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Partout la foi s'était augmentée au delà de toute espérance. À Saint-Ignace, à la Conception, à Sainte-Marie, à Saint-Jean, les chapelles se trouvaient trop petites pour
‘ le nombre des chrétiens, En quelques endroits, le mission-
naire était obligé de célébrer deux fois la messe pour que tout le monde pût y assister. Encore beaucoup de fidèles ne parvenaient-ils point à pénétrer dans l'église. On les voyait alors, massés devant la porte, assister au saint sacrifice, les pieds dans la neige et immobiles sous le vent d'hiver. Soir et matin, la cloche donnait le signal de la prière commune : ces pauvres gens, si harassés qu’ils fussent du travail de la journée, accouraient en foule. Un groupe de chasseurs partait-il en expédition, ils venaient auparavant faire bénir leurs flèches et leurs arcs par le Père. S'ils se préparaient à la pêche, ils lui apportaient leurs lignes et leurs filets. Les enfants imitaient la piété de leurs parents. « Quand les petites fillettes allaient dans la forêt couper du bois de chauffage, elles n'avaient pas d'entretien plus aimable que de dire leur chapelet. » Aussi le P. Paul Ragueneau ajoutait-il : « Pour moi, je n’aurais jamais cru, même après cinquante ans de travail, pouvoir contempler la dixième partie de la piété, de la vertu, de la sainteté dont j'ai été partout le témoin dans les visites que j'ai faites de ces Églises; et ce qui m’a le plus ravi, cest de voir que ces sentiments de foi soient entrés si avant dans des cœurs autrefois si barbares!. »
Le contraste devait être bien saisissant en effet. Ces
chrétiens exemplaires n’étaient-ils pas les mêmes sauvages qui, une dizaine d'années auparavant, venaient voir le missionnaire dans sa cabane, et, assis auprès du feu autour duquel ils fumaient leur calumet, discutaient de la saveur de l’Iroquois dévoré la veille, avec autant de placide indif. férence qu’ils en auraient pu mettre à parler d’un quartier d'ours ou d’une hure de sanglier?
Qui donc avait opéré cette transformation? La grâce, sans doute. Mais sous quelle impulsion ces sauvages lui avaient-ilsouvertleur cœur?
Sous celle de l'épreuve. Elle leur était venue souslatriple forme de la maladie, de la défaite et de la faim. Ce comble de misères aurait dû, semble-t-il, les fortifier dans leur croyance première que la prière qu’on leur appor-
Jeune femme sauvage.
tait les ferait mourir, que les missionnaires étaient des sorcicrs dont les sortilèges menaçaient leur vie et qu'ils agissaient de connivence secrète avec l'ennemi. Ce fut le contraire qui arriva : la souffrance leur apporta la lumière, et elle dessilla leurs yeux.
Sans doute il se trouvait encore des âmes faibles pour rappeler aux Pères que partout où ils entraient, la mort entrait avec eux. « Vous nous dites, s’écriaient-ils, que Dieu est plein de bonté, et lorsque nous nous rendons à lui il nous massacre. Les Iroquois, nos ennemis mortels, ne croient point en Dieu, ils n’aiment point la prière, et
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