‹ Au bord de l'abîme; drame en un acteChapitre 12 sur 16 · SCENE IX · texte numérisé non relu

SCENE IX

DASTAGNE, ANTOINE

ANTOINE

Qu'est-ce qui te prend?... Tu refuses d'accueillir ma fiancée?

dastagne, qui suffoque de rage.

Ta fiancée?... Ta fiancée!... Je ne sais ce qui me retient... Misérable! Escroc!

Antoine, sons s'émouvoir.

Bon! La concierge m'a cafardé.

dastagne Bandit! Canaille!

ANTOINE

Tu as reçu une visite?

dastagne, qui croit V effrayer.

J'ai vu monsieur Férambois.

ANTOINE

Le patron est venu ici... Alors quoi? La police est préveaue? Ton fils va être arrêté? Tant pis! j'irai coloniser la Nouvelle... C'est ta faute ; si tu m'avais

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remis les cinq cents balles tout de suite, je prenais le rapide pour Genève... La police restait chocolat.

DASTAGNE

Voilà les remords que tu éprouves?

ANTOINE

J'ai les remords d'avoir manqué le train. dastagne, éperdu, suppliant.

Antoine!... Antoine! Dis-moi que tu as cédé à un moment de vertige, de folie!... Voyons! Ressaisistoi!... Tu peux encore réparer ta faute. Va voir ton directeur. Tu lui exprimeras ton repentir... Tu rembourseras ce que tu pourras... Je t'aiderai. J'ai déjà <!it à M. Férambois que je répondais des sommes que tu as détournées.

Antoine, vivement, avec joie.

Férambois n'a pas déposé de plainte?

DASTAGNE

J'ai rendez-vous avec lui demain ; nous tâcherons de nous entendre, d'arranger l'affaire.

Antoine, joyeux.

Tu es un bon père... Combien réclame-t-il ?

DASTAGNE

Vingt mille francs tout de suite.

ANTOINE

Que ça ?

DASTAGNE

Tu t'es approprié davantage?... Le directeur me l'a laissé entendre... Ne me cache rien... Dis-moi la somme exacte... Tu n'as pas tout dilapidé?... Il te reste quelque chose?

ANTOINE

Tu sais,... ma comptabilité est un peu flottante... J'échappe au mandat, c'est l'essentiel.

2b AU BORD DE L ABIME

DASTAGNE

Je suis décidé à me saigner pour toi, mais tu vas me promettre de changer de conduite, Antoine. Je veux que tu te relèves. Par mes relations, je te trouverai une nouvelle place.

ANTOINE

Ça non, c'est inutile. Je suis brûlé à Paris.

DASTAGNE

Nous chercherons en province.

ANTOINE

Le mieux pour moi est de gagner dare dare un port italien... Je m'embarque de là pour la Chine.

DASTAGNE

C'est fou. Sur quoi comptes-tu pour vivre?

ANTOINE

Ne te bile pas pour ton fieu. J'ai du pognon à l'ombre... As-tu lu dans ton quotidien le cambriolage du faubourg Saint-Honoré !

dastagne, qui cherche.

Pourquoi cette question?... Dans une église... un vol de vases sacrés ?

ANTOINE

Par une bande de dégourdis... les souris de sacristie. J'en suis une... souris de sacristie.

dastagne, après un silence, tremblant.

Tu en es là?

ANTOINE

Je cultive l'anticléricalisme à ma manière... Je m'attendais à des compliments.

DASTAGNE

Tu te calomnies?... Tu ne t'accuserais pas ainsi de • sang-froid ?...

ANTOINE

Avec toi je n'ai pas à me gêner. Je sais bien que tu

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ne me dénonceras jamais : tu tiens trop à l'honneur de ton nom.

DASTAGNE

Tu me fais beaucoup de mal, Antoine.

ANTOINE

Veux-tu que je te débarrasse tout de suite de ma personnalité? C'est facile. Fends-toi de mille balles.

DASTAGNE

Non, tu ne peux pas être tombé si bas?... Mon enfant, rappelle-toi mes efforts pour te faire comprendre la Morale basée sur la dignité humaine... antoine, dans un ricanement.

Tu commences un sermon?... Ce n'était pas la peine alors de démolir les curés.

dastagne, suffoquant d'émotion.

Antoine !.. Antoine !... Tu as été toute mon affection, mon espoir, mon orgueil!... Rappelle-toi ton enfance confiante, candide... Je t'aiderai à te relever, à te régénérer... bis-moi seulement que tu regrettes tes faiblesses, que tu as le désir, la volonté de travailler... Le travail, vois-tu, c'est le grand moralisateur...

antoine, gouailleur.

Pour les natures comme la tienne, hantées par des vues philosophiques transcendantes ; mais pour les autres!... L'instruction que j'ai reçue m'a été profitable surtout pour estamper mes contemporains... Ta morale du travail, lubie de savant à l'usage des membres de l'Institut! Tes magnifiques principes ont porté leurs fruits... Je n'ai qu'une crainte : la peur du flic.

dastagne, frappé au vif.

Tu blasphèmes des idées auxquelles j'ai consacré tout mon cœur, toutes mes forces, toute ma vie! Je vois trop clair... C'est fini! Je n'ai plus rien à espérer

de toi... Tu es perdu, bien perdu et ta présence cons titue un danger pour la société... \Avec décision.) Tu subiras le châtiment que iu mérites, misérable! Je n'irai pas demain chez M. Férambois. Je t'abandonne à la justice.

ANTOINE

Tu acceptes que le nom de l'éminent professeur Dastagne soit traîné dans l'ordure?... Tu n'es pas logique avec ta doctrine : Toi, positiviste, disciple du grand Comte, tu perds bénévolement une situation acquise?... Tu renonces à publier tes élucubrations?

Tais-toi!... Cesse ce ton persifleur... Va-t'en?

ANTOINE

Remets-moi mille francs.

DASTAGNE

Je préférerais les jeter à la Seine!

ANTOINE

Après, je ne te demanderai plus rien, jamais ! Je tu le jure !... Je pars ce soir pour l'étranger. Donne vite ! dastagne, e'fflw, après un silence.

Antoine!... Mon enfant!

ANTOINE

Exécute-toi. J'ai un train à six heures quinze, gare de Lyon.

DASTAGNE

Je n'ai pas d'argent.

ANTOINE

Allons donc!... Les trois cents francs du père Gorlier..., sans compter tes réserves, pour tes œuvres complètes.

DASTAGNE

Tu me passeras plutôt sur le corps!

ANTOINE

Des phrases de mélodrame? Pour un distingué prour, c'est moche!

DASTAGNE

Tu avais pourtant du cœur autrefois, Antoine.

ANTOINE

Le sans-cœur c'est toi. .. Je te demande mille francs pour couper aux travaux forcés. Tu me les refuses.

DASTAGNE, à bout.

Qu'on t'envoie à Cayenne, et que je ne te revoie jamais, monstre!

Antoine, bousculant son père.

Tu le prends sur ce ton-là?

dastagne, qui cherche à défendre l'approche de son bureau.

Tu n'oserais pas?

ANTOINE

Je veux de l'argent!

DASTAGNE

Tu n'en auras pas!

antoine, qui écarte son père de force.

De l'argent!

DASTAGNE, luttant.

Jamais! Jamais!

ANTOINE

Tant pis pour toi!

DASTAGNE, luttant.

Fils dénaturé!... Lâche!... Assassin! {Antoine renverse son père, ouvre un tiroir du bureau, y prend une liasse de billets de banque et sort.)

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