‹ Au berceau de l'autre France [microforme]Chapitre 28 sur 90 · Lettre du P. Chaumonot au P. Nappi, 26 mai · texte numérisé non relu

Lettre du P. Chaumonot au P. Nappi, 26 mai

go PREMIÈRE PARTIE

l’occasion de se prodiguer auprès de tous; le titre de capitaine ou de chef qu’il reçut de la reconnaissance des Hurons; la qualité de délégué dont l’investit Champlain, une sécheresse que ses prières firent cesser!, et surtout le tranquille courage qu’il déploya, à la veille d’une invasion iroquoise, pour rassurer son peuple et mettre les villages en état de défense, grandirent encore son autorité. Mais si cette autorité amenait les sauvages à admettre le prêtre au visage pâle jusque dans leurs conseils, elle était encore impuissante à garantir complètement les jours de ceux qui partageaient ses travaux. « Notre vie ne tient qu’à un fil, déclarait le futur martyr, et si, en quelque lieu du monde que nous soyons, nous devons attendre la mort à toute heure, et avoir toujours « notre âme entre nos mains », c’est particulièrement en ce pays; car, outre que notre cabane n’est que comme de paille et que le feu y peut prendre à tout instant, nonobstant le soin que vous pouvez avoir pour détourner ces accidents, la malice des sauvages vous donne sujet de ce côté-là d’être dans des craintes perpétuelles. Un mécontent peut vous brûler ou fendre la tête à l'écart. Et puis, vous êtes responsable de la fécondité ou stérilité de la terre, sous peine de vie; vous êtes la cause

1. Les sécheresses étaient fort redoutables dans la presqu'île huronne. Celle dont nous parlons s’annonçait terrible. « Tout était si sec et si aride qu’à la moindre étincelle de feu les forêts et les campagnes étaient incontinent embrasées. D'où il arriva que plusieurs sauvages, allant par le pays et n'étant pas sur leurs gardes, eurent leurs cabanes et leurs vivres brûlés, comme aussi deux de nos hommes. Mais, pour ne parler que du pays des Hurons, la sécheresse y fut très grande, car depuis Pâques jusqu’à la mijuin, il ne plut point ou fort peu. Rien ne profitait, tout dépérissait, de sorte qu'on appréhendait une grande famine, et à bon droit, car tout le terroir des Hurons et des lieux circonvoisins étant tout sablonneux, s'il est

trois jours sans être arrosé des eaux du ciel, tout commence à faner et à baisser la tête. » Relation de 1636, p. 82.

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