‹ Au berceau de l'autre France [microforme]Chapitre 22 sur 90 · Relation de 1636, p · texte numérisé non relu

Relation de 1636, p

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Travaux préliminaires. — Soin des malades. — Étude de la langue. — Ses difficultés. — La hutte des missionnaires. —- Toujours assiigés! — Le vrai trépied des oracles chez les Hurons. — Fatigues en perspective. — Une cabane percée à jour. — Vivres indiens. — La « Sagamité ». — La vaisselle de la mission. — Un plat en bois de cent francs. — Un hiver dans la fumée, — Charivaris nocturnes, — Fêtes sauvages. — La première école et les premiers écoliers. — La conférence des notables de l'endroit. — Un auditoire pittoresque., — Obstination dans l'erreur. — L’autorité du P. de Brébeuf s’affermit. — Dangers incessants que courent néanmoins les missionnaires, — Arrivée de nouveaux ouvriers. — Les missions sont consacrées à l’Immaculée-Conception. — Épidémie redoutable. — Accusations portées contre les missionnaires. — Devant le suprême conseil des chefs. — Un coup de hache qui fait erreur. — Courte accalmie. — L’orage devient plus menaçant — Incendie de la cabane des Visages Pâles. — Massacre imminent. — Lettre du P. de Brébeuf et de ses compagnons au Père Supérieur de Québec. — Banquet funèbre des condamnés. — Revirement des esprits. — Le P. Jérôme Lalemant, nouveau Supérieur aux Hurons. — Vertus du P. de Brébeuf, — Ses travaux à Téanaustayé. — Persécutions. — Mission chez la Nation neutre. — Insuccès et fatigues. — Accident au retour à Sainte-Marie des Hurons.

Cette pauvre hutte devint le quartier général du Serviteur de Dieu. Sous bien des rapports, les Hurons étaient véritablement de grands enfants : on les traita comme tels. Le moulin portatif des missionnaires, leur horloge, tout était pour ces natures incultes matière à profonde admiration. On s’en servit d’abord pour les attirer : quand ils étaient réunis, le P. de Brébeuf leur expliquait quelqu'une des vérités chrétiennes: il allait aussi les voir dans leurs cabanes, surtout lorsqu'ils étaient malades. Mais l'enfer faisait bonne garde : il défendait avec acharnement ces âmes qu’on voulait lui arracher, et, malgré quelques rares baptêmes, l’œuvre de la conversion ne semblait pas beaucoup avancer.

Le missionnaire ne se décourageait pas cependant. Il s'était mis vaillamment à l’étude approfondie de la langue. Œuvre ingrate, où il dépensait des efforts de tous les jours, car bien des mots dans la langue huronne ne diffé. rent souvent que par une lettre ou un accent. Il ébaucha cependant un dictionnaire élémentaire, puis il s’occupa de refondre la grammaire qu'il avait composée. « Je crains, mancait-il à son Supérieur, qu’il ne nous faille faire souvent de semblables refontes; car tous les jours nous allons découvrant de nouveaux secrets en cette science; ce qui nous empêche d’envoyer rien à imprimer pour le moment. Nous en savons, grâce à Dieu, assez, tant pour entendre que pour être entendu, mais non encore pour mettre au jour. C’est à la vérité une œuvre bien laborieuse de vouloir comprendre de tous points une langue étrangère, très abondante, et autant différente de nos langues européennes qu'est le ciel de la terre, et ce sans maîtres et sans livres!. »

Ces travaux pénibles étaient exécutés pendant l'hiver surtout, et par conséquent au milieu d’incommodités continuelles : « Nous avons une cabane bâtie de simples écorces, écrivait le P. de Brébeuf, mais d’écorces si mal jointes que nous n'avons que faire de sortir dehors pour savoir le temps qu'il fait. La fumée est souvent si épaisse, si aigre, si opiniâtre, que pendant cinq ou six jours entiers, si vous n'êtes tout à fait à l'épreuve, c’est bien tout

ce que vous pouvez faire que de connaître quelque chose

1. Relation de 1636, p. 86. Voir, sur la langue huronne et les divers diclectes indiens, les longs et minutieux renseignements donnés par le P. Le Jeune dans la Relation de 1634, ch. x1, et par le P. de Brébeuf dans celle

de 1636, p. 99, ch. 1v.

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dans votre bréviaire. Avec cela nous avons depuis le matin jusqu’au soir notre foyer quasi toujours assiégé de sauvages : surtout ils ne manquent pas l’heure du dîner. Que s’il arrive que vous ayez quelque chose d’extraordinaire, si peu que ce soit, il faut faire état que la plupart de ces messieurs sont de la maison : si vous ne leur en faites point part, vous passerez pour un vilain!. » C’était surtout lorsqu'on les interrogeait sur leur langue qu’il devenait indisrensable de bien traiter les sauvages. « Si vous avez votre papier et plume pour écrire, il faut qu’ils aient devant eux le plat rempli et la serviette par dessous. Car, à tel trépied se rendent les bons oracles. Hors de là, Apollon et Mercure leur défaillent. Encore se fàchent-ils quand on les veut retenir un peu longtemps *. »

Si ardues que fussent ces épreuves, Brébeuf déclarait qu'elles n'étaient que « des roses » en comparaison de ce que l'avenir lui réservait. Il prévoyait le jour où des chrétientés seraient fondées dans presque tous les villages de la presqu'ile. A partir de ce moment, les missionnaires auraient le devoir de visiter souvent ees néophytes et de répondre à tous leurs appels. C'étaient donc de longues courses qu’il faudrait faire alors, le jour et la nuit, par tous les temps et toutes les saisons, sous la pluie et à travers les tourbillons de neige, sans pouvoir espérer d'autre abri en arrivant qu’une misérable hutte d’écorce et de feuillage, avec quelques brindilles pour lit! Mais toutes ces fatigues semblaient douces au cœur vaillant de l'apôtre. « Le sommeil que nous prenons couchés sur nos

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