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Le P.G. Lalemant s’embarqua à la Rochelle, ler5 juin 1646. Avec lui passait pour la troisième fois dans la Nouvelle- France un vétéran, le P. Claude Quentin, alors procureur de la mission. Il était accompagné en outre des PP. Adrien Deran et Amable de Prétal, et d’un coadjuteur, le F. Masson. Le convoi était nombreux, la traversée fut belle, et, au mois de septembre, on arriva sans encombre devant Québec.
Les nouveaux venus trouvèrent la colonie dans un trouble profond. Après avoir longtemps guerroyé contre les Français, les Iroquois, touchés de la clémence du gouverneur, M. de Montmagny, qui avait remis en liberté quelquesuns de leurs prisonniers, sans leur faire aucun mal, s’étaient enfin décidés à traiter de la paix avec lui!. Mais
1, Champlain étant mort à Québec, le 25 décembre 1635, le roi, sur la présentation de la Compagnie des Associés, avait nommé pour lui succéder
c'était une paix de sauvages, beaucoup plus nominale que Rel réelle; car, sous prétexte de poursuivre la guerre contre que les Algonquins et les Hurons, les bandes iroquoises con- por tinuaient sans scrupule leurs incursions dans le pays. qu’ Echelonnées le long du Saint-Laurent, elles y dressaient ces des embuscades si meurtrières, que la navigation n’y était® hur possible qu’en courant les plus grands dangers. Les Hu- pois D. scal essa souc capt naie labr la m
Sur le’Saint-Laurent.
nu € rons n'osaient plus descendre le fleuve pour venir à Qué- ls c bec faire l’échange de leurs pelleteries. Avec une adresse fait < féline, les Iroquois se glissaient partout sans être aperçus. de p Rien ne leur coûtait pour arriver à leur but. Ils se creu- sus saient des tanières dans le sol, et ils y demeuraient tapis, us sans manger ni boire, pendant un ou deux jours, s’il le «t fallait. « J'aimerais quasi autant être assiégé par des Lu- s'étai tins que par des Iroquois, écrivait le P. Vimond dans la he garde
Charles Huau!t de Montmagny, chevalier de Malte. Le nouveau lieutenant-général était arrivé le 11 juin 1636 dans la Nouvelle-France. Il gouver- | 1 Il nait la colonie depuis ce moment-là. oncle ]
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Relation de 1645 (p. 18); les uns ne sont guère plus visibles que les autres; quand ils sont éloignés, on les croit à nos portes, et lorsqu'ils se jettent sur leur proie, on s’imagine qu’ils sont encore en leur pays. » C’est à l’improviste que ces sauvages bondissaient sur leurs victimes. Les femmes huronnes allaient-elles à leur champ pour y cueillir lu poignée de blé d’Inde, sobre ration du jour: elles étaient scalpées sur place et massacrées sans pitié. Les chasseurs essayaient-ils d'entrer dans la forêt? ils étaient entourés soudain, accablés sous le nombre et tués ou traînés en captivité. Les palissades derrière lesquelles se pelotonnaient les huttes ne mettaient pas toujours les habitants à
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Fac-similé de la signature du P. G. Lalemant!.
l'abri de la mort. « Tel Iroquois, écrivait le Supérieur de la mission huronne en 1642, aura le courage, étant tout nu et n’ayant qu’une-hache à la main, d’entrer seul dans les cabanes d’un bourg, pendant la nuit; puis, y ayant fait quelques meurtres de ceux qu’il y trouve endormis, de prendre la fuite pour toute défense contre cent et deux cents personnes qui le poursuivront cependant un et deux jours entiers. »
«Une troupe d’Iroquois, raconte le P. de Charlevoix, s'était approchée d’un village huron, dans le dessein d'y faire des prisonniers; ils trouvèrent qu’on y était sur ses gardes; mais ils ne purent se résoudre à se retirer sans
1. 1l est à remarquer que le P. Gabriel signe Lalement, tandis que son oncle le P. Charles signe Lalemant, avec un a.
avoir rien fait. Ils se cachèrent donc dans un bois et ils y passèrent la nuit, pendant laquelle un Huron, posté sur une manière de redoute, fit grand bruit pour montrer qu'il ne dormait pas. Vers le point du jour, il cessa de crier. Aussitôt deux Iroquois se détachent et, s'étant coulés jusqu’au pied de la palissade, ils y demeurent quelque temps pour voir s’ils n’entendraient plus rien. Personne ne soufflant, un des deux monte sur la redoute, y aperçoit deux hommes qui dorment profondément, donne à l’un un grand coup de hache sur la tête, lève à l’autre la chevelure, et s'enfuit. Le premier mourut sur-le-champ; au bruit que fit le second, tout le village fut en rumeur. On accourt, on trouve deux hommes étendus, l’un sans vie et l’autre perdant tout son sang. La jeunesse fut à l'instant sur pied; elle suivit longtemps les traces de l’ennemi; mais il avait trop d’avance et elle ne put le rejoindre !. »
Surpris ainsi au point du jour ou dans la nuit, nombre de villages avaient été pillés. Aussi la crainte, qui tenait tout le monde en alarme à Québec, avait tellement saisi les sauvages alliés que ceux d’entre eux qui étaient allés visiter les premiers Villemarie, n’osèrent jamais s'engager
1. Histoire et description générale de la Nouvelle-France, par le P. de Charlevoix, de la Compagnie de Jésus, Paris, Rolin, 1744. T. I, p. 273, 274. — À certains jours, les Hurons ne le cédaient pas en folle témérité à leurs féroces ennemis. À la suite du fait que nous venons de rapporter, trois d’entre eux se mirent en campagne et s’avancérent à vingt journées de marche sur le territoire iroquois. Ils arrivèrent alors près d’un village de Tsounouthouans. « Il était nuit. Toutes les cabanes étaient fermées et tout le monde dormait. Nos aventuriers s’avisèrent de percer une cabane par lc côté; ils y entrèrent sans que personne s’éveillât, ils y allumèrent du feu, et, à la lueur de la flamme, chacun choisit son homme, le tua et lui enleva la chevelure. Ils mirent ensuite le feu à la cabane et gagnèrent au pied. Ils furent poursuivis, mais inutilement, et ils arrivèrent dans leur village avec les marques de leur victoire. » Charlevoix, loc. cit.
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à venir s’y fixer pour y cultiver la terre, quoiqu'ils le désirassent tous. Ils auraient redouté, en s’éloignant de la colonie naissante pour la chasse et pour la pêche, de tomber dans quelqu’une des embuscades que leurs ennemis leur dressaient partout !.
Les colons eux-mêmes vivaient dans la terreur. On n'était plus au temps où Champlain, à la tête de quelques Hurons, marchait à la rencontre des Iroquois, s’avançait de vingt pas en avant de sa petite troupe, « couchait en joue son arquebuse où il avait mis quatre balles, suivant son propre récit, visait droit à l’un des chefs ennemis, le transperçait, blessait le guerrier qui suivait ce chef », et du même coup mettait toute la bande en fuite. Les Iroquois prenaient maintenant l'initiative en fait d'attaque. Tantôt ils massacraient un soldat qui, à la portée d’un mousquet du fort, plantait paisiblement du blé d'Inde dans un jardinet. Tantôt ils scalpaient un jeune homme qui tirait quelques cailles à trois cents mètres des retranchements. Le 12 décembre 1644, « la terre étant couverte d’un pied de neige, comme on ne pensait quasi plus à ces chasseurs d'hommes et que le froid se faisait sentir, sept soldats sortirent du fort Richelieu pour aller quérir du bois de chauffage. Ayant. chargé leur traîneau, ils le tiraient sur la neige, quand une bande se jeta sur eux à l’improviste. Les plus lestes et les moins embarrassées se défirent de la corde qu’ils avaient enlacée dans leur corps pour traîner leur charge, et se sauvèrent à la course, mais celui qui était le plus fortement lié au traîneau fut attrapé”, » et scalpé sur le terrain. Depuis ce temps-là, les soldats avaient
1. Histoire de la colonie française en Canada, t. II, p. 1. 2. Relation de 1645, p. 18.
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