‹ Au berceau de l'autre France [microforme]Chapitre 68 sur 90 · Le P. Jacques Frémin, mort à Québec, le 20 juillet · texte numérisé non relu

Le P. Jacques Frémin, mort à Québec, le 20 juillet

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Martyr, osons-nous dire. Un Souverain Pontife n’a-t-il pas donné par avance ce glorieux titre à l’infatigable apôtre des Iroquois? Lorsqu’au retour du P. Jogues en Europe, on demanda pour lui au Pape la permission de célébrer le saint sacrifice, malgré la mutilation de ses mains, Urbain VIII répondit : « Il serait indigne qu’un martyr de Jésus-Christ ne pût pas boire le sang de Jésus-Christ; Indignum esset Christi martyrem Christi non bibere sanguinem; » et il accorda la permission demandée.

Dans cette parole, nous saluons un présage. Puisse, par la miséricorde divine, l’Église le ratifier bientôt! Puisse-telle glorifier ainsi du même coup le héros qui est monté si haut dans le sacrifice, et le Dieu qui, après l’y avoir

poussé de sa main toute-puissante, l’y a si miséricordieusement couronné.

1. Le troisième concile plénier de Baltimore a signé un postulatum au Saint-Siège dans ce sens.

Le frère d’un vaillant marin, — Antoine Daniel, étudiant en droit, — Entrée en religion, — Une pépinière d'apôtres, — Le collège de Rouen et celui de Clermont. — Le collège d'Eu. — Départ pour Québec. — Première tentative pour monter chez les Hurons. — Apostolat à Québec. — Notre- Dame de Recouvrance, — La Terre promise.

NVOYEZ-NoUSs des gens de cœur, écrivait un jour à son Provincial, le Supérieur des missions huronnes; des hommes qui ne s’effrayent pas

PA à la vue des mille morts qu’il nous font souf-

frir en cherchant les sauvages dans leurs tanières, au fond

des grands bois. »

Jamais ce souhait si apostolique ne fut mieux exaucé que par l’arrivée du missionnaire qui débarquait, le 24 juin 1633, devant Québect. C'était un homme de taille moyenne, mais à l'aspect énergique, à l'œil vif, au geste net et décidé. Il était né à Dieppe, le 27 mai 1601. Sa famille paraît avoir joui d’une large aisance. Dans tous les cas, les Daniel étaient « très honnestes et tout à fait gens de bien », nous assure le P. Ragueneau. Ils étaient aussi de race vaillante. En 1629, l’un d'eux part de Dieppe avec quatre vaisseaux et une barque pour ravitailler Québec. Arrivé sur le grand banc de Terre-Neuve, il apprend de quelques marins qu’un Écossais, nommé Jacques Stuart, vient de bâtir un fort au Port aux Baleines, dans l’île du Cap-Breton, et qu’il soumet à un droit tous les pêcheurs

de morue qui jettent leurs filets dans ces parages. A cette nouvelle il n'hésite pas : la tempête a dispersé sa flottille, n'importe. Avec son seul vaisseau, il cingle vers le Cap. Breton, attaque le fort, le rase, fait construire un ouvrage plus considérable à l'entrée du Grand-Cybou, y arbore les couleurs royales et y laisse pour les défendre quarante hommes bien munis de provisions. Puis, il se remet en mer avec tous les Anglais prisonniers et il retourne en France, afin d’y rendre compte de sa campagne et d'y prendre les ordres du grand cardinalf.

Ce hardi marin était le frère de notre futur martyr. Celui-ci avait reçu au baptême le prénom d’Antoine. Il grandit en face de la mer, dont il prenait plaisir à contempler les flots du sommet des falaises : l’immensité l’attirait. Mais ce qu’il rêvait, quand son regard s’attachait ainsi pendant de longues heures à l'horizon, ce n'étaient pas les courses aventureuses des mariniers du Pollet? partant pour aller pêcher le hareng ou la morue, en affrontant mille tempêtes ; ce n'étaient pas davantage les découvertes si heureusement faites sur divers points du globe par certains armateurs de Dieppe, ni même leurs exploits maritimes contre les Portugais, les Espagnols et les Anglais. Il pensait aux peuplades qui habitaient le long du grand fleuve, sur les rives duquel des Dieppois venaient de jeter les fondements de Québec, et il appelait de ses vœux le moment où il lui serait permis de leur prêcher l'Évangile; car « il semblait n'être né que pour le salut de ces peuples et n’avoir point de désir plus violent que de mourir pour eux* ».

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