‹ Au bois joliChapitre 10 sur 22 · PETIT SOLDAT · texte numérisé non relu

PETIT SOLDAT

« Je VOUS apprendrai la suite A la prochaine leçon; Vraiment, je suis bon garçon.

Je vous apprendrai la suite; Vous serez très bien instruite.

a Mais je tarde et l'on m'attend.

Serviteur, la compagnie!

Adieu! la farce est finie.

Mais je tarde et l'on m'attend.

Consolez-vous en chantant. »

— « Eh! Jean de la verte-épine.

Puisque vous partez si tôt, N'oubliez pas votre ëcot.

Eh ! Jean de la verte-épine, Au moins, pavez la chopine. »

— « Fi! la belle, vous rêvez.

J'ai travaillé pour vous plaire; N'aurai-je pas mon salaire?

Fi! la belle, vous rcvez!

C'est vous qui me redevez.

« Pourtant, je vous en fais grâce.

Le surplus sera pour vous.

Achetez-en des bijoux.

Pourtant je vous en fais grâce; Vive le printemps qui passe!

■J4 AUBOISJOLI

« Vivent les soldats du roi!

Ils font, sans qu'il leur en coûte, L'amour, en buvant la goutte.

Vivent les soldats du roi!

Ils auront toujours de quoi. »

Picolo

t^-in père 'Balland.

TICOLO

Qu 1 vous a donné Ce joli nez rouge ?

Qui vous a donné Ce merveilleux nez ?

C'est le picolo Qu'on boit à Montrouge, C'est le picolo D'Asnières sur l'eau,

Un cru sans façons, Tout à fait aimable, Un cru sans façons, Pour les bons garçons,

Un picton suret, Oui-da, mais bon diable, Un picton suret Qu'on liche d'un trait.

38 AUBOISJOLI

Ce roi des lurons, Vrai fils de la grappe, Ce roi des lurons.

Grand maître en jurons.

N'a jamais porté La santé du pape, N'a jamais porté Si noble santé.

Le damné coquin Joue au sans-culotte, Le damné coquin Est républicain.

C'est le grand ami De la gibelotte.

C'est le grand ami Du chat en salmi.

Il n'est point cousin Des ducs de Bourgogne, Il n'est point cousin De Jean du Raisin.

Il saura pourtant Vous dorer la trogne, 11 saura pourtant Vous plaire en chantant-

Le plus fin danseur Qui soit sous la treille.

Le plus fin danseur.

Le plus gros farceur.

Un être falot.

Chapeau sur l'oreille.

Un être falot.

Un son de grelot.

Fillettes d'amour

Qu'en tous lieux on nomme.

Fillettes d'amour,

La gaité du jour,

Rendez-vous sans peur Au.x mains du brave homme.

Rendez-vous sans peur.

11 n'est pas trompeur.

Même il prête aux gens Sa bonne entremise, jVléme il prête aux gens Ses soins obligeants.

Il a bientôt fait Sauter la chemise, 11 a bientôt fait...

Son petit effet.

Le Nain

^4 Emile "Brousse.

LE ^o^/^

QUAND la nuit est brouillée, Le nain vert du Maupas Va prendre ses ébats Dans la foret mouillée.

Autour d'un champignon Bravement il gambade:

Une lune malade Lui sert de lumignon.

D'abord il est très digne, Et marche à pas comptés.

Tout à coup, écoutez !

Le voilà qui trépigne.

Plus agile qu'un chat, Bondit le petit homme.

Flic, flac ! A lui la pomme Pour battre un entrechat.

Il clame, gesticule Ou s'esclaffe à présent; Et c'est fort amusant, Bien qu'un peu ridicule.

— « Hourrah, hourrah trois fois

Pour la princesse Elaine,

La gente châtelaine

Du donjon dans les bois.

« Elle a la taille souple, Elle est faite au compas.

Dites, ferions-nous pas.

Tous deux, un joli couple?

« C'est en vain que le roi L'a deux ans courtisée, Elle s'est avisée D'être folle de moi.

« Tout le jour, sous les roces,

Elle rêve au jardin

A son petit badin

Qui lui fera des choses.

« Coiffés de liserons, A la saison prochaine, Nous irons sous un chêne Et nous nous marierons. »

Et riant comme douze :

— « Je suis un scélérat.

Hourrah, hourrah, hourrah Pour ma future épouse! »

Pareil à ceux d'enfer Qui n'ont plus face humaine.

Le nain court, se démène.

Jette sa toque en l'air,

La reprend, la relance.

Exécute un plongeon, Sur la pointe d'un jonc Tremblote et se balance.

Son corps d'hurluberlu Craque et se décarcasse ; Une affreuse tignasse Couvre son nez poilu.

Aux hurlements qu'il pousse Le bois s'est éveillé; Tout un monde a grouillé Dans l'herbe, sous la mousse.

Dame Lune pourtant, Qui ne peut pas descendre.

Regarde sans comprendre Et bâille en écoutant.

Ballade

A Victor Vaiilprc

'BcALL^VE

LES sorcières de Thcssaiie Savent le charme qui foudroie Et vous diront comment on lie Deux cœurs d'un léger fil de soie.

• — • Bah! me prenez-vous pour une oie? Avec sa voix musicienne, Sa bouche en fleur, ses veux de joie, Toute femme est magicienne.

L'une est princesse de folie,

Toujours elle chante et festoie.

L'autre a quelque mélancolie;

Volontiers son cœur s'apitoie.

C'est pour le mieux. Mais qu'on m'en croie,

Voluptueuse Égyptienne

Ou pâle ombre de Millevoye,

Toute femme est magicienne.

fO AU BOIS JOLI

Faisons donc, amis, chère lie Des biens que le ciel nous envoie; Celle qu'on aime est si jolie!

Pour vaincre il suffit qu'on la voie.

Qu'elle vienne de Courbevoie, De Copenhague, de Sienne, Ou du fin fond de la Savoie, Toute femme est magicienne.

Lise est brune et Manon rougeoie.

C'est toujours la même antienne.

Toujours le printemps qui verdoie; Toute femme est magicienne.

L'Éternelle Chanson

^ Gfoiî^i's 'Bois.

L'ÉTET15^ELLE C H ^ C^S 0 ^

JAi mis mon cœur A la fenêtre.

Qui veut connaitre L'oiseau moqueur?

Venez ensemble, Blonds et châtains, Vieux galantins Dont la main tremble;

Venez, bourgeois.

Magistrature, Gens de nature, Bons villageois;

Arrivez, minces Poëtereaux, Godelureaux, Nobles et princes.

f4 AU BOIS JOLI

Et VOUS, soudards Du roi d'Espagne Dont j'accompagne Les étendards,

Et vous, moroses Ou gais sonneurs, Tambourineurs Du bois des roses !

Gros et menus, Meilleurs ou pires.

Soyez, messires.

Les bienvenus!

C'est chose due, Que votre amour.

Vite une cour Très assidue!

Je sais fort bien Que je suis belle; Pas de rebelle !

On n'y peut rien.

Allez, esclaves, Allez gaiment.

C'est le moment; Partez, mes braves !

l'éternelle chanson ff

Sages et fous, Entrez en lice!

Pour votre Alice Éborgnez-vous 1

Croisez vos battes.

Beaux Arlequins!

Marchez, faquins, A quatre pattes!

Baisez, tremblants, Tous à la queue.

Ma robe bleue A sept volants.

Au son des flûtes De bois dore, Moi, je rirai De vos culbutes.

La Folie de Titania

kA tAry %ciiaii.

Lo4 FOLIE VE TlTo4^Io4

aître William nous a jadis conté De qui s'éprit la reine de féerie

En cette nuit tendre et folle d'été.

Un àne... Eh oui! Pourquoi non, je vous prie Un àne donc, et des plus saugrenus, Émut d'amour la princesse fleurie.

Qui n'a souri des propos ingénus Que tint la fée à cette heureuse bête, En l'entourant de ses divins bras nus?

Tenez pour sur qu'il était à la fête.

En si beau cas, l'aventureux grison.

Que ne m'a-t-il repassé sa conquête,

Il avait tout, roses, lys à foison.

Une Immortelle était sa ménagère.

Bien doucement on baisait sa toison. •

Mais ce ne fut qu'une ivresse légère Qui, Puck aidant, s'évanouit bientôt, Rien qu'un éclair dans la nuit mensongère.

Titiana revint à son château.

Bottom, déchu de toute poésie, Redevint homme et reprit son marteau.

Un rêve. Soit. Vive la fantaisie, Quand on lui met la bride sur le cou ! Vivent les vers! U n'est telle ambroisie.

Mais je soutiens qu'Obéron était fou D'avoir ainsi tenté sa bonne femme.

Maris, maris, prenez garde au coucou.

Je vous entends : « Rien à craindre. Madame Est, nul n'en doute, un dragon de vertu. » Hélas! un jour il faut changer de gamme.

Vienne à passer quelque singe vêtu; Q^Li'il ait bon bec, œillade polissonne, Et c'en est fait de ce pauvre fétu.

LAFOLIEDETITAMA 6l

Chacun de rire. On glose, on vous chansonne. — Fût-ce d'ailleurs un âne consommé, A vos moitiés ne présentez personne !

Car le grand W'ill était mal informé.

Il n'a pas su tout le fin de l'histoire De la folâtre avec son bien-aimé.

Pourtant, Dieu sait! l'aventure est notoire. Hier, chevauchant au royaume des fleurs. J'ai vu la belle en son vert oratoire.

Quelle pitié! Je l'ai vue, et des pleurs Amèrement ruisselaient sur sa ioue.

La rose pourpre a perdu ses couleurs.

D'un geste brusque elle tord et secoue Sa chevelure au long de ses bras blancs. Ses yeux moqueurs font aujourd'hui la moue,

Parfois, songeuse, elle marche à pas lents. Sur le sable d'or fin, par les allées De son parterre aux fruits étincelants.

62 AUBOISJOLI

Elle frôle, en passant, les giroflées

Et son regard semble chercher aux cieux

Un tourbillon d'abeilles envolées.

Mais Puck est là, le damné curieux, Qui du plus haut d'un amandier l'épie.

Vite elle fuit au bois délicieux.

Sous le feuillage, un moment assoupie, Flotte et poudroie une image d'amour.

Gare, princesse, aux cancans de la pie!

Voyez plutôt : madame est à sa tour.

Plumes au vent, la vieille babillarde Va croassant les nouvelles du jour.

Très affairée, elle écoute et regarde.

Sans perdre un mot de tout ce qu'elle entend.

Belle amoureuse, ô reine, prenez garde!

Bah ! bah ! La fée est déjà vers l'étang.

Par le sentier qui mène à la folie

Son cœur léger s'en va tambour battant.

Parmi les fleurs, au bord de l'eau jolie, Elle défaille et succombe soudain Au poids trop lourd de sa mélancolie.

Page 1