la hache, la houe, la bêche et la charrue, ces gens-là voulant travailler se rendraient riches en peu de temps en ces régions, où enfin ils pourraient appeler leurs familles. Voilà comment ils devraient procéder.
« Il faudrait qu'ils se joignissent quatre ou cinq ensemble et qu'ils s'engageassent à quelques familles pour cinq ou six ans, aux conditions suivantes : qu'on les nourrirait pendant tout ce temps-là sans leur donner de gages; mais aussi qu'ils auraient la moitié en fond et en propre de toute la terre qu'ils défricheraient; et, parce qu'il leur faut quelque chose pour se pouvoir entretenir, le marché porterait que tout ce qu'ils pourraient retirer tous les ans des terres qu'ils auraient déjà défrichées serait partagé par moitié; cette moitié, avec les petits profits qu'ils peuvent se procurer sur le pays suffirait pour leur entretien et pour payer après la première ou seconde année la moitié des outils dont on se sert au défrichement ou au labourage. Or, si quatre hommes peuvent défricher par an huit arpents de terre, ne faisant autre chose ni hiver ni été, en dix ans voilà quarante-huit arpents dont vingt-quatre leur appartiendraient. Avec ces vingt-quatre arpents, ils pourraient nourrir trente-six personnes, ou quarante-huit, si la terre est bonne. N'est-ce pas là le
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moyen de s'enrichir en peu de temps?... Il }'■ a tant de forts et robustes paysans en France qui n'ont pas de pain à se mettre sous la dent. Est-il possible qu'ils aient si peur de perdre de vue le clocher de leur village, comme l'on dit, qu'ils aiment mieux languir dans leur misère et pauvreté que de se mettre un jour à leur aise parmi les habitants de la Nouvelle-France...
<( Pour les personnes riches et de condition, je leur conseillerais devant que de passer ici, d'obtenir de Messieurs de la Compagnie une place pour bâtir une maison dans la ville désignée, ainsi que quelques arpents de terre proche la ville, capables de nourrir leur famille. En outre, concession de quelque bel endroit qu'ils choisiront avec le temps. Ceci fait, il faut faire passer du moins deux maçons, deux charpentiers et des manœuvres, et, s'ils veulent encore, des défricheurs armés d'outils propres à leur métier; surtout qu'ils se fassent faire des haches exprès et qu'ils n'y épargnent pas l'argent, car l'hiver est plus dur que le plus méchant acier. Il faut un homme qui ait soin de tous ces gens-là, qui soit d'autorité et de prudence pour les diriger et pour conserver les vivres qu'on fera venir. Le plus de farine dont on pourra s'approvisionner, c'est le meilleur et le plus assuré... Tous ces hommes rendus dans le pays s'occuperont à défricher, selon le dessein de celui qui leur commandera. Le bâtiment fait, propre à loger eux et leurs gens, toute la famille passera et amènera du bétail, si on lui mande que c'est à propos... Si on suit cet ordre, les femmes et les enfants arrivant ici seront tout consolés de trouver un logement pour eux, un jardin pour leur rafraîchissement et des domestiques à leur service qui auront connaissance du pays. Puisqu'on m'af-
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firme, sans me nommer personne, qu'il y a de très honorables familles qui veulent venir goûter la douceur du repos et de la paix de la Nouvelle-France, j'ai cru que l'amour que je leur porte déjà, sans avoir l'honneur de leur connaissance, m'obligeait à leur donner ces avis, qui ne leur sauraient nuire. Je leur dirai encore deux petits mots. Le premier, que si pour le défrichement de la terre, ils peuvent avoir des hommes intéressés à l'affaire, ce sera le meilleur. Les hommes qu'on tient à gages, pour la plupart, veulent ressembler à ceux d'entre nos voisins, qui, à peine ont-ils passé l'Equateur, se disent tous gentilshommes et ne veulent point travailler. Quand ils se verront obligés à faire pour eux, ils ne s'endormiront pas.
« En second lieu, je prie ceux qui viendront de venir avec envie de bien faire. La Nouvelle-France sera un jour un paradis terrestre, si Notre Seigneur continue à la combler de ses bénédictions tant corporelles que spirituelles. Mais il faut en attendant que ses premiers habitants y fassent ce qu'Adam avait reçu commandement de faire en celui qu'il perdit par sa faute. Dieu l'y avait mis pour l'engraisser de son travail et pour le conserver par sa vigilance et non pour y être sans rien faire et y demeurer oisif. »
Est-il bien établi désormais que les Jésuites n'oublièrent pas à la Nouvelle-France les intérêts de la patrie, et qu'ils la servirent au contraire puissamment en poussant autant qu'ils le purent à la colonisation de ces immenses régions? Nous nous permettons de l'espérer. Sans multiplier davantage les citations, nous nous bornerons donc à renvoyer les esprits curieux, qui ne seraient pas satisfaits
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encore, aux Relations elles-mêmes. Ils y trouveront de nouvelles, nombreuses et bien éloquentes preuves de ce que nous avançons.
Essayons maintenant de montrer par quelques exemples ce que l'œuvre entreprise par les Jésuites leur coûta de dévouement, de souffrances et de sang.
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Dans le Saint-Laurent. — Québec en 1625. — Une colonie au berceau.
— Jacques Cartier. — Champlain. — Les premiers lieutenants-généraux du roi, pour les « Terres-Neuves ». — Les Associés. — Leur honteuse rapacité.
— Les Jésuites à la Nouvelle-France. — La colonie de Saint-Sauveur. — Sa ruine. — Les Récollets. — Champlain ramène les Jésuites au Canada.
E (9 juin 16.25, par une moite journée d'été, un navire venant de France stoppait dans les eaux tranquilles du Saint-Laurent. Il avait jeté l'ancre en face d'une majestueuse rangée de rochers, que couronnaient mélancoliquement les murailles inachevées d'un fortin en construction depuis quatre ans. Un canot s'en détacha : en quelques coups de rame il atteignit la rive, et l'on en vit descendre une douzaine de passagers. Dans leur groupe on distinguait le froc d'un récollet, puis quelques jésuites en soutane noire : parmi eux se trouvait le religieux dont le nom devait acquérir le plus de notoriété sur ces terres, Jean de Brébeuf. Les nouveaux venus se dirigèrent vers une grossière palissade qui s'étendait au pied de la hauteur. Derrière les troncs d'arbre qui la formaient étaient blottis pêle-mêle des hangars et un certain nombre de constructions en planches : c'était Québec ^
I. Fondée en 1608 par Champlain, Québec n'avait en 1625 qu'une soixantaine d'habitants environ. Les Associés y possédaient leurs principaux magasins de fourrures.