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ineptes circulèrent de cabane à cabane et de bourg en bourg. « La seule vue des Pères, faits et vêtus d’une façon si éloignée de celle des sauvages, leurs démarches, leurs gestes, leur manière d’être, semblaient à ces pauvres gens autant de preuves et de confirmations de ce qu'on leur avait dit contre les Robes-Noires. Les bréviaires et écritoires étaient considérés par eux comme des instruments de magie. S'ils se mettaient à prier, c'était justement, dans leur idée, exercice de sorciers. On disait qu'allant au ruisseau pour laver leurs plats, ils empoisonnaient les eaux ; que, par toutes les cabanes où ils. passaient, les enfants étaient saisis d’une toux violente et crachaient le sang. Bref, il n’y avait malheur présent ni à venir dont ils ne fussent considérés comme la source; et
| plusieurs de ceux chez lesquels ils étaient logés n’en dor-
maient ni jour ni nuit... Les bonnes vieilles se tenaient
| déjà pour perdues; elles s’y résignaient, mais elles regret-
taient leurs petits-enfants, qui auraient pu repeupler la
terre, disaient-elles, et que ces sorciers à peau blanche D condamnaient à mourir! »
Ces terreurs étaient habilement exploitées par quelques
| émissaires venant du pays des Hurons. Ils prétendaient | que les sortilèges des Missionnaires étaient l’unique cause
des malheurs de leur nation. Si les Neutres voulaient
L échapper à la ruine qui les menaçait à leur tour, il ne Lleur restait qu'un moyen à prendre : se débarrasser des | Pères en les massacrant au plus vite. Celui qui rendrait Lau pays cet éminent service serait largement récompensé
par eux : neuf haches payeraient son acte de vaillance.
|L’appât était des plus tentants pour les Neutres; car, éloi-