‹ Au berceau de l'autre France [microforme]Chapitre 40 sur 90 · Relation de 1626, p · texte numérisé non relu

Relation de 1626, p

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C'en était assez pour enflammer un cœur aussi généreusement ardent que celui du P. Gabriel. Le jeune religigeux sollicita donc la faveur d’être envoyé dans les missions de la Nouvelle-France. — I! fit plus : après avoir prié, avec l’approbation de ses supérieurs, il s’engagea par vœu à dévouer ses forces et sa vie au service de ces pauvres sauvages. Dieu se souviendra de cet engagement magnanime et il le récompensera un jour, d’une façon royale, en couronnant de l’auréole sanglante du martyre le front de son fidèle serviteur !

En attendant cet heureux jour, une tâche plus humble allait s'imposer au fervent novice. Le temps de probation accompli, le P. Lalemant venait de prononcer les premiers vœux de religion. Comine il avait une mémoire des plus heureuses et une grande facilité pour les langues, on le remit à l'étude des belles-lettres pendant quelques mois ; puis les Supérieurs le consacrèrent à l’enseignement de la grammaire.

Le collège de Moulins fut le premier champ où le nouveau régent put exercer son zèle. Il y professa la quatrième, en 1633, et la troisième l’année suivante. Envoyé au collège de Bourges après ce séjour en Bourbonnais, il y étudia pendant quatre ans la théologie : le futur martyr y remplissait en même temps la charge de surveillant auprès des élèves de l’internat. Le Père Provincial lui confia

ensuite les fonctions délicates de préfet des études et de ministre des pensionnaires dans le beau collège de la Flèche; Gabriel les conserva jusqu'au moment où il fut rappelé à Moulins, afin d’y enseigner la philosophie, sous le rectorat du célèbre P. Claude de Lingendes!.

Le P. Lalemant était prêtre depuis deux ou trois ans. En s’abreuvant tous les matins d’un sang divin, son âme avait senti croître en elle sa soif d’immolation. A ce contact journalier avec la douce Victime du Calvaire, elle avait grandi dans l’amour de la croix. Cet amour allait

Ancien collège des Jésuites à Moulins (aujourd’hui le Palais de justice).

jusqu’au sacrifice de la vie elle-même. Le jeune prêtre l’avait bien prouvé, au moment d’une grande peste, en s’offrant, comme saint Jean-François Régis et presque à la même époque que lui, pour soigner les pestiférés. « Je m’estimerais heureux de mourir à la fleur de l’âge, » avait-il écrit au P. Jacques Dinet, Provincial; mais on ne crut pas, dans cette circonstance, devoir faire appel à son dévouement.

Le P. Gabriel se reprit alors plus que jamais à prêter

1. Le P. CI. de Lingendes, né à Moulins, le 2 septembre 1591, mourut à Paris, le 12 avril 1660. Il fut recteur des collèges de Tours et de Paris, onze ans Provincial de la province de France et Supérieur de la maison professe de Paris. 11 jouit en son temps d’une grande réputation d'orateur.

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l'oreille aux récits apostoliques qui, à travers l'Océan, lui arrivaient de la Nouvelle-France comme de pressantes invitations de la part de l’Esprit-Saint. Ils étaient bien faits du reste pour soulever le zèle et pour attirer la charité. Après une période d’épuisants travaux et de persécutions de tout genre, les missionnaires avaient la consolation de voir lever la semence dans le champ qui leur avait été confié. Leur inaltérable patience, leur dévouement infatigable et sans borne, leur tranquille courage avaient fini par triompher de l'hostilité soupçonneuse des sauvages qu'ils évangélisaient.

Conquis les premiers, les Hurons donnèrent à leur Église naissante des néophytes qui, dès cet instant, firent preuve d’une extraordinaire fidélité à Dieu.

On en citait des traits à peine croyables de la part de natures aussi incultes que celles-là. Aussi le Supérieur de cette mission écrivait-il : « Je puis dire avec vérité que l'Église se fortifie ici en nombre et plus encore en sainteté; que le Saint-Esprit y travaille visiblement, autant peut-être qu’en aucun lieu de ce nouveau monde, et qu’en des personnes nourries dès le berceau parmi les exemples de vertu et de religion, on admirerait la foi, la piété et le courage dont nous sommes témoins dans quelques-uns de nos barbares!. »

Quant aux païens, leurs préventions tombaient peu à peu. Ils se rapprochaient des missionnaires. Volontiers ils se recommandaient à leurs prières, quand ils allaient en chasse ou quand ils partaient pour quelqu’une de leurs expéditions toujours si pleines de hasards. En face de ces

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