‹ Au berceau de l'autre France [microforme]Chapitre 48 sur 90 · Rel jour de flambeau même ca « mes frl · texte numérisé non relu

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t-il à haute voix, voilà ce que c’est d’être chrétien : c’est faire état de la foi et non pas de sa vie. Faut-il qu’une fille nous fasse rougit de confusion ? On n'en voit que trop parmi nous qui deviennent sourds et aveugles : ils ferment l'oreille aux instructions qu’on leur donne ; ils mettent un voile devant leurs yeux, de peur de voir ce que la prière et la foi leur commandent. Prenons courage, demeurons fermes et constants. Que la faim, que la soif, que la maladie, que la mort même n’ébranlent pas la résolution que nous avons prise de croire en Dieu et de lui obéir jusqu’à notre dernier soupir... » « Ces petites harangues inopinées dedans l’église même, ajoute finement le narrateur, ont souvent de plus grands effets que les plus longs discours. Et le prédice*eur se tient très honoré en ces rencontres de devenir l’auditeur d’un sauvage... car on ne veut point leur ôter cette liberté, parce qu’elle est grandement profitable, et tant s’en faut qu’ils en abusent, qu'ils ne deviennent tous les jours que trop retenus au contraire en ces assemblées!. »

1, Relation de 1647, p. 43. Voici un autre exemple du même genre : « Le jour de la Purification de la sainte Vierge, le Père ayant distribué des flambeaux aux sauvages et donné l’explication de cette sainte cérémonie, le même capitaine ne peut s'empêcher de faire sa petite prédication. « … Ah! « mes frères, disait-il, que nous avons d'obligation à notre Père de nous «enseigner de si belles vérités! Concévez-vous bien ce que veut dire ce « feu que vous portez entre vos Imains? Il nous apprend que Jésus est notre « jour et notre lumière; que c’est lui qui nous a donné la foi et la connais- «sance; que c’est lui qui nous découvre le chemin des cieux. Ces flam- « beaux nous enseignent que tout ainsi que Jésus s’est consumé là-bas {pour notre salut, employant toute sa vie pour nous sauver, nous lui « devons rendre la réciproque, brûlant tous les jours de son feu et de son «amour, nous consumant comme ces cierges pour son service et pour sa « gloire, Il y a parmi nous des jeunes gens et des vieux, mais tous tendent «à la mort en vivant, car tout se consume. Oh! que nous serions heu-

« reux, si après nous être tous consumés pour Jésus, nous nous voyions « avec lui dedans sa gloire! » Eod. loc.

Si le discours nous a été exactement rapporté, on constatera que rien ne manquait à ces petites improvisations, pas même la péroraison qui conduit classiquement tous les auditoires à la vie éternelle, et on sera tenté de dire avec un des missionnaires de Sillery : « Il faudrait venir du bout du monde pour voir des sauvages peints de tant de couleurs parler de Dieu si ardemment et penser si soigneusement à leur salut. » Eod. loc., p. 50.

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État précaire de la mission huronne en 1648. — Le convoi du P. Bressani. — Surpris pendant la toilette. — Heureuse arrivée à Québec. — La flottille remonte le fleuve. — Le P. Lalemant est à son bord. — Le P. Bressani et ses

. tortures chez les Iroquois. — Joie des nouveaux missionnaires. — On aborde

à Sainte-Marie des Hurons. — Le pays ouvert aux plus redoutables incursions. — Ravage du bourg de Saint-Michel, — Saint-Joseph est saccagé à son tour, — Calme avant-coureur d’un orage. — Répartition des missionnaires nouveaux venus dans la mission, — Le P. Gabriel Lalemant est adjoint au P. de Brébeuf. — Touchante piété dont il est témoin. — Foi des sauvages dans l'épreuve. — L'orage éclate à l’improviste. — Surprise de Saint-fgnace. — Évacuation sur Sainte-Marie. — Défense et prise de Saint-Louis.

Cependant les nouvelles qui arrivaient de l’ouest étaient de jour en jour plus mauvaises. Hurons et mission se trouvaient dans une situation absolument précaire. En face de cette détresse, le P. Ragueneau, supérieur, organisa un convoi de descente vers Québec. Il choisit deux cent cinquante braves, qui prirent la résolution de mourir ou d’arriver jusqu'aux Français, malgré toutes les résistances de l’ennemi. La moitié environ de cette troupe était chrétienne. Le P. Ragueneau lui adjoignit un de ses religieux, le P. François Bressani. C'était un missionnaire particulièrement vaillant. Pris quatre ans auparavant par les Iroquois, il avait été barbarement torturé par eux. Mais la crainte de retomber entre leurs mains et d’avoir à subir les mêmes supplices ne le fit pas reculer. L’intrépide confesseur de la foi faillit redevenir la proie de ses anciens bourreaux. Après avoir fait plus de deux cents lieues de chemin sans rencontrer personne, le convoi approchait des Trois-Rivières. Trop confiants, comme toujours, les Hurons alignèrent leurs canots dans les joncs de la rive,

pour faire quelque toilette, afin de paraître dignement devant leurs alliés, les Français. Pendant qu’ils se peignaient le visage de diverses couleurs et qu’ils oignaient leurs cheveux de graisse, suivant leur coutume, une bande d'Iroquois fondit sur les premières barques. Heureuscement, l'alarme fut donnée à temps cette fois-là, et les méticuleux guerriers purent quitter assez tôt leurs huiles et leurs peintures pour repousser les ennemis. Comme on était en vue des Trois-Rivières, le reste du voyage se fit sans encombre, et, le soir même, les missionnaires de cette résidence chantaient un Te Deum d’actions de grâces avec les chrétiens du P. Bressani.

Lorsque, trois semaines après (6 août 1648), la flottille huronne, forte de soixante canots, s’apprêta à remonter le fleuve, elle était abondamment fournie de provisions de toutes sortes. Elle avait à bord une trentaine de Français pour la défendre, et elle amenaïit cinq jésuites : parmi eux se trouvait le P. Lalemant.

Ces nouveaux soldats de la croix savaient bien le péril qu’ils affrontaient. L’eussent-ils ignoré, un regard sur le P. Bressani le leur aurait appris : ses doigts coupés, ses mains tailladées portaient l’ineffaçable marque de la cruauté iroquoise. Mais ces membres mutilés témoignaient aussi en faveur de Jésus-Christ : « Montre-nous tes plaies, disait un Huron au confesseur de la foi revenu parmi eux : elles nous disent mieux que tu ne pourras le faire toi-même, quand tu parleras notre langue, que nous devons obéir à ton Dieu. » — « Ces doigts écrasés, disait un autre, me convertissent. Il faut que la Robe-Noire croie

1. Les compagnons du P. Lalemant étaient, outre le P. Bressani, les PP. Jacques Bonin, Adrien Greslon, Adrien Daran et le F. Noirclair.

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bien fermement ce qu’elle nous enseigne, puisque après avoir tant souffert à cause de nous elle revient encore joyeusement pour nous instruire et pour nous baotiser! »

C'était bien en effet sur les pas de la foi et de la charité que les nouveaux apôtres se disposaient à entrer dans le pays des Hurons. « Leur joie paraissait si grande sur leurs visages, écrivait plus tard le P. Jérôme Lalemant, qu'on eût dit qu’ils s’en allaient tous prendre possession d'une couronne et d’un empire. » Empire souhaitable entre

Le long de l'Ottawa.

tous que Dieu leur proposait réellement, couronne que la Miséricorde infinie destinait au P. Lalemant, et qu’il de-

vait recevoir dès les premiers jours dans l’arène où il allait s'engager |

La flottille arriva vers le commencement de septembre à Sainte-Marie des Hurons (1648); on l'y recut avec de vrais transports. C’est que le pays avait bien souffe:t durant son absence. L’abandon des villages qui en formaient la barrière naturelle l’ouvrait sans défense à toutes les incursions. Les Iroquois en avaient profité; ils y multipliaient leurs soudaines et redoutables irruptions. Saint-

Michel avait été saccagé par eux : femmes, enfants, vieillards, ils y avaient tout massacré pêle-mêle, puis le feu avait fait son œuvre et réduit toutes les cabanes en un monceau de cendres et de débris.

Surpris pendant l'absence de ses principaux guerriers, Saint-Joseph venait de subir le même sort (4 juillet 1648). Là était tombé sous la hache un missionnaire, le P. Daniel. Son sang était encore chaud, pour ainsi dire, quand le P. Gabriel débarqua dans la presqu'île huronne. Mais, comme s’il eût désaltéré la rage iroquoise, un calme profond succéda tout à coup aux horreurs de la guerre, et la tranquillité régna partout.

On profita de ce répit pour pousser vigoureusement l’'évangélisation de la contrée tout entière. En général habile, le P. Ragueneau attribua les quatre Pères nouveaux venus aux missions les plus laborieuses, afin qu'ils y scrvissent de seconds à ceux qui en étaient chargés. Ils devaient les aider dans les travaux ordinaires du ministère et apprendre en même temps la langue du pays. Quant aux quatre ouvriers rendus libres par cette mesure, le Père Supérieur les répartit pour y fonder de nouveaux postes dans un certain nombre d’autres bourgs.

Gabriel Lalemant fut désigné pour assister le P. de Brébeuf. Il se mit immédiatement à l’étude de la langue. Il y eut pour maître pendant trois semaines le P. Chaumonot. Ses progrès furent presque incroyables, nous rapporte celui-ci. C’est qu’il ne reculait devant aucune peine pour s'approprier l’idiome qui devait lui permettre de prêcher à ces sauvages le Sauveur crucifié. Cette étude était fort ingrate, comme nous l'avons dit. Mais il y était

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