‹ Au berceau de l'autre France [microforme]Chapitre 2 sur 90 · TRE · texte numérisé non relu

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tissant les peuplades auxquelles ils annonçaient l'Évangile, ils servaient l'Église; mais, en entreprenant de les civiliser, ils servaient la France, à laquelle ils rêvaient de faciliter la fondation d'un vaste et florissant empire sur l’autre bord de l'océan.

C’est encore à la grandeur nationale qu'ils pensaient, lorsqu'ils faisaient tant d'efforts pour favoriser la colonisation des immenses déserts laurentins. L'état de la Nouvelle-France était si misérable! En sollicitant de Louis XIII le monopole du commerce des pelleteric., la Compagnie des Marchands avait bien pris l'engagement de transporter

| au Canada ouvriers et paysans. Le roi voulait en effet

créer une colonie le long du grand fleuve. Il fallait donc entreprendre le défrichement de ces contrées. Mais, dans une vue de lucre, les spéculateurs qui détenaient le privilège royal s’y refusèreni. « Ils craignaient, déclare Champlain, de voir diminuer leur autorité dans le pays, si les Français s’y établissaient en grand nombre, et de n’y plus pouvoir agir à leur guise. » De plus, les fourrures qu'ils achetaient à vil prix aux indigènes ne passeraient-elles point, partiellement au moins, en la possession des colons ?

| Les bénéfices de la Compagnie diminueraient donc. C’en

fut assez. Peu soucieux des intérêts de la France, ces gens avides ne songèrent qu’à leur commerce. Le Canada ne fut guère ouvert qu’à leurs employés ou à ceux qui indi-

: rectement relevaient d’eux. Aussi, en 1617, y avait-il à peine à Québec une cinquantaine de Français. Trois ans | après, on n’en comptait encore, femmes et enfants com- L pris, qu’une soixantaine, groupés autour du fort.

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Si peu redoutable que fût cette poignée de travailleurs, la Compagnie prit néanmoins des précautions contre eux. Elle ne leur permit pas de cultiver la terre : à la longue, ne seraient-ils pas arrivés à se suffire et à devenir dès lors indépendants? Toujours avisés, les Marchands comprirent qu’il y avait là un danger pour eux, et ils s’engagèrent à envoyer chaque année des vivres pour l’entretien de ceux qu’ils employaient au Canada. N’était-ce pas le meilleur moyen de les avoir toujours à leur discrétion entière, absolue? Qui tient-on mieux, en effet, que les malheureux qu'on tient par la famine? Les gens de la Compagnie n’eurent que trop souvent, hélas! l’occasion d’en gémir avec amertume; car les Marchands usèrent plus d’une fois visà-vis d’eux d’une parcimonie dont Champlain fait tristement l’aveu.

Un jour cependant, un colon obtint une concession de terre, avec l’autorisation de l’ensemencer au printemps suivant. Il s'appelait Louis Hébert, et son nom est demeuré fameux au Canada. Il se mit courageusement à l’œuvre. Mais quand, à force de travail, il eut récolté ses premières gerbes, la Compagnie se présenta. En vertu de son monopole, elle exigea que la moisson entière lui fût vendue, et elle en fixa elle-même le prix d’une façon arbitraire. « Ce n’était pas le moyen, écrit Champlain, de donner à d’autres le désir d'aller peupler le Canada; ou plutôt ceci ne se faisait qu’à dessein de tenir toujours le pays dans la misère et la gêne, et par là d’ôter à chacun le courage de s’y établir!. »

Pourtant, la cour finit par s'émouvoir. On notifña offi-

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