‹ Au berceau de l'autre France [microforme]Chapitre 78 sur 90 · LA · texte numérisé non relu

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Charles Garnier. — Ses premières années au collège de Clermont. — Les « escholiers » sur le Pont-Neuf, — La Samaritaine et les cabarets. — Le Petit-Châtelet et le tronc des prisonniers. — Quatre enfants au service de Jésus-Christ. — Charles Garnier gu noviciat de la rue de Mézières. — Re-

tour au collège de Clermont. — Professorat. — Le collège d’Eu et le P. de Brébeuf, — Sacerdoce. — Départ pour la Nouvelle-France.

MA HarLEs Garnier naquit à Paris, le 25 mai 16061, ie S au sein d’une famille aussi riche des biens de la terre que des biens du ciel. Il grandit dans cette atmosphère chrétienne comme dans un parc retiré et tranquille croît un lis. La tendresse jalouse de sa mère et la prudence d’un père qui, en matière de fidélité à Dieu, tenait à donner lui-même l’exemple à ses enfants, préservèrent Charles des atteintes qui auraient pu ternir son âme ou flétrir son cœur. Quand l’enfant fut en âge de commencer des études sérieuses, son père se demanda à quels maîtres il confierait cette jeune intelligence qui regardait si curieusement la vie. Mais son hésitation ne fut pas longue : Louis XIII venait d’autoriser les Jésuites à rouvrir le collège de Clermont. Charles prit place parmi les élèves qui s’y pressèrent et il en suivit les cours. |

Ses heureuses tendances s'y développèrent. I! avait le

1. C’est par erreur que les Relations le font naître en 1605 (année 1650, p. 10).

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cœur largement ouvert à ce qui était noble, grand, et naturellement incliné vers la pitié. Quelques traits empruntés à cette période de sa vie nous le prouvent. Comme il paraît bien que les pères l’ont fait de tout temps et comme ils le font encore de nos jours, son père lui allouait périodiquement une petite somme, à titre d'argent de poche et pour faire face à ses menus plaisirs : c’est ce qui s'appelle « la semaine », en style d'écolier. Les jours de sortie, les élèves du collège de Clermont n'étaient pas en peine pour dépenser ce léger pécule. Volée de moineaux aux champs, ils s'éparpillaient de tous côtés et se répandaient dans les jeux de paume de la montagne Sainte- Geneviève, afin d’y organiser quelque attachante partie. D’autres fois, à travers les ruelles en coupe-gorge et les passages étroits, encombrés d’échoppes et d’auvents, qui conduisaient à la Seine, ils descendaient vers le Pont-Neuf. La foule incessante et bariolée des cavaliers et des piétons,

des carrosses et des chaises à porteurs qui s’y pressait,

était pour eux un spectacle toujours nouveau. Les charlatans, diseurs de bonne aventure, vendeurs d’orviétan et marchands de faucons qui y avaient élu domicile ne les y attiraient pas moins. On écoutait leurs quolibets et leurs chansons; on allait à la Samaritaine, pompe hydraulique construite sur le second pilier du pont, voir le jacquemart qui frappait les heures, puis on se rendait en troupes dans certains cabarets de la Cité, entre le Palais et Notre-Dame, « pour y faire bonne chère ». Garnier n’y suivit jamais ses condisciples. « Comme il était de la Congrégation de Notre- Dame, qui défend aux jeunes gens d'entrer dans de semblables lieux, » écrit le P. Ragueneau, il restait fidèle à sa règle. Au besoin, il attendait ses camarades à la porte

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du cabaret, sans aucun respect humain. Quant à ses économies d'étudiant, il les réservait à un emploi plus noble qu’à se procurer le plaisir d’une partie de jeu de paume : c'est à la charité qu'il les consacrait. Les jours de congé, on le voyait parfois descendre la rue Saint-Jacques et se diriger vers le Petit-Pont. Là se dressait la masse sombre et lépreuse du Petit-Châtelet.

Charles s’engageait dans l’étroite allée voûtée qui perçait la vieille geôle et il allait déposer son aumône dans le « tronc des prisonniers ». Il lui arriva d'y vider sa bourse tout entière, au rapport d’un de ses frères, tant la compassion avait déjà de puissance sur son cœur.

Si le cœur était noble dans notre jeune étudiant, l’intelligence n’était pas moins brillante en lui. Les succès qu’il eut pendant le cours de ses études le démontrent bien.

, ‘ À Le collège de Clermont, à Paris :

Faut-il attribuer aux espéran- le-Camipanilé,

ces que ces succès avaient fait

concevoir à son père les difficultés que le jeune homme rencontra, quand il voulut entrer en religion? Peut-être. Toujours est-il que les résistances qu’on lui opposa furent vives. Pourtant M. Garnier était un chrétien plein de générosité vis-à-vis de son Dieu, car il devait lui donner quatre de ses fils : le P. Charles, dont nous parlons, le P. Henry de Saint-Joseph, qui entra chez les Carmes, le

P. Joseph de Paris, qui mourut fils de saint François, aux Capucins, et un autre qui reçut les ordres dans le clergé séculier. Mais le sacrifice que Notre-Seigneur demande en pareilles circonstances à un père est si dur que le Transeat de Gethsémani monte naturellement aux lèvres des meilleurs d’entre eux. Heureusement, M. Garnier était d’une foi trop vaillante pour s'arrêter à mi-route de la prière divine, et, après avoir essayé d’écarter le calice, il finit, comme son Maître, par l’accepter.

Le 5 septembre 1624, Charles Garnier entrait au noviciat que les Jésuites avaient ouvert, douze ans auparavant, à Paris, à l'angle de la rue de Mézières et de la rue Pot-de-Fer!.

« Mon Père, dit M. Garnier au P. Jean Broussauld, maître des novices, en lui remettant son fils, si je n’aimais votre Compagnie par-dessus tout, je ne vous donnerais pas un enfant qui depuis sa naissance jusqu’à maintenant n’a jamais commis aucune désobéissance et ne m'a jamais

1. Cette maison était installée dans l'ancien hôtel de Mézières, qui avait été donné à la Compagnie de Jésus par la dame Madeleine Luilier, veuve du sieur de Sainte-Beuve, conseiller au Parlement. A la suite d’acquisitions ultérieures, elle s'étendit considérablement et embrassa à peu près tout l'espace compris entre les rues Pot-de-Fer, Mézières, Cassette et Honoré- Chevalier, L'église, élevée sur les dessins du Frère Martel-Ange, fut construite aux frais de François Sublet des Noyers, secrétaire d'État à la guerre. Fort peu spacieuse, « elle est, dit Félibien, une des plus régulières qui soient dans Paris ». (Hist, de la ville de Paris, 5 vol. in-fol. Desprez, Paris, 1725. T. Il, p. 1102.) Le maître-autel, décoré par Mansard, était surmonté d’une toile du Poussin: Saint François Xavier ressuscitant un mort au Japon. Ce tableau est au Louvre aujourd’hui. L'église du noviciat renfermait plusieurs autres morceaux remarquables : un Christ prêchant, de Stella; une Vierge, de Vouet, et un superbe Christ, sculpté par Sarrasin. (Paris ancien et moderne, par J. de Marlès, 3 vol. in-4. Paris, Parent-Desbarres. T. I", Pe 454.)

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causé le moindre déplaisir. » Il y a des éloges qui engagent l'avenir d’une façon téméraire : celui-ci n’en était-il pas? Le nouveau religieux prouva le contraire. « Dès lors, il paraissait un ange, écrit son Supérieur, et sa modestie était si rare qu’on le proposait à tous les autres comme un miroir de sainteté. »

Le noviciat des Jésuites, rue Pot-de-Fer, à Paris.

Cette perfection ne se démentit point pendant deux ans. Aussi, le noviciat terminé, ne fit-on aucune difficulté pour admettre le jeune novice aux premiers vœux (1626). Charles passa alors de la rue Pot-de-Fer à ce collège de Clermont qu’il avait quitté deux ans auparavant. Mais il y revenait, heureux et fier, sous les livrées de Jésus-Christ. Il y vécut trois années qui furent consacrées par lui à l'étude de la

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logique, de la physique et de la métaphysique (1626- 1629). Puis il fut envoyé à Eu!,' où il enseigna successivement la cinquième, la quatrième et la troisième, de 1629 à 1632.

C'est là qu’il eut le bonheur de rencontrer le P. de Brébeuf, alors procureur de ce collège. Chassé du Canada, après la prise de Québec par les Anglais, le fondateur de la mission huronne avait été contraint de retourner en France. Mais il y avait emporté, indéracinable au fond de son cœur, l’amour de ses pauvres sauvages. Dans les promenades qu’il fit avec le P. de Brébeuf sous les chênes de la forêt, — quand au collège les classes chômaient, — le jeune scolastique dut maintes fois prier l’ardent apôtre de lui parler de ses chères missions. La montée du grand fleuve avec ses péripéties dramatiques, l’hivernage dans les bois au milieu des neiges, les chasses faites en compagnie des Hurons, les mœurs et les coutumes de ces peuplades, leurs assemblées, leurs festins, leurs expéditions guerrières, quelle inépuisable mine de récits intéressants pour un jeune homme de vingt-cinq ans! Nous tromperions-nous beaucoup en pensant que les premiers germes de la vocation apostolique du P. Garnier datent vraisemblablement de cette époque? Quoi qu’il en soit, ils ne tardèrent pas à éclore. Charles était revenu à Paris pour étudier la théologie au collège de Clermont, quand il sollicita de ses Supérieurs la faveur de passer au Canada. Ceux-ci accueillirent bien sa requête : la mission était dure, elle réclamait des ouvriers au cœur ferme et à

1. Ce collège avait été fondé en 1581 par le duc de Guise (le Balafré). Il s’ouvrit dans les premiers jours de janvier de l’année suivante.

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la vertu trempée; le jeune théologien n'’était-il pas dès lors tout désigné pour prendre place dans leurs rangs? Mais une condition fut pourtant mise à son départ : il lui faudrait au préalable obtenir le consentement de son père. L'obstacle parut tout d'abord insurmontable. M. Garnier ne pouvait se résoudre à cette seconde séparation, bien autrement douloureuse que celle qu'il avait acceptée dix ans auparavant. Mais le futur missionnaire ne se découragea point. Les difficultés qu'il rencontra enflammèrent d'autant plus son zèle qu'elles se multipliaient davantage sous ses pas. Pour le soutenir dans cette lutte, Dieu lui donna dès lors comme la vision sanglante de la mort qui lui était réservée, et ces pressentiments furent à la fois si puissants et si doux que jour et nuit Charles ne songeait plus qu’à la conversion des sauvages : son unique désir était d'y sacrifier sa vie jusqu'à son dernier souffle. Aussi, larmes, prières, mortifications continuelles, il employa tout pour obtenir la réalisation de ce souhait de son âme, en triomphant des tendres résistances de son père. Le combat fut long, mais, après un an de durée, il prit fin; la foi demeura maîtresse du champ de bataille et le consentement requis fut accordé.

Le P. Garnier était alors en quatrième année de théologie. Trois mois auparavant, il avait reçu le sacerdoce au pied du même autel que le P. Isaac Jogues, son compe gnon d’études au collège de Clermont. Comme ils s'étaient inclinés ensemble sous la main du pontife qui leur conférait l’onction sacerdotale, les deux futurs martyrs quittèrent aussi la France le même jour. Ils appareillèrent de Dieppe, le 8 avril 1636. Formée de huit vaisseaux, la flotte qui les emportait vers les rives canadiennes était placée sous les

ordres de Duplessis-Bochard et elle avait à bord le nouveau gouverneur de la Nouvelle-France, le chevalier de Montmagny. La traversée fut heureuse, et, dans la nuitdu ro juin, deux mois après avoir quitté la patrie, le nouvel apôtre mouilla devant le fort de Québec.

ouveau 2 Mont- 10 juin, L'apôtre

La mission du Canada en 1636, — Le P. Garnier, à peine débarqué à Québec, est envoyé chez les Hurons. — Arrivée à Sainte-Marie, — Le festin de bienvenue, — Premier baptême, — Horrible tragédie, — Supplice d’un prisonnier iroquois. — Successeurs des apôtres,

La mission du Canada s’étendait alors sur une ligne de plus de seize cents kilomètres, depuis l’île du Cap-Breton

jusqu'aux rives du lac des Hurons. Elle était desservie

par dix-huit prêtres et par six Frères et elle comptait six postes : Saint-Louis de Miscou, Québec, Notre-Dame des Anges, le Cap-Breton, les Trois-Rivières et la mission huronne. Cette dernière était située sur la côte orientale du lac qui porte encore son nom, et elle embrassait tout le territoire occupé par les vingt villages entre lesquels se répartissaient les trente à trente-cinq mille âmes qui composaient la nation des Hurons. On fondait de grandes espérances sur elle, car c’est par cette trouée qu’on tendait à ouvrir à la civilisation et à la foi les immenses contrées de l'Ouest. Il y avait donc un intérêt capital à semer au milieu de ces peuplades les salutaires enseignements de l'Évangile. Les missionnaires s’y employaient de toute leur âme; mais si la religion commençait à germer parmi ces sauvages, ses progrès étaient lents et difliciles et ils s’achetaient en outre au prix des plus dures fatigues et des dangers les plus rebutants. k

En foulant pour la première fois le sol du Canada, objet des ardentes aspirations de son cœur d’apôtre, le P. Gar-

nier avait ressenti une joie immense. Il ne se doutait pas que la délicatesse de la Providence lui réservait un autre bonheur qu’il n’aurait jamais osé espérer à si bref délai, D'ordinaire, les nouveaux missionnaires étaient retenus dans les stations méridionales afin de s’y acclimater et de s’habituer peu à peu aux rudes privations qu'ils étaient destinés à supporter. Ils profitaient de cette sorte d’apprentissage pour prendre contact avec les sauvages qui descendaient le Saint-Laurent au moment de la traite, et pour se former à leur langage. C’est dans ce but que le P. Gar-

Tadoussac.

nier et le P. Chastellain, qui était arrivé avec lui à Québec, s’embarquèrent le 1° juillet, pour les Trois-Rivières, afin d'y aitendre les Hurons. Ceux-ci ne descendirent pas en grand nombre tout d’abord. Il en arriva sept pourtant vers le milieu du mois. Au moment de repartir, l’un d’entre eux demanda au Supérieur si aucune Robe-Noire ne monterait cette année-là dans son pays. Il insista afin qu’il n’en fût pas ainsi. « Pourvu qu’on lui fournit un canot, ajoutait-il, car celui avec lequel il avait descendu le fleuve était trop chargé déjà, il se chargeait de conduire le Père au pays des Hurons. » Le frêle esquif fut bien vite trouvé, comme on le pense. Alors, les gens de l’autre canot déclarèrent qu'on ne pouvait pas séparer les deux Pères,

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qu’il leur fallait une Robe-Noire à eux aussi et qu’ils ne partiraient pas sans elle. Ces instances parurent si providentielles au P. Le Jeune qu’il ne voulut pas s’y refuser. Il distribua deux ou trois couvertures et quelques capotes aux sauvages, mit dans chaque embarcation un barillet de pois, une petite caisse de pruneaux et un peu de pain comme provisions de bouche, et, une heure après, le P. Garnier et le P. Chastellain voguaient doucement sur les eaux du grand fleuve, en route vers le lac des Hurons (21 juillet 1636).

Le trajet se fit sans fatigues extraordinaires, les voyageurs étant tombés entre les mains de bons sauvages qui les traitèrent doucement. « Dieu soit béni à jamais, écrivait Garnier le 8 août. Nous voici aux Nipissiriniens depuis hier, si joveux et en si bonne santé que j'en suis tout honteux. Car, si j’eusse eu assez de courage, je ne doute pas que Notre-Seigneur ne m’eût donné un bout de sa croix à porter, comme ïl a fait à nos Pères qui ont passé avan. nous... Mais il a traité l'enfant comme

un enfant : je n’ai point ramé, je n’ai porté que mon sac..

excepté depuis trois jours où j'ai dû prendre aux portages un petit paquet qu’on ina orésenté, parce qu'un de nos sauvages est tombé miaiadz. N'est-ce pas là être traité en enfant? Nous scx.1.es arrivés à l’île, la veille de Saint- Ignace. Nous y achetäres du blé d'Inde, nos pnis nous manquant. Ce blé nous a conduits jusqu'ici, nos sauvages n’en ayant serré en av.cun lieu; au moins ils n’en ont trouvé qu’une cache. Quant au poisson, nous n’en avons guère rencontré jusqu’à présent. »

Malgré ces privations, les deux missionnaires « s’en allaient tout courant dans leurs gonsici:s d'érorce, volant

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318 CINQYUIÈME PARTIE

à ce paradis si désiré avec un surcroît de courage », comme ils le disaient dans une autre lettre. Le soir venu, ils cabanaient ensemble au milieu des roches désertes, et, à l'aube, ils se rembarquaient joyeux, en chantant quelque cantique, pendant que les avirons battaient les flots.

Enfin, le 14 août, ils arrivèrent à Sainte-Marie, à quelques heures de distance l’un de l’autre. Grande joie pour leurs frères de la mission! Le festin de bienvenue fut improvisé en un clin d’œil. Aussi bien n’exigeait-il p:: beaucoup d’apprêts : une poignée de petits poisson ::c° avec un peu de farine, plus quelques épis nouveaux rôuis à la façon du pays! Mais, si ce banquet éait maigre, l’allégresse de tous était sans bornes ; si bien que, au dire d’un des assistants, elle semblait un reflet sur la terre äu bonheur que goûtent au ciel les bienheureux!

Deux semaines après, le P. Garnier eut la consolation d’administrer pour la première fois le baptême sur cette terre paienne. Il le conféra à un petit enfant, qu’il nomma Joseph. C’étaient les prémices d’un apostolat qui devait être bien fécond. Mais, comme pour lui laisser entrevoir ce qu’il pourrait lui en coûter un jour, Dieu permit que presque aussitôt le nouvel apôtre fût le témoin d’un spectacle auquel les plus vieux missionnaires n’assistaient jamais sans horreur.

Un prisonnier iroquois venait d’être amené à Aroutaen. Dans l’espoir de le convertir avant la fin du supplice qu'un lui préparait, le P. de Brébeuf, surmontant une fois de plus ses répugnances, résolut d’assister ce malheureux. Il prit pour compagnons Ch. Garnier et Le Mercier.

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« Nous vîimes venir de loin ce pauvre misérable, raconte ce dernier!. Il chantait au milieu de trente ou quarante sauvages qui le conduisaient. Il était vêtu d’une belle robe de castor; il avait au cou un collier de porcelaine et un autre en forme de couronne autour de la tête. Il se produisit un grand concours à son arrivée; on le fit asseoir à l'entrée du bourg, et ce fut à qui le ferait chanter. Je dirai ici que jusqu’à l'heure de son supplice, nous ne vîmes exercer à son endroit que des traits d'humanité. Aussi bien, avait-il été déjà assez malmené dès le moment de sa prise : il avait une main toute brisée d’un caillou, et un doigt, non coupé, mais arraché par violence; pour l’autre main, il en avait le pouce et le doigt d’après emportés d’un coup de hache, et, pour tout emplâtre, quelques feuilles liées avec des écorces; il avait les jointures des bras toutes brûlées, et en l’une une grandeincision. Nous nous approchâmes pour le considérer de plus près : il leva les yeux et nous regarda fort attentivement ; mais il ne savait pas encore le bonheur que le ciel lui préparait jar notre moyen au milieu de ses ennemis... Cependant on it, apportait à manger de tous côtés, qui du sagamité, aui des citrouilles et des fruits... Mais il fallait lui mettre ik: morceaux jusque dans la bouche, étant incapable de se servir de ses mains : elles lui causaient en effet de telles douleurs et lui cuisaient si fort qu’il demanda à sortir de la cabane pour prendre un peu d’air. Cela lui fut accordé incontinent,. Il se fit développer ses mains : on lui apporta de l’eau pour les rafraîchir. Elles étaient à demi pourries et toutes grouillantes ac 7ers. Il pria qu'on lui tirât ces v.:: qui lui rongeaient jusqu'aux moelles et lui faisaient,

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