Relation de 1634, p
2. Peu d'années auparavant, par une lettre datée du Puy, 15 décembr
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Une note recueillie après sa mort parmi ses papiers,
nous révèle les motifs qui le poussèrent à formuler cette demande.
C'est d’abord la reconnaissance, sentiment qu'on retrouve toujours si suave et si profond dans l’âme pure et délicate des vrais serviteurs de Jésu:-Christ.
«Oui, mon Dieu, et mon Sauveur, c'est pour me revancher des obligations que je vous ai : car, si vous avez abandonné vos contentements, vos honneurs, votre santé, vos jours et votre vie pour me sauver, moi, misérable, n'est-il pas plus que raisonnable que j'abandonne à votre exemple toutes ces choses pour le salut des âmes que vous estimez vôtres, qui vous ont coûté votre sang, que vous avez aimées jusqu’à la mort et desquelles vous avez dit : Quod uni ex minimis fecistis, mihi fecistis!. »
C'est ensuite la conscience de la grandeur de Dieu contrastant avec la misère de l’homme :
« Quand bien même je ne serais point ému par un esprit de gratitude à vous faire ces holocaustes de moimême, je les ferais de tout mon cœur, en considération des grandeurs de votre adorable majesté et de votre bonté infiniment infinie, qui mérite qu'un homme s’immole à votre service et qu'il se perde heureusement soi-même pour accomplir fidèlement ce qu’il juge être de votre volonté sur lui et des inspirations particulières qu’il vous plait de lui donner, pour le bien de votre plus grande gloire.
1634, saint François Régis avait conjuré le T. R. Père Général de le faire passer dans les missions de la Nouvelle-France,
1, « Ce que vous faites au plus petit d’entre eux, c’est à moi-même que vous le faites. »
« Puisque j'ai été si misérable que de tant offenser votre majesté, Ô mon Jésus, il est juste de vous satisfaire par des peines extraordinaires : et ainsi je dois marcher devant votre face le reste de ma vie, le cœur humilié et contrit, dans la souffrance des maux que vous avez, le premier, soufferts pour moi. »
C’est encore l’amour persistant des siens, — cet amour qui se flétrirait au cœur des religieux, s’il en faut croire le monde, et qui, devenu surnaturel, y demeure au contraire plus vivace et plus suave que jamais.
« Je suis redevable à mes parents, à ma mère, à mes frères, et je dois attirer sur eux les effets de votre miséricorde. Mon Dieu, ne permettez jamais qu'aucun de cette famille, pour laquelle vous avez eu tant d'amour, périsse en votre présence et qu’il soit du nombre de ceux qui doivent vous blasphémer éternellement; que je sois pour eux la victime : Quoniam ego in flagella paratus sum : Hic ure, hic seca, ut in æternum parcas'. »
C’est enfin le zèle des âmes dont, en véritable fils d’Ignace, son cœur est embrasé :
« Oui, mon Jésus et mon amour, il faut aussi que votre sang, versé pour les barbares aussi bien que pour nous, soit appliqué efficacement pour leur salut, et c’est en quoi je veux coopérer à votre grâce et m’'immoler pour eux...
« Il faut que votre nom soit adoré, que votre royaume soit étendu par toutes les nations du monde et que je consomme ma vie pour retirer des mains de Satan, votre
1, « Puisque je suis prêt à être flagellé, brûlez, retranchez ici-bas, afin de pardonner durant l'éternité. »
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« Enfin, s’il est raisonnable que quelqu'un se porte d'amour à donner ce contentement à Jésus-Christ, au péril de cent mille vies, s’il en avait autant, avec la perte de tout ce qui est de plus doux et agréable à la nature, tu ne trouveras jamais personne qui soit plus obligé à l’entreprendre que toi. »
Et le futur apôtre concluait par cette brûlante apostrophe : Ù
« Sus donc, mon âme, perdons-nous saintement pour donner ce contentement au Cœur Sacré de Jésus-Christ! : il le mérite et tu ne peux t'en dispenser, si tu ne veux vivre et mourir ingrate à son amour. »
1. Expression à noter sous la plume d’un religieux qui écrit deux ou trois ans avant la naissance de la bienheureuse Marguerite-Marie, plus de trente ans avant les apparitions de Paray-le-Monial.
Premiers ouvriers tombés sur le sillon : les PP. T:wgis, Raymbault, Dolbeau, Davost, Ennemond Massé., — Le P. Anne de Noûe. — Sa fin héroïque dans une tourmente de neige. — Nouveaux renforts. — Le P. Gabriel Lalemant, préfet des études au collège de Bourges, est désigné pour passer à la Nouvelle-France. — Ses adieux à sa famille. in présage. — Départ pour le Canada. — La guerre iroquoise.— Exploits L .uvages. — Alarmes à Québec. — Les JIroquois redoublent d’audace.—Ils pillent le fort Richelieu. — Arrivée du P. Gabriel Lalemant à Québec. — Il y est retenu par le Supérieur de la mission. — Les chrétiens indigènes de Saint-Joseph de Sillery. — Blanche de Castille sur les bords du Saint-Laurent. — Trois-Rivières et Beauport. — Un prédicateur inattendu.
Si vives qu’elles fussent, les instances du P. Lalemant demeurèrent sans effet pendant quelque temps encore; mais elles n'allaient pas tarder à réussir. A travailler comme ils le faisaient, les missionnaires de la Nouvelle-France ne pouvaient que ruiner rapidement leurs forces, et ce n’était pas la poignée de blé d'Inde ou la tranche de viande boucanée dont ils vivaient, — en temps d’abondance, — qui devaient alors les ramener à la santé, Aussi la mort avait-elle frappé bien des ouvriers déjà sur le sillon.
Le P. Ch. Turgis était tombé, le 4 mai 1637, à l’île Miskou, emporté par une attaque de scorbut!. La phtisie
1. «Il a eu la consolation d’avoir assisté presque tous ceux qui moururent, se faisant porter au lit des malades selon le besoin qu’ils avaient de lui, et d'avoir disposé les autres, sains et malades, à souffrir patiemment tout ce que Dieu ordonnerait d'eux; il n’y en eut qu’un qui mourut après lui, Ce bon Père a eu aussi cette consolation de se voir au moins en mourant en quelque façon semblable au grand apôtre des Indes, saint François
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avait ensuite terrassé le P. Ch. Raymbault à Québec (22 octobre 1642). L'année suivante, le P. Jean Dolbeau et le P. Ambroise Davost expiraient en mer, tandis qu'ils regagnaient la France. La mission avait, de plus, perdu en trois mois deux de ses plus vieux et de ses plus intrépides ouvriers.
Le P. Ennemond Massé s'était doucement éteint à l’âge de soixante-douze ans, à Saint-Joseph, au milieu de ses
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Types indiens : une femme et deux jeunes guerriers (cheveuxftressés).
frères qui priaient pour lui. Mais la fin du P. Anne de Noüe avait avait été moins consolée.
Ce religieux était parti, le 30 janvier 1646, de la résidence des Trois-Rivières, en compagnie de deux soldats et d'un Huron. Il allait au fort Richelieu, distant d’environ cinquante kilomètres, afin d’y célébrer la messe et d'y administrer les sacrements à la petite garnison. Venu au Canada vingt ans auparavant, à l’âge de quarante-trois ans, il n'avait pas pu plier sa mémoire rebelle aux difficultés Xavier, ne pouvant en ce passage être secouru et assisté de personne pour le spirituel et fort peu pour le temporel, » Relation de 1637, p. 102.
des dialectes indiens. Aussi s’était-il consacré au soin des Français qui habitaient les Trois-Rivières et des quelques sauvages groupés autour de cet établissement naissant. Il s’occupait encore des malades, et volontiers, pour subvenir à leurs besoins, il allait pêcher dans le fleuve ou déterrer au loin quelques racines dans les bois. Car, bien qu’il appartint à une des plus nobles familles de la Champagne, rien ne lui semblait trop humble quand il s’agissait de pratiquer l'obéissance ou la charité.
Le vieux missionnaire partit donc à la fin de janvier. La petite troupe avait les pieds armés de raquettes. Toutes les rivières et tous les lacs n'étaient qu’une glace, et la terre, couverte d’un épais linceul d’un blanc cru, étincelait au loin sous les rayons d’un clair soleil d'hiver. Quelques vagues accidents de terrain, repoussés en molles saillies ou affaissés en creux d’une pente douce, indiquaient les ma: melons et les parties basses de cet horizon uniforme. Partout la solitude et l’immobilité du désert : seulement, au lieu de fouler le sable, c'était sur la neige qu’on glissait. La première journée, les voyageurs ne parcoururent que six lieues; encore fut-ce avec bien de la peine, car les soldats. nnuveaux venus au Canada, n'étaient pas habitués aux raquettes. De plus, les bagages qu’ils tiraient sur de légers traîneaux d’écorce retardaient encore leur marche. On fit donc halte et on campa dans la forêt, près du lac Saint-Pierre. Un trou dans la neige, quelques branches jetées sur la terre glacée, et l'abri fut prêt. Vers deux heures du matin, le P. de Noûüe se réveille; la lune brillait sur la nappe congelée du lac et éclairait tout le paysage. Alors, le bon missionnaire, ému au souvenir des fatigues endurées la veille par les soldats qui l’accompagnaient, prit la
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résolution de les leur adoucir en allant chercher des secours au fort Richelieu. Cette charité devait lui coûter la vie. L’apôtre dit son rosaire, puis, convaincu qu’il arriverait au fort avant la nuit, il partit, n'emportant ni couverture ni briquet, et ne prenant pour toutes provisions de bouche qu’un peu de pain et quelques pruneaux secs. Malheureusement, à l’aube, le temps changea. De gros nuages, précurseurs d’un ouragan de neige, roulèrent dans le ciel. Bientôt,sur la vaste plaine blanche le vent se leva, faisant tournoyer le poudrin neigeux qui aveugle. Le charitable voyageur perdit la direction du nord, s’égara sur la nappe glacée et revint sur ses pas. Quand le jour pa-
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Fac-similé de la signature du P.'de Nouë.
rut, on ne voyait ni les bords du lac ni les îles dont il est parsemé en quelques endroits : les myriades de flocons de neige qui tombaient formaient un rideau impénétrable à l'œil humain. Durant toute la journée, le P. de Noüe erra sans boussole au milieu de la tourmente; puis, la nuit venue, il creusa un trou sur les bords d’un îlot, et il s'y abrita sans couverture, sans aliments et sans feu.
Le lendemain, il se remit en marche. Mais la neige se reprit elle aussi à poudroyer, implacable et couvrant la terre de son morne linceul. Le voyageur égaré passa prè: du petit fort, à demi enseveli sous l’avalanche et derrière l’invisible palissade duquel une poignée d'hommes surveillaient cette plaine désolée. Il ne l’aperçut pas et poussa quatre lieues plus loin en amont. C’est là qu’on le trouva deux jours après (2 février 1646), raide et gelé sur la neige. Son
chapeau était à côté de lui. — Le saint religieux avait voulu mourir, au milieu de l’affreuse tourmente, la tête découverte et à genoux. Il tenait encore les bras croisés sur sa poitrine, et de ses grands yeux ouverts il regardait le ciel!.
« Je sais bien, avait-il répondu à ceux qui lui proposaient un jour de rentrer en France pour y passer plus doucement sa vieillesse, je sais bien que la mission est chargée et que je tiens la place d’un bon ouvrier. Je suis donc prêt à la soulager et à obéir en tout. Cependant je serais bien aise de mourir sur le champ de bataille. »
Le vœu de l'intrépide soldat avait été exaucé. Mais sa mort suivait plusieurs autres morts, comme nous venons de le dire. En outre, un certain nombre de Pères, épuisés par leurs travaux et par les privations qu’ils avaient dû s'imposer dans les bois, étaient rentrés en Europe. Il en résultait des vides nombreux dans les rangs de la vaillante cohorte qui combattait au Canada, et il fallait bien prendre les mesures nécessaires pour les combler.
Les Supérieurs s’en préoccupèrent et ils préparèrent le départ d’un nouveau convoi de missionnaires. Cette fois, le P. G. Lalemant fut désigné. L’heureuse nouvelle lui parvint à Bourges, où il remplissait alors les fonctions de préfet du collège. Aussitôt, il partit pour Paris afin d'y faire ses adieux à sa famille ; ils n’eurent rien que de viril. Du reste, parmi ses sœurs, il s’en trouvait une — pricure du Carmel en ce temps-là — à qui, selon l'expression du P. Lalemant, « la grâce plus que la nature l’avait uni».